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2 mai 2012

Confidences à Allah - Saphia Azzeddine

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et J'ai Lu

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Editions Léo Scheer – janvier 2008 – 145 pages

J'ai Lu – avril 2012 – 127 pages

Quatrième de couverture : 
Comment devenir libre quand tout vous destine à la soumission ? Comment rester debout face aux hommes et à Dieu ? 
Vers qui se tourner quand on vit dans la misère ? À qui parler lorsqu'on est perdu et rejeté par la société ? Jbara, petite bergère des montagnes du Maghreb, choisit Allah. Dans un monde qui ne voulait pas d'elle, Il deviendra son unique confident. C'est à Lui que s'adresse ce monologue fiévreux et enragé, où l'humour perce souvent, celui d'une jeune fille qui tente d'échapper à l'enfermement.  

Auteur : Saphia Azzeddine est écrivain et cinéaste. Elle a adapté et réalisé Mon père est femme de ménage, et s'apprête à réaliser La Mecque-Phuket. Confidences à Allah est son premier roman, suivi de trois autres.

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai demandé de participer à ce partenariat J'ai Lu / Livraddict en lisant la quatrième de couverture de ce livre. Or j'ai trouvé cette quatrième de couverture plutôt trompeuse.
Dans ce court roman, Saphia Azzeddine nous raconte l'histoire de Jbara une petite bergère des montagnes du Maghreb, elle refuse de devenir une femme soumise comme sa mère. Jbara s'adresse directement à Allah pour raconter dans un style direct et sans fioriture sa pauvre vie. C'est un témoignage sur la condition de la femme au Maghreb, avec un certain cynisme et quelques touches d'humour l'auteur dénonce l'hypocrisie des règles morales et traditionnelles du pays.
L’intention est louable, courageuse et culottée mais j'ai été très gênée par le ton et le vocabulaire cru, grossier et vulgaire, je ne pense pas que cela apporte un plus à ce livre. Heureusement que ce roman ne faisait que 127 pages sinon j'abandonnais sans aucun remord cette lecture. J'attendais de la naïveté, de la légèreté et j'ai trouvé l'opposé. C'était l'escalade dans la grossièreté, alors l'émotion n'est pas passé et l'histoire a perdu en vraisemblance. Trop c'est trop...
En conclusion j'ai aimé le message que voulait nous faire passer Saphia Azzeddine dans ce livre mais j'ai détesté la forme et surtout le côté vulgaire du texte... Dommage, je regrette vraiment avoir raté la rencontre avec cette auteur que je ne connaissais pas.

Merci aux éditions J'ai Lu et à Livraddict pour ce partenariat.


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 Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Personne connu"

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29 avril 2012

Banquises – Valentine Goby

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Albin Michel – août 2011 – 246 pages

Livre de Poche - août 2013 - 216 pages

Quatrième de couverture :
« Vingt-sept ans d'absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n'ont plus compté l'âge écoulé de Sarah mais mesuré l'attente. » 
En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. Elle est montée dans un avion qui l'emportait vers la calotte glaciaire. Sa famille ne l'a jamais revue. Elle a disparu, corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de sa soeur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace.
Valentine Goby, l'auteur de Qui touche à mon corps je le tue et Des corps en silence, nous emporte sur ces terres qui s'effacent dans un grand livre sur le désenchantement du monde.

Auteur : Valentine Goby est écrivain de littérature et de littérature jeunesse. Diplômée de Sciences-Po, elle a effectué des séjours humanitaires à Hanoi et à Manille. Enseignante, elle a aussi fondé l'Écrit du Cœur, collectif d'écrivains soutenant des actions de solidarité.
Valentine Goby est lauréate de la Fondation Hachette, bourse jeunes écrivains 2002 et a reçu le prix Méditerranée des Jeunes, le prix du Premier Roman de l'université d'Artois, le prix Palissy et le prix René-Fallet en 2003 pour son roman La note sensible. Elle publie pour la rentrée 2011, Banquises.

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque après sa présentation au Café Lecture. J'étais attirée par ce voyage au Groenland.
En 1982, Sarah âgée alors de vingt-deux ans, est partie passer quelques semaines au Groenland. Mais elle n'est jamais revenue, et personne n'a jamais su ce qui s'était passé.
Vingt-sept ans plus tard, sa petite sœur Lisa part sur ses traces, elle se rend à Uummannaq au Groenland.La vie dans cette petite ville de pêcheurs est en plein bouleversement car la banquise fond, les habitants se retrouvent ainsi beaucoup plus isolés du monde et de leurs voisins.
Cette disparition soudaine de Sarah a traumatisé la famille : pendant des jours et des jours la mère va attendre à l'aéroport tous les avions en provenance de Copenhague dans l'espoir de voir Sarah revenir... Le père se réfugie dans le travail et le silence pour tenter de s'habituer à l'absence de sa fille aînée et Lisa la cadette tente de grandir même si elle est devenue comme transparente aux yeux de ses parents.
J'ai un avis mitigé sur ce livre, j'ai beaucoup aimé découvrir Ummannaq, le Groenland et la banquise. J'ai eu un peu de mal avec la construction du livre avec les aller-retours entre le présent et le passé cela rend la narration brouillonne. Le traitement de la souffrance de toute la famille face à la disparition de Sarah est inégal, j'y ai trouvé parfois certaines longueurs. Ces voyages réel et intérieur proposent plusieurs pistes malgré tout je suis restée sur ma faim car certaines questions sont restées sans réponse.
L'histoire est cependant troublante et poignante.

