19 mai 2017

Nuit de septembre - Angélique Villeneuve

415+1T50NGL Grasset - mars 2016 - 160 pages

Quatrième de couverture :
« Une nuit, ton fils s'est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l'as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s'il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d'iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu'il est parti gonflé d'elles. Mais comme tu n'es pas sûre qu'en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »
Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l'après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d'être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?
Auteur : Angélique Villeneuve est l'auteur de cinq romans. Les Fleurs d'hiver, paru en 2014 aux éditions Phebus, a reçu un bel accueil (Prix Mille Pages 2014, prix La Passerelle 2015, prix de la ville de Rambouillet 2015).
Mon avis : (lu en avril 2017)
Après avoir beaucoup aimé le roman précédent d'Angélique Villeneuve, "Les fleurs d'hiver", j'ai eu envie de découvrir son dernier roman. Je ne m'attendais pas à lire ce témoignage sur le suicide du fils de l'auteure.
Un récit poignant et digne d'une mère qui cherche à aller au-delà de sa souffrance et à comprendre le geste de son fils. L'écriture d'Angélique Villeneuve est pleine d'humanité, de justesse, c'est une grande déclaration d'amour pour son fils et un témoignage bouleversant mais également réconfortant pour pouvoir se tourner vers l'avenir et vivre après un tel drame.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à deux autres livres témoignages d'un père ou d'une mère sur la mort de leur enfant : Camille, mon envolée - Sophie Daull et Le Fils - Michel Rostain . 

Extrait :
Avant, bien longtemps avant ce jour-là, sans te sentir vraiment concernée tu avais lu ou entendu ces histoires à propos de la douleur.
On le disait, on l’écrivait, certains en tout cas le disaient, l’écrivaient, la douleur est une bête fidèle. Au moindre signe elle accourt, quand le monde déserte.
La douleur comme une créature.
Tu n’y croyais pas. Tu désirais, peut-être, te faire ta propre idée. Alors t’y voilà. Tu y es. Au milieu, au-dedans.
Tu as perdu ton fils il y a quelques semaines.
Une nuit, il s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.

Déjà lu du même auteur : 

 9782752909985-e581c Les Fleurs d’hiver

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09 octobre 2016

L'Icône des sables - Olive Le Masne

41WikkDgJZL Edilivre - mars 2016 - 51 pages

Quatrième de couverture : 
Voici la rencontre entre une expatriée et une jeune femme réfugiée. Comme une fugue en musique, la vie des deux femmes est mise en miroir dans un parallèle troublant. S'en suit le combat qu'elles vont mener ensemble. Après le temps de la nuit et des épreuves, s'épanouit celui de la grâce. Le désert le plus aride au monde ne s'est-il pas couvert de fleurs ?

Auteur : Olive Le Masne est née en 1978. Elle aime pratiquer l'écriture pour retracer les petites merveilles de la vies. Après Un loup en blouse rose et Un amour de Paulette, récits centrés sur son univers familial, elle élargit son regard à la richesse humaine et spirituelle d'une rencontre.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
J'ai eu ce livre entre mes mains grâce à l'une de mes soeurs qui me la offert cet été. 
C'est une histoire à deux voix, l'une est celle d'une jeune femme réfugiée qui a dû quitter son pays, traverser la mer pour arriver dans un pays lointain. Elle n'a plus rien. "Après avoir erré ça et là dans la ville, elle a vécu la longue attente. Les portes des refuges se sont fermées devant elle. Elle a répété à l'infini des paroles étrangères qui procurent des papiers. Elle a engagé son avenir auprès de visages durs qui ont habité ses songes. Dans son nouveau lieu de passage, personne n'a su lui parler dans sa langue. Elle a tenté d'habiter son silence, laissant couler dans ses mains fléchies, des larmes pudiques de solitude."
L'autre voix est celle d'une femme d'expatrié, elle a l'habitude des déménagements et des séjours à l'étranger. "Pourtant, elle ne parvenait pas à retrouver pleinement sa place dans ce nouvel univers riche et policé. Elle cherchait son visage. La parole résonnait en elle. [...] Elle s'est sentie envahie par cet amoncellement. Sa maison si grande est devenue étouffante. Elle aurait voulu ne posséder rien..."
Les deux femmes ont en communs un sentiment de solitude. Les causes sont différentes, mais le sentiment est le même. Et elles se sont rencontrées. L'expatriée voulait donner de son temps pour se rendre utile, elle est venue garder la petite fille de la jeune femme réfugiée pendant que celle-ci et son compagnon suivaient des cours de français. Peu à peu elles vont se raconter leurs vies. Elles sont si différentes qu'il faudra un peu de temps pour que l'expatriée réagisse et s'investisse vraiment pour aider la jeune réfugiée dans les longues démarches pour obtenir des papiers et la possibilité de travailler...
Ce court livre est en réalité un témoignage très touchant, celui de la rencontre de l'auteur avec des réfugiés. Le texte est plein de poésie et de sensibilité.
Un texte en plein dans l'actualité qui évoque la richesse que l'on peut gagner dans la rencontre avec l'étranger. Cette rencontre n'est pas simple, il faut savoir être à l'écoute de l'autre...

