27 décembre 2015

Dans tes bras - David Levithan

Lu en partenariat avec Babelio et Gallimard jeunesse

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A66815 (1) Gallimard jeunesse - octobre 2015 - 248 pages

traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Peronny

Titre original : Hold me closer, 2015

Quatrième de couverture :
Pour ceux d'entre nous qui se sentent ignorés d'habitude, un projecteur est comme un cercle magique qui a le pouvoir de nous arracher à la pénombre du quotidien.


Ex-boyfriends, gare à vous! 
Sportifs homophobes, rangez-vous! 
Tiny Cooper a quelque chose à dire et il va le faire en chansons. Un coming-out libérateur pour devenir enfin lui-même et se faire aimer tel qu'il est.

Auteur : David Levithan est un auteur gay américain. Il a publié son premier livre, Boy Meets Boy en 2003.
Il est l'auteur de Nick et Norah's Infinite Playlist (Une Nuit à New-York) , co-écrit avec Rachel Cohn en 2006 et adapté au cinéma en 2007. 

Mon avis : (lu en décembre 2015)
J'avais gardé un bon souvenir du livre Will & Will que j'avais lu l'année dernière et lorsqu'il m'a été proposé de découvrir ce livre "Dans tes bras" je n'ai pas hésité. Au début, j'ai été surprise car le faux sticker "Après Will & Will" m'avait induit en erreur car je pensais lire la suite de cette histoire... Si j'avais mieux lu la quatrième de couverture et le sous-titre "L'histoire de Tiny Cooper" j'aurais compris que "Dans tes bras" est la comédie musicale créé par Tiny Cooper, le meilleur ami de Will, sur sa vie.
Le livre est donc écrit comme une pièce de théâtre avec ses deux actes, les répliques, les chansons et surtout tous les conseils de mise en scène dictés avec beaucoup d'humour par Tiny.
Il manque la musique pour accompagner les chansons, mais pour le reste, on entre plutôt facilement dans cette lecture et le lecteur découvre avec curiosité la vie mouvementée et compliquée de Tiny Cooper, un garçon attachant et plein de talent !
Une belle découverte ! 

Merci Babelio et Gallimard jeunesse pour cette lecture atypique !

Extrait : (Message d’introduction par Tiny COOPER)
Dans tes bras est une histoire vraie. (À l’exception des passages où les gens se mettent à chanter, bien sûr : dans la réalité, ça ne se passe pas toujours comme ça.) Aucun nom n’a été modifié, sauf quand quelqu’un l’a mal pris ou s’est mis en colère parce que je parlais de lui et qu’il m’a expressément demandé de ne pas le citer. Cela dit, certains de mes ex n’ont pas eu leur mot à dire dans l’histoire. Si ça leur pose un problème, ils n’avaient qu’à pas me lourder.

Comme moi, ce spectacle se veut bruyant et spectaculaire, même s’il comporte aussi des moments plus calmes. Les gens qui ne comprennent pas les comédies musicales (c’est-à-dire la plupart des membres de ma famille et, pour une large part, les habitants de l’agglomération de Chicago) leur reprochent leur manque de réalisme. Je m’inscris totalement en faux. Qu’est-ce que la vie, sinon une succession de moments bruyants et calmes avec un peu de musique entre les deux ? Autrement dit : avant de monter votre propre version de Dans tes bras, que ce soit dans le gymnase de votre lycée ou sur les planches d’un théâtre de Broadway, dites-vous bien que la vérité est parfois calme… et parfois, bruyante et spectaculaire. On ne choisit pas toujours quelle forme elle va prendre.

Mais je m’égare. Mieux vaut considérer ce spectacle comme un one-man-show avec des personnages dedans. Je sais qu’il me sera physiquement impossible de jouer dans toutes les productions de ma pièce… mais s’il vous plaît, consultez-moi avant de vous lancer dans le casting. Le texte a déjà subi quelques modifications depuis sa première représentation historique. C’est comme ça aussi dans la vie, et pour tout ce qui touche à l’amour : chaque fois qu’on se penche dessus, on trouve un nouveau détail à transformer.

Pour l’heure, je conclurai juste par ces mots : mon nom est Tiny Cooper, et voici le moment de lever le rideau sur la fantastique, stupéfiante et – je l’espère – prodigieuse histoire de ma vie.

Déjà lu du même auteur :

will&will Will & Will - John Green et David Levithan

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rl2015
24/24

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11 avril 2014

Art - Yasmina Reza

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Actes Sud - octobre 1994 - 62 pages

Magnard - août 2002 - 122 pages

Albin Michel - juin 2009 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux. Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. C'est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l'art...

