29 octobre 2016

Petit pays - Gaël Faye

petit pays Grasset - août 2016 - 224 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2016

Quatrième de couverture : 
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Auteur : Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur compositeur interprète de rap. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop,  il sort un album en 2010 avec le groupe Milk Coffee & Sugar (révélation Printemps de Bourges). En 2013 paraît son premier album solo,  Pili Pili sur un Croissant au Beurre. Enregistré entre Bujumbura et Paris, il se nourrit d’influences musicales plurielles : du rap teinté de soul et de jazz, du semba, de la rumba congolaise, du sébène… Petit pays est son premier roman.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
En 1992, Gabriel est un petit garçon de 10 ans, qui vit dans le bonheur. Il vit à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans un quartier résidentiel avec avec sa petite soeur Ana, son père français et sa mère rwandaise. 
La famille de sa maman sont des réfugiés, dans les années 60, ils ont fuit le Rwanda, lors des massacres contre les Tutsi et ils espèrent pouvoir un jour retourner au pays.
L'impasse où il habite est aussi le lieu des jeux et des rencontres avec sa bande de copains de toutes origines avec lesquels il fait les 400 coups. C'est une enfance enchantée et Gabriel aimerait qu'elle ne s'arrête jamais... 
Mais en toile de fond, il y a la situation politique du pays et du monde et Gabriel découvre qu'il est français, rwandais et tutsi. 
Gabriel a besoin de mettre à distance la violence du monde, il préfère se réfugier dans l'insoucience de enfance, dans la lecture pour garder son innocence le plus longtemps possible. Les évènements, la guerre et la violence auour de lui vont pourtant obliger Gabriel à grandir plus vite que la normale... 
Pour écrire ce premier roman, Gaël Faye s'est largement inspiré de sa jeunesse au Burundi, à l'époque il n'avait pas la même conscience que Gabriel sur la violence qui se passait dans le pays, heureusement ses parents avaient su préserver l'enfant qu'il était encore...
L'écriture est très imagée, pleine de poésie, on ressent parfaitement l'Afrique, sa chaleur, ses odeurs, ses couleurs... Les personnages sont attachants et le lecteur les voit évoluer au cours de l'histoire, en particulier les enfants.
Voilà un livre poignant sur une enfance bouleversée par l'Histoire du "Petit Pays" et la guerre civile. 

Extrait : (début du livre)
Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.
Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.
– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.
– Comme Donatien ? j’avais demandé.
– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.
Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :
– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors... ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors... pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. 
– Ouais, et lui là-bas, avec le chapeau, il est immense, tout maigre avec un nez tout fin, c’est un Tutsi.
– Et lui, là-bas, avec la chemise rayée, c’est un Hutu.
– Mais non, regarde, il est grand et maigre.
– Oui, mais il a un gros nez !
C’est là qu’on s’est mis à douter de cette histoire d’ethnies. Et puis, Papa ne voulait pas qu’on en parle. Pour lui, les enfants ne devaient pas se mêler de politique. Mais on n’a pas pu faire autrement. Cette étrange atmosphère enflait de jour en jour. Même à l’école, les copains commençaient à se chamailler à tout bout de champ en se traitant de Hutu ou de Tutsi. Pendant la projection de Cyrano de Bergerac, on a même entendu un élève dire : « Regardez, c’est un Tutsi, avec son nez. » Le fond de l’air avait changé. Peu importe le nez qu’on avait, on pouvait le sentir.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. À partir de ce jour-là, j’ai commencé à regarder le nez et la taille des gens dans la rue. Quand on faisait des courses dans le centre-ville, avec ma petite sœur Ana, on essayait discrètement de deviner qui était Hutu ou Tutsi. On chuchotait :
– Lui avec le pantalon blanc, c’est un Hutu, il est petit avec un gros nez.

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19 octobre 2016

A coucher dehors - Aurélien Ducoudray & Anlor

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Quatrième de couverture :
Amédée, Prie-Dieu et la Merguez vivent sur les bords de Seine. Mais la destinée fait parfois preuve de bienveillance avec les SDF. Elle offre à Amédée un nouveau toit par le biais d'un héritage : un magnifique pavillon de banlieue. En contrepartie, il doit devenir le tuteur légal de Nicolas, le fils trisomique de sa vieille tante récemment décédée. De surcroit, Amédée se retrouve responsable d'une maison qui attise toutes les convoitises. Mais surtout, il hérite d'un passé, d'une famille et de ses secrets qu'il découvre peu à peu.

