22 octobre 2015

Venus d'ailleurs - Paola Pigani

venus d'ailleurs Liana Levi - août 2015 - 208 pages

Quatrième de couverture :
Au printemps 1999, Mirko et sa soeur Simona, des Albanais du Kosovo d une vingtaine d'années, ont fui leur pays déchiré par la guerre. La route de l'exil les a menés quelque temps en Italie, puis dans un centre de transit en Haute-Loire. En 2001 ils décident de tenter leur chance à Lyon. Simona est combative et enthousiaste. Très vite, elle trouve un travail, noue des amitiés, apprend le français avec une détermination stupéfiante. Elle fait le choix volontariste de l'intégration là où son frère, plus secret, porte en lui la nostalgie de ce qu'il a laissé au Kosovo. Pour lui, le français est la langue des contremaîtres et de la rue. Le jour, il travaille sur des chantiers. La nuit, il dort dans un foyer. Les moments de pause, il gagne les lisières de la ville et peint des graffs rageurs sur les murs. C'est ainsi qu'il rencontre Agathe, déambule avec elle, partage un amour fragile face aux séquelles d'une guerre encore trop proche.
Ce roman tout en retenue raconte les étapes du parcours des réfugiés dans une métropole devenue dès 1999 un point d accueil privilégié des réfugiés kosovars en France. En filigrane : la beauté de la ville, l'art, l'exil, la différence, la liberté, la foi en l'humain.

 

Auteur : Paola Pigani a grandi en Charente dans une famille d'immigrés italiens. Elle vit aujourd hui à Lyon où elle partage son temps entre son travail d'éducatrice et l'écriture. Après N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures (Liana Levi 2013, Piccolo 2014), un premier roman très remarqué, récompensé par sept prix littéraires, retraçant l'internement d une famille manouche au camp des Alliers entre 1940 et 1946, Venus d'ailleurs est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Fin 1999, c'est la guerre civile au Kosovo. Mirko et Simona sont frère et sœur, Albanais du Kosovo, ils décident de fuir la guerre et partent sur les routes de l'Europe vers l'Italie puis la France. Après un périple long et éprouvant, ils s'installent finalement à Lyon. Mirko va trouver du travail dans le bâtiment, Simona  comme vendeuse de prêt-à-porter. Ils sont partis dans le but d'avoir une vie meilleure, mais ils ont une perception différente de la vie de migrant. Simona a la volonté de s'intégrer rapidement, elle apprend sans relâche du vocabulaire français, avec courage, elle entreprend les démarches administratives pour qu'elle et son frère soient reconnus comme réfugiés politiques. Mirko a le mal du pays, il n'arrive pas à oublier la famille restée au pays, il se sent fautif de les avoir abandonnés. Solitaire, peu bavard, il crie sa douleur dans les graphes qu'il laisse sur les murs de la ville. Il va rencontrer Agathe, une artiste peintre.
Même si l'histoire se situe en 2001, elle traite d'un sujet tout à fait d'actualité, avec beaucoup d'humanité et beaucoup d'empathie l'auteur raconte ce qu'est le déracinement pour deux personnages attachants.

 

