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25 mars 2009

La Belle maison - Franz Bartelt

la_belle_maison Le Dilettante – février 2008 - 192 pages

Présentation de l'éditeur
Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n'est pas parce qu'on n'a rien qu'on n'a rien à cacher.

Biographie de l'auteur
Franz Bartelt est né au bord de la Seine de Maupassant, a grandi au bord de la Vence de René Daumal et vit au bord de la Meuse d'Arthur Rimbaud. Sans doute est-ce pourquoi il a développé un certain respect pour l'eau qui coule, le goût de la littérature qui en découle et le regret, à mesure qu'il prend de la bouteille, de n'avoir pas vu le jour dans des régions viticoles.

Mon avis : (lu en mars 2009)

Ce livre se lit très facilement, c'est une fable sociale moqueuse et cruelle avec des personnages hauts en couleurs : le maire mégalo-maniaque, sa femme hypocondriaque, Chéchème l'épicier... C'est la chronique d'un village rurale Cons-sur-Lombe qui a les ambitions d'une grande ville.

J'ai trouvé très attachant le couple formé par Mortimer et Constance Boulu que tout le monde appelle Capouilles et qui se tiennent à l'écart de ce village qui se veut si parfait. Ils font désordre et le maire veut leurs faire une grande surprise en leur offrant "La Belle Maison" que tout le village aura rénové bénévolement.

Mais peux-t-on faire le bonheur des gens malgré eux ?

Le lecteur va découvrir ce que ne sait pas le village, Mortimer et Constance ont un secret... Ils aiment et lisent de la poésie. Ils ont même une certaine complicité avec les poètes puisqu'ils les nomment par leurs prénoms (Paul, Arthur...) "Ainsi, à l'instar de bien des humains qui savent ce qui est bon, ils recevaient les poètes à domicile, sans cérémonie, en pure amitié."

Extrait : Avec près de deux mille habitants, une place équipée de sept bancs de couleur, d’un jet d’eau et d’un abri bus pourvu d’un plan de la commune, avec également une salle des fêtes de dimensions respectables, une église remarquable pour des raisons mystérieuses, des barbecues municipaux ouverts à tous et des toilettes publiques à participation de l’usager, Cons-sur-Lombe était un village qui se donnait des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières que rappelaient, devant la mairie, quelques anciennes machines agricoles, désormais exposées sur des socles de béton : « Afin que nul n’en ignore », disait le maire, M. Balbe, un homme qui aurait pu être communiste, tant il avait le sens de la collectivité, mais qui s’était résigné à carriérer dans le centrisme pour faire plaisir à tout le monde, ce qui revient à peu près au même.

C’était ce qu’on appelle «un homme à idées ». Sa générosité paraissait sans limites. Ses amis le comparaient volontiers et sans rire à saint Vincent de Paul. Il n’avait pas d’ennemis car, très fort en gueule et pesant plus de cent soixante kilos, il savait se faire respecter en s’imposant à l’heure de l’apéritif comme le meilleur buveur de boissons anisées d’un canton qui, en la matière, ne comptait pourtant que des champions. Sa devise ne manquait pas d’ambition : «Toujours plus et toujours mieux qu’ailleurs. » Elle l’exposait quelquefois à des déconvenues administratives de premier ordre. Par exemple, il aurait voulu doubler la surface du terrain de football.

«Avec un terrain plus long et plus large, et des buts en proportion, nous montrerions au monde entier que les Consiens sont des fameux joueurs, qu’ils courent plus vite et plus longtemps que les châtrés des autres équipes ! »

Par mesquinerie sportive autant que par conformisme politique, les potentats du conseil général avaient fait obstacle au projet, et les footballeurs de Cons devaient se contenter d’un terrain, certes réglementaire, mais où leur talent se sentait à l’étroit.

« Sur un terrain adapté, même à six contre douze, on gagnerait ce qu’on voudrait ! », soupirait Balbe à chaque fois qu’il repensait à cette histoire. Ses compagnons de comptoir abondaient dans son sens, car on ne contrarie pas un édile qui, bien souvent et de sa poche, règle l’ensemble des tournées.

Extrait : Une des petites maisons était occupée par un couple adorable que la commune avait recueilli vingt ans auparavant, lors d’un hiver radical. On ne savait pas très bien qui ils étaient, d’où ils venaient, ni quelle inspiration miraculeuse les avait conduits jusqu’à Cons plutôt que dans un des nombreux bourgs des alentours ou à Larcheville où le Secours catholique et d’autres pourvoyaient aux besoins des plus démunis. Ils vivaient comme des clochards, sales, en loques, misérables, mais soutenus dans leur malheur par toute la population. En fait, ils ne manquaient de rien, et surtout pas de travail. La belle saison les voyait dans les jardins, la mauvaise dans la forêt ou dans les granges, à couper le bois. Ils débouchaient les éviers, rangeaient les greniers, vidaient les caves, donnaient la main à toutes sortes de nécessités du quotidien des autres. Au fil du temps, ils s’étaient rendus indispensables.

On les surnommait affectueusement les Capouilles, mais ils s’appelaient Boulu : Mortimer et Constance Boulu. Tous deux d’un calibre médiocre, petits et maigres, immensément chaussés de bottes épaisses, vêtus de dépenailles, et bien qu’on leur fît don régulièrement d’habits encore mettables, ils se complaisaient dans la négligence la plus farouche. La crasse, la barbe et la moustache gauloise se partageaient le visage de Mortimer. Sur la figure de Constance, un surcroît de crasse compensait l’absence de pilosité. Ne les aurait-on pas connus d’aussi longue date qu’on les aurait chassés à coups de bâton et en leur lançant des pierres, comme à des lépreux.

«Trop pauvres pour être fiers de se sentir propres », répétait souvent M. Balbe que les maladies quasi mortelles de sa femme vouaient au culte de l’hygiène, et même de l’asepsie.

Il les aimait sincèrement et ne ratait jamais une occasion de proclamer : « Il faut faire quelque chose pour les Capouilles ! », mais, depuis vingt ans, l’éventualité ne s’était jamais présentée de concrétiser cette aimable résolution.