Autres avis : Anne, mrs pepys, Clara, Leiloona

Extrait : (début du livre)
Au sous-sol, le niveau départ, sous chape de ciment brut, plafond traversé de bouquets de fils électriques à nu, de câbles et de néons en barres. On y est sans y être, à l'aéroport. Des portes automatiques trouent çà et là le béton, laissant voir des portions de la route circulaire, silhouettes floues, carrosseries de voitures et de cars Air France mal détourés dans l'obscurité – dehors, à vingt mètres de ce boyau, invisible, le plein jour. Au niveau supérieur, loin à hauteur de la piste de décollage, des vitres étroites taillent des triangles, des quadrilatères dans le ciel cru, dans les talus d'herbe fluo, les barbelés, les fuselages d'avions. Les yeux levés, on aperçoit parfois des carlingues traversant les vitres segment par segment, au pas sur le tarmac, puis ce sont les queues des avions comme des ailerons à la surface de l'eau. Dans l'abîme le niveau départ, privé du tricotage en fer et verre en forme de coupole par lequel, de Francfort à Bangkok, on amorce l'envol avant même le comptoir d'enregistrement. Ici, empilement de béton sur béton sur onze niveaux, départs, arrivées, parking rouge, parking bleu, parking vert, et au sommet, la délivrance, un chemin de ronde ceint de bureaux d'où la vue s'ouvre enfin sur le ciel, et champs après champs, après champs, nœuds d'autoroutes, hangars étincelants, un château d'eau pour seul obstacle en travers de l'horizon morne, et même, du vent. De là on voit, tendu au-dessus de l'énorme anneau évidé du terminal, un filet en mailles lâches où des cadavres de pigeons, ailes brisées, corps durcis, balancent dans la brise.
La file progresse lentement entre les bandes déroulantes. Lisa pousse son chariot ; ça coince encore. Il fait trop chaud, à cause d'avril, de l'aération mal réglée, des chaussures en Goretex et du blouson de ski hors-saison. Lisa dézippe son blouson, le balance sur le chariot, se baisse et décroche à nouveau les sangles du sac à dos prises dans les roues. Elle devrait compacter le sac dans une gaine de film transparent, une valise en démonstration pivote continûment sur un socle à quelques mètres, mais la queue avance, dense à cause du mauvais fonctionnement des bornes d'enregistrement, Lisa ne prend pas le risque de s'éloigner pour la recommencer, cette queue, alors à chaque déplacement du chariot vers les comptoirs Scandinavian Airlines, le même mouvement nerveux pour rabattre ses mèches de cheveux derrière les oreilles, puis se pencher et dégager les roues. Elle n'y est pas, dans le voyage. Elle n'a pas une pensée pour Copenhague où elle atterrira ce soir, pour Kangerlussuaq, sur la calotte groenlandaise, qu'elle atteindra demain, avant la remontée vers le nord. Elle ne sent pas de picotements au bout des ongles et de la langue, un flux sanguin suractivé par l'excitation. À cause, dans l'immédiat, des bornes en panne, à cause des sangles dans les roues, à cause, aussi, de la masse de béton et de cet éclairage de cave. C'est la même impression d'étouffement qu'il y a vingt-huit ans, quand ce n'était pas elle mais sa sœur Sarah dans la file de passagers, prisonnière du même sous-sol, de la même attente, quand Lisa, quatorze ans alors, à cause de l'enfoncement sous la terre, de l'attente, de l'absence de lumière du jour, et parce qu'elle-même n'avait jamais pris l'avion, ne s'était jamais figuré le bourdon des réacteurs, la sensation de l'asphalte sous les roues puis le soulèvement de tout le corps, intestin foie cœur poumons comprimés à mort, tympans pressurisés, neuf cents kilomètres/heure à dix mille mètres de toute terre connue, une métamorphose en oiseau, jamais imaginé passer la barrière de nuages, plus même oiseau mais buée, plus même buée, à cause de tout cela il semblait stupéfiant à Lisa que Sarah décolle, pour Copenhague puis le Groenland, vers un point situé à six cent cinquante kilomètres au nord du cercle polaire, qu'elle décolle tout court d'ici, pour n'importe où. Vingt-huit ans plus tard, le poids du passé leste davantage encore l'idée d'envol. Comme elle est pleine, Lisa, de son histoire. Comme elle la porte, l'a portée. Comme elle l'entrave ; voyez la voussure de ses épaules.

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 Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
42/42
 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

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28 avril 2012

D'autres vies que la mienne – Emmanuel Carrère

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POL – mars 2009 – 309 pages

Folio – septembre 2010 – 352 pages

Quatrième de couverture :
«À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. 
Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). 
Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai.»

Auteur : Emmanuel Carrère est né en 1957. D'abord journaliste, il a publié un essai sur le cinéaste Werner Herzog en 1982, puis L'Amie du jaguar, Bravoure (prix Passion 1984, prix de la Vocation 1985), Le Détroit de Behring, essai sur l'Histoire imaginaire (prix Valery Larbaud et Grand Prix de la science-fiction française 1986), Hors d'atteinte ? et une biographie du romancier Philip K Dick, je suis vivant et vous êtes morts. La Classe de neige, prix Femina 1995, a été porté à l'écran par Claude Miller, et L'Adversaire par Nicole Garcia. En 2003, Emmanuel Carrère réalise un documentaire, Retour à Kotelnitch, et adapte lui-même en 2004 La Moustache, coécrit avec Jérôme Beaujour, interprété par Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. Il a depuis écrit Un roman russe et D'autres vies que la mienne. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues.  

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'avais raté ma première rencontre avec Emmanuel Carrère et Un roman russe et celle-ci est vraiment réussie.
Emmanuel Carrère nous raconte deux drames dont il a été témoin. Le premier c'est la mort de la petite Juliette au Sri Lanka lors du tsunami de 2004 et les parents qui sont à la recherche du corps de leur enfant. La grande dignité de ces parents face à la mort de leur enfant est bouleversante. Peu de temps après, le deuxième drame touche la belle-sœur de l'auteur, Juliette âgée de 33 ans, mère de trois jeunes enfants, elle meurt prématurément rongée par le cancer. Emmanuel Carrère revient avec beaucoup de précision sur la personnalité de Juliette à travers les témoignages de son mari, de ses parents et de son meilleur ami et collègue de travail Etienne magistrat, comme elle.
Emmanuel Carrère réussi à décrire le réel avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Son écriture est sobre mais précise, c'est émouvant, jamais larmoyant. Le lecteur ne peut être que touché et j'avoue que plusieurs fois durant cette lecture j'ai versé des larmes...
Ce livre bouleversant, plein d'émotions et de sensibilité m'a touché en plein cœur, c'est une formidable et inoubliable leçon de vie.  

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"D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère a été librement adapté dans le film "Toutes nos envies" réalisé par Philippe Lioret, sorti 2011, avec Marie Gillain et Vincent Lindon. Je n'ai pas en vu ce film.

Extrait : (début du livre)
La nuit d'avant la vague, je me rappelle qu'Hélène et moi avons parlé de nous séparer. Ce n'était pas compliqué : nous n'habitions pas sous le même toit, n'avions pas d'enfant ensemble, nous pouvions même envisager de rester amis ; pourtant c'était triste. Nous gardions en mémoire une autre nuit, juste après notre rencontre, passée tout entière à nous répéter que nous nous étions trouvés, que nous allions vivre le reste de notre vie ensemble, vieillir ensemble, et même que nous aurions une petite fille. Plus tard nous avons eu une petite fille, à l'heure où j'écris nous espérons toujours vieillir ensemble et nous aimons penser que nous avions dès le début tout compris. 

