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mer
7 juillet 2010

Pirates – Michael Crichton

Livre lu dans le cadre du Partenariat avec Blog-O-Book et les éditions Robert Laffont

pirates Robert Laffont – juin 2010 – 301 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Bouchareine

Quatrième de couverture :
1665, la Jamaïque est une petite colonie britannique perdue au milieu des possessions de l'Empire espagnol.
Port Royal, capitale de l'île, n'est pas un endroit où s'établir si l'on veut vivre centenaire: c'est un véritable coupe-gorge où se bousculent aventuriers, loups de mer, filles de mauvaise vie et autres repris de justice. Du point de vue du capitaine Edward Hunter, cependant, la vie sur l'île est riche de promesses. Il faut juste s'y entendre un peu en matière de piraterie...

La rumeur circule justement qu'un navire chargé d'or est à quai dans le port voisin de Matanceros.
Gouvernée par le sanguinaire Cazalla, l'un des chefs militaires favoris du roi d'Espagne, l'île est réputée imprenable. Qu'à cela ne tienne! Hunter met rapidement sur pied une équipe pour s'emparer du galion. Une femme pirate, fine gâchette dotée de la meilleure vue des Caraïbes, un ancien esclave, muet doué d'une force herculéenne, un vieillard paranoïaque expert en explosifs, et le plus remarquable barreur du Nouveau Monde seront ses compagnons de voyage...

Auteur : Né à Chicago, Illinois le 23 octobre 1942, écrivain de science-fiction, Michael Crichton est surtout connu pour avoir produit et créé 'Jurassic Park' et la série à succès 'Urgences'. Diplômé de la Harvard Medical School, le jeune homme finance ses études grâce à ses écrits, qu'il signe de différents pseudos tels que John Lange ou Jeffery Hudson. Ses connaissances lui permettent de se spécialiser dans l'extrapolation alarmante des recherches scientifiques contemporaines. Il s'attire par exemple les foudres des climatologues et des associations de défense de l'environnement avec son roman qualifié de 'climatosceptique' 'Etat d'urgence'. L'auteur publie aussi 'La Proie', en 2002, un roman dont les héros sont de microscopiques robots - les nanorobots - qui se rebellent contre leurs créateurs et 'Congo', qui exploite le thème de la recherche diamantaire industrielle. Il a reçu en 1996, le prix de Showman of the Years remis par le magazine Variety qui distingue à la fois l'auteur, le producteur, le scénariste et l'homme de télévision. Avec plus de 150 millions de livres vendus à travers le monde, Michael Crichton est l'un des auteurs les plus populaires de la planète. Il est décédé à Los Angeles, Californie le 04 novembre 2008.

 

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Comme l'indique le titre de ce livre, il s'agit d'une histoire de pirates ou plutôt de corsaires…
1665, la Jamaïque est une colonie de la Couronne britannique. Le Capitaine Hunter a pour projet de capturer un galion espagnol et sa cargaison d’or qui mouille dans le port voisin de Matanceros. Il organise son expédition avec quelques personnages hauts en couleurs comme Lazue, une femme déguisée en homme qui a une vue perçante et qui prend du plaisir à tuer, Enders, chirurgien barbier, qui est un as de la navigation et qui sait lire la mer. Il y a aussi Bassa, le colosse noir muet, Don Diego dit Le Juif, le spécialiste en explosifs, et Sanson, le tueur français. L’impitoyable Cazalla sera là pour défendre les espagnols. Le récit d’aventure ne manquera pas de combats, de tempêtes, de naufrages, de vengeances, de trahisons…

Ce livre ressemble plus à un scénario qu'à un roman et il semble que Steven Spielberg soit intéressé par l'adaptation cinématographique. L’histoire n’est pas toujours crédible comme l’apparition soudaine d’un monstre marin… et je n’ai pas vraiment été convaincue par une histoire assez convenue, sans grande surprise…

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Robert Laffont pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 74)
Le Juif souleva un petit flacon de verre au goulot étroit.
- Mais avant que vous me jugiez mal, poursuivit-il tout en y versant une poignée de grenaille et quelques fragments de métal, avez-vous entendu parler de la Complicidad Grande ?
- Vaguement
- Mon fil fut accusé d'y avoir participé, expliqua le Juif tout en préparant sa grenade. Il avait abjuré la foi juive depuis longtemps et vivait à Lima, au Pérou, où il prospérait. Hélas, il avait des ennemis. Et le 11 août de l'année 1639, on vint l'arrêter sous prétexte qu'il continuait à pratiquer le judaïsme en secret.
Le Juif rajouta de la grenaille dans la bouteille.
- Il fut accusé de ne pas vouloir commercer le samedi, de ne pas manger de bacon à son petit déjeuner. Considéré dès lors comme judaïsant, il fut torturé. Et quand on lui mit aux pieds des fers chauffés à blanc, il finit par avouer tout ce qu'on voulait.
Le Juif remplit le flacon de poudre à ras bord et le scella avec de la cire.
- Au bout de six mois de prison, il fut brûlé vif avec six autres condamnés. C'est Cazalla qui commandait la garnison chargée d'exécuter cet autodafé. Les biens de mon fils furent confisqués. Sa femme et ses enfants... disparurent.
Le Juif considéra brièvement Hunter et essuya ses yeux larmoyants.
- Je ne vous raconte pas tout cela pour me plaindre. Je veux juste vous faire comprendre pourquoi j'ai fabriqué une telle arme.
Il souleva la grenade et y inséra une courte mèche.
- Vous feriez mieux de vous mettre à l'abri derrière ces arbres, ajouta-t-il.
Hunter obéit et regarda le Juif poser la bouteille sur un rocher, allumer la mèche puis courir vers lui comme un dératé.
- Que va-t-il se passer ? demanda-t-il.
- Vous allez voir, répondit le Juif et il sourit pour la première fois.
Subitement la bouteille explosa, projetant du verre et des éclats de métal dans toutes les directions. Les deux hommes s'aplatirent sur le sol en entendant les projections déchiqueter les feuillages au-dessus d'eux.
Quand Hunter releva la tête, il avait blêmi.
- Bon Dieu !
- Ce n'est pas une arme de gentilhomme ! reconnut le Juif. Elle ne cause vraiment de dommage qu'à ce qui est tendre, comme la chair.
Hunter le dévisagea avec curiosité.
- Mais les Espagnols ont mérité ce traitement, poursuivit Oeil noir. Alors qu'en pensez-vous ?
Hunter réfléchit. Tout son être se révoltait contre cet engin inhumain. Cependant, il partait avec soixante hommes capturer un galion en territoire ennemi. Soixante hommes qui devraient affronter une forteresse défendue par trois cents soldats, sans compter l'équipage du navire qui devait représenter deux ou trois cents combattants de plus.
- Fabriquez-m'en une douzaine. Emballez-les soigneusement pour le voyage et n'en parlez à personne. Ce sera notre secret.
Le Juif sourit.
- Vous serez vengé, Don Diego.
Sur cette promesse Hunter remonta sur son cheval et repartit
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5 juin 2010