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22 mars 2009

Le Scaphandre et Le Papillon - Jean-Dominique Bauby

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Robert Laffont – mars 1997 – 139 pages

Pocket - septembre 1999 - 139 pages

Présentation de l'éditeur
À jamais statufié, muet exilé à l'intérieur de lui-même, il jette toute sa vie dans ce carnet de voyage immobile parce qu'elle va finir dans peu de temps. Après son accident cardiovasculaire, Jean-Dominique Bauby est ce mort vivant qu'un seul battement de cils rattache encore au monde et à la confidente qui déchiffre, un à un, ses derniers mots. Adieu à la vie, dont les images dansent encore devant lui. Le visage d'une femme aimée, un air populaire, une nuit blanche à Saint-Pétersbourg ou un jour incandescent dans le Nevada, un film de Fritz Lang, les petits riens et les grandes espérances. Et puisqu'il faut quitter tout cela, autant le faire sans peur, et même avec le sourire. Le journaliste qu'il était a remis sa dernière copie, inoubliable lettre adressée à un pays inconnu.

Auteur : Jean-Dominique Bauby (né en 1952 et décédé le 9 mars 1997) est un journaliste français, auteur d'un livre sur son expérience du locked-in syndrome, ou syndrome d'enfermement. Il a vécu avec Sylvie de la Rochefoucauld (présidente de Canal Jimmy)

Élevé à Paris, il grandit rue du Mont-Thabor derrière le Jardin des Tuileries dans l'ancien immeuble d'Alfred de Musset. Rédacteur en chef du magazine féminin Elle et père de deux enfants : Théophile et Céleste, Jean-Dominique Bauby est victime le vendredi 8 décembre 1995 d'un accident vasculaire cérébral qui le plonge dans le coma puis l'affecte du locked-in syndrome.

Hospitalisé à 44 ans, à l'hôpital maritime de Berck, il conserve ses capacités intellectuelles. Il continue de pouvoir mouvoir l'une de ses paupières, ce qui lui permet de communiquer. C'est lettre à lettre qu'il dicte son livre Le Scaphandre et le Papillon, publié le 6 mars 1997. Comme mentionné dans la dernière phrase de son livre, il décède peu de temps après sa sortie, le 9 mars 1997.

Mon avis : (lu en mars 1998)

C'est un récit bouleversant de courage. D’abord dans l’énergie qu’il a nécessitée pour sa rédaction, mais aussi dans le témoignage souvent ironique qu’il fournit sur cette effroyable immobilité. Ce livre est un hymne à la vie et à l'espoir. L'auteur décrit ce qu'était sa vie "avant", et ce qu'elle est maintenant, alors qu'il est atteint du "locked-in" syndrome. Ce livre est très touchant dans sa simplicité car pour lui, chaque chose, même les plus simples, sont devenues inaccessibles.
C'est un témoignage très émouvant, qui nous donne envie de profiter de la vie, "au cas où"...

En mai 2007, une adaptation au cinéma, également titrée Le Scaphandre et le Papillon, réalisée par Julian Schnabel, avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Patrick Chesnais est sortie en salles.

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J'ai vu ce film qui est tout aussi bouleversant que le livre, humain, touchant, très émouvant, étonnamment drôle parfois. Le rôle de Jean-Dominique Bauby est magnifiquement interprété par Mathieu Amalric (il a d'ailleurs reçu un César pour sa prestation).

Extrait :
"Derrière le rideau de toile mitée une clarté laiteuse annonce l'approche du petit matin. J'ai mal aux talons, la tête comme une enclume, et une sorte de scaphandre qui m'enserre tout le corps. Ma chambre sort doucement de la pénombre. Je regarde en détails les photos des être chers, les dessins d'enfants, les affiches, le petit cycliste en fer-blanc envoyé par un copain la veille de Paris-Roubaix, et la potence qui surplombe le lit où je suis incrusté depuis six mois comme un bernard-l'ermite sur son rocher. Pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir où je suis et me rappeler que ma vie a basculé le vendredi 8 décembre de l'an passé (...)".

Extrait : "Le 8 juin, cela fera six mois que ma nouvelle vie a commencé. Vos lettres s'accumulent dans le placard, vos dessins sur le mur et, comme je ne peux répondre à chacun, j'ai eu l'idée de ces samizdats pour raconter mes journées, mes progrès et mes espoirs. D'abord j'ai voulu croire qu'il ne s'était rien passé. Dans l'état de semi-conscience qui suit le coma, je me voyais revenir bientôt dans le tourbillon parisien, tout juste flanqué d'une paire de cannes."
Tels étaient les premiers mots du premier courrier de la lettre de Berck qu'à la fin du printemps je décidai d'envoyer à mes amis et relations. Adressée à une soixantaine de destinataires, cette missive fit un certain bruit et répara un peu les méfaits de la rumeur. La ville, ce monstre aux cent bouches et aux mille oreilles qui ne sait rien mais dit tout, avait en effet décidé de me régler mon compte. Au café de Flore, un de ces camps de base du snobisme parisien d'où se lancent les cancans comme des pigeons voyageurs, des proches avaient entendu des piapiateurs inconnus tenir ce dialogue avec la gourmandise de vautours qui ont découvert une gazelle éventrée.
"Sais-tu que B. est transformé en légume? disait l'un. - Évidemment, je suis au courant. Un légume, oui, un légume." Le vocable "légume" devait être doux au palais de ces augures car il était revenu plusieurs fois entre deux bouchées de welsh rarebit. Quant au ton, il sous-entendait que seul un béotien pouvait ignorer que désormais je relevais davantage du commerce des primeurs que de la compagnie des hommes. Nous étions en temps de paix. On ne fusillait pas les porteurs de fausses nouvelles. Si je voulais prouver que mon potentiel intellectuel était resté supérieur à celui d'un salsifis, je ne devais compter que sur moi-même.
Ainsi est née une correspondance collective que je poursuis de mois en mois et qui me permet d'être toujours en communion avec ceux que j'aime. Mon péché d'orgueil a porté ses fruits. A part quelques irréductibles qui gardent un silence obstiné, tout le monde a compris qu'on pouvait me joindre dans mon scaphandre même s'il m'entraîne parfois aux confins de terres inexplorées.
Je reçois des lettres remarquables. On les ouvre, les déplie et les expose sous mes yeux selon un rituel qui s'est fixé avec le temps et donne à cette arrivée du courrier le caractère d'une cérémonie silencieuse et sacrée. Je lis chaque lettre moi-même scrupuleusement. Certaines ne manquent pas de gravité. Elles me parlent du sens de la vie, de la suprématie de l'âme, du mystère de chaque existence et, par un curieux phénomène de renversement des apparences, ce sont ceux avec lesquels j'avais établi les rapports les plus futiles qui serrent au plus près ces questions essentielles. Leur légèreté masquait des profondeurs. Étais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d'un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour ?"