Auteur : Fille d'un ingénieur russe d'origine iranienne et d'une violoniste hongroise, Yasmina Reza, née en 1959 à Paris, a étudié le théâtre et la sociologie à Nanterre. En 1994, elle acquiert une notoriété internationale avec sa pièce Art. Les suivantes ont également été adaptées en quelque trente-cinq langues et produites dans les salles les plus prestigieuses du monde entier. Son récit de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, L'Aube le soir ou la nuit, est devenu un best-seller, et son oeuvre littéraire compte aussi HammerklavierUne désolation, ou encore Dans la luge d'Arthur Schopenhauer

Mon avis : (lu en avril 2014)
Au dernier Café Lecture de la bibliothèque, je me suis laissée convaincre pour essayer de lire la pièce Art de Yasmina Reza. La pièce a été jouée pour la première fois le 28 octobre 1994, interprétée par Pierre Vaneck (Marc), Fabrice Luchini (Serge) et Pierre Arditi (Yvan), dans une mise en scène de Patrice Kerbrat à la Comédie des Champs-Élysées. Elle a obtenu deux Molière et a été traduite dans trente-cinq langues et mis en scène à LondresBerlinChicagoTokyoLisbonneSt-Pétersbourg, BombayJohannesburgBuenos AiresTunis ou Bratislava.
La lecture d'une pièce de théâtre est réducteur, il manque le ton, les silences des acteurs... Et j'ai apprécié mais sans plus la pièce... 
Il s'agit d'une réflexion autour de l’art moderne et de l'art contemporain et la perception de chacun, j'ai trouvé certaines longueurs et des redites... J'ai malgré tout aimé la conclusion. 
Ayant eu l'impression d'être passé à côté de cette pièce, j'ai trouvé sur internet la captation de « Art » et jouée par les acteurs, elle reprend tout son relief ! 

Extrait : (début de la pièce)

 

Le salon d'un appartement.
Un seul décor. Le plus dépouillé, le plus neutre possible.
Les scènes se déroulent successivement chez Serge, Yvan et Marc.
Rien ne change, sauf l'oeuvre de peinture exposée.

 


Marc,seul.
MARC. Mon ami Serge a acheté un tableau.
C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux.
Mon ami Serge est un ami depuis longtemps.
C'est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l'art.
Lundi je suis allé voir le tableau que Serge avait acquis samedi mais qu'il convoitait depuis plusieurs mois.
Un tableau blanc, avec des liserés blancs.

 

*

 

Chez Serge.
Posée à même le sol, une toile blanche, avec de fins liserés blancs transversaux.
Serge regarde, réjoui, son tableau.
Marc regarde le tableau.
Serge regarde Marc qui regarde le tableau.
Un long temps où tous les sentiments se traduisent sans mot.

 

MARC. Cher ?
SERGE. Deux cent mille.
MARC. Deux cent mille ?...
SERGE. Handtington me le reprend à vingt-deux.
MARC. Qui est-ce ?
SERGE. Handtington ? !
MARC. Connais pas.
SERGE. Handtington ! La galerie Handtington !
MARC. La galerie Handtington te le reprend à vingt-deux ?...
SERGE. Non, pas la galerie. Lui. Handtington lui-même. Pour lui
MARC. Et pourquoi ce n'est pas Handtington qui l'a acheté ?
SERGE. Parce que tous ces gens ont intérêt à vendre à des particuliers. Il faut que le marché circule.
MARC. Ouais...
SERGE. Alors ?
MARC. ...
SERGE. Tu n'es pas bien là. Regarde-le d'ici. Tu aperçois les lignes ?
MARC. Comment s'appelle le...
SERGE. Peintre. Antrios.
MARC. Connu ?
SERGE. Très. Très !
Un temps.
MARC. Serge, tu n'as pas acheté ce tableau deux cent mille francs ?
SERGE. Mais mon vieux, c'est le prix. C'est un ANTRIOS !
MARC. Tu n'a pas acheté ce tableau deux cent mille francs !
SERGE. J'étais sûr que tu passerais à côté.
MARC. Tu as acheté cette merde deux cent mille francs ? !

 

 

heureux_les_heureux Heureux les heureux 

 

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19 février 2014

Film : Un été à Osage County - John Wells

Date de sortie : 26 février 2014

cinema-ete-osage-county-august-osage-county-l-L-rldDEe UN-ÉTÉ-À-OSAGE-COUNTY-Affiche-France

Réalisé par : John Wells

Acteurs :  Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Benedict Cumberbatch, Chris Cooper, Abigail Breslin, Juliette Lewis, Dermot Mulroney, Sam Shepard

Titre original : August: Osage County, 2013

Durée : 119 mn

D'après la pièce de théâtre August : Osage County de Tracy Letts (à ce jour, pas de traduction française)

Prix :
Le film est nommé aux Bafta dans la catégorie Meilleure Actrice  (Julia Roberts).
Le film est nommé aux Oscars dans les catégories Meilleure Actrice (Meryl Streep) et Meilleure Actrice dans un second rôle (Julia Roberts)

Synopsis : 
En famille on se soutient. En famille on se déchire... Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…