Prodigieuses créatures - Tracy Chevalier

Livre lu dans le cadre du Partenariat  Blog-O-Book et Quai Voltaire /La Table Ronde

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prodigieuses_cr_atures Éditions de la Table Ronde – mai 2010 – 377 pages

traduit par Anouk Neuhoff

Présentation de l'éditeur :
"La foudre m'a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai" Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces "prodigieuses créatures" dont l'existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d'hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration. Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d'une rivalité, elle reste, face à l'hostilité générale, leur meilleure arme. Avec une finesse qui rappelle fane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l'histoire d'une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l'une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

Auteur : Née à Washington en 1962, après des études dans l'Ohio, Tracy Chevalier part en 1984 à Londres pour un séjour de six mois. Amoureuse des livres, elle reste finalement en Angleterre, y fonde une famille et commence à travailler dans l'édition. Pourtant, le virus de l'écriture, déjà côtoyé durant ses études, la rattrape. Après quelques cours d'écriture, Tracy voit ses écrits publiés dans le magazine Fiction, avant que son premier roman, 'La Jeune fille à la perle', ne lui apporte en 1998 un grand succès sur ses terres d'adoption. Confirmation dès lors que ses ouvrages se diffusent à grand échelle. Tracy Chevalier enchaîne, au début des années 2000, avec 'Le Récital des anges', 'La Dame à la licorne' puis 'La Vierge en bleu', et rencontre à chaque fois son public. Elle revient dans les librairies en 2007 avec 'L'Innocence'. Désormais, la sortie de chaque nouveau livre de Tracy Chevalier est un événement.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Un superbe roman à deux voix inspiré de l'histoire vraie de deux femmes du XIXe siècle Mary Anning et d’Elizabeth Philpot, elles étaient toutes les deux passionnées par les fossiles. Tout oppose Elisabeth Philpot et Mary Anning, leur milieu social, leur éducation, elles vont pourtant ensemble se passionner pour les "curios", ces prodigieuses créatures et découvrir les premiers fossiles le long des falaises du Dorset.
Mary est issue de la classe ouvrière, elle n'avait que 11 ans lorsqu'elle a découvert son premier ichthyosaure, un reptile marin vieux de 200 millions d'années qui ressemblait à un crocodile. Elle connait mieux que la plupart des scientifiques les fossiles et sans le savoir, ses découvertes vont bousculer les théories de la création.
Elizabeth Philpot est une vieille fille de la classe moyenne, elle a presque 20 ans et plus que Mary. Elle est originaire de Londres, elle a aussi une passion pour les fossiles, en particulier les poissons fossiles. Le lecteur les suit l'une et l'autre au rythme des marées dans cette quête aux poissons fossiles pour l'une et aux « créatures » pour l'autre.

En alternance, le lecteur lit le récit de Miss Philpot et celui de Mary Anning. On découvre une belle et véritable histoire d’amitié entre deux femmes, mais aussi la condition des femmes au XIXe siècle en particulier des célibataires ainsi qu'une communauté scientifique qui refuse de prendre au sérieux les femmes et qui minimise leurs découvertes. J'ai été touchée par ces deux héroïnes si sympathiques, passionnées et fortes face aux conventions de l'époque. Tracy Chevalier a su parfaitement décrire l'atmosphère des plages et des paysages du Dorset. A tout moment, je me suis imaginée accompagner Mary et Elizabeth dans leurs longues promenades sur la plage, le long des falaises. L'histoire est captivante et pleine d'émotions, ce livre est un vrai coup de cœur pour moi !

Un très Grand Merci à Blog-O-Book et Quai Voltaire / Éditions de La Table Ronde pour cette très belle découverte.

Pour en savoir plus sur Mary Anning (en français) et sur Elizabeth Philpot (en anglais)

 

Extrait : (page 15)
Mary Anning en impose par ses yeux. Ce détail m'a semblé évident dès notre première rencontre, quand elle n'était qu'une fillette. Ses yeux sont marron comme des boutons, et brillants, et elle a cette manie des chasseurs de fossiles de toujours chercher quelque chose, même dans la rue ou à l'intérieur d'une maison, où il n'y a aucune chance de trouver quoi que ce soit d'intéressant. Cette particularité la fait paraître pleine d'énergie, même lorsqu'elle reste sans bouger. Mes sœurs m'ont dit que moi aussi je jetais des coups d'œil alentour au lieu d'arborer un regard impassible, mais dans leur bouche ce n'est pas un compliment, tandis que dans la mienne, envers Mary, c'en est un.

J'ai remarqué depuis longtemps que les gens ont tendance à en imposer par un trait particulier, une partie du visage ou du corps. Mon frère John, par exemple, en impose par ses sourcils. Non seulement ils forment des touffes proéminentes au-dessus de ses yeux, mais ils constituent la partie la plus mobile de son visage, traduisant le cours de ses pensées tandis que son front se creuse ou bien se lisse. Il est le puîné des cinq enfants Philpot, et le seul fils, ce qui lui a donné la charge de quatre sœurs à la mort de nos parents. Une telle situation animerait les sourcils de n'importe qui, même si enfant, déjà, il était sérieux.

Ma plus jeune sœur, Margaret, en impose par ses mains. Bien que petites, elles ont, proportionnellement, des doigts longs et élégants, et de nous toutes c'est celle qui joue le mieux du piano. Elle est encline à onduler des mains en dansant, et quand elle dort elle étire ses bras au-dessus de sa tête, même lorsqu'il fait froid dans la chambre.

Frances a été la seule sœur Philpot à se marier, et elle en impose par sa poitrine, ceci, je suppose, expliquant cela. Nous, les sœurs Philpot, ne sommes pas connues pour notre beauté. Nous avons une charpente anguleuse et des traits accusés. De plus, la fortune familiale s'est avérée tout juste suffisante pour qu'une seule d'entre nous puisse se marier sans trop de difficultés, et Frances a remporté la course, quittant Red Lion Square pour devenir la femme d'un négociant de l'Essex.

