21 avril 2016

No et moi - Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367621180-001-T no_et_moi no_et_moi_p

Audiolib - mars 2016 - 5h10 - Lu par Lola Naymark

Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Quatrième de couverture : 
Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.
Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes.
Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fi lle à peine plus âgée qu’elle.
No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…
No et moi, paru en 2007 a été traduit dans vingt-cinq langues et adapté à l’écran par Zabou Breitman.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit(Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Parallèlement à des études de philosophie, Lola Naymark se forme à la Classe Libre du Cours Florent. Révélée en 2003 par le film Brodeuses d'Éléonore Faucher, elle alterne les projets pour la télévision et le cinéma (Brève de comptoir de Jean-Michel Ribes, Au fil d’Ariane de Robert Guédiguian) et le théâtre (Les Liaisons Dangereuses, mis-en-scène par John Malkovich).     

Mon avis : (écouté en avril 2016)
C'est avec ce livre que j'ai découvert Delphine de Vigan et cela reste mon préféré. J'ai beaucoup aimé cette relecture en livre audio.
Lou, la narratrice, est une adolescente surdouée. A 13 ans, elle est en Seconde et se définit comme « Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette ». Elle va devoir préparer un exposé et lorsque le professeur lui demande le sujet de l'exposé, elle répond au hasard : — Les sans-abri. 
Lou va donc rencontrer No, une adolescente âgée de 18 ans, en rupture avec sa famille et sans abri. C'est la rencontre improbable de deux mondes. Les deux jeunes filles sont très différentes, mais toutes deux vont s'apprivoiser. 
Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Merci Audrey et les éditions Audiolib pour cette relecture toujours aussi émouvante

Extrait : (début du livre)
— Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. Le cerveau pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Marin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette.
— … J’allais m’inscrire.
— Très bien. Quel est votre sujet ?
— Les sans-abri.
— C’est un peu général, pouvez-vous préciser ? 

Lucas me sourit. Ses yeux sont immenses, je pourrais me noyer à l’intérieur, disparaître, ou laisser le silence engloutir Monsieur Marin et toute la classe avec lui, je pourrais prendre mon sac Eastpack et sortir sans un mot, comme Lucas sait le faire, je pourrais m’excuser et avouer que je n’en ai pas la moindre idée, j’ai dit ça au hasard, je vais y réfléchir, et puis j’irais voir Monsieur Marin à la fin du cours pour lui expliquer que je ne peux pas, un exposé devant toute la classe c’est tout simplement au-dessus de mes forces, je suis désolée, je fournirais un certificat médical s’il le faut, inaptitude pathologique aux exposés en tout genre, avec le tampon et tout, je serais dispensée. Mais Lucas me regarde et je vois bien qu’il attend que je m’en sorte, il est avec moi, il se dit qu’une fille dans mon genre ne peut pas se ridiculiser devant trente élèves, son poing est serré, un peu plus il le brandirait au-dessus de lui, comme les supporters de foot encouragent les joueurs, mais soudain le silence pèse, on se croirait dans une église.

— Je vais retracer l’itinéraire d’une jeune femme sans abri, sa vie, enfin… son histoire. Je veux dire… comment elle se retrouve dans la rue.
Ça frémit dans les rangs, on chuchote.
— Très bien. C’est un beau sujet. On recense chaque année de plus en plus de femmes en errance, et de plus en plus jeunes. Quelles sources documentaires pensez-vous utiliser, mademoiselle Bertignac ?
Je n’ai rien à perdre. Ou tellement que ça ne se compte pas sur les doigts d’une main, ni même de dix, ça relève de l’infiniment grand.
— Le… le témoignage. Je vais interviewer une jeune femme SDF. Je l’ai rencontrée hier, elle a accepté.
Silence recueilli.

 

Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit jours_sans_faim Jours sans faim 

109778914 D'après une histoire vraie

 

 

Posté par aproposdelivres à 07:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


16 avril 2016

La Maison de vacances - Anna Fredriksson

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

B26652 Denoël - mars 2016 - 352 pages

traduit du suédois par Lucas Messmer

Titre original : Sommarhuset

Quatrième de couverture : 
Eva a complètement coupé les ponts avec son frère Anders et sa sœur Maja. Alors qu’ils n’ont eu aucun contact depuis plusieurs années, la mort brutale de leur mère les réunit. Très vite, une violente dispute éclate concernant l’héritage : Eva estime que la maison de vacances sur l’archipel suédois que sa mère aimait tant lui revient de droit, mais Anders et Maja ne sont pas du même avis. Eva se réfugie alors sur l’archipel. Mais, quelques jours plus tard, Anders et Maja arrivent à leur tour avec conjoints et enfants… Au fil des jours, tous vont apprendre à se connaître, mais est-il encore possible de renouer des liens brisés depuis si longtemps ? 
Anna Fredriksson nous parle de ce lieu où se nouent et se dénouent les drames familiaux, où les liens se resserrent, dans ce roman émouvant et intelligent sur les relations fraternelles compliquées, le chagrin et l’amour.

Auteur : Anna Fredriksson est scénariste. Elle travaille aussi bien sur des longs métrages que sur des adaptations TV telles que la série Les Enquêtes de l'inspecteur Wallander, tirée des romans de Henning Mankell (diffusée sur Arte). La Maison de vacances est son premier roman publié en Suède. Il a rencontré un véritable succès auprès de la critique et du public. Denoël a déjà publié Rue du Bonheur.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Eva est à un tournant de sa vie, 
sa mère vient de mourir brutalement et son fils qu'elle a élevé seule vient de quitter le foyer familiale pour s'installer avec sa petite amie. 
Après de nombreuses années sans nouvelles, elle va devoir renouer le contact avec Anders et Maja son frère et sa soeur. Suite à l'héritage, ils vont se disputer. En effet, la maison de vacances est au centre des disputes. Eva aime cette maison auquelle sa mère tenait. Toutes deux y passaient régulièrement leurs vacances. Pour Anders et Maja, cette maison ne représente qu'une valeur marchande et la possibilité de s'offrir une nouvelle voiture ou rembourser des dettes... 
Eva décide alors d'abandonner son travail et de partir s'installer dans la maison de l'archipel pour en éviter la vente... 
Quelques jours plus tard, Anders et sa famille et Maja et son compagne débarquent également dans la maison de vacances. Vont-ils arriver à cohabiter, apprendre à se connaître, à recréer des liens ?
J'ai lu très facilement ce livre et j'ai bien aimé cette histoire de famille et de maison d'été. Les différents personnages sont attachants, la description des relations entre frère et soeurs est réussie. J'ai également aimé la maison et cette petite île suédoise.