22 mars 2009

La promesse de l'ange – Frédéric Lenoir et Violette Cabesos

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Albin Michel – mars 2004 - 496 pages

Livre de Poche – mai 2006 – 627 pages

Présentation de l'éditeur
Rocher battu par les tempêtes, lieu de cultes primitifs sanctifié par les premiers chrétiens, le Mont-Saint-Michel est loin d'avoir révélé tous ses secrets. Au début du XIe siècle, les bâtisseurs de cathédrales y érigèrent en l'honneur de l'Archange, prince des armées célestes et conducteur des âmes dans l'au-delà, une grande abbaye romane.
Mille ans plus tard, une jeune archéologue passionnée par le Moyen Âge se retrouve prisonnière d'une énigme où le passé et le présent se rejoignent étrangement.
Meurtres inexpliqués, amours périlleuses, secrets millénaires... sur le chemin du temps, de la passion, de l'absolu, la quête de Johanna la conduit inexorablement aux frontières d'un monde dont on ne revient pas indemne.
Roman initiatique, thriller métaphysique, un suspense érudit et fascinant de Violette Cabesos et Frédéric Lenoir.


Les Auteurs :

Violette Cabesos, 33 ans, est l’auteur d’un premier roman remarqué Sang comme neige aux éditions Plon (2003).

Frédéric Lenoir, 41 ans, est philosophe et écrivain. Auteur de nombreux essais et ouvrages encyclopédiques, il a dirigé entre autres L’encyclopédie des religions chez Bayard et divers ouvrages dont Mal de terre avec Hubert Reeves, au Seuil et Les Métamorphoses de Dieu chez Plon. Il est l’auteur d’un premier roman paru chez Albin Michel : Le secret, 2001 et du scénario d’une BD (La Prophétie des deux mondes, Albin Michel, 2003).

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Le Mont Saint Michel m'a toujours fasciné. La première fois que je l'ai vu j'avais 8 ans : je n'ai jamais oublié ce jour là. La deuxième fois, j'avais 20 ans : la magie de ce lieu a été la même. Ensuite, j'ai eu la chance de travailler pour un chantier extérieur à proximité du Mont pendant 3 jours au début mai. Chaque fois que je levais les yeux de mon travail, je le voyais surgir et je ne pouvais pas m'empêcher de l'admirer... Et le soir, après le dîner, avec mes deux collègues nous arpentions en long et en large les ruelles du Mont désertes des touristes de la journée et cela jusqu'à la nuit. Ce sont des souvenirs inoubliables ! Ensuite jusqu'en 2000, j'ai habité pendant près de 4 ans à 60 km du Mont Saint Michel. Et souvent, le w-e nous venions nous y promener pendant les périodes hors-saison. Voilà pourquoi le Mont Saint Michel reste pour moi un lieu magique que j'aime beaucoup. Ce livre m'a donc passionné, il nous fait découvrir le Mont Saint Michel sous un nouvel angle, nous sommes embarqués dans un aventure incroyable entre le passé et le présent. Les personnages sont attachants et l'intrigue fort bien construite. J'ai été captivée par l'histoire et l'atmosphère étrange et mystérieuse qui caractérise si bien le Mont. La réalité historique est très intéressante et on apprend aussi beaucoup sur le métier d'archéologue.

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21 mars 2009

Falaises – Olivier Adam

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Editions de l'Olivier - août 2005 – 204 pages

Points - août 2006 - 181 pages

Présentation de l'éditeur
Etretat. Sur le balcon d'une chambre d'hôtel, un homme veille. Au bout de son regard : les falaises éclairées d'où s'est jetée sa mère, vingt ans plus tôt. Le temps d'une nuit, le narrateur déroule le film de sa vie, cherche dans sa mémoire rétive les traces de cette mère disparue. Il fouille son enfance, revient sur sa jeunesse perdue, sur son père brutal, son frère en fuite, ses années à Paris. Ce qu'il puise dans ses souvenirs : un flot d'images, de sensations, de lieux, d'apparitions. Et cette question : comment suis-je encore en vie, qui m'a sauvé ? Dans ce roman qui semble faire table rase du passé pour mieux le ranimer, Olivier Adam convoque tous les thèmes et les personnages qui lui sont chers. Ainsi rassemblés, ils donnent à Falaises un souffle et une ampleur romanesques rares.

Biographie de l'auteur
Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi en banlieue parisienne et vit aujourd'hui à Paris. Il a publié, entre autres, A l'ouest, Poids léger (adapté au cinéma en 2004 par Jean-Pierre Améris) et Passer l'hiver (Goncourt de la Nouvelle 2004). Il écrit également pour la jeunesse et pour le cinéma.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C’est le deuxième livre que je lis de cet auteur après "A l’ abri de rien" que j’avais beaucoup aimé. Ce roman est dur et tendre à la fois. C’est un cri de douleur du narrateur qui revient sur le drame de son enfance : le suicide de sa maman lorsqu’il avait 11 ans, puis sur ses souvenirs de jeunesse avec un père dur et indifférent, sa complicité avec son frère. On découvre aussi sa vie d'adulte avec sa femme et sa fille. Ce livre nous rappelle que la vie fluctue entre la mélancolie, la tristesse mais aussi la joie et le bonheur. Ce livre est très touchant et poétique, l’écriture est fluide, tout ceci est vraiment très beau !

