23 septembre 2015

Si c'est un homme - Primo Levi

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - septembre 2015 - 7h35 - Lu par Raphaël Enthoven

Pocket - janvier 1988 - 213 pages

Robert Lafont -  mars 2002 - 308 pages

traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Titre original : Sequestoé un uomo, 1958

Quatrième de couverture :
Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945.
Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les « sélections » périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les crématoires…
Et pourtant, dans ce récit, la dignité la plus impressionnante ; aucune haine, aucun excès, aucune exploitation des souffrances personnelles, mais une réflexion morale sur la douleur, sublimée en une vision de la vie.

Paru en 1946, Si c’est un homme est considéré comme un des livres les plus importants du XXe siècle.

Auteur : Né à Turin en 1919, Primo Levi est mort en 1987. On lui doit une quinzaine d’ouvrages – nouvelles, romans, essais– dorénavant tous traduits en français, dont La TrèveLe Système périodique ou La Clé à molette, qui reçut en Italie le prix Strega, l’équivalent du Goncourt.

Lecteur : Raphaël Enthoven est professeur de philosophie sur France-Culture et sur ARTE. Son travail consiste essentiellement à en parler avec simplicité, mais sans jamais la simplifier. Il a lu Mythologies de Roland Barthes avec Michel Vuillermoz (Thélème) et L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera (Écoutez lire).

Mon avis : (relu en septembre 2015)
Ayant déjà lu ce livre avant la création de ce blog, j'ai accepté de le relire en mode audio. Avant de me lancer dans l'oeuvre proprement dite, j'ai décidé d'écouter les "bonus" : une interview très intéressante de Primo Levi par Philipp Roth et l'interview de Raphaël Enthoven, le lecteur. J'avoue que cette interview est si longue (54 minutes) qu'au bout de vingt minutes, j'ai décroché...
Le livre en lui-même est plus fluide à écouter, paru dix ans après son retour des camps, Primo Levi témoigne de son quotidien là-bas. Ce livre est un témoignage poignant. Il nous décrit dans les moindres détails la vie dans le camp d'Auschwitz de 1943 à janvier 1945. Il donne son ressenti sur la violence des hommes mais également sur la volonté de survivre en gardant un semblant d'humanité. C'est une grande leçon de vie, car Primo Levi raconte tout cela sans aucune haine et sans reproche vis à vis de ceux qui lui ont fait subir cette épreuve. Il expose des faits, seulement ce dont il a été témoin et laisse au lecteur se faire son opinion par lui-même.  
Dans cette version audio, Raphaël Enthoven a su avec beaucoup de sobriété donner toute sa force à ce texte exceptionnel.

Merci Chloé et les éditions Audiolib pour cette lecture indispensable !

Extrait : (début du livre)
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

J’AVAIS été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J’avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m’avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d’honnêtes figures cartésiennes, d’amitiés masculines sincères et d’amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n’était pas sans mal que je m’étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliée à Giustizia e Libertà. Nous manquions de contacts, d’armes, d’argent, et de l’expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d’hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d’individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l’espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures.
A cette époque on ne m’avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe ; en vertu de quoi il me faut bien considérer comme pure justice ce qui arriva ensuite. Trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement important et dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d’une aube de neige, et m’emmenèrent avec eux dans la vallée comme suspect.
Au cours des interrogatoires qui suivirent, je préférai déclarer ma condition de « citoyen italien de race juive », pensant que c’était là le seul moyen de justifier ma présence en ces lieux, trop écartés pour un simple « réfugié », et estimant (à tort, comme je le vis par la suite) qu’avouer mon activité politique, c’était me condamner à la torture et à une mort certaine. En tant que juif, on m’envoya à Fossoli, près de Modène, dans un camp d’internement d’abord destiné aux prisonniers de guerre anglais et américains, qui accueillait désormais tous ceux – et ils étaient nombreux – qui n’avaient pas l’heur de plaire au gouvernement de la toute nouvelle république fasciste.
Lors de mon arrivée, fin janvier 1944, il y avait dans ce camp environ cent cinquante juifs italiens, mais au bout de quelques semaines on en comptait plus de six cents. C’étaient pour la plupart des familles entières qui avaient été capturées par les fascistes ou les nazis, à la suite d’une imprudence ou d’une dénonciation. Un petit nombre d’entre eux s’étaient spontanément constitués prisonniers, pour échapper au cauchemar d’une vie errante, par manque de ressources, ou encore pour ne pas se séparer d’un conjoint arrêté, et même, absurdement, « pour être en règle avec la loi ».

