22 août 2016

De terre et de mer - Sophie Van der Linden

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Buchet Chastel

de terre et de mer Buchet Chastel - août 2016 - 144 pages

Quatrième de couverture : 
Au début du siècle dernier, Henri, un jeune artiste, parvient sur l’île de B. après un long voyage.
Venu rendre visite à la femme qui s’est détournée de lui, il y séjournera vingt-quatre heures, le temps pour lui de déambuler dans ce paysage envoûtant, et d’y faire des rencontres singulières.
Jusqu’à la chute finale, le lecteur chemine à la suite du héros dans cette atmosphère vibrante, rendue par une écriture impressionniste aux multiples résonances.

De terre et de mer est le troisième roman de Sophie Van der Linden. Après La Fabrique du monde, L’Incertitude de l’aube, l’auteur confirme encore son talent et dépeint avec acuité l’expression des sensations et des sentiments.

Auteur : Née en 1973, Sophie Van der Linden vit à Conflans-Sainte-Honorine. Elle a publié des ouvrages de référence sur la littérature pour la jeunesse, dont elle est spécialiste. Elle a déjà publié deux romans (La Fabrique du monde et L'Incertitude de l'aube)

Mon avis : (lu en août 2016)
Début du vingtième siècle, Henri, jeune artiste peintre, arrive sur l’île de B. pour rendre visite à Youna, la jeune femme qu'il aime et qui ne répond plus à ses lettres. Il a entrepris ce long voyage pour avoir une explication. Sur l'île, la jeune femme s'est installée dans la maison de sa grand-tante et a repris son activité d'herboriste. Elle a conquis son indépendance et la liberté et rien ne l'empêchera de la garder. Econduit, Henri devra passer la nuit dehors et avant de reprendre le bateau du retour, il fera quelques rencontres...
Dans ce livre, tous nos sens sont en éveil, à travers l'œil du peintre, la description de cette petit île est pleine de couleurs et de nuances comme sur un tableau, les odeurs de la végétation, de la mer, les bruits de la nuit... 
La couverture du livre est superbe, c'est un tableau de Jean-Baptiste Corot qui illustre parfaitement l'atmosphère de ce court roman. Voilà une jolie balade pleine de poésie de 24 heures sur cette petite île avec des rencontres improbables, amusantes ou marquantes et surtout une conclusion magnifique. J'ai beaucoup aimé !

Merci à Babelio et aux éditions Buchet Chastel pour cette très belle découverte

Extrait : (début du livre)
Les nuages n’étaient plus ici ceux, charnus et lourds, de la campagne de Paris. Mobiles, gracieux et diffus, ils semblaient, comme lui, attirés par la mer, pourtant encore lointaine. Depuis que son train avait quitté la halte Bel-Air sur ce dernier embranchement progressant vers le nord, Henri scrutait le paysage et guettait l’irruption de l’aplat bleu qui signalerait aussi bien l’arrivée imminente du train à sa destination que le début d’un autre voyage, celui pour l’île de B.

Enfin, ce n’était pas un voyage, tout juste une traversée. Et courte encore, une demiheure sans doute. Mais Henri n’avait jamais que peu vogué.
Son regard s’accrochait à la cime des arbres, s’attardait sur les mamelons, piquait  dans les vallons, s’envolait dans les masses d’air frais que ce temps encore un peu instable ne manquait pas d’insuffler au calme paisible d’un ciel estival.

Le train parvint à R. sans qu’Henri eût aperçu la moindre perspective marine. Rien de bleu ne perça à l’horizon de ce diorama désarticulé qu’est le paysage fuyant sous l’oeil du voyageur ferroviaire.
De la gare, il gagna le port en traversant la ville. Débouchant d’une rue sombre et humide, comme le sont toutes les rues de cette cité granitique, encombrée par les charrettes à chevaux convoyant la production
maraîchère de l’arrière-pays, il vit enfin la mer, sans pouvoir cependant s’attarder à sa contemplation tant il était soucieux d’attraper le dernier sloup qui le déposerait sur l’île à une heure raisonnable pour rendre
visite.
Une fois le point d’embarcation repéré, il rejoignit une courte file de passagers. Lorsque vint son tour, Henri, dans la fatigue de son long voyage, dans l’encombrement de son bagage et de son bouquet de fleurs acheté à la hâte lors d’une correspondance, dans son impatience et, surtout, dans son trouble inexplicable, causé par le carillon de l’église sonnant quatre heures, posa un pied sur l’embarcation somme toute légère d’un mouvement qu’il aurait voulu leste mais qui, dans ce désordre, y imprima un bruit sourd et une franche oscillation. Les passagers ayant déjà pris place à bord durent se cramponner subitement pour ne point perdre l’équilibre. S’ils ne prononcèrent mot, ces îliens, pour la plupart, en eurent toutefois en réserve pour cet étranger sans usage ni manière.
De l’air ! Cet air-là ! Comme il m’a manqué en vérité. Henri oublia l’incident lorsqu’il put enfin lever le nez, humer les ressacs iodés de l’eau du port claquant le quai, et se tourner vers le large s’offrant maintenant à son regard. Il avait vécu son enfance et le début de sa jeunesse sur la côte.
Pourtant, ses origines paysannes l’avaient toujours maintenu éloigné de la navigation. La mer n’en demeurait pas moins pour lui une source de joie et d’apaisement.

