21 novembre 2010

La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

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Jacqueline Chambon Editions - septembre 2010 – 525 pages

traduction de l'anglais (États-Unis) par Pierre Girard

Quatrième de couverture :
Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l'Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture.

Auteur : Kathryn Stockett a grandi à Jackson. Elle vit actuellement à Atlanta avec son mari et leur fille, et travaille à l'écriture de son deuxième roman.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Ce livre a été, pour moi, dès les premières pages de lecture, un grand coup de cœur !
Je suis rentrée dans ce livre très rapidement et j’ai été transportée à Jackson, petite ville du Mississipi dans les années 60. C’est un récit à 3 voix sur la condition des Noirs à cette époque, aux États-Unis. Elles sont trois femmes : Aibileen et Minny deux bonnes noires et Miss Steeker une jeune femme blanche. On découvre une ségrégation qui perdure malgré tout, car des lois continuent à séparer les deux populations. De la rencontre improbable entre Miss Steeker, jeune bourgeoise blanche et Aibileen et Minny va naître une amitié et surtout un livre racontant les histoires des bonnes noires au service des maîtres blancs. Elles évoquent les vexations, les colères contenues et leurs tendresses immenses pour les enfants qu'elles élèvent.

Une histoire simple avec des personnages très attachants qui fait passer le lecteur par toutes les émotions de la tristesse à la colère sans oublier le rire car certaines situations sont vraiment pleines d’humour…

J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre, je l’ai savouré ne voulant pas le quitter trop vite. Un vrai grand coup de cœur !

Extrait : (début du livre)
AIBILEEN

Août 1962

Mae Mobley, elle est née de bonne heure un dimanche matin d'août 1960. Un bébé d'église, comme on dit. Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit.
Mais un bébé qui hurle comme Mae Mobley Leefolt, ça j'en avais jamais vu. Le premier jour que je pousse la porte je la trouve toute chaude et toute rouge à éclater et qui braille et qui se bagarre avec son biberon comme si c'était un navet pourri. Miss Leefolt, elle a l'air terrifiée par son propre enfant. "Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Pourquoi je ne peux pas arrêter ça ?"
Ça ? Tout de suite, je me suis dit : il y a quelque chose qui cloche ici.
Alors j'ai pris ce bébé tout rouge et hurlant dans mes bras. Je l'ai un peu chahuté sur ma hanche pour faire sortir les gaz et il a pas fallu deux minutes pour que Baby Girl arrête de pleurer et me regarde avec son sourire comme elle sait faire. Mais Miss Leefolt, elle a plus pris son bébé de toute la journée. Des femmes qui attrapent le baby blues après l'accouchement, j'en avais déjà vu des tas. Je me suis dit que ça devait être ça.
Mais il y a une chose avec Miss Leefolt : c'est pas juste qu'elle fronce tout le temps les sourcils, en plus elle est toute maigre. Elle a des jambes tellement fines qu'on les dirait poussées de la semaine dernière. A l'âge de vingt-trois ans, la voilà efflanquée comme un gamin de quatorze. Même ses cheveux bruns sont tellement fins qu'on voit à travers. Elle essaie de les faire bouffer, mais ça les fait seulement paraître plus fins. Et sa figure, elle ressemble à celle du diable rouge sur la bonbonnière, avec le menton pointu et tout. Pour tout dire, elle a le corps tellement plein de pointes et de bosses qu'il faut pas s'étonner si elle arrive jamais à calmer ce bébé. Les bébés, ils aiment les grosses. Ils aiment fourrer la tête sous votre bras pour s'endormir. Ils aiment les grosses jambes, aussi. Ça, je peux vous le dire.
Mae Mobley, à un an, elle me suivait déjà partout où j'allais. Quand arrivait cinq heures elle se cramponnait à mes Scholl, elle se traînait par terre et elle bramait comme si j'allais jamais revenir. Après, Miss Leefolt me regardait de travers, à croire qu'il aurait pas fallu décrocher ce bébé qui criait à mes pieds. Je pense que c'est le risque qu'on prend, quand on laisse quelqu'un d'autre élever ses enfants.   

Livre 27/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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20 novembre 2010

Je me suis laissée tenter...

Ces derniers jours, je me suis laissée tenter par un Challenge et un Swap !

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Challenge Christmas - Défi Noël

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Ce Challenge est organisée par Evy, il s'agit de lire un livre (ou plus si vous en avez envie, le nombre n'est bien évidemment pas limité !) sur le thème de Noël et en écrire un petit billet sur votre lecture ! Tous les livres sont acceptés : polars, romans historiques, chick-lit, contes, classiques, etc. du moment qu'ils soient en rapport avec le thème de Noël ! Ce défi se terminera le 31 décembre 2010 !

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Ce Swap est organisé par Galleane sur le Forum de Livraddict

Le but est donc d'envoyer des marque pages à votre futur à une personne. Il s'agira d'en offrir 7 (un pour chaque jours de la semaine). Pour cela vous pouvez les acheter, les récupérer en librairie, les réaliser sur ordinateur bref vous faites comme vous le souhaitez.
En plus vous devrez réaliser un huitième et dernier MP entièrement fait main soit en le dessinant, en faisant un collage... Il n'a pas besoin d'être compliqué.

Les inscriptions se font à partir du 11/11/2010  et se terminerons le 20 novembre (c'est à dire aujourd'hui).
Vous aurez jusqu'au 15 décembre pour faire/acheter les MP et les envois se feront du 16 au 25 décembre
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18 novembre 2010

La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet

la_ballade_de_lila_K Stock – septembre 2010 – 400 pages

Quatrième de couverture : La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore... Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

Auteur : Blandine Le Callet est née en 1969. Elle est maître de conférences à l’université Paris-XII et poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine sur les monstres dans la Rome antique (elle a publié un essai, Rome et ses monstres, paru en 2005 aux éditions J. Millon). Elle habite en région parisienne.
Son premier roman, Une pièce montée, a remporté un grand succès auprès de la critique et du public en 2006. Il a reçu le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2007.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
J'ai depuis plus d'un an, le livre Une pièce montée de Blandine Le Callet dans ma PAL perso et lorsque j'ai vu son nouveau livre à la bibliothèque, j'ai eu envie de l'emprunter. A la dernière émission de La Grande Librairie de France 5, Blandine Le Callet était invitée et lorsqu'elle nous a parlé de La Ballade de Lila K, j'étais surprise et un peu inquiète lorsque le terme roman anticipation a été employé... Mais ce livre ne doit pas être classé en science-fiction, il évoque un monde futur par rapport au nôtre, mais finalement assez proche du monde d'aujourd'hui.
Lila a été enlevée à sa mère assez violemment lorsqu'elle avait trois ans, elle est ensuite élevée dans le Centre, un monde normalisé, aseptisé et sécurisé, jusqu'à ses 18 ans.
Lila n'a qu'une idée en tête, connaître son passé, retrouver sa mère dont elle a très peu de souvenirs.
Lila est très attachante et l'on suit sa quête initiatique avec beaucoup de d'émotions. Elle fera de nombreuses rencontres importantes pour son avenir.
L'écriture et le style fluide rende la lecture de ce livre très facile. Un très beau roman fascinant et poignant.