Extrait : (début du livre)
Le raclement de la truelle a une cadence presque douce. Un bruit répétitif qui accompagne le corps de Mirko dans la lumière humide. La grue pivote sur la droite, cache le soleil quelques secondes. Une ombre fugitive qui lui fait relever la tête. Des oiseaux, apeurés par le mouvement de l’engin, s’enfuient et reviennent avec la même rapidité. Mirko travaille.
On pose des plaques de ciment. Les murs montent en quelques heures. La grue oriente les coffrages en fonte. Trois types en guident le mouvement avec des grands gestes, des han, des cris. On ne risque pas d’entendre celui qui orchestre tout cela, de là-haut, dans sa cabine. Pendant la manœuvre, les autres fument une cigarette, les yeux rivés sur le manège de l’engin. Dans le bleu du ciel, sa chaîne immense balance un énorme crochet de boucher ou quelque chose qui y ressemble. Quelque chose qui pourrait soulever une carcasse d’éléphant ou un monstre imaginaire sur ce chantier banal. Le bâti prend forme. Mirko travaille dans le futur. Tout ici a une odeur de futur, le ciment, la poussière, la sciure, les planches, l’acier des échafaudages, la peinture. Rien qui lui rappelle la terre du pays d’où il vient. Un ouvrier siffle une jolie passante, aperçue d’en haut. Un autre l’engueule. Un troisième s’immisce entre eux. 
– Siffle pas comme ça, ça fait fuir les gazelles des villes. Moi, je chante, la femme lève les yeux, et je peux voir son visage.
Les gars haussent les épaules. Pour la plupart, ils ne prennent pas le temps de regarder la rue. Quelques uns fredonnent à longueur de journée comme d’autres crachent, fument. À chacun sa respiration, sa patience ou son impatience pour tenir debout huit heures durant. Oublier les coups de burin, les coups de reins dans la tâche de chaque jour. Penser au café ou à la bière qu’on va s’offrir après. Mirko, lui, n’a rien à chanter, rien à raconter. Il préfère regarder les autres, deviner leurs histoires, leur vie à reconstruire entre silence intérieur et vacarme du chantier.
Chaque fois qu’on lui parle, Kevin renifle, se cache le visage dans son coude replié au prétexte de tousser . Mirko l’attrape par la manche, lui fait signe de reculer. Deux gars remplissent la nacelle de mortier frais. Leurs bras, leurs mains travaillent à l’aveugle. Des corps pleins de bravoure qui ignorent Kevin, ses gestes maladroits, ses pieds en travers qui risquent toujours de se faire écraser, ses outils qu’il ne range jamais où il faut. Tout semble tourner autour de lui sans qu’il le remarque. Un monde en apesanteur où il est par fois plus lourd qu’un socle de grue. Il faut toujours avoir un œil sur « le Coto ».
Mirko l’observe à la dérobée. Kevin vérifi e tout avec un niveau. Fasciné par la bulle qui bouge dans le tube jusqu’à s’immobiliser et donner raison à leur travail à tous. Juste une bulle dans le mille. Kevin a une notion très personnelle de la perfection de l’existence. Mirko est le seul à l’appeler par son prénom. Il l’a vu écrit au marqueur sur son gilet de sécurité. Entre eux, aucun point commun. L’un est grand, brun, les traits tendus, le sourire rare, une mélancolie qui stagne au fond des yeux. L’autre, chafouin, pâle, s’amuse et s’assombrit pour un rien. Dans ses cheveux blonds coupés très court, on peut voir des plaques d’eczéma. Hier ils ont quitté le chantier ensemble.
– Mirko, c’est ton vrai nom ?
– Oui.
– Moi, Coto, c’est pas mon vrai nom. C’est eux qui disent…
– Pourquoi Coto ?
– À cause de la Cotorep.
– C’est quoi ?
– Une aide pour les handicapés. Mais j’ai pas droit à ça. C’est eux qui croient. Mirko s’étonne de ce gamin, de son corps léger qui ne sait jamais où se poser dans cet univers brutal, dans ce vide où il faut construire, choisir les bons outils. Un ballet de gestes à ajuster pour trouver sa place. C’est Kevin le premier à avoir posé ses petits yeux plissés sur sa main mutilée.
– Qu’est-ce t’as fait avec ta main ?
– C’est vieux, accident. Les deux doigts qui manquent, ils sont restés dans mon pays.
– T’as le droit de travailler avec ça ?
– J’ai toujours deux mains, tu vois.
– C’est où ton pays ? La Roumanie ?
– Non, Kosovo.
– C’est loin ?
– Oui, trop loin.

 

Déjà lu du même auteur :

 

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18 octobre 2015

Otages intimes - Jeanne Benameur

otages intimes Actes Sud - août 2015 - 176 pages

Quatrième de couverture : 
Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l'ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : quelle est la part d'otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

Auteur :  Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Etienne est photographe de guerre. Lorsque l'histoire commence, il est sur le point de retrouver la liberté après de nombreux mois passé en captivité comme otage.
Après le retour en France sous le regard des caméras, Etienne va tenter de se reconstruire en se retournant vers son enfance. Il revient chez Irène, sa mère, dans son village natal. Il va retrouver ses amis d'enfance Enzo et Jofranka. Il va faire de longues marches dans la nature environnante, dans la solitude de la montagne il tente de se retrouver. 
Jeanne Benameur nous décrit des personnages qui sont otages de leur vie. Irène devenue veuve a enfoui au fond d'elle-même ses vrais désir pour se vouer aux autres. Enzo, devenu ébéniste, n'a jamais osé quitter le village, pour s'évader il fait du parapente au-dessus des montagnes. Jofranka, enfant adoptée, ne connait rien de son passé, elle est devenue avocate à La Haye, elle aide les femmes détruites par les violences des guerres à témoigner.
Tout au long du livre, Etienne est obsédé par une image qui lui revient, la dernière qu'il a eu avant son enlèvement. Celle d'une femme qui s'engouffre dans une voiture avec ses enfants et des provisions d'eau pour fuir. Il n'a pas eu le temps de prendre ce cliché avant d'être enlevé et depuis cette image le hante, elle est restée dans son esprit.
Ce livre est un vrai coup de coeur, j'ai beaucoup aimé ce livre dont les personnages sont attachants et plein d'humanité. Les mots sont simples, sont justes et plein de poésie. Un très beau roman.

