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traduit de l'anglais par Jean Pavans

Jean-Claude Lattès - août 1994 – 175 pages

LGP – septembre 1996 – 157 pages

Présentation : Les échos de la guerre ne parvenaient qu'à peine dans ce village perdu au fin fond de la Scandinavie. Jusqu'au jour où les premiers soldats nazis apparurent au sommet de la côte...
Quel comportement adopter ? C'est finalement une forme de résistance qui va prévaloir, malgré ceux qui, à l'instar du commerçant Corell, préfèrent jouer le jeu de l'occupant. Une résistance sourde, silencieuse, obstinée, animée par le maire, Orden, et son vieil ami le médecin Winter, qui va d'abord contraindre l'ennemi à la terreur, puis l'acheminer peu à peu vers l'angoisse, le désespoir...
C'est en 1942 que l'auteur de
A l'est d'Eden - plus tard prix Nobel de littérature - publia ce roman, édité clandestinement en France. Un huis clos où le village, cerné par la neige, apparaît peu à peu comme un microcosme de l'Europe confrontée à la barbarie totalitaire.

Auteur : Né en Californie en 1902, John Steinbeck y passe quarante ans de sa vie, y fait des études sans décrocher d'ailleurs aucun diplôme. Après des débuts difficiles, sa carrière de romancier prend un nouveau tour avec le succès des 'Souris et des hommes' puis des 'Raisins de la colère', récompensé par le prix Pulitzer en 1939. Il s'installe à New York en 1950 et se révèle être un chroniqueur et polémiste infatigable. Il prend position contre le maccarthysme aux Etats-Unis mais contre le communisme à l'étranger, et soutient le président Johnson pendant la guerre du Vietnam. Car si Steinbeck est surtout connu pour ses romans toujours beaucoup lus, il fut aussi reporter de guerre. D'abord pour le New York Herald Tribune pendant la Seconde Guerre mondiale, puis en 1966 au Vietnam. Son oeuvre, couronnée par le prix Nobel en 1962, a suivi une évolution significative. En effet, Steinbeck s'intéresse d'abord à la nature qui l'entoure, il adopte ensuite une approche teintée de déterminisme dans son traitement des rapports humains. Mais après 1945, il finit par prôner une morale de la responsabilité individuelle. Il est décédé à New York en 1968.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J'ai découvert ce livre grâce au blog de Gambadou. Et j'ai trouvé ce livre vraiment intéressant d'autant plus qu'il a été écrit en 1942. L'action se situe dans un village au bout du monde en Scandinavie qui jusqu'à ce jour vivait paisiblement à l'écart de la guerre qui faisait rage en Europe. Ce village est facilement envahi par une unité allemande grâce à la complicité d'un homme du village. Le village va se diviser en trois : les collaborateurs qui pensent que l'ordre nazi est une bonne chose, les soldats allemands qui occupent la ville et les villageois qui résistent plus ou moins activement. A travers les dialogues entre le maire, le chef des soldats et le collaborateur nous allons suivre la vie du village qui évolue avec le temps. Le maire veut protéger sa ville mais se refuse de collaborer. Le collaborateur est rejeté du village. Et les soldats nazi sont surpris du mauvais accueil qu'on leur fait, ils pensaient être accueilli comme des sauveurs. Les habitants se mobilisent pour résister car ils se refusent à perdre leur liberté.

Ce livre est une parabole qui décrit parfaitement la façon dont les gens peuvent réagir en temps de guerre face à l'envahisseur. Il faut noter que lors de la parution du livre en 1942, il a été diffusé «sous le manteau».

A découvrir sans tarder.

Extrait : (début du livre)

A dix heures quarante-cinq tout était terminé. La ville était occupée, les défenseurs étaient décimés, et la guerre était finie. L'envahisseur avait soigneusement préparé cette campagne, comme les plus importantes. Ce dimanche matin-là, le facteur et le policier étaient allés pêcher dans le bateau de Mr. Corell, le commerçant si populaire. Il leur avait prêté son voilier pour la journée. Le facteur et le policier se trouvaient à plusieurs milles en mer lorsqu'ils virent le sombre petit bâtiment de transport les croiser tranquillement, chargé de soldats. Comme employés de la ville, c'était nettement leur affaire, et tous deux décidèrent de changer de cap, mais bien sûr le bataillon avait débarqué avant qu'ils ne parvinssent à port. Le policier et le facteur ne purent même pas entrer dans leurs bureaux à la mairie, et quand ils insistèrent sur leurs droits, ils furent faits prisonniers de guerre et incarcérés dans la prison municipale.

Les troupes locales – les douze hommes qui les composaient – étaient également sorties ce dimanche matin, car Mr. Corell, le commerçant si populaire, avait offert un déjeuner, avec cibles, cartouches et prix pour un concours de tir ayant lieu à dix kilomètres de distance, dans les collines, dans une charmante clairière lui appartenant. Les troupes locales – de grands garçons débraillés – entendirent les avions et virent au loin les parachutes, et revinrent en ville à toutes jambes. Lorsqu'ils arrivèrent, l'envahisseur avait déjà bordé la route de mitrailleuses. Les soldats débraillés, n'ayant que très peu d'expérience de la guerre et aucune de la défaite, ouvrirent le feu avec leurs fusils. Les mitrailleuses crépitèrent un moment, six soldats furent transformés en cadavres criblés, trois autres en moribonds criblés, et les trois derniers s'enfuirent dans les collines avec leurs fusils.

A dix heures trente la fanfare de l'envahisseur jouait une belle musique sentimentale sur la place, tandis que les citadins l'écoutaient bouches bées et regards étonnés, en fixant les hommes aux casques gris qui portaient des mitraillettes sous le bras.

A dix heures trente-huit, les six cadavres criblés étaient enterrés, les parachutes étaient repliés, et le bataillon était cantonné dans l'entrepôt de Mr. Corell, sur la jetée, qui avait sur ses rayons des couvertures et des lits de camp pour un bataillon.

A dix heures quarante-cinq, le vieux maire Orden avait reçu des envahisseurs la demande formelle d'accorder une audience au colonel Lanser, audience qui était fixée à onze heures précises dans le palais de cinq pièces du maire.