Les personnes que j'ai toujours le plus admirées sont celles qui en imposent par leurs yeux, comme Mary Anning, car elles semblent plus à même de comprendre le monde et ses rouages. C'est par conséquent avec Louise, ma sœur aînée, que je m'entends le mieux. Elle a des yeux gris, comme tous les Philpot, et elle parle peu, mais quand son regard se fixe sur vous, vous y prêtez forcément attention.

J'ai toujours rêvé d'en imposer par mes yeux moi aussi, mais je n'ai pas eu cette chance. J'ai une mâchoire saillante, et quand je serre les dents - plus souvent qu'à mon tour, tant le monde m'indispose -, elle se crispe et s'aiguise comme la lame d'une hache. Lors d'un bal, j'ai surpris un soupirant potentiel à dire qu'il n'osait pas m'inviter à danser de peur de se couper contre ma joue. Je ne me suis jamais véritablement remise de cette observation. On ne s'étonnera pas que je sois une vieille fille, et que je danse si rarement.

J'aurais bien aimé passer de la mâchoire aux yeux, mais j'ai constaté que les gens ne changent pas de trait dominant plus qu'ils ne peuvent modifier leur caractère. Je dois donc m'accommoder de cette forte mâchoire qui rebute tant les gens, taillée dans la pierre comme les fossiles que je ramasse. Du moins le croyais-je.

J'ai rencontré Mary Anning à Lyme Regis, où elle a vécu toute sa vie. Je ne m'attendais certes pas à habiter cette ville. En effet, nous les Philpot avions grandi à Londres, en particulier à Red Lion Square. Si j'avais entendu parler de Lyme - comme on entend parler des stations balnéaires lorsqu'elles deviennent à la mode... -, nous n'y étions jamais allés. Durant l'été, nous nous rendions en général dans des villes du Sussex comme Brighton ou Hastings. Du vivant de notre mère, nous allions sur la côte aussi bien pour l'air pur que pour les baignades, car elle souscrivait aux vues du Dr Richard Russell, qui avait écrit une thèse sur les bienfaits de l'eau iodée : elle était vivifiante quand on s'y baignait et purgative quand on la buvait. Si je refusais d'en ingurgiter, j'acceptais cependant d'y nager. Je me sentais chez moi au bord de la mer, et pourtant je n'avais jamais imaginé que cela deviendrait un jour une réalité.

 

 

22 février 2010

Ocean's Songs – Olivier de Kersauzon

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Le Cherche-Midi – septembre 2008 – 252 pages

Le Cherche-Midi – septembre 2009 – 252 pages

Présentation de l'éditeur

Partant du principe que l'homme libre part pour apprendre et revient pour rendre compte, Olivier de Kersauson a décidé de raconter sa géographie maritime. Il fait le portrait de ses mers comme il pourrait dresser le portrait d'une femme. Il nous révèle, surtout, son destin singulier de skipper d'exception. Pour la première fois peut-être, dans Ocean's Songs, il se dévoile.

Auteur : Né à Bonnetable en 1944, Olivier de Kersauson est l'un des navigateurs français les plus connus au monde. Après dix années aux côtés d'Éric Tabarly, il est devenu le plus grand chasseur de records océaniques.

Mon avis : (lu en février 2010)

Olivier de Kersauson est à la fois un grand marin, une grande gueule et on le sais moins, un grand cœur. Dans son livre, il nous raconte avec beaucoup de poésies et de pudeur la mer, ses voyages, ses compétitions.

Il décrit avec beaucoup de poésie chacun des océans : Indien, Pacifique, Atlantique ainsi que la mer d'Irlande et la mer d'Iroise. Il raconte ses navigations avec Éric Tabarly, son amour pour sa Bretagne et pour la Polynésie... Il est aussi assez nostalgique... Ce livre est un très beau voyage !

En bonus dans l'édition que j'ai lu, un DVD avec un reportage de la série « Empreintes » de France 5 : Olivier de Kersauson 20000 lieues sur les mers que j'avais déjà vu à la télévision et beaucoup aimé.

Extrait : (page 66)

Ouessant, Sein, Molène, l'une des zones du monde où il y a le olus de bouées et de balises, de phares et de feux. Entre l'île de Sein, Le Four, Ouessant, la pointe Saint-Mathieu, le cap de la Chèvre, la pointe du Raz, tout n'est qu'un jardin d'épines sur une mer médiévale qui se défendrait contre les intrus. Au couchant, on dirait un orchestre des ténèbres où brille l'éclat des cuivres. Un accordéon de récifs sur lequel viennent culbuter les forts courants. C'est la mer des grandes nefs et des grandes orgues. A la limite du plateau continental, c'est alors la pointe qui s'avance. La chaussée de Sein, par exemple, où la terre s'étire du cap Sizun, comme un carnassier jusqu'au phare d'Ar-Men. Un chaussée bouillonnante. La climatologie n'est pas vraiment riante. Beaucoup de brumes, beaucoup de pluies, beaucoup de gros temps et énormément de tempêtes.

L'Iroise est une mer sanguine qui plante ses couverts dans la table. On ne rentre pas en mer d'Iroise par effraction. En plus, elle a souvent le poil hérissé. On est à 48°30' nord. Le très mauvais temps est souvent centré à 49°50', 48°51', parfois 47°. Il s'agit d'une zone météorologiquement très attaquée par les dépressions. Une zone hennissante qui ouvre son poitrail en hiver. Ici, la tempête est toujours sur le feu de la gazinière. Prête à être servie. Une zone où il ne faut jamais se fier à la pitié du ciel. C'est une zone de courant puissants. Le territoire des cailloux. Évidemment très peu empruntée par les plaisanciers. Les Anglais passent la pointe du Raz mais toujours en compulsant l'annuaire des marées. Et trois fois pour être bien certains que l'annuaire des marées. Et trois fois pour être bien certains que l'annuaire dit vrai. Il y a quinze mois, le remorqueur Abeille Bourbon a découvert un nouveau caillou parmi ces cailloux innombrables qui entourent Molène. La mer d'Iroise peut vous éborgner comme un rien. Cette mer est habitée par le vent. Naviguer dans le nord d'Ouessant par vents contre et courants de noroît prend des allures de lutte. Le passage du Fromveur est ce chenal qui passe dans le sud d'Ouessant, entre les phares de la Jument et Kéréon. Le courant approche les dix nœuds et le marnage dépasse les sept mètres en eaux vives. On embouque le Fromveur avec dix noeuds de vent, grand-voile haute. Tout va bien, la mer est belle. Soudain, le vent est à contre-courant. Vite, un ris ! Et puis il y a ces creux absolument maudits ! C'est une mer de souffrance, de pêche, de travail. Une mer qui meurtrit, blesse et mord jusqu'au sang. Donc, une mer de ressources.