Extrait : (début du livre)
Quand la poussière s'est levée, elle a posé ses yeux sombres sur le sable brûlant. Ses narines aspiraient l'air chaud, posément. Malgré le roulement de tambour dans sa poitrine, elle a poursuivi calmement l'impression des paysages sur sa rétine, comme si elle pouvait faire entrer le pays entier dans son corps menu. Une à une les montagnes sont venues se poser au fond d'elle-même
, puis les maisons de terre, les arbres chevelus, les feuilles craquelées, et enfin, le vent.
Quand elle s’est retournée, elle les a vus. Elle les a serrés un à un entre ses bras frêles, elle a murmuré quelques mots en une mélopée douce. Ses yeux se sont voilés mais elle a laissé couler l’émotion dans un sourire tendre. L’empreinte de leurs voix, le parfum de leur peau, une partie de leur être et les phrases du passé se sont logés quelque part dans son corps, à un endroit profond. Elle a su qu’ils partiraient avant elle. Elle a poursuivi sa route.

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17 juillet 2016

146298 - Rachel Corenblit

9782330053758 (1) Actes Sud Junior - septembre 2015 - 66 pages

Quatrième de couverture :
146298. Une suite de chiffres tatoués sur le bras de sa grand-mère. Elle les a vus toute sa vie sans leur donner plus de sens. Puis un jour, en classe, elle comprend. D'abord en colère face à ce secret de famille trop longtemps caché, elle parvient enfin à convaincre sa grand-mère de lui parler, de faire le tri dans sa mémoire défaillante : la rafle, le voyage, le camp, la faim... Les vies de la jeune fille et de la vieille femme se croisent et s'entremêlent pour se mettre au diapason.

Auteur : Après des études de philosophie, Rachel Corenblit se tourne vers l'enseignement en 1997. Elle exerce aujourd'hui à Toulouse en tant que professeur des écoles. Elle est l'auteur de plusieurs romans.

Mon avis : (lu en juillet 2016)
Bizarre cette couverture avec des bonhommes d'un baby-foot... Où est le rapport avec cette histoire ? Peut-être que pour certain le début de cette suite de chiffres 1.4.6.2... pourrait évoquer une position de joueurs de foot sur un terrain... Cette histoire n'a aucun rapport avec le baby-foot ou avec le football ! C'est beaucoup plus sérieux !
Elsa est une adolescente qui a décidé de ce faire tatouer. Un tatouage particulier qui lui tient à coeur, un tatouage identique à celui de sa grand-mère. Ce tatouage, elle l'a toujours vu sur le bras de sa grand-mère et c'est seulement tardivement qu'Elsa en a compris la signification, en classe, lors d'un cours d'histoire...
Cette histoire alterne entre le présent et le passé, l'écriture est simple et le récit est fort et poignant.
Une très belle découverte.

Extrait : 
La fille met des gants. Elle applique la feuille, appuie dessus avec le plat de sa main et la retire lentement. Je regarde.
Mon avant-bras.
C'est là.
Le motif apparaît. Les chiffres.
La succession froide que je connais par cœur.
Ce que ce tatouage va révéler a toujours existé.

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10 mai 2016

Vous n'aurez pas ma haine - Antoine Leiris

vous n'aurez pas ma haine Fayard - mars 2016 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.