Mon avis : (vu fin janvier 2014)
Fin janvier, j'ai été invitée à la projection de "Un été à Osage County".
L'invitation était libellée ainsi : "En famille, on se soutient. En famille, on se déchire." Venez avec un membre de votre famille.
Je suis donc venue en compagnie de mon fils de 18 ans.
Ce film est l'adaptation d'une pièce de théâtre de Tracy Letts. 
Mois d'août en Oklahoma, Beverly Weston, poète, vient d'embaucher Johnna pour cuisiner et s'occuper de sa femme Violet qui souffre d'un cancer de la bouche et d'une addiction aux médicaments. Puis Beverly disparaît et Ivy, la benjamine de la famille qui vit auprès de ses parents, demande à ses deux soeurs Barbara et Karen de venir la rejoindre auprès de leur mère. Leur père sera trouvé quelques jours plus tard, décédé. Et toute la famille sera réunie pour les obsèques: Violet, la mère, Barbara, son mari et Jean sa fille de 14 ans, Karen et son fiancé du moment, Ivy, leur tante Mattie, soeur de Violet, son mari Charly et leur fils Charly Jr...
"En famille, on se soutient. En famille, on se déchire." La deuxième partie de cette introduction du film prend vraiment tout son sens, avec le repas d'après enterrement qui dit ressemblement en famille, dit cris, disputes, nostalgie, fous rires, et ici également la révélation d'un terrible secret de famille...
Les paysages sous la chaleur accablante de l'Oklahoma sont superbes.
Les caractères des différents personnages sont bien définis. Le jeu de Meryl Streep est surprenant et très réussie. Son personnage a plusieurs visages, celui de la mère forte qui décide de tout pour les autres, qui n'hésite pas à dire ce qu'elle pense même si cela blesse ses proches, qui devine tout, c'est également la femme malade et droguée qui délire ou fait des caprices...
Des trois soeurs, c'est le personnage d'Ivy que j'ai préféré. Discrète mais tellement humaine.
Les dialogues sont vifs, l'histoire est sombre mais l'humour présent, dédramatise le film. Alternativement, le spectateur est ému ou rit aux éclats.
Il y a en effet quelques scènes très drôles et la séance de cinéma a été vraiment plaisante car la salle participait sans retenue à l'hillarité générale, en particulier pour le bénédicité du repas après l'enterrement ou lors d'un repas au menu duquel, il y avait du poisson-chat... 
J'ai trouvé la fin un peu brutale et trop ouverte à mon goût.
Merci à Vincent et Way to Blue pour l'invitation à la projection de ce film.


UN ETE A OSAGE COUNTY - Bande Annonce VOST par wildbunch-distrib

 

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25 janvier 2014

La trahison d'Einstein - Eric-Emmanuel Schmitt

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

la trahison d'E Albin Michel - janvier 2014 - 153 pages

Quatrième de couverture : 
Sur les rives d’un lac du New Jersey, deux excentriques se rencontrent et sympathisent. L’un est Albert Einstein ; l’autre est un vagabond en rupture avec la société.
À ce confident de hasard, Einstein expose son dilemme. Pacifiste militant, il connaît les conséquences terrifiantes de ses travaux théoriques et craint qu’Hitler et les nazis ne fabriquent la première bombe atomique. Devrait-il renier ses convictions et prévenir Roosevelt, afin que l’Amérique gagne la course à l’arme fatale ? Quel parti prendre alors que le FBI commence à le soupçonner, lui, l’Allemand, le sympathisant de gauche… le traître peut-être ?
Dans cette comédie intelligente et grave, drôle parfois, Eric-Emmanuel Schmitt imagine le conflit moral d’un homme de génie, inventeur malgré lui de la machine à détruire le monde.

Auteur : Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Il a été récompensé par l'Académie Française en juillet 2001 avec le Grand Prix du théâtre, pour l'ensemble de son oeuvre. En 2009, Ulysse from Bagdad lui a valu le Prix des grands espaces littéraires. En 2010, il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Concerto à la mémoire d'un ange.
Son roman La Femme au miroir lui a valu en 2011 le prix du roman historique, Prix Agrippa d'Aubigné.
Eric-Emmanuel Schmitt a été reçu cette année à L'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique au fauteuil 33 qu'occupait Hubert Nyssen, et qu'ont occupé Colette et Cocteau.
Co-directeur du Théâtre Rive Gauche à Paris, Eric-Emmanuel Schmitt y a vu jouée son adaptation théâtrale du Journal d'Anne FrankMonsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, et actuellement la pièce The Guitrys.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
L'action de cette pièce de théâtre se déroule sur les bords d'un lac du New Jersey où Einstein, résidant à Princeton, a l'habitude de venir se détendre en faisant de la voile.
L'auteur met en scène trois personnages, Einstein, un vagabond devenu marginal à la suite de la mort de son fils à la guerre en 1918 et un agent du FBI.
Tout commence en 1934, au bord du lac, le vagabond s'amuse des exploits d'Einstein sur son voilier... Dès son retour sur terre, ils engagent la conversation. Le vagabond ne reconnaît pas tout de suite le savant, puis il proteste contre son pacifisme.
En 150 pages, Eric-Emmanuel Schmitt nous rappelle quelques moments importants d'Histoire et de la vie d'Einstein. 
Einstein a toujours été un fervent défenseur de la paix, pourtant il est également conscient que ses découvertes dans les mains des Allemands risquent d'entraîner des milliers de morts.
En 1939, il écrit à Roosevelt pour l'informer que les Nazis sont sur le point d'obtenir l'arme nucléaire, en partie grâce à ses recherches... Mais les idées pacifiques d'Einstein le rendent louche auprès des Américains. A cette époque, ces derniers ont plus peur du communisme que du nazisme !
En 1945, la bombe A est lancée sur Hiroshima par les Américains. Einstein se sent responsable.