Extrait : (début du livre)
Le Centre
Quand je suis arrivée dans le Centre, je n'étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état. Ils ont tout de suite cherché à me faire manger. Me faire manger, c'était leur obsession, mais c'était trop infect. Chaque fois qu'ils essayaient, je détournais la tête en serrant les mâchoires. Lorsqu'ils parvenaient malgré tout à me glisser une cuillerée dans la bouche, je la recrachais aussitôt. Plusieurs fois j'ai vomi, de la bile et du sang. C'est écrit dans le rapport.
Finalement, ils m'ont attachée sur mon lit, puis ils m'ont enfoncé une sonde dans le nez, et m'ont nourrie par là. On ne peut pas dire que c'était confortable, mais enfin, c'était mieux qu'avaler leurs immondices.
Je ne supportais pas le moindre contact. C'est écrit en page treize : Hurle dès qu'on la touche. Juste après : Sédation. Sédation, ça veut dire injections d'anxiolytiques, sangles, et musique douce pour enrober le tout d'un peu d'humanité.
Voilà comment ils sont parvenus à me faire tenir tranquille et à me trimbaler de service en service afin d'effectuer leurs batteries d'examens : ils m'ont palpée, auscultée, mesurée, pliée dans tous les sens. Ils m'ont planté des aiguilles dans le corps, ont branché sur moi des machines. Ils m'ont photographiée, aussi. Je pleurais sous les flashes. Alors ils m'ont donné des lunettes noires qui tenaient avec des élastiques, et je n'ai plus rien dit.
Ils m'ont opérée des mains peu après. Mes doigts ont été séparés sans problème. Je n'ai pas de séquelles, seulement des cicatrices, très fines et nacrées, que je prends soin de cacher en serrant bien les poings, pour éviter les questions indiscrètes.
Ils me gardaient la plupart du temps dans une pièce close maintenue dans la pénombre. Je flottais dans une sorte de torpeur, sans conscience du temps qui passe, et c'était aussi bien.
Dès que j'émergeais du brouillard, j'appelais ma mère. Je ne savais rien dire d'autre, ama, ama, ama, des heures durant, dans l'espoir que cette mélopée, poursuivie sans relâche, finirait par me la ramener.
Un monsieur est venu : Il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Ta maman est partie. Est-ce que tu comprends ? J'ai fait oui de la tête. Tu es en sécurité ici. Tout ira bien, tu verras. Seulement, il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Il parlait doucement, mais il y avait ses yeux, très froids, une sourde menace sous la douceur des mots.
J'ai senti qu'il valait mieux ne pas les contrarier. Ils risquaient de faire du mal à ma mère si je n'obéissais pas. Alors, j'ai obéi : j'ai cessé de l'appeler, pas de penser à elle. Il me fallait bien ça pour supporter les bruits.
Il en venait de partout, à l'assaut de ma chambre. Des chuchotements derrière la porte, et les gémissements des enfants enfermés dans les chambres voisines, comme des cafards sur mon visage, des mouches grignotant mes tympans. Même en remuant la tête, très fort de gauche à droite, je n'arrivais pas à m'en débarrasser. Ils s'accrochaient à moi, ils me mangeaient le crâne, sans jamais s'arrêter.
J'aurais voulu me plaquer les mains sur les oreilles et me réfugier sous le lit, roulée en boule bien compacte. Cela m'aurait peut-être aidée à retrouver ce silence dense, tissé de bruits feutrés, qui me protégeait autrefois, quand j'étais allongée dans mon cocon obscur. Mais j'étais attachée, et bien trop épuisée pour faire autre chose que miauler faiblement comme un chaton perdu.
Tous les après-midi, on me détachait du lit, et l'on me déposait dans un fauteuil roulant, que l'on poussait ensuite jusqu'à une grande cour, pour me faire prendre l'air. C'était terrible, à cause de la lumière qui me brûlait les yeux malgré mes lunettes noires, mais surtout à cause des hélicoptères. Ils patrouillaient en permanence au-dessus de la ville, à l'époque, vous vous souvenez sûrement. C'était quelques années après les événements ; le plan de sécurité était encore maintenu à son niveau extrême.
La première fois, j'ai paniqué. Ama, ama, ama. Ils m'ont rapatriée fissa à l'intérieur : Tu te souviens de ce qu'on t'a dit ? Tu ne dois plus appeler ta maman. Tu ne dois plus l'appeler ! Je sentais à leur voix qu'ils n'étaient pas contents. J'ai pensé au monsieur qui était venu me parler, aux menaces qu'il y avait dans ses yeux. Je me suis ratatinée dans mon fauteuil. Ama. J'avais peur pour elle, et c'était encore pire que les hélicoptères.
A partir de là, je me suis tenue à carreau. Dès que j'entendais au loin le bourdonnement sourd des gros frelons trapus, et leurs lourdes pales hachant l'air, je me bouchais les oreilles, et je me mordais la lèvre tout en fermant les yeux. Calme-toi, ce n'est rien. Ils nous protègent, tu sais. Ils vont bientôt partir. Je ne les écoutais pas. En secret, je priais ma mère, la seule à pouvoir étouffer le vacarme des monstres qui s'abattaient sur moi.
Ma mémoire s'est brouillée, peu à peu - sans doute à cause de tous les calmants qu'on me faisait avaler. Ils me chiffonnaient l'esprit, insidieusement, effaçaient mon passé. Je me souvenais bien du moment où les hommes en noir nous avaient séparées - ça oui, je m'en souvenais -, mais au-delà, tout devenait confus. Un fatras d'impressions sans aucune cohérence. Au milieu, émergeait une vision précise, une seule - allez savoir pourquoi -, celle d'un square, avec un tourniquet chargé d'enfants.
Je suis au milieu d'eux, bousculée par les grands. Je ris pourtant ; je m'amuse, emportée par le manège dont chaque tour me ramène l'image de ma mère, assise sur un banc avec d'autres femmes. Les autres femmes sont laides, la peau dévorée d'allergies, le sourire tout mangé de chicots. A côté d'elles, ma mère ressemble à une reine, un ange miraculeusement préservé de cette corruption.
Pour ne pas l'oublier, je convoquais sans arrêt cette scène, le square, le tourniquet et le visage intact de ma mère. Mais cela n'a pas suffi : les calmants n'ont cessé de ronger ma mémoire ; mon ange s'est envolé chaque jour un peu plus haut.
Tous les matins, quelqu'un venait me caresser, tantôt un homme, tantôt une femme. Durant plusieurs minutes, leurs doigts effleuraient le dessus de ma main, avant de glisser lentement vers ma paume sur laquelle ils se refermaient, sans serrer. Je me crispais dans mes sangles - c'était si dégoûtant. Mais je n'essayais pas de me débattre. Inutile de protester : j'étais à leur merci.
Après la main, ils sont passés aux bras, aux épaules et au cou. Puis aux pieds, aux chevilles, aux mollets, aux cuisses. Des caresses, des massages, tantôt doux, tantôt vigoureux, qui me mettaient au bord de l'évanouissement.

