09 mai 2011

Simple - Marie-Aude Murail (relecture)

Simple École des Loisirs - août 2004 - 210 pages

Prix des lycéens allemands 2006 décerné à Leipzig
Prix Farniente décerné à Charleroi 2006.
Prix littéraire des collégiens de Compiègne 2006.
Prix littérature jeunesse 2006 à Cholet
Prix Ados de la ville de Rennes 2006
Prix Escapages "ados" 2006 (Indre)
Prix Plaisirs de lire 2006 (Yonne).

 

 

Quatrième de couverture : 
S
imple dit «oh, oh, vilain mot» quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit «j'aime personne, ici» quand il n'aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d'âge civil. Trois d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple.
Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule.
Rien n'est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009).

Mon avis : (relu en mai 2011)
Après avoir vu mardi dernier le téléfilm Simple diffusé sur France 2, j'ai voulu relire le roman de Marie-Aude Murail. J'ai trouvé le téléfilm très réussi, j'y ai bien retrouvé l'esprit du livre, la grande sensibilité de Simple, le courage de Kléber devenu responsable de son grand frère, sans oublier les autres personnages, les colocataires... Il y a bien sûr quelques différences, dans le téléfilm l'histoire se situe à Toulouse, dans le livre à Paris, Kléber entre en 1ère année de médecine pour le téléfilm, il est seulement en terminale dans le livre...

J'ai été ému en voyant le film, de même qu'en relisant le livre. La "différence" y est traité avec simplicité et … humour ! A la suite de la mort de leur mère et du remariage de leur père, Kléber, 17 ans, a la responsabilité de son grand-frère Barnabé, dit Simple, âgée de 22 ans. Simple est handicapé mental, il se défini lui-même comme « i-di-ot ». Il a un âge mental de 3 ans, et le surveiller est un travail à plein temps... Il est inventif pour faire de nombreuses bêtises avec la complicité de son inséparable lapin en peluche, Monsieur Pinpin. Kléber va trouver une colocation, et réussir à convaincre les étudiants de les accepter parmi eux. Simple est terriblement attachant et il a souvent beaucoup de bon sens. Avec sa naïveté, sa bonne humeur,ses réflexions au premier degré mais aussi ses bêtises, il va animer la vie de son frère et des colocataires. Les situations sont tour à tour cocasses et émouvantes. Kléber a toujours aimé son frère tel qu'il est, il assume avec beaucoup de cœur la responsabilité qui lui incombe depuis la mort de sa mère. Au contact de Simple les colocataires vont révéler leurs vraies personnalités et grandir un peu plus.

J'ai pris le même plaisir à relire ce livre qui nous fait réfléchir sur la différence et le handicap.

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Un téléfilm Simple réalisé par Ivan Calbérac et inspiré de l'oeuvre de Marie-Aude Murail a été diffusé le 3/05/2011 sur France 2.
Les acteurs : Bastien Bouillon pour interpréter Simple, Julien Drion dans le rôle de Kléber mais aussi Michel Aumont , Valentine Catzeflis , Esteban Carvajal-Algeria , Jeremie Elkaim , Francois Civil , Morgane Cabot , Shemss Audat , Martine Costes-Souyris et Patricia Karim .

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Extrait : (début du livre)
Kléber jeta un regard oblique à son frère. Simple imitait le bruit des portes du métro à mi-vois : "Piiiii ...clap."
Un homme monta à la station et s'assit à côté de Kléber. Il tenait en laisse un berger allemand. Simple se trémoussa sur la banquette.
- Il a un chien, dit-il.
Le propriétaire du berger dévisagea celui qui venait de parler. C'était un jeune homme aux yeux clairs écarquillés.
- Il a un chien, le monsieur, répéta-t-il, de plus en plus agité.
- Tu crois je peux le caresser ? dit Simple en avançant la main vers le chien ?
- Non, aboya Kléber.
L'homme regarda l'un après l'autre les deux frères comme pour évaluer la situation.
- Moi j'ai un lapin, lui dit le jeune homme aux yeux clairs.
- Mais ne parle pas aux gens que tu ne connais pas, gronda Kléber.
Puis il se décida et se tourna vers l'homme au chien :
- Excusez-le, monsieur, c'est un débile mental.
- Un i-di-ot, rectifia l'autre en détachant les syllabes.
L'homme se leva et, sans un mot, tira sur la laisse de son chien. Il descendit à la station suivante.
- Connard, maugréa Kléber.
- Oh, oh, vilain mot, dit son frère.
Kléber eut un soupir mélancolique et jeta un coup d'oeil sur la vitre. Il y vit se refléter sa bonne gueule d'intello aux fines lunettes cerclées. Rasséréné, il se cala au fond de la banquette et consulta sa montre. Simple, qui épiait chacun de ses gestes, tira sur les manches de son sweat et examina ses poignets d'un air critique.
- Moi, j'en ai pas de montre.
- Tu sais très bien pourquoi. Merde, c'est là !
- Oh, oh, vilain mot.
Kléber se dirigea vers la sortie mais se retourna au moment de descendre. Simple, qui l'avait d'abord suivi, s'était arrêté.
- Mais vite ! cria Kléber.
- Elle veut me couper !
Kléber l'attrapa par la manche de son sweat et le tira vers le quai. La porte automatique se referma derrière eux. Clap.
- Elle m'a pas eu !
Kléber le reprit par la manche et le traîna vers un escalier.
- Pourquoi j'ai pas de montre ?
- Tu l'as cassée pour voir s'il y avait un bonhomme dedans, tu te rappelles ?
- Il y avait un bonhomme dedans ?
- Non ! Rugit Simple avec le même contentement.
Il pila si brusquement devant l'escalator que deux personnes derrière lui se télescopèrent. Elles protestèrent :
- Mais enfin, faites attention !
Kléber tira une nouvelle fois son frère par la manche pour l'obliger à monter sur l'escalier mécanique. Simple commença par regarder ses pieds avec effroi en les soulevant. Puis, rassuré sur leur sort, il releva la tête.
- T'as vu ? dit-il une fois tout en haut. J'ai même pas peur. Pourquoi y a pas de beaud'homme dedans ?