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06 septembre 2015

Macadam - Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

macadam Au Diable Vauvert - septembre 2015 - 160 pages

Quatrième de couverture :
Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit…

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. Nouvelliste exceptionnel lauréat de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois lauréat du Prix Hemingway, Le Liseur du 6h27 est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2015)
En acceptant de recevoir ce livre en partenariat, je n'avais pas fait attention qu'il s'agissait d'un livre de nouvelles. En effet, avant d'écrire son premier roman Le Liseur du 6h27, l'auteur a été nouvelliste et a gagné quelques prix prestigieux.
Voilà donc onze nouvelles variées et très réussites. C'est une galerie de personnages très différents, dans des situations multiples et avec souvent une conclusion étonnante. Certaines nouvelles sont amusantes, d'autres plus sombres et beaucoup émouvantes...
Tour à tour, vous ferez la rencontre d'un prêtre qui s'ennuie pendant les confessions, d'une jeune femme trouvant l'amour aux caisses d'un peage, d'un soldat sauvé pendant la guerre par un bouleau blanc, d'un musicien de corrida, d'une dame pipi, d'un vieillard attendant la mort dans sa maison de retraite... Avec une imagination sans borne, l'auteur nous transporte dans des univers différents, avec une écriture à la fois subtile et sans concession. A découvrir sans modération !

Merci et les éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture savoureuse.

Extrait :
Des échanges ne devaient pas excéder le temps de référence fixé en début d’année par son responsable lors de son entretien de progrès et qui était de quatorze secondes exactement en ce qui la concernait. Selon le dernier suivi mensuel, elle était encore à plus de trois secondes de son objectif. Mathilde emmerdait son objectif. Elle ne manquait jamais de glisser une petite phrase supplémentaire au milieu du plan de dialogue lorsqu'elle en avait l'occasion (...) Mais la nouvelle Mathilde se foutait des consignes. La nouvelle Mathilde avait soif de contacts, qu’ils soient visuels ou tactiles, fussent-ils brefs. Et puis trois secondes, ce n’était pas la lune. Si ça ne leur plaisait pas que le signal lumineux de la file numéro douze reste au rouge un peu plus longtemps que les autres, ils n’avaient qu’à le lui dire en face. Mais on ne lui disait plus rien en face, à Mathilde, pas même le responsable de zone, ce même responsable qui, avant l’accident, n’aurait jamais manqué une occasion de lui balancer une vanne graveleuse et pleine de sous-entendus en la regardant droit dans les seins et qui à présent l’évitait comme une pestiférée.

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Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27

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27 août 2015

Dans les eaux du lac interdit - Hamid Ismaïlov

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

dans les eaux du lac interdit Denoël - août 2015 - 128 pages

traduit de l'anglais (Ouzbékistan) par Héloïse Esquié

Titre original : The Dead Lake, 2011

Quatrième de couverture
Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer… À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.

Auteur : Né en 1954 au Kirghizistan, Hamid Ismaïlov est un journaliste et écrivain ouzbek. Contraint de fuir l'Ouzbékistan en 1992, il a vécu en Russie, en France et en Allemagne avant de s'installer à Londres avec sa famille, où il dirige le service Asie centrale de la BBC. En France, il est l'auteur des Contes du chemin de fer (2009).

Mon avis : (lu en août 2015)
J'ai accepté de lire ce livre par curiosité pour un auteur venant d'Ouzbékistan. 
Pendant un voyage à travers les steppes kazakhes, le train s'arrête et un jeune garçon monte pour vendre du lait aux voyageurs. Il se met également à jouer du Brahms au violon et le narrateur et les autres voyageurs sont subjugués. Yerzhan a le corps d'un garçon de 12 ans, en réalité, il a 27 ans. Au bout du monde, dans ce train, Yerzhan raconte alors son incroyable histoire.
La note présente en exergue du livre, "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semi-palantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945.", donne au lecteur quelques pistes sur la raison de la petite taille de Yerzhan. 
Difficile de classer ce livre, est-ce un conte ou un roman militant ? Le livre est court mais sa lecture n'est pas fluide. Il y a trois parties avec des retours entre passé et présent. Dans la première partie, Yerzhan nous raconte sa naissance et son enfance dans un hameau de deux maison en bordure de chemin de fer, il n'a pas de père et sa mère ne parle pas, il vit avec ses grands-parents. Dans l'autre maison vit Aisulu, une petite fille âgée d'un an de moins, qui sera sa compagne de jeu, sa confidente, son amoureuse. Ils espèrent un jour se marier. Yerzhan est très intelligent et doué pour la musique dès son plus jeune âge.
La spécificité de l'endroit où ils vivent est pleinement évoquée dans la seconde partie, avec la Guerre Froide et le besoin pour l'URSS de surpasser les Etats-Unis, les beaux paysages et l'immensité de ces lieux sont sacrifiés. Yerzhan et ses proches ne sont pas conscients de l'ampleur des dangers qui les menacent.
Mon avis est mitigé, j'ai aimé les personnages de Yerzhan et Aisulu mais j'ai eu parfois du mal à suivre la pensée de l'auteur.