Livre 26/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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17 novembre 2010

Un été pourri – Maud Tabachnik

Lu dans le cadre de Découvrons un auteur chez Pimprenelle

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Viviane Hamy – mars 1994 – 290 pages

J'ai lu – juillet 2000 – 287 pages

Quatrième de couverture :
Le thermomètre s'est envolé. Boston suffoque sous la canicule. La nuit, quand les habitants aspirent à un peu de fraîcheur, un tueur en série rôde. Ses victimes ? Des hommes, qu'il égorge et émascule. Ni traces, ni témoins. La presse s'empare de l'affaire. Le maire, en pleine campagne électorale, fait pression : il faut trouver le coupable, et vite. Mais les flics patinent. Chargé du dossier, l'inspecteur Sam Goodman n'a aucune piste. Il avait déjà suffisamment de problèmes entre sa mamma juive et les femmes qui perturbent sa vie ! Une journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Sandra Khan, mène l'enquête de son côté. Avec, très rapidement, une longueur d'avance sur Sam. Comme si elle en savait beaucoup plus qu'elle ne voulait le dire... Que cherche-t-elle au juste ?


Auteur : Maud Tabachnik est née le 12 novembre 1938 à Paris. Elle entreprend des études secondaires générales et commerciales, mais, après le bac et quelques hésitations, elle se décide pour la kinésithérapie dont elle sera diplômée en 1963 et qu'elle exercera pendant dix-sept ans avec une spécialisation d'ostéopathie. Elle est passionnée de lecture, de cinéma, aime la nature et les villes et adore les bêtes.
En 1983, elle part vivre en Touraine où elle commencera d'écrire sans envisager d'abord la publication. Dix ans plus tard, elle revient dans la capitale et se consacre entièrement à l'écriture.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Grâce au challenge Découvrons un auteur avec Pimprenelle, j’ai pu lire pour la première fois un livre de Maud Tabachnik. J’ai choisi un peu au hasard ce livre à la bibliothèque et j'ai découvert qu'il faisait parti de ses tous premiers romans.   
L’action se situe à Boston, c’est la canicule. En l’espace de quelques jours, deux hommes sont retrouvés égorgés et émasculés. C’est Sam Goodman qui va mener l’enquête mais aucune piste ne se présente, il est également sollicité par la presse en la personne de Sandra Khan, chroniqueuse judiciaire et  le journaliste Thomas Herman. Le tueur va encore frapper...
Dès le début du livre, le lecteur découvre plusieurs personnages qui vont finir par se croiser et avoir des liens communs. Le lecteur est conduit sur des fausses pistes et petit à petit il découvre une conclusion surprenante...
J’ai globalement bien aimé ce roman policier plutôt original. Certains passages avec descriptions précises «sexuelles» m’ont un peu gênée, car ils n’apportent rien de plus à l’intrigue… Après cette première lecture de Maud Tabachnik, je ne compte pas en rester là... et j'attends vos suggestions pour découvrir un nouveau livre !

Extrait : (début du livre)

— Ce gouvernement de merde devrait bien s'occuper de cette foutue canicule ! grinça Mort en tordant sa bouche vers le barman qui ne releva pas la tête de son comptoir.

Ce genre de boniments il en avait les oreilles cassées depuis le début de la semaine.

Exactement depuis mardi où le thermomètre était monté à 98° Fahrenheit.

Comme si les gens n'avaient pas d'autres soucis que le climat.

Pour le moment celui du barman était ses pieds qu'il ne savait plus comment chausser.

Quatorze heures debout derrière son zinc à remplir les verres et à subir les plaisanteries éculées des assoiffés du quartier.

Mort Newman commanda une, troisième bière que le loufiat, lui servit en le regardant de travers.

Il détestait ce genre de crado en tricot de corps douteux qui faisait fuir les bons clients.

C'était la climatisation qui les attirait dans son bar. Faut dire qu'elle marchait à fond.

Mort Newman avala sa bière et rota en rigolant vers son voisin. An, moment, où il glissait une pièce dans, le distributeur de cacahuètes son œil fut attiré, par une femme qui entrait.

Elle était fraîche et gracieuse et Mort la reconnut. Il la croisait parfois le matin quand il venait chercher son camion de nettoiement.

Elle était toujours seule et regardait droit devant elle. Elle avait une démarche de danseuse qui aurait un problème à la colonne vertébrale.

Mort la trouvait à son goût mais n'avait jamais osé l'aborder.

Depuis deux ans qu'il était à Boston il s'était contenté d'étreintes tarifées avec des filles bon marché.

Il n'avait jamais emmené personne dans son taudis.

Elle commanda une eau minérale et un jeton de téléphone et s'enferma dans la cabine.

Elle paraissait totalement indifférente aux regards des hommes qui la reluquaient.

Elle parla un court moment et ressortit en refermant soigneusement la porte derrière elle.

Elle partit sans toucher à son verre et en ignorant ostensiblement l'assemblée.

Mort se leva et la suivit en lançant une remarque salace à son voisin qui ricana en hochant la tête.

En passant devant une glace il ramena en arrière ses cheveux collés par la sueur et remonta son pantalon en tentant d'effacer son ventre.

La fille se dirigea vers le centre. Elle avait un dos de nageuse et des fesses fermes dans sa robe de cotonnade. Sa légère claudication n'ôtait rien à son charme et Mort se sentit bander. Sa silhouette faisait se retourner les hommes, mais elle ne s'en préoccupait pas. Il y avait comme une tension dans tous ses gestes.

Mort la rattrapa à un feu rouge sur Berkeley Street et son regard s'attarda sans vergogne sur sa poitrine tendue et le creux de son ventre.

L’un suivant l'autre, ils atteignirent des petites rues calmes que Mort savait mener vers les jardins publics de Boston.

Ils marchaient à présent dans le quartier des grossistes qui à cette heure étaient tous fermés.

Des entrepôts aux façades de briques rouge terne où grimpaient des escaliers de secours bordaient les .deux côtés de la rue.

Leurs pas décalés résonnaient sur le pavé et la fille avait déjà fait mine de jeter des coups d'œil derrière elle sans aller jusqu'au bout de son geste.

Mort s'amusait de sa nervosité et décida de l'aborder avant qu'elle ne soit trop inquiète.

Il accéléra, remontant encore une fois, son pantalon regrettant de ne pas avoir enfilé de chemise.

Il avait son baratin tout prêt

— Excusez, mademoiselle, commença-t-il, mais je crois qu'on se connaît.

Elle continua de marcher sans le regarder, mais sans précipiter son pas.

— Eh, je vous parle! je vous croise le matin quand vous partez travailler.

Elle s'arrêta et le fixa, et Mort put voir le dégoût qu'il lui inspirait:

— Oui et alors ?

Elle avait une voix froide, dépourvue d'émotion, et Mort comprit qu'il s'était trompé. Elle n'avait pas peur de lui.