À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment,
malgré tout, la vie doit continuer.
C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

Auteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Vous n’aurez pas ma haine est son premier livre.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Voilà un témoignage bouleversant que j'ai lu d'une traite, souvent les larmes aux yeux. 
Cela à commencé par un texte « Vous n'aurez pas ma haine » : des mots postés sur les réseaux sociaux par Antoine Leiris après la mort de son épouse dans l'attaque du Bataclan. Il se retrouve seul avec Melvil, son fils de 17 mois. Dans ce texte, tout à son immense chagrin d'avoir perdu l'amour de sa vie, sa femme et la maman de Melvil, il préfère garder tout son esprit à son chagrin et à son fils plutôt qu'à la colère. Ce message 
plein de pudeur et de retenue avait ému la France. Il est devenu un livre sincère et poignant.
Pour ne pas sombrer dans le chagrin, lorsqu'il ne s'occupait pas de son fils, Antoine s'est mis à écrire. Dans ce livre, il raconte les 12 jours après le 13 novembre. Des jours où tout s'effondre mais où il faut qu'il reste fort pour Melvil. Il faut lui annoncer que sa maman ne reviendra pas, le consoler, le nourrir, jouer avec lui... lui parler de sa maman, faire à deux ce qu'ils avaient l'habitude de faire à trois...

Ce texte est beau, extrêmement touchant. C'est un hymne d'amour d'un homme à sa femme tragiquement disparue, un hymne d'amour d'un père à son fils pour qui la vie continue.
Une leçon de courage et d'humanité à découvrir sans hésiter ! 

Extrait : (page 63)
Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n'aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.
Alors, non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant, mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j'aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l'ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d'attente. Elle était aussi belle que lorsqu'elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j'en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr, je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu'elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n'aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n'ai d'ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a dix-sept mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car non, vous n'aurez pas sa haine non plus.

 

 

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10 septembre 2015

Et tu n'es pas revenu - Marceline Loridan-Ivens

Et tu es revenuGrasset - février 2015 - 112 pages

Quatrième de couverture :
« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Auteurs : Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée  à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment « La petite prairie aux bouleaux », avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008).
Judith Perrignon est journaliste et romancière. 

Mon avis : (lu en août 2015)
J'avais été ému par le passage de Madame Marceline Loridan-Ivens à la Grande Librairie. Son témoignage d'une fille à son père est bouleversant. Elle revient sur ses jours de souffrances en déportation à Auschwitz-Birkenau avec son père, à l'arrivée au camp, ils ont été séparés. Ils se croiseront une dernière fois, se prendront rapidement dans les bras... Ensuite, Marceline est revenue seule, et toutes ses années, il a fallu vivre avec cette absence.
Ce livre est cours mais intense, il m'a fait penser à Si c'est un homme de Primo Levy, c'est un devoir de mémoire indispensable. 

Extrait : (début du livre)
J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n'est pas de l'amertume, je ne suis pas amère. C'est comme si je n'étais déjà plus là. J'écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j'en ai peur souvent. Je n'y ai plus ma place. C'est peut-être l'acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis.

Alors je pense à toi. Je revois ce mot que tu m'as fait passer là-bas, un bout de papier pas net, déchiré sur un côté, plutôt rectangulaire. Je vois ton écriture penchée du côté droit, et quatre ou cinq phrases que je ne me rappelle pas. Je suis sûre d'une ligne, la première, «Ma chère petite fille», de la dernière aussi, ta signature, «Shloïme». Entre les deux, je ne sais plus. Je cherche et je ne me rappelle pas. Je cherche mais c'est comme un trou et je ne veux pas tomber. Alors je me replie sur d'autres questions : d'où te venaient ce papier et ce crayon ? Qu'avais-tu promis à l'homme qui avait porté ton message ? Ça peut paraître sans importance aujourd'hui, mais cette feuille pliée en quatre, ton écriture, les pas de l'homme de toi à moi, prouvaient alors que nous existions encore. Pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas ? Il m'en reste Shloïme et sa chère petite fille. Ils ont été déportés ensemble. Toi à Auschwitz, moi à Birkenau. 
L'Histoire, désormais, les relie d'un simple tiret. Auschwitz-Birkenau. Certains disent simplement Auschwitz, plus grand camp d'extermination du Troisième Reich. Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout. Auschwitz était adossé à une petite ville, Birkenau était dans la campagne. Il fallait sortir par la grande porte avec son commando de travail, pour apercevoir l'autre camp. Les hommes d'Auschwitz regardaient vers nous en se disant c'est là qu'ont disparu nos femmes, nos soeurs, nos filles, là que nous finirons dans les chambres à gaz. Et moi je regardais vers toi en me demandant, est-ce le camp ou est-ce la ville ? Est-il parti au gaz ? Est-il encore vivant ? Il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l'insoutenable incertitude de ce que devenait l'autre. C'était comme des milliers de kilomètres. A peine trois, disent les livres.
Ils n'étaient pas nombreux les détenus qui pouvaient circuler de l'un à l'autre. Lui c'était l'électricien, il changeait les rares ampoules de nos blocs obscurs. Il est apparu un soir. Peut-être était-ce un dimanche après-midi. En tout cas, j'étais là quand il est passé, j'ai entendu mon nom, Rozenberg ! Il est entré, il a demandé Marceline. C'est moi, je lui ai répondu. Il m'a tendu le papier, en disant, «C'est un mot de ton père».