Extrait : (page 48)
Dans la chambre tiède, l'air est rempli du parfum de ma fille, de l'odeur de sa mère. Je m'allonge près d'elles. Chloé grogne et je respire ses cheveux, son odeur de savon, d'eau de cassis et de lait. J'embrasse son cou, ses doigts minuscules, son épaule. Elle ouvre les yeux un instant, murmure 'papa' et se rendort aussitôt.
Il y a maintenant deux ans qu'elle est née, qu'elle est près de moi et me protège. Deux ans et j'ai souvent l'impression qu'avant ça rien n'a existé, rien n'a eu lieu, qu'à nouveau ma mémoire se ferme à double tour, et entraîne les trente années qui ont précédé dans un lieu caché de mon cerveau. Un lieu sans importance désormais.

Extrait : (page 64)
Mon frère s'est réveillé un soir et, à ma grande surprise, ce ne fut pas plus étrange et extraordinaire que des yeux qui s'ouvrent et se posent sur ce qui les entoure, les murs et la fenêtre, les arbres qui se balancent, le ciel au loin, craquelé de rouge et de bleu crème ce soir-là, les immeubles puis moi, assis dans le grand fauteuil, sous le téléviseur suspendu. Il m'a souri faiblement, a refermé les yeux un moment. Quand il les a rouverts, j'étais près de lui.
- Tu as fait semblant, hein ? T'étais pas dans le coma, en vrai ?
Il s'est tourné vers moi, pris dans les brumes. Il m'a regardé longuement, ses yeux s'appuyaient sur mon visage, sans reproche, sans ironie, sans tristesse. On y lisait juste la fatigue et la détresse. D'une voix pâteuse il m'a demandé où était maman. A l'expression de son visage, j'ai compris qu'après six semaines hors du monde il espérait de tout son cœur avoir fait un mauvais rêve.

Extrait : (page 171)
J'ai froid et le ciel s'éclaircit un peu. Au loin fraient des cargos. Sur les ponts rouillés passe infiniment mon frère et pour toujours peut-être. J'ignore s'il me manque, je crois qu'il fait partie d'une autre vie et que, depuis la mort de ma mère, j'ai appris à consentir à ce qu'il advient, à ne plus résister à rien. Je crois qu'en somme, le trou qu'elle a creusé en moi était déjà si large et profond qu'en y disparaissant il n'aura pu l'agrandir.
Je ne sais pas quand exactement mon frère surgit pour la première fois dans le flux troué de ma mémoire. Quand, au juste, il s'extrait de ces sables pour arborer un visage, une voix, une silhouette reconnaissables. Entre huit et onze ans, je crois qu'il se confond, selon les moments, soit avec moi soit avec ma mère. Pourtant, étrangement, il me semble le connaître depuis beaucoup plus longtemps que ça.

20 mars 2009

Gamines – Sylvie Testud

Gamines Fayard – aout 2006 – 301 pages

Présentation de l’éditeur

- Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ?
- J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
- Tu lui ressembles tellement, a dit ma sœur.
J'ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans.
- La photo est ressortie de ma poche ! J’ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo !
- Qui ?
- Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme.
J'ai donc un père. Que dois-je faire ? Trente ans que je réponds : " Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo. " Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : " Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. "

Biographie de l'auteur
Sylvie Testud est comédienne. En 2001, elle a obtenu le César du meilleur espoir féminin pour "Les Blessures assassines" et, en 2004, le César de la meilleure actrice pour "Stupeur et tremblements". Son précédent roman, Le ciel t'aidera, est paru chez Fayard en 2005.

Mon avis : (lu en mars 2007)

Ce roman de Sylvie Testud est un peu autobiographique quoi qu’elle en dise. Il raconte l’histoire de 3 sœurs Corinne 12 ans, Sybille 10 ans et Georgette 8 ans qui sont élevées par leur maman, leur papa étant parti. C’est Sybille qui raconte la vie quotidienne, les bêtises, les disputes mais aussi la solidarité entre elle et ses sœurs. Et l'ombre du "Il" qui plane au-dessus de tout cela. Le père jamais vu dont on ne parle pas. Dans le dernier tiers du livre, on retrouve Sibylle adulte, devenue actrice reconnue et une rencontre pleine d’émotion va avoir lieu avec ce père. Ce récit est plein de tendresse et d’humour. C’est très bien écrit, plein de fraîcheur, les personnages de Sibylle et ses sœurs sont très attachants. J’ai passé un très bon moment avec ce livre.

Extrait : (page 116)
Si ma mère est la seule adulte de cette église à ne pas communier, ce n'est pas parce qu'elle porte de vilaines godasses ; c'est qu'elle n'a plus le droit de manger le corps du Christ. Ma mère n'a pas droit à une hostie. Elle a divorcé. Elle est excommuniée. Voilà que je prends conscience de l'injustice dont un membre de ma famille est victime en plein dans la maison du bon Dieu ! Voilà que je me révolte tout à coup. J'ai dix ans, et je n'aime pas qu'on foute ma mère sur le banc des accusés. Il n'y en a pas d'autres dans cette assistance qui mériterait moins que ma mère ?


Extrait : (page 143)
- C'est qui, ‘il’ ?
C’est vrai, ça... C'est qui ?
'Il', normalement, c'est celui dont on ne parle pas.
Ma mère vient de gober un piment cru, on dirait. Elle est toute rouge, la bouche incendiée, elle a du mal à répondre. Le chef de notre bataillon émerge de la savane grimpante dans notre chambre. Un visage sévère. Un coup d'œil rapide aux deux petites : état d'alerte.
La question ne sera pas reformulée. Réponse ? Le troufion a pris son regard méfiant. La plus petite se place au côté de la commandante.
Silence.