— Ben, rien. J'vous ai vue entrer dans le bar .et j'me suis dit qu’j’pourrais bien vous faire un brin de causette. Vous travaillez où ? et comme elle ne répondait pas, il mentit. Moi je suis chef électricien, je vous vois presque tous les matins, toujours toute seule, et j'me suis dit qu'c'était bien triste une jolie fille comme ça qu'avait pas de galant. Là vous me voyez en négligé parce que je rentre du travail, mais je sais aussi faire le beau.

Il souriait avantageusement, bien qu'il se sentît mal à l'aise. Pendant tout son discours la fille l'avait écouté sans paraître le voir, et Mort était décontenancé. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de fille et comprit qu'elle n'était pas sa pointure.

Cette frustration le mit en colère et il eut brusquement envie de la forcer. Il fit une dernière tentative.

— Alors, on va boire un verre quelque part?

Mais en le proposant il sut que c'était fichu. Jamais la fille ne lui céderait.

Sa fureur monta d'autant plus vite qu'elle était alimentée par les litres de bière ingurgités depuis

le mâtin. Il lui attrapa le bras mais elle se dégagea aussitôt.

— Lâchez-moi, espèce d'ivrogne!

C'était une injonction, rien d'autre, et ce ton de mépris rendit Mort fou furieux.

Cette pétasse la ramenait vraiment trop. Pourtant il était certain que comme les autres elle adorerait se faire ramoner.

— Dis donc, toi, grogna-t-il, t'arrêtes de faire ta mijaurée ?

Foutez-moi la paix, dit-elle la voix terne, VOUS puez! Vous me rencontrez peut-être, mais ça ne vous donne aucun droit sur moi.

Mort rigola. Évidemment, le fait qu'elle travaille dans le coin, il s'en tapait! Mais ça ne l'empêchait pas d'être bandante!

Il la colla brutalement contre le mur et ses mains s'accrochèrent à ses seins.

— Laisse-toi faire ma jolie, y'a personne dans c'te putain de rue, et t'as vraiment le plus joli cul qu'on puisse voir!

Elle se débattait en silence, l'expression tordue de dégoût, cherchant à échapper à la bouche malodorante, au sexe durci pressé contre le sien.

Elle le repoussa une fois, avec la seule force des bras, et Mort recula devant la .haine qui défigurait le visage si joli de la fille.

— Ben toi, ma salope, va falloir te mater ! gronda-t-il en l'immobilisant.

Mais elle se dégagea et le frappa violemment à la base du nez. Il en vit trente-six chandelles et perdit la tête.

Il se jeta sur elle les bras levés, décidé à la tabasser de ses lourds poings d'homme habitué aux durs travaux.

Elle esquiva d'un brusque retrait du buste, mais trébucha sur ses talons.

Il l'empoigna en l'insultant salement, hors de lui qu'une fille le frappe, lui qui dans sa jeunesse faisait plier les jarrets des jeunes taureaux.

Ses mains se rapprochèrent de la gorge de la fille et il crocha ses doigts autour de son cou, s'appuyant: de tout son poids sur elle pour l'empêcher d’atteindre avec ses genoux.

Ils se battaient comme deux, voyons, cherch.ant se faire le plus mal possible mais Mort sentit, qu’elle faiblissait sous l'étouffement.

Il accentuait sa pression quand il sentit sa tête tirée en arrière par les cheveux.

— La salope ! ragea-t-il. Je vais la tuer !

Soudain il ne pensa plus. Quelque chose venait de se passer dans sa gorge.

Un froid abominable, coupant et glacé qui le prit sous les mâchoires.

Il eut une fraction de seconde l'impression folle de tomber dans un vide si noir et si profond qu’il bascula sur le côté.

Il mourut sans savoir comment.

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16 novembre 2010

Le voyage dans le passé - Stefan Zweig

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traduit de l'allemand par Baptiste Touverey, suivie du texte original en Allemand

Grasset & Fasquelle - octobre 2008 – 172 pages

Livre de Poche – mars 2010 – 177 pages

Quatrième de couverture :
Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore. Louis, jeune homme pauvre mû par une " volonté fanatique " tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L'amour résiste t-il à tout ? A l'usure du temps, à la trahison, à une tragédie ? Dans ce texte bouleversant, jamais traduit en français jusqu'à ce jour, on retrouve le savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrières-pensées. les abîmes de l'inconscient.

Auteur : Né en Autriche en 1881, mort au Brésil en 1942, auteur de romans, de pièces de théâtre et de poèmes, Stefan Zweig excelle dans la nouvelle, l'essai et la biographie. Sont parus les biographies de Magellan, Marie-Stuart, Marie-Antoinette et Fouchet, ainsi que trois tomes de sa correspondance, couvrant d'abord les années 1897-1919, puis 1920-1931 et enfin 1932-1942. Le voyage dans le passé est dans la lignée des célèbres nouvelles : Brûlant secret et La peur.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Voilà un auteur dont j'ai beaucoup entendu parler, entre autre dans la blogosphère, et je n'avais pas encore eu l'occasion de le lire. Voici donc le premier livre de Stefan Zweig que je lis.

Ce livre est en fait une nouvelle de 100 pages nous racontant un amour passé. Un jeune homme Louis tombe amoureux de la femme de son patron, ils vivent deux ans proche l'un de l'autre sans s'avouer cette amour interdit. Or un jour, Louis est envoyé en mission pour deux ans au Mexique, c'est alors qu'il ressent un déchirement de quitter cette femme mais il ne peut refuser cette superbe promotion. Mais lorsque ses deux ans de mission s'achèvent, la Première Guerre Mondiale éclate et il est impossible pour Louis de revenir en Europe. Et c'est seulement neuf années plus tard qu'ils pourront enfin se retrouver. Mais les sentiments peuvent-ils rester intacts durant tout ce temps ? Voilà la question qui est au centre de cette histoire.
J'ai beaucoup aimé cette lecture qui nous permet de ressentir l'atmosphère d'une autre époque, avec
des descriptions si précises des sentiments des personnages.
J'ai seulement feuilleté rapidement la version allemande... je n'ai même pas pris le temps d'essayer de lire quelques pages en VO... Aurai-je un jour le courage de le faire ?
Je compte bien après cette première expérience découvrir de nouveaux livres de Stefan Zweig.

