nous les menteurs Gallimard jeunesse - mai 2015 - 288 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Nathalie Peronny

Titre original : We were liars, 2014

Quatrième de couverture :
Une famille belle et distinguée. L'été. Une île privée. Le grand amour. Une ado brisée. Quatre adolescents à l'amitié indéfectible, les Menteurs. Un accident. Un secret. La vérité. 
Un drame familial époustouflant où culmine le suspense. Une lecture qui, à peine terminée, donne envie de retourner à la première page pour recommencer... 

Auteur : E. Lockhart a signé plusieurs romans pour adolescents, parmi lesquels La fabuleuse histoire de la mouche dans le vestiaire des garçons et la série Le journal de Ruby Oliver (L'amour avec un grand Z, L'art de perdre les pédales, Un grand moment de solitude et Pas très rond dans ma tête) parus chez Casterman. Elle a reçu le Printz Award Honor Book, le Cybils Award du meilleur roman pour jeunes adultes et a été finaliste du National Book Award.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
La famille Sinclair possèdent une île privée au large de Cape Cod sur la côte Est des États-Unis. Chaque été, ils se réunissent tous autour du patriarche. Ses trois filles lui ont donné de nombreux petits-enfants qui forment une belle bande de cousins. Il y a Cadence/Cady, l'aînée, puis Johnny, et de Mirren ensuite il y a « les petits ». Les trois aînés forment avec Gat, le fils du beau-père de Johnny, le clan « des Menteurs », inséparables, ils passent des étés inoubliables ! Jusqu'à l'été de leurs 15 ans, où un accident survient... Cady se retrouve à l'hôpital avec un traumatisme cranien sans aucun souvenir de ce qui s'est passé. Elle garde des séquelles de cet accident avec des migraines foudroyantes. Elle ne reviendra sur l'île que deux étés plus tard, elle compte sur ses cousins et Gat pour retrouver sa mémoire. Mais l'ambiance à Beechwood est différente, les silences et les secrets sont pesants...
Les apparences sont trompeuses... Le dénouement est très surprenant et je n'ai pas vu venir le retournement final !
C'est un roman captivant avec de courts chapitres, bien écrit. Il est difficile de lâcher sa lecture.
Malgré quelques longueurs, j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)

Bienvenue dans la splendide famille Sinclair.
Chez nous, il n’y a pas de criminels.
Pas de drogués.
Pas de ratés.
Les Sinclair sont sportifs, beaux, svelts. Nous sommes une vieille fortune. Nos sourires sont étincelants, nos mentons carrés, nos services de fond de court agressifs.
Qu’importe si les divorces nous lacèrent le cœur au point que notre pouls se débat. Qu’importe si les comptes fiduciaires se réduisent comme peau de chagrin ; si les relevés de cartes de crédit impayés traînent sur la table de la cuisine. Qu’importe si les flacons de cachets s’amassent sur la table de nuit.
Qu’importe si l’un d’entre nous est terriblement, désespérément amoureux.
Amoureux
au point
que des mesures tout aussi désespérées
s’imposent.
Nous sommes les Sinclair.
Chez nous, personne n’est dépendant.
Personne n’a tort.
Nous vivons, du moins l’été, sur une île privée au large du Massachusetts.
C’est peut-être tout ce que vous avez besoin de savoir.

Mon nom complet est Cadence Sinclair Eastman.
Je vis à Burlington, dans l’État du Vermont, avec ma mère et nos trois chiens.
J’ai bientôt dix-huit ans.
Je possède une carte de bibliothèque bien usagée et pas grand-chose d’autre, alors que j’habite une vaste maison remplie d’objets coûteux et inutiles.
J’étais blonde autrefois, mais à présent j’ai les cheveux noirs.
J’étais forte autrefois, mais à présent je suis vulnérable.
J’étais jolie autrefois, mais à présent j’ai l’air maladif.
Il est vrai que je souffre de migraines depuis mon accident.
Il est vrai que je ne peux pas souffrir les imbéciles.
J’aime jouer sur les mots. Vous voyez ? Souffrir de migraines. Ne pas pouvoir souffrir les imbéciles. Le mot signifie presque la même chose dans les deux phrases, mais pas tout à fait.
Souffrir.
On serait tenté d’y voir un synonyme d’endurer, mais ce n’est pas vraiment exact.

Mon histoire commence avant l’accident. L’été de mes quinze ans, au mois de juin, mon père nous a quittées pour une femme qu’il aimait plus que nous.
Papa était un professeur d’histoire militaire à la carrière relativement médiocre. Je l’adorais. Il portait des vestes en tweed. Il était maigre. Il buvait du thé avec du lait. Il était fan de jeux de société (et il me laissait gagner), fan de bateau (et il m’apprenait à faire du kayak), de vélo, de livres et de musées.
Il n’était pas trop fan des chiens, en revanche, et il devait vraiment beaucoup aimer ma mère pour autoriser nos golden retrievers à dormir sur les canapés ou pour les emmener marcher près de cinq kilomètres tous les matins. Il n’était pas trop fan de mes grands-parents non plus, et il devait vraiment beaucoup nous aimer, maman et moi, pour accepter de passer tous ses étés à la maison Windemere, sur Beechwood Island, à rédiger ses articles sur des guerres terminées depuis belle lurette et à sourire à table pour faire plaisir à tout le monde.
Au mois de juin de l’été quinze, papa nous a donc annoncé qu’il nous quittait. Deux jours plus tard, il est parti. Il a expliqué à ma mère qu’il n’était pas un Sinclair et qu’il n’arrivait plus à faire semblant. Il n’arrivait plus à sourire, à mentir, à faire partie de cette splendide famille dans ces majestueuses villas.
Il n’en pouvait plus. Il ne voulait plus de tout ça.
Il avait déjà loué les camions de déménagement.
Et déjà loué une autre maison, aussi. Il a posé sa dernière valise sur la banquette arrière de sa Mercedes (maman devrait se contenter de garder la Saab) et il a mis le contact. Puis il a sorti un revolver et m’a visée en pleine poitrine. Debout sur la pelouse, je me suis écroulée. Le trou formé par la balle s’est élargi et mon cœur a roulé hors de ma cage thoracique pour atterrir dans un parterre de fleurs. Le sang pulsait hors de ma plaie béante,
hors de mes yeux,
de mes oreilles,
de ma bouche.
Un goût de sel et d’échec. La honte vive et écarlate du rejet imprégnait la pelouse, les dalles de l’allée, les marches du porche. Mon cœur convulsait au milieu des pivoines comme une truite hors de l’eau.
D’un ton sec, maman m’a ordonné de me ressaisir.
Sois normale, a-t-elle déclaré. Immédiatement.
Parce que tu l’es. Parce que tu peux l’être.
Pas de scandale, m’a-t-elle ordonné. Respire un bon coup et redresse-toi.
J’ai obéi.