Ces conversations d'égal à égal entre le savant et le vagabond sont passionnantes, émouvantes, amusantes...
Sous couvert de dialogues enlevés et teintés d'humour, l'auteur pose des questions profondes sur la science, sur l'homme et sur son avenir.

EES_Huster

Cette pièce de théâtre sera créée au Théâtre Rive-Gauche le 30 janvier 2014. Mise en scène de Steve Suissa avec Francis Huster, Jean-Claude Dreyfus et Dan Herzberg.

Merci à Claire et aux éditions Albin Michel pour m'avoir permis de découvrir cette pièce de théâtre.

Autres avis : Canel et Mr

Extrait : (début de la pièce)
Une fin d'après-midi, dans le New-Jersey, au bord d'un lac.
Tandis que le soleil dore l'horizon de teintes cuivrées, un homme, assis sur le sol, se prépare un repas frugal avec du pain, du jambon, des cornichons.
C'est un vagabond. En sandales, couvert d'habits froissés, douteux, son sac à dos posé dans l'herbe, il regarde ce qui se passe au loin.
Ce qu'il voit - et qui l'amuse - nous échappe.
Lorsque l'action qu'il fixe amène ses yeux à se tourner vers la droite, Einstein entre. 
En ce jour de 1934, Albert Einstein a cinquante-cinq ans.
Cheveux hirsutes, ample chemise, pantalon en lin, sans chaussettes dans ses chaussures, il rivalise de négligence vestimentaire avec le vagabond. Descendant, trempé, de son voilier, il s'ébroue sur la berge. Après un sourire au vagabond, il extrait une serviette de sa besace de sportif.

EINSTEIN
Alors ? Le spectacle vous a régalé ?

LE VAGABOND
Excellent. Joli voilier, éblouissante lumière sur le lac, quelques solides pointes de vitesse... et j'ai cru au moins cinq fois que vous alliez chavirer.

EINSTEIN
Ah, merci... Je ne me serai pas donné du mal pour rien.

LE VAGABOND
Comment réussissez-vous ça ?

EINSTEIN
Quoi ? Coucher ma voile sur les flots ou rétablir ma coque ?

LE VAGABOND
Vous intéresser à un sport dans lequel vous êtes aussi doué qu'un éléphant pour la danse ? Moi, à ce niveau de maladresse, j'abandonnerais.

EINSTEIN
Je pratique la navigation depuis des années

LE VAGABOND
Ah...

EINSTEIN
J'aime quand les choses me résistent.

LE VAGABOND
Dans ce cas, vous avez fait le juste choix : avec la voile, vous ne vous lasserez pas.

EINSTEIN
Fendre les flots me détend. Autant que jouer du violon.

LE VAGABOND
Aïe... Vous torturez également le violon ?

EINSTEIN 
Mieux que je ne navigue.

LE VAGABOND
Ouf...

EINSTEIN 
Aucun des compositeurs que j'ai interprétés ne s'en est plaint.

LE VAGABOND 
Ils étaient déjà morts, peut-être ? Remarquez, les poissons non plus, ils ne protestent pas ! Pourtant, lorsqu'ils vous voient piquer sur eux à toute berzingue en agitant votre coquille, ça doit paniquer dans les bas-fonds...

Einstein éclate de rire, nullement vexé, puis achève de se sécher.

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Challenge Rentrée Hiver 2014

 

 

Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...  

mr_ibrahim_ldp_2012 Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran 

les_10_enfants Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus 

la_tectonique_des_sentiments_GC  La tectonique des sentiments la_part_de_l_autre_2003 La Part de l'autre

 les_perroquets_de Les perroquets de la place d'Arezzo  9782226251992g
 The Guitrys

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08 janvier 2014

3000 façons de dire je t'aime - Marie-Aude Murail

2014-01-05_145345 Ecole des Loisirs - août 2013 - 266 pages

Quatrième de couverture :
Chloé, Bastien et Neville ont eu en cinquième une professeure de français qui n'aimait que les livres qui finissent mal. Un soir, elle les a emmenés pour la première fois au théâtre voir une représentation de Dom Juan de Molière. Cette soirée a changé leur vie. C'est décidé, ils seront comédiens !

Six ans plus tard, leur désir de monter sur scène est intact et ils se retrouvent au conservatoire d'art dramatique de leur ville. Le professeur le plus réputé, Monsieur Jeanson, les prend tous les trois dans son cours.
Chloé va devoir concilier les cours de théâtre avec le rythme intensif de la classe préparatoire qu'elle vient d'intégrer. Bastien, prêt à tout pour faire rire, pense qu'il suffit de regarder une vidéo de Louis de Funès pour apprendre la tirade d'Harpagon. Le beau et ténébreux Neville a peur de se donner les moyens de son ambition, d'être un autre pour savoir enfin qui il est.
Comment le théâtre va-t-il lier pour toujours la jolie jeune première, le valet de comédie et le héros romantique que Jeanson a su voir en eux ?