Extrait : (page 44)
Les dix jours qui les séparaient du départ, ils les passèrent tous deux dans un état de continuelle et grisante frénésie. La soudaine explosion des sentiments qu'ils s'étaient avoués, par l'immense puissance de son souffle, avait fait voler en éclat toutes les digues et barrières, toutes les convenances et les précautions : comme des animaux, brûlants et avides, ils tombaient dans les bras l'un de l'autre quand ils se croisaient dans un couloir obscur, derrière une porte, dans un coin, profitant de deux minutes volées ; la main voulait sentir la main, la lèvre la lèvre, le sang inquiet sentir son frère, tout s'enfiévrait de tout, chaque nerf brûlait de sentir contre lui le pied, la main, la robe, une partie vivante, n'importe laquelle, d'un corps qui se languissait de lui. En même temps, ils étaient obligés de se maîtriser dans la maison, elle, de dissimuler sans cesse devant son mari, son fils, ses domestiques, la tendresse qui l'illuminait un instant auparavant, lui, de garder l'esprit en éveil pour les calculs, les conférences, les comptes dont il avait la responsabilité. Ils se contentaient à chaque fois d'attraper au vol des secondes, des secondes vibrantes, clandestines, guettées par le danger ; ce n'était que des mains, des lèvres, des regards, d'un baiser avidement dérobé, qu'ils parvenaient furtivement à se rapprocher, et la présence vaporeuse, voluptueuse de l'autre, grisé lui-même, les grisait. Mais ce n'était jamais assez, tous les deux le sentaient : jamais assez.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (25/26)

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14 novembre 2010

Mon vieux et moi - Pierre Gagnon

mon_vieux_et_moi Autrement – août 2010 – 88 pages

Quatrième de couverture :
"Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas..." À la retraite, le narrateur décide d'adopter Léo, 99 ans, que rien ne prédestinait à venir s'installer chez lui. C'est le début d'une grande aventure, faire de tour petits riens. De silences qui veulent dire beaucoup, de tendresse, de rires pour conjurer le déclin... Mon vieux et moi, est-ce que ça peut durer toujours, comme dans les romans d'amour ?

Auteur : Pierre Gagnon est né en 1957 à Arthabaska. Il vit à Québec depuis 1960. D'abord musicien, il publie en 2005 5-FU (éditions L'Instant mème), qui s'élève en haut du palmarès des meilleures ventes au Québec. Mon vieux et moi est son quatrième livre.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Voici un petit livre (84 pages) qui nous raconte une belle histoire. Le narrateur, jeune retraité, décide d'adopter Léo un vieil homme de 99 ans. Il l'a connu dans la maison de retraite où il visitait chaque dimanche sa tante. A la mort de sa tante, il contacte la famille quasi inexistante de Léo pour l'adopter et l'accueillir chez lui. Entre les deux hommes se créent une belle relation d'amitié. Mais la maladie et la vieillesse vont modifier ce qui était prévu. Le narrateur nous raconte avec beaucoup de tendresse et d'humour son quotidien avec une personne âgée qui peu à peu perd ses repères et la tête. Il garde cependant de cette expérience un souvenir unique et pour une fois il a eu l'impression d'apporter de l'aide à quelqu'un.

Voilà un livre qui se lit très facilement et qui est plein d'émotions. A lire !

Extrait : (début du livre)
Je viens d'adopter...
Pensionné, je vivais seul, sans enfant ni parent. J'ai des amis, bien sûr, que je vois à l'occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout. Faut entendre les anciens collègues : «Toujours le premier à organiser les fêtes au bureau, une vraie dynamo.» Ou encore : «Un coeur grand comme ça !» Bref, le candidat tout désigné pour le parrainage.
Je ne ressens pas le besoin de posséder un bateau ou une maison à la campagne. Quant à faire le tour du monde... Je partage l'opinion de cet auteur de génie qui a écrit : «Le voyage, ce petit vertige pour couillons.»
Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j'aimerai comme mon enfant, sans avoir à l'éduquer. La voilà, ma retraite !
Il s'appelle Léo, il a quatre-vingt-dix-neuf ans. Je l'ai connu au centre d'hébergement où je visitais ma tante, les dimanches gris. Léo attendait. Il avait bon caractère. Je le sais pour l'avoir mis à l'épreuve plus d'une fois : je lui chipais ses Whippet... Il ne disait rien. Je les lui rendais et aussitôt, il m'en offrait un.
Ma tante décéda et je me mis immédiatement à m'ennuyer... de Léo. J'entrepris de contacter sa famille. Résultat : un seul et unique répondant, quelque part en Floride, et dont le lien avec Léo ne s'est toujours pas précisé. D'abord surpris lors du premier échange, l'homme rappela (à mes frais) dès le lendemain pour m'annoncer qu'il acceptait ma proposition d'adopter Léo. Restait plus que les trucs juridiques à régler, que je confiai à un ami avocat.

Livre 25/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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12 novembre 2010

L'Hypnotiseur – Lars Kepler

l_hynoptiseur Actes Sud – septembre 2010 – 509 pages

traduit du suédois par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

Quatrième de couverture :
Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l'un des rares véritables experts de l'hypnose médicale. Jusqu'au jour où une séance d'hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l'abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu'à cette nuit où l'inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d'assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d'être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l'interroger sans tarder. Car tout indique que l'assassin est maintenant aux trousses de la soeur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n'y a qu'une façon d'obtenir un quelconque indice de l'identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu'il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. Ce qu'il ne sait pas, c'est que la vérité que porte Josef va changer sa vie. Que son fils est sur le point d'être enlevé. Et qu'en réalité, c'est pour lui que le compte à rebours vient de commencer. Intrigue implacable, rythme effréné, richesse et complexité des personnages, écriture au cordeau, tout concourt à faire de L 'Hypnotiseur un thriller unique. La première enquête de l'inspecteur Joona Linna fait date.

Auteurs : Lars Kepler est le pseudonyme du couple d'écrivains Alexander et Alexandra Ahndoril. Mariés dans la vie, ils ont écrit plusieurs romans chacun. Best-seller en Suède, en cours de traduction dans plus de trente pays, L'Hypnotiseur est leur premier roman à quatre mains. Une seconde enquête de l'inspecteur Joona Linna, parue en Suède au début de l'été 2010, a pris directement la tête des ventes.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Voici la première enquête de l'inspecteur Joona Linna créé sous le pseudonyme de Lars Kepler par le couple d'écrivains Alexander et Alexandra Abndoril.
Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est retrouvée sauvagement assassinée. Seul le fils, Josef est vivant mais dans un état grave. L'inspecteur Joona fait alors appel au célèbre hypnotiseur Erik Maria Bark, dans le but de raviver les souvenirs de Josef. Au début, Erik refuse d'utiliser l'hypnotise, voilà plus de dix ans qu'il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Il finit pourtant par céder pour sauver la vie d'Evelyn la sœur aînée de Josef qui est menacée par le tueur. Mais le résultat de l'hypnotise est très surprenante et elle va bouleverser la vie d'Erik Maria Bark ...
En effet l'essentiel de l'intrigue va tourner autour d'Erik Maria Bark, de son fils Benjamin, de sa femme Simone avec lequel il a des difficultés, de son travail autour de l'hypnose et également de son passé.
Voilà un thriller noir très efficace, avec un rythme soutenu et une intrigue très bien construite.
J'ai été captivé par l'histoire et je l'ai lu presque d'une seule traite !

Un deuxième tome des aventures de l’inspecteur Joona Linna est paru cet été en Suède.

Extrait : (début du livre)
Comme le feu, exactement comme le feu. Ce furent les premiers mots
du garçon hypnotisé. Malgré des blessures mortelles - des centaines de coups de
couteau au visage, sur les jambes, le tronc, le dos, sous les pieds, sur la
nuque et derrière la tête -, on l'avait plongé dans une hypnose profonde dans
l'espoir de voir ce qui s'était passé à travers ses yeux.- J'essaie de cligner
des yeux, dit-il d'une voix tremblante. J'entre dans la cuisine, mais quelque
chose ne va pas, ça crépite entre les chaises et des langues de feu lèchent le
sol.

