09 octobre 2012

Une partie de chasse - Agnès Desarthe

une_partie_de_chasse L'Olivier – août 2012 - 152 pages

Quatrième de couverture :
Au cours d’une partie de chasse, un homme tombe dans une galerie souterraine. Tristan est désigné pour rester sur les lieux tandis que les autres iront chercher du renfort. Mais les secours n’arrivent pas et la tempête se lève. Une longue attente commence. Tout en essayant de soutenir moralement celui qui s’est blessé en tombant (et dont il se sent si loin), Tristan se remémore la suite des événements. Il revit sa rencontre avec sa femme Emma, l’évolution de leur relation. C’est elle qui l’a convaincu de partir chasser, pour que les autres l’acceptent dans le cercle des hommes. Il repense aussi à sa mère malade dont l’image le hante encore aujourd’hui, au petit garçon docile qu’il était alors à son chevet. Et lui, qui a toujours plié sous la volonté des femmes, interroge enfin la place de son propre désir.
Tristan s’abrite de la tempête comme on se terre au fond d’un terrier, dialoguant en cachette avec un animal rescapé de la partie de chasse, quand les voix des humains ne lui parviennent plus. La nature se déchaîne alors dans une colère salutaire. Et peut-être le déluge, qui emporte tout sur son passage, obéit-il au rêve de Tristan de faire table rase.

Avec Une partie de chasse, Agnès Desarthe signe un roman violent et énigmatique. Il nous parle d'un monde que les dieux auraient abandonné, laissant la place aux pulsions les plus secrètes qui dorment dans le cœur des hommes.

Auteur : Agnès Desarthe est née en 1966 à Paris. Romancière, elle a notamment publié Un secret sans importance (prix du Livre Inter 1996), Mangez-moi (2006), Le Remplaçant (prix Virgin-Femina 2009) et Dans la nuit brune (Prix Renaudot des lycéens 2010). Agrégée d’anglais, traductrice, elle a cosigné avec Geneviève Brisac un essai sur Virginia Woolf, VW ou le mélange des genres. Elle est également l’auteur de nombreux livres pour la jeunesse.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Un livre assez étonnant et déroutant....

Cela commence avec comme narrateur un lapin au fond de son terrier qui a besoin d'en sortir pour se nourrir et pourtant il sait que c'est risqué... Malgré tout il jailli du terrier et se fait cueillir par un plomb. Le tireur c'est Tristan, il a accepté de participer à une partie de chasse avec Dumestre, Peretti et Farnèse trois chasseurs expérimentés à la demande de sa compagne Emma pour s'intégrer. Et pourtant, au fond lui, la chasse le répugne, en saisissant le lapin qu'il vient de tirer, il s'aperçoit qu'il est seulement blessé et rapidement, il le cache dans sa gibecière.
La partie de chasse continue et Tristan suit le mouvement tout en protégeant son lapin.

Tout à coup un incident survient, Dumestre tombe dans un trou et se blesse. Tristan reste sur place avec lui et les deux autres partent chercher du secours. Une longue attente commence. Pour passer le temps Tristan revient sur son passé, son enfance avec sa mère malade, sa rencontre avec Emma...

En cachette, Tristan dialogue également avec le lapin qui est bon conseiller en particulier lorsqu'une violente tempête se lève et pour se protéger avec le blessé, Tristan creuse un terrier.

Je l'ai lu très facilement mais il m'a un peu dérouté, cette histoire a un côté surréaliste et par moment, j'ai eu du mal à suivre cette histoire qui mêle le passé et le présent, le réel et l'imaginaire. Je suis seulement restée spectatrice de cette histoire.

Remarque : Il est question de lapin dans cette histoire et la couverture est illustrée par la reproduction d'une aquarelle d'Albrecht Dürer représentant un lièvre...

Autres avis : Canel, Clara

Extrait : (début du livre)
J'aimerais mourir de mort naturelle. Je voudrais vieillir. Personne ne vieillit chez nous. Nous partons dans la fleur de l'âge.
J'aimerais avoir le temps de sortir de l'enfance. Connaître la nostalgie poignante qui étreint le cœur des adolescents. Quelque chose en eux pleure l'enfant qu'ils ne sont plus, et c'est un chagrin magnifique et muet.
Je voudrais m'ennuyer, connaître le dégoût. Profiter, ensuite, du soulagement de la maturité.
Je voudrais avoir le temps de connaître l'amour, et le luxe infini du désamour.
« Je ne t'aime plus, c'est fini, ça fait trop longtemps qu'on se fréquente, tu ne me fais plus aucun effet. »
Souvent, pour me faire du mal, pour éprouver jusqu'au bout la cruauté de mon sort, je me joue cette scène impossible, je répète cette réplique que je ne prononcerai jamais.
J'ai beaucoup d'imagination. Il paraît que c'est rare dans notre lignée. Ma mère me l'a dit. Elle me trouvait plus intelligent que les autres. Elle disait qu'elle ne me comprenait pas entièrement. Elle penchait la tête en prononçant ces mots, et le soleil, un instant captif de son iris, me transperçait la rétine.
Elle est morte, bien sûr. Très vite. Elle m'a peu parlé. Nous n'avons le temps de rien, nous autres. Mais elle m'a dit ça quand même, que j'avais beaucoup d'imagination, et sans doute un cerveau plus gros que celui de mes frères, de mes cousins, de mes ancêtres, alors je m'en sers. Je fais semblant d'être vieux.
Vieux, vieille, vieillard, vieillarde, ces mots me font frissonner de douleur et de joie. Ce sont les mots les plus beaux, les plus effroyables et les plus doux de notre langue. J'ose les prononcer. Je sais le risque que je prends. Mon coeur pourrait lâcher par excès de volupté. Mais je parie sur l'excellence de mon coeur, je n'ai pas le choix. Je parie sur l'excellence de chacun de mes organes et de mes muscles. Je suis fait pour durer, pour endurer, pour survivre. Je vais y arriver. Je serai peut-être le seul, mais qui sait ? Une fois mûr et usé, quand les dents me manqueront et que mon sang voyagera moins prestement dans mes veines, je pourrai enseigner aux autres, prendre quelques jeunes sous ma protection et leur confier mes secrets, mes ruses, leur expliquer que c'est possible. « Regardez-moi ! Voyez mes oreilles tombantes et lasses, ma paupière paresseuse qui couvre à moitié mon oeil droit. La bosse sur mon dos. Mes moustaches fatiguées. »
Je serai leur prophète, je trouverai un territoire, j'organiserai la résistance. Trop longtemps nous avons subi, trop longtemps nous nous sommes plies à la fatalité.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Roman