Auteurs : Aurélien Ducoudray est né en 1973 à Chateauroux et vit dans un petit village de l’Indre. Photographe de presse, journaliste presse écrite et TV, on lui doit de nombreux documentaires. Après Championzé et La Faute aux chinois, il sort Clichés de Bosnie chez Futuropolis. Ce dernier ouvrage connaît un beau succès. En 2014, il signe son premier ouvrage chez Grand Angle, Amère russie.
Anlor a étudié aux Arts-Décoratifs de Paris (ENSAD) d’où elle est sortie diplômée en section Animation. Elle réalise en 2001 Qui veut du Pâté de Foie ?, court-métrage en volume animé stop-motion, primé dans de nombreux festivals (Annecy, Zagreb, Paris...). Elle travaille ensuite en tant qu’animatrice, puis réalisatrice. En 2011, elle signe sa première BD : Les Innocents coupables chez Grand Angle.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
Trois clochards, Amédée, Prie-Dieu et la Merguez, campent depuis quelques temps sous un pont parisien, ils ont même annexé la cabine téléphonique voisine... Alors qu'ils sont sur le point d'être expulsés, un notaire se présente et annonce qu'Amédée viendrait d’hériter d’une maison à Pontoise. Mais il faut faire vite car cette maison est sur le point d'être vendue aux enchères. Pour devenir propriétaire de cette petite maison, il y a une close spéciale : Amédée doit s'occuper de Nicolas, fils trisomique de la défunte. Il est toujours joyeux et plein d'entrain et il est passionné par les vols spatiaux de Youri Gagarine !
Amédée est un SDF bougon mais au grand coeur, Nicolas rêve d'imiter Youri Gagarine, il s'imagine aller un jour sur la Lune !
Le trio Amédée, Prie-Dieu et la Merguez est haut en couleur et leur rencontre avec Nicolas est touchante et pleine d'humanité.
Ce récit plein de sincérité autour de quatre personnages atypiques donne au lecteur de l'humour et des surprises...

Cet album est le tome 1 d'un diptyque, il s'achève en nous laissant tomber en plein suspens... J'ai donc évidement très envie de connaître la fin de l'histoire !

Extrait : (début de la BD)

 

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12 octobre 2016

Quatre couleurs - Blaise Guinin

ob_b33504_quatre-couleurs-couv Vraoum Editions - mai 2014 - 140 pages

Quatrième de couleur : 
Deux étudiants échangent leur identité pour réussir leurs examens.
Quatre filles croisent leur route pour le meilleur mais surtout pour le pire.
Un roman graphique noir, rouge, vert et bleu, réalisé au stylo quatre couleurs.

Auteur : Blaise Guinin a commencé sa carrière dans la bande dessinée en publiant quelques dessins sur internet en autodidacte. 
Début 2011, il publie un roman graphique de 130 pages chez Casterman, "en attendant que le vent tourne" et "Georges et la mort". 

Mon avis : (lu en septembre 2016)
J'ai emprunté par hasard ce livre à la Bibliothèque, c'est surtout le fait qu'il avait été dessiné avec un stylo quatre couleurs qui m'a donné envie de découvrir cette bande dessinée. Grégoire est un étudiant peu travailleur, après plusieurs redoublement, son père l'a menacé de lui couper les vivres s'il ne réussissait pas son année. Pour se donner toutes ses chances, il a l'idée brillante d'inverser deux cours avec Pierre, son meilleur ami, afin d'obtenir une meilleure note à l'examen de fin d'année. Mais tricher et mentir n'est pas si facile... En effet, Chloé est une ex de Grégoire, mais toujours très amoureuse de lui va s'en mêler, c'est le grain de sable qui risque de faire capoter la supercherie... 

De la farce, cette histoire va basculer dans le drame et le thriller. C'est plutôt bien réussi même si le personnage très antipathique de Grégoire m'a gêné dans certains de ses comportement.
Côté dessin, c'est à la fois original et minimaliste, j'ai aimé l'utilisation d'un code couleur pour chacun des personnages féminins, les motifs de fond d'image qui cache parfois des surprises...

Extrait :

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08 octobre 2016

L'égalité est un long fleuve tranquille - Antoine Chereau

Lu dans le cadre de Masse Critique

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81s2Z0I6SQL Pixel Fever - octobre 2016 - 70 pages

Quatrième de couverture :
Dans l'album « L'Egalité est un long fleuve tranquille », parrainé par l'Institut Randstad pour l'Égalité des Chances et le Développement Durable,  Antoine Chereau croque avec un humour mordant toutes les situations de la vie où la discrimination s'exprime. 68 dessins désopilants autour de l'emploi des jeunes, des séniors, de l'égalité pro, de la diversité, du fait religieux et toutes ces discriminations  tout au long de la vie qui font la joie du vivre ensemble. Bref, que du bonheur à partager?! « L'Egalité est un long fleuve tranquille » s'inscrit dans le cadre d'une opération de sensibilisation menée par l'Institut Randstad, contre toutes les formes de discrimination et en soutien aux associations qui oeuvrent pour l'égalité des chances.

