08 novembre 2009

L’éclat du diamant – John Marcus

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - L'Autre Editions

l__clat_du_diamant L’Autre Editions – juin 2009 – 477 pages

Présentation de l'éditeur : « Comment expliquer cette succession étrange de meurtres, un jour ordinaire de 2007 ? Qu'est-ce qui peut bien relier entre eux un couple d'amoureux en week-end dans le Sud de la France, un industriel de la pêche naviguant dans les eaux troubles de Guinée et un passionné parisien de reptiles, araignées et autres créatures vénéneuses ? Et surtout, pourquoi Frédéric Carloni, grand reporter au Matin de France a-t-il été abattu place Pigalle alors qu'il rentrait tranquillement chez lui en moto ? » C'est sur ces questions que s'ouvre la singulière enquête de ce polar à l'écriture cinématographique. Véritablement immergé au cœur du célèbre « 36, quai des Orfèvres », au sein de l'équipe du commissaire Delajoie, vous serez entraîné, meurtre après meurtre, dans une marche trépidante à travers les hauts plateaux de la publicité, de l'image et de la grande distribution. Une quête de vérité, semée de morts et de fantômes, où la violence des crimes se heurtera à la brutalité ordinaire du quotidien, où les évidences se transformeront rapidement en leurres. Vous voilà donc prévenu : on ne pénètre pas impunément dans la Maison de la mort.

Au-delà d'un thriller palpitant qui respecte les codes les plus classiques du genre, L'Éclat du diamant est un polar sociétal très actuel, qui reflète nos fragilités collectives et nos blessures individuelles. Ainsi, au fur et à mesure que progresse l'enquête et à travers l'histoire de chacun des personnages, se dévoilent nos propres angoisses, nos doutes, mais aussi nos espoirs et nos rires. Autant de nuances de gris qui, au fil des pages, donnent à L'Éclat du diamant une couleur résolument nouvelle. Finalement, un roman pas totalement noir.

Auteur : John Marcus c'est évidemment le pseudonyme d'un homme qui souhaite rester anonyme... On peut trouver une interview avec l'auteur ici.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Ce livre commence par une préface de l'éditeur qui nous informe que ce livre est à la fois « le lancement d'un nouvel auteur, d'un nouveau roman et d'un nouvel éditeur. »

Cela commence comme un vrai polar : en quelques pages nous assistons à de nombreux meurtres dans les Corbières, en Guinée-Conakry et puis à Paris. Puis nous faisons connaissance avec l'équipe du 36 : le commissaire Jean Delajoie surnommé « le Patron » , le Chef de Groupe Franck Meunier surnommé « le Che », Amanda Coron surnommée « Manda ou Ze Queen », Kowiac surnommé « l'ours des Balkans », Bastien Marchand surnommé « Colombo » et Jérôme Bouchon surnommé « la Boule ». Ils commencent une enquête suite à un nouveau meurtre : l'exécution à Pigalle du journaliste Frédéric Cartoni. Nous suivons une enquête très documentée qui nous apprend beaucoup sur le fonctionnement de la police. Mais ce n'est pas un simple polar, en effet, à travers une intrigue parfaitement huilée mais cependant complexe, nous pénétrons dans le monde de la communication et des médias ainsi que celui de la grande distribution.

L'enquête est palpitante et très intéressante et les personnages sont vraiment attachants, j'ai hâte de les retrouver dans une nouvelle enquête comme le sous-entend la fin du livre... De plus en consultant le site officiel du livre et l'interview de l'auteur, j'ai découvert que ce livre se veut être le premier d'une série de quatre livres dont le dernier « L'Âme noire » nous est déjà annoncé p.31, p.70, p.181 et p.300 ainsi que « L'Agneau mystique » p.369.

Dans son bureau du 36, le commissaire Delajoie possède une reproduction de l'huile sur bois appelé indifféremment "La cure de folie", "la lithotomie" ou "l'extraction de la pierre de folie" de Jérôme Bosch et qui impressionne ses visiteurs...

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Merci à L'Autre Édition de m'avoir offert ce livre.

Extrait : début du livre voir sur le site officiel.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le livre, allez voir le site officiel du livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - l_autre__ditions

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22 octobre 2009

Question de l'être et beauté féminine – Jérémy Nabati

question_de_l__tre_et_beaut__f_minine Aux forges de Vulcain – septembre 2009 – 128 pages

Quatrième de couverture :

« Aldo, en proie à une soudaine inspiration, osa alors lui demander si elle voudrait bien prendre un verre avec lui : - L’air que vous parfumez dans votre sillage et qui vous suit me subtilise et m’extasie – mon être tout entier est absorbé dans le reflet mouvant de vos cheveux. Tout, autour de moi, s’évanouit – le temps même a cessé de battre. Vibration du possible, caractère brûlant de la passion, mise en suspens comme telle, aiguillon de l’action – je suis tenu en haleine, à la merci de vos moindres mouvements. Votre beauté n’a pas d’égal, ainsi soit-il – vous êtes la plus jolie, telle est mon unique certitude. Vous voir, c'est déjà – consentir à tomber sous le charme ; le reste, à côté, n’est que poésie. Dormir un long sommeil – et n’être réveillé que par cette séduisante façon que vous avez, je n’en doute pas, de porter un verre à vos lèvres carminées… »

Auteur : Jérémy Nabati est Normalien et enseigne la philosophie au lycée. Question de l'être et beauté féminine est son premier roman. Site de l’auteur.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre m'a été offert par les éditions Aux forges de Vulcain à la suite de ma critique sur Contretemps, livre que j'avais lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Aux forges de Vulcain.

"Question de l’être et beauté féminine" se compose de deux parties. La première (68 pages) est une nouvelle qui donne le titre au livre et la deuxième "Comment errez-vous ?" est une suite de six textes ou poème parfois très courts qui n’ont aucun lien.

"Question de l’être et beauté féminine" nous raconte Aldo qui est un homme sensible à son environnement et en particulier à la beauté féminine, il ose aborder la femme qui lui plaît, Flora et l’on va suivre le début de leur histoire. Cette nouvelle est touchante, avec un brin de poésie.

"Comment errez-vous ?" est plus difficile à résumer, et cette lecture a été pour moi un peu déroutante. Par exemple, le premier texte, "L'un l'autre" est un échange de SMS et de mail entre un prophète et Dieu. Le dernier texte, "Le temps de la pensée" est un poème. J’ai bien aimé la nouvelle "Dernier été".