L'agent de police qui l'avait découvert parmi les autres corps dans la maison d'un lotissement l'avait cru mort. Il avait perdu beaucoup de sang, était en état de choc et n'avait repris connaissance que sept heures plus tard.
Il était le seul témoin survivant et l'inspecteur principal Joona
Linna se disait qu'il serait peut-être en mesure de donner un signalement
valable. L'auteur du crime avait eu l'intention de tous les assassiner, il était
donc tout à fait possible qu'il n'ait pas pris la peine de se cacher le visage
pendant l'acte.
Mais, si les circonstances n'avaient pas été si exceptionnelles,
personne n'aurait jamais eu l'idée de faire appel à un hypnotiseur.

Livre 24/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit' Viking_Lit

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11 novembre 2010

Theodore Boone. Enfant et justicier - Grisham John

theodore_boone Oh ! Éditions - octobre 2010 – 268 pages

traduit de l'américain par Emmanuel Pailler

Quatrième de couverture :
Un meurtre parfait
Un témoin sans visage
Seul Theodore Boone connaît la vérité… mais il n’a que treize ans.

Theodore Boone a toujours rêvé de devenir avocat. À treize ans, il est d’ailleurs le conseiller juridique gratuit de ses camarades et même de ses professeurs ! C’est ainsi qu’il recueille bien malgré lui des éléments accablants dans le plus important procès pénal que sa ville ait connu, celui d’un notable jugé pour l’assassinat de sa femme. Theo, qui a juré le secret, ne peut ni parler ni laisser acquitter un meurtrier de sang-froid…

Avec Theodore Boone, enfant et justicier, John Grisham, maître incontesté du thriller judiciaire, auteur de best-sellers mondiaux tels que La Firme ou L’Affaire Pélican, entraîne une nouvelle génération de lecteurs dans une intrigue admirablement ficelée.

Auteur : Né à Jonesboro, Arkansas en 1955, après une enfance mouvementée dans le sud des États-Unis, John Grisham entre à l'université du Mississippi où il prépare un diplôme de sciences comptables et une licence en droit. Puis, pendant dix ans, il exerce la profession d'avocat, tout en écrivant à ses heures perdues. Il publie en 1989 son premier roman, 'Non coupable', mais c'est en 1991, avec 'La Firme', qu'il rencontre le succès. Depuis, des ouvrages comme 'L' Affaire Pélican '( 1992) , 'Le Couloir de la mort '(1994), 'Le Maître du jeu' (1996) ou 'L'Associé' (1999) ont contribué à en faire la figure de proue du 'legal thriller' américain. Mettant à profit son expérience du barreau, il nous dévoile les rouages du monde judiciaire, et aborde par ce biais les problèmes de fond de la société américaine. Aux États-Unis, où il représente un véritable phénomène éditorial, la vente de ses livres se compte en millions d'exemplaires, et ses droits d'adaptation font l'objet d'enchères faramineuses auprès des producteurs de cinéma - 'La Firme', 'L' Affaire Pélican'. .. S'inspirant toujours de ses expériences dans le milieu judiciaire, il publie encore 'L'Héritage' (2002), 'Le Dernier juré' (2004), 'Le Clandestin' ou encore 'L' Accusé' (2007). Plume talentueuse, John Grisham est l'un des auteurs les plus lus dans le monde.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Theodore Boone est un jeune garçon de treize ans qui se passionne pour les affaires judiciaires. Il hésite encore à devenir avocat comme ses parents ou juge. Il n'hésite pas à rendre service à ses camarades de classe en tant que conseiller juridique gratuit.
Le livre commence à la veille du procès de Pete Duffy, accusé du meurtre de son épouse Myra. Grâce à connaissance du juge Henry Gantry, Theodore a obtenu d'assister avec sa classe à la première journée d'audience du procès de Paul Duffy. Il est ravi. Mais lorsque quelques jours plus tard, il recueille le témoignage d’un clandestin, et qu'il détient alors des détails accablants il ne sait plus quoi faire car il a promis de ne rien dire...
Ce livre est bien un John Grisham, une bonne intrigue qui nous dévoile les dessous du monde judiciaire. Theodore Boone est un adolescent attachant, prêt à aider les autres. J'ai pris vraiment beaucoup plaisir à lire cette histoire.

Ce livre peut être lu « de 13 à 99 ans et au-delà... » nous informe la quatrième de couverture. Elle nous dit aussi que c'est la première aventure de Theodore Boone cela sous-entend que d'autres aventures sont prévues...

Un grand merci à Blog-O-Book et à Oh!Éditions pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Théodore Boone, qui était fils unique, prenait son petit déjeuner tout seul. Son père, un avocat très occupé, avait l'habitude de partir chaque jour dès 7 heures et de retrouver des amis, toujours au même snack du centre-ville, pour échanger des nouvelles. La mère de Théo, elle aussi avocate et elle aussi très occupée, essayait de perdre cinq kilos depuis dix ans et s'était persuadée que son petit déjeuner devait se limiter à prendre un café en lisant le journal. Théodore mangeait donc seul dans la cuisine, céréales au lait froid et jus d'orange, un oeil sur la pendule. Chez les Boone, il y avait des pendules partout, preuve manifeste qu'ils étaient des gens organisés.
Théodore n'était pas entièrement seul. À côté de lui, son chien mangeait lui aussi. Juge était un bâtard parfait, dont l'âge et le pedigree resteraient à jamais un mystère. Théo l'avait sauvé de la mort in extremis, deux ans plus tôt, quand il était passé devant le tribunal des animaux pour la seconde fois - et Juge lui en était toujours reconnaissant. Il aimait les céréales, les mêmes que Théo, avec du lait entier, jamais de lait écrémé, qu'ils mangeaient ensemble en silence, tous les matins.
À 8 heures, Théo rinça les bols dans l'évier, remit le lait et le jus de fruits dans le frigo, alla jusqu'au bureau et embrassa la joue de sa mère.
- Je pars au collège.
- Tu as l'argent pour le déjeuner ?
Elle lui posait cette même question cinq matins par semaine.
- Comme toujours.
- Et tu as fini tes devoirs ?
- Tout est parfait, maman.
- Et je te vois quand ?
- Je passerai après les cours.
A la sortie du collège, Théo s'arrêtait toujours au bureau de sa mère, ce qui n'empêchait pas Mrs Boone de le lui demander tous les jours.
- Fais attention à toi, lui dit-elle, et rappelle-toi de sourire.
Cela faisait plus de deux ans que Théo portait un appareil dentaire dont il voulait désespérément se débarrasser. Et pendant ce temps, sa mère lui rappelait en permanence de sourire pour que le monde soit plus heureux.
- Mais je souris, m'man.
- Je t'aime, Teddy.
- Moi aussi, maman.