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple  papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

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08 mai 2011

Le jeu de l'ombre - Sire Cédric

le_jeu_de_l_ombreLe pré aux clercs - mars 2011 - 475 pages
 
Quatrième de couverture :
Mais que pouvait bien chercher Malko Swann Une overdose d'adrénaline, la sensation ultime, le sentiment de liberté ? Pourquoi roulait-il aussi vite en pleine nuit sur une route de campagne étroite et sinueuse jusqu'à faire une chute de trente mètres en bas du pont du Diable ? Atteint d'un traumatisme inexplicable, le musicien est désormais incapable d'entendre la musique. Mais il ne s'agit que du début de sa déchéance. Dans l'ombre, quelqu'un l'observe... quelqu'un qui veut jouer avec lui. Un jeu a goût de sang... Il s'engage alors dans un combat désespéré. L'art singulier du suspense de Sire Cédric, sa fascination du vertige et son plaisir manifeste à manipuler le lecteur donnent à ce roman une saveur particulière : l'envie de sympathiser, le temps d'un livre, avec ceux qui sont tombés dans l'obscurité du mal.
 
Auteur : Lauréat du prix Polar de Cognac 2010 pour son roman De fièvre et de sang, Sire Cédric construit pas à pas une oeuvre originale, mariant habilement fantastique et intrigue policière avec un sens du rythme et une écriture redoutablement efficaces. Il a reçu également en 2010 le prix Masterton pour L'Enfant des cimetières.
 
Mon avis : (lu en mai 2011)
Je n'étais pas spécialement attiré par ce livre et cet auteur car je n'apprécie pas spécialement le fantastique... Mais lorsque Jérémy m'a proposé de m'envoyer ce livre, je n'ai pas résisté à la curiosité de découvrir cet auteur plutôt original, d'autant plus que sur la couverture figure le mot Thriller, un genre de littérature que j'apprécie plutôt.
Le personnage central de l'histoire Malko Swann est un musicien très en vogue entouré de fans et surtout de femmes. Un jour, sous l'emprise de l'alcool et de la drogue, il prend sa voiture et il est victime d'un accident spectaculaire dont il sort visiblement sans dommage corporel. Pourtant, il est atteint d'amusie, il ne peut plus entendre la musique.
En parallèle, le corps d'une jeune femme assassinée est retrouvée flottant sur le canal, le commandant de police criminelle Alexandre Vauvert va mener son enquête avec son équipe.
Le lecteur va suivre tour à tour le déroulement et la progression de l'enquête policière et la vie de Malko en proie à des cauchemars, qui entend des voix et qui a l'impression d'être suivie par une ombre... Je n'en dévoilerai pas plus...
Je me suis laissée prendre par cette histoire originale, la partie fantastique est plutôt légère et ne m'a pas dérangée. L'intrigue est bien construite, le rythme est efficace, le lecteur a envie de connaître la suite et ne peut s'empêcher de continuer à lire jusqu'à la fin ! Par moment, l'atmosphère est lourde et oppressante, on s'attache malgré tout au personnage de Malko si égoïste, qui au fil des pages change pourtant son comportement.
Merci à Jérémy et aux éditions le pré aux clercs de m'avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur.
 
 

Extrait : (début du livre)
En avril, déjà, les nuits dans le Sud sont douces. Même à trois heures du matin, dans les espaces désertiques entre Montpellier et Carcassonne, la tiédeur persiste. Sous le ciel illuminé d'une poudre d'étoiles, les phares tracent une ligne droite au milieu des silhouettes torsadées des vignes et des pins parasols.
Juste ça. La vitesse, et l'oubli. L'Aston Martin remonte la route déserte, l'avale, telle une balle jaillie d'un pistolet de roulette russe, un engin de mort lancé dans la folle course avant le dernier impact. Malko Swann maintient son pied sur la pédale de l'accélérateur, siège en cuir incliné au maximum, bras tendus pour empoigner le volant à pleines mains, nuque en arrière, confortablement posée sur l'appuie-tête. Un sourire de défi plaqué sur son visage, il sent la musique – la merveilleuse musique – pulser dans ses veines, dans un sens et dans l'autre, un, deux, un, deux. A cause de la coke ou à cause de l'excitation, parce qu'il roule trop vite, bien trop vite. Pourquoi ? Pour défier la mort ou simplement parce qu'il en éprouve le besoin, aussi loin qu'il s'en souvienne. Pour se prouver qu'il est en vie, pour se sentir en vie. Malko est comme ça, un accro aux sensations fortes, un drogué à l'adrénaline. Et sa musique est ainsi. Juste comme lui. Directe et entière, éclatante dans ses excès.
Un, deux. Un rythme binaire, d'une simplicité désarmante. C'est là tout son secret. La recette de l'efficacité de ses compositions. Comme cette route bordée de vignes qui se hachurent et se mélangent et se répondent.
Un, deux. Un et deux. Encore et encore.
Sur le tableau de bord, les chiffres lumineux indiquent cent soixante-dix kilomètres à l'heure, alors que la vitesse est limitée à soixante-dix. L'Aston Martin suit la courbe d'un long virage en éjectant les gravillons sur le bas-côté. Dans l'éclairage blanc des phares jaillissent les premières maisons du village. Des façades blêmes, des volets fermés. Le feu de signalisation, au centre du village, passe au rouge. L'Aston Martin le franchit sans ralentir.
Malko Swann, le pouls emballé, fend l'obscurité, franchit les étroites rues, déjà abandonnées derrière lui, entamant la dernière ligne droite en direction du pont.
Un, deux...
Le pont apparaît. Juste une virgule noire dans l'éclat des phares, à une centaine de mètres devant lui. On l'appelle le pont du Diable, Malko ne se souvient plus qui le lui a expliqué, mais c'est exactement le genre d'endroit dont il a besoin. A présent il va l'emprunter à plus de 180 kilomètres à l'heure, et le Diable pourra bien l'emporter s'il le désire. Ou bien il ne se produira rien, il vivra une fois de plus et il pourra rire à la face du Diable et il se sentira vivant. Un peu plus vivant. Pour quelque temps.

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28 avril 2011

J'irai pas en enfer – Jean-Louis Fournier

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Stock – mars 2001 – 148 pages

Stock – avril 2009 – 148 pages

Livre de Poche – mars 2003 – 156 pages

Quatrième de couverture :
Il a mis la Sainte Vierge dans les W.-C. de l'institution Saint-Joseph.
Il regarde les dames toutes nues dans les livres.
Et, surtout, il a fait à Dieu une promesse qu'il ne va pas tenir.
Le petit Jean-Louis a toutes les bonnes raisons pour aller cuire dans les marmites de l'enfer. Pourtant, quelquefois, il va au ciel. Quand Alfred Cortot lui joue Chopin, quand Luis Mariano lui chante La Belle de Cadix...
Après ses démêlés avec un père alcoolique (Il a jamais tué personne, mon papa), ses démêlés avec le Père éternel.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.
Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s'entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle. 