Merci Laila et les éditions Denoël pour ce livre qui donne une envie de vacances au bord de la mer...

Extrait : (début du livre)
Elle ouvre la porte tapissée de la penderie, sous les combles, libérant un petit nuage de poussière. Une odeur de vieux bois et de tissu défraîchi emplit ses narines. Quelques relents du puissant produit contre les capricornes persistent encore, alors que sa dernière utilisation remonte à plus de trente ans. C’est ici qu’est rangée une partie des habits de maman, ceux qu’elle portait quand il faisait chaud. Jusqu’à son dernier été.
Il faut quelques secondes à Eva pour se ressaisir. Puis elle commence à sortir les vêtements, plusieurs piles à la fois, à pleines brassées, comme s’il ne s’agissait que d’une banale tâche ménagère, un grand nettoyage de printemps avant la saison estivale. 
Elle dépose le tout sur un des lits dans la pièce attenante. Au terme de quelques allers-retours, il ne reste plus qu’une robe bleue et grise. Sans manches. En coton. Celle que maman avait pour habitude de porter le soir de la fête de la Saint-Jean. Elle se souvient de ces danses frivoles autour du mât fleuri, et de la main d’une vieille dame inconnue tendue vers elle. Elle se revoit prendre la fuite pour se réfugier chez sa mère, qui l’observait à distance. Sans doute n’assistait-elle aux festivités que pour faire acte de présence, l’esprit occupé par les problèmes sociaux de l’époque.
Elle effleure la robe du bout des doigts et la laisse pendre là, seule sur son cintre, avant de reporter son attention sur le reste des habits. Les uns après les autres, elle les tient à bout de bras, les plie puis les fourre dans un sac-poubelle noir. Des pantalons, des jupes, des cardigans, des chemisiers légèrement froissés au col court. Puis elle se retrouve soudain devant la robe rayée Marimekko. La fameuse. Elle la caresse, porte le tissu à son visage. Ses yeux se mettent à piquer. 
Elle ne prendra pas de décision maintenant. Eva met le vêtement de côté et ouvre les tiroirs de la commode. Elle en retire plusieurs culottes blanches en coton, qui atterrissent aussitôt dans le sac-poubelle, suivies de leurs consœurs et de quelques soutiens-gorge blancs rembourrés. Vient ensuite un pyjama en tricot d’une douceur incomparable. Un pull-over entre ses mains, elle se laisse submerger par l’émotion, sachant que ce bout d’étoffe avait reposé un jour sur les épaules de maman.
Le tiroir d’en dessous renferme un vieil écrin à bijoux. Elle l’ouvre pour découvrir tous ces trésors si familiers avec lesquels elle jouait étant petite, quand elle s’amusait à les trier par rangées et à les présenter soigneusement dans leurs compartiments respectifs. Elle saisit une paire de boucles d’oreilles vertes à clip. Quand maman les a-t-elle achetées ? Sans doute avant la naissance d’Eva, dans les années 1960. Elle les examine. Elle n’en a pas le moindre souvenir.

 

Déjà lu du même auteur :

rue du bonheur Rue du Bonheur 

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

Posté par aproposdelivres à 16:25 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

12 avril 2016

Le piano oriental - Zeina Abirached

BD2016

 Un grand merci à Price Minister pour son opération la BD fait son festival 2016 #1Blog1BD

9782203092082_1_75 Casterman - septembre 2015 - 208 pages

Quatrième de couverture : 
Le récit de la vie de l'inventeur d'un instrument de musique dans le Beyrouth des années 1960 : un piano ayant pour but de rapprocher les traditions musicales d'Orient et d'Occident. Un exemplaire aura vu le jour, avant la guerre civile.

Auteur : Née à Beyrouth en 1981, Zeina Abirached a fait des études de graphisme au Liban puis à Paris, aux Arts Décoratifs. Après Beyrouth Catharsis et 38 rue Youssef Semaani, son roman graphique Mourir Partir Revenir, Le jeu des hirondelles connaît un large succès public et critique (sélection Angoulême 2008, traduction dans une dizaine de pays).

Mon avis : (lu en mars 2016)
J'ai découvert cette auteur, quelques semaines avant de lire cette bande dessinée, en empruntant par hasard l'une de ses BD à la bibliothèque (Je me souviens Beyrouth).
Zeina nous raconte en parallèle deux histoires. Celle d'Abdallah Kamanja, un inventeur un peu fou. Dans les années 1960, il est fonctionnaire au Liban, mais il est surtout passionné et habité par la musique. Il est attentif à tous les sons de la vie quotidienne. Abdallah cherche à inventer un piano avec lequel on pourrait aussi bien jouer de la musique occidentale que de la musique orientale grâce au "quart de ton" que cet instrument pourrait permettre d'obtenir. Il va réussir à inventer son piano oriental, un fabricant autrichien sera prêt à le fabriquer dès qu'il y aura une commande de 100 pianos... 
L'autre histoire c'est celle de l'auteur, son enfance à Beyrouth, puis en France. Elle prend conscience qu'elle a toujours été baignée dans cette double culture d'autant plus que son grand-père paternel avait été traducteur officiel pendant le mandat français au Liban. Il était le lien entre le Haut commissariat français et les autorités locales.
La musique est présente tout au long de la bande-dessinée avec les sons qui y sont présents sous forme d'onomatopées. Ainsi, Abdallah fait "pom pom" en marchant, ses chaussures "scrouitchi", les poissons volants font "pi pi pi"... 
C'est aussi l'histoire de la cohabitation harmonieuse entre deux cultures : libanaise et française, deux langues : le français et l'arabe.