Merci Célia et les éditions Denoël pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Cette histoire commença d’une manière on ne peut plus prosaïque. Je traversais les steppes immenses du Kazakhstan en train. Le voyage durait depuis déjà quatre nuits. Dans les gares de trous perdus, des cheminots cognaient au marteau sur les roues en poussant des jurons en kazakh. Le fait de les comprendre me gonflait d’une secrète fierté. Pendant la journée, les plates-formes et les couloirs des wagons résonnaient des piaillements de femmes et enfants dans cette même langue. À chaque étape, le train était assailli par une foule de plus en plus dense de marchandes ambulantes qui proposaient de la laine de chameau, du poisson séché ou simplement des boulettes de lait caillé.
Bien sûr, c’était il y a longtemps. Peut-être de nos jours les choses ont-elles changé. Mais, je ne sais pas pourquoi, ça m’étonnerait.
Quoi qu’il en soit, je me tenais debout à une extrémité du wagon, contemplant — depuis quatre jours déjà — le morne paysage de la steppe, lorsqu’un petit garçon de dix ou douze ans apparut à l’autre bout. Il tenait à la main un violon, et soudain il se mit à jouer avec une dextérité si incroyable et un tel panache que les portes de tous les compartiments s’ouvrirent d’un coup pour laisser passer les visages endormis des passagers. Il ne s’agissait pas de quelque refrain gitan flamboyant, ni même d’une mélopée du folklore local ; non, le garçon jouait du Brahms, l’une des célèbres Danses hongroises. Sans cesser de manipuler son instrument, il s’avançait vers moi. Là, sous les yeux ébahis de tous les voyageurs, il s’arrêta au beau milieu d’une note et jeta le violon sur son épaule comme un fusil.
« Boisson naturelle de la région — cent pour cent bio », lança-t‑il d’une voix forte d’adulte. Il fit glisser un sac de jute de son autre épaule et en sortit une énorme bouteille en plastique de boisson au yaourt, de l’ayran ou du kumis. Je m’approchai de lui sans savoir vraiment pourquoi.
« Petit, combien coûte ton kumis ?
— Pour commencer, ce n’est pas mon kumis, mais celui d’une jument. D’autre part, ce n’est pas du kumis mais de l’ayran, et pour finir je ne suis pas un petit, répliqua sèchement le gamin dans un russe impeccable. 
— Mais tu n’es quand même pas une petite, hasardai je maladroitement pour calmer le jeu.
— Je ne suis pas une femme, je suis un homme ! Tu veux tester ? T’as qu’à baisser ton froc », lança-t‑il, plein de morgue, d’une voix assez sonore pour se faire entendre de tout le wagon.
Je ne savais pas si je devais me mettre en colère ou tenter d’apaiser sa hargne. Mais après tout c’était son pays et, n’étant qu’un visiteur, je radoucis ma voix pour demander : « T’ai-je insulté d’une façon ou d’une autre ? Si c’est le cas, je te présente mes excuses… Mais tu joues Brahms comme un dieu… 
— Il n’y a aucune raison de m’insulter. Les insultes, je m’en charge très bien moi-même… Je ne suis pas un petit garçon. Ne vous fiez pas à ma taille. J’ai vingt-sept ans. Pigé ? » demanda-t‑il dans un presque chuchotement.
Cette fois, il me coupait la chique.

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26 août 2015

Camille, mon envolée - Sophie Daull

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

camille, mon envolée Philippe Rey - août 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire. 
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».
« Dans les jours d’après, nous distribuerons tes soixante-dix-sept peluches, une par une ou deux par deux, à des fossés dans les campagnes, à des clairières, à des rochers. C’est joli, ces ours, ces lapins, ces petits chats abandonnés sur les tapis de mousse, prenant la pluie sous les marguerites. »

Auteur : Sophie Daull est née dans l'est de la France. Comédienne, elle vit à Montreuil et travaille partout. Camille, mon envolée est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Un livre choc. Devant la mort d'un enfant, il n'y a pas de mots possible... et pourtant Sophie Daull a éprouvé le besoin d'écrire pour ne pas oublier Camille. 
Camille avait 16 ans, elle est morte brutalement la veille de Noël après quatre jours de fièvre. Sa mère, Sophie Daull, écrit à sa fille « pour ne pas oublier ». Elle revient sur les quatre jours de lutte courageuse de Camille mais également elle raconte l'après sans Camille. 
Ce livre est poignant et personnellement je n'ai pas pu le lire d'une traite, tellement son témoignage m'a bouleversée, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à mes enfants et à me dire la chance que j'avais de les avoir toujours vivants.
Le sujet est difficile et douloureux mais le ton est sans pathos, l'écriture est belle, sobre, juste et digne. 
Je n'oublierai pas Camille.

Merci aux éditions Philippe Rey pour ce livre coup de poing.

Extrait : (début du livre)
Haute-Marne - jeudi 9 janvier 2014
Tu es enterrée depuis une semaine exactement.
Sans ton coeur ni ton cerveau. Ils sont à l'étude au service des autopsies de La Salpêtrière.
Ici mon chaton c'est la Maison Laurentine.
Tu n'y es venue qu'une fois, c'était à la Toussaint de tes 14 ans je crois.
Tu as mangé une tarte Tatin et goûté un thé compliqué en écoutant causer les adultes de la mauvaise marche du monde. Tu t'y es emmerdée grave, comme toujours depuis quelques années quand tu étais toute seule en vacances avec les parents.
Mais j'ai choisi cette maison pour essayer de mettre au propre et de donner une suite aux quelques lignes que ton papa et moi avons griffonnées sur un cahier bleu, cinq jours après ta mort. J'ai commencé à y écrire le 28 décembre, à Criel-sur-Mer, dans la baignoire de cette chambre d'hôtel offerte par Carole. Le cahier était sur mes genoux repliés, la vapeur rendait le papier poreux et le stylo marchait mal. Je pensais surtout à toi qui lisais dans le bain des heures entières, même après que l'eau s'était refroidie. Le cahier est de marque Oxford, avec une couverture plastifiée mais sans spirale, comme tu les aimais ; nous l'avions acheté quelques heures auparavent dans l'épicerie-tabac-boulangerie d'un village picard en route pour la mer, un village qui s'appelait, et qui s'appelle toujours, Crèvecoeur.