Un grand merci aux éditions Aux forges de Vulcain pour m’avoir fait découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

Lors vint le moment où sa pensée ne le quitta plus. Le jour, il espérait la croiser à chaque coin de rue, et la moindre passante, revêtant d’abord ses traits, l’arrachait à chaque fois brusquement à lui-même. La nuit, évidemment, il lui arrivait de rêver d’elle. Le temps s’écoulait ainsi ; un mois passa.

Puis, un soir, il avait eu cette intuition : il la reverrait le lendemain, c’était certain. Seulement, il ne savait pas exactement ce qui se passerait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait effectivement. Il la revit, donc : elle sortait, lui aussi – elle lui tient la porte ; il dit « merci », tout simplement, mais d’une voix suffisamment forte pour qu’elle se retourne, et qu’elle le voie… elle l’a vu, ça y est.

Elle est toujours aussi belle, toujours aussi resplendissante, inondant de joie tout ce qui vient à l’entourer. Ses cheveux sont fascinants, à la manière d’un fleuve glissant silencieusement dans la nuit étoilée – et ses yeux, deux aigues-marines. A la fois fine et musculeuse, ses traits racés sont les seuls auxquels une chair si incroyablement nerveuse ait pu se soumettre. Certes, sa façon de s’habiller ne varie pas beaucoup, ce qui d’ailleurs la rend aisément reconnaissable : jean clair, haut noir – col roulé en cachemire, ou tee-shirt décolleté et fin gilet de coton -, imperméable noir.

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09 octobre 2009

Les prodigieuses aventures des soeurs Hunt – Elisabeth Robinson

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Livre de Poche

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Éditions des Deux Terres – février 2006 – 345 pages

LGF – mai 2007 – 413 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Anouk Neuhoff

Présentation de l'éditeur
La vie dorée d'Olivia Hunt bascule d'un seul coup. Productrice à Hollywood, habituée à tous les avantages des V.I.P., elle vient de se faire renvoyer sans ménagement après l'échec de son dernier film ; quant à son petit ami, Michael, il l'a quittée.
Alors qu'elle s'apprête à rédiger une lettre de suicide bien sentie, Olivia apprend que Maddie, sa sœur bien-aimée, est gravement malade, et elle va se trouver confrontée aux choix les plus difficiles qu'elle ait jamais eu à faire. Imprégné de tout l'amour que deux sœurs peuvent ressentir l'une pour l'autre, Les Prodigieuses Aventures des sœurs Hunt est à la fois déchirant et comique, tragique et réjouissant.

Biographie de l'auteur
Ancienne productrice et scénariste indépendante, Elisabeth Robinson compte à son actif des films comme Braveheart et Last Orders. Elle a participé à une trentaine de projets dont L'Amant et Six degrés de séparation. Les Prodigieuses Aventures des sœurs Hunt, son premier roman, figurait dans la liste des best-sellers du New York Times. Il a été publié dans dix pays. Elisabeth Robinson vit à New York.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Olivia Hunt vient d’être renvoyée de chez Universal où elle était productrice. Son petit ami Michael l’a quittée. Elle apprend brutalement que sa jeune sœur Madeline est atteinte par la leucémie. Olivia est devenu productrice indépendante de cinéma pour Hollywood et elle essaie de monter le film Don Quichotte. C'est à travers les lettres et mails qu’Olivia adresse tour à tour à son amie Tina, à sa sœur Madeline, à Michaël son ex-petit ami, à ses parents mais aussi aux acteurs et aux producteurs de cinéma avec qui elle travaille que l'on va suivre à la fois l’évolution de la maladie de Maddie et les difficultés de monter un film. C’est une correspondance à sens unique, car seule les lettres d’Olivia sont présentes, nous n’avons jamais de réponses… Il y a à la fois beaucoup d'humour et d’émotions dans cette correspondance, mais aussi des coups de gueule... Au début, le personnage d'Olivia est un peu superficiel comme le monde du show-biz qu'elle côtoie dans son travail. Puis au fil de ses lettres on voit Olivia devenir plus forte, prête à soutenir sa sœur, ses parents dans les difficultés. La relation entre les deux sœurs est vraiment forte et vrai. Ce livre m’a vraiment beaucoup plu et j’ai été très touchée par ses échanges entre sœurs.

Un grand merci à Blog-O-Book et Livre de Poche de m’avoir donné l’occasion de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

25 août 1971

26 août 1971

27 août 1971

Chère soeur,

Je m'appelle Olivia Hunt. Je suis ta sœur. Tu es dans le ventre de Maman. Jim est notre frère. Il est pas mal pour un garçon.

J'ai rêvé de toi. J'étais dans le canoë. J'avais une tresse mais c'était comme un serpent. Tu as surgi du lac. Tu t'es accrochée à ma tresse-serpent. Tu es montée dans le canoë. Tu me ressembles. Le canoë a chaviré mais on arrivait à parler sous l'eau.

Jim et moi, on est chez Tante Louise. C'est plutôt sympa. On se baigne. On cueille des myrtilles. On joue dans les bois. C'est moi qui choisirai ton prénom si tu es une fille. Papa a dit : Appelons-la Martini. Maman a dit : C'est affreux. Je n'aime pas ce prénom-là. J'aime le prénom de Madeline. C'est mon livre préféré. Je te le lirai un jour.

D'autres trucs rigolos qu'on pourra faire :

  1. Jouer dans la cabane dans l'arbre.

  2. Jouer à se déguiser dans le grenier.

  3. Jouer aux princesses. J'ai une couronne. Papa t'en achètera une. Tu n'as pas le droit de toucher à la mienne. Papa achète toujours tout ce qu'on veut.

  4. Jouer aux futures mariées.

  5. Plein d'autres trucs rigolos.

J'aime bien écrire cette lettre. C'est comme si tu étais là. Sauf que tu es invisible.