Auteur : Antoine Chereau est dessinateur de presse, cartoonist et jokes manager ! Dessinateur pour la presse et les entreprises depuis 1981, il a collaboré à de nombreux titres, comme Libération, France Soir, Que choisir, l’Événement du jeudi, La tribune de l’économie, l’Expansion, Telerama, France Soir ou encore l’Ordinateur individuel. Fort d’une expérience dans de nombreux domaines, Antoine Chereau est un vrai spécialiste de l’entreprise. Il s’est naturellement spécialisé dans les dessins corporate, faisant profiter de son humour en direct pendant les conventions ou pour accompagner la communication de n’importe quelle société.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cet album n'est pas un bande dessinée, mais un recueil de dessins humoristique sur le thème de l'égalité. L'égalité fille et garçon, l'égalité à l'école, l'égalité dans le sport mais surtout dans le monde du travail. Il est question de la diversité, de la couleur de peau, de la couleur des cheveux, de l'orientation sexuelle, du quartier d'origine, du milieu d'origine, du poids, du handicap, de l'âge, de la place de la femme dans le monde du travail...
Les dessins sont percutants et drôles, une sensibilisation réussite contre les inégalités et les discriminations à l'embauche et au sein du monde professionnel !
Les préjugés ont la vie dure... Tu viens du 93, et c'est comme si tu avais une casserole à traîner. Tu t'appelles Mohammed et cela ne sert à rien que tu fasses de grandes études... Tu es une femme et tu as un poste important, tu n'as pas pu y arriver seulement grâce à tes études et ton travail... Tu es gros et ta place est sur le banc de touche plutôt que sur le terrain... Tu es une femme et tu ne pourras pas gérer en parallèle ta vie professionnelle et ta vie familiale...
Cette BD permet de soutenir les actions en faveur de l’égalité des chances.

 

 

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30 septembre 2016

Pour l'amour d'une île - Armelle Guilcher

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Nouvelles Plumes - 2014 - 336 pages

Pocket - janvier 2016 - 400 pages

Quatrième de couverture :
Elle s'appelle Marine. Un prénom qui évoque sa passion, la mer. Cette mer qui entoure la petite île bretonne où elle est née et a grandi, jusqu'à la mort brutale de ses parents. 

Devenue médecin, Marine décide de retourner sur l'île perdue dans les brumes, au milieu des écueils qu'elle aime tant. 
Mais les mois passent et elle ne parvient pas à amadouer les habitants pour le moins distants. Les patients restent rares et l'hostilité est palpable. Une hostilité qui semble trouver sa source dans l'histoire familale, ne laissant au " nouveau docteur ", au bord du découragement, d'autres choix que de raviver le passé pour comprendre. Au risque de rouvrir des blessures enfouies.

Auteur : Retraitée, Armelle Guilcher vit et écrit en Bretagne. Pour l'amour d'une île est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2016)
J'ai lu ce livre cet été avec beaucoup de plaisir, le lieux principal de cette histoire est une petite île bretonne et l'auteur a su parfaitement nous la décrire dans tous ses états, sous le soleil, dans la tourmente des tempêtes... 
1971. Marine le Guellec , jeune médecin s'installe sur l'île bretonne où elle est née. Elle va remplacer le docteur Le Guen qui aspire à la retraite. Mais rien est simple, car elle se trouve face à l'hostilité des habitants qui évitent alors de fréquenter son cabinet.
1960. Le lecteur revient sur l'enfance de Marie. Après la mort de ses parents, elle a été élevée avec Yves, son frère aîné, par son grand-père François qui a voulu protéger ses petits-enfants. Marie va comprendre que 
l'hostilité à son égard est dû à son histoire familiale et quelques secrets de famille...
J'ai beaucoup aimé cette histoire, dont les personnages sont attachants et donc l'intrigue se dévoile peu à peu. J'ai eu du mal à quitter cette petite île bretonne... Heureusement, c'étaient les vacances et le bord de mer était proche...

Extrait : (début du livre)
À la fin de ses études de médecine, Marine décide de retourner vivre sur la petite île bretonne où elle a grandi jusqu'à la mort de ses parents. Mais dans le froid venteux de novembre, l'installation se révèle difficile : les habitants désertent son cabinet et affichent ouvertement leur hostilité. Marine comprend que le secret de cette haine est caché dans le passé de sa famille.
La traversée s'était effectuée dans des conditions plutôt idéales pour la saison. En dépit d'un temps maussade, la mer était calme.

