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A propos de livres...

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27 mars 2010

Concours Marque-pages

J'ai décidé de participer au concours organisé par Pickwick autour des marques pages.

J'ai chez moi, deux sortes de marque-pages :

ceux que j'utilise et qui s'abîment, parfois un simple ticket de train ou un post-it plié en deux... Je les utilise sans ménagement, je les oublie souvent dans un livre et les retrouve parfois plusieurs années après... 

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et surtout ceux que je conserve et que j'aime regarder, ils ont parfois une histoire :

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En voici une sélection d'une dizaine, le choix n'a pas été facile :

Le premier, est le marque-page qui m'a donné envie de les collectionner, il vient d'une bibliothèque d'Ille-et-Vilaine que je pratique une ou deux fois par an lors de vacances.

Le deuxième fait parti de ceux que j'ai récupéré lors des manifestations "Lire en fête" à ma Bibliothèque préférée.

Retour de la vache, l'année suivante avec ces deux marques pages qui s'assemblent (je les aime beaucoup !)

Les deux marque-pages suivant sont des souvenirs du Salon du Livre 2009, que j'ai parcouru en compagnie mon fils de 14 ans. Le premier rappelle que le pays mis à l'honneur était le Mexique et le second évoquait une exposition sur les livres d'enfants d'hier et aujourd'hui à la BNF, j'aime bien son graphisme.

J'ai choisi le marque-page suivant également pour son graphisme, il a été crée à l'occasion de la mise en service du TGV Est-Européen. Je n'ai jamais pris ce TGV, mais je pratique quotidiennement la SNCF et ses transiliens... C'est un endroit où je lis beaucoup !

Ensuite viennent 3 marque-pages faits mains :

le premier est un marque-page "version-test" que j'ai réalisé pour ma swappée lors du Swap de la Saint Patrick organisé en 2010 par Canel.

Le second est tout nouveau, il a été brodé et m'a été offert par Françoise lors de ce même Swap de la Saint Patrick. Il est unique !

Il y a 3 ans, une personne avait offert des marque-pages à la Bibliothèque pour que celle-ci les donnent à ses adhérents à l'occasion des fêtes de fin d'année. J'avais alors choisi celui-ci.

Et pour terminer, le dernier marque-page est celui de la nouvelle Bibliothèque Municipale d'une commune des Côtes d'Armor que j'aime beaucoup.

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24 mars 2010

Le martyre des Magdalènes - Ken Bruen

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Gallimard – octobre 2006 – 332 pages

Folio – novembre 2008 - 365 pages

Traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil

Quatrième de couverture :

Lessivé, rincé par sa dernière enquête, Jack Taylor tente d'en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness au comptoir de son pub préféré. Alors qu'il répète à qui veut bien l'entendre qu'on ne l'y reprendra plus, Jack est sommé par un caïd local de retrouver " l'ange des Magdalènes ". Contraint et forcé d'accepter afin de s'acquitter d'une dette d'honneur, Jack se retrouve au cœur d'un fait divers des années 1960, et croise bientôt les fantômes des " Magdalènes ", des filles-mères reniées par leurs familles, exploitées dans des couvents catholiques où elles lavaient leurs péchés en travaillant comme blanchisseuses. Hanté par ses échecs passés, poursuivi par une police locale qui lui cherche constamment des crosses, Jack va tenter de retrouver cet "ange", une mystérieuse femme qui serait venue en aide à ces pauvres filles mises au ban de la société. Cependant, comme l'alcool, la vérité est bien souvent trompeuse. Gare au retour de flamme. Ce qui s'annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer...

Auteur : Ken Bruen est né en 1951 à Galway (Irlande). Après une carrière d'enseignant d'anglais qui le mène en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, il décide de se consacrer à l'écriture. Lauréat de nombreux prix de littérature policière, il est l'auteur d'une dizaine de livres. Le martyre des Magdalènes est la troisième enquête de Jack Taylor dans la Série Noire.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Ce livre nous plonge dans un univers irlandais très noir. Le personnage principal, Jack Taylor est un ancien policier irlandais qui a sombré dans l’alcool, la drogue et la déprime à la suite d’une précédente enquête. Dans ce troisième épisode de la série Jack Taylor, il se trouve sur deux enquêtes : en premier lieu, un caïd, dont il est redevable, lui demande de retrouver une ancienne religieuse qui appartenait au couvent des Magadalènes et en second lieu, il doit prouver qu'une riche veuve a tué son mari. Le côté très sympathique de Jack Taylor, c'est son amour pour les livres et la littérature. Il est toujours près à citer un extrait de roman ou de poème et presque chacun des chapitres du livre est introduit par une citation. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre car j'ai trouvé l’histoire un peu décousue. Il n'est pas toujours aisé de suivre l'intrigue au milieu des délires et digressions de Jack Taylor dû à l'alcool, à la drogue. A travers ce livre, l'auteur évoque un pan douloureux de l’histoire Irlandaise, il nous raconte abominable sort réservé aux Magdalènes. Des jeunes femmes qui avaient eu des relations sexuelles hors mariage, des femmes dites « perdues » qui étaient envoyées dans des couvents sous le prétexte de réhabilitation. Les pénitentes étaient abusivement mises au travail dans des blanchisseries. Finalement, en fermant ce livre j'ai mieux comprise la personnalité de Jack Taylor et je l'ai trouvé attachant et surprenant. Si l'occasion se présente, je lirai avec plaisir les premiers épisodes de la série.