Les pêcheurs ne peuvent pêcher de dix ou quinze jours par mois. Dès que la marée est au-dessus d'un coefficient de 80, pas moyen de mettre les filets. Le courant va tout emporter. Rien ne tient, rien ne résiste. La mer va tout déchiqueter.

31 janvier 2010

Terre Neuvas – Christophe Chabouté

A l'occasion du festival de la Bande Dessinée à Angoulême ce week-end,

je lis des BDs !

Terres_neuvas Vents d'Ouest – septembre 2009 – 120 pages

Présentation de l'éditeur

Chaque année des milliers de pêcheurs de morues partaient en direction de Terre-Neuve, vers des mers froides et dangereuses.
Durant ces longues campagnes qui pouvaient durer six à neuf mois, la maladie, les blessures, les noyades, l'hygiène déplorable, la saleté repoussante, la violence et l'alcoolisme étaient le lot quotidien de ces pêcheurs que l'on surnommait aussi les forçats de la mer. 3 avril 1913, après avoir navigué pendant trente-sept jours, la goélette la Marie-Jeanne et ses 28 hommes d'équipage arrivent enfin au large de Terre-Neuve... mais les poissons ne donnent pas. L'absence de bancs de morues présage une mauvaise pêche et un maigre salaire... Les tensions montent. L'ambiance à bord s'échauffe... Quand un matin, on découvre le corps inerte du second dans sa couchette, un couteau planté dans le dos... Autour du manche, un petit ruban de soie...
Chabouté nous immerge avec brio dans les conditions de vie extrêmes de ces marins du début du XXe siècle et signe un thriller captivant et inquiétant.

Auteur : Né en 1967, d'origine alsacienne, Christophe Chabouté publie en 1993 ses premières planches chez Vents d'Ouest dans les « Récits », un album collectif sur Arthur Rimbaud. En 1998, il réalise « Sorcières » au Téméraire et « Quelques jours d'été » chez Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au festival d'Illzach, le second à Angoulême où il décroche l'Alph' Art Coup de coeur. Avec « Zoé » paru en 1999 chez Vents d'Ouest, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité. Ce qu'il démontre avec encore plus d'évidence dans « Pleine Lune » qui a reçu le prix Extrapole 2001, le prix de la ville de Limoges, celui du meilleur scénario à Chambéry et deux nominations à Angoulême 2001. En 2001, il réédite « Sorcières » chez Vents d'Ouest, dont la moitié des nouvelles qui le composent sont inédites. Il publie la même année « Un îlot de bonheur » chez Paquet, album récompensé par une mention spéciale du jury œcuménique de la BD à Angoulême 2002. Il a collaboré à l'ouvrage collectif "Léo Ferré en BD" et surtout de publier "La Bête" dans la collection Intégra de Vents d'Ouest et "Purgatoire", en couleurs, pour la collection Equinoxe. En 2008, il publie "Tout seul".

Mon avis : (lu en janvier 2010)

« Tout seul » de Chabouté ayant été un vrai coup de cœur en 2009, j'étais très contente de pouvoir découvrir sa dernière BD.

Nous sommes en 1913, à bord de la goélette la Marie-Jeanne qui fait route en direction de Terre-Neuve dans des mers froides et hostiles. A bord, les pêcheurs de morues vont supporter durant six à neuf mois les dures conditions du bord, les blessures, la noyade, la saleté, la violence, l'alcoolisme... et la mort car un jour, le second est retrouvé poignardé. A l'aide de ses superbes dessins en noir et blanc, Chabouté nous entraine dans un huis clos sur ce bateau. L'ambiance devient au fil des pages de plus en plus tendue. Autour du bateau la mer est toujours là changeante, elle est calme ou menaçante et la brume est là aussi rendant l'atmosphère presque irréelle. L'intrigue n'est pas exceptionnelle, mais ici c'est plutôt l'ambiance qui importe. Le réalisme est si fort que le lecteur est embarqué sur la Marie-Jeanne. Un bel hommage à ceux que l'on surnommait les "forçats de la mer". A lire sans attendre !

Extrait : (les premières pages)

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Déjà lu du même auteur : tout_seul Tout Seul

Lu et en compétition au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême 2010 :

magasin_general5 Magasin général tome 5 : Montréal - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

21 décembre 2009

Testament d'un paysan en voie de disparition – Paul Bedel et Catherine Ecole-Boivin

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Préface de Claudie Gallay

Presse de la Renaissance – octobre 2009 – 250 pages

Quatrième de couverture :

« Je suis heureux avec rien, avec rien de ce qui s'achète mais aussi avec rien de ce qui se voit... »

Et si Paul Bedel, paysan de la pointe de la Hague reste par choix à la traîne du progrès, vous racontait sa vie d'agriculteur ? S'il vous révélait ses " houoles ", ses coins pour pêcher le homard ? S'il vous présentait ses vaches, Echalote, qui " sentait l'oignon " ou Copine, " toujours sympa avec tout le monde "? S'il vous parlait " des choses qui n'arrivent qu'aux vivants ", de ses coups de gueule, de ses coups de vie? Avec le succès du livre Paul dans les pas du père et du film Paul dans sa vie, Paul Bedel est devenu le passeur d'un monde en voie de disparition. Chaque année, des centaines de personnes lui rendent visite pour l'entendre témoigner de ce choix de vie, celui d'une existence toute simple. Avec ce Testament, Paul Bedel vous invite vous aussi à boire une tasse de café accompagnée de petits-beurre, sur une table en bois patinée par les ans, et à l'écouter. En refermant ce livre, vous aurez le sentiment d'avoir rencontré un homme bon, serein et clairvoyant. L'impression de la terre, son silence et sa liberté.

Auteurs :

Paul Bedel pensait que sa vie n'avait servi a rien, puisqu'il n'a pas eu d'enfants. Mais à 79 ans aujourd'hui, il est invité à des dizaines de conférences et a accueilli plus de 7 000 visiteurs chez lui, à la Hague.