 

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07 août 2015

Un bonheur si fragile - tome 1 : L'engagement - Michel David

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

un bonheur si fragile Kennes éditions - février 2015 - 528 pages

Quatrième de couverture : 
Dans le Québec rural de 1900, la vie demeure rythmée par les saisons. Alors que fidélité, piété et esprit de travail sont des vertus encouragées par le clergé tout-puissant, Corinne Joyal, issue d'une famille dont les membres sont liés par l'amour et l'esprit d'entraide, n'aurait jamais cru qu'en épousant Laurent Boisvert, elle allait faire son entrée dans une famille où l'argent et l'égoïsme sont rois. Dès les premiers mois de vie commune, Corinne découvrira rapidement que le fils de Gonzague Boisvert est un homme irresponsable et un coureur de jupons. 
Dans son nouveau village d adoption, Corinne apprendra à se défendre autant des excès de son mari, qui aime bien prendre un verre, que de l'avarice de son beau-père, un homme rongé par l'ambition et en lutte ouverte avec le curé de la paroisse.

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n est pas alors totalement urbanisé.
Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
J'ai accepté de recevoir ce livre en partenariat avec Babelio car j'étais attirée par cette couverture évoquant la bande dessinée Magasin Général et j'étais curieuse de découvrir un roman québécois. Je suis sensible à ce qui concerne le Canada et plus spécialement le Québec puisque l'un de mes fils part très prochainement à Montréal pour ses études pendant quelques mois.
Ce livre est le premier tome d'une saga en quatre volumes. C'est un roman du terroir québécois. L'histoire se passe au tout début du XXème siècle, Corinne Joyal vit dans la paroisse de Saint-François avec ses parents et ses frères, une famille aimante, travailleuse et solidaire. Elle est amoureuse d'un beau garçon, Laurent Boisvert, qui vient de la paroisse de Saint-Paul. Elle rêve du grand amour et espère rapidement se marier, avoir sa maison et fonder une famille. A 19 ans, Corinne est plutôt naïve, et c'est une fois mariée qu'elle découvrira que la famille de son mari est bien différente de la sienne. Son beau-père, Gonzague Boisvert, est l'un des plus riche de la paroisse, mais il est très près de ses sous et il a des comportements égoïstes. Laurent est de nature paresseuse et n'hésite pas à dépenser le peu d'argent du couple pour aller boire et faire la fête... Heureusement, Corinne pourra compter sur le soutien de Juliette, la sœur de Laurent, de Rosaire, un jeune orphelin, de ses voisins proches et de Wilfrid Boucher, le grand-père de son mari. Le quotidien de Corinne et Laurent est décrit au fil des saisons avec en arrière plan un conflit entre Gonzague Boisvert et le curé de la paroisse de Saint-Paul autour de la reconstruction de l'église
Dépaysement garanti, le lecteur est plongé dans l'ambiance du lieu et de l'époque avec le vocabulaire particulier du patois québécois rural, je m'y suis facilement habituée, même si j'aurai bien aimé avoir un glossaire des expressions...
J'ai lu facilement et avec plaisir ce roman, les personnages sont attachants pour certains et détestables pour d'autres. Je compte bien, à l'occasion, lire la suite.

Merci Babelio et Kennes éditions pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Anselme Béliveau, le curé de la paroisse Saint-Paul-des-Prés, ronflait comme un bienheureux, son double menton appuyé sur sa poitrine. Ses lunettes rondes à monture métallique avaient légèrement glissé sur son nez. Après les fatigues causés par toutes les cérémonies de la semaine sainte, le digne ecclésiastique profitait d'un repos bien mérité.
Dès la fin du dîner, le prêtre au ventre confortable avait quitté son vicaire dans la ferme intention de lire son bréviaire dans son bureau. Cependant, il avait tellement fait honneur au rôti de boeuf et à la tarte aux pommes servis par Rose Bellavance qu'une digestion difficile et le silence de la pièce l'avaient fait succomber à une sieste involontaire.
- Monsieur le curé ! Monsieur le curé, êtes-vous là ? s'écria la servante en frappant à la porte du bureau du curé de la paroisse.
Tiré brusquement de son sommeil, il fallut plusieurs secondes au prêtre pour reprendre contact avec la réalité.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? maugréa-t-il, mécontent d'avoir été réveillé en sursaut.
La porte s'ouvrit sur une vieille dame de soixante-dix ans, légèrement voûtée et à la voix quelque peu chevrotante.
- C'est monsieur Parenteau qui aimerait vous voir, murmura la servante en demeurant sur le pas de la porte. Je l'ai fait passer dans la salle d'attente.