Déjà lu du même auteur :

 9782283026472-5ae6f La fabrique du monde

 

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20 juillet 2016

La fête est finie - Olivier Maulin

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

B26714 Denoël - juin 2016 - 240 pages

Auteur : Olivier Maulin vit et travaille à Paris. Il a écrit plusieurs romans, dont En attendant le roi du monde, prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs 2006. La fête est finie est son neuvième roman.

Mon avis : (lu en juillet 2016)
Mon avis sur ce livre est mitigé. J'ai bien aimé le début, puis au milieu du livre, j'ai eu une certaine lassitude et ensuite j'ai mis plusieurs jours à terminer cette lecture et j'ai eu beaucoup de mal à écrire ce billet.
Victor et Picot sont deux amis qui s'improvisent vigiles de nuit pour un besoin alimentaire. Ils vont chercher à la SPA les deux chiens nécessaires pour ce travail de vigile. Ils doivent surveiller un parc de camping-car à Lagny-sur-Marne. Le début de la nuit se passe plutôt bien, puis la fatigue étant là, ils décident d'être éveillés à tour de rôle, l'autre utilisant un des camping-car de luxe pour y faire une petite sieste... Finalement, ils s'endorment tous les deux, le véhicule est volé par une famille de roms et à au réveil de nos deux amis, ils se retrouvent vers Strasbourg. Les deux vigiles reprennent possession du véhicule mais ayant peur d'être accusé de vol, ils préfèrent se réfugier dans un petit camping discret où ils vont faire de nombreuses rencontres...
Une galerie de personnages hauts en couleur, un hymne à la nature, à l'écologie, de l'humour, des situations improbables...
Mais pour ma part, à mi-lecture, je me suis lassée : la cocasserie et les délires de l'auteur ont pris trop de place dans l'histoire et ont occulté le message écologique du livre. 

