il_faut_qu_on_parle_de_Kevin 5489

Belfond – juillet 2006 – 485 pages

J'ai lu – mai 2008 – 608 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Françoise Cartano

Titre original : We need to talk about Kevin, 2003

Quatrième de couverture :
À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Un roman coup-de-poing, violent, complexe, qui s’attaque aux pires des tabous. 

Auteur : Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. 
Après six romans qui ont connu une publication confidentielle aux États-Unis, elle entreprend l’écriture d’un récit inspiré de la tuerie de Columbine. Il faut qu’on parle de Kevin a obtenu un éclatant succès de par le monde et a remporté l’Orange Prize en 2005. Lionel Shriver vit à Londres avec son mari, jazzman renommé.

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre... les premières pages m'ont paru difficiles à lire, écriture dense, beaucoup de digressions, j'ai bien fait de percévérer et après plus de 150 pages, l'histoire d'Eva, Franklin et Kevin m'a embarquée.
Eva écrit à Franklin, ex-son mari, des lettres à propos de leur fils Kevin. A la veille de ses seize ans, ce dernier a tué froidement 9 personnes dans son lycée. À travers ces lettres, Eva analyse sans concessions ses rapports avec Kevin, mais aussi avec son mari et sa fille, depuis avant la naissance de Kevin jusqu'au fameux JEUDI du drame.
Pour donner naissance à Kevin, Eva avait mis entre parenthèses sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles. Dès le début, la communication entre mère et fils est très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, Kevin commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. Elle se remet en mémoire les différentes étapes de sa vie avant et avec Kevin, et elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire pour éviter le drame.
Ce livre est construit comme un thriller psychologique, le personnage de Kevin est très déstabilisant, depuis son plus jeune âge, il est insupportable, méchant, il cache ses émotions, il n'aime rien, très intelligent, il manipule ses proches, il avance masqué et tout au long du livre le lecteur n'est pas au bout de ses surprises...
Une histoire très sombre et qui fait froid dans le dos. Elle oblige le lecteur à s'interroger sur les rapports entre enfants et parents, mais aussi sur la société américaine avec sa surconsommation, les armes en libre circulation.

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Ce roman a été adapté au cinéma en 2011 avec pour la réalisation Lynne Ramsay et comme acteurs principaux Tilda Swinton, John C. Reilly et Ezra Miller.  
Le film a été projeté pour la première fois en compétition au Festival de Cannes, le 12 mai 2011.   

Extrait : (début du livre)
Cher Franklin,
Je ne sais trop pour quelle raison un incident mineur survenu cet après-midi m’a poussée à t’écrire. Mais depuis que nous sommes séparés, ce qui me manque le plus est peut-être de pouvoir rentrer à la maison te livrer les curiosités narratives de ma journée, comme un chat déposerait des souris à tes pieds : menus et humbles tributs que s’offrent les couples après avoir chassé chacun dans son jardin. Si tu étais encore installé dans ma cuisine, en train de tartiner généreusement du beurre de cacahuète sur une tranche de pain Branola alors qu’il est presque l’heure de dîner, je n’aurais pas plus tôt déposé les sacs des courses, dont l’un laisse couler une espèce de liquide visqueux, que cette petite histoire sortirait, avant même la remarque grondeuse pour te dire qu’il y a des pâtes au menu de ce soir, alors si tu pouvais éviter de manger ce sandwich en entier…
Au début, bien sûr, ce que je racontais avait la saveur de l’exotisme, Lisbonne, Katmandou. Mais personne n’aime écouter des récits de l’étranger, en fait, et j’ai bien discerné, sous ta politesse de circonstance, que tu avais une secrète préférence pour les anecdotes géographiquement plus proches : une rencontre extravagante avec un employé du péage du George Washington Bridge, par exemple. Les surprises du quotidien banal contribuaient à confirmer ton opinion selon laquelle tous mes voyages à l’étranger recelaient une sorte de supercherie. Mes souvenirs un paquet de gaufrettes belges éventées, le mot calembredaines (pour dire foutaises !) se paraient d’une magie qui n’était due qu’à la distance. Comme ces babioles qu’échangent les Japonais dans une boîte à l’intérieur d’un sac à l’intérieur d’une boîte à l’intérieur d’un sac, le lustre de mes cadeaux rapportés de contrées lointaines se limitait à l’emballage. Quel exploit considérable c’était, en regard, de s’enraciner dans la fadeur immuable de ce cher État de New York, et de gratter un instant de sensations fortes à l’occasion d’une expédition au Grand Union de Nyack ! Qui est justement le lieu où se déroule mon histoire. On dirait que j’apprends finalement ce que tu essayais toujours de m’enseigner, à savoir que mon propre pays est aussi exotique et dangereux que l’Algérie. J’étais au rayon crémerie et je n’avais pas besoin de grand-chose. Je ne mange plus de pâtes, désormais, sans toi pour liquider l’essentiel du plat. Ton bel appétit me manque.

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23/50 : Caroline du Nord

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"