Mon avis : (lu en avril 2011)
Voilà un petit livre d'à peine 150 pages qui se lit très rapidement et qui m'a fait passer un très bon moment.
Le petit Jean-Louis est un enfant turbulent, qui n'excelle pas en classe contrairement à son jeune frère. « J'arrive pas à me faire remarquer par des choses bien, comme mon frère Yves-Marie, alors je me fais remarquer par des choses mal. Je fais des bêtises pour faire rire les autres. Pour faire rire, je suis prêt à tout. Même à faire pleurer. »
Malgré la menace de l'Enfer, Jean-Louis ne peut pas s'empêcher de faire des pitreries, des bêtises et des péchés mortels. Il se sent pourtant coupable des souffrances qu'il afflige à Jésus sur la croix à chacune de ses frasques... C'est plus fort que lui.
Il lui arrive également des moments de grâce, « J'ai toujours voulu aller au ciel. Pas seulement mon âme, mon corps aussi. » Jean-Louis imagine alors avec son frère de fabriquer un hélicoptère à pédales... et autre un jour « Je suis monté au ciel à violon, plus rapidement qu'avec un hélicoptère à pédales, avec Felix Mendelssohn et son Concerto pour violon en mi mineur. »
De même, un jour où il se retrouve dans « un jardin de campagne, pas très grand, avec de tout, des fleurs, des légumes, des fruits qui poussaient tous ensemble. » En goûtant les abricots et les prunes de ce verger, Jean-Louis s'est senti au paradis...

A travers des anecdotes de son enfance, Jean-Louis Fournier évoque avec humour, légèreté et poésie ce qu'on lui apprenait au catéchisme ou chez lui autour de la religion.
L'épisode où Jean-Louis transporte la Sainte Vierge dans les w-c est l'une de ses plus grosses bêtises, et j'ai beaucoup aimé sa justification « On m'avait appris que la Sainte Vierge était belle et pleine de grâce. Pourquoi l'avoir représentée aussi mal ? » « Si j'ai mis la Sainte Vierge dans les chiottes, c'était pas seulement pour faire rigoler. J'avais une bonne raison. Je trouvais la statue moche. » « C'était pas moi qu'il fallait punir. C'était celui qui avait fait la statue. »
Le bon sens et la naïveté du petit Jean-Louis est implacable !
Encore une fois, j'ai été touché par ce livre de Jean-Louis Fournier qui au-delà de la légèreté de ses textes sait aussi faire passer un message plus profond. Merci à Pimprenelle d'avoir organisé ce Rendez-vous avec Jean-Louis Fournier. 

Extrait : (page 11)
Il a pas l'air en forme. Il a les yeux blancs levés au ciel. Il est barbouillé de sang, il est pâle comme un mort. On l'a accroché au mur sur sa croix, bien haut pour qu'il voie tout. A cette place-là, maintenant, on met les radars pour les cambrioleurs.
Dans la maison, il y a plein de Jésus. Un dans chaque pièce, on peut pas y échapper, où qu'on aille il est là. Il n'y a que dans les w-c où il n'y en a pas. Peut-être qu'à la longue, on ne les voit plus, mais ils sont là. Ils ont l'air de dire : « Regarde dans quel état tu nous as mis, nous sommes cloués sur une croix, nous avons une couronne d'épines sur la tête, nous avons un trou de lance au côté droit, nous saignons. Sais-tu pourquoi nous saignons ? A cause de toi. Nous sommes venus racheter les péchés du monde. Chaque fois que tu fais un péché, on nous enfonce un nouveau clou dans la chair. »
Que répondre à ça ?
Je baisse la tête, confus, honteux. Je suis très mal à l'aise. Je pense à mes péchés : j'ai regardé longtemps dans le décolleté de la maîtresse quand elle se penchait vers moi ; j'ai piqué un paquet de Players à mon père ; j'ai mangé une plaque de chocolat... Quand je pense que c'est à cause de ces péchés-là qu'ils sont en train de sanguinoler sur la croix. Ça me paraît un peu cher payé. Et puis surtout, je leur ai rien demandé.
Le pire, c'est qu'ils ne disent jamais rien. Ils ne se plaignent pas. J'aimerais mieux qu'ils m'engueulent. Au lieu de ça, ils me regardent de leurs bons yeux tristes avec du sang autour, l'air de dire : « On t'en veut pas, on t'aime toujours, on souffre comme une bête à cause de toi mais c'est rien, mon petit Jean-Louis, continue tes conneries, c'est nous qui payons l'addition. »
Le petit Jean-Louis frémit, il tremble. Il se sent tout petit devant le grand crucifix. Il baisse les yeux, honteux, sur ses galoches. Il ose plus regarder en l'air, le ciel.
A l'époque, chaque fois que je faisais un péché, j'entendais derrière moi un cri de douleur, je comprenais qu'on venait de lui planter un nouveau clou. Au début, ça gâche un peu le plaisir, mais après on s'habitue.
Maintenant, le cri, je l'entends même plus.

Déjà lu du même auteur :

ou_on_va_papa_p Où on va papa ? le_cv_de_Dieu Le CV de Dieu

 

l_arithm_tique_impertinente L'arithmétique appliquée et impertinente

 

la_grammaire_impertinente La grammaire française et impertinente

 

il_a_jamais_tu__personne_mon_papa Il a jamais tué personne, mon papa

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20 avril 2011

Derniers fragments d’un long voyage – Christiane Singer

Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

derniers_fragment_d_un_long_voyage Albin Michel – avril 2007 – 135 pages

Quatrième de couverture :
Le 1er septembre, un jeune médecin annonce à Christiane Singer qu'elle a encore six mois au plus devant elle. Le 1er mars, Christiane Singer clôt le carnet de bord de ce long voyage. " Le voyage - ce voyage-là du moins - est pour moi terminé. A partir de demain, mieux : à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin. Demain, comme tous les jours d'ici ou d'ailleurs, sur ce versant ou sur l'autre, est désormais mon jour de naissance. "