Mais il s'était écoulé depuis ce début une année compliquée, chaotique, et ce qui nous paraissait certain à l'automne 2003, dans l'émerveillement du coup de foudre amoureux, ce qui nous paraît certain, en tout cas désirable, cinq ans plus tard, ne nous paraissait plus certain du tout, ni désirable, cette nuit de Noël 2004, dans notre bungalow de l'hôtel Eva Lanka. Nous étions certains au contraire que ces vacances étaient les dernières que nous passions ensemble et que malgré notre bonne volonté elles étaient une erreur. Allongés l'un contre l'autre, nous n'osions pas parier de la première fois, de cette promesse à laquelle nous avions tous les deux cru avec tant de ferveur et qui, de toute évidence, ne serait pas tenue. Il n'y avait pas entre nous d'hostilité, nous nous regardions seulement nous éloigner l'un de l'autre avec regret : c'était dommage. 

Je ressassais mon impuissance à aimer, d'autant plus criante qu'Hélène est vraiment quelqu'un d'aimable. Je pensais que j'allais vieillir seul. Hélène, elle, pensait à autre chose : à sa s?ur Juliette qui, juste avant notre départ, avait été hospitalisée pour une embolie pulmonaire. Elle avait peur qu'elle tombe gravement malade, peur qu'elle meure. J'objectais que cette peur n'était pas rationnelle mais elle a bientôt pris toute la place dans l'esprit d'Hélène et je lui en ai voulu de se laisser absorber par quelque chose à quoi je n'avais aucune part. Elle est allée fumer une cigarette sur la terrasse du bungalow. Je l'ai attendue, couché sur le lit, en me disant : si elle revient bientôt, si nous faisons l'amour, peut-être que nous ne nous séparerons pas, peut-être que nous vieillirons ensemble. Mais elle n'est pas revenue, elle est restée seule sur la terrasse à regarder le ciel s'éclaircir peu à peu, à écouter les premiers chants d'oiseaux, et je me suis endormi de mon côté, seul et triste, persuadé que ma vie allait tourner de plus en plus mal.

Nous étions inscrits tous les quatre, Hélène et son fils, moi et le mien, pour une leçon de plongée sous-marine au petit club du village voisin. Mais Jean-Baptiste depuis la leçon précédente avait mal à une oreille et ne voulait pas replonger, nous étions quant à nous fatigués par notre nuit presque blanche et avons décidé d'annuler. Rodrigue, le seul qui avait vraiment envie d'y aller, était déçu. Tu n'as qu'à te baigner dans la piscine, lui disait Hélène. Il en avait assez, de se baigner dans la piscine. Il aurait voulu qu'au moins quelqu'un l'accompagne à la plage, en contrebas de l'hôtel, où il n'avait pas le droit d'aller seul parce qu'il y avait des courants dangereux. Mais personne n'a voulu l'accompagner, ni sa mère, ni moi, ni Jean-Baptiste qui préférait lire dans le bungalow. 

Jean-Baptiste avait alors treize ans, je lui avais plus ou moins imposé ces vacances exotiques en compagnie d'une femme qu'il connaissait peu et d'un garçon beaucoup plus jeune que lui, depuis le début du séjour il s'ennuyait et nous le faisait sentir en restant dans son coin. Quand, agacé, je lui demandais s'il n'était pas content d'être là, au Sri Lanka, il répondait de mauvaise grâce que si, il était content, mais qu'il faisait trop chaud et que là où il se sentait encore le mieux, c'est dans le bungalow, à lire ou jouer à la Game Boy. C'était un préadolescent typique, en somme, et moi un père typique de préadolescent, me surprenant à lui faire, au mot près, les remarques qui quand j'avais son âge m'exaspéraient tellement dans la bouche de mes propres parents : tu devrais sortir, être curieux, c'est bien la peine de t'emmener si loin... Peine perdue. 

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25 avril 2012

Bon rétablissement - Marie-Sabine Roger

Bon_r_tablissement Éditions du Rouergue – mars 2012 – 205 pages

Quatrième de couverture :
« Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con ! »

« Veuf, sans enfants ni chien », Jean-Pierre est un vieil ours bourru et solitaire, à la retraite depuis sept ans. Suite à un accident bien étrange, le voilà immobilisé pendant des semaines à l'hôpital. Il ne pouvait pas imaginer pire.
Et pourtant, depuis son lit, il va faire des rencontres inattendues qui bousculeront son égoïsme...
Avec sa verve habituelle et son humanisme, Marie-Sabine Roger nous offre une nouvelle fois une galerie de portraits hauts en couleur. C'est un tableau doux-amer qu'elle peint de l'hôpital, avec l'humour et le sens de la formule qui la caractérisent, et qui ont fait le succès de ses deux précédents romans, La tête en friche et Vivement l'avenir.

Auteur : Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit actuellement au Québec. Depuis quinze ans, elle se consacre entièrement à l'écriture. Auteur jeunesse important, avec plus d'une centaine de livres à son actif, elle accède à la notoriété en littérature générale avec « La Tête en friche », publié en 2008, adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal (près de 70 000 exemplaires vendus). Son deuxième titre, « Vivement l'avenir » (2010), a obtenu le prix des Hebdos en région et le prix Handi-livres.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ayant beaucoup aimé son dernier livre Vivement l’avenir et l'ayant trouvé très sympathique lors du dernier Salon du Livre de Paris, j'avais très envie de découvrir ce livre que j'ai lu très facilement en quelques heures.
A la suite de circonstances dont il n'a gardé aucun souvenir, Jean-Pierre a été miraculeusement repêché après une chute dans la Seine. A l’hôpital, il est devenu "le bassin de la chambre 28" et cloué dans son lit, il nous décrit son quotidien avec humour et lucidité. Il revient sur sa vie passée, mais nous raconte aussi ceux qui gravitent  autour de lui : le personnel médical ou non de l'hôpital, ses quelques visiteurs comme Maxime, le jeune flic chargé de l'enquête sur sa chute, Camille, le prostitué et étudiant qui lui a sauvé la vie, une jeune fille ronde qui vient squatter son ordinateur...
Âgé de 67 ans, veuf, sans enfant, Jean-Pierre a toujours été quelqu'un de solitaire et bourru, son long séjour à l'hôpital et ses rencontres vont le faire évoluer, il va apprendre à s'ouvrir aux autres.
Marie-Sabine Roger nous propose avec beaucoup d'humour une description de la vie à l'hôpital très réaliste et décapante. C'est l'occasion de réfléchir sur plusieurs sujets de société comme la place réservée aux troisième âge, à la solitude des anciens...
Une jolie histoire tendre et émouvante.