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09 septembre 2015

Les Crocodiles - Thomas Mathieu

crocodiles Le Lombard - octobre 2014 - 176 pages

Quatrième de couverture :
Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et d'une nouvelle génération de féministes qui utilisent internet pour réfléchir et informer sur des concepts tels le "slut-shaming" ou le "privilège masculin". Dans ses planches, les décors et les personnages féminins sont traités en noir et blanc de manière réaliste tandis que les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles verts. Le lecteur ou la lectrice est invité à épouser le point de vue de la femme qui témoigne et à questionner le comportement des crocodiles particulièrement quand ils endossent le rôle stéréotypé de dragueurs/ prédateurs/dominants.
Auteur : Thomas Mathieu tient un blog depuis 2006, ouvert lors de ses études de bande dessinée à Saint-Luc à Bruxelles. Depuis, il a publié quelques bandes dessinées, des récits intimes de couples et de la fiction de mauvais genre. En parallèle, il continue d'expérimenter sur son blog et participe à de nombreux projet, comme la "digiteam" de « EspritBD », le feuilleton en ligne « Les Autres Gens » de Thomas Cadène ou encore le journal numérique « Mauvais Esprit » dirigé par James et Boris Miroir. Actuellement, il se consacre principalement à son tumblr « Projet Crocodiles » qui traduit sous forme de bande dessinée des témoignages de femmes liés au harcèlement de rue et au sexisme ordinaire en général.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
J'ai découvert l'existence de cette BD grâce à la blogosphère en décembre dernier... Il était temps que je découvre cette BD témoignage ! Thomas Mathieu a recueilli des témoignages de femmes autour du harcèlement, du sexisme. Il a illustré ces témoignages en représentant les hommes sous forme de crocodiles verts. Dans cette BD, l'auteur conseille le lecteur de s'identifier aux femmes et la violence des "crocodiles" est édifiante. Dans le cas d'une agression, l'absence de réaction des témoins est également violent pour la victime...
Un sondage, fait sur des femmes de région parisienne et sorti au printemps dernier, disait que 100% des femmes utilisant les transports en communs ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle. Cette BD est vraiment d'utilité publique et je conseille à chacun de la lire.
Après les témoignages, Thomas Mathieu donne des stratégies pour réagir en tant que victime ou en tant que témoins . C'est la meilleure façon de faire retourner les "Crocodiles" dans leur marigot... A eux d'avoir honte !

Autres avis : Enna, Mo 

Extrait : voir ici

 

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26 août 2015

Camille, mon envolée - Sophie Daull

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

camille, mon envolée Philippe Rey - août 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire. 
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».
« Dans les jours d’après, nous distribuerons tes soixante-dix-sept peluches, une par une ou deux par deux, à des fossés dans les campagnes, à des clairières, à des rochers. C’est joli, ces ours, ces lapins, ces petits chats abandonnés sur les tapis de mousse, prenant la pluie sous les marguerites. »

Auteur : Sophie Daull est née dans l'est de la France. Comédienne, elle vit à Montreuil et travaille partout. Camille, mon envolée est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Un livre choc. Devant la mort d'un enfant, il n'y a pas de mots possible... et pourtant Sophie Daull a éprouvé le besoin d'écrire pour ne pas oublier Camille. 
Camille avait 16 ans, elle est morte brutalement la veille de Noël après quatre jours de fièvre. Sa mère, Sophie Daull, écrit à sa fille « pour ne pas oublier ». Elle revient sur les quatre jours de lutte courageuse de Camille mais également elle raconte l'après sans Camille. 
Ce livre est poignant et personnellement je n'ai pas pu le lire d'une traite, tellement son témoignage m'a bouleversée, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à mes enfants et à me dire la chance que j'avais de les avoir toujours vivants.
Le sujet est difficile et douloureux mais le ton est sans pathos, l'écriture est belle, sobre, juste et digne. 
Je n'oublierai pas Camille.

Merci aux éditions Philippe Rey pour ce livre coup de poing.