Merci PriceMinister pour ce partenariat et cette belle découverte.

Note : 18/20

 
Le véritable son du piano oriental d'Abdallah Chahine, enregistré par son fils Joseph Chahine

Extrait : 

9782203092082_p_1 9782203092082_p_2

9782203092082_p_3 9782203092082_p_4

9782203092082_p_5

 logo_PetitBAC2016
Spectacle (1)

Posté par aproposdelivres à 10:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 mars 2016

Le ravissement des innocents - Taiye Selasi

Lu en partenariat avec les éditions Folio

le ravissement 71H54JaCp5L

Folio - février 2016 - 432 pages

Gallimard - septembre 2014 - 384 pages

traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter

Titre original : Ghana must go, 2013

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire d’une famille, des ruptures et déchirements qui se produisent en son sein, et des efforts déployés par chacun pour œuvrer à la réconciliation. En une soirée, la vie de la famille Sai s’écroule : Kweku, le père, un chirurgien ghanéen très respecté aux États-Unis, subit une injustice professionnelle criante. Ne pouvant assumer cette humiliation, il abandonne Folá et leurs quatre enfants. Jusqu’à l'irruption d’un nouveau drame qui les oblige tous à se remettre en question.

Auteur : Taiye Selasi, née à Londres, a passé son enfance dans le Massachusetts et vit à Rome. Elle est titulaire d'une licence de littérature américaine de Yale et d'un DEA de relations internationales d'Oxford. Elle fait son entrée en littérature en 2011 en publiant dans Granta The Sex Lives of African Girls. Cette nouvelle, qui a fait sensation, a été reprise dans le recueil Best American Short Stories 2012. Le ravissement des innocents, son premier roman, a été traduit en 17 langues.

Mon avis : (lu en mars 2016)
Ce livre nous raconte l'histoire de la famille Sai, d'origine africaine, ils ont vécu également aux États-Unis. Cela commence avec la mort subite de Kweku, le père.  Sa mort va obliger toute la famille à se retrouver et à revenir au Ghana.
Le lecteur va découvrir peu à peu chacun de ces six personnages.
Des années plus tôt, Kweku, était chirurgien, il a quitté sa femme, ses quatre enfants et les États-Unis après avoir été injustement renvoyé de son travail. Il est retourné au Ghana. 
Flora, la mère, est restée aux États-Unis avec Sadie la petite dernière.
Olu, l'aîné, est envoyé en pension et deviendra un brillant médecin.
Taiwo et Kehinde, les jumeaux seront envoyés chez un oncle au Nigeria. 
Je referme ce livre avec un sentiment mitigé... En effet, j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce livre touffu (j'avoue avoir survolé le dernier tiers) , avec ses longues descriptions, ses nombreux flashback... J'ai eu beaucoup de mal à m'y retrouver : le livre se situe soit en Afrique (Ghana, Nigeria), soit aux Etats-Unis, les personnages sont nombreux. 
L'écriture est poétique mais la construction trop brouillonne complique l'ensemble et je n'ai pas réussi à m'attacher vraiment aux différents personnages... J'ai fini par me lasser.

Merci les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre. Alors qu’il se tient sur le seuil entre la véranda fermée et le jardin, il envisage de retourner les chercher. Non. Ama, sa seconde épouse, dort dans cette chambre, les lèvres entrouvertes, le front un peu plissé, sa joue chaude en quête d’un coin frais sur l’oreiller, il ne veut pas la réveiller. Quand bien même il le tenterait, il n’y parviendrait pas.
Elle dort comme un taro. Un tubercule privé de sensations. Elle dort comme la mère de Kweku, coupée du monde. Des Nigérians en sandalettes déboulant devant leur porte dans des chars russes rouillés pourraient dévaliser leur maison, sans la moindre discrétion, ainsi qu’ils y ont pris goût à Victoria Island (d’après ses amis en tout cas : grossiers rois du pétrole et cow-boys démobilisés dans la mégapole de Lagos, cette bizarre race africaine : intrépide et riche), elle continuerait à ronfler mélodieusement, on dirait une composition musicale, à rêver de bonbons et de Tchaïkovski. Elle dort comme une enfant.
La pensée l’a malgré tout accompagné de la chambre à la véranda, risque fictif de perturbation, numéro qu’il se joue. Une habitude depuis son départ du village, petite représentation en plein air destinée à un public composé d’une seule personne. Une ou deux : lui et son cameraman invisible qui s’est enfui à son côté dans l’obscurité avant l’aube, en lisière de l’océan, et ne l’a plus quitté. Filmant silencieusement sa vie. Ou la vie de l’Homme Qu’il Souhaite Être et Qu’Il a Laissé Devenir.
Dans ce plan-séquence, une scène d’intérieur : le Mari Prévenant.
Qui ne fait aucun bruit tandis qu’il sort furtivement du lit, repousse les draps, pose ses pieds l’un après l’autre sur le sol, s’efforce de ne pas réveiller sa femme plongée dans un sommeil de plomb, de ne pas se lever trop vite afin d’éviter de déplacer le matelas, traverse la pièce à pas de loup, ferme la porte très doucement. Et marche dans le couloir de la même façon, franchit la porte menant à l’atrium où, bien qu’elle ne puisse sûrement pas l’entendre, il reste sur la pointe des pieds. Il emprunte le court passage équipé d’un radiateur électrique qui relie l’aile de la chambre principale à l’aile du séjour, s’arrête l’espace d’un instant pour admirer sa maison.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Angleterre

Posté par aproposdelivres à 15:14 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

30 mars 2016

On regrettera plus tard - Agnès Ledig

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226320933m Albin Michel - mars 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
Cela fait bientôt sept ans qu'Eric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu'à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d'un destin que l'on croyait tout tracé ?
Avec la vitalité, l'émotion et la générosité qui ont fait l'immense succès de Juste avant le bonheur et Pars avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l'existence et du coeur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.