Extrait : (page 169)
- Tu serais contente, toi, si maman se remariait avec lui ?
Oui, avec n'importe qui je serais ravie ! Que le premier qui passe soit béni ! Je lui ouvre mes bras ! Lui ou un autre, je m'en fiche ! Qu'elle se remarie et qu'elle soit des parents comme les autres. Aux anniversaires, je n'aurais plus à danser de slow avec elle. On n'aurait plus besoin de surveiller si elle est triste ou non. Ce ne serait plus notre faute. Ce serait sa faute à lui ! On pourrait l'accuser. Nous, on serait seulement des enfants. On s'en foutrait complètement ! Il saurait sûrement conduire. On se ferait plus klaxonner par les autres voitures. Pour lui, on aurait pas la honte. Le voisin ne nous regarderait plus de la même manière. Kader ne me ferait plus tomber. J'aurais le droit de 'faire le con' ! Les hommes, ils aiment que les enfants fassent les cons ! Je sais aussi bien que mes soeurs que c'est impossible. Notre mère n'aura jamais de mari. Notre mère n'est pas une mère à mari.

Extrait : (page 240)
Mes sous-vêtements sont éparpillés aux quatre coins de la chambre. On pourrait penser que j'ai passé une nuit torride.
J’ai passé une nuit exécrable ! Une nuit à me retourner dans mon lit. Une nuit à allumer et éteindre la loupiote ! Une nuit à chercher le sommeil sans le trouver. Une nuit à me brosser les dents après chaque cigarette, jurant que c'était la dernière.
Cette nuit, je me suis posé toutes les questions que j'ai oublié de me poser. Cette nuit, j'ai admis qu''Il' n'était pas une photo. Cette nuit, je me suis rendu compte que, si je porte son nom, c'est pour une raison : 'Il' est mon père.
J’ai donc un père. Cette découverte que je fais à l'âge de trente-quatre ans est tardive, mais de taille. Que dois-je faire ? Trente-quatre ans que je réponds : 'Je n'ai pas de père.' Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente-quatre ans : 'Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça.' Affaire réglée, fin de discussion.


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15 mars 2009

Malek - Janine Boissard

Malek Fayard – octobre 2008 – 266 pages

Résumé :  Malek est un petit garçon qui ne peut compter que sur lui-même.
Très vite, le destin lui arrache son père et dépouille sa famille de ses terres et de son honneur. Il ne reste que l'école, le travail. Cent fois sujet au doute et à l'abattement, cent fois Malek fait le choix de la connaissance et de la liberté, de l'amour d'autrui et de l'amour du beau. Malek est un petit héros. Il deviendra un humaniste. Romancière de l'enfance et de l'adolescence, Janine Boissard était née pour raconter cette vie pétrie d'espoir et de volonté.
Une histoire si belle qu'elle pourrait être un conte. Et qui est pourtant une histoire vraie.

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris. Très jeune, elle a choisi de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman, "Driss", à vingt-deux ans chez René Julliard. Ce livre est signé, comme les trois suivants chez le même éditeur, de son nom de femme mariée : Janine Oriano. Toujours sous le nom d'Oriano, elle se lance dans le roman noir: "Un peu par jeu, parce que toutes les formes d'écriture m'intéressent, et aussi parce qu'on m'avait dit que c'était une façon de vivre de sa plume..." Elle est ainsi la première femme à entrer dans la fameuse "Série Noire" avec "B comme Baptiste".

En 1977, Janine Oriano reprend son nom de jeune fille pour publier aux éditions Fayard sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc" (Robert Laffont), un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997 sur France 2, avec Sandrine Bonnaire.

Également scénariste, adaptatrice, dialoguiste pour la télévision, Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres. Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis : (lu en mars 2009)

Dans ce nouveau livre, Janine Boissard raconte l’enfance et l’adolescence du célèbre intellectuel algérien Malek Chebel. Une histoire vraie qui pourrait être un conte. Au début, il y a une famille avec Zhora la mère, Hocine le père et Tayeb le petit frère. Mais Hocine va partir pour la guerre et Zhora retourne vivre avec ses deux fils chez son père. Ce dernier va être dépossédé de ses biens et Malek et son petit frère se retrouvent pupilles de la nation. Loin de sa famille, Malek va vouloir s'en sortir et avec le soutien de plusieurs professeurs il va découvrir la littérature puis la culture. Il gravira tous les échelons l’un après l’autre et obtiendra un doctorat en psychopathologie clinique et psychanalyse et un autre en anthropologie et de sciences de la religion. Ses thèses feront l’objet de livres, lui qui très tôt, a su qu'il serait écrivain. Janine Boissard a su raconter cette belle histoire avec beaucoup de sensibilité. Un beau message d’espoir pour tous les enfants du monde.

Extrait : (page 102)
De bonnes odeurs montent de la cuisine où le dîner se prépare. La famille s'est rassemblée au salon autour de la cheminée. Malek sort fièrement son carnet.
Ses meilleurs notes sont en français et en dessin. Très bonnes en sciences, histoire et géographie, un peu moins en mathématiques. Les remarques sont élogieuses, le directeur a conclu par un 'Malek ira loin' qui l'a projeté au ciel. les oncles se transmettent gaîment le carnet, se lançant les bonnes notes à voix haute. Le visage de Zohra brille de fierté ; nul doute qu'elle se les fera répéter jusqu'à les savoir par cœur.

Extrait : (page 137)
Au fur et à mesure que se déroulaient les scènes, s'échangeaient les répliques tant de fois répétées, une chose stupéfiante s'est produite : les yeux de Malek se sont dessillés, comme après un envoûtement. Camille l'orgueilleuse, repoussant les hommes... Nora la prude, traitant les garçons de balourds, leur préférant la compagnie des filles, jouant avec ses sentiments : une même personne ! Nora-Camille ne l'a jamais aimé et ne l'aimera jamais.
C' est la fin de la pièce, la dernière rencontre entre Camille et Perdican. Elle lui annonce son intention de retourner au couvent.
- Adieu, Perdican, dit-elle sous les huées du public.
- Adieu, Nora, murmure Malek tandis que le rideau retombe.