On était fin novembre.
Ce n'était pas la période rêvée pour venir s'établir sur cette île hostile, perdue dans les brumes, au milieu des écueils. À peine arrivée, elle allait devoir affronter les tempêtes de l'hiver, les plus rudes, celles qui vous mettent l'angoisse au cœur, avec en supplément l'appréhension de démarrer une carrière de médecin en se heurtant à la défiance probable des habitants à son égard.
Marine n'avait pas choisi son moment. Son installation était programmée au début de l'été et puis des circonstances imprévues (la maladie de François, son grand-père) avaient bouleversé ses plans. Il n'existait sur l'île aucune structure hospitalière susceptible de recevoir le vieillard en cas d'aggravation de son état et, dans ce contexte, ne sachant comment évoluerait la santé de son aïeul, Marine avait préféré se montrer prudente en demeurant sur le continent. Finalement, le vieil homme s'était éteint sans avoir assouvi son rêve : retourner vivre sur son île en compagnie de sa petite-fille.
La douleur ressentie par Marine à la mort de son grand-père avait été immense. Elle avait d'ailleurs failli abandonner tous ses projets. Et puis les blessures se refermant, elle s'était persuadée que François lui-même n'aurait pas souhaité une pareille conclusion, après tant d'années d'efforts et de persévérance pour mener ses études à leur terme. Elle avait donc confirmé au docteur Le Guen qu'elle reprenait sa clientèle, juste le temps pour elle d'expédier quelques affaires courantes. Ce qu'elle appelait « affaires courantes » était le règlement de la succession de son grand-père. Il n'avait pour toute richesse que sa petite maison du continent, au bord de la falaise, et Marine ne voulait en aucun cas s'en séparer malgré les exhortations de son frère Yves, toujours à la recherche de plus de moyens pour entretenir dans un confort que lui-même n'avait jamais connu, sa femme et ses deux petites-filles, des gamines pleurnichardes et capricieuses.
Elle avait alors proposé à Yves de lui racheter sa part et celui-ci avait ironisé : « Avec quel argent ? Ce n'est pas ta clientèle de marins ivrognes et miséreux qui va t'enrichir. »
— Ma clientèle miséreuse assurera ma subsistance, n'aie aucune inquiétude à ce sujet. Et puisque tu négliges la maison de grand-père, tu ne discuteras pas de son prix en prétendant qu'elle vaut plus cher que ce que je t'en offre.
Effectivement, Yves avait accepté le montant fixé. Et c'est le notaire de famille qui, après avoir établi les documents, lui prêta la somme nécessaire au rachat de la résidence familiale.
— J'aurai peut-être quelques difficultés à vous rembourser mais j'honorerai ma dette.
— J'ai confiance en toi, avait répondu le notaire. En souvenir de François, mon ami, je ne peux me résoudre à ce que cette demeure, obtenue grâce à un labeur de tous les instants, parte entre les mains du premier venu. Pour lui et pour toi. Et je suis peiné qu'Yves s'en dessaisisse avec une si grande désinvolture.

 

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28 septembre 2016

Coquelicots d'Irak - Brigitte Findakly et Lewis Trondheim

3418 L'Association - août 2016 - 115 pages

Présentation de l'éditeur :
Lewis Trondheim et Brigitte Findakly forment en bande dessinée comme à la ville un duo depuis de nombreuses années. Si la bibliographie pléthorique de Lewis Trondheim n'a plus de secret pour personne, celle de Brigitte Findakly, son épouse et coloriste, quoique toute aussi importante, reste pourtant moins connue. De Pif Gadget, à ses débuts, au Chat du Rabbin, des Formidables aventures de Lapinot au Retour à la terre, on lui doit la mise en couleurs d'une centaine d'albums. Avec ce livre à quatre mains, pré-publié en partie dans "Les strips de la matinale" du Monde, Lewis Trondheim délaisse pour la première fois les animaux anthropomorphisés pour raconter l'histoire de celle qui partage sa vie, née en Irak, d'un père irakien et d'une mère française à l'orée des années 1960. Coquelicots d'Irak retrace son enfance passée à Mossoul, ville du nord de l'Irak, à une époque où, bien avant l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, se succèdent coups d'Etat et dictatures militaires. Déroulant le fil de ses souvenirs, on découvre alors une vie de famille affectée par les aberrations de la dictature et leurs répercussions sur la vie quotidienne, jusqu'à un inéluctable exil vers la France au début des années 1970. Une arrivée en France elle aussi difficile, une expérience migratoire faite de difficultés administratives, sociales et culturelles. Dans ce récit qui prend pour toile de fond une triste actualité, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly brossent en saynètes percutantes et sans ambages, mais pas moins sensibles pour autant, la trajectoire singulière de la coloriste qui, pour la première fois, occupe le premier rôle dans un livre. Ponctué de photos et de parenthèses sur les coutumes, la culture irakienne et les souvenirs de l'Irak de Brigitte Findakly, on partage avec elle la nostalgie de ceux qui ont laissé derrière eux leur pays d'origine, et les liens fugaces qui subsistent, tout à l'image des coquelicots devenus si fragiles une fois déracinés.