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009).

Mon avis : (lu en janvier 2014)
Voilà une très jolie histoire sur le parcours de trois grands adolescents amoureux du théâtre. Au début de l'histoire, Chloé, Bastien et Neville sont en classe de cinquième, grâce à leur professeur de français ils vont découvrir le théâtre avec tout d'abord une représentation de Don Juan puis l'année suivante, ils participeront au Club Théâtre. Puis ils prendront chacun des chemins différents jusqu'au jour où tous les trois vont se retrouver dans le hall du conservatoire d'art dramatique de la ville pour passer l'audition d'entrée.
Chloé est la bonne élève, en classe Prépa Lettres, avec parents qui la protège. Bastien, est le rigolo de la bande, qui n'a jamais travailler en classe, vivant sur ses acquis et qui souhaite surtout ne pas finir ses jours épicier comme ses parents. Neville, doit son prénom à une série de la BBC, né de père inconnu, il vit avec sa mère asthmatique, femme de ménage, il est beau et énigmatique. Tout les oppose mais ensemble, ils vont se retrouver dans la classe de Jeanson, un homme de théâtre exceptionnel et grâce au théâtre se découvrir eux-même et avancer dans leurs vies personnelles.
Ce livre est passionnant, avec les répétitions théâtrales nous découvrons les grands textes du théâtre et un trio attachant.
C'est pour moi, un grand coup cœur !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Nous étions trois collégiens de cinquième et nous venions d'horizons si différents que rien ne nous destinait à nous dire un jour je t'aime.
Chloé avait pour parents monsieur et madame Lacouture, respectivement directeur de l'école Charles-Péguy et professeure d'allemand.
Bastien était le fils des Vion, qui tenaient un petit commerce. Comme les clients l'appelaient « le fils de l'épicerie », Bastien mit du temps à comprendre à quoi servaient les parents. Dans son cas, la réponse était : à rien.
Neville se serait appelé Steevy si la voisine de palier ne s'était emparée du prénom pour son propre fils. Magali Fersen, mère célibataire, se rabattit sur Neville, un prénom qu'elle avait entendu dans une série de la BBC pendant sa grossesse. Elle ne s'était pas avisée que le héros britannique était silencieux et tourmenté. Dès le berceau, Neville décida de lui ressembler.
Nous nous appelions donc Chloé Lacouture, Bastien Vion et Neville Fersen. Cette année-là, notre professeure de français était la célèbre madame Plantié, considérée comme folle par ses élèves et comme très compétente par les parents. Cette femme énergique et souriante était atteinte d'une allergie curieuse, elle ne supportait pas les romans qui finissent bien, qu'elle pensait écrits pour les imbéciles et les Américains. Tandis que nous autres, qui avions douze ou treize ans, des boutons d'acné, des règles douloureuses et des parents chiants, nous nous enfoncions dans la dépression de l'hiver, madame Plantié s'épanouissait en nous lisant La Mort d'Olivier Bécaille. C'était une histoire abominable où un pauvre type, enterré vivant, essayait de soulever le couvercle de son cercueil. Et un beau jour (beau pour madame Plantié, donc avec un ciel bas et lourd), notre professeure nous apprit que la prochaine séquence pédagogique serait consacrée au théâtre. Nous pouvions craindre le pire, car elle ajouta, avec des étoiles dans les yeux, que le but du théâtre était de nous faire sentir le tragique de la condition humaine. Elle avait essayé d'avoir des places au théâtre de la ville pour nous emmener voir Le roi se meurt. C'était une abominable histoire où un pauvre type, à qui on annonçait : «Tu vas mourir dans une heure vingt-cinq minutes», mourait sur scène après une agonie d'une heure et vingt-cinq minutes. Par chance pour nous, ce spectacle affichait complet, et madame Plantié dut se contenter de Dom Juan. Je crois qu'elle se consola en pensant que c'était la seule comédie de Molière qui finissait mal.
Aucun de nous trois n'était jamais allé au théâtre.

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

 papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin 

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Verbe" (1)

Challenge 5% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
26/30

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01 novembre 2013

Antigone - Jean Anouilh

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La Table Ronde - 1946 - 127 pages

Bordas - 1979 - 125 pages

La Table Ronde - juillet 1993 - 122 pages

La Table Ronde - mars 2008 - 128 pages

Quatrième de couverture :
L'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.
Jean Anouilh.

Auteur : Jean Anouilh est né à Bordeaux le 23 juin 1910. Très jeune il se passionne pour le théâtre ; en 1930 il quitte son emploi dans la publicité pour devenir secrétaire de Louis Jouvet. Il écrit des pièces et obtient son premier succès en 1937 avec « Le voyageur sans bagage ». Auteur prolifique, il ne cesse d'écrire, en 1944 il crée « Antigone » qui reste encore aujourd'hui une des pièces les plus jouées. Jean Anouilh décède le 3 octobre 1987 en laissant une œuvre considérable.