Extrait : (début du livre)
Haute-Marne - jeudi 9 janvier 2014
Tu es enterrée depuis une semaine exactement.
Sans ton coeur ni ton cerveau. Ils sont à l'étude au service des autopsies de La Salpêtrière.
Ici mon chaton c'est la Maison Laurentine.
Tu n'y es venue qu'une fois, c'était à la Toussaint de tes 14 ans je crois.
Tu as mangé une tarte Tatin et goûté un thé compliqué en écoutant causer les adultes de la mauvaise marche du monde. Tu t'y es emmerdée grave, comme toujours depuis quelques années quand tu étais toute seule en vacances avec les parents.
Mais j'ai choisi cette maison pour essayer de mettre au propre et de donner une suite aux quelques lignes que ton papa et moi avons griffonnées sur un cahier bleu, cinq jours après ta mort. J'ai commencé à y écrire le 28 décembre, à Criel-sur-Mer, dans la baignoire de cette chambre d'hôtel offerte par Carole. Le cahier était sur mes genoux repliés, la vapeur rendait le papier poreux et le stylo marchait mal. Je pensais surtout à toi qui lisais dans le bain des heures entières, même après que l'eau s'était refroidie. Le cahier est de marque Oxford, avec une couverture plastifiée mais sans spirale, comme tu les aimais ; nous l'avions acheté quelques heures auparavent dans l'épicerie-tabac-boulangerie d'un village picard en route pour la mer, un village qui s'appelait, et qui s'appelle toujours, Crèvecoeur.

 

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15 juillet 2015

Ne tombe jamais – Patricia McCormick

ne tombe jamais Gallimard Jeunesse - octobre 2014 - 240 pages

traduit de l’anglais par Jean-François Ménard

Titre original : Never fall down, 2012

Quatrième de couverture :
Cambodge, avril 1975. Quand les soldats arrivent à Battambang, sa ville natale, Arn n'est qu'un gamin de 11 ans qui danse au son d'Elvis Presley et vend des glaces avec son frère. Arrivés au pouvoir, les Khmers rouges envoient tous les habitants du village en longues marches forcées vers des camps de travail. Séparé de sa famille, Arn travaille dans les rizières sous une chaleur accablante et rongé par la faim. Autour de lui, des enfants meurent d'épuisement, des ouvriers sont assassinés sauvagement... Mais Arn n'est qu'au début d'un cauchemar qu'il ne peut soupçonner. Très tôt, il se fait cette promesse à lui-même : "Ne tombe jamais."

Auteur : Patricia McCormick est américaine. Élevée dans un milieu protégé au cœur des beaux quartiers, elle s'est toujours sentie différente. Journaliste indépendante et enseignante, elle écrit depuis l'enfance et rêvait de devenir écrivain. Pour écrire «13 ans, 10 000 roupies», Patricia a passé un mois en Inde et au Népal où elle a interviewé les femmes du quartier rouge de Calcutta. Le roman a été porté à l'écran en 2014. Elle est aussi l'auteur de deux autres romans pour adolescents, tous copieusement récompensés aux Etats-Unis. Elle vit à New-York avec son mari, son fils et ses deux chats.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Arn avait onze ans lorsque les Khmers rouges ont pris le pouvoir au Cambodge. Séparé de toute sa famille, il s’est retrouvé dans un camp de travail pour enfants, il devait travailler sans repos et mal nourri dans des rizières. Beaucoup sont morts de faim, de maladie ou d’épuisement, ou alors torturés ou dénoncés comme traîtres... Arn a réussi à survivre et ce livre raconte son histoire, son témoignage.
Pour un livre destiné à des adolescents, ce témoignage est très dur et personnellement, je n’ai pas pu lire ce livre d’une traite, quelques chapitres d’affilés me suffisaient tellement ce jeune garçon a été témoin de l’horreur de ce génocide. Avant de le donner à lire à des adolescents lycéens, il me semblent important de les y préparer en situant le contexte historique. Je viens seulement de remarquer la mise en garde de la quatrième de couverture : « Ce livre ne convient pas aux plus jeunes lecteurs ».
Ce livre est un témoignage fort et impressionnant, à lire et faire lire.