Pour en connaître plus sur le sujet des Magdalènes : voir wikipedia 

Autour du même sujet : le film The Magdalene Sisters (2002) de Peter Mullan et un livre que j'ai lu en janvier dernier : Le testament caché – Sebastian Barry

22 mars 2010

Park Life – Shuichi Yoshida

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (15/26)

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Editions Philippe Picquier – septembre 2007 - 95 pages

Picquier poche - janvier 2010 – 128 pages

traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary

Présentation de l'éditeur :

Ce petit roman est une bouffée d'air pur dans la vie affairée et raisonnable des citoyens du XXIe siècle que nous sommes. Un air venu du parc de Hibiya à Tôkyô, où l'on pénètre sur les pas d'un jeune employé légèrement excentrique, et soudain " l'exhalaison de terre et d'herbe vous chatouille les narines ". Là, il croise une triathlonienne consommatrice de bains moussants, rencontre un vieil homme qui fait voler un capricieux aérostat rouge, rêve, médite, s'exerce à chambouler la perspective pour voir le monde autrement. Il arrive que s'y nouent des idylles, à peine plus tangibles que le bruissement des pigeons qui s'envolent. Ce récit a le charme des parenthèses qui s'ouvrent parfois dans la vie pour laisser entrer l'enchantement, comme un léger vertige teinté de déraison. La ville n'est pas loin, les buildings cernent l'horizon, mais dans cet espace clos et protégé, se jouent les menues aventures qui donnent son goût unique à l'existence, la petite musique d'un grand parc au cœur d'une immense capitale. Park Lift a été couronné en 2002 du prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Auteur : Né en 1968 à Nagasaki. Après des études de gestion à l'Université Hosei de Tôkyô, Yoshida Shuichi écrit plusieurs romans. En 2002, il a obtenu le Prix Akutagawa pour Park Life, après l'avoir laissé échapper quatre fois.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Un livre qui se lit très facilement. L'histoire commence dans le métro lorsqu'un jeune homme (le narrateur) s'adresse par erreur à une inconnue. Il la rencontre un peu plus tard dans le parc Hibiya de Tokyo. Ils vont se revoir au même endroit plusieurs fois pendant leur pause-repas et ils observent les habitués de ce parc qui est une bouffée d'air dans cette ville trépidante. Entre temps, le narrateur nous raconte son quotidien insolite, ainsi que ses souvenirs. C'est frais, exotique mais en lisant la quatrième de couverture, j'attendais plus de ce livre.

Extrait : (page 8)

En empruntant cet escalier un peu sombre, on débouche derrière l'îlot de police du parc. Si, pour y pénétrer, on enjambe la barrière basse à côté des toilettes publiques, on respire un autre air que dans l'enceinte du métro, l'exhalaison de terre et d'herbe vous chatouille les narines. Une fois entré, j'ai marché le plus possible tête baissée. Tout en m'efforçant de ne pas regarder au loin, j'ai avancé dans le sentier qui entoure la mare de Shinji, passé les allées de ginkgos et le petit kiosque à musique, et pénétré dans le square au grand jet d'eau. Les pigeons s'y acharnent à donner des coups de bec dans la nourriture. Veillant à ne pas leur marcher dessus, j'ai traversé le square pour aller m'asseoir confortablement à l'un des bancs autour du jet d'eau. Il ne faut surtout pas relever trop vite la tête. J'ai d'abord desserré ma cravate, siroté une gorgée du café en canette que j'avais acheté dans une boutique du métro. Juste avant de relever la tête, il vaut mieux fermer les yeux, même quelques secondes. Après avoir respiré lentement et profondément, j'ai levé la tête d'un seul trait et écarquillé les yeux. Quand j'écarquille soudain les yeux, le grand jet d'eau, les arbres d'un vert foncé et l'Hôtel Impérial, qui présentent respectivement un paysage proche, à mi-distance et éloigné, font brusquement irruption dans mon champ visuel en chamboulant la perspective. C'est dur pour mes yeux habitués aux étroites voies souterraines. La tête me tourne. Je savoure un léger état de transe.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (15/26)

21 mars 2010

Construire un feu – Christophe Chabouté

d'après la nouvelle de Jack London

construireunfeu Vents d'ouest – août 2007 – 63 pages

Résumé :

Christophe Chabouté s’attaque cette fois à un classique de la littérature américaine, en adaptant la célèbre nouvelle de Jack London : « Construire un feu ».