Merci Laïla et les éditions Denoël pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Bach, je n’avais rien contre. Je veux dire : Bach, de temps en temps, je n’avais rien contre. Mais toute la sainte journée à fond les ballons, ça commençait franchement à me taper sur les nerfs ! Le Victor, il était capable de rester douze heures allongé sur le sofa sans bouger, à enquiller les disques. Seul un bras se dépliait parfois pour changer de CD ou écraser une cigarette dans le cendrier posé par terre. Et puis ça se repliait lentement et ça ne bougeait plus pendant une heure et demie. Deux ou trois fois, j’en étais arrivé à le pincer dans le gras du bide pour vérifier qu’il n’était pas claboté. Tout en gardant les yeux fermés, il soulevait alors lourdement son poing droit et me le montrait de l’index de sa main gauche. Dans le langage élaboré de la grosse outre, ça signifiait : attention, risque de pain dans la gueule ! C’était strictement interdit de le déranger quand il écoutait Bach, c’est-à-dire tout le temps.
À vrai dire, je n’avais jamais vu pareille loque humaine. Au physique, il ressemblait à Georges le solitaire, la dernière tortue des Galápagos. Au moral, il était à mi-chemin entre le flan et le potiron. En un sens, il était fascinant ; à lui tout seul, il donnait tort à la science. La grande activité de sa journée, pour ne pas dire la seule, c’était la préparation de son petit déjeuner. Allumer la machine à café, changer le filtre, beurrer les tartines... c’est là qu’il dépensait ses calories. Ensuite, la journée était pour ainsi dire finie ; il se collait sur son sofa et en avant pour le marathon : cantates, motets, oratorios, fugues, concertos, suites, partitas, préludes, sonates, tout y passait ! Et même les messes et les passions ! Et il chialait, le veau, fallait voir comment ! Des grosses larmes qui roulaient sur ses joues et son cou. Parfois, il secouait la tête, il s’agitait, faisait mine de se relever ; et puis il se laissait retomber en soupirant, comme terrassé. « Putain, c’est trop beau, Bach », disait-il.
C’était sa contribution à la critique musicale. C’est en piquant un disque au hasard qu’il l’avait découvert. Ça avait immédiatement collé entre Bach et lui. Il était tombé en extase sur les Motets et avait décidé de monter sa petite collection. C’est un autre avantage de Bach : très facile à voler ! Les rayons rap, électro, heavy metal, étaient bourrés de vigiles suspicieux. Chez Bach, on vous foutait la paix. Il allait donc faire son marché une fois par semaine, nourrissant sa passion. À présent, il comparait les versions, trouvait celle-ci plus émouvante, celle-là un peu forcée, telle autre un poil lyrique. Il n’avait jamais eu l’idée de taper « Bach » sur Internet, n’avait aucune idée de l’époque à laquelle le bonhomme avait vécu, mais sur la musique, pardon ! Un spécialiste ! Du genre à repérer une fausse note ! Tiens, le troisième violon, il n’aurait pas fait un la au lieu d’un si ? Bref, il avait pris le melon par-dessus le marché.
Évidemment, c’était difficile pour moi de me plaindre vu que cela faisait trois semaines que je m’étais incrusté chez lui. Je n’avais pas d’autre choix que de la fermer ou de prendre la porte. Du coup, pour me venger, je l’appelais Totor la grosse outre, Totor la grosse légume, Totor l’esthète de con ! Enfin je l’appelais comme ça dans ma tête, rapport au gros poing poilu.
— Si t’aimes pas Bach, t’as qu’à te casser ! me disait Totor. 
— Je dis pas que j’aime pas Bach, Totor, il faut me comprendre, je dis que douze heures de suite ça fait un peu longuet, tu piges la différence ? 
— Quand on aime Bach, on l’aime pendant douze heures. Sinon, c’est qu’on l’aime pas et on a qu’à dégager. La logique du gros Totor !

les_lumi_res_du_ciel Les lumières du ciel

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18 juin 2016

Le jour où Anita envoya tout balader - Katarina Bivald

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

B26674 Denoël - mai 2016 - 464 pages

traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy

Titre original : Livet, motorcyklar och andra omöjliga projekt, 2015

Quatrième de couverture : 
L'été de ses dix-huit ans, Anita Grankvist s'était fixé trois objectifs : apprendre à conduire une moto, acheter une maison et devenir complètement indépendante. Presque vingt ans plus tard, Anita n'a toujours pas réalisé ses rêves. Elle mène une petite vie tranquille, seule avec sa fille Emma, et travaille au supermarché local. Le départ d'Emma pour l'université va bouleverser ce quotidien un peu fade. Anita va devoir gérer quelque chose qui lui a cruellement manqué ces deux dernières décennies : du temps libre. Qu'à cela ne tienne, Anita commence à prendre des leçons de moto, se lance dans un projet impossible, apprend à connaître sa mère légèrement sénile, et tombe follement amoureuse. Finalement, n'est-ce pas merveilleux de réaliser ses rêves d'adolescence à l'approche de la quarantaine ?

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd'hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa soeur et autant d'étagères à livres que possible. La Bibliothèque des coeurs cabossés, son premier roman, a été un best-seller international.

Mon avis : (lu en juin 2016)
Anita Grankvist, 38 ans, a une vie sans grand relief à Skogahammar, une petite ville de province. Elle est mère célibataire d'Emma et elle travaille chez Extra-Market. A 19 ans, Emma vient de quitter Skogahammar pour aller à l'Université de Karlskrona. Seule à la maison, Anita ne sait que faire pour occuper tout son temps libre... Elle se souvient alors de ses rêves d'adolescente : être propriétaire de sa maison, savoir faire de la moto, se débrouiller seule
A 38 ans seul le dernier des rêves de ses 18 ans a été réalisé, pour sortir de la morosité qui la gagne, Anita se décide à avoir de nouveaux rêves, ses deux amies d'Extra-Market Pia et Nessim vont l'aider à faire sa liste... Pour réaliser son premier rêve, Anita va prendre des leçons de moto... On va lui proposer de participer à l'équipe du projet d'organisation de la Journée de la Ville. Sa vie va changer au-delà de ses rêves...
Anita est attachante et pleine de fantaisies, ses amies et amis sont attentifs aux autres et cette petite ville, où il se passe rien, est synonyme de solidarité, d'amitié et d'humour également.
Voilà un livre à classer dans ceux facile à lire et qui font du bien. 