7 mars 2009

Les Demeurées - Jeanne Benameur

les_demeur_es Gallimard – juin 2002 – 80 pages

Prix UNICEF 2001

Quatrième de couverture
La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ? L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat.Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en mars 2009)

Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille, fruit d'un contact éphémère avec un ivrogne de passage. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'autre. Leur vie recluse, solitaire, doit cependant prendre fin lorsque la petite Luce prend le chemin de l'école. Là, le monde l'attend et mademoiselle Solange, l'institutrice, est décidée à rompre l'ignorance, à faire jaillir les mots. La Varienne et sa fille vivent cette intrusion de l'extérieur comme une menace. Ensemble, elles renforceront ce lien primal, instinctif qui les unit : un amour quasi mystique, indéfectible, originel.

Le livre est petit mais l’histoire est belle et grande. C’est l’histoire d’une mère « demeurée » qui donne un amour indéfectible à sa fille Luce. Celle-ci refuse d’apprendre malgré son institutrice qui voudrait l’aider. Ce livre est bouleversant de justesse et de poésie. Les personnages de la mère, de Luce et de Mademoiselle Solange sont attachants et plein d’humanité. La fin est bouleversante et pleine d'espoir. A lire absolument !

Merci aux bloggeuses qui m'ont fait découvrir ce livre... en particulier Bellesahi et Florinette 

Extrait :

"Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre.
Abrutie.
Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent.
La conscience est pauvre.
La main s’essuie au tablier de toile grossière.
Abrutie.
Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

C’est le soir. Elle ferme les volets. Elle tire à elle le bois mangé, les ferrailles crues, rivées encore dieu sait comment à ce qui résiste au vent, à l’orage, à son bras las qui tire. Dans la bascule de la lumière, son cœur.
Chaque jour, un saut infime. Chaque jour, et rien.
Elle a perdu.
Elle se tourne vers le noir.
Elle va, le regard qui bute sur le monde.
Comme empesée, ses mains ont des tournures de vieille.

Sans rides, la bouche sans lumière esquissant le sourire qui s’achève dans la chair même de la joue, à l’intérieur les petits bourrelets lisses, serrés sous les canines, jusqu’au sang.
Il n’y a rien à l’intérieur de cette bouche le soir. Rien que des choses sans nom qui tentent, hagardes, la pénible venue au souffle. Rien que le silence qui pétrit et le sang et la chair. Elle reste les yeux fixes.
Abrutie."

5 mars 2009

Comme une mère – Karine Reysset

comme_une_m_re L'Olivier – mars 2008 – 178 pages

Résumé : Elles se retrouvent côté à côte dans la salle des naissances. Elles sont toutes les deux venues
seules. Pour l’une comme pour l’autre, ce jour doit signer un nouveau départ. La très jeune Emilie accouche sous X et croit pouvoir « tout recommencer à zéro », transformer son passé chaotique, un mauvais souvenir. Judith, elle, attend avec une impatience folle et une joie teintée d’inquiétude la naissance de son fils Camille, un miracle après tant d’années de grossesses déçues.
Mais, pour l’une comme pour l’autre, rien ne se passera comme prévu. Judith perd son bébé et, dans un geste de détresse, enlève de la chambre voisine l'enfant promis à l'abandon.
Dès lors, le destin de ces deux femmes est irrémédiablement lié.

L’auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle a grandi entre Arras, Rouen et la banlieue parisienne. Après dix ans passés à Paris, elle s'installe à Saint-Malo. Elle a travaillé durant six ans dans le secteur de l'édition avant de se consacrer pleinement à l'écriture. En 2003, elle publie son premier roman, L'Inattendue, suivi d'En douce en 2004 aux Éditions du Rouergue et de À ta place aux Éditions de l'Olivier en 2006.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et cela m'a beaucoup plu. L'auteur nous raconte l'histoire d'Émilie, jeune de 18 ans qui accouche sous X et de Judith qui accouche le même jour d'un bébé qui ne vivra pas. Cette dernière va enlever Léa, le bébé d'Émilie. L'auteur nous parle alors de l'amour maternelle. Émilie va retrouver son enfant et va essayer de lui donner un avenir grâce à l'amour qu'elle a découvert pour Léa. Judith est seule, elle va vouloir retrouver cette enfant qu'elle a aimé si fort pendant dix jours. C'est un roman simple et plein de délicatesse, avec de superbes descriptions de Saint-Malo, ville où se déroule la plus grande partie du livre, du bord de mer. C'est un livre qui se lit très facilement malgré un sujet douloureux. On est touché par ces deux femmes si fragiles, avec leurs difficultés, leurs doutes...

Extrait : Émilie (page 32)

"- Je la mets dans le lit avec vous ?

Quand Mme Blanchot arrive avec Léa dans son berceau à roulettes, je suis émue que je ne le voudrais. Je flanche carrément.

- Non, à côté, je préfère.

Je ne peux pas. L'entendre, la voir, oui, peut-être, oui, il le faut bien, mais la serrer contre moi, c'est au-dessus de mes forces. Elle risque de rester collée. Elle a beaucoup de cheveux, comme moi à la naissance. Sa peau est belle, ses traits sont fins. Ses petits poings sont fermés. Elle est beaucoup trop mignonne.

- J'ai des choses à te dire...

Ma voix s'étrangle, je ne suis pas encore prête. Il faut que je mette de l'ordre dans mes pensées, sinon ça va être de la bouillie de mots, et elle ne va rien comprendre. C'est déjà suffisamment compliqué. Je suis épuisée. De toute façon, elle dort comme un loir. Quand on sera en forme toutes les deux, on pourra discuter. J'ai juste la force de rapprocher le berceau de mon lit. Je lui attrape la main, ça vaut peut-être mieux que tous les discours. Ses doigts s'enroulent autour de mon pouce.