Je t'aime déjà, Olivia

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - logo 

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27 septembre 2009

Contretemps - Charles Marie

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Aux forges de Vulcain

contretemps Aux forges de Vulcain – août 2009 – 163 pages

Quatrième de couverture :

« Assis par terre dans sa chambre devant le thé au goût de vieille terre moite qu’il affectionnait, il méditait sur la meilleure façon de retrouver le disparu. Ce qu’il lui fallait, c’était une méthode. Une méthode de recherche. Comme il n’avait jamais cherché à retrouver personne auparavant, il prit pour point de départ l’agonie familière que lui infligeait la disparition quotidienne de ses clés, évaporées. Il retournait alors chaque objet de son appartement, soupçonnant des pires conspirations des recoins où il n’était pourtant jamais allé, en découvrant ainsi beaucoup de nouveaux, les retrouvant finalement, le plus souvent dans sa poche, parfois sur la porte, du coté extérieur. Il décidait alors, épuisé, de remettre ses projets à plus tard et de demeurer à l’intérieur pour le moment. Il était le genre d’homme à qui l’expérience n’apprend jamais rien. Ce qu’il savait, il le savait d’instinct ou du fait de ses lectures, mais ce que le monde tentait de lui enseigner par les événements, il l’oubliait toujours. »

Auteur : Charles Marie, né en 1980, est avocat et vit à Paris. Contretemps est son premier roman.

Mon avis : (lu en septembre 2009) 

C’est le premier livre de la Collection Littératures de la jeune maison d’édition Aux forges de Vulcain. J’ai accepté de lire ce livre que me proposait le site Blog-O-Book vraiment par curiosité car j’ai beaucoup de mal à refuser de lire un livre qu’on me propose…

Melvin est recruté anonymement pour retrouver Bruno Bar, un ami qu'il a perdu de vu. Melvin part du principe que l'on retrouve facilement que ce que l'on ne recherche pas et il part donc un peu par hasard pour Florence. Il y rencontre une très jolie femme, Lorraine qui l’invite à une soirée dans les catacombes. Une fusillade a lieu lors de cette soirée et Melvin découvre alors que deux clans s’affrontent la Banque et la Catacombe. Brutalement, il quitte Florence pour Budapest où il croit voir Bruno Bar…

Cela commence comme un vrai roman policier avec de l’action, des surprises, du fantastique aussi, mais j’ai été vite perdue dans une intrigue qui part dans tous les sens et j’ai péniblement terminé le livre sans vraiment de plaisir. J'avoue ne pas être une fan des livres fantastiques, c'est peut-être cela qui m'a empêché d'apprécier ce livre. Sinon j’ai été perturbée par la construction du livre avec des petits chapitres de quelques pages qui se succèdent les uns les autres sans passer à la page suivante. D’autre part, la typographie est un peu petite et rend fatigante la lecture.

J'ai voulu avoir un autre avis, celui de mon fils qui est un grand lecteur de livres de science-fiction et de fantastique. Il a trouvé l'intrigue et les personnages très sympa mais au milieu du livre l'histoire est un peu confuse.

Merci aux éditions Les forges de Vulcain pour cette découverte.

Extrait : (page 7 – Briser la glace)

Melvin adorait prendre le train. Et cette fois-ci ne dérogeait pas : l'idée que ce train précis, dans lequel il était depuis une heure, arriverait à Florence le lendemain matin, quoi qu'il advint ou presque, lui était particulièrement douce. C'était comme si, dans un monde d'incertitudes et de libre arbitre, les principes ployaient sous la force des rails, et le destin redevenait maître de sa vie. Il s'achetait toujours un billet de train avec le sourire de l'homme qui échappe à ses ennemis, certain d'avoir, pour quelques heures, réussi à rétablir l'inexorable au sein de sa vie. Il ne lui restait qu'à se débarrasser du costumé qui gesticulait devant lui pour en goûter pleinement l'abandon souverain.

Cet homme, dont Melvin souhaitait désespérément le départ, c'était le contrôleur, qui ne comprenait pas que l'on puisse réserver une cabine double alors que l'on était seul, dans le but, précisément, de la rester. C'était un de ces hommes qui croit à la communauté des hommes. Il aurait été plus prompt à admettre l'existence d'une femme invisible et sa présence dans la cabine que la possibilité d'homme prêt à payer deux fois plus cher pour pouvoir voyager seul. Il semblait donc décidé à rester discuter le plus longtemps possible afin de neutraliser le bénéfice de cet acte inhumain. Il fallait y mettre fin. Mais comment se débarrasser d'un humaniste ? La maladie. Tout le monde fuyait devant la maladie.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger et LOGO4_large

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11 septembre 2009

Leçons Particulières - Alain Claude Sulzer

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

le_ons_particulieres traduit de l'allemand par Johannes Honigmann

Editions Jacqueline Chambon – septembre 2009 – 256 pages

Quatrième de couverture : Avant la chute du communisme, Léo, un étudiant qui a fui un pays de l'Est, est accueilli en Suisse par un couple et s'installe dans leur maison de banlieue. Martha, une mère de famille de trente-quatre ans, accepte de lui donner gracieusement des cours d'allemand. Dans cette langue qu'il maîtrise à peine, il s'entend avouer pour la première fois qu'il a abandonné sa fiancée au pays. Mais cette trahison n'est qu'un début. Alors qu'il est devenu l'amant de son professeur, il prend en secret des cours d'anglais pour pouvoir rejoindre son frère au Canada. Cet amour qui est pour Martha une révélation et qui va bouleverser sa vie n'est pour lui qu'un bonheur fugitif, qui n'a pas de place dans ses rêves d'avenir.
Pour Alain Claude Sulzer, l'amour est inséparable de la trahison, car il y en a toujours un qui aime plus que l'autre. Mais le roman dénonce aussi l'égoïsme inséparable de celui qui émigré. Obnubilé par le but qu'il s'est fixé, il utilise froidement tous ceux qui l'aident sans se préoccuper de leurs sentiments.

Auteur : Alain Claude Sulzer est né en 1953 à Riehen, près de Bâle, où il vit. Leçons particulières est son huitième roman. Un garçon parfait publié en 2008, a obtenu le prix Médicis étranger, et le prix de la Radio Suisse romande en 2009. Le livre est déjà traduit en une douzaine de langues.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Comme l'indique le bandeau du livre, Alain Claude Sulzer est aussi l'auteur de « Un garçon parfait » Prix Médicis étranger 2008. Je n'ai pas lu ce premier livre.