Merci Laila et les éditions Denoël pour cette lecture pleine d'optimisme.

Extrait : (début du livre)
Mon chemin vers la folie commence ici. Je suis assise par terre dans l’entrée et je parle avec ma porte.
Il y a quelques secondes, elle s’est refermée dans un claquement. Dix-neuf ans envolés dans un bruit sourd. Puis le pling impitoyable de l’ascenseur lorsqu’il arrive à notre étage et le raclement de la valise à roulettes sur le sol.
— Merde, je dis en entendant l’ascenseur redescendre.
Ma porte n’a aucune réaction. Sans réfléchir, je me lève et je me précipite sur le balcon.
— Attends! je crie en me penchant au-dessus de la balustrade. Ne me laisse pas ! J’ai dit quelque chose de mal ? Je peux changer, je te le jure ! Donne-moi une dernière chance !
Mon hurlement fait sursauter un couple de passants qui lève la tête vers moi. Une partie de moi se dit que mon comportement n’est pas très convenable. Mais je m’en fous. La personne à la valise s’est arrêtée elle aussi. Elle se retourne.
— Haha, maman, dit Emma, ma fille, le soleil de ma vie, le centre de mon existence, qui en ce moment est en train de me quitter.
Elle aussi lève la tête vers moi et le balcon comme si elle nous voyait pour la dernière fois. Je pourrais jurer qu’il y a une pointe de nostalgie dans son regard.
Elle me ressemble mais dans une version plus déterminée. Elle a mes cheveux bouclés et indisciplinés, mais, à elle, ça lui donne une allure d’aventurière et de femme libre. Ils sont le prolongement de l’énergie rayonnante qui émane d’elle, constamment en route pour des directions variées.
— Mais maman, je ne suis même pas arrivée à l’arrêt de bus, répond-elle en haussant les épaules.
— Je me disais que tu avais peut-être changé d’avis et que tu voulais que j’aille à Karlskrona avec toi ? je suggère. — Pour que tu puisses m’accompagner à la fac le premier jour et t’assurer que j’ai bien pris tous mes livres ?
— Pourquoi pas ?
— On est dimanche. Demain tu travailles.
Je me penche encore au-dessus de la balustrade. Le soleil est sur le point d’apparaître derrière l’immeuble d’en face, de l’autre côté de la rue. Si ça n’avait pas été le jour du déménagement d’Emma, ce dimanche aurait été sublime. Mais peut-être n’est-ce pas trop tard.
— J’ai besoin de vacances. Il me reste quelques jours de congé à prendre.
— Bien sûr. Tu veux partir comme ça sans prévenir et laisser le pauvre Roger seul avec ses mises en place de pâtes. Roger c’est mon chef. Il a un avis très tranché sur l’importance de la mise en place des produits dans les rayons. Je ne peux pas dire que le commentaire d’Emma rende mon existence plus légère.
— J’ai entendu dire que Karlskrona est magnifique en août, je déclare.
— Tu y es déjà allée. Tu sais très bien qu’il n’y a rien à voir dans cette ville, à part les rues pavées de galets.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

Déjà lu du même auteur :

102696527 (1) La Bibliothèque des cœurs cabossés

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29 mai 2016

Snjór - Ragnar Jónasson

Lu en partenariat avec les éditions de La Martinière

131349_couverture_Hres_0 La Martinière - mai 2016 - 350 pages

traduit de la version anglaise d’après l’islandais par Philippe Reilly

Titre original : Snjóblinda, 2010

Quatrième de couverture :
Snjór. La neige, en islandais. Celle qui tombe sans discontinuer sur la ville la plus au nord de l'Islande, Siglufjördur. Un village de pêcheurs auquel on ne peut accéder que par un tunnel étroit, creusé à même la montagne. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Sa fiancée refuse de le suivre dans ce trou paumé. Siglufjördur, la ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Mais voilà : une jeune femme est retrouvée morte, à moitié nue dans la neige ; un vieil écrivain renommé fait une chute mortelle dans le théâtre local... Ari Thór se retrouve plongé au coeur d'une petite communauté où chacun tient l'autre par ses mensonges et ses secrets. Une avalanche et des tempêtes de neiges incessantes ferment temporairement l'accès du tunnel. La nuit polaire ne réserve plus une seule minute de jour... Un effroyable sentiment de claustrophobie submerge peu à peu Ari, que viennent également tourmenter des résurgences de son passé. L'étau se resserre autour du policier, aveuglé par la neige et les faux-semblants, sombrant dans sa propre noirceur. Angoissant, entêtant, Snjór est le premier roman de la série Dark Iceland.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór, et où a grandi son père. Grand lecteur d'Agatha Christie dès son plus jeune âge - et plus tard de P. D. James ou Peter May -, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l'Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers " Iceland Noir ". C'est l'agent d'Henning Mankell qui a découvert Jónasson et vendu les droits de ses livres dans près de dix pays, dont les Etats-Unis et l'Angleterre.