Auteur : Née à Marseille en 1943, romancière et essayiste au charisme étonnant, Christiane Singer place la dimension intérieure et spirituelle propre à chacun et l'éthique de soi au coeur de son oeuvre. Ses parents étant originaires d'Europe Centrale, elle vit en Suisse et en Allemagne avant de s'établir près de Vienne. Lectrice à l'Université de Bâle et chargée de cours à celle de Fribourg, Christiane Singer suit également l'enseignement de Graf Karlfried Dürckheim, un des disciples de Jung. De sensibilité chrétienne, elle se fait connaître dès l'âge de 22 ans avec son livre 'Les Cahiers d'une hypocrite' qui paraît en 1965. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, elle gagne le prix des libraires en 1978 pour 'La Mort viennoise' qui prend pour sujet la peste qui a ravagé Vienne en 1679. Le prix Camus récompense 'Histoire d'âme' en 1988 et 'La Divine tragédie' sorti en 2006 est salué par la critique. Atteinte d'un cancer qui lui ôtera la vie, Christiane Singer rédige le récit 'Derniers fragments d'un long voyage' qui, à travers la douloureuse épreuve de la maladie, conte un bouleversant hymne à la vie. Décédée à Vienne, Autriche le 04 avril 2007.

Mon avis : (lu en avril 2011)
C'est un collègue de travail qui m'a prêté ce livre qu'il avait beaucoup aimé. Je ne connaissais pas cette auteur, j'ai trouvé ce livre bouleversant et très courageux.
L'histoire est difficile, car l'auteur Christiane apprend qu'elle va mourir, un jeune médecin le lui dit « Vous avez encore six mois au plus devant vous », elle décide donc raconter ces six mois.

Ce récit n'a rien de triste ou de déprimant, c'est une magnifique leçon de courage et de force spirituelle. Christiane parle avec beaucoup de pudeur de sa douleur physique, on retient surtout son immense message d'amour et d'espoir. Elle parle de sa foi, des ses proches qui sont des forces pour supporter ces moments douloureux.
Six mois plus tard, elle écrira : « Derniers fragments d'un long voyage. Voilà. Le carnet de bord est clos. Le voyage – ce voyage-là du moins – est pour moi terminé. A partir de demain, mieux : à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin. »

Un témoignage magnifique et fort qui ne laisse pas indifférent.

Extrait : (début du livre)
28 août 2006
Ces jours qui viennent vont sans doute me révéler l'origine médicale de mon mauvais état. A l'avenant ! Il y a un soulagement à savoir à quoi s'en tenir sur un plan restreint du moins.
Voilà trois semaines que je cherche ce carnet. Aujourd’hui comme posé par d'invisibles mains, le voilà derrière mon lit ! Quelles retrouvailles !
Ce qu'il y a à vivre, il va falloir le vivre.

Un jour plus tard
J'ai eu l'aventure de connaître après une minuscule anesthésie une heure d'amnésie une heure d'amnésie totale : de l'instant où Giorgio est venu me chercher à l'hôpital jusqu'à celui où je me suis effondrée sur mon lit à Rastenberg : un vide total. Il m'a tout raconté en détail : j'ai même fait les courses et rempli mon grand panier avec une conscience aiguë et précise, parlé gaiement à la caissière.
L'étrange sensation qu'un temps viendra où toute notre existence disparaîtra dans pareille fissure.
Ensuite j'ai somnolé indéfiniment. Beaucoup d'âmes amicales m'ont appelée, se préoccupant de moi.
Chaque fois que je me levais, je tombais aussitôt d'épuisement. M. m'a conseillé de faire une vraie soupe de bœuf et de boire le liquide ; je l'ai fait avec l'aide de V. et j'ai senti les forces revenir ; mémoire des temps bénis, de ces maladies enfantines qu'on nous accordait encore le temps de traverser avec, à nos côtés, une mère qui connaissait les gestes pour guérir.
Giorgio me dit ce soir que cette mininarcose m'a délivrée d'une programmation triste et que je lui parais libre.

1er septembre, trois jours plus tard
après une cascade d'évènements
La journée qui a suivi a été lugubre. Je n'ai fait que me faire pitié. Comme si je n'avais jamais eu de pratique bouddhiste de toute ma vie ! J'adhère à ma vie comme si je n'avais jamais connu la moindre distance. Mon potentiel de ressentiment me sidère.
Et alors ?
Entre-temps hospitalisée à Krems, je rencontre un maître dans ma voisine de chambre. Au dernier stade d'un cancer généralisé, elle a une énergie extraordinaire.
Aïe ! Aïe ! Aïe !

15h25
Verdict :
« Vous sacrifierez un coq à Esculape ! » lança joyeusement Socrate lorsqu'on lui annonça le verdict : sa condamnation à mort. (Il était d'usage alors pour une guérison inespérée de sacrifier un coq à Esculape.) Je ne raffole pas de l'idée de considérer la Vie en soi comme une maladie dont il faille guérir. Mais impossible de ne pas trouver du panache – une indéniable grandezza – à la repartie du vieux philosophe.

« Vous avez encore six mois au plus devant vous », me dit le jeune médecin. Ou s'adresse-t-il plutôt au cliché d'un mètre carré qu'il tient en main ? Une fois que ces mots ont été prononcés, toute la brume se trouve dissoute. C'est un climat qui me convient. Je ne veux pas me prendre en pitié, j'ai été si richement dotée. Ma vie est pleine à ras bord.
Encore six mois au plus devant vous !

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19 avril 2011

Jamais contente : Le journal d'Aurore - Marie Desplechin

Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

jamais_contente École des loisirs - avril 2006 - 180 pages

Quatrième de couverture :
12 février.
On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. A moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux
sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égout et le tuyau du gaz. Sa voix amicale résonne dans l'air du soir :
- Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ?
Je reste la bouche ouverte pendant environ deux
millions de secondes, avant de me décider et de lui hurler à la figure :
- Voua ! Merdi !