Auteurs : Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul, Irak, et elle y a grandi jusqu'en 1973. Coloriste de bande dessinée depuis 1982, elle a travaillé pour Pif Gadget, Le Journal de Mickey, Circud, Vécu, Le Journal de Spirou... Elle a colorié de nombreux albums dont Lapinot, Le Chat du Rabbin, Le Retour à la Terre et Rob Azbam.
Lewis Trondheim est né en 1964 à Fontainebleau. Auteur de bande dessinée, co-fondateur de l'Association, co-fondateur de l'OuBaPo, directeur de la collection Shampooing. Marié à Brigitte Findakly depuis 1993, ils ont deux enfants et vivent dans le sud de la France.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cette bande dessinée raconte l'enfance de Brigitte Findakly à Mossoul, en Irak jusqu'en 1973, puis son exil à Paris.
Le départ de ce récit a été suscité par la destruction des têtes de lions ailés par Daesh à proximité de Mossoul. Brigitte se souvient d'une photo prise par son père d'elle enfant devant ces lions. Sur la photo, on ne voyait déjà pas leurs têtes car c'était Brigitte le sujet principal de la photo et non ces lions...  
Les souvenirs de Brigitte ne suivent pas un fil chronologique et peuvent dérouter un lecteur, mais j'imagine qu'ils ont été écrits et dessinés au moment où ils sont revenus à la mémoire de l'auteure... 
Elle raconte sa jeunesse à Mossoul, la difficulté de vivre en tant que chétien dans un pays majoritairement musulman, l'instabilité politique puis pourquoi ses parents sont obligés d'émigrer en France, le pays d'origine de sa maman. Elle évoque l'exil et son adaptation à un nouveau pays, les retours en Irak pour les vacances... 
Les dessins de son mari, Lewis Trondheim, illustre avec beaucoup de pudeur et de simplicité ce témoignage émouvant.
Voilà une bande dessinée touchante qui reflète la tolérance et le respect. Brigitte évoque avec nostalgie, amour et sensibilité ce pays d'enfance et sa famille. Une très belle découverte.

Extrait : 

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23 septembre 2016

Frères d'exil - Kochka

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

1507-1 Flammarion jeunesse - septembre 2016 - 128 pages

Illustré par Tom Haugomat

Quatrième de couverture :
Il y a des moments dans la vie 
où ce qu'on croyait solide s'effondre...
Où que la vie t'emmène, Nani, n'oublie jamais d'où tu viens, mais va !

Nani part avec sa famille pour le continent après l'inondation de leur île par une tempête. Mais Enoha, son grand-père, a décidé de rester. Il confie à sa petite-fille des lettres, où il raconte son histoire. Durant son voyage, la fillette rencontre un petit garçon seul, Semeio, auquel son destin sera lié.

Auteur : Kochka est née au Liban d'un père français et d'une mère libanaise. Elle s'installe en France à partir de 1976 et suit des études pour être avocate. Elle quitte le barreau en 1997 et commence à écrire.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Une histoire universelle autour des réfugiés. Dans cette histoire, il s'agit de réfugiés climatiques et non de guerre mais la problématique de l'exil est assez semblable.
Nani, 8 ans, a grandit sur une île du Pacifique avec sa famille, ses parents Janek et Youmi, ses grand-parents Enoha et Moo. Depuis quelque temps, les intempéries menacent l'île, l'eau monte et Nani et ses parents ont décidé de quitter l'île. Enoha et Moo resteront sur l'île, ils sont trop vieux pour entreprendre ce long voyage. Mais Enoha a décidé d'écrire plusieurs lettres à Nani, il les lui confie dans une pochette étanche avant son départ et lui conseille de les lire lorsqu'elle en aura besoin, ce sera comme si son Ipa (grand-père) lui parlait dans son coeur. Dès le départ, le jeune Semeio va se joindre à la petite famille, il sera pour Nani un compagnon rassurant et complice car le voyage sera long et pleins d'épreuves...
Un roman plein d'humanité qui raconte l'histoire d'une famille qui a été contrainte à l'exil, jamais ils n'oublieront leur île, mais plein d'espoir, ils regardent vers un avenir qu'ils espèrent meilleur. C'est l'occasion de réfléchir sur le sujet de l'accueil des réfugiés...
Les illustrations de Tom Haugomat sont également très jolies et expressives. 
Un petit bémol sur la forme du livre : les lettres écrites par le grand-père puis celles écrites par les enfants apparaissent dans le livre sur des pages bleu et écrites en blanc, j'ai trouvé ces pages moins lisibles. Et le pire ce sont les poèmes ou les chansons qui apparaissent dans le livre avec une écriture bleue qui est vraiment bien trop claire pour être lisible.
Sinon, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de lettre n°5... enfin, je pense que c'est surtout un problème de numérotation dans la mise en page et que le lecteur a bien droit à l'histoire en entier...

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour cette découverte touchante

Extrait : (début du livre)
Mon nom est Enoha et si j'écris aujourd'hui c'est pour accompagner Nani, ma petite-fille, car elle va bientôt partir. Pour elle je suis Ipa. C'est comme ça qu'on dit grand-père sur notre île. Elle a huit ans.