Mon avis : (lu en mai 2016)
Snjór est le premier roman d’une série intitulée Dark Iceland. J'ai été surprise de découvrir que le livre publié en France était la traduction de la version anglaise...  Snjór signifie neige, en islandais.
Ari Thór, jeune policier, qui vient de sortir de l’école, est envoyé pour sa première affectation à Siglufjördur, la ville la plus au nord de l'Islande. Il part seul là-bas, Kristin, sa fiancée, refusant de le suivre dans un endroit aussi reculé. 

Siglufjördur est une ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Et pourtant, en l'espace de quelques jours, un vieil écrivain renommé est retrouvé mort après une chute mortelle dans le théâtre local puis une jeune femme est retrouvée à moitié nue dans la neige, dans un état critique... Au cœur de cette petite communauté où tout ce sait et Ari Thór est considéré comme un étranger...
Siglufjördur est un personnage à part entière de ce roman, une avalanche et des tempêtes de neiges ont fermé temporairement l’accès à la ville, cette enquête est devenue un vrai huis clos...
Voilà une nouvelle série islandaise originale qui donne envie de poursuivre la découverte de ce lieu si particulier et de retrouver ses personnages ! 

Merci Arnaud et les éditions La Martinière pour roman policier envoûtant...

Extrait : (page 13)
Il n’était pas loin de minuit mais il faisait encore clair. Les jours rallongeaient. À cette époque de l’année, chaque nouvelle journée, plus lumineuse que la veille, portait en elle l’espoir de quelque chose de meilleur et, de fait, la vie d’Ari Thór Arason venait de connaître une embellie. Sa petite amie Kristín avait enfin emménagé dans son modeste appartement d’Öldugata. Ce n’était au fond qu’une simple formalité : elle y passait déjà la plupart de ses nuits sauf les veilles d’examen, quand elle préférait réviser au calme dans la maison confortable de ses parents, jusque tard dans la nuit.
Kristín sortit de la douche, une serviette autour de la taille, et entra dans la chambre.
– Bon sang, je suis crevée… Parfois je me demande ce qui m’a pris de choisir médecine. Ari Thór leva la tête de son petit bureau et se retourna.
– Tu vas être un docteur fantastique.
Elle s’allongea sur le lit, s’étira sur la couverture. Sa chevelure blonde projetait comme un halo blanc sur les draps.
On dirait un ange, songea Ari Thór. Il l’admira tandis qu’elle tendait les bras et les posait doucement sur sa poitrine.
Un ange de neige…
– Merci mon chéri. Et toi un flic brillant. Mais je continue de penser que tu aurais dû finir ton mémoire de théologie…
Elle n’avait pas pu s’empêcher de le dire.
Nul besoin qu’elle le lui rappelle. Il avait commencé par étudier la philosophie, vite abandonnée pour se consacrer à la théologie, à laquelle il renonça aussi pour finalement postuler pour l’école de police. Incapable de se fixer dans une direction, toujours en quête de ce qui pourrait convenir à son tempérament, il cherchait sans cesse cette petite dose d’excitation. Il admettait volontiers qu’il s’était tourné vers la théologie comme pour défier ce Dieu à l’existence duquel il n’avait jamais cru. Ce Dieu qui l’avait privé de tout espoir de grandir normalement lorsque, à treize ans, il avait perdu sa mère et que son père s’était évanoui sans laisser de trace. C’est seulement après avoir rencontré Kristín et résolu – deux ans plus tôt – l’énigme de la disparition de son père qu’Ari Thór connut une certaine sérénité. L’idée de l’école de police germa alors dans son esprit, avec l’intuition qu’il serait sans doute meilleur flic qu’ecclésiastique. Sa formation de policier lui permit d’acquérir une solide condition physique et une carrure sculptée par les haltères, la natation et la course à pied. Évidemment, jamais il n’aurait obtenu ce résultat en passant ses jours et ses nuits sur les commentaires des Pères de l’Église.
– Oui, je sais, répondit-il, piqué. Je n’ai pas renoncé à la théologie, je l’ai juste mise entre parenthèses.
– Tu devrais faire un effort et terminer ton travail pendant que toutes tes connaissances sont encore fraîches. Ça va être très dur de reprendre si tu t’arrêtes trop longtemps…
Elle parlait d’expérience. Elle était toujours venue à bout de tout ce qu’elle entreprenait, survolant avec aisance un examen après l’autre. Rien ne semblait capable de l’arrêter et elle venait juste de boucler la cinquième des six années de son cursus médical. Il n’était pas jaloux – simplement fier. Tôt ou tard, ils devraient s’installer à l’étranger pour qu’elle puisse suivre sa spécialisation, mais ils n’en parlaient pas.
Elle glissa un oreiller sous sa tête et regarda son ami.
– Tu ne trouves pas ça bizarre, que le bureau soit dans la chambre ? Est-ce que cet appartement ne serait pas beaucoup trop petit ? – Petit ? Non, je l’adore. Je détesterais avoir à déménager vers le centre-ville.
Elle se laissa aller en arrière, enfonçant sa tête dans l’oreiller.
– Bah, de toute façon rien ne presse…
Ari Thór se leva.
– On a tout l’espace qu’on veut ! On doit juste se tenir chaud…
Il dénoua la serviette et s’étendit doucement sur Kristín, en l’embrassant longuement et profondément. Elle lui rendit son baiser, passa les bras autour de ses épaules et l’attira contre elle.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Islande