Livre 23/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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07 novembre 2010

Le septième fils – Arni Thorarinsson

le_septi_me_fils Métailié – septembre 2010 – 350 pages

traduit de l'islandais par Éric Boury

Quatrième de couverture :
Les soirées sont longues sans le port d'Isafjördur, la capitale des fjords de l'ouest de l'Islande, quand on est chargé de traquer le scoop par un rédacteur en chef avide de sensationnel et qu'on rêve de retrouver sa nouvelle petite amie laissée à Reykjavik. Et puis on découvre que les bars des hôtels abritent des célébrités intéressantes, une séduisante vedette du football national et son copain d'enfance, qui le suit comme son ombre et profite de ses conquêtes, une chanteuse pop, qui a failli gagner le titre de Nouvelle Star, les groupies respectives de ces gens importants, et une petite troupe d'adolescents en révolte. Des maisons brûlent, des tombes sont profanées, des touristes lituaniens sont volés et soupçonnés de trafic de drogue, des droits de pêche ont été bradés, tout s'emballe, tandis qu'à Reykjavik on retrouve le corps d'un homme politique, nouvel espoir de la gauche et ex-mari de la mère de la presque Nouvelle Star. Einar, le correspondant du Journal du soir, malmené par la séduisante commissaire de police, mène l'enquête avec son air désabusé, sa nonchalance et une ironie qui lui permettent d'apprivoiser les témoins et de porter un regard sans préjugés sur les événements. Ce périple dans une Islande mondialisée nous montre les transformations d'une société au bord de la crise économique, et nous fait voyager au rythme du blues et du rock chers à l'auteur.

Auteur : Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavik, où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l'université de Norwich en Angleterre, il travaille pour différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavik de 1989 à 1991. Ses romans Le temps de la sorcière et Le dresseur d'insectes sont traduits en Allemagne et au Danemark.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Dans ce troisième livre, nous retrouvons le journaliste Einar correspondant au Journal du soir dans la ville de Akureyri au Nord de l'Islande. Son patron lui demande d'aller faire un reportage état des lieux sur la région des fjords du Nord-Ouest du pays, à Isafjordur. Cette région est confrontée à la crise de la pêche, au chômage, à l'exode de sa population vers Reykjavik, la capitale.

Dans cette région reculée d'Islande où ordinairement il se passe rien... La veille de l'arrivée d'Einar, une vieille maison brûle dans circonstance suspecte, une tombe est profanée et peu de jours après Karl Olafsson, une ex-vedette de football reconvertie en homme d'affaire, et son copain d'enfance qui le suit comme son ombre Hallgrimur sont retrouvés dans un camping-car calcinés. Ce camping-car ayant été précédemment volé à des touristes lituaniens. Parallèlement à Reykjavik, le parlementaire Fjalar Teitsson a mystérieusement disparu, il a vécu pendant plusieurs années à Isafjordur. Étant sur place, Einar va en profiter pour mener son enquête autour de tous ces faits. Il va interviewer de nombreuses personnes de cette petite ville. En particulier, la Commissaire de la ville, Alda Sif Arngrimsdottir et le brigadier-chef Brandur Brandsson, qui deviendra son logeur. Il aura également de l'aide de la par d'une de ses collègue de Reykjavik. Le lecteur mène l'enquête en même temps qu'Einar et le suspense est préservé jusqu'aux dernières pages.

Ce que j'aime chez Arni Thorarinsson, c'est que le personnage principal de ces livres c'est l'Islande. Au fil des pages, on découvre un pays, une ville, une région, des Islandais. J'ai vraiment eu l'impression de faire un beau voyage en Islande, pays qui au fur et à mesure de mes lectures me fascine. J'ai vraiment passé un bon moment de lecture.

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Extrait : (début du livre)
UN VENDREDI DE LA FIN OCTOBRE
Je me réveille tôt le matin qui suit l’incendie. J’ignore complètement que l’événement s’est produit pendant la nuit.
Du reste, ça n’a pas la moindre importance. La maison brûle.
On ne sait jamais rien des projets et des manigances des gens un peu partout, que ce soit à l’autre bout du pays ou de l’autre côté du globe. Méfaits et bonnes actions. On ne sait même pas ce que trament les occupants de l’appartement d’à côté. Parfois, on s’interroge sur ceux qui nous sont les plus proches. Il arrive même qu’on aille jusqu’à douter de soi.
Il existe partout des énigmes irrésolues dont, pour la plupart, on ignore l’existence. Alors on passe sa vie à chercher des réponses. Mais comment diable résoudre un mystère dont on ne connaît même pas la nature ?
On reprend un peu de café, des cornflakes, et on jette un œil par la fenêtre. Voilà, c’est l’une de ces journées-là.

Surviennent alors trois gamins de douze ans qui croient tout savoir.
Vers midi, je rédige à grand-peine le quota d’articles que je dois expédier pour l’édition du week-end. L’info la plus importante est, encore une fois, un scandale lié à l’aménagement de la capitale du Nord : une petite maison privée doit-elle céder la place à un grand bâtiment construit par une société ? Les forces nationales en faveur du développement répondent évidemment que oui. Les valeurs économiques priment sur toutes les autres.
Mais je sais que les pages du Journal du soir ont soif de nouvelles autrement plus juteuses que cet abondant et banal muesli quotidien.
Quelqu’un frappe sur le chambranle de la porte et Asbjörn apparaît à l’entrée de mon placard. – Au fait, annonce d’un ton enjoué le directeur de l’antenne d’Akureyri, j’ai reçu la visite d’une charmante petite bande de jeunes gens entreprenants qui voudraient que notre journal parle d’eux.
Je lui lance un regard interrogateur.
– En effet, poursuit-il. Ce sont des petits gars géniaux. Ne sommes-nous pas toujours à l’affût de sujets humains attrayants et positifs ?
– Eh bien, à entendre le rédacteur en chef de Reykjavik, j’ai plutôt l’impression qu’il préférerait qu’on lui serve des thématiques humaines déprimantes et négatives.
Asbjörn secoue la tête et la chair de ses joues tremblote.
– Trausti peut bien se torcher lui-même. Le moment est venu de mettre en lumière les côtés sympathiques et positifs que notre jeune génération porte en elle. Tous ces gamins ne sont pas de futurs voyous abrutis à coup d’ordinateurs, ou des junkies. Il y a ici un grand nombre de jeunes créatifs qui débordent d’imagination et quand ils trouvent la manière adéquate d’exprimer leur talent, notre devoir est d’en parler, tout autant que du reste.
Ils s’appellent Ingi, Gudjon et Alex Thor. Assis au coin-café à l’accueil, silencieux et posés, ils m’ont l’air un peu tendus.
Asbjörn glisse sa bedaine derrière le comptoir et annonce avec un sourire tout en me désignant :
– Je vous présente Einar, c’est le journaliste qui va vous interviewer.
– Bonjour les gars, dis-je en m’installant face à eux. Que voulez-vous me raconter ?
– Nous venons de fonder une entreprise, explique Ingi, celui qui semble être le chef.
Il porte un bonnet bleu qui lui tombe sur les yeux, il a des cheveux roux, des joues bien rouges et rien d’autre sur le dos que son tee-shirt en dépit de la température extérieure qui avoisine zéro.
– Ça fait partie de l’actualité, n’est-ce pas ? me demande-t-il d’un air sérieux.
– Bien sûr que ça en fait partie, pépie Asbjörn par-dessus son ordinateur.
Vêtu d’un blouson à capuche noire, Gudjon adresse un sourire à Alex Thor, lequel porte une doudoune verte et s’exclame : “Yes !” Ils se frappent mutuellement la main, comme ils ont vu faire à la télévision. Sur quoi, ils m’annoncent qu’ils ont l’intention de proposer à leurs concitoyens un service de laveurs de carreaux.