Ma Nani,
Tu sais toi qu'il est un peu bizarre ton Ipa, mais tu sais aussi qu'il ne raconte jamais n'importe quoi, et tu sais comme il t'aime !
Je t'ai déjà expliqué que ce qu'on voit ne dit pas toujours la vérité. Par exemple, quand les gens ne sont plus là, on croit qu'ils sont sont morts alors qu'ils sont seulement cachés. Les défunts sont dans nos coeurs et, si on se concentre, on les entend murmurer. Et c'est vrai aussi pour les arbres, les rivières, les montagnes et les fleurs...

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21 septembre 2016

Un recteur de l'île de Sein - Henri Queffelec

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Stock - 1944 - 230 pages

Marabout - 1955 - 220 pages

Livre de Poche - 1961 - 241 pages

Presse de la Cité - novembre 1982

Librio - novembre 1998 - 153 pages

Bartillat - juin 2007 - 205 pages

Bartillat - juin 2016 - 205 pages

Quatrième de couverture : 
A l'extrémité de la Pointe du Raz, l'île de Sein est un rocher plat, sans arbres, désespérément sauvage. Là, sous l'Ancien Régime, vivent quelques familles de pêcheurs, âpres, durs, pilleurs d'épaves, superstitieux et violents.
Dans ce lieu maudit, où l'évêque de Quimper ne se donne plus la peine d'envoyer un aumônier du culte tant les candidats sont rares, Thomas Gourvennec, simple pêcheur et sacristain de son état, décide de prendre en charge les âmes à la dérive. Il se heurtera à ces hommes et à ces femmes pris en étau par les rochers... Qu'à cela ne tienne, ils rendront la monnaie de sa pièce à l'existence : certaines nuits, des hommes se retrouvent en bas des falaises, des fermes brûlent, les épaves sont pillées. Au village, on suivra les processions des enterrements sous le soleil glacé, et on verra défiler au gré de la plume d'Henri Queffélec les histoires de femmes, d'enfants en sabots, d'amour, de jalousies, de religion et les récits de grandes tempêtes au goût d'apocalypse.
Le sacristain, Thomas Gourvennec, arbitrera cette lutte entre Dieu et les hommes, entre le religieux et le crime, et tentera, afin que l'île ne sombre pas dans la folie, d'enchaîner les êtres les uns aux autres à travers des habitudes chrétiennes communes.

Auteur : Henri Queffélec (1910-1992) est l'auteur d'une œuvre considérable dans laquelle il a entre autres célébré la Bretagne et la mer. Un recteur de l'île de Sein, paru en 1944, est son plus célèbre roman. Henri Queffélec est le père de l'écrivain Yann Queffélec.

Mon avis : (lu en août 2016)
Voilà un vieux classique dont j'avais souvent entendu parler et que j'ai déniché pendant les vacances. Henri Queffélec offre au lecteur un tableau vivant de l’île de Sein sous l’Ancien Régime. A l'époque, la vie sur l'île de Sein n'est pas facile, il y a les tempêtes, ce rocher est aride et il manque de tout. Un beau jour, leur recteur, venu du continent, n'en peut plus de cette vie rude et isolé et il quitte l'île. Mais aucun prêtre n'est prêt à le remplacer. Les Îliens se sentent alors délaissés par l'Église de Quimper, et par le continent tout entier... Dans ces conditions, Thomas Gourvennec, le sacristain, homme pieux et respecté, est poussé par les Îliens à prendre en main les destinées de la paroisse.
J'ai trouvé ce livre magnifique et très fort, il nous fait découvrir la vie rude des pêcheurs, leur rapport à la religion... L'Ile est l'un des personnages principaux de ce roman, ses descriptions sont très belles et évocatrices en particulier en pleine tempête. L'auteur s'est inspiré d'une histoire vraie pour écrire son roman. Le vocabulaire est très riche, j'y ai découvert des mots qui ne sont plus en usage aujourd'hui et certaines tournures de phrases sont parfois désuètes.

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Ce livre a été adapté au cinéma en 1950 par Jean Delannoy sous le titre Dieu a besoin des hommes avec Pierre Fresnay dans le rôle de Thomas Gourvennec.