Autre avis : un coup de coeur pour Clara

Extrait : (début du livre)
Sans me vanter, vers les six ou sept ans, j’avais déjà tâté pas mal de choses, pour ce qui est des délits interdits par la loi. Vol à l’arraché, viol, extorsion de fonds…
Question viol, j’avais roulé une pelle à Marie-José Blanc. Elle serrait les dents, je n’étais pas allé loin. C’est l’intention qui compte.
Le vol à l’arraché, c’était le samedi après le match de rugby : je taxais le goûter des plus petits que moi. Je les baffais, peinard, au chaud dans les vestiaires. J’en épargnais un, quelquefois. J’ai un côté Robin des Bois.
Pour l’extorsion, demandez à mon frère. Il me citait toujours comme exemple pourri à ses gamins, quand ils étaient petits, Devenez pas comme votre oncle, ou vous aurez affaire à moi. Pour ma défense, je dirais que s’il n’avait rien eu à se reprocher, il n’aurait pas raqué toute sa tirelire. Pour faire chanter les gens, il faut une partition.

On m’appelait « la Terreur ». Je trouvais ça génial.
Je me sentais promis à un grand avenir.

À l’époque, dans la maison, on était cinq et des poussières : mes parents, mon frangin et moi, pépé Jean, feu mémé Ginou.
Mes grands-parents paternels étaient morts bêtement, lorsque mon père avait huit ans, pour un refus de priorité causé par ma grand-mère, qui ne voyait pas trop l’utilité des stops.
Mon père avait été élevé par ses grands-parents du côté de sa mère : pépé Jean, encore très présent à l’époque dont je vous parle, et feu mémé Ginou, dans son urne, au garage.
J’avais du mal à me représenter ce qu’il avait pu ressentir, en rentrant de l’école, le jour de l’accident, lorsqu’il avait compris que ses parents n’allaient pas revenir. Sur le moment, il s’était peut-être dit qu’il pourrait enfin vivre en toute liberté : plus de claquage de beignet à la moindre bêtise. Tranquille.
Tranquille, oui.
Mais à l’entendre parler de ses années d’enfance, je sentais bien que certaines tranquillités foutent une vie en l’air plus sûrement que pas mal de contraintes. Du coup, ça ne me tentait pas, devenir orphelin. Je tenais à mes parents, même si c’était des parents, avec tous les défauts que ça peut sous-entendre, question autorité et interdictions. Je tenais à mon père, surtout. Je le trouvais balèze, pas seulement pour ses biceps plus épais que des cuisses. Il était fort, vraiment. Droit planté dans ses bottes. Riche de convictions, à défaut d’autre chose. Un gueulard, un sanguin, mais qui trempait ses mouchoirs aux mariages, aux baptêmes, appelait ma mère Mon p’tit bouchon d’amour, en se foutant pas mal du ridicule, et n’avait jamais peur de lui dire Je t’aime.
L’homme que j’aurais sûrement bien aimé devenir.

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Déjà lu du même auteur :

la_tete_en_friche La tête en friche  vivement_l_avenir Vivement l’avenir

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15 avril 2012

Deux jours à tuer – François d’Epenoux

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : JOUR

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Anne Carrière – août 2001 – 250 pages

Livre de Poche – mars 2008 – 188 pages

Quatrième de couverture :
Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot. Il a une femme ravissante, trois enfants magnifiques, des amis fidèles, une maison dans les Yvelines meublée avec goût, une cuisine équipée et un métier bien payé. Tout ça vous pose un quadragénaire en début de quarantaine. Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot, sinon qu'en ce mois d'octobre, il s'est donné un weekend pour saboter son bonheur: non seulement l'amour fou qui l'unit à sa femme et à ses enfants, mais aussi les liens sacrés qu'il entretient de longue date avec ses meilleurs amis. Deux jours, en vérité, pour détruire une existence. On se demande quelle part peut avoir Marion, ancien amour de lycée, dans ce comportement dément; quelle part, aussi, revient à l" araignée noire » qu'il nourrit en lui depuis l'enfance et dont il sait qu'un choc violent peut la réveiller.
Ce roman dérangeant, au style aiguisé, brosse avec lucidité le portrait d'un homme qui va au bout de ce qu'il est.

Auteur : François d'Epenoux a 36 ans. "Deux jours à tuer" est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Voilà une histoire très surprenante... Antoine Méliot a tout pour être heureux : une ravissante épouse, Cécile, trois enfants adorables, Alice, Vincent et Lise, des amis fidèles, une belle maison dans les Yvelines et une très bonne situation. Et pourtant un jour, durant un week-end, il va tout saboter.
Lorsqu'il rentre ce vendredi soir, il sait qu'il doit éclaircir sa situation auprès de sa femme, lui avouer un mensonge avec lequel il vit depuis longtemps. Mais de retour chez lui, cela ne va pas se passer comme il le voulait. Et son comportement change du tout au tout, il se met à faire des remarques blessantes à sa femme, à ses enfants puis c'est l'escalade, son comportement avec sa famille et ses amis venus fêter son anniversaire est impensable, il devient vraiment détestable...
Certains passages sont très violents et dérangeants et je me suis demandée jusqu'où Antoine allait pouvoir aller... Je pensais avoir deviné la fin de cette histoire troublante mais je n'avais pas vu venir le coup de théâtre final ! 

Deux jours à tuer a été adapté en 2008 au cinéma par Jean Becker avec Albert Dupontel, Marie Josée Croze et Pierre Vaneck. J'ai très envie de découvrir prochainement ce film.

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Extrait : (début du livre)
Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot. Nul n'ignorait qu'il avait une femme ravissante, trois enfants magnifiques dont un bébé adorable, des amis de longue date, une maison dans les Yvelines meublée avec goût, une cuisine équipée et un métier bien payé. Tout ça vous pose un quadragénaire en début de quarantaine.
Rien à dire sur la vie d'Antoine, sinon qu'en ce vendredi soir d'octobre, seul dans sa voiture parmi des millions d'autres, notre homme n'avait qu'une idée. Non pas foncer droit vers la mer et fuir le plus loin possible, comme l'aurait exigé la lâcheté la plus élémentaire. Non pas précipiter sa vie contre le premier platane venu et ainsi contrevenir aux lois de son Église – laquelle, en guise de représailles, veut que dans ce cas-là on n'ait droit ni aux fleurs, ni aux couronnes, ni même au carnet du jour du Figaro. Mais surgir à l'heure du dîner dans la cuisine équipée de sa maison des Yvelines et, par dégoût de lui-même, de ce qu'il avait engendré et de ce qu'il allait trahir, massacrer à coups de hache, de grille-pain, de plateau à fromages ou de n'importe quoi, ses enfants magnifiques et sa ravissante femme. Au fond de lui, l'araignée noire venait de sortir une patte.  