Dans ce livre nous découvrons l'histoire de Léo, jeune émigré de 22 ans qui a fui un pays de l’Est (le nom du pays n'est pas précisé) pour une ville suisse. Il habite chez un couple de médecins, mais un problème de langue va vite se poser : «L'allemand de Léo était mauvais, il se résumait à quelques mots qu'il avait entendus dans la bouche de sa grand-mère.», c’est Martha, une suissesse de 37 ans, mère de deux enfants, qui va lui donner des leçons particulières d’allemand. «Chaque phrase, chaque mot qu'ils allaient se dire et se diraient désormais feraient partie de ses leçons. Parler de tout, de choses quotidiennes ou extraordinaires, de sujets banals ou importants, dans l'ordre ou pêle-mêle, c'était indispensable pour apprendre l'allemand et finir par le parler couramment.» Peu à peu le professeur et l’élève vont se rapprocher.

Il y a également d’autres personnages : le fils de Martha, Andreas adolescent de seize ans qui découvre le monde des adultes et se découvre lui-même. On a un aperçu de l'ancienne vie de Léo à travers les chapitres où il est question de sa grand-mère Olga restée dans son pays d'origine avec comme seule compagnie son chien Mazko.

J'ai passé un bon moment à lire ce livre très bien écrit avec des descriptions faites avec beaucoup de précision et des personnages plutôt attachants. Mais l'histoire ne m'a pas emballé plus que cela.

Extrait : (page 62)

Leo ouvrit l'étroite porte de guingois du jardin et s'engagea sur le chemin caillouteux qui menait à la maison de deux étages portant le numéro 28 ; il la trouva propre mais pas très gaie, ce qui était peut-être dû à l'absence de rideaux aux fenêtres. La maison était peinte en gris à l'extérieur, le tour des fenêtres en blanc.

Leo tenait dans sa main droite un porte-document ainsi que la boite de pralines enveloppée de papier cadeau et il appuya sur la sonnette de la main gauche. Comme s'il était attendu, une silhouette apparut derrière la vitre fumée et lui ouvrit la porte. Par quelle maladresse Leo laissa-t-il échapper le porte-documents et la boîte de pralines juste au moment où Martha Dubach lui ouvrit, il ne put jamais se l'expliquer, cela arriva, tout simplement. Il se produisit ce que Leo détestait le plus chez lui, il rougit fortement (à l'école, on l'avait surnommé le buisson ardent chaque fois qu'il arrivait de piquer un fard) et se mit à transpirer, ce qui augmenta encore son embarras. Mais Mme Dubach eut la décence de remédier à la situation par un haussement d'épaules. Leo ne remarqua pas qu'elle souriait, car il était encore occupé à ramasser le porte-documents et la boîte, laquelle n'avait subi qu'un léger choc à un coin. Tandis qu'il se redressait, l'enseignante tendit la main à son nouvel élève en disant : «  Je m'appelle Martha Dubach. » De l'autre main, elle saisit les pralines.

Leo était son premier élève particulier. Elle n'avait aucune expérience si ce n'est comme institutrice et encore celle-ci avait été limitée, car elle n'avait fait la classe que pendant un an ; à vingt et un ans, elle s'était mariée et était devenue mère. Depuis, elle n'avait mis les pieds dans une école que lorsqu'il s'agissait de ses propres enfants, et comme ni Andreas, ni Barbara n'avaient de problèmes scolaires, cela avait été rarement le cas. Forte de l'accord de Walter, accord donné avec plus d'indifférence que de réticence, elle s'était présentée à l'organisme d'assistance aux réfugiés, qui s'occupait notamment de trouver des enseignants pour des étudiants en provenance d'Europe de l'Est. Les cours d'allemand gratuits et bénévoles devaient faciliter leur intégration dans leur nouveau pays. L'organisme s'était félicité de son initiative, puis n'avait plus donné signe de vie pendant des semaines. Il n'avait fait appel à elle que quelques jours auparavant. Une femme avait téléphoné pour demander si sa proposition tenait toujours. Martha avait dit oui sans hésiter.

Merci aux Editions Jacqueline Chambon

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraire en partenariat avec ulike_logo_petit

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26 août 2009

Lark et Termite - Jayne Anne Phillips

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

lark_et_termite traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfrevile

Christian Bourgeois – août 2009 - 432 pages

Quatrième de couverture :

Situé dans les années 1950, en Virginie-Occidentale et en Corée, Lark et Termite est une histoire du pouvoir de la perte et de l’amour, de mondes parallèles, des répercussions de la guerre, de secrets de famille, de rêves, de fantômes, des liens invisibles, presque magiques, qui nous unissent et nous renforcent.

Quatre voix alternent pour dévoiler, au gré de leurs émotions, les secrets de cette histoire familiale. Au centre du récit : Lark, une adolescente radieuse ; son jeune frère handicapé, Termite, à la sensibilité hors du commun ; leur tante Nonie, qui les élève avec dévouement. En écho, nous parvient la voix du caporal Leavitt, le père de Termite, piégé dans le chaos des premiers mois de combat de la guerre de Corée. Au fil de leurs pensées surgissent et s’évaporent les mystères familiaux, marqués par l’amour de Lola, la mère des deux enfants, pour le soldat Leavitt.

« Ce roman est taillé comme un diamant, avec la même authenticité vive et des éclairs de lumière. » (Alice Munro)

« Lark et Termite est un livre extraordinaire et lumineux. C’est une surprenante prouesse de l’imagination. » (Junot Díaz)

Auteur : Jayne Anne Phillips est née en 1952 en Virginie Occidentale. Elle vit à Boston. Elle a publié son premier recueil de nouvelles, "Black Tickets", en 1979 à l'âge de 26 ans. Il fut récompensé par le Prix Sue Kaufman. Nadine Gordimer l'a qualifiée, à cette occasion, du meilleur auteur de nouvelles depuis Eudora Welty. Depuis, "Black Tickets" est devenu un classique du genre. En 1984, elle publie son premier roman, Machine Dreams, salué par le "New York Times" comme le meilleur livre de l'année. "Shelter", son second roman, publié en 1994, fut sélectionné parmi les meilleurs livres de l'année par "Publisher Weekly". Jayne Anne Phillips a enseigné à Harvard, Williams College ainsi qu'à Boston University

Jayne Ann Phillips est encore trop méconnue en France. La parution de Lark et Termite en cette rentrée sera l'occasion d'entendre les voix inoubliables de ses personnages dans un roman du Sud, plein de bruit et d'un peu de fureur.