Extrait : (début du livre)
Il a de la chance. Il est vivant. Il rentre. Deux mots qui battent dans ses veines Je rentre.
Depuis qu’il a compris qu’on le libérait, vraiment, il s’est enfoui dans ces deux mots. Réfugié là pour tenir et le sang et les os ensemble.
Attendre. Ne pas se laisser aller. Pas encore.
L’euphorie déçue, c’est un ravage, il le sait. Il ne peut pas se le permettre, il le sait aussi. Alors il lutte. Comme il a lutté pour ne pas basculer dans la terreur des mois plus tôt quand des hommes l’ont littéralement “arraché” de son bord de trottoir dans une ville en folie, ceinturé, poussé vite, fort, dans une voiture, quand toute sa vie est devenue juste un petit caillou qu’on tient serré au fond d’une poche. Il se rappelle. Combien de mois exactement depuis ? il ne sait plus. Il l’a su il a compté mais là, il ne sait plus rien.
Ce matin, on l’a fait sortir de la pièce où il était enfermé, on lui a désentravé les pieds comme chaque matin et chaque soir quand on le conduit, les yeux bandés, à ce trou puant qui tient lieu de toilettes. Mais il n’a pas compté les dix-huit pas, comme d’habitude. Dix-neuf, vingt, vingt et un… il a cessé de compter, le cœur battant. On l’a conduit, les yeux toujours bandés, jusqu’à un avion. 
Des mots ont été prononcés en anglais, la seule langue avec laquelle on s’est adressé à lui depuis tout ce temps. Il n’a pas reconnu la voix si singulière de celui qui venait lui parler parfois de leur juste combat. Et puis soudain, il y a eu le mot “libre” en français. Pour la première fois, en français. Il en aurait pleuré. Le mot et la langue, ensemble, dans sa poitrine quelque chose éclatait.
L’accent était si fort qu’il a eu peur de ne pas avoir bien compris, il a répété Libre? on lui a répondu Yes, libre, et le mot “France”.
Alors il a commencé à se répéter, en boucle, la France. Puis les deux mots sont venus : je rentre. Et il s’y est tenu.
Depuis, c’est l’entre-deux. Plus vraiment captif, mais libre, non. Il n’y arrive pas. Pas dedans.
Quand il a été enlevé, tout a basculé. On l’a fait passer, d’un coup, de libre à captif et c’était clair. La violence, c’était ça. Depuis, la violence est insidieuse. Elle ne vient plus seulement des autres. Il l’a incorporée.
La violence, c’est de ne plus se fier à rien. Même pas à ce qu’il ressent.
Se lancer dans la joie du mot libre, il ne peut pas. Suspendu.

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Déjà lu du même auteur :
les_demeur_es Les Demeurées les_mains_libres_p_ Les Mains libres 
c_a_t_apprendra___vivre Ça t'apprendra à vivre laver_les_ombres  Laver les ombres 
si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent pr_sent Présent ? 
les_insurrections_singuli_res Les insurrections singulières profanes Profanes

 

 

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15 octobre 2015

L'Arabe du futur - Tome 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 - 1985) - Riad Sattouf

l'arabe du futur2 Allary éditions - juin 2015 - 158 pages

Présentation éditeur : 
Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.
La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.

Auteur : Riad Sattouf est l'auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal, ou La vie secrète des jeunes. Il est l'un des rares auteurs de bandes dessinées à avoir obtenu deux fois le prix du meilleur album au festival d'Angoulême ( Pascal Brutal 3 en 2010, et L'Arabe du futuren 2015). Il est également cinéaste ( Les beaux gosses, 2010, César du meilleur premier film, et Jacky au royaume des filles, 2014).

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Riad est maintenant âgé de 6 ans, il vit en Syrie avec ses parents sous la dictature d’Hafez Al-Assad. Il va faire sa rentrée à l'école. Les images qu'il en retient sont plutôt violente... La maîtresse est une vraie terreur qui enseigne en donnant des coups de règle sur les doigts. En récréation, Riad doit supporter les jeux de guerre contre Israël de ses camarades, comme ceux-ci le soupçonne d'être juif, il est souvent la victime... Son père est toujours aussi idéaliste et original, il a des certitudes sur tout. Riad observe et s'interroge sur les adultes dont les discours et les actes ne sont pas toujours en phase. 
Ce témoignage au coeur de la Syrie en 1984-1985 est toujours très intéressant et instructif. Je lirai certainement la suite de l'enfance de Riad.

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

100708942 L'Arabe du futur : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

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07 octobre 2015

Mamette, Tome 6 : Les papillons - Nob

CVT_Mamette-tome-6--Les-papillons_5672 Glénat - mars 2014 - 48 pages

Présentation éditeur :
Il n'y a pas d'âge pour rattraper le temps perdu !


C'est fou comme le temps file quand on ne s'ennuie pas. Toute la famille est réunie pour souhaiter l'anniversaire de Mamette. Mais c'est la prise de conscience pour celle-ci que son temps est peut-être compté... Mamette, pour qui le poids des années n'a jamais pesé, s'aperçoit soudain qu'il y a beaucoup de choses qu'elle a remises à plus tard, faute de temps. Du yoga, du saut en parachute, comprendre l'Internet... La liste de ses envies est tellement longue, par où commencer ?
Entre rire et larmes, entre souvenirs et bonheur de vivre, Mamette revient pour la plus grande joie des petits et des grands. Toute la famille pourra se retrouver dans les péripéties de cette joyeuse troupe où les difficultés de la vie sont abordées avec douceur et bonne humeur. Qu'on se le dise, on se lève tous pour Mamette !