Auteur : Découverte en 2011 avec Marie d'en haut, coup de cœur des lectrices du Prix Femme Actuelle, Agnès Ledig s'est imposée comme une des romancières françaises les plus aimées du grand public. Ses deux best-sellers, Juste avant le bonheur, Prix Maison de la Presse 2013 (460 000 ex vendus en France, grand format et poche), et Pars avec lui (Albin Michel, 2014) sont aujourd'hui traduits en 12 langues. L'auteur vit actuellement en Alsace.

Mon avis : (lu en mars 2016)
Valentine est une institutrice alsacienne qui vit seule dans un petit hameau. Célibataire, hyperactive, elle n'a jamais su garder un homme. Un soir d'orage, Eric et sa fille Anna-Nina, âgée de 7 ans, vont débarquer dans sa vie. Depuis la naissance d'Anna-Nina et la mort de sa maman, ils parcourent les routes dans une roulotte. Avec la tempête, un arbre a endommagé le toit de roulotte et Anna-Nina est trempée et fiévreuse. En pleine nuit, Valentine accueille le père et la fille.

Dans le présent, tour à tour, Eric et Valentine sont les narrateurs de cette histoire
Le lecteur découvre également une histoire du passé, en 1944, un adolescent vient en aide à une femme enceinte jetée hors de la Kommandantur après avoir été interrogée violemment.
Le lecteur découvrira comment ces deux histoires sont liées...
Valentine et Eric ont tous les deux un passé douloureux et cette rencontre imprévue vont changer la vie de tous les trois.
Les personnages sont touchants et attachants. L'histoire est émouvante. Anna-Nina est une petite fille sensible et très intelligente. Elle a toujours vécu seule avec son père qui fait tout pour la rendre heureuse. Elle va découvrir l'école et les copains... 

Merci à Aurore et aux éditions Albin Michel pour cette belle histoire qui fait du bien.

Extrait : (début du livre)
Dimanche 13 juin 2010

Un soir d’orage

Je suis courageuse, mais quand même.
En pleine nuit d’orage, entre tonnerre et pluie battante, ces coups violents contre la porte d’entrée étaient dignes d’un scénario de film d’horreur. Après avoir sursauté sous ma couverture de laine, je dois réfléchir rapidement. Le visage de Jack Nicholson dans Shining ! C’est la première image qui me vient : il est derrière cette porte. Ma porte ! Qui d’autre que lui aurait eu l’idée d’emprunter le chemin qui mène à notre petit village en pleine nuit et par un temps pareil ? Mais je ne peux décemment pas rester là sans rien faire et prendre le risque de retrouver un mort sur mon paillasson demain matin sous prétexte que j’aurai eu la trouille d’ouvrir ma porte à un comédien de cinéma. Pour frapper ainsi, c’est peut-être quelqu’un qui a besoin d’aide. Un psychopathe entrerait en scène plus subtilement, non ?
Quoique !
Quoique, je vais quand même chercher la poêle en fonte à la cuisine, celle que j’arrive à peine à soulever d’une main, et, après avoir respiré profondément, j’entrouvre la porte avec précaution, l’ustensile en l’air, prêt à s’abattre sur Jack.
– Aidez-moi !
Un homme se tient devant moi, une fillette recroquevillée dans les bras. Ils sont trempés. Il m’implore du regard et n’a rien d’un acteur américain. Soudain ridicule avec ma poêle en fonte, je la pose au sol et j’ouvre grand la porte pour les faire entrer.
– D’où sortez-vous comme ça ?
– J’ai besoin d’aide. Elle est bouillante. Je n’ai plus d’abri pour elle ni de médicaments.
– Posez-la sur le canapé, juste là, lui dis-je en repoussant la couverture et le livre que j’étais en train de lire.
Je commence à la défaire de ses vêtements mouillés et froids, qui lui collent à la peau, puis je pose mes lèvres sur son front, une habitude prise avec mes élèves. Elle est effectivement brûlante. Je demande à l’homme d’aller chercher une serviette éponge à la cuisine pour sécher ses cheveux, tout en l’emmitouflant nue dans la couverture et en la frictionnant pour la réchauffer. La petite grelotte, le regard dans le vague, proche de l’inconscience.
– Je vais appeler le médecin. Il n’habite pas très loin, il viendra vite.
– Merci.
– Comment s’appelle-t-elle ?
– Anna-Nina.
– Elle a quel âge ?
– Sept ans.
– Vous voulez des vêtements secs pour vous changer ?
– Je dois aller mettre les chevaux à l’abri.
– Quels chevaux ?
– Mes chevaux.
Et là, je fais le lien avec la roulotte que j’ai vue arriver il y a deux jours et stationner sur le chemin un peu plus haut. C’était donc eux.
– Allez sonner chez le voisin, il s’appelle Gustave, il est de l’autre côté de la cour, il y a encore de la lumière chez lui, lui dis-je en jetant un œil par la fenêtre. Précisez-lui que vous venez de ma part et qu’il faut mettre des chevaux à l’abri à cause de l’orage.
La petite a fermé les yeux et tremble dans son demi-sommeil. Je lui ai recouvert la tête avec une serviette, et me suis assise à côté d’elle pour appeler le médecin.

Déjà lu du même auteur : 

JUSTE_AVANT_LE_BONHEUR Juste avant le bonheur 9782226259929-j Pars avec lui

logo_PetitBAC2016
Phrase (3)

Posté par aproposdelivres à 06:05 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,


15 mars 2016

Après Sara - Amanda Coe

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

Après Sara Denoël – février 2016 – 320 pages

traduit de l'anglais par Claire-Marie Clévy

Titre original : Getting Colder, 2014

Quatrième de couverture :
Années 1980. Patrick, jeune dramaturge charismatique et ambitieux, enfant terrible du théâtre, tombe follement amoureux de Sara. Mais Sara est déjà mariée. Elle abandonne mari et enfants pour vivre pleinement son destin de muse. Image parfaite du couple rêvé, alliant beauté et talent, Sara et Patrick deviennent les chouchous du public. 