Challenge 1% Littéraire 2012

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8/14

 

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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05 octobre 2012

Accès direct à la plage – Jean-Philippe Blondel

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Delphine Montalant - mars 2003 – 112 pages

Pocket – aout 2004 – 120 pages

Pocket – janvier 2012 – 120 pages

Quatrième de couverture :
Rien ne relierait ses personnages s'ils n'avaient le goût des locations à la mer. Ils se sont croisés dans l'épice particulière des soirs d'été. Les couples, les familles, les célibataires qui nous ont précédés. Ceux d'avant. Le lecteur, avec Jean-Philippe Blondel, éprouve lui aussi le sentiment d'être à la suite de quelqu'un. Il reste une empreinte qui s'attarde...

Auteur : Né en 1964, Jean-Philippe Blondel est professeur d'anglais dans un lycée à côté de Troyes. Après son premier roman, Accès direct à la plage (2003), qui a rencontré un vif succès, il a publié plusieurs romans, This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011) et récemment Et rester vivant (2011). Il a écrit aussi des romans pour adolescents, comme Blog (2010) et (Re)play ! (2011).

Mon avis : (lu en août 2012)
Depuis que j'ai découvert Jean-Philippe Blondel, j'avais très envie de lire son premier roman "Accès direct à la plage" or il était indisponible jusqu'à début 2012 où il a été réédité.
Ce court livre est très original, Jean-Philippe Blondel nous entraîne de 1972 à 2002 dans quatre stations balnéaires françaises Capbreton, Arromanches, Hyères et Perros-Guirrec avec une galerie d'une vingtaine de personnages. Ce sont des couples, des familles ou des solitaires qui sont en séjour au bord de la mer. Ce sont des histoires qui s'entrecroisent dans l'espace et dans le temps.
La narration se fait à la première personne, et à chaque chapitre c'est un personnage différent qui s'exprime. Les vacances sont propices aux ambiances joyeuses et légères et pourtant on découvre dans ce livre des sujets graves comme l'infidélité, l'homosexualité et même le viol.
Ce n'est pas mon livre préféré de Jean-Philippe Blondel mais j'ai aimé découvrir ces séjours à la plage. 

Extrait : 
Tous les matins, je passe devant le club Mickey.
Au club Mickey, ils ont des balançoires, des toboggans, des monos bronzés en tee-shirt, et surtout ils ont une piscine.
Ma mère dit que c'est ridicule, une piscine sur le bord de mer.
Moi, je ne trouve pas.
Puis, j'entends leurs voix. Ils crient, ils rient, ils s'amusent, eux.
Parfois on en voix un qui dépasse.
C'est quand ils montent tout en haut du toboggan qui se jette dans la piscine.
Quand j'aurais des enfants, ils seront tous inscrits au Club Mickey.

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter  Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

 

 Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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21 septembre 2012

La patiente – Jean-Philippe Mégnin

la_patiente Le Dilettante – août 2012 – 157 pages

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire d’une femme qui ne dit rien. Et d’un homme qui tente de la comprendre. D’elle il sait très peu, elle sait tout de lui.
Quand enfin elle va se livrer, il le regrettera, mais il sera trop tard. C’est elle qui mène le jeu.
Après l’histoire d’un transfert amoureux en montagne pour son premier roman, voici celle d’un trio amoureux entre Paris et la Bretagne.

« On avait le sentiment d’être victimes d’une erreur. Ça ne nous paraissait pas possible, une histoire pareille. Inenvisageable ; et pourtant, c’était notre histoire. Et il fallait vivre avec. »

Auteur : Jean-Philippe Mégnin vil pas très loin de Besançon et tout près de sa femme et de leurs deux enfants. Quand il n'enseigne pas l'histoire des sciences, il se demande toujours ce qu'il préfère : écrire ou jouer du piano, Lascaux ou Soulages, le glacier du Géant ou le Quartier latin. Sans compter qu'il y a aussi la pointe du Raz... 

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Tout d’abord, je trouve très belle la couverture de ce livre.
Le narrateur est gynécologue à Paris. La patiente est bien mystérieuse, la première fois qu’elle vient le consulter, il a un drôle de sentiment, comme un malaise. Il sent que cette femme n'est pas une patiente comme les autres…
Je n’en dévoile pas plus car ce livre est très court et je l’ai lu d’une traite.
L’intrigue est captivante, le livre dégage une forte tension, le style est très efficace et j’ai beaucoup aimé !

Autre avis : Sandrine

Extrait : (début du livre)
C'est dès le premier échange de regards que j'ai compris que ce ne serait pas une patiente ordinaire.
La chaîne stéréo dissimulée dans le placard mural diffusait doucement les Suites pour violoncelle, et elle m'a regardé sans sembler me voir, comme si Bach à ce moment-là était plus présent dans la pièce que moi.