Auteur : Nob fait son entrée dans le magazine Tchô! après avoir remporté le concours jeunes talents organisé par les éditions Glénat. Il crée les aventures de Bogzzz, puis devient rédacteur en chef du journal en 2003. L'année suivante, il lance Mon ami Grompf dans le mensuel D-Lire en poursuivant ses activités dans Tchô! Nob trouve l'inspiration et le temps pour mettre en scène l'adorable Mamette, une mamie douce et sucrée, comme les choux à la crème dont elle raffole. Autour de ce personnage, Nob a également créé Les Souvenirs de Mamette et La Cuisine de Mamette. Réside à dans les Pyrénées.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Lorsque j'y pense, je continue à emprunter à la Bibliothèque les albums de Mamette (dans le désordre) et voilà le 6ème.
Sa famille a organisé une petite fête surprise pour son 84 ème anniversaire. On lui a offert un ordinateur et un appareil photo numérique. Grâce à l'aide et au conseils de sa petite-fille Lola, Mamette va se mettre aux nouvelles technologies... Mais Mamette commence à avoir quelques pertes de mémoires et son fils préfère qu'elle ne reste pas seule. Il va l'héberger quelques temps chez lui. Le lecteur découvre alors Mamida, la belle-mère de Choupinet, les deux vieilles dames vont échanger leurs recettes traditionnelles. 
Le ton de cet album est plus nostalgique mais le sourire est malgré toujours là lors des séances de yoga de Mamette en compagnie de Madame Pinsec !

 

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

mamette_4  Tome 4 : Entre ciel et terre 103061793 Tome 5 : La fleur de l'âge

mamette,-tome-2---l-age-d-or-96242-250-400 Mamette, Tome 2 : L'âge d'or 

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06 octobre 2015

L'homme idéal existe, il est québécois - Diane Ducret

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

l'homme ideal existe

 Albin Michel - septembre 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Bonne nouvelle : l’homme idéal existe !
Il ne parle pas : il jase. Il n’embrasse pas : il frenche.
Il ne se déshabille pas : il se criss à poèlle.
Vous l’aurez deviné : il est Québécois.

Diane Ducret rhabille le mythe du Prince Charmant.
L’homme idéal ? Satisfaite ou remboursée !

Auteur : Diane Ducret est écrivain et essayiste. Après son premier livre Femmes de dictateur (2011), best-seller traduit dans vingt langues, elle publiera Femmes de dictateur 2 (2012) et La chair interdite (2014). Avec L'homme idéal existe. Il est québécois, elle change de registre où elle ose tout et dit tout haut ce que les autres pensent tout bas, sans censure ni tabous.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
J'ai accepté de recevoir ce livre pour deux raisons. La première car je n'avais jamais lu cette auteur que j'ai entendu plusieurs fois à la radio pour ces livres précédents et dont je trouvais très intéressants ses propos. La deuxième car je m'intéresse au Québec... A la réception du livre, lorsque j'ai lu le dossier de presse, j'ai été un peu refroidie avec la phrase de conclusion « Entre Bridget Jones et La femme parfaite est une connasse, le livre est un véritable Bienvenue chez les Ch’tis amoureux – à la sauce québécoise. » (pour ma part, j'ai détesté le livre La femme parfaite est une c...).
Heureusement, le livre de Diane Ducret m'a beaucoup amusé, il se veut léger et divertissant. L'héroïne et narratrice est originaire du Pays Basque et vit à Paris depuis de nombreuses années, elle est déçue en amour. Mais un jour, elle rencontre dans une galerie d'art un homme charmant, Gabriel, après une soirée très agréable autour d'un dîner, ce dernier lui propose de venir passer quelques jours au Québec. Malgré sa phobie pour l'avion, notre héroïne accepte et part pour Montréal. Ce qui met plein de bonne humeur dans cette histoire plutôt banale, c'est la langue. En effet, le lecteur va découvrir de nombreuses expressions québécoises dont le sens peut prêter à confusion. Et de nombreux quiproquos vont émailler la relation de nos deux héros. Le personnage de Gabriel est un garçon cool, simple, direct et sans détour. Il prend la vie du bon côté, avec le sourire et de l'optimiste. Notre narratrice est plus compliquée, elle a tendance à tout analyser, elle a du mal à profiter des bons moments sans chercher la petite bête...
Petit reproche pour la couverture du livre trop simpliste.

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour cette lecture distrayante.

Extrait : 


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04 octobre 2015

La messe anniversaire - Olivier Adam

la-messe-anniversaire-6886 Ecole des Loisirs - septembre 2003 - 180 pages

Quatrième de couverture :
"Caroline n'existe plus que dans nos têtes, dans nos souvenirs et dans nos larmes."