Auteur : Née à Roubaix en 1959, après des études de Lettres, Marie Despleschin devient journaliste free-lance avant de se consacrer presque exclusivement à son rêve : l'écriture de roman et de nouvelles pour adultes et enfants. C'est Geneviève Brisac qui la remarque et qui l'encourage à se lancer pleinement dans l'écriture. Après 'Le Sac à dos d'Alphonse' et 'Rude samedi pour Angèle', la romancière débutante publie en 1995 un recueil de nouvelles très remarqué et intitulé 'Trop sensibles'. Son premier roman pour adulte, 'Sans moi', connaît un vif succès. Dans ses livres, elle aborde avec humour des sujets variés : les relations mère-fille dans 'Verte', le monde de l'imaginaire dans 'Dragons' en 2003 ou l'éducation d'une jeune fille au XIXe siècle dans 'Satin grenadine'. En parallèle, elle travaille avec Lydie Violet, son amie et attachée de presse aux éditions de l'Olivier, et accouche de 'La Vie sauve', une œuvre qui remporte en novembre 2005 le prix Médicis dans la catégorie 'essais'. Participant également à des recueils collectifs – 'Naissances', '100 jours sans', 'Penser/Rêver'... -, elle contribue encore à des projets innovants - 'Beaucoup plus que de l'amour' - ou aux publications de la nouvelle maison d'édition l'Estuaire. Par ailleurs membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de la non-violence, Marie Desplechin publie régulièrement des articles dans L' Express depuis 2006. Elle est encore l'auteur des ouvrages 'Je me souviens de Bruxelles', 'L'Album vert' ou 'Bobigny, centre-ville'. Marie Desplechin consacre également sa plume à la littérature jeunesse, notamment à l'Ecole des Loisirs. Elle vit à Paris, elle a trois enfants.

Mon avis : (lu en avril 2011)
C'est à l'occasion de la Semaine Marie Desplechin  du 18 au 24 avril 2011 organisée par Stephie (blog Mille et une pages) que j'ai emprunté un peu par hasard ce livre à la bibliothèque. J'avais déjà dans ma PAL le livre Danbé de Aya Cissoko et Marie Desplechin, mais je voulais lire également un livre où elle était la seule auteure.
Je réalise que je n'avais encore jamais lu de livres de Marie Desplechin.

Ce livre se lit très facilement, c'est léger, drôle. Aurore est une jeune adolescente de 15 ans qui a travers son journal raconte sa vie au collège, en famille. Elle est cynique et très critique vis à vis de ses parents et de ses sœurs Jessica (18 ans) et Sophie (12 ans). Elle nous raconte ses malheurs au collège, elle ne travaille pas beaucoup et sa petite sœur qui vient de rentrer en 6ème lui fait de l'ombre en ayant des trop bonnes notes... Elle est copine avec Lola dont les parents sont divorcés et Samira qui a six frères...

J'ai trouvé très amusant et intéressant de découvrir les pensées d'une adolescente de notre époque, j'ai les même ados à la maison (mais en version garçons), j'étais donc plutôt sur une autre planète et moi qui vient d'une famille de 3 filles, les choses ont beaucoup changées depuis mon adolescence...

Extrait : (début du livre)
1er octobre, avant dîner
Tous les gnomes de la planète comptent leurs sous. Le plus grand magicien de tous les temps va passer pour sa quête annuelle; J'ai nommé Harry Potter, le type qui transforme le papier en or massif. Sophie-la-Parfaite, dite aussi Sœur-Cadette-Ingrate, se prépare activement à célébrer. Elle sera la première à acheter le bouquin. La première à le lire. La première à dire qu'il est encore mieux que celui de l'année dernière. Dommage qu'elle entre juste en sixième, elle n'a pas assez de vocabulaire pour se le taper en anglais. Pas grave, Sophie, ce sera pour la rentrée prochaine. Et il sera encore mieux que celui de cette année. Moi, franchement, il faudrait me payer pour que j'aille faire la queue juste pour acheter un bouquin. Surtout un bouquin que tout le monde a lu. Je me demande ce que ma sœur préfère : faire la queue ou lire le livre. Je crois que c'est faire la queue. Si elle aimait lire, on verrait autre chose que Titeuf sur son étagère.
Le temps que les gens perdent à lire des livres, ça me tue. C'est le genre de réflexion que je me fais en cours de maths. Il faut que je m'occupe la tête si je ne veux pas devenir dingue. Bref, la question s'est posée à moi entre deux équations, la seule, la vraie, l'unique : pourquoi me pourrir la vie à lire alors que je peux écrire ?
Justement, j'avais un cahier en train de moisir. Un vieux cadeau de l'anniversaire de mes douze ans. L'authentique présent effroyable : une large couverture en carton, un million de pages blanches, et MON JOURNAL INTIME marqué dessus, histoire de rendre la chose publique dans le monde entier. Tellement intime que la couverture est fermée par un cadenas ridicule avec clé dorée, le genre de truc qui donne une envie mortelle de lire en cachette.
« Tu vas écrire ton journal et ce sera le début d'une nouvelle vie », voilà ce que je me disais quand la fin de l'heure a sonné. J'ai arrêté de penser. Direct. J'ai ramassé mes affaires et j'ai foncé vers la sortie. La vérité, c'est que je suis faite pour l'action.

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 Semaine Marie Desplechin  du 18 au 24 avril 2011

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18 avril 2011

Danbé – Aya Cissoko et Marie Desplechin

Lu en partenariat avec Blog-O-Book et Calmann-Lévy

Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

danb_ Calmann-Lévy – février 2011 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« J’aimerais que celle ou celui qui lira ce petit livre mesure ce qu’il a de déchirant. Il est mon au revoir à ceux que je laisse sur le quai. (…) Il est mon au revoir à mon enfance de petite fille noire en collants verts, qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant. »

Quand Marie Desplechin rencontre Aya Cissoko, elle est touchée par la singularité de son histoire. Née de parents maliens, Aya a connu une petite enfance habitée de souvenirs délicieux, qui prend fin avec la disparition de son père et de sa petite sœur dans un incendie. Élevée par sa mère dans le respect du danbé, la dignité en malinké, Aya apprend à surmonter les épreuves et trouve dans la boxe un refuge.