 

 

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27 mai 2016

À l'orée du verger - Tracy Chevalier

Lu en partenariat avec Quai Voltaire

a l'oree du verger Quai Voltaire - mai 2016 - 336 pages

traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

Titre original : At the Edge of the Orchard, 2016

Quatrième de couverture : 
En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s'installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d'obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l'eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent. 
Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n'a eu qu'un rêve : traverser l'Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager... 
Tracy Chevalier nous plonge dans l’histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, des coupe-gorge de New York au port grouillant de San Francisco, À l’orée du verger peint une fresque sombre mais profondément humaniste, et rend hommage à ces femmes et ces hommes qui ont construit les États-Unis.

Auteur : Tracy Chevalier est américaine et vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Spécialiste des romans historiques et des portraits de femmes, elle est l'auteur du Récital des anges (2002), de La Dame à la Licorne (2003), de La Vierge en bleu (2004), de L'Innocence (2007), de Prodigieuses créatures (2010), La dernière fugitive (2013) et de La Jeune Fille à la perle (2000) adapté au cinéma par Peter Webber en 2002, et interprété par Scarlett Johansson.

Mon avis : (lu en mai 2016)
Début du XIXe siècle, dans l’Amérique des pionniers, James et Sadie Goodenough se sont installés dans l’Ohio sur des terres peu hospitalières des marais du Black Swamp et ont plantés des pommiers. Arrivés avec dix enfants, les uns après les autres , 5 d’entre eux vont mourir à cause des fièvres d’été véhiculées par de nombreux moustiques. Le couple se déchirent autour de leurs arbres, Sadie préfère les pommiers à cidre, James ne jure que par ses reinettes dorées, des pommes à couteaux venant d’Angleterre... Cela se termine par un drame dont le lecteur découvrira le récit bien plus tard dans le livre.

Ensuite, l'histoire va se concentrer sur Robert, l’un des jeunes fils Goodenough, il a quitté la famille et est parti vers l’Ouest. Régulièrement, il envoit une lettre à sa famille en donnant de ses nouvelles et en attendant en retour. Cela permet au lecteur de suivre son périple au travers des États-Unis jusqu'à son arrivée en Californie.
Là reprend un récit plus traditionnel, toujours autour de Robert qui découvre de nouveaux arbres qui le fascine les redwoods et surtout les séquoias géants. Il rencontre alors William Lobb qui ramasse des graines, des plants d'arbres et les expédie en Angleterre. Robert va travailler pour William Lobb et faire enfin un métier qui le passionne.
Le lecteur va ensuite découvrir la suite des aventures de la famille Goodenough dans l’Ohio...
J'ai beaucoup aimé ce livre où Tracy Chevalier mêle réalité et fiction, en fin du livre (dans les Remerciements), elle nous explique comment l'idée de cette histoire est née, à partir de personnages réels.

La construction est originale, elle fait varier les points de vue et mélange les formes d'expression, donnant à ce récit épique du rythme et un peu de suspense. L'histoire est passionnante et les personnages attachants et touchants...
Voilà un roman magnifique à lire pour les amoureux des arbres !

Merci Arnaud et les éditions Quai Voltaire pour cette lecture coup de cœur !