Un homme en quête de fortune ou d'aventure, perdu en plein milieu du grand nord, tente de rejoindre ses compagnons... Dans ce désert de neige et de glace, rien d'autre que lui et un chien. Il lutte contre un froid effrayant de moins soixante degrés. Confronté aux forces de la nature, sa vie ne dépend que de quelques allumettes avec lesquelles il pourrait se faire un feu.

Auteur : Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney, né le 12 janvier 1876 à San Francisco et mort le 22 novembre 1916 à Glen Ellen, Californie, était un écrivain américain. Il a écrit L'Appel de la forêt et plus de cinquante autres nouvelles et romans connus. Il fut un des premiers Américains à faire fortune dans la littérature.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en mars 2010)

Encore un bel album de Chabouté, ce n'est plus la mer de "Tout seul" et "Terres Neuvas" mais les étendues blanches du Klondyke, par -60°C, elles sont angoissantes. L'espace est sans fin, le paysage est dépouillé, tout est uniformément blanc, tout est silence. Nous suivons la marche d'un homme et son chien loup qui tente de rejoindre ses compagnons…, et Jack London affirme la chose suivante : «Un homme ne peut voyager seul dans le Klondike par moins trente en dessous de zéro» Tout au long du livre, nous allons assister à ce semblant de huis-clos dans ce désert blanc, froid et hostile. La marche de cet homme est douloureuse, la progression est difficile et les embûches sont nombreuses. Le dessin de Chabouté n'est pas purement noir et blanc comme souvent, ici, il utilise un peu de couleur (en particulier lorsqu'il dessine le feu !). J'ai vraiment beaucoup aimé ce périple au milieu du grand nord, c'est un dépaysement total. A découvrir sans hésitation !

Extrait :

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20 mars 2010

La gare de Rachid – Pascal Garnier

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Syros – avril 2000 – 55 pages

Syros - avril 2003 -

Quatrième de couverture :

Depuis qu'il a quitté son pays, Rachid est balayeur dans une grande gare parisienne. Cette gare, c'est sa vie jusqu'au jour où on le licencie. « Sa journée terminée, il ne reviendrait plus à la gare... C'était impensable, comme s'il venait d'apprendre sa propre mort. Il descendit lentement les marches en se tenant à la rampe. L'air n'y était pourtant pas bien propre mais c'était son air, celui qu'il respirait tous les jours depuis tellement d'années... Alors, quelque chose se redressa en lui, quelque chose qui ne voulait pas mourir de crise économique ».

Auteur : Né en 1949, nouvelliste et romancier, Pascal Garnier a construit une œuvre partagée entre la littérature sombre (aux marges du roman noir) et la littérature pour la jeunesse.
Il a publié une cinquantaine de livres. Il est décédé le 5 mars 2010.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Pour participer à l'hommage proposé par Stephie, je cherchais un titre de Pascal Garnier à lire sur un site de vente de livres en ligne, et je reconnais la couverture de « La gare de Rachid », livre que j'avais en réserve pour offrir à un anniversaire ou... Je ne l'avais jamais lu et je me suis dis que c'était vraiment l'occasion de la faire. C'est un livre jeunesse destiné aux 13 ans et plus. L'illustration de la couverture et de la quatrième de couverture (pour l'édition d'avril 2000 ) est également l'œuvre de Pascal Garnier.

Un jour Rachid a quitté son pays, il est arrivé dans une gare parisienne avec une phrase en français « S'il vous plaît monsieur, je cherche du travail... ». Il réussi alors à obtenir un travail de balayeur dans cette gare parisienne. Depuis ce jour, cette gare est sa vie, il en connait tous les recoins. Malheureusement, un jour on le licencie « Non, il n'avait pas fait de faute de professionnelle, oui il avait toujours été un bon employé, personne n'avait jamais eu à se plaindre de lui. Mais le personnel coûte cher, les charges sociales, etc. Et puis, avec les nouvelles machines, un seul technicien de surface fera le travail de dix balayeurs et plus efficacement ! » Et malgré tout, Radid continue comme si de rien n'était à balayer sa gare. Mais ses maigres économies s'épuisent peu à peu. Rachid quitte son hôtel pour s'installer dans un wagon abandonné...

C'est un texte sur l'immigration, beau et émouvant. Pascal Garnier retrace la vie de ce balayeur algérien avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et de poésie. Au début il nous conte la réalité puis l'histoire bascule dans comme dans un rêve.