Extrait : (début du livre)
Battambang, Cambodge
Avril 1975
Le soir, dans notre ville, c'est la musique partout. Maisons riches. Maisons pauvres. C'est pareil. Tout le monde a de la musique. Radios. Tourne-disques. Cassettes huit pistes. Même les types qui pédalent sur les rickshaws, ils attachent une minuscule radio au guidon et ils chantent pour les passagers. Dans ma ville, la musique, c'est comme l'air qu'on respire, toujours là.
Tous les hommes, toutes les femmes se promènent dans le parc pour entendre les nouvelles chansons. Les Cambodgiens aiment beaucoup les chansons. Les chansons d'amour françaises. Le rock'n'roll américain. Comme les Beatles. Comme Elvis. Comme Chubby Checker. Les dames en sarong, elles marchent si légèremen, c'est comme si elles flottaient dans les rues. Les hommes en pantalon, les cheveux lissés en arrière, ils fument des Lucky Strike. Des vieux jouent aux cartes. Des vieilles dames vendent des mangues, vendent des nouilles, vendent des montres. Des enfants jouent au cerf-volant, mangent des glaces. Toute la ville est dehors, le soir.
Mon petit frère et moi, on est devant le grand cinéma et on chante pour les gens. On fait du twist, aussi. "Let's twist again, like we did last summer !" Deux enfants tout maigres, pas de chaussures, le pantalon déchiré, ils aiment bien qu'on chante pour eux. Ils nous donnent même des pièces.
Ce soir, je regarde bien la foule, je trouve une dame - une grosse dame, grosse comme une pomme de lait - et lentement, lentement, sans qu'elle nous voie, mon frère et moi, on se cache derrière sa jupe, on la tient si doucement, elle ne le sait même pas, et on fait comme si c'étais notre mère. Les enfants avec leurs parents peuvent voir le film gratuitement. Les enfants comme nous, on fait semblant.
Dans le cinéma, on regarde l'Amérique, en noir et blanc, avec des avions, des voitures qui brillent et des femmes dans des jupes si courtes, elles montrent leurs genoux. Film de guerre, plein de coups de feu, un peu de baisers. Pour les coups de feu, mon frère et moi, on applaudit. Pour les baisers, on se cache le visage dans notre chemise.

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27 mars 2015

Le voyant - Jérôme Garcin

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product_9782070141647_195x320 Gallimard - janvier 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture : 
« Le visage en sang, Jacques hurle : "Mes yeux! Où sont mes yeux?" Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d'azur, de lilas et de muguet, il entre dans l'obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs. » 
Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient «The Blind Hero of the French Resistance». Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans. 
Vingt ans après Pour Jean Prévost (prix Médicis essai 1994), Jérôme Garcin fait le portrait d'un autre écrivain-résistant que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.

Auteur : Jérôme Garcin est un journaliste et écrivain français. Il dirige le service culturel du Nouvel Observateur, produit et anime l'émission Le Masque et la Plume sur France Inter, et est membre du comité de lecture de la Comédie-Française.

Mon avis : (lu en mars 2015)
Ce livre n'est pas un roman mais plutôt une biographie, un hommage à un héros oublié. A la suite d'un incident domestique, Jacques Lusseyran est devenu aveugle à l'âge de 8 ans. Très vite il découvre que s'il ne voit plus avec ses yeux, il voit de l'intérieur, des images très colorées. Grâce à l'amour de ses parents, il n'a pas le temps de s'appitoyer sur son sort, il va apprendre à développer ses autres sens et poursuivra sa scolarité aux milieux de ses camarades et sera un élève brillant. Elève à Louis Le Grand en Terminal puis en classe préparatoire, il espère réussir l'Ecole Normale. Mais un décret de Vichy interdit aux handicapés d'entrer dans la fonction publique... Durant cette même période, âgé de 17 ans, il fait parti avec une cinquantaine d'élèves des lycées Louis-le-Grand et Henri-IV et des étudiants de la Sorbonne du mouvement de résistance, les Volontaires de la Liberté. En juillet 1943, il est arrêté et incarcéré à Fresnes durant six mois, puis déporté à Buchenwald. 
Mon avis est mitigé, j'ai aimé le fond : je ne connaissais pas et j'ai apprécié de découvrir qui était Jacques Lusseyran, jeune résistant aveugle, déporté à Buchenwald. J'ai eu plus de difficultés avec la forme : le livre est court, mais j'ai trouvé que le ton était souvent emphatique, que le texte manquait de fluidité et j'ai trouvé cette lecture assez laborieuse. Mais je suis cependant, contente d'avoir lu ce livre.