Catherine Ecole-Boivin, originaire de la Hague, vit à Nantes. Elle est historienne et mémorialiste. Testament d'un paysan en voie de disparition est son onzième ouvrage consacré aux paysages humains de sa région.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

C'est avec le film « Paul dans sa vie » que j'ai fait connaissance pour la première fois avec Paul ce paysan atypique de la Pointe de La Hague.

Dans le livre, je l'ai retrouvé égal à lui-même. Il est maintenant à la retraite et il raconte ses souvenirs à Catherine Ecole-Boivin. Il nous parle du temps qui passe, de sa vie de paysan, de ses vaches, une vie de travail dans un environnement magnifique entre terre et mer, de son plaisir d'aller à la pêche dans ses rochers. Il nous confie aussi certains de ses secrets... Il nous parle de son pays d'Auderville à la pointe de La Hague.

C'est plein de poésie et Paul est un homme d'une grande gentillesse, plein de bon sens, de malice, terriblement sensible et attachant. Je vous encourage vraiment à lire ce livre et surtout à voir le film « Paul dans sa vie » réalisé en 2006 par Rémi Mauger.

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Description : Paul Bedel aura bientôt soixante-quinze ans. Il est vieux garçon, paysan, pêcheur et bedeau. Il vit dans une ferme d'un autre âge avec ses deux sœurs cadettes, célibataires elles aussi. Cette année, ils raccrochent : «Ça va faire un vide dans le paysage...». Leur territoire, c'est le cap de la Hague. L'air y est vif, les vents imprévisibles, le granit rugueux, l'horizon immense. Ici, Paul a résisté aux sirènes de la modernité, soucieux de préserver et cultiver son lien à la nature. Au XXIe siècle, il nous l'offre en héritage.

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C'est grâce au film "Paul dans sa vie" que j'ai voulu découvrir le nord Cotentin en août 2008.

Extrait : Le temps

J’suis un paysan sans histoire, un matériel d’avant guerre, né le 15 mars 1930 «à la ferme», dans une petite commune de la Hague, au bout de la terre d’Auderville.

Je m’appelle Paul Bedel.

Jeune sacristain, quand je sonnais le trépas, je souriais sans penser à mon dernier moment. Je tirais à bras, ça tirait dur. C’est long, quand t’es seul pendu au bout d’une corde ! Pauvre Gusto ! Le corps suivait, je rendais hommage à ma manière au bonhomme ou à la bonne femme s’envolant pour le paradis. Ça pouvait durer jusqu’à une demi-heure, suivant le niveau social de la personne morte. Ça et le travail de la terre, ça m’a fait les muscles et les os. Maintenant qu’on est au tout-électrique, j’actionne trois manettes et j’annonce. Chacun dorénavant a le droit au même temps de cloches. Notre campanile en possède deux. C’est pas plus mal, le même temps pour tous, puisque, dans le cimetière, t’es plutôt dans le bas niveau pour tout le monde.

À vrai dire, aujourd’hui je gagne quelques minutes sur ma retraite de paysan, car je suis très occupé. Mes heures sont comptées de par tous les bouts de par où je me trouve, dans mes activités comme dans ma vieillesse.

Trois tours de chaque bitoniau, et les cloches sonnent seules. J’écoute si elles démarrent, elles carillonnent faux parfois. Puis je referme la sacristie, je glisse la clé dans mon paletot, je me signe à genoux.

Dehors, je prends un coup de vouêtie (vent frais), je replace ma gapette sur mes oreilles. Mes pas crissent sur le gravier blanc du cimetière. Je me dépêche, brimbalant ma silhouette crochue d’avoir trop porté sur mon dos.

Je déboule dans ma rue.

Un petit regard vers la mer, une bonne brise court sur l’eau. Un petit coup d'œil sur ma girouette en forme de vache sur mon étable, je hume l’air à la manière de mes ancêtres, de l’homme qui sait parce qu’il a regardé. Les vents n’ont pas changé.

Un bonjour pincé à une vaésaine (voisine) qui promène son pulvérisateur, son chien. Il pisse sur notre bel hortensia dont maintenant les feuilles ont cuit. Heureusement elle ne vient que le week-end ! En semaine, la pauvre plante tente de reprendre le dessus.

Je rentre à la maison, le téléphone sonne déjà ! Un des paroissiens m’appelle pour me demander :

— Paul, c’est qui qu’est mort ?

Invariablement je réponds :

— Ben c’est pas moi !

Actuellement, cette petite blague me donne encore bien du plaisir, t’as pas idée. Si tu réponds au téléphone encore haletant d’avoir galopé jusqu’à l’église, tu te dis que t’es encore vivant. Et l’autre, au bout du fil, te rouspète :

— Veux-tu être sérieux, Paul ! J’sais que c’est pas toi qu’es mort puisque tu me réponds, bougre d’innochent !

Certain que dans la vie vaut mieux être un nigaud vivant qu’un nigaud mort ! Seulement dans les autres communes, Paul sonne pas le trépas.

Parfois je reçois des coups de fil peu réjouissants. La roue tourne pour les êtres aimés.

Pour moi qui arrive à échéance, ce sera un autre jour.

Extrait : L’horloge

Notre horloge «Marchand d’Equeurdreville», poids en fonte bien lourds, est née avant moi, j’ai pas connu sa naissance mais elle a accompagné la mienne. La matrone du village, l’accoucheuse, a regardé ses aiguilles au moment où je suis venu au monde, dans la maison où je vis encore. Notre vieille caisse vient des anciens, des arrière-grands-parents, même plus vieux peut-être. Elle a réglé ma vie et marche à l’heure solaire. Françoise, ma soeur née en 1937, la remonte chaque semaine en râlant la même phrase :

— Vieille garce, dire que la semaine est passée !

En marquant notre temps elle rythme notre semaine de huit jours, celle venant de dégringoler et on repart pour une autre. Le temps, ça passe, ça décline, en revanche ça paraît quand même moins à l’heure solaire. Notre horloge en dit long sur l’échéance de nos existences qui nous poursuit comme un huissier de justice. Elle possède un petit décalage, très léger, j’ai bricolé le rivelin, le filin usé, rendu mou avec les années. J’ai entortillé un vilain nœud. Elle déconnait trop, ça nous mettait en avance !

Et chez nous, nous aimons prendre notre temps.

Il y a quinze ans, elle a connu un événement grave. Quand je l’ai vue sur la table, éventrée, en morceaux, j’ai pensé :

— T’es raide, ma pauvre vieille !