 

Extrait : (début du livre)
Il doute du témoignage de ses yeux qui virent le printemps sur l’île et il voudrait croire qu’il a vu des mirages. Il n’est pas possible que des aubes glorieuses, se déployant dans le fond du ciel, aient éclairé ce morceau de récif…
Sur le continent, des maisons humaines, des fermes qui se disent pauvres, mais où la lande étincelle dans les cheminées plus belle qu’à la floraison de Pâques ; les animaux, derrière la cloison, qui réchauffent les maîtres ; le fumier gras, dehors, qui suinte comme du beurre ; les petites fenêtres qui emprisonnent dans l’air le froid, la pluie et le vent, et les obligent, pour réclamer pitance, à ne passer qu’un bras maigre qui tâtonne ; villages terrés contre le sol, paysans et pommiers, monotonie heureuse et rabougrie du temps.
Dix années. Mais rien ne doit plus, aujourd’hui, le retenir dans l’île… Certitude illusoire. La mer, le dépaysement, la solitude morale ont détruit son courage et, si l’on résistait à son entreprise, en poursuivrait-il le dessein ? Qui sait si son refuge, loin d’être la prière, ne serait pas la folie. Auprès des lavoirs, tandis que les femmes battent et rincent, les innocents jouent dès le matin. Ils s’assoient sur des mottes de terre un peu hautes et, levant la tête, la tournent de droite à gauche et de gauche à droite comme s’ils voulaient la dévisser. Ils rient des vaches qui courent. Quel repos ! Quel éloignement des bouffées et des clameurs atlantiques ! Comme il est loin le pillage des heures, du bien-être et de la chaleur par les bandes armées du vent !…
Dix années.
À la fin de la troisième année, c’est Anne Le Berre qui sort lever des lignes à cent mètres du port, derrière un rocher tranquille. La mémoire prétend que des alouettes, dans cet après-midi de juin, chantaient parmi les haubans du ciel. Une brume tombe, mouillée comme une grève après la marée, une brume qui sent le sable et le sel. Hypocrite, elle enveloppe tout. Les formes des maisons s’affaiblissent, s’exténuent. La brume se dissipe… Homme et barque ont disparu.
N’est-ce pas plus terrible encore, à la fin de l’antan, la mort de Louis Yvinec ! La disparition d’Anne se conforme à une sagesse de l’horreur : personne n’a rien vu ni rien entendu et personne ne sait rien. Mais personne n’a vu Yvinec sauter en pleine nuit dans sa barque ni s’éloigner à la voile… et tout le monde raconte qu’il a trouvé une épave, un baril, de malaga ou de rhum, et croisé pour attendre la nuit : il grimperait chez lui en cachette et enterrerait le baril. La tempête croisait aussi. On entendait gronder la bise comme un chien qu’un autre chien irrite. La tempête éclata… Personne, ce jour-là, n’a rencontré Yvinec et, si l’on demande aux pêcheurs d’où ils connaissent l’histoire de l’épave, ils crachent et se dérobent derrière des mots. Le prêtre ne les soupçonne pas de mensonge. Ils détiennent une science effrayante et lui, pauvre terrien, il ne lutte pas contre eux.

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20 septembre 2016

L'élégance des veuves - Alice Ferney

Lu en partenariat avec Audiolib

l'élégance des veuves Audiolib - août 2016 - 2h54 - Lu par Dominique Reymond

Quatrième de couverture :
Au rythme des faire-part de naissance et de mort, voici la chronique de destins féminins dans la société bourgeoise du début du xxè siècle. Fiançailles, mariages, enfantements, décès... le cycle ne s'arrête jamais, car le ventre fécond des femmes sait combler la perte des êtres chers. C'est avec l'élégance du renoncement que l'on transmet ici, de mère en fille, les secrets de chair et de sang, comme si la mort pouvait se dissoudre dans le recommencement. En toute éternité…
Un court roman intemporel sur le cycle de la vie et la place de la femme, adapté au cinéma sous le titre « Éternité ».

Auteur : Docteure en sciences économiques, Alice Ferney publie son premier livre en 1993, Le Ventre de la fée. Très vite appréciée des critiques et des libraires, elle publie ensuite une dizaine de romans, dont L’Élégance des veuves en 1995, Grâce et dénuement en 1997, ou, plus récemment, Cherchez la femme (2013) et Le Règne du vivant (2014). L’ensemble de son œuvre est imprégné de thèmes portant sur la féminité, la maternité, le sentiment amoureux.

Lecteur : Étudiante aux conservatoires de Genève puis de Paris, Dominique Reymond a été l’élève d’Antoine Vitez. Elle a joué sous sa direction comme sous celle d’autres grands dramaturges : Klaus Michael Grüber, Jacques Lassale, Bernard Sobel, Luc Bondy… Également présente à la télévision et au cinéma, on la voit chez Olivier Assayas, Claude Chabrol, Philippe Garrel et Benoît Jacquot mais aussi chez de jeunes réalisateurs… Elle a reçu un prix d’interprétation pour son rôle dans Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset. Dominique Reymond a déjà enregistré pour Audiolib Suite française d’Irène Némirovsky.

Mon avis : (écouté en septembre 2016)
J'ai beaucoup aimé redécouvrir ce court roman dans sa version audio. L'écriture est limpide, douce, précise, pleine de poésie.