 

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19 juillet 2015

Dessiner et photographier les fleurs - Aline Raynal-Roques et Albert Roguenant

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Belin

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dessiner et photographier Belin - mai 2015 - 158 pages

Quatrième de couverture : 
Vous aimez la nature, les jardins ? Vous souhaiteriez dessiner des fleurs, mais vous n'avez pas encore osé vous lancer ? Vous vous interrogez sur la meilleure manière de photographier une plante entière ou certains détails qui vous intéressent ? Lisez donc ce livre : il vous donnera toutes les clés pratiques et quelques techniques simples qui vous guideront pas à pas dans votre projet.
Vous apprendrez à dessiner ou photographier avec justesse et précision. Ce qui suppose un préalable : une observation attentive d'une plante, d'une fleur. Vous découvrirez son organisation, ses formes, ses couleurs, autant d'indications qui vous permettront ensuite de l'identifier, de l'appeler par son nom. Or le nom est un sésame qui vous livrera des informations précieuses préférences écologiques, date de floraison, ce qui distingue une espèce d une autre, etc.
Bref, ce livre écrit par deux botanistes hors pair, photographes et dessinateurs confirmés, vous fera entrer dans l'intimité des fleurs grâce à la photo ou au dessin. Peu à peu vous observerez les plantes, les dessinerez et les photographierez avec une aisance et un plaisir accrus, tout en apprenant toujours plus sur l'univers floral.

Auteurs : Aline Raynal-Roques est professeur honoraire du Muséum d'histoire naturelle (Paris). Elle est, entre autres, l'auteur de La Botanique redécouverte (Belin), un livre de référence depuis maintenant 20 ans.
Albert Roguenant est l'auteur d'ouvrages sur la nature, notamment sur les orchidées et les broméliacées.
Ils co-dirigent la collection "Botanique" aux éditions Belin.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Lorsque j'ai sélectionné cet ouvrage lors de l'opération Masse Critique de Babelio, je ne m'attendais pas à recevoir un guide pratique aussi complet et pointu, je n'avais pas assez fait attention au sous-titre pourtant explicite : 
« le guide pratique du parfait botaniste »...
Les auteurs évoquent les différents types de dessin de fleurs : le dessin naturaliste, le dessin artistique. Le premier est une description objective, rigoureuse et précise du sujet observé, le second est une interprétation esthétique décorative. Ce guide est destiné aussi bien à ceux pour qui le dessin ou la photo sont un passe-temps
 et qui aiment la nature, qu'à ceux qui souhaitent s'initier ou approfondir leurs connaissances en dessinant une plante pour l'identifier ou en conserver la mémoire.
Beaucoup de superbes dessins et photographies illustrent les conseils et les explications techniques. C'est aussi un guide d'initiation à la botanique pour apprendre à observer tous les détails d'une plante. 
Il ne me reste plus qu'à mettre en pratique les conseils donnés pour dessiner ou photographier les fleurs de mon jardin...

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27 juin 2015

Les nuits de la Saint-Jean - Viveca Sten

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226317148g Albin Michel - avril 2015 - 368 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I grunden utan skuld

Quatrième de couverture : 
L’angoisse monte à Sandhamn : une  jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s'est lancée dans l'écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, elle est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision. Diffusées en France sur Arte sous le nom Meurtres à Sandhamn, les deux premières saisons ont atteint plus d’un million de téléspectateurs. Comme ses héros, l'auteur possède une vieille maison familiale sur l'île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse.

Mon avis : (lu en juin 2015)
J'ai passé un très bon moment en découvrant cette nouvelle aventure de  l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde.
Durant l'automne, une jeune fille disparaît sur l'île de Sandhamn. L'inspecteur Thomas Andreasson participe aux recherches mais sans succès. Quelques mois plus tard, Nora Linda, l'amie d'enfance de Thomas,vient se reposer sur l'île avec ses deux fils. Et lors d'une promenade en forêt, les enfants découvrent un morceau du corps de la jeune fille, qui a été assassinée... En parallèle, le lecteur est plongé dans le passé de l'île à travers un carnet intime trouvé dans la maison léguée par tante Signe.
L'intrigue est bien mené et à côté de l'enquête le lecteur découvre le quotidien de l'île et de nos deux personnages principaux de la série.

Au fil des différents tomes de la série, je me sens de plus en plus proche de Nora et Thomas et j'attends avec impatience la suite de leurs aventures.

Merci Arthur et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
MARIANNE S’ARRÊTA dans le vestibule. Les chaussures étaient en vrac. Machinalement, elle se pencha pour les ranger par paires, bien alignées. Elle découvrit alors qu’il manquait les Timberland claires de Lina.
Leur absence l’effraya. Pourquoi Lina n’était-elle pas rentrée cette nuit ?
Pensive, elle ramassa un bonnet lancé dans un coin. Sa fille laissait traîner ses affaires partout, en désordre. Elle aurait au moins pu prévenir qu’elle ne dormirait pas à la maison.
Et s’il lui était arrivé quelque chose ?
Glacée par cette idée, Marianne retint son souffle.
Et si elle s’était blessée en tombant de vélo ? En cette saison, un accident était vite arrivé. Les étroits chemins de gravier étaient glissants en automne. Elle avait dit à Lina d’être prudente quand elle était partie voir les Hammarsten à Trouville.
Malgré elle, l’inquiétude l’envahit. Le cœur lui manquait, elle avait des palpitations, tout se mettait à tourner devant ses yeux.
Du calme. Respire. 