Sa tenue, son attitude, cadraient pourtant à la perfection avec mon salon d'attente plutôt distingué de la place Saint-Sulpice ; elle avait cette classe naturelle des femmes qui sont élégantes sans sembler se soucier de l'être, et qui s'inscrivait idéalement dans ce décor que j'avais voulu à la fois rassurant et original.

Malgré cela, sa seule présence a tout de suite éveillé chez moi une sensation obscure, un sentiment d'insécurité diffus mais palpable, comme une brume matinale.
Je ne saurais dire pourquoi j'ai eu cette impression. Je me suis demandé si elle était partagée par les autres personnes présentes dans la pièce. Je ne crois pas. C'est moi qui étais troublé, et qui m'en voulais d'être troublé. Moi seul.

Je savais que je ne l'avais jamais vue; de retour à mon bureau, j'ai jeté un coup d'œil rapide à la page du jour dans mon agenda, pour y voir son nom : Camille D. Pas plus que son visage ce nom ne m'a dit quoi que ce soit. Une inconnue, adressée par une amie ou par un autre médecin; rien là que de l'ultracourant, et pourtant...
Et pourtant ce sentiment d'insécurité, qui ne m'a plus quitté pendant les deux rendez-vous qui ont précédé le sien.
Je suis resté très professionnel, bien sûr. Très disponible. En apparence.
Mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à cette femme qui m'attendait. À ce regard à la fois lumineux et indifférent.

Quand son tour est arrivé, je n'ai pas eu besoin de prononcer son nom; abandonnant Bach, elle m'a souri en se levant dès que j'ai eu ouvert la porte.
Je me suis effacé pour la laisser traverser le hall et pénétrer dans mon bureau, en face.

Je l'ai priée de s'asseoir et j'ai fait mine de chercher dans mon classeur un dossier à son nom.
- Ne cherchez pas, docteur ; nous ne nous connaissons pas encore. C'est la première fois que je viens vous voir.
Je le savais, mais sans m'expliquer pourquoi, j'éprouvais le besoin de ce genre de geste. Je me rassurais. 

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04 septembre 2012

Les séparées – Kéthévane Davrichewy

les_s_par_es Sabine Wespieser – janvier 2012 – 181 pages

Quatrième de couverture :
Quand s'ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l'enfance ne se quittaient pas se sont perdues.
Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d'autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.
Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des "années Mitterrand". Elles ont même rêvé à un avenir professionnel commun.
Si, de cette amitié fusionnelle, Kéthévane Davrichewy excelle à évoquer les élans et la joie, si les portraits de ceux qu'Alice et Cécile ont aimés illuminent son livre, elle écrit aussi très subtilement sur la complexité des sentiments. Croisant les points de vue de ses deux narratrices, et comme à leur insu, elle laisse affleurer au fil des pages les failles, les malentendus et les secrets dont va se nourrir l'inévitable désamour.
Car c'est tout simplement de la perte et de la fin de l'enfance qu'il s'agit dans ce roman à deux voix qui sonne si juste.

Auteur : Kéthévane Davrichewy est née à Paris. Après de nombreux ouvrages pour la jeunesse à L’École des loisirs et un premier roman en 2004, Tout ira bien, elle a publié en 2010, La Mer Noire, qui a remporté plusieurs prix et été traduit en allemand, en italien, en néerlandais et en suédois.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
C'est un roman sur deux femmes, c'est un roman à deux voix. Alice et Cécile sont amies depuis l'enfance, à bientôt la cinquantaine, elles reviennent l'une et l'autre sur cette amitié fusionnelle qui peu à peu s'est délitée...
Le livre s'ouvre sur la soirée du 10 mai 1981, Cécile est venue passer comme très souvent la soirée chez Alice, elle assiste à la liesse des adultes. C'est l'année de leur bac de français et les deux jeunes filles se sentent loin de cette soudaine euphorie. Elles partagent des passions bien à elles pour l'art, la musique, la littérature, elles ont déjà des projets artistiques. Elles ont entre elles un lien unique, plus fort que l'amitié, elles se comprennent d'un seul regard, elles sont comme sœurs.
Trente ans plus tard, Alice a perdu son travail et vient d'être quitté par son mari, Cécile divorcée depuis quelques années est à l'hôpital dans le coma. Cette belle amitié de plus de trente ans a disparue et pourtant l'une et l'autre pensent toujours à l'autre.
Que s'est-il passé ? Comment des liens si forts peuvent-ils se défaire ? Quand cela a t-il commencé ? Y a t-il un ou une coupable?
Le lecteur va découvrir un roman à deux voix où Alice et Cécile reviennent en alternance sur leur histoire commune depuis l'enfance, puis sur l'histoire de chacunes pour les dernières années.
Kéthévane Davrichewy a écrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité une histoire bouleversante autour de l'amitié. 

Extrait : (début du livre)
Le visage de François Mitterrand se dessinait peu à peu sur l'écran de télévision. Ses parents, leurs amis bondissaient hors des canapés, poussaient des hurlements. Alice fixait Cécile, qui sortit de la pièce, la démarche nonchalante tranchant au milieu de l'hystérie collective. Ses sœurs la saisirent maladroitement, lui piétinèrent les pieds. Ses grands-parents s'étaient levés, la serrant jusqu'à l'oppresser. Alice ne distinguait plus les visages, ne décelait aucune expression, les individus familiers qui composaient le dîner quelques instants auparavant ne faisaient plus qu'un. Elle fut entraînée dans une danse titubante qui occupa l'espace du salon-salle à manger-cuisine de l'appartement où ils vivaient. Leurs cris faisaient écho à ceux de la rue, aux commentaires des présentateurs de télévision.