Voici un portrait sensible de femmes, de mères ou d'épouses sur trois générations.
Valentine mariée à Jules aura huit enfants. Après vingt ans de mariage, Jules laissera Valentine veuve.
Henri, l'un de leur fils, épousera Mathilde et ils auront beaucoup d'enfants. Gabrielle, la meilleure amie de Mathilde, épousera Charles, par obéissance à ses parents, après l'avoir rencontré une seule fois. Ils auront de nombreux enfants...
 
Le lecteur découvre la vie de ces femmes, du début du XXème siècle, destinées à se marier, à aimer un mari et à enfanter. Elles arrivent à trouver le bonheur et la force de vivre grâce aux bonheurs familiaux et malgré les drames qui endeuillent. 

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Ce livre vient d'être adapté au cinéma par Tran Anh Hung sous le titre d'Eternité avec Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Bérénice Bejo, Jérémie Rénier et Pierre Deladonchamps

 

Extrait : (début du livre)
ARTHUR ET JULIE BOURGEOIS EURENT cinq filles. Deux d’entre elles moururent jeunes. Les trois autres, Hélène, Henriette et Valentine, convolèrent en justes noces. D’elles sont issus dix-huit petits-enfants, quarante-trois descendants à la deuxième génération, cent cinquante-quatre à la troisième, et à ce jour quatre-vingts déjà à la quatrième.
C’était un bourgeonnement incessant et satisfait. Un élan vital (qu’ils avaient canalisé), un instinct pur (dont ils ne voulaient pas entendre parler), une évidence (que jamais ils ne bousculaient), les poussaient les uns après les autres, à rougir, s’épouser, enfanter, mourir. Puis recommencer. Les uns après les autres ils savaient que telle était la meilleure tournure des choses : que le Seigneur bénisse des alliances, que les jeunes ventres enflent dans l’allégresse, et que les anciens bercent des nouveau-nés propres et emmaillotés. Le grand arbre familial étendait ses branches de plus en plus loin, année après année éparpillant des feuilles, au gré des mariages les enfants quittant les parents, dans l’espace entier. “Dieu ne nous a pas créées pour être inutiles”, telle était la devise des femmes de cette famille. Elles se la transmettaient de mère en fille, de même qu’elles se murmuraient l’instant venu – à demi-mot pour ne pas troubler la décence – des secrets de chair, de sang, et d’enfants. Car les épouses étaient toutes accaparées par cette tâche : procréer. Et Dieu qui les guidait, à qui chaque soir elles offraient leur journée, ce Dieu-là se chargeait de bénir leur couche, et de pardonner aux époux la douceur des caresses en soufflant autour d’eux des petits enfants. Ainsi les couples étaient féconds, comme si la terre avait été si belle qu’il fallait enfanter des êtres capables de s’en émerveiller. Ou si cruelle qu’il fallait apprendre à compter, parmi ceux qui naissaient, lesquels survivraient.

Déjà lu du même auteur :

34600726_p Grâce et Dénuement  34598603_p L'élégance des veuves

36351383_p Les autres 36347183_p Paradis conjugal

56990671_p Passé sous silence

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16 septembre 2016

La légèreté - Catherine Meurisse

legerete-couv Dargaud - avril 2016 - 136 pages

Quatrième de couverture : 
Dessinatrice à Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, Catherine Meurisse a vécu le 7 janvier 2015 comme une tragédie personnelle, dans laquelle elle a perdu des amis, des mentors, le goût de dessiner, la légèreté. Après la violence des faits, une nécessité lui est apparue : s'extirper du chaos et de l'aridité intellectuelle et esthétique qui ont suivi en cherchant leur opposé la beauté. Afin de trouver l'apaisement, elle consigne les moments d'émotion vécus après l'attentat sur le chemin de l'océan, du Louvre ou de la Villa Médicis, à Rome, entre autres lieux de renaissance.

Auteur : Catherine Meurisse est une illustratrice, dessinatrice de presse, scénariste et dessinatrice de bandes dessinées française.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Ce jour là, Catherine Meurisse s'est réveillée en retard et elle n'est pas arrivée à l'heure à la conférence de presse de Charlie Hebdo... Elle a donc échappé au drame et n'a pas été tuée comme ses amis mais elle a été touchée à jamais. Elle a perdu ses amis, l'envie de dessiner et sa légèreté... Comment se reconstruire après un drame pareil ? Il lui a fallu du temps pour digérer ce 7 janvier 2015 et ses suites.
Dans cet album, Catherine Meurisse raconte avec une sincère émotion, tout d'abord les évènements, puis l'après avec sa lente reconstruction, elle mélange ses souvenirs, son état d'esprit et de l'humour noir... Elle a été placée sous escorte policière, elle a du mal à comprendre l'ampleur des réactions après attentats, le "Je suis Charlie"... Elle va tenter de chercher l'apaisement dans la beauté, celle des paysages, celle de l'art...
Un album magnifique à découvrir absolument.

Extrait : 

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