Les jambes en coton, elle gagna l’agréable cuisine rustique et se laissa tomber sur une chaise. L’été précédent, elle avait repeint les chaises au soleil, près du ponton. Lina l’avait aidée. Elle avait taché son bikini, ça les avait amusées.
Marianne alla prendre un verre dans le placard au-dessus de l’évier pour boire un peu d’eau. Sa respiration se fit plus régulière. Lina devait être restée chez les Hammarsten. Forcément. Où serait-elle passée, sinon ?
Le ronronnement familier de la cafetière sur le plan de travail la rassura. Elle allait boire une tasse de café, bien tranquillement. Après, il serait dans les huit heures, et Hanna Hammarsten téléphonerait pour confirmer que Lina avait passé la nuit chez eux sans prévenir.
Comme font les filles de son âge.
Et elles en riraient ensemble de bon cœur, comme deux mamans complices à propos du comportement prévisible de leurs ados.
Elle aurait un petit sourire gêné de s’être ainsi rongé les sangs, et Lina trouverait qu’elle la couvait comme une mère poule.
« Arrête de t’inquiéter, maman. Change de disque. Je ne suis plus un bébé, tu vois ? »
Hanna la comprendrait très bien. Toutes les mères s’inquiétaient. Surtout quand elles avaient des filles. Cela faisait partie du jeu.
Elle pensait en avoir fini avec les veilles et les nuits agitées maintenant que Lina était grande. Quelle erreur ! Aujourd’hui, quand elle n’arrivait pas à s’endormir avant le retour de Lina, elle regrettait l’époque où elle était petite, où ce qui pouvait lui arriver de pire, c’était de se réveiller après avoir fait un cauchemar. On y remédiait par un câlin et éventuellement un biberon de bouillie. Si cela ne suffisait pas, restait à la porter dans le grand lit, où elle ne tardait pas à se rendormir. On y gagnait des petits coups de pieds dans le dos toute la nuit, mais ce n’était rien comparé à l’anxiété qui la rongeait ces dernières années.
Le café était prêt.

Elle regarda à nouveau l’heure. Huit heures moins le quart. Elle attendrait huit heures pour appeler. Pas une minute de plus. Ça restait assez matinal, mais elle ne serait pas capable d’attendre davantage.
Sa tasse favorite, un gros mug en porcelaine bleue, l’attendait sur le devant du placard. Le seul fait de le voir la rassura. Tout était comme d’habitude. Deux morceaux de sucre, un bon nuage de lait, et son café était prêt. Fort et sucré, comme elle l’aimait. Voilà, ça allait beaucoup mieux.

Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

Challenge Petit Bac 2015 
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Prénom ()

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Suède

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  20/25 

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25 juin 2015

Les Héritiers de la mine - Jocelyne Saucier

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

les-héritiers-de-la-mine Denoël - mai 2015 - 224 pages

Quatrième de couverture :
Eux, c’est la tribu Cardinal. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Ils ont l’étoffe des héros… et leur fragilité.
Notre famille est l’émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n’avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s’y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ça détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place. 
– Mais combien étiez-vous donc? 
La question appelle le prodige et je ne sais pas si j’arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chœur, ahuris et stupides : 
– Vingt et un? Vingt et un enfants? 
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas, comment nous parvenions à nous loger, comment c’était à Noël, à la rentrée des classes, à l’arrivée d’un nouveau bébé, et votre mère, elle n’était pas épuisée par tous ces bébés? 
Alors je raconte… 

Auteur : Jocelyne Saucier est une romancière canadienne née dans la province du Nouveau-Brunswick en 1948. Elle a fait des études de sciences politiques et de journalisme. Il pleuvait des oiseaux est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en juin 2015)
La famille Cardinal n'est pas ordinaire... C'est une famille de vingt et un enfants ! Le père est prospecteur de mines et champion de la dynamite. La mère passe ses journées dans sa cuisine. Les enfants s'élèvent presque tout seul, les Grands s'occupent des Titis... Entre eux, ils ne s'appellent que par des surnoms, LePatriarche, LaPucelle, LaJumelle, LeGrandJaune, Geronimo, Zorro, ElToro... 
Trente années plus tard, toute la famille se retrouve, pour la première fois depuis longtemps. LePère doit être décoré du mérite des prospecteurs lors d'un congrès. Tous les enfants ont grandis et sont devenus adultes.
Tour à tour six d'entre d'eux nous racontent leur enfance, leurs souvenirs de famille et surtout le drame qui a été le début de l'éclatement de la famille.
J'ai beaucoup aimé cette histoire, même si au début j'ai eu du mal à me repérer au milieu de toute cette tribu où chacun à son surnom... J'ai fini par prendre un papier et un crayon pour noter les vingt et un surnom et les quelques prénoms utilisés. 

Merci Célia et les éditions Denoël pour cette découverte explosive...