Extrait : (début du livre)

L'arrivée du train de 9h51 en provenance de Marseille fit s'envoler une poignée de pigeons gris qui s'éparpillèrent en applaudissant du bout des ailes dans le ciel rouillé de la gare. Appuyé sur son balai, Rachid les regarda se poser un à un sur les poutrelles métalliques qui s'entrecroisaient au-dessus du réseau compliqué des rails. La verrière était si poussiéreuse que, quelle que soit la saison, il faisait toujours le même temps, blanc-jaune le jour, bleu électrique la nuit. Ni ces pigeons ni Rachid ne connaissaient d'autre ciel que celui de la gare et ça suffisait largement. Rachid n'aurait pas pu dire depuis combien de temps il travaillait ici, ses souvenirs n'arrivaient pas à remonter si loin. Il avait bien quelques images de ciel bleu sans limite, sans nuage au-dessus d'une mer aussi bleue et aussi plate qui traînaient tout au fond de lui mais tout cela était rangé dans un coin de sa tête où il ne mettait plus les pieds depuis bien longtemps. C'était dans un autre pays, dans un autre temps, presque dans une autre vie. Sa vraie vie, celle de tous les jours, avait commencé juste à la descente de ce train de 9h51 en provenance de Marseille. Comme elle lui avait paru grande cette gare, immense, plus grande que tout ce qu'il avait connu de grand jusqu'alors, c'est-à-dire la mosquée de son village et on aurait pu en mettre au moins dix là-dedans.

Lu dans le cadre de l'hommage

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Déjà lu du même auteur :

lune_captive_dans_un_oeil_mort Lune captive dans un œil mort   la_th_orie_du_panda La Théorie du panda

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19 mars 2010

Le bon larron – Hannah Tinti

le_bon_larron Gallimard – novembre 2009 – 375 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Mona de Pracontal

Présentation de l'éditeur :

A douze ans, Ren le manchot n'a connu que l'orphelinat et, tout en rêvant d'une famille, appréhende les dangers du monde extérieur. Voici que survient Benjamin Nab, qui se prétend son grand frère et le prend sous son aile. Mais dit-il la vérité ? Du jour au lendemain, Ren se retrouve plongé dans une cour des Miracles, un monde de voleurs, de marginaux, de grands escrocs et de nantis maléfiques. Parmi les villes minières et les ports baleiniers de Nouvelle-Angleterre, il ne cesse de vouloir percer le mystère de ses origines... Hannah Tinti ressuscite ici, avec vigueur et malice, l'Amérique du dix-neuvième siècle, celle de Melville et de Mark Twain, tout en donnant à son jeune protagoniste une épaisseur et une vitalité dignes de Dickens. Ce conte foisonnant, au rythme trépidant, ne recule jamais devant les péripéties feuilletonnesques les plus échevelées, nous offrant avec Ren un inoubliable héros. L'élan romanesque qui l'anime, le plaisir contagieux du récit procurent un bonheur de lecture que l'on croyait perdu depuis l'âge d'or de la fiction. On connaissait Hannah Tinti nouvelliste hors pair. Avec ce livre, une romancière est née.

Auteur : Hannah Tinti est née à Boston en 1972 et a grandi à Salem. Elle vit maintenant à New York. Bête à croquer, son premier livre, a reçu un accueil enthousiaste de la critique et a été traduit dans seize pays. Le bon larron, son premier roman, a reçu de nombreux prix.

Mon avis : (lu en mars 2010)

C'est grâce à Amanda que j'ai découvert ce livre tout d'abord "on the radio : Gang des LIT" puis avec son article.

A douze ans, la vie de Ren c’est l’orphelinat catholique Saint-Anthony, il attend depuis toujours le jour où l’on viendra le chercher pour vivre dans une famille. Mais son bras en moins décourage les fermiers du coin à l’adopter car ceux-ci recherchent un enfant capable de travailler au champ. Un jour pourtant, Benjamin Nab, qui se fait passer pour son grand frère, vient le chercher. En fait, Benjamin est un escroc qui va utiliser Ren pour apitoyer ses victimes. Il a comme complice Tom, ancien instituteur et alcoolique. Ren étant déjà un voleur né va apprécier cette nouvelle vie. Les deux compères commercialisent des élixirs miraculeux, ils pillent des cimetières, détroussent des cadavres… Nous assisterons au retour à la vie d’un mort, nous rencontrerons un nain vivant sur les toits et qui descend chaque soir se nourrir en passant par la cheminée… Des aventures rocambolesques qui se succèdent, des personnages hauts en couleurs… Et Ren qui est à la recherche de ses origines. Cette histoire c'est l'Amérique au XIXème siècle, on retrouve à la fois l’atmosphère d'Oliver Twist de Dickens et les péripéties de Tom Sawyer et Huckleberry Finn de Mark Twain.

J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre.

