les gouffres La Fosse aux ours - février 2014 - 131 pages

Quatrième de couverture :
Au coeur de paysages singuliers qui pourront évoquer les revers sombres de l'Histoire, des hommes, solitaires ou réunis en une clique fragile, entreprennent un périple. Aux processus guidant leur épopée, il est ici porté une attention particulière. Tous déploient un arsenal de ruses pour approcher, voire atteindre, leur objectif.
Le ressort de ces progressions emprunte avant tout à des forces d'humanité, de simple et lumineuse intelligence, de fraternité pure. Des quêtes minuscules, comme autant de fables espérant chacune de cette capacité inouïe de l'homme à se maintenir debout, le regard tendu sans relâche vers un nouvel horizon.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (2005), L’impasse (2006), Cairns (2007), et de Apnées (2009), Cour Nord (2010), Le héron de Guernica (2011), La nuit tombée (2012).

Mon avis : (lu en août 2014)
Lorsque j'ai emprunté ce livre à la Bibliothèque avant de partir en vacances, je pensais que c'était un roman et non un recueil de quatre nouvelles. 
« Les Gouffres » : Milton et Prez, deux hommes sans domicile fixe, traversent une villes et des rues désertes, ils doivent franchir des gouffres qui s'ouvrent devant leurs pas. Autour d'eux il n'y a que ruines et désolation et obstinément ils veulent atteindre le canal.
« Le cours des choses » : Wagram travaille dans un lieu mécanique, aseptisé, il a comme fonction :« éviter que le cours des choses ne s'arrête ». En secret, il surveille la croissance d'une graine qu'il a planté dans un pot sur son rebord de fenêtre. 
« La Conjecture d’Olga » : Trois hommes prisonniers dans un camp se soutiennent moralement et physiquement. L’un d'entre eux, très fatigué, griffonne sans arrêt dans un petit carnet, il fait cela pour Olga...
« L’Automatophone » : Dans une ville déserte, de nuit, un homme et son automatophone, genre d’orgue de barbarie imposant, tente de se déplacer à la lumière des réverbères...
Il se dégage dans les quatre nouvelles une atmosphère post-apocalyptique, des personnages seuls ou très liés face à un environnement hostile ou sombre.
J'ai bien aimé la première et surtout la troisième nouvelles, les deux autres m'ont moins parlée. L'écriture d'Antoine Choplin est simple, poétique, pleine d'humanité.
Mes livres préférés de cet auteur restent Le héron de Guernica et La nuit tombée.

Autres avis : JérômeLeiloona et Noukette

Extrait : (début du livre)
Ça se passera un matin et on sera surpris toi et moi que ça se passe ce matin-là plutôt qu'un autre. Le jour sera pas entièrement levé mais le grand voile sombre posé sur les choses commencera à se dissiper. J'aurais décidé ça tout seul que c'est pour ce jour-là et pas pour un autre. Je te regarderai un bon moment avec ma décision dans la tête, enroulé dans ta couverture, encore endormi, avant de prononcer un mot. Mais peut-être que toi, comme un vieux chien, t'auras senti tout ça parce que c'est sûr que pour ce qui est du flair t'es vraiment un champion ; tu l'auras senti et pourtant tu resteras immobile, en attendant que je dise quelque chose. Moi, je commencerai à sortir mes bras de sous la couverture et à les croiser derrière la tête comme un gars qui envisage sereinement l'avenir. Et après un petit moment, je tendrai la main vers toi et je te tapoterai du côté de l'épaule.
Hé, Milton.

D'abord tu bougeras pas, tu resteras sur le flanc tourné vers le mur mais tu parles que t'auras ouvert les yeux d'un coup.
Milton, hé, Milton.
Au bout d'un moment, tu me demanderas ce qui se passe.
Tu veux savoir ce qui se passe, Milton ?
Tu répondras pas et tu continueras à me tourner le dos avec les yeux écarquillés.
Hier soir, tu l'as bien vérifié ton sac au moins ?
Oui, comme tous les soirs, je l'ai bien vérifié.
Et quand tu diras ça, ta voix commencera à trembler et juste après tu te retourneras d'un coup vers moi et on se regardera un bon moment en silence.
Tu sais pourquoi je te demande ça, au sujet de ton sac, hein Milton que tu le sais ?
Tu me répondras que t'as comme une idée sur la question. Et tu te relèveras un peu, en t'appuyant sur ton coude. Je me relèverai moi aussi, je m'assiérai en repoussant la couverture et ça fera voler un petit nuage de poussière.
On va partir, Milton. J'ai décidé ça, qu'on allait partir. C'est pour aujourd'hui.
Tu regarderas vers ton sac, puis vers moi, puis vers ton sac, puis encore vers moi.
T'as bien réfléchi Prez avant de décider !
Si j'ai réfléchi. On peut pas plus réfléchir à cette question que je l'ai fait, ça, t'as ma parole.
Tu plisseras le front.
Ben oui, c'est pour aujourd'hui, Milton.

T'auras pas l'air si content que ça et je t'en ferai la remarque.

Déjà lu du même auteur :

le_h_ron_de_guernica Le héron de Guernica 5600 La nuit tombée 

cour_nord Cour Nord choplin_radeau Radeau