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15 avril 2012

Jours sans faim – Delphine de Vigan

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : JOUR

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Grasset – mars 2001 – 211 pages

J'ai lu – février 2009 – 124 pages

J'ai lu – février 2009 – 124 pages

Quatrième de couverture :
« Cela s'était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Sans qu'elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s'asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l'insomnie qui accompagne la faim qu'on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre et mourir. »

Auteur : Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier et Rien ne s'oppose à la nuit (2011) . Elle vit à Paris.

Mon avis : (lu en mars 2012)
Delphine de Vigan a écrit ce premier roman sous le pseudonyme de Lou Delvig.
Un livre très émouvant qui raconte l'anorexie d'une jeune fille. Laure a dix-neuf ans, elle est hospitalisée au dernier stade de la maladie, elle a enfin choisi entre vivre et mourir. Le déclic, c'est sa rencontre avec un médecin qui va savoir l'accompagner dans sa guérison, il est à son écoute, il ne la juge pas.
"Jours sans faim" raconte trois mois d'hôpital, trois mois pour redonner la vie à un corps, trois mois pour guérir. Laure raconte ses souffrances, ses douleurs, elle raconte le quotidien de l'hôpital, les autres patients
J'ai déjà lu plusieurs livres de Delphine de Vigan et dans son dernier livre « Rien ne s'oppose à la nuit », Delphine de Vigan évoque la période de sa propre anorexie. On comprend vraiment la justesse du ton qu'elle a trouvé pour raconter cette histoire. Un roman qui peut être considéré également comme un témoignage sur cette maladie.

Extrait : (début du livre)
C’était quelque chose en dehors d’elle qu’elle ne savait pas nommer. Une énergie silencieuse qui l’aveuglait et régissait ses journées. Une forme de défonce aussi, de destruction.
Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance, qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu’elle était arrivée au bout et qu’il fallait choisir entre vivre ou mourir.

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Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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14 avril 2012

Aral – Cécile Ladjali

aral Actes Sud – janvier 2012 – 252 pages

Quatrième de couverture : 
Alexeï et Zena ont grandi à Nadezhda, au bord de la mer d’Aral asséchée. Autarcique, leur amour s’est affranchi de tous les obstacles : le lent évanouissement de leur mer, la mort qui coule dans l’eau polluée du village, la surdité d’Alexeï survenue à ses dix ans. Jeune musicien prodige, Alexeï continue à jouer du violoncelle et ouvre son espace intérieur à des perceptions nouvelles. Mais le silence s’installe entre les amants à mesure que le pays devient de sable. S’inspirant, dans ses compositions, de ses “trois fiancées” (la mer, la musique et Zena) dont les effacements successifs se conjuguent, il part à la recherche de la huitième note, celle qui contiendrait toutes les autres, et aboutirait à l’“éternelle présence”.
Récit de l’enfance sauvage, d’une vie en forme de mirage dans le silence hypnotique et les paysages austères du Kazakhstan, le roman de Cécile Ladjali oblige à scruter l’invisible, par un saisissant mélange de peur et de beauté.

Auteur : Née à Lausanne en 1971 de mère iranienne, Cécile Ladjali est agrégée de Lettres modernes. Elle enseigne le français dans le secondaire ainsi qu’à la Sorbonne nouvelle. Ses romans sont publiés chez Actes Sud : Les Souffleurs (2004), La Chapelle Ajax (2005), Louis et la jeune fille (2006), Les Vies d’Emily Pearl (2008), Ordalie (2009). En 2009 a également paru sa pièce de théâtre Hamlet/Electre.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ce livre m'a été conseillé lors d'un Café Lecture de la Bibliothèque.
Ce n'est pas hasard si l'auteur a donné comme titre à son livre Aral, car la mer d'Aral est au centre de cette histoire. A partir de 1960, les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria qui alimentent en eau la mer d'Aral sont détournés pour irriguer les cultures de coton en Ouzbékistan et au Kazakhstan et la mer d'Aral a commencé à disparaître en laissant place à un désert et la population est alors confronté à une catastrophe écologique sans précédent. D'autre part, sur l'île de Vozrozhdeniya, les soviétiques ont installés des usines fabriquant des armes bactériologiques. L'eau est alors polluée et la population est victime de malformations et d'épidémies.
C'est la cadre de l'histoire d'amour entre Zena et Alexeï. Ils ont grandi ensemble à Nadezhda, sur les bords de la mer d’Aral. Ce sont des enfants curieux et doués, l'une aime les mathématiques, l'autre aime la musique. Mais à l'âge de dix ans, Alexeï est devenu progressivement sourd. C'est un comble pour lui qui est passionné par la musique et virtuose de violoncelle... Il va peu à peu se renfermer sur lui-même, et ressentir les sons autrement. Les chapitres alternent entre l’enfance d'Alexei et Zenia et l’âge adulte alors qu'ils sont devenus mari et femme.
Alors que la mer d'Aral s'assèche et se transforme en désert, la relation entre Alexeï et Zena est de plus en plus difficile.
J'ai été touché par cette belle histoire, j'ai beaucoup aimé découvrir la mer d'Aral et ses paysages à la fois désolés et grandioses. Le personnage d'Alexeï est très intéressant et touchant, c'est surprenant de découvrir les sensations des sons ou des musiques que peuvent entendre un sourd. En effet, tout au long du livre, il est question du bruit de la mer... J'ai aimé l'atmosphère de ce livre.
Un livre plein de poésie, d'humanité avec également un message écologique.