Caroline est morte. Il y a un an déjà. Elle avait quinze ans quand sa vie a basculé. Ça s'est passé lors d'une fête entre copains. Elle était là, bien vivante. Et la seconde d'après, elle n'était plus qu'un corps désarticulé sur le béton. Depuis, chacun de ses amis témoins de la scène, apprivoise sa peine, vaille que vaille, dans son coin. Et la vie continue.
Il y a Titou, qui déraille un peu ; Sophie, qui refuse d'oublier de peur de trahir ; Nico, l'ami d'enfance, celui du premier baiser ; Marilou, qui a déménagé et refait sa vie ; Alex, qui essaie de vivre pleinement et tout de suite, malgré la culpabilité… Chacun d'entre eux vient de recevoir par la poste un carton d'invitation frappé d'une petite croix grise.
Ils sont invités samedi à la messe anniversaire et vont se retrouver après un an de deuil.

Auteur : Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s'est installé à Saint-Malo. Il a publié Je vais bien, ne t'en fais pas (2000) et Passer l'hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, A l'abri de rien (prix France Télévisions 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des Vents contraires (Prix RTL/Lire 2009), Le Cœur régulier (2010), Les lisières (2012), Peine perdue (2014).

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Demain Titou, Sophie, Nico, Marilou et Alex vont se retrouver à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Caroline. C'était il y a un an, lors d'une fête entre copains, Caroline a basculé depuis le balcon au 7ème étage de l'immeuble. Depuis le drame, chacun des cinq amis revit l'instant fatidique, le deuil, l'absence seul, isolé. Tour à tour le lecteur découvre par la voix de chacun, leur état d'esprit, la relation qu'ils avaient avec Caroline, le récit du drame et comment ils ont réussi ou non à surmonter le choc. Demain, sera la première fois où ils seront de nouveau réunis. Ils appréhendent et redoutent ce moment...
Avec des phrases simples et beaucoup de sensibilité, Olivier Adam aborde un sujet difficile : la mort, le deuil. Un livre émouvant.

Extrait :
Je me souviens de ça, du soleil qui entrait dans le salon, de nos corps allongés côte à côte sur le tapis et les yeux qu’on fermait. Le soleil nous brûlait les paupières et tout devenait orange. 

Je me souviens de ça. Nos paupières orange et les rires qu’on avait quand on sautait sur le matelas du vieux lit. On a ruiné le sommier et ma mère nous a sacrément engueulés. 
Je me souviens de ça. Nos paupières orange et les billes transparentes qu’on regardait des heures à la lumière, les bulles d’air à l’intérieur, les couleurs emmêlées. 
Je me souviens de ça. Nos paupières orange et le chocolat chaud, l’après-midi devant les dessins animés, l’hiver on se serrait sur le canapé, on se serrait et la vieille couverture orange la faisait toujours éternuer. 
Nos paupières orange et son rire quand je la poussais sur la balançoire. 
Nos paupières orange et ses cris quand j’accélérais et faisais mine de la semer, qu’elle pédalait en pleurnichant. 
Nos paupières orange, sa voix pointue, son rire clair dans la joie des mercredis après-midi. 
Nos paupières orange et ses lèvres fines, ses cheveux blonds presque roux, les taches de rousseur sur ses joues et son front quand le soleil lui cuisait la peau. 
Nos paupières orange.

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02 octobre 2015

La maladroite - Alexandre Seurat

1507-1 Le Rouergue - août 2015 - 121 pages

Quatrième de couverture : 
« Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi nous n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait. Parfois j’écoute des musiques de notre enfance, et je voudrais que la musique me la rappelle, mais la musique ne me rappelle rien, parce que nous n’étions pas ensemble, nous n’avons pas vécu la même enfance. »

Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère…
Ce chœur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d’une authenticité à couper le souffle.
Un premier roman d’une rare nécessité.

Auteur : Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a soutenu en 2010 une thèse de Littérature générale et comparée.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Voilà un livre coup de poing et coup de coeur ! Le sujet est difficile : la maltraitance d'une enfant.
L'auteur s'est inspiré d'une histoire vraie pour raconter celle de Diana. Tout commence par un avis de recherche, suite à la disparition d'une enfant de 8 ans.
Pour l'une des institutrices qui a connu la fillette, cette photo est un choc. Elle a un mauvais pressentiment, Diana n'a pas été enlevée, elle est morte et ses parents sont coupables... A travers les témoignages de ceux qu'elle a rencontré dans sa courte vie, le lecteur va découvrir son histoire depuis sa petite enfance jusqu'au drame. Cela commence avec les mots de sa grand-mère et de sa tante, puis ceux des institutrices et instituteurs, directrices d'école, médecins scolaires, assistantes sociales, médecins légistes, gendarmes, procureur et cela se termine par celui de son frère âgé de 10 ans.

Le récit est poignant et dérangeant, Diana est attachante, sensible, elle cherche à se faire aimer mais inexorablement elle est martyrisée par ces parents. Plusieurs signalements sont faits auprès des services sociaux, et pourtant faute de preuve, Diana n'a jamais bénéficié d'une réelle protection. Le lecteur en ressort révolté et impuissant face à ce destin douloureux et injuste.