Alice parvint à se détacher de la cohue et se réfugia près de la fenêtre. Sur le boulevard, une foule avait envahi les trottoirs, les voitures ralentissaient, klaxonnaient, les conducteurs et leurs passagers avaient baissé les vitres, se penchaient au dehors, brandissaient des pancartes, agitaient les bras, les mains. La fièvre, la fierté, contagieuses, l'envahirent. Ils avaient gagné.

Puis l'euphorie retomba, chacun s'assit, reprit son souffle. Alice rejoignit Cécile dans la chambre. Une petite pièce, meublée de trois couchages, trois bureaux escamotables, trois tables de nuit identiques, qu'elle partageait avec Salomé et Nine.

Allongée sur le lit d'Alice dans la position du fœtus, Cécile feuilletait l'anthologie de la poésie française, dont les pages étaient froissées, presque déchirées à force d'avoir été consultées. Elles avaient ensemble souligné des vers, coché des passages pour préparer le bac de français, mais aussi pour se rappeler les extraits de leurs poèmes préférés. Parti Smith, dont la voix grave résonnait sans relâche dans l'intimité des salles de bains, recopiait dans des carnets l'intégralité des poèmes qu'elle aimait. Alice et Cécile l'imitaient, espérant fébrilement inventer un jour, à leur tour, un autre monde. Devenir des artistes.

- Tout ça te gêne ? demanda Alice.
- Oui, répondit Cécile sans lever les yeux.
Elle n'aurait pas eu besoin de répondre, Alice devinait et comprenait sans les mots. Cécile se redressa et se tourna enfin vers elle.
- Tu n'appelles pas ta mère ? demanda Alice.
- Elle doit être dans le même état que tes parents, répondit Cécile, qu'elle se défoule.
Et elle se mit à rire. Les rires de Cécile étaient rares et fusaient au moment où on ne les attendait plus.

 

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01 septembre 2012

L'Abyssin - Jean-Christophe Rufin

Challenge Destination Égypte : 1er septembre 2012
proposé par evertkhorus

Destination_Egypte

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Le Livre du mois – janvier 1996 -

Gallimard – mars 1997 – 579 pages

Folio – janvier 1999 - 704 pages

Goncourt du premier roman 1997

Quatrième de couverture :
À l'origine de ce livre, un fait historique : Louis XIV, le Roi-Soleil, est entré en relation avec le plus ténébreux, le plus mythique des grands souverains de l'Orient, le Négus. L'Abyssin est le roman de cette fabuleuse ambassade. 
Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin des pachas du Caire, sera, par une extraordinaire réunion de circonstances, le héros de cette épopée baroque et poétique à travers les déserts d'Égypte et du Sinaï, les montagnes d'Abyssinie, de la cour du Roi des Rois à celle de Versailles et retour.
Mais qu'on y prenne garde : derrière sa simplicité, sa tendresse, son humour, ce roman d'aventures recèle une fable tragique. Jean-Baptiste est l'homme qui, ayant découvert un nouvel empire et sa civilisation, fera tout pour déjouer les tentatives de ceux qui veulent le convertir : les jésuites, les capucins et tant d'autres. Grâce à lui, l'Éthiopie échappera à toute reconquête étrangère et gardera jusqu'à nos jours sa fierté et son mystère.
L'Abyssin, tout en empruntant sa langue à Diderot et son rythme à Dumas, est un roman bien actuel, une parabole sur la haine du fanatisme, la force de la liberté et la possibilité du bonheur.

Auteur : Jean-Christophe Rufin, né à Bourges dans le Cher le 28 juin 1952, est un médecin, historien, globe trotteur, écrivain et diplomate français. Il a été élu en 2008 à l'Académie française dont il est le plus jeune membre. Ancien président d'Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

Mon avis : (lu en août 2012)
J'ai eu plutôt du mal à choisir un livre pour cette destination, j'ai finalement choisi le premier roman de Jean-Christophe Rufin L'Abyssin qui se déroule en partie en Égypte.

C'est à la fois une roman historique et un roman d'aventure. L’auteur s’est inspiré d’un fait historique : Louis XIV souhaitait rétablir un lien avec le souverain mythique d'Abyssinie, le Negus. L'histoire se déroule donc à la fin du 17ème siècle, en Egypte, Abyssinie et France. Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin apothicaire français installé au Caire comme messager du Roi Louis XIV auprès du Négus, il doit échapper aux intrigues rivales entre jésuites et capucins, aux intrigues de Versailles et réussir sa mission pour envisager de pouvoir aimer Alix, la fille du consul… Les personnages sont attachants, et les péripéties de Jean-Baptiste Poncet nous tiennent en haleine tout au long de l'histoire.
J'ai beaucoup aimé l'écriture très agréable à lire de Jean-Christophe Rufin, auteur que je découvrais avec ce livre. Il sait faire de superbes descriptions de paysages qui sont pleines des couleurs et des odeurs de l'Orient, le lecteur ressent parfaitement la chaleur du soleil, les parfums des oasis et les bruits des villes trépidantes d'activités. Un très beau voyage en Egypte, en Ethiopie et dans le temps… 

A l'occasion, je lirai d'autres livres de cet auteur.

