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danser les ombres Actes Sud - janvier 2015 - 249 pages

Quatrième de couverture :
En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Très vite, dans cette ville où elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations étudiantes quelques années plus tôt, elle sait qu'elle ne partira plus, qu'elle est revenue construire ici l'avenir qui l'attendait. Hébergée dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d'un groupe d'amis qui se réunit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose frémit qui pourrait être le bonheur, qui donne l'envie d'aimer et d'accomplir sa vie. Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence... Pour rendre hommage à Haïti, l'île des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le passé et l'instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. D'une plume tendre et fervente, Laurent Gaudé trace au milieu des décombres une cartographie de la fraternité, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l'oubli.

Auteur : Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaulé publie son oeuvre, traduite dans le monde entier, chez Actes Sud. Il est notamment l'auteur de La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens, prix des Libraires), Le Soleil des Scorta (2004, prix Goncourt, prix Jean-Giono), La Porte des Enfers (2008), Ouragan (2010) et Pour seul cortège (2012).

Mon avis : (lu en mars 2015)
Laurent Gaudé nous raconte les histoires de différents personnages vivant à Haïti, en janvier 2010, nous sommes quelques jours avant le terrible tremblement de terre. Il y a Lucine qui est de retour à Port-au-Prince après cinq ans d'absence, Saul, "bâtard" qui n'a pas terminé ses études de médecine mais qui est prêt à soigner les pauvres, Firmin, ancien tonton macoute, le vieux Tess, qui habite une ancienne maison close, ses amis Domitien Magloire, dit Pabava, Jasmin Lajoie et Facteur Sénèque, Lily, une jeune fille riche et malade, Viviane Kénol, Ti Sourire, une future infirmière...
Le quotidien de tous ses hommes et ses femmes n'est pas facile mais l'amitié, la solidarité les aident à avancer dans la vie.

Et tout à coup c'est le tremblement de terre.
J'ai bien aimé la partie avant le tremblement de terre, Laurent Gaudé arrive à faire ressentir la beauté, l'atmosphère et l'âme des lieux. Tous nos sens sont en éveil. Les histoires des différents personnages sont prenantes et attachantes. 
Après le tremblement de terre, tout devient chaos et j'ai eu plus de mal à suivre l'auteur dans son récit devenu lui aussi chaotique... Difficile de comprendre ce qui est arrivé, qui est encore vivant, qui est devenu une ombre...
Ce roman est très bien écrit et c'est un très bel hommage au pays et aux habitants d'Haïti.

Merci à Babelio et le Prix Relay des voyageurs lecteurs pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Il avait fait chaud toute la journée et les commerçants de la rue Veuve contemplaient l’artère désespérément vide en se demandant ce qui les retenait encore ici à cette heure où il était quasiment certain qu’il ne viendrait plus personne. Toute la journée, Lucine s’était essuyé le cou avec le mouchoir mauve que lui avait offert sa nièce – la petite Alcine. Elle était restée accroupie derrière son échoppe en bois, sous l’ombre des arcades des belles maisons construites après le grand incendie, s’épongeant le front, pensant, comme tous les autres, à ce qu’elle ferait à manger ce soir. Toute la rue était prise de langueur. Même la vieille Goma – que les enfants du quartier appelaient Mam’ Popo sans que l’on sache d’où venait ce surnom – était muette. D’ordinaire, elle régnait sur le marché avec l’autorité de sa gouaille et de ses kilos, haranguant le chaland dans une langue qui faisait s’esclaffer les commerçants jusqu’au Ciné Pigaille…
— Flacon, parfum after-shave, approche-toi chéri, ça vient de Paris…
— Je n’ai pas une gourde(1), Mam’ Popo…
— Qui parle d’argent, malotru, je te parle d’amour, moi !
— Hey, Mam’ Popo, ma femme sera pas contente…
— Tais-toi, mon nègre, ta femme sera ravie si tu sens bon Paris !
Même Mam’ Popo, en ce jour, était muette, immobile, les lèvres molles, la jupe tombante entre ses cuisses ouvertes, suant lentement d’ennui sur le trottoir. C’était comme si toute la rue attendait que la doyenne donne le signal du départ en lançant un de ses jurons préférés, “Cornecul, on dirait que la mer a pété tellement il fait chaud aujourd’hui !”, pour tout remballer. Alors les plus pressés seraient rentrés chez eux, les autres auraient descendu la rue, calmement, jusqu’au bâtiment de la douane près du port, pour aller boire un peu d’eau, contempler le ciel et essayer de comprendre ce qui avait produit une telle chaleur. Mais Mam’ Popo ne jurait pas, ne bougeait pas, ne semblait plus qu’une masse immobile et les commerçants restaient prisonniers de leur accablement.
C’est Lucine qui le vit la première. D’abord, elle crut être victime d’une vision, cligna des yeux, s’essuya le front et regarda à nouveau. Mais les cris lui firent comprendre quelle ne s’était pas trompée. En une seconde, les commerçants sortirent de leur torpeur. Toutes les têtes se tournèrent vers le haut de la rue.
— Regardez !…
— Vous avez vu ?…
Un être avançait, au milieu de la chaussée, avec une démarche syncopée – mi-danse, mi-titubement d’ivrogne. Il avait le torse nu et brillait sous le soleil. Son corps était recouvert d’une sorte de poix qui dessinait chacun de ses muscles – décoction de sirop de canne et de poudre de charbon peut-être, comme on en utilisait lors du carnaval –, à moins que ce ne fut sa véritable peau, naturellement huilée et scintillante. Il portait sur la tête une cagoule découpée dans une épaisse toile de jute, surmontée de deux cornes de bœuf, ce qui lui donnait une silhouette de Belzébuth. Si c’était un déguisement, il l’avait emprunté tout entier à celui des Lansetkods, ces figures de carnaval qui d’ordinaire vont en groupe, terrorisent les passants, font des pompes au milieu de la rue et essaient d’attraper les badauds pour les engluer de mélasse. Mais ce n’était pas jour de carnaval ni même la saison des raras(2), et si cet homme s’était déguisé, il était fou ou s’était trompé de ville… Ulysse, le vieux vendeur de paniers, fut le premier à l’interpeller.
— Qu’est-ce que tu fais là, mauvaise blague ?

(1) Monnaie haïtienne
(2) Défilés spontanés qui précèdent Pâques

 

 Challenge Petit Bac 2015 
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Musique (3)

 

Déjà lu du même auteur :

La_porte_des_Enfers La porte des enfers   le_soleil_des_scorta Sous le soleil des Scorta

la_mort_du_roi_tsongor  La mort du roi Tsongor Eldorado_Laurent_Gaud_  Eldorado ouragan Ouragan