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Gallimard – mars 2001 – 221 pages

Folio – février 2006 – 283 pages

Grand Prix de la Littérature Policière 2002

Quatrième de couverture :
Dans le Paris de 1926, il est difficile de survivre sans un sou en poche. L'armistice de 1918 n'est pas loin, et les traces de la guerre sont encore présentes. Venu de Montpellier tenter sa chance à la capitale, Pipette en fait l'amère expérience. Laveur de bouteilles, collaborateur d'un journal à scandales, il multiplie les petits boulots. Le soir, il déclame des poèmes à Montmartre, il y croise la Goulue, André Breton et les surréalistes, les défenseurs de Sacco et Vanzetti... La nuit venue, en compagnie d'une bande d'illégalistes, il cambriole les riches pour arrondir les fins de mois. Un coup, c'est un peu d'argent, un autre quelques lingots. Mais quand un coffre-fort s'ouvre sur une macabre découverte c'est une bien sombre histoire qui commence. Les brouillards de la Butte, avec son évocation du Paris populaire de l'entre-deux-guerres, a reçu le Grand Prix de littérature policière 2002.

Auteur : Né en 1953, Patrick Pécherot a exercé plusieurs métiers avant de devenir journaliste. Auteur notamment de Belleville-Barcelone et de Boulevard des Branques, il s'inscrit, comme Didier Daeninckx ou Jean Amila, dans la lignée de ces raconteurs engagés d'histoires nécessaires.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Ce livre m'a été offert par Françoise lors du Swap de la Saint Patrick organisé par Canel en mars dernier. Il était temps que je découvre ce roman policier...
Dans la préface, on apprend que l'auteur a écrit ce livre en hommage à Léo Malet et son héros fétiche Nestor Burma. L'histoire se situe bien avant les aventures de Nestor Burma de Léo Malet., nous sommes entre les deux guerres, proche de la Butte Montmartre. Le héros et narrateur est à la fois un poète, il écrit dans un journal à scandale et le soir, avec des amis, il cambriole les riches pour supporter les mois difficiles... Un soir, ils découvrent dans un coffre fort qu'ils avaient volé, un cadavre enfermé dedans. Ils décident donc d'enquêter sur le cadavre et sur le propriétaire de la maison volée. A travers l'enquête, le lecteur suit les personnages dans un Paris typique des années 30 et croise La Goulue et un certain André Breton et les Surréalistes. Notre héros devient malgré lui un détective privé. Le style évoque les quartiers populaires et la gouaille des ouvriers et l'argot des Titis parisiens. C'est à la fois plein d'humour et de gravité car l'époque est difficile pour les petites gens. Nous sommes plongés dans une époque où des magouilles financières faites pendant la guerre refont surface et où les plus pauvres ont encore un grand coeur et gardent une certaine éthique.
Un grand merci à Françoise pour cette lecture très agréable.

J'ai découvert qu'il existe une suite à cette histoire car Patrick Pécherot a écrit une trilogie avec également Belleville Barcelone (2003) et Boulevard des branques (2005) pour rendre hommage à Léo Malet. J'essaierai de me les procurer pour les lire.

 

Extrait : (début du livre)
Le type qui me faisait face me fixait sans me voir. Le discret sourire qui flottait sur ses lèvres lui donnait une expression de stupeur amusée. Peut-être une pensée légère avait-elle traversé son esprit. A moins que ce ne soit l'incongruité de sa situation. Sait-on ce qui peut vous passer par la tête dans de tels moments ? En tout cas, il devait être d'un naturel aimable. Moi, à sa place... Mais j'aimais mieux ne pas y être, à sa place, parce que l'homme qui me regardait avec tant d'insistance était mort, et bien mort.
- Merde !
Lebœuf ne parlait pas souvent mais il venait de résumer ce que nous pensions tous les quatre.
Cottet a levé sa lampe. Sous la lueur dansante, le cadavre avait l'air de se foutre de nous. Il pouvait. Ce n'est pas tous les jours que quatre malfrats tombaient sur un macchabée en ouvrant un coffre-fort.
Dehors, le vent redoublait. En hurlant, il s'engouffrait sous la porte. J'ai reculé d'un bond.
- Il a bougé !
- Hein ? Qui ?
Le mort, il venait de remuer. En un éclair, on l'a vu plonger, la tête la première. Il a touché le sol avec un craquement de bois sec. On le contemplait, horrifiés, quand une longue plainte s'est élevée de son corps raidi. Aiguë, tout d'abord, elle est passée dans les graves avec la puissance d'un basson.
Nous nous regardions, incrédules.
- C'est pas vrai !
- Si !
- Il pète ?
Cottet a éclaté d'un rire nerveux qui nous a gagnés l'un après l'autre. Et plus nous nous tordions, plus le mort lâchait ses flatulences. C'était vraiment un macchab de bon poil.
Raymond a ramené le calme.
- Bon, assez... Hé, les mecs, arrêtez un peu !
Le sang circulait à nouveau dans nos veines. Du sang chaud, de vrai vivant. Et c'était bon de le sentir bouillonner. Peu à peu, l'hilarité a décru, nous laissant essoufflés et larmoyants.