Auteurs : Aya Cissoko, trente et un ans, championne du monde de boxe anglaise en 2006, est aujourd’hui étudiante à l’Institut d’études politiques de Paris.
Marie Desplechin a écrit une trentaine de livres pour la jeunesse, et une dizaine pour les plus grands. Elle a publié avec Lydie Violet un récit intitulé La Vie sauve, qui a reçu en 2005 le prix Médicis Essai.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Ce livre est un récit autobiographique qu'Aya Cissoko a écrit avec Marie Desplechin.
Dès le début du livre Aya nous parle de son père Sagui venu du Mali en France pour travailler puis de sa mère Massiré arrivée en France à l'âge de 20 ans. Le couple aura bientôt quatre enfants : Issa, le fils aîné, puis deux filles Aya et Moussa et un dernier garçon Massou. La vie n'est pas facile, Sagui n'a pas toujours de travail mais la joie règne dans cette famille. Et survient le drame, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1986, un incendie ravage l'immeuble, Sagui, le père, et Moussa, la petite sœur, vont mourir. « le feu a  été allumé pour tuer ».
Massiré refuse de repartir vivre au pays comme lui demande la communauté malienne de Paris, et elle s’installe avec ses trois enfants au 140 rue de Ménilmontant. C’est là que Massou, le petit dernier, mourra à son tour, d’une méningite soignée au Doliprane par les médecins moins d'un an après son père et sa sœur. Aya a neuf ans, elle écrit « je suis dans une solitude désespérée » .
Aya est une bonne élève et lorsque sa mère l'inscrira dans un club de sport, elle choisira la boxe. Elle va trouver dans la boxe un refuge et malgré quelques mauvaises fréquentations, elle va tracer sa route : elle devient championne du monde de boxe française en 1999 puis en 2003. En 2006, elle gagne le Championnat du monde de boxe anglaise. Une grave blessure la contraint à abandonner sa carrière sportive et Aya se lance un nouveau défi, reprendre des études. Elle obtient alors une bourse pour suivre une formation à l'Institut d'études politiques de Paris.

Le titre du livre danbé signifie « dignité » en malinké. C'est le code de conduite que Massiré apprend à Aya à respecter pour aller de l'avant dans son existence. Cette mère est admirable et Aya est battante et courageuse.

Voilà un livre plein d'espoir, plein d'amour, un témoignage fort et poignant. J'ai lu ce livre facilement et d'une traite, j'ai été émue par ce beau récit, Aya est une très belle personne.
Merci à Marie Desplechin d'avoir accompagnée Aya Cissoko dans l'écriture de ce livre.

Un grand merci à Blog-O-Book et Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Extrait : (page 20)
Quand elle suit son mari tout neuf, Massiré Dansira est donc l'une des premières à quitter le village. Elle y acquiert le statut prestigieux d'aînée. Ma mère, l'aînée, ne parlera jamais à ses proches autrement qu'en bambara. Elle ne s'habillera jamais autrement qu'en jupe longue de wax. Et elle ne laissera plus jamais à quiconque le soin de décider de sa vie. Mais pour le moment, officiellement, elle a vingt ans. Elle vient d'arriver en France. On est en 1976. Au calendrier grégorien. Au village, c'est l'an 1354 de l'Hégire.

Je garde la nostalgie des journées qui n'en finissent pas, de leur matière légère, cotonneuse, des jeux de cache-cache dans les terrains vagues. Mon enfance est une période d'une extrême douceur. Un an après son mariage, Massiré a donné naissance à son premier fils, Issa. Je suis née un an après, en 1978. La petite fille qui me suit, en 1981, porte le nom de Massou. Deux ans plus tard naît un petit garçon, Moussa. Nous vivons tous les six dans quinze mètres carrés, peut-être vingt, au 22 de la rue de Tlemcen à Paris, à proximité du cimetière du Père-Lachaise. Notre immeuble compte sept étages et cinquante-cinq studios. Huit logements par palier, répartis autour de la cage d'un escalier de bois. Nous, c'est le studio 45, au sixième. Même s'ils le voulaient, les habitants du 22 sont trop à l'étroit pour s'ignorer. Personne ne ferme sa porte. Les enfants passent d'un appartement à un autre. Quand Massiré ne peut pas s'occuper de nous, c'est la voisine du cinquième qui nous donne à manger, ou alors celle du premier.
La pièce que nous habitons est meublée d'un grand lit à deux places, d'un petit lit pliable, et d'un lit à barreaux où peut dormir un bébé. Je dors avec Moussa et mes parents dans le grand lit. Massou est dans le lit à barreaux. La nuit tombée, on ouvre pour Issa le lit pliant qu'on place contre la porte. L'espace est si petit, si encombré, que les enfants doivent se percher quand mon père fait sa prière. Sagui garde un lien très étroit à la religion, il fait ses ablutions et prie cinq fois par jour. Il sort alors son tapis de prières et nous grimpons sur le lit. Les prières ne durent pas très longtemps. Il a tôt fait de ranger son tapis et nous pouvons redescendre.

 

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 Semaine Marie Desplechin  du 18 au 24 avril 2011

 

 

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12 avril 2011

Maria – Pierre Pelot

Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

maria Editions Héloïse d’Ormesson – janvier 2011 - 128 pages

Quatrième de couverture : 
Les Vosges, sous l’Occupation. Maria est institutrice. Un matin, les maquisards viennent la chercher devant sa classe. Jean, son mari, est collabo. Elle n’en savait rien. Pour avoir été la femme d’un traître, pour l’avoir aimé, Maria paiera. Marquée à vie par la cruauté de ceux que la France élève bientôt au rang de héros, elle ne révélera jamais le châtiment qui lui a été injustement infligé.
Soixante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette contrée, à la recherche d’une pensionnaire de la maison de retraite. Dans son périple l’accompagne la voix envoûtante d’une conteuse qui, sur les ondes de la radio locale, évoque l’histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle.
Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans une langue percutante et sensible, une région rude et secrète.

Auteur : Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d'une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l'auteur notamment de L'Eté en pente douce, C'est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L'Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des boeufs sauvages.

 

Mon avis : (lu en avril 2011)
Après avoir vu la présentation de ce livre à la Grande Librairie, j'ai eu très envie de le découvrir.
« Méfiez-vous des apparences », c'est le sous-titre du livre, et il a son importance.
Tout commence de nos jours, sur une route, dans les Vosges, à la tombée de la nuit. Un jeune homme vient rendre visite à Maria, l'une des pensionnaires de la maison de retraite. Maria est également une conteuse, elle raconte chaque jour sur la radio associative locale l'Histoire des Vosges et des ses habitants depuis le Moyen-Age.
En parallèle, le lecteur découvre que Maria a été la victime d'un événement sous l'Occupation allemande en octobre 1944. Ces faits qui vont bouleverser sa vie à jamais.
Ce livre raconte l’histoire de Maria, une histoire émouvante, bouleversante, pleine d'humanité et qui va nous surprendre dans les toutes dernières pages par un rebondissement final inattendu.
Pierre Pelot a une très belle écriture et ses descriptions des Vosges sont pleine de poésie et d'amour pour sa terre et ses habitants.
Des longs passages racontant l'Histoire des Vosges entrecoupent l'histoire de Maria, j'avoue en avoir survolé certains passages car j'avais hâte de connaître la conclusion de cette courte histoire.
A découvrir !