Mon avis : (lu en août 2009)

C’est un récit à 4 voix qui se déroule entre la Corée du sud en Juillet 1950 et la Virginie occidentale neuf ans plus tard.

La première voix, c’est Robert Leavitt, il est caporal de l’armée américaine en Corée du Sud, il est blessé dans un tunnel suite à l’attaque par des avions de son camp d’une colonne de réfugiés dont il avait l’ordre de protéger. Il pense à sa femme Lola qui doit accoucher en cette fin juillet, il pense au futur bébé, il repense à sa vie passée.

La seconde voix, c’est Lark, la fille aînée de Lola, elle est courageuse. Elle ne connait pas son père et ne sait pas pourquoi elle a été élevée par sa tante. A 17 ans, elle a terminé ses études secondaires et elle fait une école de secrétariat. Elle s’occupe avec beaucoup de tendresse de son demi-frère Termite car elle refuse de le laisser partir dans une école spécialisée.

La troisième voix, c’est Nonie, la sœur aînée de Lola, elle est solide et généreuse, elle a élevé sa nièce Lark et son neveu Termite depuis la disparition de leur mère.

La dernière voix, c’est Termite c’est le fils de Leavitt et Lola, le demi-frère de Lark, il est handicapé mental et moteur sa voix est différente : il est doté d’une sensibilité hors du commun, il est attentif à tous les sons qu’il entend ou perçoit.

A travers ces 4 voix, nous découvrons petit à petit l’histoire et les secrets de cette famille.

Le livre est très bien écrit, les descriptions sont tellement précises que l’on imagine facilement les images décrites et on les voit défiler comme dans un film.

« Le passé, il s’en souvient, Lola, les mois d’entraînement militaire au pays, puis Séoul avant l’invasion, tout cela semble avoir eu lieu dans une dimension adjacente mais sans lien direct avec lui, et le mirage dans lequel il vivait enfant à Philadelphie paraît s’être évanoui pour toujours. Les immeubles et la devanture des magasins, le béton et l’asphalte étincelants, les grillages bordant les quartiers effervescents à plusieurs kilomètres de Liberty Bell au cœur historique de la ville, lui apparaissent comme un rêve auquel il ne croit plus. Les enseignes des coiffeurs lançaient leurs spirales de couleur dans le tohu-bohu du matin, et chaque épicerie abritait fidèlement un obscur employé de la mafia qui fumait sa cigarette et sirotait un café dans l’arrière-boutique en attendant les paris illégaux. L’été, des poubelles éventrées montaient la garde sur les trottoirs, luisant de reflets roses et cuivrés dans la lumière de fin d’après-midi. Des néons couleur fuchsia et jaune acidulé faisaient clignoter toute la nuit le mot PIZZA tandis qu’aux portes des bars des volutes de fumée portaient jusqu’à la rue les notes du juke-box. Les matins de shabbat, il jouait au base-ball, au basket ou aux billes avec les gamins italiens, et il rendait ses copains juifs jaloux parce que, par chance, ses parents à lui n’étaient pas pratiquants. »

Chacune des voix a sont propre style. En particulier pour Termite, lui qui ne fait que des sons et ne parle pas : l’auteur a su le faire s’exprimer par des phrases courtes, des répétitions, qui évoquent son ressenti.

« Il regarde au travers et le bleu s’en va, il regarde au travers et le bleu vole au vent. Il respire, et il souffle, rien que vers le haut. Le bleu vole mais pas loin, le bleu vole, il reste bleu, puis le bleu vole. Il voit tout là-haut, au-delà de tout, au-delà des formes. Les silhouettes qui tournent autour de lui sont énormes, elles se cognent, se rejoignent, se disjoignent. Ces silhouettes-là sont douces, elles sont douces et elles sont chaudes, comme ce qu’il entend, ce qu’il sent près de lui, ceux qui le tiennent, le soulèvent, le déplacent, le touchent, le portent, qui disent que ses boucles sont tellement emmêlées, qui lui lavent les mains. Lark, voilà Termite. Il leur répond en chantant pour les tenir à distance ou pour les faire se rapprocher. C’est tout ce qu’il accepte de dire, il ne va quand même pas se mettre à parler sans arrêt »

C’est un livre très fort et terriblement émouvant, j’ai été prise par l’histoire de Lark et Termite et l’envie d’en savoir plus ne m’a pas quittée jusqu’à la fin du livre. Tous les personnnages sont particulièrement attachants.  Pour ma part, c'est un vrai coup de cœur !

Merci aux éditions Christian Bourgeois

Livre lu dans le cadre  07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

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Les lits en diagonale – Anne Icart

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

les_lits_en_diagonales Robert Laffont – août 2009 – 156 pages

Présentation de l'éditeur
«Je préfère la photo où tu me serres dans tes bras. On a l'air de s'aimer à la folie. On s'aime à la folie. » De l'enfance à aujourd'hui, l'histoire bouleversante d'une petite sœur « normale » et de son frère « pas comme les autres ».
Il a cinq ans de plus qu'elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans - « l'âge de raison » - quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu'il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l'essentiel, de plein fouet : elle comprend qu'il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L'aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le cœur accroché à son frère, « son héros aux ailes brisées », handicapé mental à cause d'une césarienne faite trop tard lors de sa naissance.
Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d'autres hommes - mais surtout l'amour, cet amour plus fort que les autres. « Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi » : c'est ce qu'elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd'hui où « tout va bien », parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l'acceptation de ce qui est vraiment.
Portée par une écriture lumineuse, l'émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d'une traite jusqu'à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c'est rare.

Biographie de l'auteur
Ariégeoise de cœur mais Parisienne depuis toujours, Anne Icart est née en 1968. Elle exerce la profession de rédactrice juridique. Les Lits en diagonale, son premier livre, a déjà été vendu, sur manuscrit, en Italie et aux Pays Bas.

Mon avis : (lu en août 2009)

Si l’année dernière vous aviez aimé « Où on va Papa ? » de Jean-Louis Fournier, vous ne pouvez pas être insensible à « Les lits en diagonales » d’Anne Icart.

