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Bayard Jeunesse – janvier 2009 – 254 pages

Bayard – janvier 2009 – 254 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque les douaniers trouvent Blaise Fortune, douze ans, tapi au fond d'un camion à la frontière française, il est seul. Il répète sans cesse qu'il est un " citoyen-delarépubliquedefrance ". Mais son passeport est trafiqué, et en dehors de ces quelques mots, il ne parle que le russe. Il ne peut pas expliquer les événements qui l'ont conduit du Caucase jusqu'ici, dans le pays des droits de l'homme et de Charles Baudelaire. Et surtout, il a perdu Gloria en cours de route. Gloria Bohème, avec qui il a vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Car cette femme, au Cœur immense, avait un don : celui d'enchanter la vie... Quelques années plus tard, Blaise peut enfin raconter son histoire. Et la pure vérité, c'est qu'on n'est pas près de l'oublier.

Biographie de l'auteur
Née en 1971 dans la région parisienne. Anne-Laure Bondoux a suivi des études littéraires à l'Université Paris X. Elle s'est essayée à l'écriture dramatique radiophonique, romanesque, et à la chanson, avant d'entrer chez Bayard Presse comme rédactrice. A trente ans, elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. Depuis, elle a publié sept romans dans des collections destinées aux adolescents, dont "les larmes de l’Assassin" et "Pépites". Ils ont été primés de nombreuses fois, tant par des jurys de jeunes lecteurs que par des jurys d'adultes, et sont traduits dans une vingtaine de langues.

Mon avis : (lu en avril 2009)

J’ai déjà lu "les larmes de l’Assassin" que j’ai beaucoup aimé et "Pépites" et j’attendais avec impatience de lire celui-ci. Je n’ai pas été déçu… J’ai a-do-ré !   

Ce livre est captivant, j’ai été prise par l’histoire de Koumaïl et Gloria, de leur périple du Caucase jusqu’en France. Avec son regard d'enfant, Koumaïl nous raconte son histoire, il garde à tout moment l’espoir que la vie est belle et pleine de miracles. Gloria lui apprend qu’:« il y a un remède infaillible contre le désespoir : l’espoir »,  qu’il faut « mener sa vie en marchant toujours droit devant. Vers d’autres horizons » et qu’« il ne faut jamais désespérer du genre humain. Pour un homme qui te laisse tomber, tu en trouveras des dizaines d’autres qui t’aideront à te relever. »
Koumaïl était un petit bébé lorsqu’il a été sauvé du « Terrible Accident » par Gloria, il résume ce qu’il est par cette formule « jemapèlblèzfortuneéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité ». Il vit au Caucase et le pays entre en guerre, Koumaïl a 7ans et avec Gloria ils doivent partir. Ils subissent alors la faim, le froid, la peur de la milice. Ils vont faire de nombreuses rencontres durant ce long voyage : dans l’Immeuble, il y a Emil, Madame Hanska et Abdelmalik, puis c’est la fuite vers Souma-Soula avec comme voisins la famille Betov : Stambeck, Suki et Maya puis direction le port de Soukhoumi et c’est la rencontre avec Fatima, puis la traversée de la Russie, de l’Ukraine, de la Moldavie, et l’arrivée en Roumanie dans le camp tsigane avec Babik, Nouka, Boucle-d’Oreille, nouveau départ et enfin l’arrivée en France, Koumaïl a 11 ans.

Tous les personnages de ce livre sont formidables et très attachants. J’ai savouré ce récit lumineux et très émouvant. C’est un grand coup de cœur !

Ce livre est destiné aussi bien aux adultes qu’aux adolescents à partir de 12 ans !

Pour compléter votre lecture : aller voir sur le site « le temps des miracles »,  l’atlas vert de Koumaïl, le Caucase de Koumaïl, la France de Blaise Fortune

Extrait : (page 17)

L’Immeuble est un ensemble de trois bâtiments dressés en forme de U autour de la cour. Nous avons une chambre au premier étage.

D’un mur à l’autre, je peux faire six pas en contournant le poêle à bois. Le papier peint se décolle du mur et, derrière, la peinture se détache aussi. Si je gratte le plâtre avec l’ongle, les briques apparaissent. L’Immeuble est fissuré, rongé par l’humidité qui remonte du sol car il est construit près du fleuve. Il est si pourri qu’il aurait dû être démoli, mais par chance la guerre a stoppé les bulldozers ; maintenant c’est notre refuge, une bonne cachette qui nous protège du vent et de la milice.

Le vent, je le connais bien : il descend des montagnes à la vitesse d’une avalanche, et s’engouffre sous les portes pour vous glacer les os.  Par contre, je n’ai qu’une idée vague de ce qu’est la milice. Tout ce que je sais, c’est qu’elle me terrifie davantage que l’œil retourné de l’horrible Sergueï, et qu’ici chacun a une raison de s’en méfier. C’est pourquoi nous avons institué des tours de guet : nuit après nuit, nous surveillons l’entrée de l’Immeuble en nous relayant par groupe de quatre. Les petits, comme moi, accompagnent les plus âgés s’ils le souhaitent.

On m’a expliqué : si je vois s’approcher des hommes chaussés de bottes, si je vois leurs blousons en cuir et leurs matraques, je me précipite dans la cour et je frappe comme une brute sur la cloche qui est pendue sous l’auvent.

Il existe trois autres cas où l’on doit frapper comme une brute sur la cloche :

- si l’Immeuble brûle ;

- si l’Immeuble s’écroule ;

- si les eaux du fleuve Psezkaya débordent.

En dehors de ces circonstances, quiconque s’amuserait avec la cloche serait aussitôt chassé de l’Immeuble, est-ce bien clair ?

Quand je demande à Gloria ce que ferait la milice si jamais elle nous attrapait, son visage durcit et je regrette aussitôt ma question.

- Un garçon de sept ans n’a pas besoin de connaître tous les détails. Contente-toi de suivre le règlement, Koumaïl.

Je dis « OK », en français, comme elle me l’a appris, et je m’en vais jouer avec les autres dans la cage d’escalier, qui est notre château fort ou notre navire de combat selon l’inspiration du moment.