Elle soupire dans son sommeil. Sa poitrine se soulève. Je pose mon autre main dessus. C'est moi qui ai fait ça. Comment ai-je réussi quelque chose d'aussi parfait ? J'ai une crampe, mais je ne retire pas mon doigt. Je me mords les joues pour ne pas pleurer."

Extrait : Judith (page 36)

"Ce que j'ai appris hier, c'est que tu avais vécu cinq minutes, et que ces minutes, tu les avais passées dans mes bras. Où sont-elles ces cinq minutes ? Qui me les a volées ? Où était ton père ? S'il avait été là, je lui aurais demandé de filmer. Et il aurait accepté, même si ses yeux avaient été des trous noirs. La caméra aurait vu pour lui, se serait souvenue pour nous.

J'ai si froid. Je plonge mes mains dans les manches de mon manteau et le bout de mes doigts touche quelque chose de pelucheux. Figée dans la foule, je n'arrive plus à avancer. Comment ai-je pu oublier de te laisser sous sa protection ? Les pas qui me ramènent sont plus faciles, c'est peut-être le vent qui me pousse vers toi, mon petit garçon, mon petit flocon...

Je voulais leur confier mon gri-gri pour qu'ils le mettent au creux de ton épaule, je n'ai pas la force de te voir une nouvelle fois, mais les portes du bureau sont closes, les équipes en réunion. Je suis désemparée, incapable de m'arracher encore à ce lieu où tout commence, où tout finit.

Dans la chambre au bout du couloir, par la porte entrouverte, j'aperçois la jeune fille, celle de la salle de travail. Elle est endormie. Un nouveau-né repose dans un berceau à ses côtés. J'entre sur la pointe des pieds. Je ne peux m'empêcher de les regarder, elles sont belles, chacune à leur manière. Tableau touchant, désarmant, désolant. Le drap découvre le tatouage sur son épaule. C'est encore une enfant. Elle est plutôt jolie avec ses cheveux blond foncé, sa pâleur et ses lèvres boudeuses.

Le bébé est une vraie poupée, un chef-d'œuvre de la nature. Les lèvres bien roses, ourlées en un baiser imaginaire, les mains ouvertes à la caresse, un teint de porcelaine, un nez retroussé, des cheveux abondants couleur miel. Je passe furtivement la main sur son front, sa peau est si douce."

4 mars 2009

Paradis conjugal - Alice Ferney

Paradis_conjugal Albin Michel – août 2008 – 368 pages

Présentation de l'éditeur
Pour la énième fois, Elsa, mère de famille, 4 enfants, regarde le DVD de Chaînes conjugales, le classique de Mankiewicz. La veille, son mari l'a prévenue qu il ne rentrerait pas dans une maison où sa femme regardait en boucle depuis trois mois le même film. L'histoire de 3 amies qui en attendent une 4e. A l'instant d'embarquer pour une croisière, elles reçoivent de la retardataire, une lettre qui gâchera leur journée. Cette dernière les informe malicieusement qu'elle quitte la ville avec le mari de l'une d'entre elles, les projetant pour plusieurs heures dans l'angoisse, les soupçons, la jalousie...
Elsa regarde le film avec deux de ses aînés dont les réparties fusent, corroborant ses appréhensions les plus intimes. Les héroïnes du film lui tendent un miroir, véritable révélateur de sa situation conjugale, dans lequel elle se projette. Elle finit par céder aux larmes, à l'apitoiement, puis au désir de reconquête de ce mari qui ne revient toujours pas...
Comment un film peut être le révélateur d'une situation conjugale, comment peut-on arriver à analyser sa situation à travers une fiction, comprendre que l'amour ne se vit pas à travers les autres mais dans la réalité ? Amour, désamour, non-dits, malentendus, lassitude, désir, peur de la solitude... Alice Ferney explore avec beaucoup d'intelligence, de sensibilité et de subtilité les variations du sentiment amoureux dans le couple, comment s'inventer le pire pour renaître à l'amour.

Biographie de l'auteur
Depuis Le Ventre de la fée (1993), Alice Ferney explore avec talent ces thèmes principaux que sont la féminité, la maternité et le sentiment amoureux. Elle est l'auteur de nombreux succès : L'Elégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003) Les Autres (2006), tous parus chez Actes Sud.

Mon avis : (lu en février 2009)
Encore un livre original d'Alice Ferney, mais je ne peux pas dire que j'ai aimé ou pas aimé... J'ai lu le livre avec intérêt : ce livre nous parlent des couples installés dans le quotidien et qui n'expriment plus leur amour. Pour cela, nous suivons avec Elsa et ses deux aînés Noémie(16 ans) et Max (12 ans) une description du film « Chaînes conjugales », scènes par scènes.

Ce livre nous fait réfléchir sur nous-même, sur les apparences et la profondeur des couples... mais après avoir fini le livre, j'ai très envie de voir le film !

chaines_conjugales_film     chaines_conjugales_film1

Ce livre fait référence au film américain "Chaînes conjugales" de 1949, réalisé par Joseph L. Mankiewicz avec Jeanne Crain, Linda Darnell, Ann Sothern. Trois amies, Deborah Bishop, Rita Phipps et Laura May Hollingsway, embarquent pour une croisière. Mais au moment de partir, elles reçoivent une lettre d'une relation commune, Addie Ross. Celle-ci les prévient qu'elle part avec le mari de l'une d'entre elles. Mais lequel ?

Extrait : (page 16)
Elsa Platte peut encore entendre la phrase, assourdie dans sa mémoire vive, comme si elle s'était cachée sous l'eau lorsqu'il s'était mis à parler. Il ? C'était son mari qui disait : Demain soir et les soirs suivants, prépare-toi à dormir seule. Je ne rentrerai pas. Je ne rentrerai pas dans une maison où ma femme est installée devant la télévision, voit le même film depuis trois mois, ne se lève pas pour me préparer à dîner, et se couche sans me regarder ! Non décidément, l'époux n'est ce soir ni dans le sillage parfumé, ni dans la maison, le lit ou les bras d'Elsa. Elle est seule. C'est la plus triste manière d'être tranquille. Elle peut regarder le film. Elle pense que la perte de l'objet aimé détruit toute la joie de la vie.