Extrait : (début du livre)

L'homme arriva après la prière du matin. La rumeur se répandit rapidement, et les garçons de l'orphelinat Saint-Anthony jouèrent des coudes pour l'entrevoir pendant qu'il dételait son cheval et le menait à l'abreuvoir. Son visage était difficile à distinguer, sous le chapeau rabattu si bas que le bord lui touchait presque le nez. Il attacha les rênes à un poteau, puis resta près de sa monture à lui flatter l'encolure tandis qu'elle buvait. L'homme attendait, les enfants regardaient, et quand la jument releva enfin la tête ils le virent se pencher, caresser les naseaux de la bête et l'embrasser. Puis il s'essuya la bouche d'un revers de main, retira son chapeau et se dirigea vers le monastère, de l'autre côté de la cour.

Il était fréquent que des hommes viennent chercher des enfants. Parfois en quête de main-d'œuvre à bon marché, parfois pour s'acheter une bonne conscience. Les frères de Saint-Anthony alignaient les orphelins, et les hommes, allant et venant le long de la rangée, les jaugeaient. On pouvait facilement deviner ce qu'ils recherchaient en suivant leur regard. En général, celui-ci se portait sur les garçons de presque quatorze ans, les plus grands, les plus remuants, les plus forts. Ensuite il s'abaissait sur les gamins qui rampaient à peine, les petits deux-ans titubants - encore purs et innocents. Ce qui laissait les entre-deux - les gamins qui avaient perdu leurs boucles et leur gras de bébé, mais qui n'étaient pas encore assez grands pour se montrer utiles. Ceux-là avaient en général mauvais caractère, et presque rien d'autre à offrir que leur ventre vide et des poux. Ren en faisait partie.

Il n'avait aucun souvenir d'un début – d'une mère ou d'un père, d'une sœur ou d'un frère. Sa vie était tout entière contenue ici, à Saint-Anthony, et ses souvenirs commençaient au milieu des choses : l'odeur des draps bouillis et de la lessive ; le goût du porridge trop clair ; ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait fait tomber une brique sur une dalle de pierre et regardé les fragments rouges se disperser, s'était servi de ces éclats pour écrire sur le mur du monastère, puis avait reçu une gifle en punition et été forcé d'essuyer les traces avec un chiffon froid et mouillé.

Le nom de Ren était cousu dans le col de sa chemise de nuit : trois lettres brodées au fil bleu foncé. Le tissu était un lin de bonne qualité et Ren avait porté la chemise jusqu'à l'âge de deux ans ou presque. Après, les frères la lui avaient retirée pour la donner à un plus petit. Ren avait appris à surveiller Edward, puis James, puis Nicholas – et à les coincer dans la cour. Il plaquait au sol le gamin qui se débattait, puis il examinait attentivement les lettres délavées, en se demandant à quoi ressemblait la main qui les avait brodées. Le R et le E étaient cousus hardiment, au point croisé, mais le N était plus grêle et penchait vers la droite, comme si la personne qui maniait l'aiguille s'était dépêchée de finir. Une fois usée, la chemise avait été découpée en bandage. Frère Joseph avait donné à Ren le bout de col qui portait les lettres et, la nuit, le garçon le mettait sous son oreiller.

18 mars 2010

Shutter Island – Dennis Lehane

lu dans le cadre des challenges logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur et challenge_100_ans_article_300x225

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Rivages – août 2003 – 293 pages

Rivages – janvier 2006 – 392 pages

Rivages – septembre 2009 – 392 pages

traduit par Isabelle Maillet

Quatrième de couverture :

Nous sommes dans les années 1950. Au large de Boston, sur un îlot nommé 'Shutter Island' se dresse un groupe de bâtiments à l'allure sinistre. C'est un hôpital psychiatrique dont les patients, tous gravement atteints, ont commis des meurtres. Lorsque le ferry assurant la liaison avec le continent aborde ce jour-là, deux hommes en descendent : le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule. Ils sont venus à la demande des autorités de la prison-hôpital car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre incohérente d'une malade ou cryptogramme ? Au fur et à mesure que le temps passe, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

Auteur : Né à Dorchester, Massachusetts en 1965, après des études en Floride, Dennis Lehane se destine à une carrière d'enseignant, mais de retour à Boston, c'est une tout autre vie professionnelle qui l'attend. Multipliant les travaux alimentaires, il décide de se consacrer à l'écriture, avec succès. Père d'un couple de détectives aujourd'hui célèbres dans la littérature policière, Patrick Kenzie et Angela Gennaro, il les met en scène dans une série de romans, parmi lesquels 'Un dernier verre avant la guerre' (1994), 'Ténèbres, prenez-moi la main' (1996), 'Sacré' 1997), 'Gone Baby Gone' (1998) et 'Prayers for Rain' (1999). C'est pendant la rédaction de ce dernier que lui vient l'idée de 'Mystic River', son oeuvre majeure, adaptée au cinéma par Clint Eastwood. Toujours baigné dans un univers sombre mais cette fois-ci teinté d'une dimension politique, son livre 'Un pays à l'aube' paraît en 2009 en France. La qualité de son écriture, son sens du rebondissement et la psychologie de ses personnages valent à Denis Lehane le surnom de 'master of the new noir'.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Livre lu dans le cadre du challenge Coup de cœur Polar 2009, livre proposé par Neph et du Challenge 100 ans de littérature américaine