Merci à Babelio et le Prix Relay des voyageurs lecteurs pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Rien, pas l’once d’une plainte, pas l’ombre d’un regret, pas trace d’une quelconque amertume, pas la moindre colère, pas non plus de protestation, et jamais de jalousie. Aucun sentiment bas, nulle révolte vaine. Au contraire, une paix avec soi-même, une harmonie avec le monde, une équanimité souterraine, un optimisme ravageur, une vaillance hors norme, une foid’airain, et même une manière de gratitude pour le destin qui, en le privant de ses yeux, en lui ayant refusé le spectacle de la beauté à l’âge des premiers émerveillements, développa chez lui ce qu’il nommait le regard intérieur. Comme s’il évoquait une industrie secrète, une fabrique cachée, un atelier réservé à lui seul, il répétait que les « vrais yeux travaillent au-dedans de nous » et faisait entrer, dans sa propre caverne, la lumière du feu que Platon plaçait à l’extérieur, et en hauteur. La vérité était en lui-même ; dehors n’était pour lui qu’une illusion – un trompe-l’œil. 
De son handicap, il fit un privilège. Il en tira une fierté qui interdisait la charité et intimidait la compassion. Il y trouva comme un supplément de gravité, lui qui, dans Le Puits ouvert, un roman demeuré inédit, écrivait : « En se penchant sur mon berceau, il y a un cadeau que les bonnes fées ont oublié de me faire, c’est la frivolité. » Il lui arrivait de mépriser ceux qui,s’apitoyant sur son sort, se flattaient d’avoir un regard d’aigle et de tutoyer l’horizon.Toujours, il se moqua des gémissants et des vaniteux. Le mot qu’il détestait le plus et tenait pour un défaut, pour une démission, pour une lâcheté, c’était celui de « banalité ». Sa vie brèven’y tomba jamais. Elle fut une exception française. 
J’ai découvert Jacques Lusseyran avec Et la lumière fut. Je me souviens très bien des émotions contradictoires que j’éprouvai à la lecture de ce témoignage magistral et capital. Le récit de ce héros, qu’aucun romancier n’aurait osé inventer, n’était-il pas trop exemplaire pour être vrai ? Et s’il était vrai, où donc cet homme avait-il trouvé la force surhumaine d’affronter, tête haute, de telles épreuves, de se dépasser sans cesse, de se survivre en rayonnant ? Ce livre, qui illustrait à la perfection le concept de résilience, comment avait-il pu le rédiger sans le voir ?(Mon étonnement vient de ce que je suis de la vieille école. Il m’arrive souvent d’écrire à la main ; j’aime tracer les mots sur des cahiers quadrillés, les remplacer ensuite par d’autres qui attendent dans la marge, biffer, corriger, peaufiner, imposer un rythme secret à ma partition,ajouter des couleurs à mes crayonnés. Je ne suis pas loin de croire que la phrase manuscrite commande la pensée, que le geste précède l’idée, que le stylo impose son style et sa loi. Et je ne commence vraiment à écrire qu’en me relisant, qu’en regardant mon feuillet.) Avait-il lui-même tapé à la machine ou plutôt dicté à une sténo ce que j’avais la faculté de lire, les yeux ouverts, dans un jardin du pays d’Auge traversé par un ruisseau qui sentait l’herbe coupée, la menthe fraîche et l’ail des ours, un jardin qui ouvrait sur des perspectives – massifs anglais de rosiers, de rhododendrons, de lilas, champs chahuteurs de hauts maïs, colline boisée et alanguie – où mon regard se posait, entre deux pages, comme pour s’assurer de son acuité et bien mesurer son empire provisoire ? 
Je crois bien que, dans ma vie, je n’ai jamais été si longtemps absorbé par un texte, m’arrêtant à chaque phrase, la pesant comme une petite miraculée, trouvant à chaque point-virgule, à chaque parenthèse, à chaque exclamation, à chaque alinéa, un sens et un pouvoir qui allaient bien au-delà des règles typographiques et des lois grammaticales. Tous ces mots, jaillis de la nuit absolue, avaient un éclat incomparable, ils répandaient sur la page une lumière éblouissante, presque trop crue. À travers les phrases grégoriennes passaient des couleurs de vitraux sur lesquels tape, à midi, le soleil des dimanches chrétiens. Ajoutés les uns aux autres,les adjectifs en relief – il me semblait les toucher du doigt, comme s’ils étaient en braille –dessinaient une chaîne alpine, formaient une cordillère des Andes, inventaient des Rocheuses lexicales. Dieu que le blanc d’entre les lignes exhalait d’étranges et voluptueux parfums. C’était de la littérature d’avant la littérature. Elle ne tenait ni par le beau style, qui est une coquetterie de clairvoyants, ni par l’imagination, qui offre aux oisifs de tromper à la fois leur ennui et leurs lecteurs, elle était le prolongement naturel d’un corps immobile, l’expression d’une pensée pure, débarrassée des images inutiles, des métaphores superflues. Lire Lusseyran, c’était réapprendre à lire, comme on dit réapprendre à voir, après une opération de la cataracte.