Extrait : (début du livre)
Quand le vieil hibou aux dents vernissées de nicotine a posé la question, j'ai cru que nous étions partis pour le folklore.
Je n'ai rien contre. J'adore ce moment où je sens que notre famille se glisse dans la conversation et qu'on va me poser la question.
Notre famille est l'émerveillement de ma vie et mon plus grand succès de conversation. Nous n'avons rien en commun avec personne, nous nous sommes bâtis avec notre propre souffle, nous sommes essentiels à nous-mêmes, uniques et dissonants, les seuls de notre espèce. Les petites vies qui ont papillonné autour s'y sont brûlé les ailes. Pas méchants, mais nous montrons les dents. Ça détalait quand une bande de Cardinal décidait de faire sa place.
- Mais combien étiez-vous donc ?
La question appelle le prodige et j'en ai plein qui m'étourdissent. Je ne sais pas si j'arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en choeur, ahuris et stupides :
- Vingt et un ? Vingt et un enfants ?
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas (la dimension de la table, inévitablement, une femme veut savoir), comment nous parvenions à nous loger (combien de chambres ?), comment c'était à Noël, à la rentrée des classes, à l'arrivée d'un nouveau bébé, et votre mère, elle n'était pas épuisée par tous ces bébés ?
Alors je raconte. La maison que notre père avait déménagée de Perron à Norcoville après avoir découvert la mine. Les quatre cuisines, les quatre salons, les quatre salles de bains minuscules (nous disions «le cagibi» : il n'y avait ni bain ni lavabo) ; c'était une maison de quatre logis, notre père s'était contenté de défoncer des murs. Je leur en mets plein l'estomac. Les deux douzaines d'oeufs le matin, le cent livres de patates à la cave, les batailles avant l'école pour retrouver nos bottes, les batailles le soir pour nous faire une place devant la télé, les batailles tout le temps, pour rien, par plaisir, par habitude. Le folklore.

Déjà lu du même auteur :

il pleuvait des oiseaux - Copie Il pleuvait des oiseaux

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14 juin 2015

Les oubliés du dimanche - Valérie Perrin

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

les oubliés du dimanche Albin Michel - avril 2015 - 384 pages

Quatrième de couverture : 
Justine, vingt et un ans, aime les personnes âgées comme d’autres les contes. Hélène, presque cinq fois son âge, a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s’écoutent, se révèlent l’une à l’autre jusqu’au jour où un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite qui abrite leurs confidences et dévoile un terrible secret. Parce qu’on ne sait jamais rien de ceux que l’on connaît.
À la fois drôle et mélancolique, Les oubliés du dimanche est un roman d’amours passées, présentes, inavouées… éblouissantes.

Auteur : Photographe et scénariste, Valérie Perrin travaille avec Claude Lelouch. Les oubliés du dimanche est son premier roman. 

Mon avis : (lu en juin 2015)
Justine est aide-soignante dans une maison de retraite, Les Hortensias. Depuis toute petite, elle vit avec son cousin Jules chez leurs grands-parents. Ses parents et ceux de Jules sont morts dans un accident de voiture il y a environ quinze ans. 
A la maison de retraite, Justine aime écouter les histoires et les souvenirs des pensionnaires. Elle s'est particulièrement attachée à Hélène, "la dame de la plage" qui lui raconte visite après visite l'histoire de sa vie. Justine passe des heures auprès d'elle à l'écouter et à écrire son récit sur un cahier bleu.
Il y a également dans cette maison de retraite un « corbeau » qui appelle les familles des oubliés du dimanche, ceux qui n'ont jamais de visites, en leur annonçant la mort de leur proche. Les familles arrivent donc rapidement aux Hortensias pour découvrir le "mort" en pleine forme ravi d'avoir une visite...
J'ai beaucoup aimé cette lecture passionnante et émouvante qui met en scène des personnages attachants, cachant quelques secrets que le lecteur découvre au fil du livre. 
Un premier roman très réussi.

Merci Arthur et les éditions  Albin Michel pour ce livre coup de coeur.

Extrait : 

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24 mai 2015

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés - Arto Paasilinna

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

91GAsf1e0-L Denoël - avril 2015 - 332 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Titre original : Vapahtaja Surunen, 1986

Quatrième de couverture :
Le très distingué professeur Surunen, membre finlandais d’Amnesty International, las de se contenter de signer des pétitions, décide de prendre les choses en main. Il s’en va personnellement délivrer les prisonniers politiques qu’il parraine en Macabraguay, petit pays d'Amérique centrale dirigé par un dictateur fasciste sanguinaire. Après le succès de l’évasion de cinq d’entre eux, et non sans avoir goûté à la torture des geôles locales, Surunen accompagne l’un de ses protégés jusqu’au paradis communiste, un pays d’Europe de l’Est baptisé la Vachardoslavie. Là, il découvre le triste sort d’une poignée de dissidents enfermés dans un asile psychiatrique, et s’emploie à les libérer à leur tour. 

Revisitant à sa façon Tintin au pays des Soviets, Paasilinna renvoie dos à dos les dictatures de tous bords avec une ironie mordante et un sens du burlesque accompli.