Shutter Island est un îlot au large de Boston où se trouve une prison-hôpital psychiatrique qui accueillent des malades mentaux coupables de crimes abominables. Un jour de septembre 1954, le marshal Teddy Daniels et son nouveau coéquipier, Chuck Aule, débarquent sur l’îlot pour enquêter sur l’évasion de Rachel Solando. L’évasion semble étrange, Rachel se serait échappée d’une cellule fermée à clé de l'extérieur en laissant une feuille de papier avec message incohérent avec des chiffres et des lettres. Teddy et Chuck comprennent vite que personne ne les aidera dans cette enquête et pour compliquer l’histoire une tempête les bloque sur l'île, Teddy est la proie de mystérieuses migraines. Il fait des rêves qui le renvoie à son passé.

L’atmosphère de ce lieu sombre et angoissant est merveilleusement bien rendu, le lecteur est perdu dans un suspens qui s’épaissit de page en page, les pistes sont nombreuses, beaucoup sont trompeuses et la conclusion est étonnante et totalement imprévisible ! Voilà un excellent thriller psychologique !

Une adaptation cinématographique de Shutter Island a été réalisé par Martin Scorsese , avec Leonardo DiCaprio, Ben Kingsley, Mark Ruffalo, il est sorti en salle le 24 février 2010.

Extrait : (page 42)
Teddy remarqua un homme aux cheveux noirs qui portait un uniforme semblable à celui des autres gardes, à la différence près que le sien était rehaussé d'épaulettes jaunes, d'un col rigide et d'un badge doré. C'était le seul à garder la tête haute, une main dans le dos, tandis qu'il avançait parmi les hommes, et sa démarche rappela à Teddy celle de colonels qu'il avait croisés pendant la guerre - des hommes pour qui le commandement n'était pas seulement un fardeau nécessaire imposé par l'armée, mais par Dieu lui-même. Un livre noir serré contre la poitrine, il salua de la tête leur petit groupe, puis s'engagea dans la pente par où ils étaient arrivés, ses cheveux noirs soulevés par la brise.

Extrait : (page 158)
Ils découvrirent les pierres à environ cinq cents mètres de la côte, alors que le ciel chargé de nuages couleur d'ardoise s'assombrissait rapidement. Ils avaient franchi plusieurs passages détrempés où foisonnaient des graminées ramollies, rendues glissantes par la pluie, et à force de crapahuter ils étaient tous les deux couverts de boue.
Un champ s'étendait en contrebas, aussi plat que le fond des nuages, nu à l'exception de quelques buissons, de grosses feuilles charriées par les bourrasques et d'une multitude de petites pierres dont Teddy supposa d'abord qu'elles avaient été elles aussi portées par le vent. En descendant, il s'arrêta cependant à mi-parcours pour mieux les examiner.

lu dans le cadre du challenge logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur Coup de coeur polar 2009

lu dans le cadre du challenge challenge_100_ans_article_300x225 100 ans de littérature américaine

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17 mars 2010

Swap Saint Patrick

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Le vendredi 19 février au soir, en rentrant du travail, j'ai eu la grande surprise de recevoir mon colis avec presque un mois en avance ! Génial !

J'ai pris quelques photos, puis j'ai décidé de n'ouvrir le paquet que le lendemain, tranquillement et avec une meilleure luminosité pour faire des photos !

Voilà le résultat :

J'ai été gâtée par Françoise, une amie de Canel qui n'a pas (ou pas encore) de blog.

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Tout d'abord, j'ai été très touchée par les réalisations faites main : un joli marque-page en broderie avec d'un côté mon prénom et de l'autre une guirlande de trèfles et deux petits trèfles en faïence émaillée.

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Ensuite le mugg vert, le thé vert au jasmin et la manique ont comblé  l'amatrice de thé que je suis.

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Enfin les livres... Françoise a parfaitement répondu à mes attentes en choisissant :

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Sang impur - Hugo HAMILTON et Les brouillards de la Butte - Patrick Pécherot

Un grand MERCI à Françoise !

Merci également à Canel pour cette belle organisation, cette première expérience de Swap a été vraiment très sympathique aussi bien du côté swappeuse que celui de swappée...