 

 

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04 mars 2015

Sais-tu pourquoi je saute ? - Naoki Higashida

sais-tu pourquoi Editions des Arènes - septembre 2014 - 172 pages

traduit de l'anglais par Daniel Roche 

Titre original : The reason I jump, 2007

Quatrième de couverture :
Pour la première fois, un enfant atteint d’autisme sévère nous raconte l’autisme de l’intérieur. Il répond aux questions que les parents se posent : Pourquoi fuis-tu le contact visuel ? Est-il vrai que tu détestes qu’on te touche ? Pourquoi répètes-tu la même question sans arrêt ? Pourquoi sautes-tu en tapant des mains ?, etc. David Mitchell, l’un des meilleurs écrivains anglais de sa génération et père d’un enfant autiste, a découvert ce texte qui fut pour lui une révélation, une sorte de « Scaphandre et le Papillon » de l’autisme : « J’ai eu l’impression, pour la première fois, que notre fils nous racontait ce qui se passait dans sa tête. » Il a décidé de le traduire du japonais avec sa femme KA Yoshida : « Ce livre est bien plus qu’une somme d’informations, il apporte la preuve qu’il y a, emprisonné à l’intérieur du corps autistique, apparemment impuissant, un esprit aussi curieux, subtil et complexe que le vôtre, le mien, celui de n’importe qui. » 

Auteur : Naoki a appris à communiquer grâce à une grille alphabétique. Il a écrit ce livre à 13 ans et l’a d’abord publié via Internet. Il a aujourd’hui 22 ans et communique toujours grâce à son clavier. Il vit à Kimitsu et tient un blog. 

Mon avis : (lu en février 2015)
Sous forme de questions - réponses, Naoki, un autiste de 13 ans, témoigne. Il cherche à expliquer les comportements bizarre des autistes. Vu de l'intérieur, il donne son ressenti et rend plus compréhensible les réactions des autistes.
Un livre très intéressant et instructif pour mieux comprendre le monde de l'autisme. C'est un témoignage et il faut le prendre comme cela, tout ce qui est raconté ne concerne pas tous les autistes mais ce regard est très touchant même si le récit est parfois assez factuel. Naoki nous explique ses difficultés à faire fonctionner à la fois sa pensée et son corps. Il a des difficultés à contrôler les mouvements de son corps qu'il semble souvent faire malgré lui. A treize ans, il a une étonnante maturité sur son handicap.

Extrait : 
Quand j'étais petit, je ne savais même pas que j'étais un enfant handicapé. Comment l'ai-je découvert? Parce que des gens me l'ont dit : j'étais différent des autres, c'était ça mon problème. C'est vrai, j'avais beaucoup de mal à agir comme quelqu'un de normal et même maintenant je n'arrive pas à "avoir" une vraie conversation. Pour lire des livres à haute voix ou pour chanter, je n'ai pas de problème, mais quand j'essaie de parler avec quelqu'un, mes mots... je ne kes trouve plus. D'accord, j'arrive parfois parfois à répondre quelque chose, mais souvent c'est le contraire de ce que je voulais dire ! Quand on me demande de faire ceci ou cela, je ne réagis jamais comme il faut, et quand je m'énerve je finis par m'enfuir. Du coup, même une activité banale comme le shopping peut devenir vraiment compliquée si je me lance tout seul.
Alors pourquoi est-ce que je n'arrive pas à faire toutes ces choses ? Les jours où ça ne va pas, quand je me sens frustré, malheureux ou découragé, je m'imagine un monde où il n'y aurait que des autistes. Où l'autisme serait considéré comme un genre de personnalité parmi d'autres. La vie serait tellement plus simple et plus heureuse pour nous ! C'est vrai que nous causons parfois beaucoup de problèmes aux gens normaux, et que ces moments-là sont vraiment durs à vivre. Mais ce qu'on voudrait, nous, au fond, c'est croire à un avenir meilleur.

  Challenge Petit Bac 2015 
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Pronom personnel sujet (3)

 Challenge 6% Rentrée Littéraire 2014 
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36/36

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