Lorsque j’ai choisi ce livre, j’ai d’abord été attiré par l’ours en peluche de la couverture et par ce que j’ai lu en quatrième de couverture. Je croyais que ce livre était un roman mais ce n’est pas un roman, mais plutôt un témoignage.

Philippe et Anne sont frère et sœur. Il a cinq ans de plus qu’elle. Anne a sept ans lorsque sa mère lui explique que son frère Philippe est malade et qu’il ne guérira pas. Elle reçoit l’information comme une claque et comprend qu’il faudra toujours veiller sur son frère. Il faudra l’aimer plus que les autres.

Anne découvre aussi ce jour là « Que tu n'es donc pas un héros, mon héros, mon grand frère sécurisant, admirable, qui me rassure quand j'ai peur du noir et des pieuvres martiennes. Mon héros dont je n'ai pas remarqué les mots qui butent contre ses lèvres, dont je n'ai pas vu la démarche chaotique, les retards accumulés. Je n'ai rien vu de tout ça, jamais, aveuglé par une admiration immense. Mon frère adoré. »

Leurs sentiments sont extrêmement forts et multiples. Anne nous raconte la vie de la famille des années 70 à nos jours. A travers les souvenirs d'enfance à Paris ou en vacances, on ressent la complicité et l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre, les moments de rires sont multiples. Mais ce n'est pas facile avec les autres, ceux qui se moquent.

Puis avec l'adolescence apparaît la culpabilité, la peur du futur, la difficulté d'aimer un autre homme pour construire sa vie.

« Je ne voulais pas exister telle que j'étais. Mieux que toi. Je ne me suis pas autorisée à réussir là où tu n'as jamais pu. Et ailleurs non plus. Je n'ai pas voulu me mettre en avant pour ne pas qu'on nous compare. Pour que tu restes un héros. Envers et contre tout. »

J'ai lu très rapidement ce livre (environ 1 heure) les phrases sont courtes et percutantes et j’ai été touchée par ce récit simple, bouleversant et très fort. On découvre la difficulté d’être la petite sœur « normale » d’un grand frère « pas comme les autres ».

« J'ai les pieds dans le béton. Ce n'est pas très drôle d'être la petite sœur d'un frère handicapé. J'ai l'impression d'avoir des tas de choses très lourdes à porter, en plus de tes ailes en miettes. Que Maman te protège plus que moi et que c'est normal. Que Papa veut que je sois brillante et que c'est normal. Que je dois tout comprendre et que c'est normal. Que je dois tout accepter et que c'est normal. Que je n'ai pas droit à l'erreur. Parce que je suis normale. Normal. Normal. Normale. Handicapé. Personne ne sait à quel point je suis nouée à toi. Pas même moi. »

Ce livre est, pour moi, un vrai coup de cœur ! Merci aux éditions Robert Laffont.

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraire en partenariat avec ulike_logo_petit

Merci à Resling de m'avoir fait suivre son livre.

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L'Arabe – Antoine Audouard

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l_Arabe

Editions de l'Olivier – août 2009 – 260 pages

Quatrième de couverture :

Un inconnu vient se réfugier en un lieu où il croit trouver la tranquillité : une cave donnant sur une petite place, dans un village du Sud. Un inconnu : un Arabe. Le jour, il charrie des tonnes de cailloux sur un chantier de terrassement. Le soir il rentre dans son trou. Pourquoi se cache-t-il ? Le village s’agite, une hostilité sourde monte de la terre. Ici, il n’est pas chez lui et ne le sera jamais. L’Arabe n’entend rien, se berce de l’illusion qu’à force de vivre invisible, il finira par disparaître. Lorsqu’un meurtre est commis sur la place, cette illusion se dissipe. Aux yeux de tous, c’est lui le coupable. Mais les forces qui se dressent contre lui sont anciennes, comme le feu, la rage, la peur. Pour leur échapper, se rendre invisible ne suffira plus. L’Arabe est un grand roman « sudiste », où des personnages de Faulkner ou de Flannery O’Connor traverseraient des paysages à la Giono. Le Sud d'Antoine Audouard est lui aussi un vieux pays vaincu, peuplé de figures tour à tour tragiques et grotesques. Écrit dans une langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier, ce roman qui multiplie les dissonances et les ruptures de ton est l'œuvre d'un écrivain accompli.

Auteur : Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de huit romans, dont Adieu, mon unique et Un pont d'oiseaux.

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur.

Nous sommes dans un village du Sud de la France, et la présence d'un étranger, l'Arabe (il n'a même pas de nom ou de prénom), dérange certains. Il est pourtant discret, il travaille dur sur un chantier voisin, il ne fait rien de mal. Et pourtant, les préjugés et les a priori vont bon train « Eh bien on les connaît, c'est tout, on sait qu'un boulot mal fait c'est un boulot d'Arabe, on sait qu'un braquage ou un viol, c'est les Arabes, on sait que les primes elles sont pour les Arabes, on sait qu'un trafic de drogue à la ville dans le sous-sol d'un parking c'est les Arabes, et on sait qu'un avion qui explose dans une tour c'est encore les Arabes, on le sais bien, tout ça, tu le sais bien aussi, pas la peine de faire la tête, on n'a pas besoin de faire le tour de la terre pour savoir qu'ils sont pas comme nous, ces gens-là. »

Puis un meurtre est commis dans le village, le coupable est trouvé rapidement c'est l'ex-mari de la victime et pourtant l'Arabe va être accusé gratuitement de complicité. Il est mis en garde à vu et là, la justice lui découvre un frère en lien avec des entreprises terroristes et c'est la police anti-terroristes qui débarque... La rumeur s'amplifie, par ignorance, le village va se liguer contre lui. Il est seul face à tous. « - Parce que tu es du mauvais côté au mauvais moment dans le mauvais pays. Parce que la peur domine et que tout le monde s'en fout, de l'injustice commise à un Arabe berbère ou pas. Parce que tu es seul. »

L'auteur nous entraîne dans l'enfer du racisme gratuit. Le mensonge entraînant le mensonge, la violence entraînant la violence et la machine infernale de l'injustice ne peut pas être stoppée. Il aura cependant quelques alliés comme Estevan le gendarme, l'Indienne la Sauvage, Bernard son employeur, Juste son logeur... Mais ceux-ci ne pourront rien y faire.