Extrait : (début du livre)
Le Roi-Soleil était défiguré. Certaine lèpre qui, dans les pays de l'Orient, corrompt les huiles, s'était introduite, jusque sous le vernis et s'y étalait de jour en jour. Louis XIV avait sur la joue gauche, celle que le peintre lui faisait tendre en majesté vers le spectateur, une grosse tache noirâtre, hideuse étoile qui projetait jusqu'à l'oreille ses filaments d'un brun rouillé. En y regardant bien, on remarquait aussi des auréoles sur le corps. Mais à l'exception de celles qui souillaient son bas, ces autres injures n'étaient pas aussi gênantes.
Le tableau ornait le consulat de France du Caire depuis trois ans. Il avait été exécuté dans son atelier parisien sous la surveillance de Hyacinthe Rigaud lui-même, auteur de l'original, puis expédié par bateau. Pour comble de malheur, ni au Caire ni dans d'autres échelles du Levant raisonnablement proches ne se comptait pour l'heure de peintre habile. Le consul, M. de Maillet, était placé devant un choix cruel : laisser voir à tous, dans la grande salle du bâtiment diplomatique, un portrait du Roi qui l'offensait gravement, ou y faire porter des mains inexpertes qui pouvaient le ruiner tout à fait. Le diplomate retourna cette considérable affaire dans sa tête pendant trois mois. Il prit finalement le parti de l'audace et osa la réparation.

D'autres lectures autour de l'Égypte : 

l_immeuble_Yacoubian L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany Chicago Chicago – Alaa El Aswany 

les_cheveux_de_b_r_nice Les Cheveux de Bérénice - Denis Guedj taxi Taxi – Khaled Al Khamissi

 

Challenge Pavé de l'été
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 Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman

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L'enfant aux cailloux – Sophie Loubière

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : ENFANT

L_enfant_aux_cailloux Fleuve Noir – avril 2011 – 334 pages

Quatrième de couverture :
Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s'ennuient tellement - surtout le dimanche - qu'elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s'installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps - triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l'appeler à l'aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre... Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n'a plus qu'une obsession : aider ce petit garçon qui n'apparaît ni dans le registre de l'école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n'existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n'a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu'elle voit ? Sophie Loubière, en reine du roman psychologique, brosse un bouleversant portrait de femme en proie à la violence ordinaire et touche en plein
cœur.

Auteur de cinq romans, de nouvelles policières et d'un livre pour la jeunesse, Sophie Loubière publie son premier polar dans la collection "Le Poulpe" Elle s'est fait un nom dans le milieu de l'édition grâce à une émission littéraire unique en son genre (Parking de nuit, France Inter) et à ses chroniques à France Info (Info polar).

Mon avis : (lu en août 2012)
Elsa Préau est une ancienne directrice d'école retraitée bien ordinaire. Vivant seule, elle regarde souvent par la fenêtre et aperçoit de temps en temps dans le jardin de ses nouveaux voisins un petit garçon triste et sale qui semble lui demander de l'aide. Ayant eu des ennuis psychiatrique personne, même son propre fils, ne semble croire la vieille dame... Est-ce la réalité ou la folie ?
Je n'en dirais pas plus pour ne pas en dévoiler trop...

C'est une histoire captivante, pleine de suspense qui m'a tenue en haleine jusqu'à la dernière page. Un thriller psychologique très réussi et une très belle découverte.

Autres avis : Canel, Enna, Liliba

Extrait : (début du livre)
Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu'un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d'été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l'enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon.
- Gérard !
Dos droit, les paumes de chaque côté de l'assiette, le garçonnet détourna le regard de la fenêtre donnant sur le jardin. Des bouquets de glaïeuls, de lis et de dahlias distillaient un parfum exaltant. Leurs couleurs éblouissantes formaient des taches de lumière dans la pénombre de la pièce. Les petits pois roulaient dans la sauce du poulet, balayés par les lames des couteaux, indifférents à la conversation de ce déjeuner.
Gérard repris sa mastication, nez en l'air, martelant les pieds de sa chaise à coups de talon. Il ne s'intéressait guère aux sujets abordés par son oncle, ses parents et grands-parents : il était question de revendications salariales motivées par la hausse des prix de l'alimentation, du plus petit que le plus petit des maillots de bains du monde, d'un essai nucléaire américain réalisé voilà quelques jours sur l'atoll de Bikini dans le Pacifique et d'un procès à Nuremberg.

 Challenge Thriller 
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 catégorie "Même pas peur" : 4/12

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Objet"

 

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La légende de nos pères – Sorj Chalandon

Lecture Commune 
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avec Valérie,  Sandrine et Canel 

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Grasset – août 2009 – 253 pages

Livre de Poche – août 2011 – 253 pages

Quatrième de couverture : 
« J'ai laissé partir mon père sans écouter ce qu'il avait à me dire, le combattant qu'il avait été, le Résistant, le héros. J'ai tardé à le questionner, à moissonner sa mémoire. Il est mort en inconnu dans son coin de silence. Pour retrouver sa trace, j'ai rencontré Beuzaboc, un vieux soldat de l'ombre, lui aussi. J'ai accepté d'écrire son histoire, sans imaginer qu'elle allait nous précipiter lui et moi en enfer... » S.C.

Auteur : Sorj Chalandon, 55 ans, a été journaliste à Libération. Il a couvert des événements comme la guerre du Liban, le Tchad, le drame de Bhopal, la Somalie, l'Afghanistan, la guerre Iran-Irak ou la guerre du Golfe, mais aussi les faits de notre quotidien. Ses reportages sur l'Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert Londres en 1988. Il a publié Le petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, Prix Médicis) et Mon Traître (2008).  