Déjà lu du même auteur :

le_temps_de_la_sorci_re_1 Le Temps de la Sorcière le_dresseur_d_insectes Le dresseur d'insectes

Livre 21/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit' Viking_Lit

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05 novembre 2010

L’insomnie des étoiles – Marc Dugain

l_insomnie_des__toiles Gallimard – août 2010 – 226 pages

Quatrième de couverture :
Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l'Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d'un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l'avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s'acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu'elle lui révélera un secret autrement plus capital.

Auteur : Né en 1957, après avoir vécu les sept premières années de sa vie au Sénégal, Marc Dugain revient en France avec ses parents. Il intègre quelque temps plus tard l'Institut d'études politiques de Grenoble, où il étudie les sciences politiques et la finance, avant de prendre la tête d'une compagnie d'aviation. Mais l'écriture l'a toujours démangé. Aussi, il se décide à prendre la plume, et signe 'La Chambre des officiers' en 1998. Ce premier roman reçoit près de vingt prix littéraires et est adapté au cinéma. Il sort ensuite 'Campagne anglaise', 'Heureux comme dieu en France', 'La Malédiction d'Edgar' et plus récemment 'Une exécution ordinaire' (2007), et se constitue peu à peu un lectorat fidèle. Friand d'horizons lointains, Marc Dugain vit au Maroc depuis 2001.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
C'est le premier livre que je lisais de cet auteur. L'écriture est très belle. A travers ce roman, Marc Dugain évoque le nazisme. Le roman se déroule à l'automne 1945, au moment de la Capitulation. Nous sommes au sud de l'Allemagne, un lieu qui n'a pas été dévasté par les bombardements. Louyre, un capitaine français, astronome dans le civil, et ses hommes découvre une jeune fille de 15 ans affamée et seule dans une ferme abandonnée. Ils y trouvent également un corps calciné. Louyne va enquêter sur le passé de Maria Richter, la jeune fille et s'occuper d'elle et la protéger. Il est également intrigué par une maison de convalescence qui a été vidée de ses occupants pendant la guerre... Il pose des questions au maire de la ville et au curé, mais il n'obtient aucune réponse convaincante. Ce sont des lettres que Maria a reçu de son père et qu'elle n'a jamais pu lire faute de lunettes qui va lui donner des pistes pour comprendre le secret des lieux. Il va retrouver le docteur Halfinger, l'ancien directeur de la maison de convalescence, et lui faire subir un interrogatoire poussé, et lui faire avouer certaines horreurs du nazisme.

Ce livre nous fait ressentir une ambiance pesante et sombre, alors que la guerre est partout en Europe, Louyre a le sentiment d'avoir été oublié, il se sent désœuvré et il lui semble un devoir de comprendre qui est Marie et pourquoi était-elle seule dans cette ferme avec ce cadavre calciné. Les habitants de la ville sont silencieux. Ils cachent un terrible secret.
J'ai bien aimé cette histoire malgré la noirceur du sujet.

Extrait : (début du livre)
"Comment ai-je pu oublier, se dit Maria, c'est inadmissible. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même." Elle aurait voulu se gifler. Mais le froid s'en chargeait pour elle. Le début d'automne, timide et clément, s'était effacé pour laisser place à des journées glaciales. Il lui fallait déambuler dans les bois, courbée, le nez au ras du sol. A moins d'un mètre, elle n'y voyait pour ainsi dire que des ombres, des esquisses de formes surprenantes, parfois inquiétantes. Des visages se dessinaient dans la terre et leurs yeux immobiles et sévères se posaient sur elle avant de disparaître. Ces caricatures jonchaient le sol par centaines et, si son humeur l'y prédisposait, elle s'amusait à les effacer.

En cette fin d'automne, les couleurs s'étaient uniformisées, la nature se camou-flait. Il n'avait pas plu depuis deux jours, mais la terre suintait. Maria était aux aguets. Si les branches craquaient sous ses pieds, elle pouvait les ramasser. Celles qui se contentaient de grincer étaient encore trop vertes. Les dernières feuilles accrochées aux arbres tremblaient dans la brise. Rien ne cherchait plus à se distinguer, tout s'accordait à l'unisson dans un concert funè-bre et plat. Maria souffrait de toutes ses ex-trémités. Elle avait apprivoisé ces douleurs tenaces qui ne lui laissaient de répit que la nuit.

L'allée du bois conduisait à une plaine qui se confondait avec l'horizon. Elle fumait par endroits d'une brume légère et suspendue qui s'étirait parfois en d'étranges contorsions. Là où il y a encore quelques années on trouvait des cultures ordonnées, une steppe timide recouvrait ces longues étendues sans reliefs.

Chaque fois que Maria se penchait pour faire ses fagots, un filet au goût âcre, un mélange de sang et de salive lui coulait dans la bouche. Elle se relevait brusquement pour cracher. De temps en temps elle observait la lumière. A cette époque, le jour ne se levait jamais vraiment et se couchait avec la lenteur d'un grand malade.

L'adolescente parvint à ficeler une dizaine de fagots de bonne taille avant que la nuit ne lui impose cette oisiveté qu'elle redoutait au point de lui donner des palpitations. Avant que l'obscurité ne l'enferme tout à fait, elle allumait son feu dans un poêle en fonte né avec le siècle. Elle se blottissait près de cette forme qui prenait dans la pénombre des allures magistrales, imposant aux objets de la cuisine une autorité qui ne se desserrait qu'aux premières heures de la journée. Elle dormait dans un fauteuil à oreillettes où s'asseyait autrefois son arrière-grand-mère, une femme aux traits masculins. Sans ses cheveux gris ivoire tirés en chignon, rien ne la distinguait d'un homme, si ce n'est bien sûr sa robe noire épaisse qui traversait les saisons. De sa voix, Maria ne gardait aucun souvenir car la vieille femme prenait soin d'ordonner sans parler, d'un regard dur que percevaient même ceux qui lui tournaient le dos.

Maria dormait assise et se rapprochait du poêle pendant la nuit à mesure que la chaleur s'atténuait. Au petit matin, quand un premier rayon de lumière perçait le ciel, elle le ranimait avec deux grosses bûches qui se consumaient au cours de la matinée. Elle chassait les engourdissements en se rendant près des chevaux, deux grands oldenburgs efflanqués.

Livre 20/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

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