Les caractères des différents personnages sont fort bien décrits : certains sont sympathiques, d'autres très antipathiques ! Il y a de la poésie dans la description des paysages du Sud. Le récit a également parfois des côtés surréalistes... en effet, nous allons assister à l'inondation du village et à l'échouage d'une baleine...(la mer étant pourtant loin du village) !

J'ai été révoltée par la bêtise et la méchanceté de ceux du village mais j'ai également été touchée par l'humanité de Juste, Bernard, Estevan et l'Indienne et par la gentillesse presque naïve de l'Arabe.

En conclusion, ce livre m'a bien plu. Merci aux Editions de l'Olivier.

Bonus : Interview de l'auteur sur Bibliosurf : http://www.bibliosurf.com/Interview-d-Antoine-Audouard

Extrait : (début du livre)

« Manquerait plus que ce soit un Arabe, dit Mamine – et tout le monde se mit à rigoler, sauf Noémie, sa fille, qui venait d'arrêter de fumer et faisait la toupie tant et si bien qu'elle nous soûlait, à force. Si c'est un type gentil, dit David, dans le fond, on s'en fout, mais son père le reprit, ces gars-là je les connais et crois-moi, ils sont pas comme nous. Dans l’ensemble, tout le monde trouva que Mamine en avait de ces idées, un Arabe petite place des Hommes, il n’y avait qu’elle pour nous inventer ça. Puis Trevor s’explosa le nez et deux dents en fonçant droit dans le mur avec son nouveau vélo, et on oublia tout dans l’engueulade entre José, qui était d’avis de lui mettre une rouste pour être aussi con, et Noémie, qui voulait aller à l’hôpital. Mais quand le gars arriva, quelques jours plus tard, et que pour de vrai c’en était un, d’Arabe, ça mit une drôle d’ambiance. »

Merci aux Editions de l'Olivier

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

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25 juin 2009

Karambolage : tome 2 – Claire Doutriaux

lu dans le cadre de l'opération babelio

karambolage_2 Seuil – octobre 2007 – 197 pages

Présentation de l'éditeur
Le deuxième tome de KaramboLaGe ! De la Fernsehturm à la toile de Jouy, de la tâche au Hiztefrei, de la Kehrwoche au bal des pompiers, mais aussi de la prestation de serment d'Angela Merkel aux accolades des chefs d'État, ces autres objets, mots, expressions, symboles, rites et analyses d'images complètent la petite mythologie du quotidien des Français et des Allemands. Après le succès du premier tome, KaramboLaGe continue de creuser son sillon et décrypte avec jubilation les us et coutumes de part et d'autre du Rhin.

Les auteurs :

Claire Doutriaux a découvert l'Allemagne enfant dans une famille de Düren où elle passait régulièrement les vacances de Pâques. Plus tard, elle a vécu une quinzaine d'années à Hambourg et a rejoint ARTE dès sa création. Karambolage est né de l'envie de réunir les fils d'une existence qui navigue entre deux pays. Alexandra Brodin, Nathalie Karanfilovic, Marco Kasang, Eva Könnemann, Jeanette Konrad , Hajo Kruse , Waltraud Legros, Olaf Niebling, Nikola Obermann, Katja Petrovic, Maija-Lene Rettig, Rainer Rother, Hinrich Schmidt-Henkel, Karine Waldschmidt, Bettina Wohlfarth.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Karambolage" est avant tout une émission de télévision diffusée sur Arte, le dimanche à 20h00 depuis janvier 2004, "qui jette un regard amusé sur les particularités des Allemands et des Français."

Karambolage

Depuis 3 ans, nous regardons très régulièrement cette émission en famille. Les deux aînés font de l’allemand en classe, le dernier commencera à la rentrée prochaine. Cette émission dure 10 minutes et nous apprenons beaucoup de choses sur nos habitudes et nos coutumes en France et en Allemagne. A la fin de chaque émission il y a une photo-devinette : la photo a-t-elle été prise en Allemagne ou en France, qu’elle est l’indice ?

Ce livre rassemble par chapitres des articles de chacune des chroniques de l'émission :

L'objet / der Gegenstand : description et utilisation d'un objet spécifique ou commun à l'Allemagne ou à la France - Exemples : la cabine de plage, der Fernsehturm (la tour de télévision)...

Le symbole / das Symbol : description et histoire de symboles importants pour la France ou pour l'Allemagne – Exemples : les drapeaux, les hymnes nationaux, la porte de Brandebourg...

Le mot / das Wort : étymologie et origine de mots ou d'expressions qui se retrouvent dans les deux langues - Exemples : choucroute, banc – bank - banque...

Le quotidien / der Alltag : Exemples : la numérotation des rues à Berlin, l'alliance portée à gauche en France et à droite en Allemagne...

Le rite / der Brauch : Exemple : der Maibaum (l'arbre de Mai), la chandeleur...

L'analyse d'image / die Bildanalyse : analyse de situations historiques – Exemples : La prestation de serment (die Eidesleistung), trois gestes historiques échangés entre chefs d'Etat français et allemands...

En bonus, tout au long du livre nous retrouvons douze photos-devinette : France - Deutschland avec les solutions en fin du livre !

Les textes sont bien écrits, courts avec un ton enjoué et beaucoup de sens critique.

Petit bémol pour les illustrations, issues d'image vidéo et comme le signale une note de l'éditeur au début du livre, qui sont parfois un peu pixellisées.

Aimant beaucoup l'émission Karambolage sur Arte, j'ai été contente de retrouver des chroniques vues à la télévision ou d'en découvrir des nouvelles.

lu dans le cadre de l'opération babelio

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02 juin 2009

Un siècle de novembre – Walter D. Wetherell

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Livre de Poche

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traduit de l’anglais (États-Unis) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Les Allusifs – aout 2006 – 200 pages

Le Livre de Poche – novembre 2008 - 218 pages

Présentation de l'éditeur
A l'automne 1918, le magistrat Charles Marden juge les hommes et cultive ses pommes parmi les Indiens et les pionniers de l'île de Vancouver. Mais les grands maux de l'humanité le frappent de plein fouet : sa femme, Laura, est emportée par la grippe espagnole et son fils, le caporal William C. Marden, disparaît dans la mêlée des Flandres. Désormais seul au monde, Charles Marden entreprend un périple fou pour trouver l'endroit où la mort a fauché son fils. Dans sa quête, il apprend qu'une jeune femme le devance de peu sur les routes. W. D. Wetherell, qui vit au New Hampshire, signe ici un roman d'une beauté terrifiante, entre songe et réalité.