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Mer d'Aral en 1989 et en 2008 (Image satellite - Wikipédia)

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 Bateaux échoués (Yann Arthus Bertrand)

Extrait :
août 1982
La terre est rouge à cause de la rouille. Le soleil très haut. L’horizon sans mer tremble. La chaleur monte d’un désert sale.
Tu es livide.
Il faut que tu boives un peu. Il faut rentrer à Nadezhda pour consulter un médecin. tu es négligente.
Avec toi-même plus encore qu’avec moi. J’ai débusqué un camp d’ombre sous la carcasse oxydée d’un chalutier. Je t’y ai installée. tu retrouves tes couleurs. Le navire échoué tient en équilibre sur le sable et la roche sèche. La quille énorme s’enfonce dans le souvenir de la mer devenue roc. un mât cruciforme s’élance dans le ciel caniculaire. Pas un souffle.
Nous restons quelques instants encore à agoniser dans le lit à sec de la mer d’Aral. Quand nous étions enfants, nous pêchions ici. A cet emplacement précis. Je le sais à cause de la forme que prend le sommet du plateau situé face à nous. Je fixais le tchink quand je lançais ma ligne. Il y a des siècles, à ce que les vieux racontent, ce relief de craie sculpté par le vent était recouvert d’eau et composait les fonds marins de l’Aral. En ces temps, les Sarmates, guerriers alliés aux Scythes, massacraient les soldats de Darius sur le Kyzyl-Kum en fleurs. Nos ancêtres aimaient, paraît-il, les femmes, les grands arbres et le soleil.
Légende.
Au fil du temps, je me suis éloigné des fausses religions (qui engendrent toujours de faux espoirs) et j’ai appris à trouver mes repères dans le paysage des hommes, la mer n’étant pas une confidente assez sûre.
Le gouvernement russe a détourné l’eau des fleuves Syr-Daria et Amou-Daria l’année de ma naissance en 1960 pour intensifier l’irrigation des champs de coton. C’est à cette date précisément que la mer a commencé à se vider comme une baignoire.
Zena, j’aime baisser les yeux devant toi pour t’offrir l’illusion de la pudeur. Lorsque j’observe la mer qui disparaît, il me semble que face à l’absence la décence est la seule manie que l’on puisse poursuivre raisonnablement. A la maison, au marché SaintHilarion, chez le pope, on se dispute, on s’insulte gentiment : je ne cède pas. tu es orgueilleuse, Zena, mais je t’aime en raison de cet orgueil. tu es trop belle, sans doute trop intelligente pour un homme simple comme moi. Or c’est la démesure en toi qui me rend fou. tu es à l’image de mon pays. Comme toi, je l’aime, parce qu’il me fait peur. Parce qu’il m’échappe.
Ici, rien ne ressemble au monde commun. Les auréoles brunes sur le sol craquelé témoignent d’une présence encore récente de l’Aral. Elle recule, la mer. Engloutie par son propre centre. J’ai localisé le siphon : il se trouve derrière les dunes qui frangent l’horizon de jaune. Dans la portion de ciel qui passe juste au-dessus du plateau de l’Oust-Ourt, à l’endroit précis où la lune est pleine en août. Quand la mer descendra sous ce point, elle disparaîtra pour toujours.

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

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12 avril 2012

Juste avant – Fanny Saintenoy

juste_avant Flammarion – août 2011 – 119 pages

Quatrième de couverture : 
Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d'une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

Auteur : Professeur de français langue étrangère, puis responsable du centre d'apprentissage des langues de la Cité internationale universitaire de Paris, Fanny Saintenoy travaille aujourd'hui au cabinet du Maire de Paris.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ce livre nous présente tour à tour une narration à deux voix. Il y a celle de Juliette, âgée de presque cent ans, elle est « Juste avant » de mourir et elle revient sur les souvenirs de toute sa vie et celle de Fanny son arrière petite-fille, trente ans qui revient sur ses souvenirs avec son arrière grand-mère.
Malgré une sujet empreint de tristesse, le ton n'est jamais larmoyant car Juliette revient sur les petits détails de sa vie, des instants de joie ou de tristesse qui se succèdent dans sa vie elle ne garde que les souvenirs heureux ou des anecdotes. En toile de fond de ce récit sur un siècle d'histoire le lecteur suit la vie de cinq générations de femmes avec Juliette, Jacqueline, Martine, Fanny et la petite Milena , fille de Fanny. Cela commence avec la Première Guerre Mondiale, puis le Front Populaire, la Seconde Guerre Mondiale, puis Mitterrand... J'ai beaucoup aimé les chapitres de Juliette dans lequel je retrouvais un peu de mes propres grands-mères. Cette arrière-grand mère est émouvante et touchante. Les chapitres de Fanny sont moins réussis, il n'apporte rien de plus aux souvenirs de Juliette. Une lecture sympathique, mais mitigée.

Extrait : (page 47)
Bizarrement, c'est le retour qui a été très difficile, après la folie de la Libération. Le jour où de Gaulle a descendu les Champs-Élysées, on aurait dit que la France entière était là, de chaque côté du trottoir. On s'était mises sur notre trente et un avec ma fille. J'avais fait une folie pour l'occasion, je m'étais payé un beau chapeau, avec une plume sur le côté, très chic. Y avait des sacrées bousculades, d'une main je tenais fort ma fille, de l'autre mon chapeau, mais ma plume est tombée et ça m'a fait du souci toute la journée. L'histoire des grands jours envolée par la légèreté de ma plume, une si petite chose.
C'était beau cette euphorie générale mais il fallait reprendre sa vie. Paris avait des airs de ville en fête, et pourtant les gens n'étaient plus comme avant ; ça se voyait sur les visages. On apprenait, jour après jour, tout ce qui s'était passé, tout ce qu'on n'aurait jamais voulu savoir. J'ai essayé de retrouver mon mari. Un type m'a dit qu'il était à Buchenwald avec Louis, que mon mari faisait toujours le pitre, qu'il racontait toujours autant de bêtises. Ça m'a rassurée, je me suis dit qu'ils avaient pas réussi à le pourrir. Un autre m'a raconté qu'il était vivant le jour de la libération du camp, par les Russes, paraît-il. Un jour j'ai cru le reconnaître, un monsieur qui lui ressemblait. Je me suis rendu compte que j'avais presque oublié son visage.

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
40/42

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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10 avril 2012

Ouvrière - Franck Magloire

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Éditions de l'Aube - avril 2003 – 176 pages

Éditions de l'Aube – mars 2004 – 176 pages

Points – janvier 2012 – 184 pages

Quatrième de couverture :
La vie de Nicole s’est décidée en une heure : le temps d’aller demander une place à l’usine. Elle y travaillera pendant trente ans, pour offrir à ses enfants une vie décente. Chaque matin, alors que tous dorment encore, Nicole se rend dans la zone industrielle de l’Espérance. À six heures précises, elle est une ouvrière. Elle est surtout une femme digne, dont le destin est lié à celui de Moulinex.

Auteur : Né en 1971, Franck Magloire livre ici le récit de la vie de sa mère, ouvrière chez Moulinex jusqu’à la fermeture de l’usine. Il est aussi l’auteur de En contrebas et de Présents.