Et pour ma part, ma swappée était Ln et j'ai pris beaucoup de plaisir à lui préparer un colis "irlandais" à l'occasion de la Saint-Patrick !

17 mars 2010

Sang impur – Hugo Hamilton

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Phebus – septembre 2004 – 279 pages

Points – janvier 2007 – 346 pages

traduit de l’anglais (Irlande) par Katia Holmes

Prix Fémina étranger 2004

Présentation de l'éditeur :

Issue de l'union d'une Berlinoise antinazie avec un nationaliste irlandais, une portée de gamins grandit dans les quartiers misérables du Dublin des années 1960. Talochés par un père dont les échecs affligent tout la famille, les petits Hamilton essuient au dehors les insultes du voisinage. Mais auprès de leur douce mère, Hugo, Franz et Maria apprennent le bonheur d'être en vie, de s'aimer et de se serrer fort contre les siens.

Auteur : Hugo Hamilton est né à Dublin en 1953 d'un mère allemande et d'un père irlandais. Il accède à la consécration avec son roman autobiographique Sang impur, récompensé en France par le prix Femina étranger en 2004.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Ce livre est un roman autobiographique, il raconte l’enfance de l’auteur à Dublin dans les années 1960. Sa mère est allemande et son père est un irlandais pur et dur. A la maison, les langues autorisées sont l’allemand et l’irlandais. Avec son frère, Hugo portait des Lederhosen (culotte de cuir) et des pulls irlandais. A l’école il doit parler anglais et les autres élèves le traite de nazi. Le père ne veut rien dire et oublier son passé (un père engagé et mort dans la marine anglaise), il est intransigeant avec lui-même et sa famille. Il refuse la moindre allusion à la langue anglaise. Il n’hésite pas à corriger ses enfants avec une baguette. Il refuse même d’utiliser son patronyme Hamilton, lui préférant sa forme « à l’irlandaise » et imprononçable "O hUrmoltaigh". Il tente de monter sans grande réussite une entreprise pour vendre des crucifix importés d’Allemagne, puis des chapeaux en papier et des pétards allemands ou alors des bonbons faits maison… puis il se lancera dans l'apiculture.

Au contraire, la mère est douce, elle préfère raconter des histoires ou mettre de la musique allemande pour résoudre les conflits, elle raconte l’Allemagne et son enfance avec la montée du nazisme et la Seconde Guerre Mondiale. En cachette, du père, elle rédige sur une vieille machine à écrire ses souvenirs. Elle aime également faire de bons gâteaux.

Hugo Hamilton nous touche beaucoup avec ce récit tendre, naïf et juste d’un petit garçon rêveur mais aussi turbulent qui ne sait pas trop qui il est. Est-il allemand ? Est-il nazi ? Est-il irlandais ? « Nous n'avons pas qu'une seule langue, qu'une seule histoire. Nous dormons en allemand et nous rêvons en irlandais. Nous rions en irlandais et nous pleurons en allemand... »

Il supporte la dureté de son père grâce aux câlins de sa mère. « Je suis à la fois le plus gentil et le plus culotté, elle dit, parce que c’est moi qui reçoit le plus de claques de mon père, et moi qui ait le plus de câlins de sa part à elle, pour réparer. »

Durant cette lecture, je suis passée par beaucoup d’émotions, du rire aux larmes. Une très belle découverte !

Un grand MERCI à Françoise qui m’a offert ce livre à l’occasion du Swap Saint Patrick organisé par Canel.

Extrait : (page 23)

Je sais qu'ils ne veulent pas de nous ici. Je peux les voir passer de la fenêtre de la chambre des parents, ils viennent du terrain de football qui est près de notre rue et ils redescendent vers les magasins. Ils ont des bâtons, ils fument des mégots de cigarette et ils crachent par terre. Je les entends rire. C'est juste une question de temps : on sera bien obligés de sortir et ils seront là à attendre. Ils découvriront qui on est. Ils nous diront de repartir là d'où on vient.
On n'a rien à craindre, dit mon père : nous sommes les nouveaux Irlandais. Pour partie originaires d'Irlande, pour partie d'ailleurs - mi-Irlandais, mi-Allemands. Nous sommes les gens tachetés, il explique, les brack people, 'les bigarrés'. Un mot qui vient de la langue irlandaise, du 'gaélique' comme ils l'appellent quelquefois. Mon père a été instituteur à un moment donné, avant de devenir ingénieur, et brack est un mot que les Irlandais ont apporté avec eux quand ils sont passés à l'anglais. Ca veut dire tacheté, pommelé, chiné, moucheté, coloré. Une truite est brack, un cheval tacheté aussi. Un barm brack est un pain avec des raisins dedans - un nom emprunté aux mots irlandais bairin breac. Ainsi, nous sommes les Irlandais tachetés, les Irlandais bigarrés. Un pain brack irlandais maison, truffé de raisins allemands.