Certainement qu’on ne choisit pas sa mort, l’horloge n’avait pas choisi sa panne, l’usure à l’évidence. Quelqu’un de ma famille l’a prise chez lui sous son bras. Il a joué au dentiste avec elle, faut dire qu’il est doué pour réparer.

Le rouage, comme les mâchoires des vieux, avait perdu une dent, un cran de cuivre indispensable à son mécanisme. Ce cran mâchouillé l’empêchait de se réenclencher, alors il lui a rectifié le dentier. Un bon coup de lime et hop ! elle est repartie comme en quarante. Je la jalouse un peu depuis, mes mauvaises dents broyées m’obligent à mâcher du côté droit, je devrais aller chez le dentiste, mais j’ignore si des fois ça vaut le coup de réparer une bagnole en fin de course comme moi, enfin bref, je ne mâche plus que d’un côté. L’horloge, elle, depuis son séjour chez son chirurgien d’occasion, a toujours ses deux mâchoires intactes.

Les vieilles garces, on le sait, ont la peau dure !

Durant quelques jours, lors de sa réparation, on a été privés du tic et tac. Maman n’arrivait plus à tricoter, le tic-tac des secondes lui manquait, elle sautait les points de son tricot depuis si longtemps rodé à son mécanisme. Lorsqu’on vidait la maison pour les cllos, nos champs, et qu’on partait bosser tous les trois, mes deux sœurs et moi, la pauvre maman se sentait abandonnée dans ce silence. À notre retour elle nous demandait avec impatience :

— Mais quand est-ce qu’elle revient, la vieille ?

L’horloge, pour elle, ça lui faisait une compagnie, un bruit de fond dans la maison.

L’horloge, une fois revenue, a hérité d’un faible décalage, un mal pour un bien car maintenant, naturellement, elle s’est mise à l’heure terrestre. À croire qu’elle sait compter. On entrevoit un léger écart, c’est perceptible depuis des décennies. Cet écart dont on parle parfois dans les émissions des savants.

D’ailleurs, il y a soixante-dix ans le soleil se levait un peu plus décalé par rapport à la Vierge qui, elle, n’a pas bougé, placée sur notre cheminée. Le soleil passe par le même carreau de fenêtre mais avec deux centimètres de différence. Je l’ai observé.

Notre grosse caisse se prend pour la pendule universelle et joue de la musique. Elle sonne les demi-heures en tintant d’un coup, et les heures par autant de dong que le nombre d’heures. Pour les heures, elle recommence son tintamarre une minute après avoir sonné la première fois, comme ça quand tu dors, si t’as pas compris l’heure qu’il est, elle te le rappelle : dong, dong, dong, dong, dong, avec pour finir un léger couinement de cinq heures. De ton lit, tu as beau l’engueuler, elle recommence son tintamarre, tu n’as plus qu’à te mettre le traversin sur les oreilles.

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8 juillet 2009

Les Naufragés de l'île Tromelin – Irène Frain

les_naufrag_s Michel Lafon – février 2009 – 371 pages

Grand prix du roman historique en 2009

Présentation de l'éditeur
Un minuscule bloc perdu dans l'océan Indien. Cerné par les déferlantes, harcelé par les ouragans. C'est là qu'échouent, en 1761, les rescapés du naufrage de L'Utile, un navire français qui transportait une cargaison clandestine d'esclaves. Les Blancs de l'équipage et les Noirs de la cale vont devoir cohabiter, trouver de l'eau, de la nourriture, de quoi faire un feu, survivre. Ensemble, ils construisent un bateau pour s'enfuir. Faute de place, on n'embarque pas les esclaves, mais on jure solennellement de revenir les chercher. Quinze ans plus tard, on retrouvera huit survivants : sept femmes et un bébé. Que s'est-il passé sur l'île ? À quel point cette histoire a-t-elle ébranlé les consciences ? Ému et révolté par ce drame, Condorcet entreprendra son combat pour l'abolition de l'esclavage.

Auteur : Née à Lorient en 1950, femme de lettres française, Irène Frain, de son vrai nom Irène Frain le Pohon, se consacre totalement à l'écriture après la publication de son roman 'Le Nabab’ pour lequel elle obtient le prix des Maisons de la presse en 1982. L'auteur, qui se dit fortement marquée par son origine bretonne, est agrégée de lettres classiques en 1972. Le début de sa carrière est marqué par son rôle de professeur qu'elle tient au Lycée et à la Sorbonne. En 1976, la jeune femme publie son premier ouvrage 'Quand les Bretons peuplaient les mers'. S'ensuit 'Les Contes du cheval bleu les jours de grand vent'. Très vite, elle se rend compte qu'elle est faite pour écrire. Son roman 'Le Nabab', écrit d'après la vie de René Madec, la lance pleinement dans l'écriture. Forte de cette reconnaissance, elle publie une vingtaine d'ouvrages dont 'Secret de famille' qui reçoit le prix RTL Grand public 1989. On notera aussi sa collaboration avec l'illustrateur André Juillard pour son roman 'La Vallée des hommes perdus'. Dotée d'une carrière bien remplie, Irène Frain est aujourd'hui une femme de lettres reconnue par le monde de la littérature.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est la rencontre d'Irène Frain avec Max Guérout, capitaine de vaisseau passionné d'archéologie, qui est à l'origine de ce livre. Il nous raconte une histoire vraie, bouleversante et passionnante : des faits réels peu glorieux pour les autorités de l'époque.
L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales est parti de Bayonne le 17 novembre 1760 avec un équipages de 143 hommes. Après un arrêt à Madagascar pour charger une cargaison clandestine de 160 esclaves, le navire fait naufrage sur l’île de Sable (île de Tromelin), le 31 juillet 1761. Il y aura 122 rescapés dans l'équipage ainsi que 88 esclaves, mais durant les premiers jours 28 esclaves vont mourir de soif. Les hommes creuseront un puits et trouveront de l'eau saumâtre mais potable. Avec les restes de l'épave de L'Utile, les marins vont construire un bateau avec l'aide des esclaves. Mais le bateau de trente-deux pieds de long par douze pieds de large ne pourra embarquer que les français et le 27 septembre, ils quittent l'île en abandonnant les malgaches avec 3 mois de vivres et la promesse de revenir les chercher. Mais le gouverneur de l'Ile de France (île Maurice actuelle) refuse d'honorer la promesse faite. Et ce n'est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776 que La Dauphine et le capitaine Tromelin, récupéra les survivants : sept femmes et un bébé de huit mois.