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Je n'aurai sans doute jamais lu cette pièce de théâtre si je n'avais pas lu le dernier livre de Sorj Chalandon, "Le quatrième mur". 
Jean Anouilh s'est inspiré du mythe antique d'Antigone, il a voulu que le personnage d’Antigone soit l'allégorie de la Résistance qui s'oppose aux lois dictées par Créon (Pétain), et qu'elle juge iniques. Antigone refuse la facilité et préfère se rebeller, ne voulant pas céder à la fatalité... Créon, lui, revendique de faire un « sale boulot » parce que c'est son rôle et qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. Jean Anouilh, en écrivant cette pièce de théâtre, dénonce la passivité de certains face aux lois dictées par les nazis. Antigone symbolise la résistance qui s'obstine malgré les dangers encourus. 
Cette pièce a été représentée pour la première fois au théâtre de l'Atelier à Paris le 4 février 1944, durant l'Occupation allemande.

Ce texte est fort, l'écriture est simple, même si le sujet évoque des époques lointaines, le lecteur comprend très bien l'actualité du texte en 1944. Et après cette lecture, je comprends encore mieux le symbole qu'était dans "Le quatrième mur" : « monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. »

Comme j'avais terminé de lire ce texte, mon plus jeune fils, élève de Seconde, m'a dit : « Au fait, le prof de français nous a demandé de lire cette pièce de théâtre. » Nous aurons donc prochainement l'occasion d'en discuter...

Extrait : (début du livre) 
Le Prologue
Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout... Et, depuis que ce rideau s'est levé, elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir.

Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène, c'est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d'Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus belle qu'Antigone, et puis un soir, un soir de bal où il n'avait dansé qu'avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d'être sa femme. Personne n'a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit «oui» avec un petit sourire triste... L'orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà, maintenant, lui, il allait être le mari d'Antigone. Il ne savait pas qu'il ne devait jamais exister de mari d'Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.
Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c'est Créon. C'est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d'Œdipe, quand il n'était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches et il a pris leur place.


ANTIGONE lu par Jean Anouilh

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31 octobre 2013

The Guitrys - Eric-Emmanuel Schmitt

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226251992g Albin Michel - octobre 2013 - 141 pages

Quatrième de couverture :
Durant les années folles, pendant quatorze ans, Yvonne Printemps et Sacha Guitry règnent sans partage sur la scène artistique et mondaine internationale. Amants magnifiques et impossibles, ils vont vivre une vraie passion, traversée de querelles, de tromperies, et de jalousie.
Et si l’histoire de ce couple légendaire nous était contée par Sacha lui-même ? Si l’auteur de Chagrin d’amour et de La jalousie en avait confié la dramaturgie et les dialogues à Eric-Emmanuel Schmitt, complice de cette comédie étincelante de verve et d’esprit ?

Auteur : Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs français les plus connus dans le monde (traduit en 50 langues). De M. Ibrahim et les fleurs du Coran aux Deux Messieurs de Bruxelles en passant par Oscar et la dame rose ou La part de l'autre, il enchaine les succès. Il a reçu notamment le Grand prix du théâtre de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre, le Goncourt de la nouvelle pour Concerto à la mémoire d'un ange, le prix du roman historique, Agrippa d'Aubigné pour La Femme au miroir.
Il siège à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique au fauteuil occupé précédemment par Colette et Cocteau.

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Je n'ai pas trop l'habitude de lire des pièces de théâtre mais lorsque ce livre m'a été proposé, je n'ai pas hésité connaissant le talent d'Eric-Emmanuel Schmitt pour le théâtre. 
Ce texte a été écrit à partir des bons mots de Guitry pour rendre hommage au couple mythique que formaient Guitry et Yvonne Printemps. Je connaissais ces deux noms mais cette pièce de théâtre m'a permis de découvrir une époque et qui étaient ce couple. En 140 pages, Eric-Emmanuel Schmitt nous fait revivre leur fulgurante histoire d'amour où il est question de passion, de bonheur, de tendresse, puis peu à peu de querelles, de jalousie, et enfin de rupture. Le lecteur voyage entre présent et passé, le texte est dynamique, avec des dialogues à la manière de Guitry.

La pièce, mise en scène par Steve Suissa est interprétée par Claire Keim et Martin Lamotte a été créé au Théâtre Rive Gauche, le 26 septembre 2013. La bande annonce, ci-dessous, donne vraiment envie de voir la pièce.

Merci Claire et les éditions Albin Michel pour cette découverte.

Extrait : 

 

Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...  

mr_ibrahim_ldp_2012 Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran 

les_10_enfants Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus 

la_part_de_l_autre_2003 La Part de l'autre les_perroquets_de Les perroquets de la place d'Arezzo 

 Challenge 3% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
15/18

 

 

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13 octobre 2013

Le quatrième mur - Sorj Chalandon

sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Grasset - août 2013 - 327 pages

Quatrième de couverture :  
« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »

Auteur : Sorj Chalandon, né en 1952, a été longtemps journaliste à Libération avant de rejoindre Le Canard Enchaîné. Ses reportages sur l’Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le Prix Albert-Londres en 1988. Il a publié, chez Grasset, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis), Mon Traître(2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011, Grand Prix du Roman de l'Académie Française).