Mon avis : (lu en août 2012)
Lorsque Valérie a proposé cette Lecture Commune, je n’ai pas hésité un instant de découvrir un peu plus l’œuvre de Sorj Chalandon avec ce livre. Je suis encore plus ravie de la faire également avec Canel et Sandrine !
Marcel Frémaux est un biographe familial, "Toute vie mérite d'être racontée" dit ses publicités. Il écoute ses clients se confier à lui et il rédige leurs souvenirs puis fait imprimer un livre pour offrir à leurs proches. En novembre 2002, il est contacté par Lupuline Beuzaboc, elle « voulait faire un cadeau à son père, lui offrir le récit de sa vie d'homme. »
Après plusieurs rendez-vous avec la fille, Marcel Frémaux rencontre le père, Tescelin Beuzaboc,  pour la première fois le 21 juin 2003.  Son premier souvenir, son « premier acte de résistance », c'est avec deux camarades, le 11 novembre 1940, le dépôt de fleurs sur la tombe d'Albert Osborne un soldat britannique mort au combat en 1915 pendant la Grande Guerre. Puis de rendez-vous en rendez-vous, deux fois par semaine, Tescelin raconte ses souvenirs, Marcel Frémaux les met en forme. Les souvenirs de Tescelin rappellent à Marcel ceux de son père Pierre Frémaux. Discret et pudique il n'a jamais parlé de son passé de Résistant à son fils et il est mort en gardant pour lui ses souvenirs. Son travail de biographe permet à Marcel d'interroger Tescelin comme il l'aurait fait pour son propre père. Et le lecteur va découvrir que raconter ses mémoires n'est pas si simple, il aura quelques surprises...

C'est une histoire magnifique et touchante sur la mémoire, sur relation d'un père et d'une fille, sur l'image qu'un enfant peut avoir de son père.

J'aime beaucoup le style tout en retenue de Sorj Chalandon, une écriture simple, juste, des phrases finement ciselées. Les descriptions des lieux, des personnages, de l'atmosphère sont tellement évocatrices que je peux m'imaginer Lupuline et ses nombreux souliers rouges ou l'appartement de Tescelin en ces jours de canicule...

Ce livre est encore une très belle découverte et un coup de cœur pour cet auteur.

Allons voir maintenant les avis de Valérie, Sandrine et Canel.

Extrait : (début du livre)
A l'enterrement de mon père, il y avait neuf personnes et trois drapeaux. Nous étions le 17 novembre 1983, j'avais vingt-sept ans. Lupuline était là aussi, mais je regardais les les drapeaux. Des étendards sans vent, harassés, presque gris. Le premier ployait sous ses médailles comme un vieux soldat. Le deuxième était un fanion tricolore, sans franges ni galons, frappé de l'inscription Corps franc - Vengeance. Sur le troisième, il y avait une étoile noire et une panthère rouge à l'affût.  
La main de maman frôlait la mienne. Lucas mon frère était bras croisés, face à la terre ouverte. Il avait dix ans de plus que moi, il était aveugle. Et moi je surveillais le ciel en espérant la pluie. Mon père avait toujours aimé l'orage. D'ailleurs il ne disait pas " la pluie ", mais " le temps ". L'absence de nuages le désolait. Le soleil le frappait d'inquiétude. Avec les beaux jours, il faisait comme moi, là, devant sa tombe. Il regardait le ciel en demandant au temps où il était passé.  
A son enterrement, mon père était comme mort depuis déjà huit ans. L'accident de Lucas l'avait bouleversé, puis affaibli, puis tué. Il disait qu'il avait le cancer du chagrin. Il est entré à l'hôpital. Il en est sorti. Il ne voulait plus des blouses blanches, de cette odeur silencieuse, ni plus rien dans la bouche, ni plus rien dans les fesses, ni plus rien dans les veines. Il était autre chose que souffrant, il était fatigué. Fatigué de nous, de son passé, de la vie. Alors il est rentré à la maison en avril 1975, et puis il s'est couché.  
Mon père est mort le jour de son anniversaire. Dans le placard de la salle à manger, maman avait caché le cadeau de ses soixanteseize ans. Une pipe d'écume à tête de zouave, empaquetée dans un papier bleu. Personne n'y a touché, jamais. Aujourd'hui, elle est dans ma bibliothèque, entre deux livres, dans son emballage en ruban de fête. 

D'abord, mon père avait souhaité donner son corps à la science. Son corps entier et qu'il n'en reste rien. Ma mère avait protesté faiblement devant lui. Puis elle avait pleuré. Il l'avait su. Il devinait son moindre souffle. Alors il avait parlé d'incinération, de cendres dispersées sur une pelouse du souvenir, en banlieue de tombes. Maman avait eu cette même tristesse. Et puis un jour, elle lui a avoué. Elle voulait un pan de terre à lui, et donc à elle. Un endroit où se souvenir, puis revenir, et puis dormir enfin pour que l'on y revienne. Mon père avait pris ma mère dans ses bras. Jamais, il ne le faisait. J'étais encore enfant. Je sortais de la cuisine. Je suis tombé sur eux, dans un coin du couloir. " Tu veux que nous soyons réunis, c'est ça ? " disait-il. Et elle hochait la tête. Unis, réunis, c'était ça. C'était à tout jamais. Ce serait donc un enterrement. " La cohorte des hypocrites ", avait dit mon père. C'est pour elle, et pour nous qu'il y prendrait sa place.  

Mon père s'appelait Pierre, mais c'est Brumaire que les gars avaient fait graver sur la plaque. Elle attendait à côté du trou, posée sur la terre, retournée, noire, luisante de neuf. Il n'y avait pas eu de prêtre, il n'y aurait pas de croix. Juste un bloc de granit gris, brut et inégal, qui semblait avoir été arraché à la roche.  