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J’ai trouvé formidable le travail de nombreuses personnes (archivistes, archéologues) qui se sont plongés dans les archives pour retrouver ce qu’il s’est vraiment passé en 1761. Le récit fait revivre avec une incroyable vérité les personnages de cette aventure humaine extraordinaire. Nous revivons avec eux toutes les péripéties et après avoir fermé ce livre je n'ai eu qu'une envie, c'est vouloir partager ce morceau d'histoire de France avec mes proches ou d'autres lecteurs. A lire absolument !

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L'île de Tromelin, autrefois appelée île de Sable, est l'une des terres les plus isolées de l'océan Indien. Elle est située à 450 km à l'est de Madagascar et à environ 560 km au nord de Maurice. Elle est longue d'environ 1700 m et large d'environ 700 m et d'une superficie à peine supérieure à 1 km². Elle est entourée de fonds de l'ordre de 4000 mètres. Ses coordonnées sont : 15°53' de latitude Sud et 54°31' de longitude Est. L'île Tromelin fait partie des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Depuis plus de quarante ans, l'île abrite une importante station météorologique, les météorologistes, qui y travaillent, sont les seules personnes qui vivent sur l'île. Il y a une piste d'atterrissage pour avions. La flore y est assez pauvre. Classée réserve naturelle, Tromelin abrite des tortues de mer et et de nombreux oiseaux de mer : Frégates, fous masqués, fous à pied rouge, huîtriers, parfois sternes et paille-en-queue.


Pour plus de détails sur le livre, voir le site suivant : http://www.lesnaufragesdeliletromelin.fr


Vidéo sur la mission archéologique : "L'Utile 1761 esclaves oubliés" réalisée par l’Inrap (Institut National de recherches archéologiques préventives)

vestiges

vestiges du campement des esclaves oubliés

Extrait : (début du livre)

L’île est le sommet émergé d’un vieux volcan sous-marin. Il s’est éteint il y a des millénaires. La lave a bouché l’orifice de sa cheminée. Comme il se trouvait à fleur d’eau, les coraux l’on vite colonisé.

Sous les vagues, les pentes du volcan sont très raides. A deux encablures de l’île, l’abîme commence. Et les grandes houles, les courants sans fin. Il faut vraiment jouer de malchance pour se retrouver sur ce bloc de corail cerné par les déferlantes. Ou n’avoir peur de rien.

Pour pouvoir en repartir, il faudra aussi compter sur l’inconscience. A moins de chercher son salut dans l’énergie du désespoir. Nul ne s’est jamais installé ici. L’île est sans mémoire. Seuls les ouragans laissent leur trace dans les sables. Le reste va vite se perdre dans le vent, le tonnerre des lames qui, sans relâche, harcèlent les récifs. Nuit et jour, la mer bat. Elle flanche rarement. Même lorsqu’il fait beau. Quand elle consent à se calmer, c’est presque toujours dans les heures qui précèdent un cyclone. Ensuite, elle se déchaîne comme jamais, jette à l’assaut de l’île des vagues géantes qui l’engloutissent aux neuf dixièmes. Elle ne reflue qu’une fois l’ouragan passé. Pour recommencer comme avant. Même pouls méchant, têtu, mêmes lames qui frappent, fracassent et brisent, déferlent er redéferlent, frappent encore, roulent et cassent, broient, éparpillent, émiettent, s’acharnent contre cette minuscule plaque de corail perdue au cœur de l’océan.

Mais l’île est ultra dure, elle tient. La seule victoire que la mer ait jamais remportée sur elle, c’est d’empêcher les madrépores de former un rempart assez haut pour casser l’élan des déferlantes. Ici, pas de couronne de coraux, pas de lagon à l’abri des houles accourues du pôle Sud, longues et féroces – depuis l’Antarctique, elles n’ont  trouvé aucun obstacle. A quelques mètres du rivage, rien qu’un long récif frangeant que la mer mouline peu à peu en sable. Mais là encore, rien à voir avec la fine et douce farine des atolls des mers du Sud. Celui-ci est grenu, grumeleux, râpeux.

23 mai 2009

OPA sur le Vendée Globe – Alain Bach

OPA_sur_le_vend_e_globe Orbestier – novembre 2008 – 215 pages

Présentation de l'éditeur
Le Vendée Globe est une des plus grandes courses du monde à la voile en solo et sans assistance. Tous les 4 ans les concurrents s'élancent pour ce challenge unique aux couleurs, souvent prestigieuses, de ceux qui financent leurs monstres de course. Epreuve d'endurance et de courage mais aussi enjeux importants entre les sponsors pour remporter la victoire médiatique. Dans " OPA sur le Vendée Globe ", Alain Bach nous fait partager le combat héroïque d'une skippeure sablaise. Sa course autour du monde en solitaire devient, progressivement, l'enjeu de luttes implacables et violentes entre deux multinationales de la haute finance dont l'une est prête à tous les coups bas pour réussir à s'assurer le contrôle de l'autre. Une aventure humaine magnifiquement documentée dans le monde rude de la haute compétition en mer et dans celui des requins de la haute finance internationale.

Biographie de l'auteur
Alain Bach vit en Vendée, aux Sables d'Olonne. S'il écrit depuis plus de 15 ans, sa passion pour l'écriture romanesque n'est apparue qu'en 2001 avec un premier roman aux éditions d'Orbestier : " l'Or de Brocéliande " qui fut distingué par deux prix littéraires. Alain Bach dirige, dans l'Ouest, des enquêtes publiques auprès des collectivités territoriales dans les domaines de l'environnement ou de l'aménagement foncier. Son métier l'amène à côtoyer tous les milieux et constitue sa principale source d'inspiration.

Mon avis : (lu en mai 2009)

Comme l'indique son titre, ce roman est construit autour de deux thèmes : tout d'abord le mythique Vendée Globe, course à la voile, autour du monde et sans escale, réservée aux navigateurs solitaires mais aussi la bourse avec l'OPA (offre publique d'achat) d'un sponsor sur un autre sponsor. La partie financière du roman a été plutôt obscure pour moi et ne m'a pas vraiment intéressée. La partie course m'a beaucoup plu, l'héroïne de l'histoire est Marie-Pierre, navigatrice professionnelle, qui part avec plusieurs handicaps : elle a un bateau vieillissant mais surtout elle est au prise avec des problèmes psychologiques. Elle est très courageuse et pleine de détermination, elle va brouiller les cartes en gagnant la bataille de la communication.