Extrait : (début du livre)
L’INSTITUTRICE
Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. Sur la photo, elle portait un gilet blanc à grosses mailles, autour du cou un foulard noué au-dessus de sa chemisette, une tenue incongrue, d’adulte – pas d’enfant de huit ans – mais surtout, cette manière bizarre de se tenir, les bras étrangement croisés, comme quelqu’un qui se donne une contenance. L’image me rappelait sa façon pathétique de faire bonne figure, alors qu’elle avait mal partout, que son malaise transparaissait de chacun de ses gestes maladroits, et raidissait ses membres – on voyait tout de suite qu’elle avait quelque chose de cassé. J’ai pris le journal, je l’ai tendu machinalement au type qui tient le kiosque, incapable de répondre à ce qu’il disait, que je n’entendais pas, il n’a pas insisté. L’avis de recherche indiquait : Yeux bleus, cheveux châtain clair, de forte corpulence, vêtue au moment des faits d’un tee-shirt rose à manches longues, d’un jean bleu et de ballerines à pétales de fleurs noires, et tout y sonnait faux, fabriqué. J’ai pensé à ceux qui l’avaient connue, qui avaient tenté quelque chose, et qui, d’un coup, en voyant ça – ce jour-là ou un autre qui allait suivre, car dans les jours suivants il y aurait partout ce même visage gonflé de Diana, les mêmes bras bizarrement croisés, le même foulard noué glissé dans le gilet blanc à grosses mailles – allaient comprendre qu’à présent c’était trop tard (l’équipe de l’autre école à qui nous avions écrit quand elle avait été retirée de la nôtre) – j’aurais voulu appeler quelqu’un, mais je ne savais pas qui, je ne bougeais pas. À quelques pas de là, j’ai eu une nausée brutale, je me suis assise, j’ai mis du temps avant de me relever, de rentrer chez moi. Et retourner le lendemain en classe, faire face à la vingtaine et quelques de petits visages, qui commençaient seulement à se différencier, puisque je les voyais depuis deux semaines seulement, des visages ennuyés, attentifs, souriants ou rétifs, incompréhensifs ou gais, et qu’il fallait que je guide ensemble dans la même direction – tout m’a semblé insurmontable d’un coup, et voué à l’échec. Tout ce que je faisais depuis que je fais ce métier m’est apparu voué à l’échec. Diana était différente de tous ceux qui vont bien, qui m’attendrissent et qui m’agacent, de ceux qu’on guide un bout de chemin, et qui en garderont un souvenir reconnaissant ou ennuyé, et voguant sans difficulté, impatients, vers la suite.

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26 septembre 2015

Mentine T 02 : Cette fois c'est l'internat ! - Jo Witek

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion Jeunesse

mentine Flammarion Jeunesse - août 2015 - 270 pages

Illustrations de Margaux Motin

Quatrième de couverture : 
Exclue.
Cette sentence est tombée en novembre, à quelques jours de mon anniversaire. J'allais avoir treize ans, j'étais déscolarisé et sur le champ de bataille de ma vie, une survivante : Johanna Estamplade, ma seule amie !
A la rentrée, tout se passe mal pour Mentine, sa meilleure amie Lola révèle qu'elle est surdouée. Révoltée, elle finit par se faire exclure de son établissement. Une seule solution : l'internat.

Auteur : Au départ comédienne et conteuse, Jo Witek se dirige assez vite vers l’écriture. D’abord pour le cinéma, en tant que scénariste et lectrice, puis pour la presse écrite et la littérature. Depuis 2009 elle écrit particulièrement pour les ados, des documentaires et des romans – En un tour de main et Récit intégral (ou presque) d’une coupe de cheveux ratée. Elle est l'auteur de Peur ExpressRêves en noirUn hiver en enferMa vie en chantier et Un jour j'irai chercher mon prince en skate. Elle réside aujourd’hui à Pézenas.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Je n'avais pas lu le premier tome des aventures de Mentine, cela ne m'a pas empêchée de lire celui-ci avec beaucoup de plaisir. 
Mentine est à la veille de ses treize ans et elle n'a pas le moral... Elle est en train d'imaginer le discours qu'on lirait à son enterrement... Quel drôle de comportement... mais Mentine adore jouer à cela lorsqu'elle déprime ! Ce début d'histoire est particulier... mais Mentine est une fille spéciale : elle vient de se faire renvoyer de son collège pour « son comportement agressif et blessant envers ses camarades et professeurs ». Cela commence par une dispute avec celle que Mentine considérait comme sa meilleure amie, Lola. Celle-ci s'est mise avec Téo, le plus beau garçon de la classe, et elle lui a raconté le secret de Mentine... Cette dernière cache depuis qu'elle est scolarisée qu'elle est une EIP (Enfant Intellectuellement Précoce). Mentine est tellement furieuse qu'elle se jette sur Lola et lui saute à la gorge comme un furie... Ensuite, c'est tout le collège qui est contre elle, on la traite de tricheuse et seule Johanna est restée son amie... 
Après son renvoi, ses parents décident de l'envoyer en Suisse dans un internat où ils espèrent que Mentine s'épanouiera et apprendra à accepter son QI exceptionnel !
Ce livre est destiné à l'âge collégien, l'histoire est rythmée, pleine d'humour même si les problèmes de Mentine ne le sont pas. Elle est également joliment illustrée par Margaux Motin.