Biographie de l'auteur
Né en 1948, Walter D. Wetherell a déjà écrit plusieurs romans : Morning, Chekhov's Sister (traduit et publié en 1990 par les éditions J.-C. Lattés), ainsi que deux recueils de nouvelles, The Man Who Loved Levittown et Wherever That Great Heart May Be. Ses récits de voyage paraissent dans le New York Times. Il a récemment obtenu la bourse d'écriture Strauss de l'American Academy of Arts and Letters. A Century of November, publié aux Etats-Unis par les Presses de l'université du Michigan en 2004 et en édition de poche en 2005, a été unanimement salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan. Une adaptation cinématographique est en cours de préparation sous l'égide du scénariste Jay Wolpert, auteur des scénarios des films Pirates des Caraïbes ou encore Le Comte de Monte-Cristo. W. D. Wetherell vit aujourd'hui à Lyme dans le New Hampshire.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Automne 1918, Charles Marden vient de recevoir la lettre officielle annonçant la disparition de son fils William au cours d'un assaut en Flandre. Trois semaines auparavant, il a perdu sa femme Laura de la grippe espagnole. Il quitte donc son île de Vancouver pour trouver l'endroit où est tombé son fils « pour apprendre à ne rien attendre, une fois pour toutes ». Il va faire un long voyage : la traversée du Canada d'ouest en est, Vancouver à Halifax en train, puis la traversée de l'Atlantique en bateau jusqu'à Southampton. A Salisbury, au camp du régiment de son fils, il apprend qu'il ne pourra se rendre là où est mort son fils seulement lorsque la guerre sera fini. Il découvre également qu'une jeune fille recherche aussi William. Charles Marden a alors un nouvel objectif, retrouver cette jeune fille Elaine qui ne peut-être que l'amie de son fils. Il se rend donc à Londres où il apprend que la guerre est finie : plus rien ne l'empêche de continuer son long voyage vers la Flandre. Après la traversée de la Manche de Folkestone à Calais puis le voyage en voiture jusqu'à Amiens, en autocar jusqu'à Poperinghe en Belgique, il arrivera à pieds à Ypres sur les champs de batailles.

Ce livre est très bien écrit : l'auteur nous fait des descriptions superbes et précises des paysages traversés, des champs de batailles, des tranchées abandonnées... Il nous décrit également les sentiments qui envahissent cet homme en deuil avec sa douleur et sa solitude. Cette histoire sombre comme les ciels de novembre, nous évoque avec beaucoup de sensibilité l'horreur de la guerre en particulier pour les survivants. J'ai beaucoup aimé lire ce livre.

Extrait : (début du livre)
Il jugeait les hommes et cultivait des pommes, et cet automne-là n’était propice ni à la justice ni aux vergers. Un automne surprise – les pommiers avaient pourtant fait miroiter de belles promesses. Les fleurs, précoces, abondantes, étaient d’un blanc-rose riche dont il n’avait jamais vu l’égal. Pour une fois, il n’y avait pas eu de neiges tardives, pas de tempêtes venues du Pacifique, pas de gel.

Extrait : (page 10)
S'il était magistrat, c'était parce que, dans cette région de la côte, il était le seul à pouvoir exercer cette fonction - celle de salarié ayant pour mandat, selon le libellé de son serment d'office, d'assurer des droits égaux aux pauvres comme aux riches, au meilleur de ses connaissances, de son jugement et de ses compétences. En temps normal, sa charge n'avait rien d'une sinécure. On lui avait déjà tiré dessus. À la faveur d'une embuscade tendue pendant que, comme maintenant, il arpentait les longues allées du verger en inspectant les arbres un par un. C'était le printemps. Le projectile avait sectionné une branche au-dessus de sa tête et fait pleuvoir sur lui des pétales blancs. Raté, se souvenait-il d'avoir pensé, tandis que la détonation résonnait sur tout le promontoire et que les fleurs lui chatouillaient le visage. À l'époque, il était aveugle, stupide. Raté.
L'arbre et sa branche scindée en deux devinrent pour lui une sorte de temple, un lieu où il allait se recueillir chaque fois qu'il était tenté de prendre ses responsabilités judiciaires à la légère ou encore trop au sérieux. C'était aujourd'hui bien plus : un coin béni, un sanctuaire, l'unique lieu où il se sentait en sécurité. La cicatrice laissée par la balle semblait avoir déclenché dans l'arbre une sorte d'élan vital : c'était, de toute la rangée, le seul qui avait produit un fruit complet. Une vaste blague, évidemment. Depuis des années qu'il était juge, il avait à maintes reprises été témoin des sales tours du destin. Il tendit la main vers la pomme. Après la pluie du matin, sa peau était humide et glissante, mais le poids familier, la plénitude ovale dans sa main, lui firent plaisir.
Il resta planté là, les mains de nouveau fourrées dans les poches de son blouson, dont il avait remonté le col pour se protéger des assauts du vent. Il vit alors quelque chose voiler et assombrir brièvement l'étroite ouverture sur la mer qu'on avait depuis le verger. Quiconque venait de la plage était forcément arrivé par bateau. Il eut une prémonition.

Extrait : (page 155)
"Ypres – et pourtant, je ne voyais qu'un nuage. Comme si la ville en ruines avait la couleur et la consistance d'un nuage. Un nuage brisé. Un nuage effiloché et déchiré, d'où aurait fui le fluide et le doux, un nuage dont il ne serait resté que des scories acérées et tranchantes, un nuage blessé. Derrière se profilait une silhouette crénelée, semblable à une lointaine chaîne de montagnes. A la longue, j'ai fini par y reconnaître des vestiges d'immeubles. Plus près, les montrant du doigt; aurait-on dit, des arbres en forme de glaives, comme ceux que nous avions déjà aperçus, clouaient le nuage au sol. L'odeur du plâtre mouillé était accablante. Seulement, elle s'accompagnait maintenant d'une puanteur fuligineuse. Plus moyen de respirer sans étouffer. Chacun regardait – jusqu'au bout de la route, les pèlerins étaient tournés du même côté, hypnotisés par la silhouette édentée, les nuages en lambeaux, les ruines déchiquetées.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - logo 

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