Extrait : (page 157)
Autant qu'Elsa Platte le connût, son mari lui semblait doux, pacifique, égal d'humeur, mais peu sensible en vérité. L'un d'ailleurs expliquant l'autre, ou le facilitant : pacifique et sans humeurs parce que pas sensible justement. Non, décidément, elle avait rencontré peu d'hommes aussi intelligents et peu expressifs. Comme si toute l'intelligence se concentrait dans sa forme hypothético-déductive et délaissait le champ intérieur, humain et affectif. Elle avait épousé un cerveau. Un cerveau et un sexe ! Et face à cette unité impassible, Elsa Platte était une fontaine et une éruption. Elle avait ri, parlé et pleuré pour deux en quelque sorte.

Extrait : (page 208)
Joseph Mankiewicz s'amusait à mettre en scène la rouerie féminine, et la complicité des femmes entre elles lorsqu'il s'agit de piéger un homme qui arrange la famille. Car Sadie jouait le jeu, arrêtant juste à temps la mère qui allait faire une gaffe (ton sac est sur la table, ne le cherche pas !). Laisse jouer la petite qui sait y faire, devait penser Sadie. Lora Mae ! Elle menait une partie d'échecs, coup après coup, et cette partie-là, contre un matou séducteur habitué à ce qu'on lui cédât et vivement alléché par de naturels appâts, était facile à mener : Porter Hollingsway, pris dans les filets de l'attirance, était plus prévisible que n'importe quel joueur.

2 mars 2009

Eldorado – Laurent Gaudé

Eldorado_Laurent_Gaud_ Actes Sud – août 2006 – 238 pages

Présentation de l’éditeur
A Catane, le commandant Salvatore Piracci travaille à la surveillance des frontières maritimes. Gardien de la citadelle Europe depuis vingt ans, il sillonne la mer, de la Sicile à la petite île de Lampedusa, pour intercepter les bateaux chargés d’émigrés clandestins qui ont tenté la grande aventure en sacrifiant toute leur misérable fortune… en sacrifiant parfois leur vie, car il n’est pas rare que les embarcations que la frégate du commandant accoste soient devenues des tombeaux flottants, abandonnés par les équipages qui ont promis un passage sûr et se sont sauvés à la faveur de la nuit, laissant hommes, femmes et enfants livrés à la plus abominable des dérives. Un jour, c’est justement une survivante de l’un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant Salvatore Piracci, et cette rencontre va bouleverser sa vie. Touché par l’histoire qu’elle lui raconte, il se laisse peu à peu gagner par le doute, par la compassion, par l’humanité… et entreprend un grand voyage.

Biographie de l'auteur
Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre et trois romans : Cris (2001), La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et Le Soleil des Scorta (prix Populiste, prix Jean-Giono et prix Goncourt 2004).

Mon avis : (lu en octobre 2006)
Cette fois, Laurent Gaudé a choisi un sujet sensible : l'immigration clandestine. On suit l'histoire de ses africains qui tentent au péril de leurs vies de gagner l'Eldorado européen. Le voyage devient une tragédie humaine. Ce livre nous met dans la peau des migrants, mais aussi de ceux chargés de les recevoir comme le commandant Piracci (garde côte italien) qui, depuis vingt ans, sauve les hommes de la noyade pour les conduire vers les centres d'accueil d'où ils seront renvoyés vers leur pays d'origine. Mais un jour, sa rencontre avec une migrante va changer sa vision de la vie. Le style est concis, poétique, efficace. Mais mon seul petit bémol, c'est que j'ai trouvé la fin de l'histoire un peu bâclée.

Extrait : (page 61)
- Pourquoi lui ai-je donné mon arme ?
- Parce qu'elle le voulait, répondit simplement le vieux buraliste. Et comme Salvatore Piracci restait interdit, il ajouta : elle le voulait. De tout son être. Combien de fois dans ta vie, Salvatore, as-tu vraiment demandé quelque chose à quelqu'un ? Nous n'osons plus. Nous espérons. Nous rêvons que ceux qui nous entourent devinent nos désirs, que ce ne soit même pas la peine de les exprimer. Nous nous taisons. Par pudeur. Par crainte. Par habitude. Ou nous demandons mille choses que nous ne voulons pas mais qu'il nous faut, de façon urgente et vaine, pour remplir je ne sais quel vide. Combien de fois as-tu vraiment demandé à quelqu'un ce que tu voulais ?
- Je ne suis pas sûr de l'avoir jamais fait, répondit Salvatore Piracci en souriant.
- Et si tu l'avais fait, continua Angelo, crois-tu vraiment que l'on aurait pu te dire non ?

Extrait : (page 120)
- L'herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l'or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L'Eldorado, commandant. Ils l'avaient au fond des yeux. Ils l'ont voulu jusqu'à ce que l'embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l'oeil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes.

Extrait : (page 126)
Le camion roule. Je sens une force sourde qui monte en moi. Jusqu'à présent je n'avais fait que suivre mon frère, maintenant je pars pour le sauver. Je ne dormirai plus la nuit. Je me nourrirai de ver. Je serai dur à la tâche et infatigable comme une machine. On pourra m'appeler 'esclave', je n'en aurai cure. La fatigue pourra me ronger les traits, je n'en aurai cure.J'ai hâte.
Le camion roule. Nous laissons les faubourgs d'Al-Zuwarah derrière nous pour aller trouver le navire qui nous emmènera en Europe. Dès demain,j'y serai. Dès demain, alors,j'enverrai de l'argent à Jamal. Je me concentre sur cette idée. Je suis une boule dure de volonté et rien ne me fera dévier de ma route. La promiscuité des autres corps ne me gêne pas. Les visages des autres hommes ne me font plus peur. Je n'ai qu'une hâte : que le bateau quitte l'Afrique et que mes mains se mettent à travailler.

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