Trente-cinq ans plus tard, Patrick vit seul après la mort brutale de Sara. Il ne lui reste que son whisky, son carnet de notes et une rage toujours intacte contre le monde entier. Louise et Nigel, les enfants de Sara, désormais adultes, cherchent à comprendre qui était leur mère et pourquoi elle a choisi de les abandonner. Sara, malgré son absence, va réunir ces trois personnes. Chacun à leur manière, ils devront apprendre à faire leur deuil et à se reconstruire malgré les blessures qui ne guériront jamais, les questions restées sans réponse et la perte d’un être que personne ne pourra jamais remplacer. 
Après Sara est un roman dérangeant, à l’humour féroce, terriblement juste sur le chagrin, l’égoïsme et la persistance des blessures anciennes.

Auteur : Amanda Coe est scénariste. Elle a remporté un BAFTA en 2013 pour son adaptation de Room at the Top de John Braine pour BBC 4. Après Sara est son second roman chez Denoël après Qui a peur du noir ? (2013). Il fait partie de la sélection pour le Encore Award.

Mon avis : (lu en mars 2016)
J'ai été attiré par la beauté de la couverture du livre et la quatrième de couverture a suscité ma curiosité... Mais la lecture n'a pas été à la hauteur des promesses.
C'est une histoire de famille, Sara vient de mourir, ses enfants Nigel et Louise découvrent la maison où vivait leur mère avec Patrick. Trente-cinq ans plus tôt, Sara avait quitté son mari et ses deux enfants par amour pour Patrick, un écrivain talentueux et prometteur. Nigel et Louise sont devenus adultes et parents, ils ont beaucoup d'interrogation sur cette mère qui les a abandonné, ils voudraient comprendre ce que Patrick pouvait avoir de plus.
Patrick est devenu un vieux monsieur désagréable et alcoolique, la maison est dans un désordre et une saleté innommable...
Le récit passe du passé au présent, j'ai eu du mal à m'attacher à l'un des trois personnages principaux, heureusement il y a un quatrième personnage, Mia, une jeune étudiante, venue faire un mémoire sur l'oeuvre de Patrick, suite à un échange de correspondances avec Sara. Malgré la mort de Sara, Mia va rester auprès de Patrick pour s'occuper de lui et mettre de l'ordre dans la maison.
J'ai lu ce livre sans difficulté, mais j'ai été déçue par l'ensemble, sans compter que l'histoire s'achève dans le flou...

Merci et les éditions Denoël pour ce partenariat.

Autre avis : Sylire 

Extrait : (début du livre)
Il n’y avait plus personne pour l’appeler Nidge. Ça avait été sa première pensée cohérente quand la voisine de Patrick avait téléphoné pour lui annoncer que leur mère était morte. En voyant Louise descendre du train le matin des obsèques, Nigel s’aperçut qu’elle aussi pouvait l’appeler Nidge, même si elle avait tendance à ne pas l’appeler du tout. Employer le surnom de son enfance était un petit pouvoir que Louise ne se savait pas capable d’exercer, et le fait qu’elle ne le sache pas ne fit qu’augmenter l’irritation de Nigel à la vue du manteau pelucheux et du décolleté mal avisé de sa sœur. Il y eut tout de suite bien pire, cependant, avec l’apparition inattendue de l’enfant qui sortit du wagon à sa suite pour l’aider à décharger un sac de voyage à roulettes sur le quai. Emmaillotée dans une doudoune qui accentuait son imposante corpulence — copie miniature de celle de sa mère —, elle avait beaucoup changé depuis la dernière fois que Nigel l’avait vue, quand elle devait avoir sept ans.
« J’étais obligée de l’emmener, dit Louise. Elle est malade, et je n’ai trouvé personne pour s’en occuper. On ne peut pas compter sur notre Jamie, hein, Hol ? »
Nigel laissa libre cours à la toux qu’il avait réprimée toute la matinée; le taux de pollen dans l’air devait battre des records. Holly. Sophie s’en serait souvenue tout de suite; c’était elle qui s’occupait des anniversaires et de Noël. Comme à plusieurs reprises depuis son arrivée en Cornouailles, Nigel se prit à regretter d’avoir décidé si rapidement que sa femme resterait à la maison avec les enfants pendant qu’il gérerait les obsèques de sa mère en solitaire. Holly. Il la salua d’un hochement de tête et s’intima l’ordre d’arrêter de tousser; l’envie le démangeait en permanence, et une fois que les muqueuses étaient enflammées, se retenir devenait une torture. Sa nièce lui rendit un morne salut en reniflant, heureusement trop apathique pour partager ses microbes. Elle avait un teint blafard et des yeux rouges assez rebutants: résultat de sa maladie, sûrement. Sa pré- sence à la cérémonie ne devrait pas poser problème, pensa Nigel. Il ne s’attendait pas spécialement à ce qu’il y ait foule au crématorium. Mais c’était tout de même exaspérant, cette habitude qu’avait Louise de le prendre par surprise.
« C’est bien de ta part de nous avoir tenus au courant », dit-elle pendant qu’il les emmenait du hall d’entrée de la gare à la voiture des pompes funèbres garée dehors. « Tu l’as vu ?
— On s’est parlé au téléphone. À propos de l’organisation de la journée. »
C’était l’idée de Nigel, de commencer par aller chercher Louise à la gare pour qu’ils affrontent leur beau-père ensemble. Évidemment, Patrick avait été trop bouleversé par la mort de leur mère pour se charger des coups de fil, ne serait-ce que du premier. La tâche était revenue à une voisine, Jenny, le genre de femme d’âge mûr efficace et pleine de bonne volonté qu’on exploitait sans vergogne. Patrick ne comptait pas s’en priver, mais la formation en droit de Nigel en faisait la personne la mieux placée pour gérer la suite des opérations, si son statut de fils n’avait pas suffi. Il était mieux placé que Louise, en tout cas, c’était certain. Après l’annonce initiale de Jenny, il s’était occupé des appels nécessaires et de tous les arrangements ultérieurs. Ça lui tombait dessus à une période chargée au travail, mais il avait fait des listes et s’y était attaqué petit à petit, comme toujours, malgré une sciatique qui lui envoyait une violente décharge électrique dans la jambe chaque fois qu’il s’asseyait. Dans les jours qui avaient suivi le décès de sa mère, Nigel avait passé plus d’un coup de fil avec des aiguilles d’acupuncture plantées dans le corps, telle une miniature de saint médiéval supplicié. Elles avaient fonctionné quand même, malgré les mises en garde de l’ostéopathe — si c’étaient bien les aiguilles qui avaient fait passer la douleur, plutôt que les fortes doses d’anti-inflammatoires que Nigel avait ingérées en secret au mépris des remèdes alternatifs disposés par Sophie sur sa table de nuit. En tout cas, il n’y avait que le rhume des foins qui l’accablait aujourd’hui. 