Extrait : (début du livre)
I
ls se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car ils les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne
plus avoir à écouter. 
Si la dispute d’aujourd’hui entre le sucré et l’acide s’avérait différente, ce n’était pas parce que James Goodenough était fatigué ; il était sans arrêt fatigué. Ça vous épuisait un homme, de se tailler une vie dans le BlackSwamp… Si elle était différente, ce n’était pas parce que Sadie Goodenough avait la gueule de bois ; elle avait souvent la gueule de bois. Non, elle était différente parce qu’ils avaient eu la visite de John Chapman la veille au soir. De tous les Goodenough, seule Sadie était restée l’écouter parler jusque tard dans la nuit, jetant de temps à autre des pommes de pin dans le feu, histoire de le ranimer. L’étincelle dans les yeux et le ventre de l’homme mais peut être aussi ailleurs, allez savoir, avait bondi sur elle telle une flamme se frayant naturellement un chemin d’un copeau bouclé à un autre. Elle était toujours plus heureuse, plus effrontée et plus sûre d’elle-même après une visite de John Chapman.
En dépit de sa fatigue, James n’avait pas réussi à s’endormir alors que la voix bourdonnante de John Chapman s’insinuait dans la cabane avec la persistance d’un moustique des marais. Il y serait peut-être parvenu s’il avait rejoint ses enfants dans le grenier, mais il n’avait pas envie de quitter le lit qui, placé face à la cheminée, constituait une invite trop tentante. Au bout de vingt ans de vie commune, il ne désirait plus Sadie autant qu’avant, surtout depuis que l’eau-de-vie de pomme avait fait ressortir son côté hargneux. Mais quand John Chapman venait voir les Goodenough, James se surprenait à noter l’opulence des seins de sa femme sous sa robe bleue élimée, et l’attrait étonnant de sa taille, épaissie mais encore intacte après dix enfants. Il ignorait si John Chapman remarquait lui aussi ce type de détails ; pour un homme de soixante ans révolus, il était encore mince et vigoureux, malgré les mèches gris acier dans ses cheveux en bataille. James n etenait pas à savoir. John Chapman cultivait des pommiers et parcourait les rivières de l’Ohio dans un double canoë rempli d’arbres qu’il vendait aux colons. Les Goodenough venaient d’arriver dans le Black Swamp quand l’homme était apparu pour la première fois avec sa cargaison d’arbres, leur rappelant gentiment qu’ils étaient censés faire pousser une cinquantaine de fruitiers sur leur parcelle dans un délai de trois ans, s’ils voulaient en être légalement propriétaires. Aux yeux de la loi, un verger constituait le signe indéniable qu’un colon avait l’intention de rester sur place. James avait acheté une vingtaine d’arbres séance tenante. Il se refusait à accuser John Chapman de leurs déboires ultérieurs, mais de temps en temps il faisait la grimace en repensant à cette vente initiale. L’homme avait à proposer des plants d’un an ou des jeunes arbres de trois ans, lesquels coûtaient trois fois le prix des plants mais produiraient des fruits deux ans avant. S’il avait été raisonnable – et il l’était ! –, James se serait contenté d’acheter une cinquantaine de plants meilleur marché, aurait aménagé pour eux une pépinière et les aurait laissés grandir pendant que, dans ses moments de loisir, il se serait appliqué à défricher un terrain pour en faire un verger. Mais la chose aurait également signifié se priver de pommes pendant cinq ans. James Goodenough ne se croyait pas capable d’endurer cette privation si longtemps. Pas dans la tristesse du Black Swamp, avec ses eaux stagnantes, ses relents de pourri et de moisi, son épaisse boue noire que même en frottant on n’arrivait pas à désincruster de sa peau et de ses vêtements. Il lui fallait une compensation sucrée pour adoucir le malheur d’avoir atterri dans ce bourbier. Planter des jeunes arbres voulait dire qu’ils obtiendraient des pommes deux ans plus tôt. Il avait donc acheté une vingtaine de jeunes arbres qu’il n’avait pas réellement les moyens de s’offrir, et consacré un temps dont il ne disposait pas réellement à défricher pour eux une portion de terrain. Cette tâche l’avait retardé dans ses autres cultures, de sorte que leur première récolte avait été maigre, et qu’ils avaient contracté des dettes qu’il continuait encore à rembourser, neuf ans après.

