ce_qu_il_n_ont_pas_pu_nous_prendre Gallimard jeunesse – octobre 2011 – 432 pages

traduit de l'anglais (américain) par Bee Formentelli

Titre original : Between shades of gray, 2011

Quatrième de couverture :
Lina est une jeune Lituanienne comme tant d'autres. Très douée pour le dessin, elle va intégrer une école d'art. Mais une nuit de juin 1941, des gardes soviétiques l'arrachent à son foyer. Elle est déportée en Sibérie avec sa mère et son petit frère, Jonas, au terme d'un terrible voyage. Dans ce désert gelé, il faut lutter pour survivre dans les conditions les plus cruelles qui soient. Mais Lina tient bon, portée par l'amour des siens et son audace d'adolescente. Dans le camp, Andrius, dix-sept ans, affiche la même combativité qu'elle... Le récit de Lina vous coupera le souffle. Vous n'aurez qu'une envie : faire partager cette histoire aussi terrible qu'exemplaire, qui irradie d'amour et d'espérance. Déjà un classique dans de nombreux pays.

Auteur : Fille d’un réfugié lituanien, Ruta Sepetys est née dans le Michigan où elle a été élevée dans l’amour de la musique et des livres par une famille d’artistes. Elle étudie la finance internationale et vit quelques temps en Europe (Paris). Puis, elle part à Los Angeles pour travailler dans l’industrie de la musique. Aujourd’hui mariée, elle vit dans le Tennessee avec sa famille. Ce qu’ils n’ont pu nous prendre est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Lina est une jeune lituanienne de 15 ans, en juin 1941, est arrêté avec sa mère et son petit frère Jonas par la NKVD (la police politique soviétique). Ainsi commence un long voyage dans des wagons à bestiaux vers la Sibérie. Les conditions de voyage sont très difficiles avec en particulier la soif et la faim. Après 42 jours de train, la première étape sera un camp de travail dans l'Altaï. Ils sont logés « chez l'habitant », ils sont imposés aux autochtones qui les acceptent difficilement. Le travail est obligatoire si on veut obtenir sa maigre ration de pain du jour. Lina est soutenue par Andrius, un jeune homme de dix-sept ans aussi combatif qu’elle. Mais près de neuf mois après leur arrivée dans se camp une partie des déportés est condamnée à reprendre la route vers une destination glaciale au-delà du Cercle Polaire. Andrius et Lina sont donc séparés et la survie devient encore plus dure dans ces conditions extrême.
Lina est douée pour le dessin et tout au long de ce terrible voyage, elle utilisera en cachette son art pour témoigner.
L’auteur imagine ce récit plein de courage et de solidarité pour évoquer des faits historiques souvent passés sous silence : comment durant la Seconde Guerre Mondiale les Pays Baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie) ont été envahis par les Soviétiques et les opposants ont été déportés en Sibérie. Une note de l’auteur en fin de livre nous explique tout cela.
Ce roman est édité dans une collection pour adolescents mais je le conseillerai aux adultes et grands adolescents. Un roman très fort à découvrir et à faire découvrir ! 

Extrait : (début du livre)
Ils m'ont arrêtée en chemise de nuit.
Quand je repense à cette terrible nuit, je suis bien obligée d'admettre que les signes avant-coureurs n'avaient pas manqué : on avait brûlé des photos de famille dans la cheminée; tard dans la soirée, j'avais surpris Mère à coudre à l'intérieur de la doublure de son manteau ses plus beaux bijoux et ses plus belles pièces d'argenterie; Père n'était pas rentré de son travail. Mon petit frère, Jonas, posait des questions. J'en posais, moi aussi, mais peut-être me refusais-je à reconnaître les présages de la catastrophe. En réalité, mes parents avaient l'intention de prendre la fuite, ce que je ne compris que plus tard.
Ils n'ont pas pris la fuite. Nous avons été arrêtés.

14 juin 1941. Après m'être changée et avoir passé ma chemise de nuit, je m'installe à mon bureau pour écrire une lettre à ma cousine Joana. J'ouvre ma nouvelle écritoire en ivoire, assortie d'une boîte de plumes et de crayons, qu'une tante m'a offerte pour mes quinze ans.
La brise du soir entrée par la fenêtre ouverte flotte au-dessus de mon bureau, faisant voltiger les rideaux. Je peux sentir le parfum du muguet que Mère et moi, nous avons planté voilà deux ans. Chère Joana.

Ce n'est pas un simple coup frappé à la porte, mais une véritable salve de coups, pressants, insistants, qui me fait bondir sur ma chaise. On martèle la porte d'entrée à coups de poing. Personne ne bouge à l'intérieur de la maison. Je quitte mon bureau pour aller jeter un regard furtif dans le couloir. Ma mère est debout, aplatie contre le mur, face à notre carte encadrée de la Lituanie. Elle prie, les yeux clos. Elle a les traits tirés par l'angoisse - une angoisse comme je ne lui en ai jamais vue.
- Mère, demande Jonas dont un seul œil apparaît dans l'embrasure de sa porte, est-ce que tu vas leur ouvrir ? S'ils continuent comme ça, ils vont finir par défoncer la porte d'entrée. 
Tournant la tête, Mère nous voit tous les deux, Jonas et moi, postés chacun sur le seuil de notre chambre, l'air interrogateur.
- Oui, mon chéri, je vais leur ouvrir, répond-elle en esquissant un sourire forcé. Je ne laisserai personne défoncer notre porte.

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31/50 : Tennessee
Ruta Sepetys vit dans le Tennessee

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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