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Voilà encore un livre coup de poing de Sorj Chalandon et pour moi un coup de coeur !
Ses deux livres précédents nous plongeaient dans la guerre d'Irlande, celui-ci nous envoie dans un Liban ensanglanté, en 1982, l'année des terribles massacres de Sabra et Chatila.
Georges, le narrateur, est français, c'est à la fac qu'il rencontre pour la première fois Sam, réfugié grec, d'origine juive. Sam est en train de raconter à tout un amphi l’histoire de son combat contre la dictature des colonels. Georges et Sam vont devenir de vrais amis, presque des frères. Après la fac, ils vont se perdre de vue.
Dix ans plus tard, Georges est marié et jeune papa d'une petite Louise, Sam est tombé malade. Sur son lit d’hôpital, il demande à Georges de prendre sa suite pour le projet de sa vie, un projet fou : monter la pièce d'Anouilh à Beyrouth en pleine Guerre du Liban. Il a imaginé faire interpréter tous les rôles par ceux qui s’opposent sur le champ de bataille : Créon serait chrétien, Antigone serait palestinienne, Hémon serait Druze, il y aurait également les Chiites, les Chaldéens... Il rêve de de réunir le temps d'une trêve théatrale de deux heures des acteurs que la guerre a rendu ennemis. Georges accepte cette mission et il va quitter le confort de son foyer, sa femme et sa petite fille pour aller à Beyrouth.
Sur scène, le quatrième mur, c’est le mur invisible qu'il y a entre les acteurs et les spectateurs, c'est aussi la frontière entre la fiction et la réalité. Tout au long du livre, Sorj Chalandon s'interroge sur la paix et la guerre, sur les horreurs des massacres et l'espoir des hommes.
Ancien grand reporter Sorj Chalandon a su traduire avec beaucoup de justesse l'horreur de la guerre mais également évoquer l'amitié, l'espoir avec beaucoup de douceur. Ce livre est bouleversant, percutant.

J'ai trouvé la première partie du livre, lorsque Georges raconte ses années facs et sa rencontre avec Sam, un peu lente à mon goût mais la suite est tellement prenante et passionnante qu'il ne faut surtout pas s'arrêter à cette première impression. 

Autre avis : Tiphanie

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)

Tripoli, nord du Liban. 

Jeudi 27 octobre 1983. 