Mon avis : (lu en avril 2012)
C'est l'article de Clara sur ce livre qui m'a donné envie de le découvrir.
Dans ce livre, Franck Magloire donne la parole à sa mère Nicole qui a été pendant trente ans ouvrière chez Moulinex de Caen. Elle nous raconte sa vie a l'usine, la routine de son travail ouvrier, la camaraderie avec ses collègues de travail, l'usine est comme une deuxième famille, elle raconte également l'évolution du travail et des conditions de travail durant ces trente ans. Elle nous décrit les bruits des machines dans les ateliers, les odeurs du vestiaire, l'organisation du travail, les pauses... Nicole donne son point de vue de simple ouvrière, il n'y a pas de message syndicale ou politique. Cela commence le premier jour, où elle sera embauchée en quelques minutes, le dernier jour sera celui de la fermeture de l'usine en 2001 malgré la résistance des salariés. 
Un témoignage touchant, digne et vrai. Très belle découverte.

Extrait : (page 39)
Ces dernières trente minutes avant d’entrer dans l’usine que certaines d’entre nous appellent la taule sont à moi, et j’y tiens... oh ! bien sûr, pas une de plus ni une de moins, je ne veux surtout pas être en retard, je ne l’ai jamais été en trente ans... sauf peut-être une fois, à cause d’un accident sur le viaduc de Cadix qui enjambe le canal et relie les quartiers HLM au périphérique vers Paris... une femme s’était encastrée dans la rambarde métallique... ce jour-là, la chaussée n’était pourtant pas glissante, et la circulation pas plus chargée qu’à l’habitude... sans doute s’était-elle rendormie au volant... au début, cette tragédie ne m’avait pas réellement affectée, elle m’avait presque paru normale... j’ai un peu honte, je le confesse maintenant, mais cet incident devait advenir fatalement... j avais mis mes feux de détresse, j’attendais derrière, masquée par le camion des secours, en tête du cortège des voitures qui me suivaient tout en clignotant... quand nous avons été autorisés à le dépasser, le corps de cette femme avait déjà été recouvert d’une bâche jusqu’aux chevilles... de voir furtivement cette masse inerte qui me semblait s’être simplement assoupie et emmitouflée sous une ouverture, égoïstement j’ai pensé à moi, moi qui aurais pu être à sa place, en retard et encore groggy de sommeil j’aurais accéléré et hop ! plus rien, noir... dans l’urgence les secouristes n’avaient pas pris soin de ramasser une de ses chaussures qui gisait sur le sol et qui avait dû être violemment arrachée sous le choc... j’ai figé mon regard plusieurs secondes sur elle, et si je ne parvenais pas à reconnaître avec exactitude en quelle matière elle était faite, je devinais facilement à son bout rond typique et à son épaisseur matelassée ce à quoi elle pouvait servir... je trouvais indécent qu’elle ait dû mourir avec de telles chaussures à ses pieds, non pas tant parce que je revendiquais une quelconque lubie d’élégance féminine, mais surtout parce qu’elle se rendait sur son lieu de travail avec ses chaussures d’atelier aux pieds...

Beaucoup de mes collègues, dont certaines de mes amies, viennent au boulot, elles aussi, chaussées de leurs sabots de sécurité et cintrées dans leur blouse déjà boutonnée... coût l’attirail porté parfois une bonne heure avant, en comptant la route à faire... pour gagner du temps au vestiaire, pour ne pas être en retard aussi, et chaque fois, je revois la chaussure de cette femme sur la chaussée... ce n’est pas le spectre de la mort qui me glace, l’âge aidant, je l’ai apprivoisée, et nous serons toutes emportées à plus ou moins brève échéance... abrégées chacune de sept à dix ans dans tous les cas, à considérer les chiffres... cette différence d’espérance de vie court irrémédiablement entre nous et ces femmes qui sont cadres... je tiens ça d’une militante cégétiste que j’ai bien connue, elle aimait à citer les statistiques de classes qu’elle trouvait en fouinant dans les bouquins, avant d’en faire partager tout l’atelier sur ses tracts collés copieusement sur le tableau d’affichage à l’entrée... sans effets apparemment... alors cette façon qu’ont certaines de mes collègues de devancer le temps, d’endosser l’heure finale nui les tue un peu plus chaque jour... elles naissent, vivent, meurent Moulinex... les chaussures aux pieds, la corne aux mains, le nylon à leurs débuts le coton doublé désormais, à même le torse, sans maquillage ni apprêts pour beaucoup... déjà en tenue de travail, elles se fondent dans le moule de l’usine, la prolongent de chez elles à la boîte, de la boîte à chez elles, sur l’ensemble du trajet... pour le moment, pour moi, ces trente minutes de répit où je n’ai pas enfilé la moindre fonction, je ne suis pas encore ouvrière...

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Métier"

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21 mars 2012

Les Solidarités mystérieuses – Pascal Quignard

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Gallimard – octobre 2011 – 251 pages

Quatrième de couverture :
« Ce n’était pas de l’amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n’était pas non plus une espèce de pardon automatique. C’était une solidarité mystérieuse. C’était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l’avait décidé ainsi. » 

Auteur : Romancier, poète et essayiste, Pascal Quignard est né en 1948. Après des études de philosophie, il entre aux Éditions Gallimard où il occupe les fonctions successives de lecteur, membre du comité de lecture et secrétaire général pour le développement éditorial. Il enseigne ensuite à l’Université de Vincennes et à l’École Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a fondé le festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles, qu’il dirige de 1990 à 1994. Par la suite, il démissionne de toutes ses fonctions pour se consacrer à son travail d’écrivain.

Mon avis : (lu en mars 2012)
J'ai découvert ce livre grâce au « Café Lecture » de la Bibliothèque.
Le livre s'ouvre avec le voyage de Claire en Bretagne pour le mariage d'une cousine. Elle revient sur les lieux de son enfance, entre Dinard et Saint-Lunaire. Des lieux qui lui rappellent des moments de joie mais aussi des drames. Claire est orpheline depuis l'âge de neuf ans, avec son jeune frère Paul âgé de 4 ans à l'époque, ils sont les seuls rescapés d'un accident de voiture où son mort le reste de la famille. Ensuite, ils ont été confiés à un oncle et une tante. A l'âge de 13 ans, Claire rencontre Simon et leur complicité amoureuse durera jusqu'à ce que leurs études supérieures ne les séparent. Claire a maintenant une quarantaine d'années, et lors de ce retour en Bretagne elle retrouve par hasard, Madame Ladon, son ancien professeur de piano qui lui propose de l'héberger quelques temps à Saint-Enogat. Elle ne repartira jamais vers son ancienne vie.
Peu à peu Pascal Quignard dévoile au lecteur l'histoire de Claire, ses douleurs, ses failles. Dans une deuxième partie, le lecteur découvre les points de vue des proches de Claire, celui de Simon, de Paul, de Juliette. Ce livre est une histoire simple que l'auteur arrive à sublimer. Le titre est mystérieux, il apparaît et est un peu explicité dans l'extrait placé en quatrième de couverture.
J'ai beaucoup aimé ce livre remarquablement écrit. J'ai été très sensible aux très belles descriptions de la nature de bord de mer, la lande bretonne, les plages, les falaises, la mer, le ciel, la végétation, les oiseaux, les animaux terrestres ou aquatiques... Tous nos sens sont en éveil, j'ai eu l'impression d'accompagner Claire dans ses longues errances.