15 mars 2010

Mal tiempo – David Fauquemberg

mal_tiempo Fayard – août 2009 – 280 pages

Présentation de l'éditeur :

Cuba, le meilleur de la boxe. Des champions méconnus, éternels amateurs enfermés dans leur île. Je devais accompagner de jeunes espoirs français partis s'endurcir à Pinar del Rio. Chaleur caraïbe, sessions d'entraînement intenses, riz-haricots noirs au menu, dortoir collectif... Le stage s'annonçait rude. Très rude. A trente ans, la fin de carrière approchait. Je le pressentais. Claquement des gants sur les sacs, cuir contre cuir. Dans la fournaise du gynmase, j'ai remarqué Yoangel. Catégorie poids lourds. Un prodige. Le tempo, la présence, tout ce qui m'avait manqué. Lui, le paysan d'un pueblo perdu, cet esprit ombrageux traversé par l'antique magie de ses ancêtres Yorubas, réussirait-il l'impossible ? Vaincre, vraiment ? Yoangel Corto ne combattait pas l'adversaire. Il combattait la boxe.

Auteur : Né en 1973, David Fauquemberg vit dans le Cotentin. Études de philosophie, il enseigne quelque temps avant de prendre la tangente. Années de voyage – Cuba, Patagonie, Laponie, Andalousie, Californie, Europe de l’est, Atlantique à la voile... Il séjourne deux ans en Australie ; un périple tragique dans l’ouest de l’île-continent lui inspirera son premier roman, Nullarbor(2007). De retour en France, il sera, entre autres, critique de théâtre, auteur de guides chez Dakota et Gallimard. Écrivain et traducteur, notamment de l'Écossais James Meek , de l’Américain Willy Vlautin ou du Canadien Robert Hunter, il est également grand reporter pour la revue XXI et le magazine Géo. Son second roman, Mal tiempo (Fayard, 2009) a obtenu le prix Millepages 2009.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Livre que je n'aurai sans doute jamais lu sans les conseils du «Café lecture» de la Bibliothèque auquel je participe chaque mois avec beaucoup de plaisir. En effet, ce livre nous plonge dans l’univers de la boxe à Cuba mais pas seulement, il est question de rythme, de tempo. Le narrateur, est un boxeur français en fin de carrière sur le point de raccrocher les gants, il part encadrer un stage à Cuba avec deux jeunes boxeurs en devenir. Cuba est le pays où la boxe, en amateur, reste l’art noble suprême et la référence absolue. Là-bas, le narrateur croise et sympathise avec un champion atypique, Yoangel Corto. C’est un colosse indocile qui n'écoute personne. Il poursuit son combat, lui seul sait vers quoi. L’auteur ne s’intéresse pas seulement au boxeur mais également à l’homme, il est tout en force mais il a également ses faiblesses. L’auteur nous fait des descriptions réalistes, minutieuses, précises des difficiles séances d’entraînements, des combats, mais aussi de Cuba et des cubains. Tous nos sens sont en éveil, on sent la sueur, on entend les coups : crochet, direct du droit, uppercut. Malgré un sujet qui évoque la violence, les coups, il y a dans ce livre beaucoup de poésie. A découvrir.

Extrait : (début du livre)

Foutu protège-dents, je ne peux plus respirer. Je happe l’air, jamais assez, sur le temps mort entre deux frappes. Pas moyen de sortir des cordes, Toufik me cadre, il presse, son pied toujours devant le mien m’empêche de tourner, il m’expose à son bras arrière, c’est lui qui mène l’assaut. Direct, je bloque, aussitôt je remise. Changement d’appuis, mon poing droit cherche le menton, hors tempo, Toufik accompagne la gifle. Il ne bronche pas, il a souri. Son visage rougi par l’effort s’approche puis bascule dans l’angle mort du casque, ses gants flous et pesants s’abattent au ralenti. J’encaisse, je recule. Des silhouettes vaporeuses oscillent autour du ring, des cris me parviennent, assourdis, le fracas de la salle. Un coup d’œil à l’horloge en douce. Plus que trente secondes à tenir. Trente secondes. J’étouffe, cœur dans la gorge, mes mains cèdent à la pesanteur. Je cligne des yeux malgré moi, secoué par un choc à la tempe. Baisse pas les bras. Toufik se désaxe, il tire une longue série de jabs. Il accélère encore, sans rage. Sûr de sa force. Dix secondes, en apnée. Je vois partir une autre droite, esquive, je m’engouffre dans l’ouverture. Je lance le coude en uppercut, au bout il y a le vide. Je sais déjà ce qui m’attend. Un crochet lourd me cueille au foie, impact précis, sans appel, au creux des côtes flottantes. Il me cisaille. Mes jambes se dérobent, me voici à genoux.

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