logo_PetitBAC2016
Prénom (4)

Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Angleterre

Posté par aproposdelivres à 07:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

28 février 2016

Pourquoi Tokyo ? - Agathe Parmentier

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

1507-1 Au Diable Vauvert - février 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
En 2012, Agathe Parmentier décide de quitter la France et part à l'aventure, s'installer au Japon avec une simple valise. Elle gagnera de quoi manger et se loger dans une chambre de 9 m2 en donnant des cours de français. Témoin volontaire respectueuse, distanciée et attentive, elle observe et découvre la ville et ses habitants avec rigueur et nous raconte son quotidien, ses expériences et ses expéditions de française curieuse et maladroite, mais toujours respectueuse, devenue apprentie tokyoïte. Récit d'une expérience humaine et journal de voyage, Pourquoi Tokyo ? est un document passionnant, vivant et plein d'humour, où l'on découvre par les détails l'ordinaire et l'âme d'un pays radicalement différent et qui fascine.

Auteur : Après des études de droit et de politique à Paris, Agathe Parmentier se lance dans la presse où elle devient rapidement chroniqueuse sous le nom d'Ismène de Beauvoir et a publié un document sur la génération Y, Contre-culture confiture (éditions FYP, 2013). Après deux années passées en Australie, elle part vivre en 2014 à Tokyo et en rapporte un passionnant récit de voyage, Pourquoi Tokyo ?

Mon avis : (lu en février 2016)
Avant d'être un livre ce récit de voyage est un blog Pourquoi Tokyo ? Pourquoi pas. A trente ans, Agathe, jeune française décide de partir pour un an au Japon. Elle aime ce pays, mais n'en connait pas la langue. Elle nous raconte son expérience d'occidentale au pays du soleil levant... Elle va vivre dans un chambre de 9 m², donner des cours de français ou faire de la figuration pour gagner sa vie. Elle va prendre des cours de japonais pour tenter de converser avec les locaux.
Ce carnet de voyage est plein de surprises, de découvertes. Agathe a beaucoup d'humour et de curiosité, elle nous raconte à travers d'anecdotes les décalages qu'il existe entre nos deux cultures : elle teste la nourriture, les hôtels, les centres commerciaux, les garçons... Agathe ne s'arrête pas aux clichés, elle décrit un Japon contemporain avec ses émerveillements et ses déceptions. 
Tout au long du livre, Agathe utilise les termes japonais qui sont expliqués par de nombreuses notes et celles-ci sont également réunies en fin du livre, ce qui est très pratique pour s'y référer.

Merci aux éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture dépaysante, amusante et instructive !

Extrait : (début du livre)
Je suis Agathe. Donc je suis Agatsu (1). donc je suis 安 月. Donc je suis Lune de Pacotille. Je suis Française, j'ai trente et un ans, je suis célibataire donc je suis une kurisumasukéki et une make-inu. Mais je levis bien. J'habite à Tokyo. Je tiens un blog, enseigne le français et j'étudie le japonais. J'adore le Japon mais je parle à peine le japonais. C'est un peu frustrant mais quand j'écris en japonais, on dirait que j'ai cinq ans donc c'est aussi un peu amusant. Je ne cuisine pas du tout mais j'adore la nourriture japonaise. Je mange du nattō et de lumeboshi. Mon sushi préféré c'est l'engawa. J'adore aussi l'okonomiyaki au poulpe et les yakiimo. J'aime le son du sanshin. J'aime les films japonais bizarres et les livres japonais bizarres. Une fois, au karaoké, j'ai chanté le refrain d'une chanson d'AKB48, mais je n'aime pas trop AKB48. 
Ravie de faire votre connaissance !

(1) Dans la langue japonaise, certainsde nos sons ne sont pas trduisibles. C'est la cas des mots se terminant sur une consonne sonore (David deviendra Davido) et des mots se terminant pae le son [e]. Ainsi, à la japonaise, Agathe devient Agatsu.

 logo_PetitBAC2016
Ponctuation (2)

Posté par aproposdelivres à 11:27 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 février 2016

Dessins à la verticale - Carnets de voyages en paroi - Jeremy Collins

Lu en partenariat avec Babelio et Glénat

babelio_20012016

dessins Glénat - novembre 2015 - 176 pages

Quatrième de couverture :
Les grimpeurs seront fascinés de retrouver dans cette expression graphique inédite les sensations, les émotions qu’ils éprouvent sur le rocher, et l’esprit qui anime leurs itinérances de montagne en montagne.
L’artiste américain Jeremy Collins est un des leurs. Il vit pour et par l’escalade. À 32 ans, marié et père de jeunes enfants, il a éprouvé le besoin impérieux de faire le point sur sa vie, au moment où l’un de ses amis intrépides mourait dans une avalanche. La réponse à ses interrogations, il est allé la chercher dans l’ouverture de nouvelles voies en voyageant successivement vers les quatre points cardinaux. Funambule du rocher, c’est en fait l’équilibre entre une vie d’aventure et le réconfort d’un noyau familial qu’il a exploré, de sommets perdus en falaises vierges.
Dessins, photos, topos de voies, collages, peintures, poésie, récit : les carnets de cette odyssée ascensionnelle sont à la fois étonnants de beauté, pleins d’humour et émouvants. Mieux qu’un guide, ils seront une inspiration pour bien des grimpeurs.

