Lu en partenariat avec Folio

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Folio - avril 2017 - 187 pages

Gallimard - mai 2015 - 192 pages

traduit de l'espagnol par Robert Amutio

Titre original : También esto pasarà, 2015 

Quatrième de couverture :
Après la mort de sa mère, Blanca quitte Barcelone pour s’installer dans la maison de vacances familiale de Cadaqués. Sous le soleil de la Méditerranée, elle cherche l’apaisement. Une troupe disparate et invraisemblable l’accompagne : ses deux ex-maris, ses fils, ses amies Sofía et Elisa, son amant Santi et, bien entendu, sa mère, intellectuelle libre et exigeante. Blanca l’a tant aimée et tant détestée. Elle lui écrit mentalement une lettre et lui dit avec ses mots tendres, drôles et poignants, que face à la mort elle choisit la légèreté, l’été, la vie.

Auteur : Née en 1972 à Barcelone, ancienne élève du lycée français de Barcelone, Milena Busquets a travaillé pendant de nombreuses années chez Editorial Lumen, fondé par sa famille au début des années 1960. Après avoir créé sa propre maison d'édition, écrit un premier roman, travaillé pour un magazine people et comme attachée de presse pour une marque de mode, elle est aujourd'hui journaliste et traductrice de l'anglais et du français.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
La mère de Blanca est morte depuis peu, et pour affronter son deuil elle décide de partir en vacances à Cadaquès dans la maison de son enfance. Pour ne pas être seule avec sa douleur, elle invite également à l'accompagner ses enfants, ses deux ex-maris, ses deux amies Sofia et Elisa et Sadi, son amant, n'est pas loin, en vacances avec sa famille. Dans ce livre, Blanca s'adresse souvent à sa mère, elle revient sur leurs souvenirs communs... Pour parvenir à surmonter le chagrin de la perte de sa mère, Blanca se réfugie dans la légèreté et la frivolité... Le lecteur découvre tour à tour le quotidien d'une bande d'amis et famille en vacances au bord de la mer en été et les pensées graves et profondes de Blanca durant son deuil. 
Un livre qui se lit facilement, mais qui ne m'a pas vraiment intéressé... Je ne me suis pas attachée au personnage de Blanca dont la frivolité m'a dérangée... L'invitation à la plage que suggérait la couverture du livre n'a pas été à la hauteur de mes espérances. 

Merci Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Je ne sais pour quelle étrange raison, je n’ai jamais pensé que j’aurais un jour quarante ans. À vingt ans, je m’imaginais dix ans plus tard, vivant avec l’amour de ma vie et quelques enfants. Et je me voyais à soixante ans, faisant des tartes aux pommes pour mes petits enfants, moi qui ne sais même pas faire un œuf au plat, mais j’aurais appris entre-temps. Et à quatre-vingts ans, en vieille croulante, sifflant du whisky avec mes copines. Mais jamais je ne me suis imaginée âgée de quarante ans, ou même de cinquante. Et pourtant, me voilà. J’enterre ma mère et, en plus, j’ai quarante ans. Je ne sais pas très bien comment je suis arrivée jusqu’ici, ni jusqu’à ce village, qui, d’un coup, me fiche une envie horrible de vomir. Je crois que jamais de ma vie je n’ai été si mal habillée. De retour chez moi, je jetterai au feu tous les vêtements que je porte aujourd’hui, ils sont imbibés de fatigue et de tristesse, il n’y a plus rien à en faire. Presque tous mes amis sont venus, et quelques uns des siens aussi, et des personnes qui n’ont jamais été amies de qui que ce soit. Il y a beaucoup de gens, et il y a des gens qui ne sont pas là. Vers la fin, la maladie qui l’a sauvagement jetée à bas de son trône et a détruit sans pitié son royaume l’a rendue très chiante avec nous tous et, bien sûr, le jour de l’enterrement, ça se paie. D’une part, toi, la morte, tu les as pas mal emmerdés, et, d’autre part, moi, la fille, je ne leur plais pas trop. C’est ta faute, maman, bien sûr. Peu à peu, sans t’en apercevoir, tu as fait reposer sur mes épaules toute la responsabilité de ton bonheur qui chaque jour diminuait. Et cela me pesait, me pesait tellement. Même quand je me trouvais loin, même lorsque j’ai commencé à comprendre et à accepter ce qui se passait, même quand je me suis écartée un peu de toi en voyant que, si je ne le faisais pas, tu ne serais pas la seule à mourir sous tes décombres. Mais je crois que tu m’aimais, ni beaucoup ni peu, tu m’aimais un point c’est tout. J’ai toujours pensé que ceux qui disent « je t’aime beaucoup » ne vous aiment en fait qu’un peu, ou alors qu’ils ajoutent « beaucoup », qui dans ce cas signifie « un peu », par timidité ou par peur de la force du « je t’aime » qui est la seule manière de dire « je t’aime ». Ce « beaucoup » transforme « je t’aime » en un spectacle tous publics, alors qu’en réalité il ne l’est presque jamais. « Je t’aime », les mots magiques qui peuvent vous transformer en chien, dieu, cinglé, ombre. En plus, beaucoup de tes amis étaient des progressistes, des « gauchos », je crois que maintenant on ne les appelle plus comme ça ou alors c’est qu’il n’y en a plus. Ils ne croyaient pas en Dieu, ni en une vie après la mort. Je me souviens du temps où c’était la mode de ne pas croire en Dieu. Aujourd’hui, si vous dites que vous ne croyez pas en Dieu, ni en Vishnou, ni en la terre-mère, ni en la réincarnation, ni en l’esprit de je ne sais quoi, ni en rien, on vous regarde d’un air apitoyé et on vous dit  : « On voit bien que tu n’as pas atteint l’illumination. » Alors ils ont dû penser : « Je vais plutôt rester chez moi, assis sur le canapé, avec une bouteille de vin, à lui rendre mon hommage personnel, beaucoup plus transcendant que celui de la montagne avec ses connards d’enfants. Après tout, les enterrements sont juste une convention sociale de plus. » Ou quelque chose de ce genre. Parce que j’imagine qu’ils t’ont pardonné, s’il y avait quoi que ce soit à pardonner, et qu’ils t’avaient aimée.

 Challenge Voisins Voisines 
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Espagne