   

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28 août 2012

Mais moi je vous aimais – Gilbert Cesbron

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Robert Laffont – 1977 – 379 pages

France Loisirs - 1979

J'ai Lu – 1981 – 378 pages

Quatrième de couverture : 
Jetés par le hasard au coeur d'un même drame, deux inconnus, deux étrangers se sont rencontrés, trouvés, aimés: Yann, le petit orphelin sans défense, et Jean-Louis Lerouville, le grand industriel qu'un accident cardiaque contraint soudain à la retraite...
Alors Lerouville adopte Yann et la tendresse jaillit dans sa vie de loup solitaire car l'enfant déborde de confiance, d'amour. Et bientôt ce père ne vit plus que pour son fils, d'autant plus attentif à l'aider, à le protéger que Yann n'est pas tout à fait "comme les autres". Les docteurs disent : retardé, ou débile léger, et la société les parque, les isole, ne sait pas les aimer.
Lerouville sait, lui, mais s'inquiète. S'il disparaissait un jour, qu'adviendrait-il de Yann ?

Auteur : Ancien élève de l'École des Sciences Politiques, Gilbert Cesbron est né à Paris le 13 janvier 1913. Dès 1934, il publie un recueil de Poèmes, Torrent. Son premier roman paraît en Suisse : Les Innocents de Paris (1944). Sa notoriété s'affirme avec Notre prison est un royaume (1948) - Prix Sainte-Beuve - et la pièce : Il est minuit, docteur Schweitzer (1950).
Romancier, essayiste, auteur dramatique, il s'attaque à des thèmes d'actualité : les prêtres ouvriers (Les Saints vont en enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l'euthanasie (Il est plus tard que tu ne penses, 1958), la violence (Entre chiens et loups, 1962), etc. Il exerce un second métier dans une société de production radiophonique.
Gilbert Cesbron est décédé en août 1979.

Mon avis : (lu en août 2012)
Voilà un livre que je peux classer dans mes souvenirs... en fait, je ne m'en souvenais plus mais Gilbert Cesbron est un auteur que j'ai souvent lu sur les conseils de ma mère lorsque j'étais adolescente et j'ai eu la bonne surprise de trouver ce livre dans la petite bibliothèque de ma location de vacances...

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Je l'ai donc lu ou relu ce livre avec beaucoup de plaisir et d'émotions.
Yann a sept ans, c'est un enfant « pas comme les autres » car son esprit a arrêté de grandir. Il a été abandonné par sa mère et son père s'est suicidé. Yann va rencontrer et être adopté par Jean-Louis Lerouville dont on a greffé le cœur du père de Yann. C'est un enfant attachant qui ne recherche qu'une seule chose, être aimé comme l'a très bien compris son nouveau père adoptif. Mais ce bonheur n'est qu'éphémère et lorsque Jean-Louis Lerouville disparaît Yann va être transmis de mains en mains. Les héritiers de Lerouville préfèrent confier l'enfant dans une école spécialisée, puis Yann retrouvera un peu de bonheur dans un hospice où il « adoptera » deux grands-pères et une maman. Un beau jour, l'administration décidera qu'un adolescent n'a pas sa place dans une maison de retraite et Yann fuguera...
Yann est un enfant terriblement attachant par sa naïveté et sa quête d'amour. C'est un « gêneur » bouleversant et j'ai souvent eu les yeux humides en suivant son histoire pleines d'émotions...   

Extrait : (début du livre)
Les phares débusquaient des maisons livides, de grands arbres offusqués. Le conducteur fixait la route sans jamais ciller ses paupières. A un bruit à peine perceptible mais familier, il devina que le petit garçon, à son côté, tétait son pouce ; ou plutôt trois doigts de la main, selon son habitude. (« Tu vas encore agrandir ta bouche », répétait sa mère un peu trop souvent et toujours en vain.) « Il s'est endormi, songea l'homme, il s'est enfin endormi », mais il n'abaissa pas le regard pour s'en assurer.

Non, le petit ne dormait pas. Couché en rond, tel un chien, dans ce siège aussi large que son lit, il avait juste un peu peur, il était bien. Chaque fois qu'une autre voiture croisait la leur, il fermait ses yeux éblouis, et son père détournait les siens comme si cette rencontre lui eût fait honte ou l'eût inquiété.
- On est arrivés ? Demanda l'enfant à mi-voix d'un ton résigné.
C'était la troisième fois et, cette fois encore, son père fit oui de la tête sans un mot, sans un regard ; mais ce geste suffit à le mettre au bord des larmes. Il appuya vivement sur l'une des touches du tableau de bord, et Bach prit possession de ce royaume de cuir, de métal et de clignotants. « Jésus, que ma joie demeure... » C'était pour faire patienter l'enfant, sans doute, mais surtout pour se contraindre lui-même à l'impassibilité.
- Bach ! fit le petit en battant des mains.
C'était un de ses mots magiques, l'un des seuls. « Il sourit en ce moment, se dit le père, il est heureux. Oh ! mon Dieu... » Il imagina ces yeux que la joie fermait à demi comme ceux de sa mère. Il songea aussi à sa bouche trop large.


Souvenirs_souvenirs 

Déjà lu du même auteur : 

chiens_perdus_sans_collier Chiens perdus sans collier notre_prison_est_un_royaume_lp Notre prison est un royaume 

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25 août 2012

La grande muraille – Claude Michelet

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Robert Laffont – janvier 1981 -

Robert Laffont – juin 1981 -

France Loisirs - 1983 -

Pocket – juillet 1995 – 158 pages

France Loisirs – 1997 – 156 pages

Robert Laffont – octobre 2000 – 216 pages

Pocket – juillet 2005 -

Quatrième de couverture :
Ce n'est qu'un champ de pierres que cette pièce de quatre-vingts ares que l'oncle Malpeyre lègue à son neveu Firmin, pour lui «apprendre à vivre».
Jamais personne n'a pu cultiver ce coin de causse du Quercy. Bel héritage! Cependant le jeune homme décide de relever le défi qui lui est lancé: sous les pierres, il y a forcément de la terre, et Firmin commence à dépierrer...
Ce travail insensé - dans le village, on le tient pour fou - occupera toute sa vie. Car, après avoir fait resurgir la terre et planté de la vigne et des arbres fruitiers, Firmin, revenu de la guerre, entreprendra d'utiliser les pierres de son champ à la construction d'une grande muraille qui ceindra son domaine.
Un homme et des pierres. C'est la plus simple histoire du monde. C'est aussi l'une des plus belles, dans la lignée de Giono.