Auteur : Les créations graphiques de Jeremy Collins et notamment ses cartes illustrées agrémentent régulièrement les pages des magazines américains Rock and Ice et Alpinist, et jusqu’à la couverture du National Geographic. On les retrouve sur la ligne de vêtements Meridian Line qu’il a créée, mais également sur différents matériels destinés aux activités outdoor. Jeremy, son épouse Tricia et leurs enfants Zion et Sela vivent à Kansas City, dans le Missouri. Le film Drawn, qu’il a réalisé parallèlement à ce livre, a été récompensé par plusieurs prix dans les festivals internationaux. C’est une véritable performance associant musique, dessin, vidéo et improvisation que Jeremy propose aux spectateurs.

Mon avis : (lu en février 2016)
Ce livre est tout d'abord un très joli objet, dès sa réception, j'ai eu envie de l'ouvrir et de le feuilleter. Le marque-page est obligatoire car les pages ne sont pas numérotés...
Jeremy Collins est avant tout un grimpeur américain, il a la passion de la montagne et ne pense qu'à escalader... Après la mort de son ami Jonny dans une avalanche, il décide de partir aux quatre coins du monde escalader des montagnes, tenter de nouvelles voies. 
A l'Est, il part aux confins de la Chine, de la Mongolie et du Kirghizistan pour découvrir la vallée de la Keketuohaï.
Au Sud, c'est le Venezuela 
Au Nord, c'est la Canada avec le mont Phoenix
A l'Ouest, c'est le Colorado
Son carnet de voyage est très personnel, il y consigne ses pensées, y raconte son quotidien de baroudeur, les mésaventures de ses expéditions, ses rencontres... Les textes sont assez succincts, se sont plutôt des notes manuscrites ou bien dactylographiées.
Je retiendrais surtout les dessins, au crayon, au fusain, à l'aquarelle, mélange de collages, dessins, peintures et photographies... Difficile de lire ce livre dans sa continuité, je l'ai surtout feuilleté, grappillant ci et là une phrase, un texte, admirant les photos ou les dessins... C'est plutôt dépaysant !

Merci Babelio et les éditions Glénat pour ce partenariat dépaysant

 

Extrait : 

20160128_paroi2

20160128_paroi3

 

 


Drawn trailer from Jeremy Collins

logo_PetitBAC2016
Voyage(2)

Posté par aproposdelivres à 09:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

03 février 2016

Il reste la poussière - Sandrine Collette

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

il reste la poussière Denoël - janvier 2016 - 304 pages

Quatrième de couverture :
Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux. 
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien. 
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille ?

Auteur : Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage sa vie entre l'université de Nanterre et ses chevaux dans le Morvan. Six fourmis blanches est son troisième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
Cette histoire se déroule en Argentine, en Patagonie, dans une steppe infinie, balayée par des vents glacés. Dès les premières pages, Rafael, un petit garçon est poursuivi à cheval par ses bourreaux puis jeté dans un buisson plein d'épines... C'est le sort qui lui réservent tous les jours ses trois frères, Mauro et Joaquim, les aînés jumeaux et Steban. Rafael ne peut compter que sur lui-même pour supporter ce traitement car la mère n'intervient pas et laisse faire. Tout est dur dans cette petite ferme, la mère qui a tout pris en main le jour où son mari ivrogne les a abandonné. L'élevage des moutons et des boeufs demande beaucoup de travail que les quatre garçons exécutent sans rechigner. Rafael est devenu leur défouloir et celui-ci a compris qu'il n'aura d'aide de personne et que seuls son cheval et son chien pourront lui témoigner de l'affection. 

Une fois par mois, la mère va en ville pour boire et jouer au poker et un jour, elle perd aux cartes l'un de ses garçons... Cela va changer la vie de toute la famille...
Cette histoire met un peu de temps à démarrer, la monotonie de la vie dans cette ferme du bout du monde est pesante puis le récit s'emballe et le lecteur n'en croit pas ses yeux...
J'ai beaucoup aimé ce roman fort, hors du temps, violent dont on ne sort pas indemne !
C'est ma deuxième lecture de cette auteur et je ne vais pas hésiter à lire ces premiers livres.

Merci Clélia et les éditions Denoël pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Patagonie argentine. La steppe
Parce qu’il était le plus jeune, ses frères avaient pris l’habitude de le poursuivre à cheval autour de la maison, quand la mère ne les voyait pas. Dès que les jumeaux avaient eu assez de force pour l’attraper par le col et le soulever au galop de leurs criollos, c’était devenu leur passe-temps favori. Ils comptaient les points, à celui qui le traînerait jusqu’au coin de la grange, qui dépasserait les vieux bâtiments en bois gris — puis l’arbre mort, puis le bosquet de genêts — avant de le lâcher dans la poussière.
Chaque fois, le petit les voyait venir. Il entendait leurs exclamations, bien fort exprès pour l’affoler, le bruit des chevaux qui s’élancent ; les fers caillassant le sol et se rapprochant à lui faire trembler le ventre, comme si la terre trépidait sous ses pieds, et sûr cela les amusait, eux les frères perchés en haut de leurs selles, avec leurs rires aigus qui couvraient le fracas des sabots.
Il se figeait, un bras en l’air, ce bras qui tenait le bâton avec lequel il jouait à faire des vagues dans l’abreuvoir, et tant pis si l’eau était sale. Il s’immobilisait comme le font les mulots dans la steppe, lorsque le bruissement d’ailes des busards au-dessus d’eux les alerte trop tard, lui aussi l’œil effaré et priant pour que ses oreilles, son cerveau, son instinct le trompent ; mais toujours ils étaient sur lui en quelques foulées, rapaces piquant vers leur proie, penchés sur leurs chevaux fous. Planté au milieu de la cour arrière, le petit n’avait pas le temps de regagner la cuisine où la mère touillait, écrasait, dépeçait : quand cela avait commencé, il savait à peine courir. Une ou deux fois, il avait essayé de l’appeler, devinant la silhouette sévère derrière les carreaux, qui hachait la viande ou coupait les légumes comme si elle avait dû les abattre, appliquée et rageuse, mais elle ne l’entendait pas, ne le voyait pas, même le jour où il avait réussi à taper à la vitre avant d’être enlevé par Mauro — ou peut-être s’en désintéressait-elle si fort qu’il préférait ne pas y penser. La seule chose qu’elle faisait, à vrai dire, c’était lui mettre une rouste après, en criant qu’elle en avait assez qu’il mouille sa culotte. Et les frères se moquaient en le regardant, et ils braillaient : Le pisseur ! Le pisseur ! tandis qu’elle l’obligeait à courir cul nu derrière elle pour aller se changer, jetant son pantalon souillé dans la panière à linge d’un geste excédé.