Auteur : Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l’auteur d’une trentaine de romans, pour la plupart traduits en français qui ont toujours rencontré un vif succès critique et public.

Mon avis : (lu en mai 2015)
Voilà une histoire de Paasilinna écrite en 1986 et seulement traduite en 2015 en France. Surunen est un universitaire, philologue et membre d'Amnesty International. Signer des pétitions ou parrainer des opprimés à distance ne le satisfait pas. Dans la première partie du livre, Surunen décide donc de se rendre en Amérique Centrale au Macabraguay pour libérer un prisonnier politique avec lequel il correspond. Voilà donc Surunen parti pour une aventure pleine de dangers, de surprises et de rencontres...
Dans une deuxième partie du livre, Surunen se rend en Vachardoslavie, un pays d'Europe de l'Est pour libérer des dissidents...
C'est un livre plutôt réussi d'Arto Paasilinna avec ses côtés loufoques, décalés et rocambolesques... L'auteur s'attaque aux régimes dictatoriaux avec Surunen, un sauveur, sans peur, parfois inconscient mais que rien n'arrête !

Merci Célia et les éditions Denoël pour cette lecture pleine d'inattendue.

 

Extrait : (début du livre)
Nous sommes un soir d'hiver. Les rues de la grande ville sont désertes, seule une tractopelle solitaire déblaie les trottoirs de la neige fraîchement tombée. Par les fenêtres des immeubles, les téléviseurs couleurs des salles de séjour projettent sur le noir du ciel leurs lumières changeantes.
Sur une table brûle une bougie. Dans son chaleureux halo, deux silhouettes, celles d'un homme et d'une femme. Ils sont penchés l'un vers l'autre, se tiennent la main et se regardent dans les yeux. La femme a une magnifique chevelure rousse et paraît très belle dans cette douce lumière. Elle a peut-être la trentaine. L'homme est un peu plus âgé. Il semble ému, grave, et dans son regard s'attarde une lueur inquiète.
A côté de la bougie, deux verres et une bouteille de vin, du bordeaux, capiteux mais fin, ainsi qu'un plateau de fromages dont l'arôme subtil se marie à merveille à la chaleur du vin. Le couple a l'air cultivé. Tous deux ont les yeux humides. Ils parlent d'une voix mesurée, teintée de tristesse. A première vue, la scène paraît infiniment romantique.
La femme conte l'histoire de son grand-père, Juho Immo-nen, qui fut, au début du siècle, régisseur du domaine de Hauho et s'enrôla dans la garde blanche dès 1917. Quand la guerre civile éclata, une horde de rouges investit le manoir, dont les propriétaires avaient heureusement eu le temps de fuir. Ils pillèrent le magasin à viande, incendièrent le fenil et le sauna et criblèrent de trous de baïonnette les précieux tableaux du salon bleu. Quand Juho Immonen s'interposa pour défendre les biens de son maître, il se fit rosser et, à demi mort, attacher sur un traîneau. On le conduisit au bord du lac voisin où on le pendit par les pieds à un bouleau jusqu'à ce qu'il en perde la parole. Pour finir, un des assaillants lui transperça le ventre d'un coup de baïonnette. On fit rouler son corps sur le lac gelé, jusqu'à une ouverture d'eau libre où on le jeta. Au printemps, à la débâcle des glaces, le cadavre fut trouvé à la sortie du lac, retenu par le barrage.
Tel est le terrible récit de sa petite fille. Elle l'a entendu maintes et maintes fois dans son enfance. Une fois adulte et installée à Helsinki, elle a adhéré à la section finlandaise d'Amnesty International, car elle veut que plus personne ne meure comme son grand-père sous la torture.
L'homme presse sa main dans la sienne. Lui aussi a des souvenirs qui le ramènent en pensée à la lointaine guerre civile de 1918. Son grand-père Ananias Surunen, tailleur de son état, se battait alors sur le front de Vilppula. Faits prisonniers aux dernières heures du conflit, lui et ses camarades furent emmenés à Raahe et enfermés avec sept cents autres rebelles rouges dans les locaux de l'École de commerce bourgeoise. Au fil du printemps, cent soixante-dix d'entre eux moururent : cent soixante-deux de faim et de maladie, sept sous les balles d'un peloton d'exécution et un enterré vivant. Ce dernier, pour se protéger du froid, s'était introduit à la morgue dans une caisse en bois vide utilisée pour convoyer les corps jusqu'à la fosse commune.

Déjà lu du même auteur :

le_lievre_de_Vatanen  Le lièvre de Vatanen  prisonnier_paradis Prisonniers du paradis

la_cavale_du_g_om_tre La cavale du géomètre  un_homme_heureux Un homme heureux  

la_douce_empoisonneuse_2 La douce empoisonneuse Petits_suicides_entre_amis_2 Petits suicides entre amis 

le_meunier_hurlant Le meunier hurlant le_bestial_serviteur Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen

le_cantique_de_l_apocalypse Le Cantique de l'apocalypse joyeuse   sang_chaud__nerfs_d_acier Sang chaud, nerfs d'acier

les_dix_femmes_de_l_ing_nieur Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi 

le_potagerdes_malfaiteurs_p Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison

 

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Finlande

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