Ce livre se lit assez bien et est très distrayant. J'ai toujours aimé les livres d'aventures autour de la mer.

Extrait : (début du livre)

Mars en Vendée (J - 620)

Rendues ivres par le vent du nord, les poubelles titubaient, tombaient et vomissaient leurs déchets sur les quais déserts de La Chaume. De violentes bourrasques mêlées à une fine pluie cinglante harcelaient la nuit et faisaient miauler les fils électriques. Les longues et fines hampes des réverbères agitaient leurs grosses ampoules en un ballet fantasmagorique pendant que, du bout du quai, vers la jetée, parvenait la rumeur grondante de l’armée des vagues.

Étienne regrettait amèrement l’absence d’une capuche sur son imperméable. Il sentait les gouttes de pluie glacée lui piquer le visage comme de fines aiguilles et enfonçait ses poings dans les poches avec d’autant plus de vigueur que l’air et l’eau lui gelaient le corps.

« Troisième bistrot à droite après la boulangerie… ça fait un moment que j’aurais dû le trouver! Même pas un pingouin à qui demander! » Étienne était furieux : lui, le jeune cadre parisien dynamique portant beau la quarantaine, chouchou de son grand patron. Lui, dont le bureau, climatisé toute l’année, donnait sur la Seine et la tour Eiffel. Lui, qui faisait glousser les petites secrétaires de l’état major de la firme. Lui, qui veillait à toujours assortir ses mi-chaussettes en fil d’écosse avec sa cravate en soie ! Eh bien lui, il avait de la flotte plein les chaussures et le moral qui barbotait dedans.

- Mais où est ce fichu bistrot ? se surprit-il à dire à haute voix.

Une camionnette passa à vive allure, provoquant une gerbe d’eau qu’il ne chercha pas à éviter. Il en était à ce point de fatalisme que même ce genre d’incident ne comptait plus vraiment.

Place Anselme Maraud, sur le quai des Boucaniers, une devanture rappelait vaguement celle d’un café des années trente. Sur la vitre, au-dessus de petits rideaux douteux, une grande inscription en lettres anglaises blanches s’étalait à mi-hauteur : « Chez Lili et Marcel, sandwichs à toute heure ». De quoi alpaguer le chaland qui aurait l’âme gelée et qui chercherait désespérément un peu de chaleur humaine ou son lot d’alcool ! L’absence de néon racoleur — un simple éclairage intérieur aux reflets jaunes — et la présence de quelques guéridons vieillots, confirmaient la première impression. Un comptoir en placage d’acajou protégeait une série d’étagères remplies d’une collection de bouteilles ; leur grande variété de formes et d’étiquettes témoignait de la vaste culture éthylique des clients autochtones.

Il entra, précédé d’un bruit de vieux grelot asthmatique. Quelques têtes se tournèrent vers la porte d’entrée. Derrière le bar, une cigarette coincée sur l’oreille, un homme torchonnait des verres avec la conviction d’un pré-retraité : Marcel, le « patron », visiblement. Il avait le nez délicat de ces barmen attentifs à leur clientèle dépressive. Le nez — Étienne ne vit que lui — donnait une cohérence lamentable à l’ambiance déprimante de cet estaminet hors d’âge. Son propriétaire devait rarement oublier de se servir un petit rouge « limé » pour accompagner, par compassion, une malheureuse histoire. Et il y en avait sûrement beaucoup, ici, de malheureuses histoires !

Enfin à l’abri, un « déca » fumant sur le comptoir, Étienne lança un regard circulaire dans la salle. Quatre anciens en casquette de marin bousculaient des cartes en communiquant à l’aide de grognements, tandis qu’un grand maigre s’accrochait au comptoir en soliloquant à voix basse. Il n’y avait personne d’autre…

« Diable, se dit Étienne, elle est sans doute en retard! » Il haussa les épaules. « Avec un temps pareil ! » Il s’était demandé comment trouver Marie-Pierre Rousseau dont il n’avait pas réussi à obtenir l’adresse. Il était venu tout exprès de Paris dans l’espoir de la rencontrer. « Tu verras, lui avait-on dit, pas moyen de la rater, elle habite quelque part aux Sables d’Olonne, on ne sait pas où. Elle est systématiquement dans ce bar de La Chaume en fin de journée, chez Lily et Marcel. »

Les gens devraient se méfier des mots. L’habituel n’est pas forcément systématique : visiblement, la Rousseau n’était pas dans son lieu de prédilection !

« Elle fait une cure, avait-on continué à lui expliquer avec un sourire en coin. Pour ne pas mourir elle se soigne à l’eau-de-vie. À la fermeture, elle est assez chargée pour dormir jusque tard dans la matinée. Elle ne mange pas. Elle est épaisse comme une sauterelle du Niger. Fais gaffe, elle ne parle pas facilement et ne veut l’aide de personne ! Franchement, une femme pareille, dans cet état et au RMI ! C’est incroyable, non ? »

Oui, vraiment, il était incroyable que la femme la plus adulée du monde de la voile, vainqueure à vingt-huit ans d’une solitaire du Figaro, d’un tour de France à la voile, de la Lorient – Saint Barth de la même année, devenue la navigatrice la plus prometteuse de son époque, se soit effondrée, disloquée psychiquement l’année suivante au cours du Vendée Globe. Elle était en seconde position derrière Loïc Le Guennec et remontait très fort sur lui. Mais elle fut disqualifiée, suite à une dénonciation de Le Guennec, pour non-respect de la réglementation.

Une affaire obscure, jamais vraiment élucidée, malgré les explications de Le Guennec. Curieusement Marie-Pierre Rousseau avait authentifié la version du dénonciateur. Le comité arbitral de la course l’avait éliminée, ce qui avait clos le débat. La presse avait vendu pas mal de papier autour de cette histoire. Un large public, sympathisant de la malheureuse navigatrice, estimait la « gagne » rageuse de Le Guennec outrancière.

Après quoi, cette jolie femme de formation « ingénieur » au sourire malicieux, brune, mince, nerveuse et endurante, avait disparu des circuits, du jour au lendemain. Quatre mois auparavant elle était réapparue aux Sables d’Olonne, sa ville natale. Mais dans quel état ! Alcoolique à l’avant-dernier degré, sans le sou, abandonnée de tous, y compris de sa famille, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Après des débuts si prometteurs, qui aurait pu prévoir une telle déchéance ? Elle était hébergée quelque part à la Chaume sans que personne ne sache vraiment où.

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