Déjà lu du même auteur : 

six fourmis blanches Six fourmis blanches

 logo_PetitBAC2016
Phrase (1)

Posté par aproposdelivres à 08:19 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

24 janvier 2016

Le goût du large - Nicolas Delesalle

Lu en partenariat avec les éditions Préludes

60154775

le gout du large Préludes - janvier 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
"Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer."
De l'inaccessible Tombouctou à la mélancolique Tallinn, entre une partie d'échecs fatale quelque part dans un hôtel russe et un barbecue incongru à Kaboul, des clameurs de la place Tahrir au fond d'un trou, dans l'Aveyron... C'est le roman d'une vie et de notre monde que raconte Nicolas Delesalle, le temps d'une croisière en cargo.
Après le formidable succès d'Un parfum d'herbe coupée - finaliste du prix Relay des voyageurs 2015 -, Le Goût du large embarque le lecteur pour un voyage passionnant, plein d'humour et d'esprit, de couleurs et de saveurs, et réveille notre irrésistible envie d'ailleurs.

Auteur : Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l'ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d'herbe coupée est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
J'ai découvert Nicolas Delesalle, l'année dernière avec son premier roman Un parfum d'herbe coupée . Aussi, je n'ai pas hésité à accepter de découvrir son deuxième livre. Un livre qui nous invite au voyage. Journaliste, Nicolas Delesalle est parti pendant dix jours à bord d'un cargo porte-containers, le MSC Cordoba, pour faire un reportage sur ce nouveau type de voyages.
Son livre, est non seulement le carnet de bord de ses dix jours en mer depuis Anvers jusqu'à Istanbul mais également ses souvenirs de reportages. Des souvenirs douloureux, heureux, amusants ou tristes, des rencontres avec des hommes, des femmes ou des enfants. 
Le voyage en cargo est passionnant, avec son équipage philippins, Angelo le capitaine, Ruben son second, Neil le timonier, Glenn, Ramis, le stewart, Joseph et sans oublier Maïté, l'autre voyageuse passagère. D'Anvers au Golfe de Gascogne en passant par Gibraltar, puis les côtes tunisiennes, les îles du Péloponèse pour arriver à Istambul.
Ses souvenirs de reportages nous entraînent en Israël, à Gaza, en Indonésie, en Estonie, dans partie d'échecs en Russie, à Mourmansk, à Kaboul en Afganistan mais Nicolas nous fait aussi découvrir "une fragile zone de paix" dans la région de Bamiyan dont les habitants sont les Hazaras. Au Niger, il outrepassera son rôle de journaliste pour tenter de sauver deux jumeaux, à Dakar il rencontrera des enfants des rues, il sera témoin de la déforestation au Congo, puis ce voyage aura pour destinations la Côte d'Ivoire, l'Egypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie, la Grèce et même une expérience un peu particulière en France... 
Quel beau voyage ! Entre anecdoctes et témoignages, il mêle à la fois l'humour et les émotions mais surtout des rencontres humaines marquantes.

Merci Anne et les éditions Préludes pour ce livre coup cœur et pour sa soirée de lancement avec l'auteur !

 

Extrait : (début du livre)
Jour 1 : D’Anvers au rail de la Manche

Hier soir, Ramis m’a souri du haut de l’échelle de coupée et je suis monté à flanc de cargo. Je n’avais pas l’impression de grimper à bord du MSC Cordoba, porte-conteneurs allemand sous pavillon libérien, équipage philippin, mille six cent vingt-neuf boîtes multicolores empilées sur le pont, de la rouille, de l’iode, du sel, de la solitude, j’avais juste la sensation de quitter le monde connu pour entrer dans un rêve de gosse aux contours flous.

Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J’allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l’ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J’allais me gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.

J’ai suivi Ramis dans les coursives du château, recouvertes de lino bleu turquoise. Il a vérifié mon passeport, mon certificat médical et m’a fait signe de grimper avec lui jusqu’au pont F. Les escaliers sentaient la Javel et tout était vide. Chacun des vingt et un membres d’équipage vaquait à ses occupations, mais pour moi, c’était déjà un bateau fantôme, un navire hors du temps et des hommes. Je suis enfin entré dans ma cabine monastique. Je l’imaginais plus étroite, moins confortable. Des meubles en contreplaqué y encadrent un espace simple rendu douillet par la présence d’une moquette dodue à l’étrange motif écossais. Des posters lambda encadrés au mur donnent au lieu un air impersonnel d’appartement de station de ski ou de salle d’attente. Une salle d’attente. Une salle d’ennui. Une salle d’écriture. C’est bien ce que cette cabine symbolisait pour moi.

Le soleil est tombé au loin entre les deux cheminées de la centrale nucléaire du port industriel d’Anvers, près d’un champ planté d’éoliennes. À travers les hublots de ma cabine, j’ai observé le spectacle extraordinaire du chargement. Trois portiques hauts comme des immeubles de vingt étages nourrissaient le ventre du navire en laissant glisser vers le sol des filins de métal torsadés au bout desquels des mains mécaniques et crochues agrippaient un par un les conteneurs pour les remonter à toute vitesse et les déposer sur le cargo avec une facilité déconcertante. C’était un jeu de Lego géant, un Tetris colossal, des pièces de vingt tonnes volaient comme des mouettes graciles.

logo_PetitBAC2016
Voyage (1)

Déjà lu du même auteur :

un parfum d'herbe coupée Un parfum d'herbe coupée 

Posté par aproposdelivres à 18:42 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,