Merci Brigitte, Alicia et les éditions Flammarion Jeunesse pour cette jolie découverte.

Extrait : (début du livre)
Mentine n’avait même pas treize ans. Fauchée en pleine jeunesse, cette brillante adolescente nous a quittés sans prévenir. Elle était si jolie, comme disait la chanson, si vive, si passionnée, drôle et insolente ; la société ne l’a pas supporté. Les élèves du collège Jules-Ferry non plus. Eh oui, chers amis, pour survivre dans la terrible jungle de la puberté, au cœur même de la pousse des poils, des seins, des désirs sauvages et des boutons d’acné, un tour de poitrine de 90 B est plus utile qu’un QI de 150 ! C’est ce drame que nous raconte la courte et fulgurante histoire de Mentine Green. À cinq ans déjà, elle savait lire, à huit, elle s’intéressait aux nébuleuses, au système solaire interne et externe, aux trous noirs et de ver. À onze ans, elle dévorait en masse des cupcakes, ainsi que des romans gothiques de 800 pages. À douze, elle se passionnait pour les sciences naturelles, observant à la loupe les dessous masculins dans les catalogues de sa grand-mère. Oui, elle était de la race des grandes figures de l’humanité ! De la trempe de ceux qui s’interrogent en permanence sur tout et n’importe quoi. Du côté de ceux qui cherchent, trouvent et gagnent des prix Nobel. Pourtant, elle a tout foiré. Un beau massacre. Mentine n’a pas supporté d’être étiquetée EIP, HQI, HP1 , et encore moins « boulette », « grosse tronche », « p’tit génie », « Einstein en string ». Inclassable, déclassée, bannie, moquée, elle a préféré en finir sans obtenir les réponses à ses ultimes questions : « comment penser l’infini ? » et « pourquoi Téo Mallant ne veut-il pas sortir avec moi ? ». Pauvre enfant, elle a vécu son haut potentiel intellectuel comme un cadeau empoisonné ! Elle laisse derrière elle un sentiment de gâchis, celui de la société qui ne sait plus se réjouir des talents hors norme. Adieu, Mentine Green, tu ne manqueras à personne, sauf peut-être à ta famille, à ta meilleure amie et à quelques admirateurs anonymes… 
— Mentine, ça va refroidir ! À table ! Je ne le répéterai pas.
— GRRRR ! Ma mère a le don d’interrompre mes oraisons funèbres. Comme si elle devinait que j’étais en train de m’imaginer morte et que cela lui était insupportable. Ce qui est normal en soi, mais je trouve tout aussi normal de penser à la mort à mon âge. Rien de plus naturel. Personnellement, j’adore faire ça quand je déprime. Imaginer les discours qu’on lirait à mon enterrement. Je ne suis pas mauvaise en la matière. D’ailleurs, je suis certaine que vous étiez sur le point de pleurer vous aussi, n’est-ce pas ? Allez, avouez ! Il n’y a pas de honte à se laisser berner par de beaux discours. C’est la force des mots qui permet de rendre le monde moins moche qu’il en a l’air. Ou parfois l’inverse. Vous l’aurez compris, à ce moment de ma vie, j’étais au fond du trou. J’avais douze ans, onze mois et vingt-sept jours et mes parents venaient d’apprendre que leur chère fille – au QI de vingt points supérieur à celui de Barack Obama –, se faisait renvoyer du collège pour « son comportement agressif et blessant envers ses camarades et professeurs ». Un lynchage complet. Tous contre moi ! Nous y étions. J’étais bannie de la société. Je dois avouer que je l’avais bien cherché, mais mon comportement « agressif et blessant » n’était en réalité qu’une esquive aux coups bas, aux humiliations qu’on m’avait fait subir en ce premier trimestre de troisième. Un trimestre pourri. Le pire de ma vie. Je n’ai pas le choix, il va falloir que je vous le raconte, si je veux que vous compreniez comment j’ai débarqué dans un internat pour grosses tronches, à des centaines de kilomètres de ma famille et, surtout, en plein milieu de l’année scolaire. Bon, je me lance…

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rl2015
6/6

Déjà lu du même auteur :

un jour j'irai chercher Un jour j'irai chercher mon prince en skate

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19 septembre 2015

1, 2, 3... foulard - Eric Sanvoisin

123 foulard Gründ - septembre 2014 - 149 pages

Quatrième de couverture :
Charlotte, douze ans, est nouvelle au collège et perdue dans la vie. Ses parents adoptifs essaient de lui faire oublier son passé tragique. Mais tout cela s'évapore quand elle rencontre Jordan. Mystérieux, froid, beau à pleurer, il occupe toutes ses pensées. Quand il lui propose de l'initier au jeu du foulard, elle plonge les yeux fermés...

Auteur : Éric Sanvoisin est un auteur de littérature de jeunesse. Il a exercé différents métiers : correcteur/relecteur dans l'édition, éducateur spécialisé, maquettiste PAO, Assistant maternel, Correcteur dans l'édition technique et bibliothécaire (depuis 1993). Toutes ces activités tournent autour des livres et des enfants. Il est actuellement bibliothécaire-adjoint à la ville de Saint-Brieuc. Il est papa de 9 enfants... tous voulus et tous venus au monde un par un. Ils ont tous la même maman... Eric Sanvoisin est membre du comité de rédaction de la revue Griffon et membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs de Jeunesse. 