Extrait : (début du livre)
Un peu de blanc dans beaucoup de pluie, la méchante neige s'était mise à tomber en même temps que la nuit, à la sortie de la ville illuminée.
Des nœuds de fatigue s'étaient serrés plus durs entre ses épaules, les ankyloses et les crampes dans ses cuisses et mollets. Il avait failli s'arrêter sur une aire de stationnement, puis dans un café en bord de rue du premier village traversé, après Remiremont, mais il avait résisté, se disant qu'il touchait au but, qu'il ne lui restait guère plus d'une vingtaine de kilomètres – une vingtaine de kilomètres, après plus de 700 -, et il avait pris la voie rapide au flanc de la vallée qui filait presque droit à l'écart des villages.
La neige pourrie s'était épaissie. Les flocons plaqués au pare-brise tenaient une seconde avant de fondre. Cette averse voltigeuse l'avait surpris. C'était peut-être un peu tôt dans la saison. Il y avait encore beaucoup de feuilles aux arbres, jaunes et flamboyantes, pareilles à des flammes durcies. La neige, en principe, tombait après la chute des feuilles, non ? Il l'avait toujours cru, en tout cas.
Mais en vérité il ne savait rien de l'hiver ici. Ni des températures de saison.

Il ne savait rien de la région. Ça ne lui était jamais vraiment venu à l'esprit qu'on pût y vivre. Son père qui en venait ne lui en avait jamais vraiment parlé. Ou alors si loin qu'il ne s'en souvenait plus, n'en gardait que des images brumeuses et vagues. Quelques clichés, bien sûr, à se mettre sous la dent, pas mieux. La ligne bleue des Vosges, les bûcherons vosgiens, la Bête des Vosges, l'affaire Grégory... Comme des sortes d'accrocs dans un paysage lisse de montagnes rondelettes couvertes de sapins.
Il les avait aperçues au loin, les montagnes, en cache dressé devant l'horizon, un peu avant que le ciel se change en encre boueuse et que la nuit mélangée à la fange céleste s'affale, écrabouille et noie tout cela dans la brume sale et la bouillasse de neige et de pluie.

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Prénom"

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29 mars 2011

Le Fils – Michel Rostain

le_fils Oh ! Éditions – janvier 2011 – 173 pages

Prix Goncourt du Premier Roman 2011

Quatrième de couverture :
« Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier recondoléances, etc. débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d'attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd. »

Auteur : Michel Rostain vit à Arles. Né en 1942, metteur en scène d'opéras, il a dirigé la Scène nationale de Quimper Théâtre de Cornouaille de 1995 à 2008.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce n'est pas un roman, mais un récit sur un sujet difficile : la mort d'un enfant.

Le 25 octobre 2003, Michel Rostain a perdu son fils Lion, âgé de 21 ans, emporté par une méningite foudroyante.
Sept ans plus tard, l'auteur raconte ce terrible événement du point de vue de son fils mort. En effet, c'est la voix tendre et ironique du fils qui raconte la détresse de son père et de sa mère. Il raconte le jour de la mort, les lendemains avec le marketing des pompes funèbres, la cérémonie des obsèques... Il se moque de son père qui pleure comme une madeleine, qui se pose des questions sur l'inconscient de son fils... Il raconte la mécanique des funérailles qui se met en marche dès son dernier souffle, ses parents devant le catalogue des pompes funèbres... les obsèques d'un ami de ses parents 3 mois plus tôt qui avaient tournées au burlesque et qui était la répétition de ce que ses parents ne voulaient surtout pas revivre pour l'enterrement de leur fils. Il raconte aussi la cruauté de la Sécu qui refuse de traiter des feuilles de maladie en retard sous prétexte que « Votre livret de famille n'est pas à jour ! Il faut faire rayer votre fils du livret. »
C'est un livre qui nous fait pleurer et rire à la fois.
J'ai été profondément touchée et émue à la lecture de ce livre qui est aussi une belle leçon de vie et d'amour, et la conclusion du livre se veut optimiste : il n'y a pas de remède à la douleur, mais « On peut vivre avec ça. »

Extrait : (début du livre)
Papa fait des découvertes. Par exemple ne pas passer une journée sans pleurer pendant cinq minutes, ou trois fois dix minutes, ou une heure entière. C'est nouveau. Les larmes s'arrêtent, repartent, elles s'arrêtent encore, et puis ça revient, etc. Plein de variétés de sanglots, mais pas une journée sans. Ça structure différemment la vie. Il y a des larmes soudaines – un geste, un mot, une image, et elles jaillissent. Il y a des larmes sans cause apparente, stupidement là. Il y a des larmes au goût inconnu, sans hoquet, sans la grimace habituelle ni même les reniflements, juste des larmes qui coulent.
Lui, c'est plutôt le matin qu'il a envie de pleurer.

Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Des jours, des mois et des mois que je dormais dedans. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il évite les regards, il fait des détours bien au-delà du nécessaire, il prend à droite, rue Obscure, il redescend, puis non il remonte, rue Le Bihan, rue Émile Zola, les Halles, quatre cents mètres au lieu des cent mètres nécessaires, il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
Yuna de la Friche est là en train de mettre des sous dans la machine à laver automatique, papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier recondoléances, etc. débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, un coup de téléphone d'un client, une file d'attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd.

De retour à la maison, il trouve la chienne en train de mordiller mes pantoufles. Là aussi il y a mes odeurs. Papa tu ne vas quand même pas te disputer avec Yanka et te mettre à sucer mes pompes puantes, non ?

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24 mars 2011

Les insurrections singulières - Jeanne Benameur

les_insurrections_singuli_res Actes Sud – janvier 2011 – 197 pages

Quatrième de couverture :
Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l'usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d'une place dans le monde. Entre vertiges d'une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie.
Parcours de lutte et de rébellion, plongée au cœur de l'héritage familial, aventure politique intime et chronique d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu'au Brésil.
Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l'élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce que « on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie ».

Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en mars 2011)
"Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce qu'on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie", cette phrase résume bien le fond de ce livre.
Antoine est un ouvrier de quarante ans, même avec un bac en poche, faute de motivation il a préféré travailler à l'usine comme son père. Lorsque le livre commence, Antoine fait le point sur sa vie, l'usine dans laquelle il travaille est menacée de délocalisation, sa compagne vient de le quitter et il est revenu s'installer chez ses parents. Rien a changé dans la maison familiale, l'image que lui renvoie ses parents l'effraye, il veut faire autre chose de sa vie.
Après sa rencontre avec Marcel un vieux bouquiniste et la lecture d'un livre, Antoine décide de partir au Brésil dans la ville où son usine doit être délocalisée. Un voyage inoubliable...

Une belle histoire, une écriture simple, précise, pleine de poésie. Des phrases courtes qui chantent comme une musique. J'ai beaucoup aimé ce livre, surtout la partie du voyage au Brésil.

Extrait : (début du livre)
Il y a longtemps, j'ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d'une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue. Je regarde la nuit venir.

C'était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j'ouvre la porte et je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C'était comme ce soir, trop chaud.
Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait.
Ce soir-là, j'ai eu peur. Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
Je fixais la maquette.
Ma mère faisait la vaisselle. Le clapotis de l'eau dans l'évier pour accompagner tous les rêves de caravelle.
Et ma poitrine qui se serrait. J'avais huit ans. Les maquettes, c'était le monde en miniature, un monde qui tenait dans le creux d'une main. Réduit. Moi, le monde, je le voulais grand. Pas réduit.
Et ma respiration se cognait contre les bords.

Déjà lu du même auteur :
les_demeur_es Les Demeurées les_mains_libres_p_ Les Mains libres
c_a_t_apprendra___vivre Ça t'apprendra à vivre
 laver_les_ombres  Laver les ombres
si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent
 pr_sent Présent ?

 

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13 mars 2011

G229 - Jean-Philippe Blondel

G229 Buchet-Chastel – janvier 2010 – 240 pages

Quatrième de couverture :
" Je vous ai accordé une salle. Une salle, vous savez, ça n'a pas de prix. C'est la 229, bâtiment G. G229. Allez chercher la clé chez la concierge. Bon, je crois que cet entretien est terminé. Nous nous croiserons souvent désormais. Bienvenue ici. " Je remercie le proviseur, mais il ne m'écoute déjà plus. Un proviseur, ça a beaucoup de choses à penser. Un prof, non.. Un prof, ça ne pense qu'à une chose, ses classes. Puis soudain, il est de nouveau là, présent. Il me fixe. Il dit : " Le plus dur, dans le métier, vous savez, c'est de manier le on et le je. " Je réponds que euh, je ne suis pas sûr de comprendre. " C'est une institution, l'école. Vous entrez dans un bulldozer. Il faut arriver à en devenir membre sans perdre son individualité. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit, vous verrez. Le on et le je. Réfléchissez-y. Bonne chance ! "

Auteur : Jean-Philippe Blondel a publié huit romans - dont Le Baby-sitter (2010) - et trois romans pour adolescents. Il enseigne aussi l'anglais dans un lycée de province. Dans la salle G229, donc.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Voilà un livre sans doute un peu autobiographique, car Jean-Philippe Blondel est lui-même professeur d'anglais depuis de nombreuses années dans le même lycée et dans la même salle !
Jean-Philippe Blondel nous parle autrement de l'Éducation Nationale, il porte un regard plein d'humanité sur son métier et sa carrière. Il évoque le temps qui passe, il parle de ses débuts dans l'enseignement et fait comme un bilan de sa vie de professeur.
Comme il nous l'explique dans la vidéo (jointe en fin d'article), il alterne des chapitres en « On » racontant des expériences générales aux professeurs et les chapitres en « Je » qui sont plus personnelles. Le lecteur passe par différentes émotions suivant les chapitres, J'ai beaucoup rit avec les souvenirs de voyages scolaires en Angleterre. J'ai été bouleversé par la réunion parents-profs avec la mère de Matthieu. J'ai compris le choc du professeur qui découvre que la mère de son élève a été également son élève lors des premières années où il enseignait. Et l'émotion du professeur est palpable lorsqu'un élève lui rend un devoir où il se confie au-delà de ce qu'il pouvait imaginer en donnant le sujet.

J'ai beaucoup aimé ce livre, tout d'abord voir l'envers du décors de la vie au lycée pour une ancienne élève ou une mère d'élèves c'est toujours intéressant. Mais c'est surtout la façon qu'à Jean-Philippe Blondel d'évoquer avec beaucoup de tendresse ses années de professeur, les élèves passent et le professeur reste dans sa salle G229 !

Extrait : (début du livre)
Il est dix-neuf heures trente. 3 décembre. La nuit est tombée depuis longtemps. Le conseil de classe vient de se terminer, trente-cinq élèves, une heure et demie, ça a été rondement mené. Je suis sur le point de rejoindre le parking. Je parle avec ma collègue de lettres. Elle se désole parce qu'elle va passer le week-end sur ses copies. Je lui réponds que c'est pareil pour moi et, au même moment, je me rends compte que je les ai oubliées dans ma salle, les copies. Je suis parti trop précipitamment tout à l'heure. J'ai laissé le tas de devoirs sur le bureau. Je le revois très nettement, maintenant. Je lance une injure tonitruante. Je cours voir la concierge. Elle me rappelle qu'à cette heure-ci tout est fermé. Je parlemente. Je négocie. Elle cède. Elle dit : « C'est bien parce que c'est vous, hein ! » J'ai quarante-cinq ans. J'enseigne dans ce lycée depuis vingt ans. Elle est là depuis l'ouverture. Nous avons traversé les grèves de 1995 ensemble. Je sais qu'elle y pense en me tendant les clés. Elle ajoute : « Mais vous faites vite, hein ? Moi, j'ai pas que ça à faire et, à huit heures, je mets l'alarme dans tous les bâtiments ! » Je souris. Une demi-heure, c'est bien plus qu'il n'en faut. Dix minutes tout au plus pour traverser la cour, monter au deuxième étage, longer le couloir, ouvrir la troisième porte sur la gauche. Et récupérer mon bien.



"G229" de Jean-Philippe Blondel par editionslibella

Déjà lu du même auteur :
 
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