Je suis tombé. Je me suis relevé. Je suis entré dans le garage, titubant entre les gravats. Les flammes, la fumée, la poussière, je recrachais le plâtre qui me brûlait la gorge. J'ai fermé les yeux, les mains sur les oreilles. J'ai heurté un muret, glissé sur des câbles. La moitié du plafond avait été arrachée par l'explosion. Le ciment en feu frappait tout autour avec un bruit de claques. Derrière une carcasse de voiture, un trou. Une crevasse de guerre, un bitume ouvert en pétales jusqu'à son coeur de sable. Je me suis jeté dans les éclats comme on trébuche, corps chiffon, le ventre en décombres. Je tremblais. Jamais je n'avais tremblé comme ça. Ma jambe droite voulait s'enfuir, me quitter, une sauterelle apeurée dans les herbes d'été. Je l'ai plaquée à deux mains sur le sol. Elle saignait, ma jambe folle. Je n'avais rien senti. Je croyais que la blessure et le blessé ne faisaient qu'un. Qu'au moment de l'impact, la douleur hurlait son message. Mais c'est le sang qui m'a annoncé la mauvaise nouvelle. Ni le choc ni le mal, seulement mon jus poisseux. Mon pantalon était déchiré. Il fumait. Ma jambe élançait comme une rage de dent. Ma chemise était collée de sueur. J'avais pris mon sac, mais laissé ma veste dans la voiture de Marwan, mes papiers, mon argent, tout ce qui me restait. Je ne pensais pas qu'un char d'assaut pouvait ouvrir le feu sur un taxi.
- Sors de là, Georges !
Nous roulions le long de la côte. Le soleil se levait derrière les collines. Juste après le virage, un tank syrien couleur sable, embusqué, immense. Il nous barrait la route. Mon Druze a juré. Il a freiné brusquement. Je dormais. J'ai sursauté. Il a paniqué, fait marche arrière sur le talus qui surplombait la mer. La carapace s'est réveillée. Presque rien, un souffle. Le métal du canon qui pivote.
- Mets-toi à couvert, putain!
J'ai plongé la main vers la banquette arrière, pris mon sac, cherché ma veste, mon passeport, sans quitter la mort des yeux. Et puis j'ai renoncé. La gueule d'acier nous faisait face. Vacarme dans ma tête.
- Il ne va pas tirer !
Il ne peut pas tirer sur un taxi! Un losange rouge et un rond jaune étaient peints sur la tourelle. Figures familières de tableau d'écolier. Et aussi trois chiffres arabes au pochoir blanc. Marwan traversait la route, courbé en deux. Il marchait vers l'abri, un garage fracassé. Les murs étaient criblés d'éclats, noirs de suie. J'ai ouvert ma portière, couru bouche ouverte vers la ruine béante. 
- Quand les obus tombent, ouvre la bouche, m'avait dit mon ami la première fois. Si tu ne décompresses pas, tes tympans explosent.
Lorsque je suis entré dans le garage, il ressortait en courant.
- J'ai laissé les clefs sur le tableau de bord ! Les clefs ?
La phrase était absurde. Le canon nous suivait. Moi qui entrais, lui qui sortait. Il hésitait entre nos épouvantes. Le coup est parti alors que je posais le pied sur l'ombre. Je suis tombé comme on meurt, sur le ventre, front écrasé, nuque plaquée au sol par une gifle de feu. Dedans et dehors, les pieds sur le talus, les mains sur le ciment. Mon corps était sidéré. Une lumière poudrée déchirait le béton. Je me suis relevé. La fumée lourde, la poussière grise. Je suffoquais. J'avais du sable en gorge, la lèvre ouverte, mes cheveux fumaient. J'étais aveugle. Des paillettes argent lacéraient mes paupières. L'obus avait frappé, il n'avait pas encore parlé. La foudre après l'éclair, un acier déchiré. Odeur de poudre, d'huile chaude, de métal brûlé. Je me suis jeté dans la fosse au moment du fracas. Mon ventre entier est remonté dans ma gorge. J'ai vomi. Un flot de bile et des morceaux de moi. J'ai hurlé ma peur. Poings fermés, oreilles sanglantes, recouvert par la terre salée et l'ombre grasse. Le blindé faisait mouvement. Il grinçait vers le garage. Je ne le voyais pas, j'entendais sa force. Le canon hésitait. Droite, gauche, mécanique enrouée. L'étui d'obus avait été éjecté. Choc du métal creux en écho sur la route. Silence.
- C'est un T55 soviétique, un vieux pépère.
J'ai sursauté. Voix de rocaille, mauvais anglais. Un homme âgé était couché sur le dos, dans le trou, à côté de moi dans la pénombre. Je ne l'avais pas remarqué.
- Baisse la tête, il va remettre ça.
Keffieh, barbe blanche, cigarette entre deux doigts, il fumait. Malgré le char, le danger, la fin de notre monde, il fumait bouche entrouverte, laissant le nuage paisible errer sur ses lèvres.
- C'est confortable ?
Il a désigné mon ventre d'un geste. J'écrasais son arme, crosse contre ma cuisse et chargeur enfoncé dans mon torse. Je m'étais jeté sur un fusil d'assaut pour échapper à un obus. Je n'ai pas bougé. Il a hoché la tête en souriant. Dehors, le blindé s'est mis en mouvement. Hurlement de moteur malmené.
- Il recule, a soufflé le vieil homme.
L'ombre du tank avait laissé place à la lumière de l'aube et aux herbes calcinées. Il reculait encore. J'ai attendu le rire des mouettes pour respirer. Je me suis soulevé. Sur un coude, bouche ouverte. J'ai cherché Marwan dans le tumulte, puis dans le silence. J'ai espéré que mon ami revienne, agitant ses clefs de voiture au-dessus de sa tête en riant. Chantant qu'il était fou d'être retourné à son taxi. Fou surtout de m'avoir suivi dans cette histoire idiote. Il allait me prendre dans ses bras de frère, en bénissant le ciel de nous avoir épargnés. J'ai espéré longtemps. Dehors, des hommes tiraient à l'arme légère. Des cris, des ordres, un vacarme guerrier. Une longue rafale de mitrailleuse. J'ai roulé sur le côté. Ma jambe saignait par giclées brutales. Le Palestinien a enlevé ma ceinture sans précaution et m'a fait un garrot à hauteur de la cuisse. J'étais couché sur le dos. La douleur s'invitait à coups de masse. Il a installé une couverture sous ma tête, me levant légèrement contre le rebord du trou.
Alors j'ai vu Marwan. Ses jambes dépassaient, en travers de la route. Il était retombé sur le dos, vêtements arrachés par l'explosion, sanglant et nu.
Le char toussait toujours, plus haut. La plainte du vent était revenue. Le souffle de la mer. Le vieux Palestinien s'est retourné sur le flanc, coude à terre et la joue dans la main. Il m'a observé. J'ai secoué la tête. Non, je ne pleurais pas. Je n'avais plus de larmes. Il m'a dit qu'il fallait en garder un peu pour la vie. Que j'avais droit à la peur, à la colère, à la tristesse.
Je me suis assis lourdement. J'ai repoussé son arme du pied. Il s'est rapproché. Lui et moi, dans le trou. Accroché à sa boutonnière de poche, un insigne émaillé du Fatah. Il a pris mon menton délicatement, je me suis laissé faire. Il a tourné mon visage vers la lumière du jour. Et puis il s'est penché. Sous sa moustache usée, il avait les lèvres ouvertes. J'ai cru qu'il allait m'embrasser. Il m'a observé. Il cherchait quelque chose de moi. Il est devenu grave.
- Tu as croisé la mort, mais tu n'as pas tué, a murmuré le vieil homme.
Je crois qu'il était soulagé. Il a allumé une cigarette, s'est assis sur ses talons. Puis il s'est tu, regardant la lumière fragile du dehors. Et je n'ai pas osé lui dire qu'il se trompait.

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Chiffre/Nombre"

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
12/12

 

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