Extrait : (début du livre)
Mireille Methuen se maria à Dinard le samedi 3 février 2007. Claire partit le vendredi. Paul refusa de l'accompagner. Il n'avait conservé aucun lien avec ce qui restait de la famille. Dès onze heures elle eut faim. Elle suivait l'Avre. Elle préféra passer Breux, Tillières, Verneuil. Après la sortie de Verneuil, Claire s'arrêta pour déjeuner sur une aire sableuse et vide. 
C'est la forêt de L'Aigle. 
Elle traverse le parking en direction d'une petite table en fer posée devant un chalet alpin. Un pot de forsythias jaunes a été placé au milieu de la petite table. Devant le pot de forsythias, il y a une ardoise où est noté à la craie le menu du jour. Elle examine le menu. 
Un homme d'une cinquantaine d'années sort timidement de l'auberge. Il porte un tablier à grands carreaux rouges et blancs. 
- Monsieur, on peut manger là, au soleil ? 
Claire montre la petite table en fer à l'extérieur. 
- Vous savez qu'il n'est pas midi ? 
- Cela vous pose un problème de faire à manger dès maintenant ? 
- Non. 
- Alors je voudrais m'installer là, dans ce rayon de soleil, même s'il n'est pas midi. 
L'aubergiste n'a pas l'air très favorable. De toute façon il ne répond rien. Il a un comportement étrange. Il examine Claire avec attention. Cette dernière s'approche de lui, elle le prend par le bras, elle est deux fois plus grande que lui. 
- Je vous parle : Je vous demande si je peux m'asseoir là, sous le soleil. 
- Là ? 
- Oui, là, dans le rayon de soleil. 
L'aubergiste lève des yeux tout bleus vers elle. 
- Monsieur, je souhaiterais manger, ne serait-ce qu'une salade, là, en plein soleil, à onze heures, au mois de février, répète-t-elle. 
Silence. 
- Monsieur, je pense qu'il faut que vous me répondiez. 
Alors l'aubergiste s'avance, prend la pancarte, l'ardoise sur laquelle est noté le menu du jour, le bouquet de forsythias. 
Il va les porter dans le chalet. 
Il revient avec une éponge. 
Il essuie lentement la table. 
En l'essuyant, elle se révèle bancale. 
L'aubergiste est à genoux. Les racines ont soulevé la terre. Il glisse un caillou sous un des pieds de la table. 
Un genou encore en terre, haussant les sourcils, il lève les yeux vers Claire et dit simplement : 
- J'hésitais, Madame, parce qu'il y a une hulotte. 
Il montre le haut de l'arbre avec son doigt. 
Ils lèvent tous les deux la tête en même temps. 
L'air est léger et bleu. 
Le chêne paraît nu malgré les petites feuilles toutes neuves prises dans les rayons du soleil. 
- Je pense qu'à cette heure-ci elle dort, suggère Claire. 
- Vous pensez ? 
Claire incline la tête. 
- Vous le pensez vraiment ? 
L'aubergiste, toujours un genou à terre, les bras croisés sur l'autre genou, l'interroge du regard en silence. 
- J'en suis certaine, dit Claire. 
Elle tire la chaise, elle s'assoit devant la petite table, elle se met à pleurer doucement. 
Le rendez-vous à la mairie est fixé à dix heures trente. 
Claire a pris son petit déjeuner dès qu'elle l'a pu (dès que la patronne de l'hôtel est allée chercher le pain à la boulangerie), à sept heures et quart. 
A neuf heures, elle se rend au marché. 
Elle traîne. 
Elle contemple une barquette de fraises parfaitement hors de saison. Elle ne résiste pas au désir de prendre une fraise, de la glisser dans sa bouche, de se rendre compte par elle-même de son parfum. 
Elle ferme les yeux. Elle goûte. 
Elle était en train de goûter une fraise qui ne sentait pas beaucoup plus que l'eau qu'elle contenait quand elle entendit une voix qui la toucha d'une manière indescriptible. Elle sentit l'intérieur de son corps se dilater sans bien comprendre ce qui lui arrivait. 
Elle ouvrit les yeux. Elle se retourna. 
Elle découvrit un peu plus loin, sur sa gauche, une marchande de légumes biologiques en grande discussion avec une dame âgée. 
Elle s'approcha lentement. 
Les légumes qui étaient exposés à la vente sur l'étal n'avaient pas grande allure ; leur apparence était chétive ; leur volume était informe ; leur peau était délibérément terreuse. 
La voix provenait de la dame toute petite qui se tenait devant eux. 
Elle avait un chignon blanc et - au-dessus - un fichu à motif de fleurettes roses sur fond noir beaucoup trop petit pour la masse de ses cheveux. La vieille dame était en train de demander comment étaient les poireaux. 
Claire aimait cette voix qu'elle entendait à dix pas d'elle. 
Elle adorait cette voix. 
Elle cherchait à mettre un nom sur ce timbre si clair, sur ces sortes de vagues de phrases rythmées qui attiraient son corps. La voix montait des romaines et des betteraves noires. La voix demanda brusquement, avec autorité, une botte de radis. Quand la voix demanda des côtes de blette, alors les yeux de Claire Methuen s'emplirent de larmes. Elle ne pleura pas pour autant mais, la vue brouillée, elle vit surgir, sans qu'elle en fût surprise, la main et la bague, au-dessus des grandes feuilles sombres des branches d'épinard, afin de saisir le sac terne, en papier recyclé, que lui tendait la marchande. 
Claire poussait les gens qui étaient dans la file. 
Les gens qui attendaient leur tour se mirent à murmurer et à grogner. 
- Madame Ladon, murmura Claire tout bas. 
Rien. La vieille dame ne se retourna pas. 

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Déjà lu du même auteur : 
villa_amalia_p Villa Amalia

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