Mon avis : (lu août 2015)
Ce livre aborde un sujet difficile et angoissant, le tristement célèbre jeu du foulard. La narratrice, Charlotte, est âgée de 12 ans, du lit d'hôpital où elle se trouve, elle s'adresse à ses parents adoptifs et revient, en quarante-quatre chapitres très courts, sur les jours précédents son hospitalisation.
Après une enfance chaotique, elle est arrivée dans cette famille d'accueil à l'âge de sept ans et y a trouvé la stabilité dont elle avait besoin. Charlotte redoute pourtant son entrée en sixième dans un collège où elle se sent toute petite... Par l'intermédiaire de Coraline, une camarade, elle va entrer dans la bande du beau Jordan qui la fascine. Ce dernier va petit à petit avoir de l'influence et de l'emprise sur Charlotte, et celle-ci va accepter de participer au "jeu des étoiles filante"...
J'émets quelques réserves sur l'âge de Charlotte, je la trouve trop jeune pour cette histoire soit crédible, de même je pense que son problème de relation avec sa mère biologique parasite un peu le sujet premier du livre... Je ne pense pas que seule une enfant "fragilisée" peut se laisser entraîner dans ce jeu dangereux...

Malgré ces réserves, j'ai trouvé Charlotte très attachante et l'histoire bouleversante. 

Autres avis : Noukette, SaxaoulJérôme

Extrait : (début du livre)
« Papa, maman, ne pleurez pas. Je suis vivante.

Je vous entends mais je ne peux pas vous répondre. Mon corps est en panne. Il ne m’obéit plus.
Je ne sens plus rien. Est-ce normal ?
J’ai quitté mon enveloppe corporelle. Je plane et je nous vois, tous les trois. Toi, papa, debout, raide, planté dans le sol de ma chambre d’hôpital comme un javelot. Toi, maman, assise près de moi, ma main dans la tienne, ta bouche près de mon oreille, murmurant des poèmes que tu as appris autrefois à l’école. Et moi, déesse immobile, reliée par un tuyau à un grand nuage blanc.
J’entends. Je vois. Et je me souviens… »

 

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16 septembre 2015

Amazigh Itinéraire d'hommes libres - Mohamed Arejdal et Cédric Liano

9791090090378 Steinkis - avril 2014 - 160 pages

Prix Première bulle 2014 du festival BD d'Angers

Prix du Jury oecuménique Angoulême 2015

Quatrième de couverture :
"Majeur donc expulsable. Je suis un Maruecos et je ne peux rien faire pour changer ça. Un Maruecos clandestin et vous allez me renvoyer. Vous avez gagné. Je ne serai jamais artiste."
Amazigh signifie homme libre en berbère. Lors de son voyage vers l'Eldorado européen, Mohamed ne l'oubliera à aucun moment.

Auteurs : Mohamed Arejdal est né en 1984 à Guelmim, dans le sud du Maroc. Passionné de dessin et de sculpture, il expose même en amateur mais à 17 ans, il se déscolarise et tente une traversée clandestine vers les Canaries. Refoulé sur le sol marocain, il reprend des études pour obtenir son bac et intégrer l’Institut National des Beaux-arts de Tétouan. Il y découvre les actes d’installation et développe depuis une œuvre tournée vers l’Autre. L’un de ses projets a été sélectionné pour être présenté à la Biennale des jeunes artistes de la Méditerranée.
Cédric Liano est né en 1984 à Creil. Après des études de bande dessinée à Tournai en Belgique et plusieurs expériences de micro-éditions en Europe, Cédric part enseigner la BD à Tétouan, au Maroc, durant un an. C'est là qu'il fait la connaissance de Mohamed qui lui raconte son expérience de voyage clandestin. Il décide alors d'enregistrer scrupuleusement son récit et de le transmettre à travers ce roman graphique.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
J'ai pris cette BD à la Bibliothèque pour son sujet d'actualité. Elle raconte l'histoire vraie de Mohamed Arejdal, il vit à Guelmim, une petite ville du sud du Maroc et à 18 ans, il décide de quitter le pays où il a grandi car il n'y voit aucun avenir. Il est décidé à partir en Europe. Il vole donc de l'argent dans la caisse du magasin de son père et avec son ami Boufouss, il compte rejoindre l'Europe en gagnant l'archipel des Canaries qui est espagnol. Mohamed a toujours aimé dessiner, avec un crayon et du papier, il nous raconte son périple avec toutes les embûches rencontrées.
Ce voyage est à la fois une histoire de migrant, une réflexion sur l'exil mais aussi un parcours initiatique pour Mohamed. Il lui aura permis de grandir, de prendre confiance à lui, après il sera bien décidé à prendre sa vie en main et à poursuivre ses études pour intégrer un jour une école d'art... 

Extrait : 

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