Auteur : Claude Michelet est né en Corrèze en 1938, dernier d'une famille de sept enfants. Son premier roman, La Grande Muraille, paraît en 1969. Suivi d'Une fois sept (1970), Mon père Edmond Michelet (1971), Roche-flame (1973). Le succès vient en 1975 avec J'ai choisi la terre, et avec Cette terre est la vôtre (1977) sur le même thème. Et la consécration en 1980, quand le prix des Libraires couronne Des grives aux loups (paru en septembre 1979). Les palombes ne passeront plus, suite du précédent roman, paraît à l'automne de 1980. La série télévisée réalisée par Philippe Monnier a accru encore la diffusion de cette suite romanesque.

Mon avis :
J'ai découvert Claude Michelet avec ce petit roman d'à peine 160 pages. Un roman du terroir comme il sait les écrire. Nous sommes en 1914, Firmin hérite d'un champ de pierre, son oncle lui a légué ce bien pour « lui apprendre à vivre ». Par orgueil, le jeune homme décide de retirer pierre par pierre tous les cailloux de son champ pour le rendre cultivable. Il s'attaque à une tâche de titan, un travail de fou, le travail de toute une vie... Et en empilant les pierres autour de son champ, il va construire la grande muraille.
Le personnage est extrêmement attachant. Firmin est simple, il a bon cœur et son courage et son obstination méritent le respect.
Ensuite, je me suis régalée avec Des grives aux loups et Les palombes ne passeront plus.

 

Souvenirs_souvenirs

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22 août 2012

Belle Famille - Arthur Dreyfus

belle_famille Gallimard – janvier 2012 – 244 pages

Quatrième de couverture :
« Madec se dirigea vers la cuisine pour chercher un couteau à pointe fine. Comme s'il était surveillé, il s'interdit la lumière. L'obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films ? L'enfant ouvrit le tiroir à ustensiles. » 

Ensuite un peu de bruit, et beaucoup de silence.

Auteur : Arthur Dreyfus est né en 1986. Belle Famille est son deuxième roman.  

Mon avis : (lu en août 2012)
Je suis très déçue par ce livre dont je n'avais jamais entendu parler avant de le recevoir pour le Jury Elle 2013. En le commençant, je savait seulement que l'auteur s'était inspiré de l'affaire Maddie Mc Cann et qu'Arthur Dreyfus avait 26 ans.

J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre... Cette histoire m'a dérangée, elle est malsaine. Le titre se veut-il ironique ? Je suis gênée par l’ironie et le cynisme de l’auteur autour de ce fait divers douloureux et non résolu…

Le lecteur sait au bout d'une centaine de page, le sort de Madec imaginé par l'auteur car il assiste à la disparition de l'enfant et devient spectateur de ce qui se passe après... Ensuite, il suit en parallèle le quotidien des parents et de leurs proches, de l'enquêteur italien et du principal suspect comme dans un épisode de l'inspecteur Colombo...

Les personnages sont caricaturaux, la mère est machiavélique, le père démissionnaire et inconsistant, les frères insupportables. Tony, l'oncle de Madec est un personnage cynique, il s'est autoproclamé porte-parole de la famille Macant et débarque dans l’histoire après la disparition de Madec pour créer un buzz médiatique. Seuls le petit Madec, enfant incompris, fait pitié et Ron le principal suspect est touchant.

J'ai peiné à lire ce livre que j'ai trouvé plein de longueurs inutiles l’auteur délaye sa prose… que de longueur… Il a fallut que je me force pour terminer ce livre, si cela n’avait pas été pour le Jury Elle je l’aurai vite abandonné !  

Autres avis : Clara, Constance, Canel, Mimi, Jostein, Anna Blume

Extrait : (début du livre)
Granville est située au bord de la Manche à l'extrémité de la région naturelle du Cotentin, elle ferme par le nord la baie du Mont-Saint-Michel et par le sud la côte des havres. Jadis la ville était fameuse pour son port morutier, devenu le premier port coquillier de France. On pourrait dire sans risque de se tromper qu'au moins le mitan du quinze millier de Granvillais tire bénéfice, de près ou de loin, du négoce des fruits de mer. Malgré cela, la plupart d'entre eux rechignent encore à se sustenter de coquillages (peut-être par peur de mordre la main qui les alimente). On ne compte plus les visiteurs de passage qui se sont frottés à cette énigme - dont la simple évocation suscite immédiatement, et pour une raison inconnue, de la gêne, un malaise, voire de l'animosité.

De pente très faible, l'estran de la côte granvillaise permet à des marées de plus de quatorze mètres de monter. Au début du siècle, et à plusieurs reprises, des enfants partis à la chasse aux palourdes ont laissé leurs familles en deuil. Si de tels drames ne sont plus à déplorer depuis quelques décennies, les propagandes maternelles n'ont fait que s'accroître, au point d'engendrer des générations hantées par un même cauchemar immense et salé. A l'école municipale, la leçon de Sergine Frêle sur le mouvement des marées prend chaque année la forme et la solennité d'un avertissement.

 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Septembre

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