 

Déjà lu du même auteur : 

prodigieuses_cr_atures  Prodigieuses créatures la_jeune_fille___la_perle La jeune fille à la perle 

la_vierge_bleu La Vierge en bleu la derniere fugitive_folio La dernière fugitive

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22 mai 2016

Les secrets de l'île - Viveca Sten

Lu en partenariat avec Albin Michel

les secrets de l'ile Albin Michel - mai 2016 - 448 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I natt är du död, 2011

Quatrième de couverture :
Une froide journée de septembre, l'étudiant Marcus Nielsen est retrouvé mort dans son appartement de Nacka. Tout semble indiquer un suicide. Mais sa mère, convaincue qu'il a été assassiné, supplie la police de ne pas classer l'affaire. Quand l'inspecteur Thomas Andreasson commence à enquêter, les pistes semblent mener à la base militaire de Korsö, devant l'île de Sandhamn, où le corps d'un autre homme vient d'être retrouvé. Contactée par Thomas, Nora Linde, qui depuis sa séparation passe beaucoup de temps sur l'île, essaie d'en savoir plus sur cette base fortifiée où, pendant des décennies, ont été formées les unités d'élite des chasseurs côtiers. Y a-t-il dans ce passé-là quelque chose qui ne doit à aucun prix surgir au grand jour ? N°1 sur la liste des best-sellers en Suède, la nouvelle enquête de l'inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde, le couple qui a inspiré la célèbre série télévisée Meurtres à Sandhamn diffusée sur Arte.

Auteur : Après une brillante carrière juridique, la Suédoise Viveca Sten s'est lancée dans l'écriture de suspense. Sa série mettant en scène l'inspecteur Andreasson et son amie Nora Linde sur l'île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de pays. L'adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d'audience en Suède, et les deux premières saisons diffusées sur Arte ont réuni plus d'un million et demi de spectateurs !

Mon avis : (lu en mai 2016)
Je suis toujours contente de découvrir le nouveau Viveca Sten et retrouver Nora Linde et Thomas Andreasson
dans une nouvelle aventure…
Marcus, un jeune étudiant, est retrouvé mort, pendu dans son studio. Tout pousse à croire qu'il s'agit d'un suicide, mais sa mère affirme le contraire… Peu de temps après, c’est un homme est aussi retrouvé chez lui, noyé tout habillé dans sa baignoire… Thomas Andreasson est chargé de cette enquête, les deux hommes se sont rencontrés quelques jours avant la mort de Marcus. Ses pistes l'emmèneront sur le passé trouble de l'île Korsö, au large de Sandhamn, à l'époque s’y déroulait les entraînements pour devenir chasseurs côtiers.
Le roman alterne entre l’enquête dans le présent, et le journal intime d'un jeune postulant à l'unité des chasseurs côtiers dans les années 70. Il raconte leurs entraînements intensifs et exigeants et leur quotidien.
Nora est peu présente dans la partie enquête de cet épisode, elle est séparée de son mari et passe quelques jours à Sandhamn. Grâce à Olle Granlund, son voisin, elle va en apprendre plus sur l'histoire de l'île de Korsö et sur l’unité d’élite des chasseurs côtiers.
Voilà une nouvelle intrigue passionnante et captivante pour nos deux amis. Il y a encore au moins deux épisodes non encore traduit en français, j'attends donc le prochain...

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce roman policier efficace.

Extrait : (début du livre)

Prologue

Le clapotis lui faisait penser à des enfants qui jouent dans une baignoire. En fermant les yeux, il pouvait imaginer une plage où des petits s’égaillaient sans soucis.
Puis ça clapota une dernière fois et l’eau s’échappa du seau à récurer, éclaboussant le sol mouillé.
Les bras qui se débattaient s’étaient figés. Les jambes tressaillaient encore, comme des poissons d’argent qui vont et viennent sans but. Des mouvements saccadés, désordonnés.
Il se rappellerait ce bruit le restant de ses jours.
Un fort parfum de lessive saturait l’air. L’odeur de résine de pin lui pénétrait les narines et lui donnait des haut-le-cœur. Mais il serra les dents. La peur l’emportait sur tout le reste.
Quelque chose de chaud coula le long de sa jambe, et il comprit qu’il s’était pissé dessus. 
Ça n’avait pas d’importance. De toute façon, il était déjà trop tard.
Le robinet gouttait toujours.

Chapitre 1
Samedi 16 septembre 2007 (première semaine)

La jeune fille semblait terrorisée.
« Vous devez venir, maintenant, tout de suite !
– Peux-tu d’abord me dire comment tu t’appelles ? »
La voix professionnelle du central d’alarme était clinique sans être hostile. Sur l’écran, l’horloge digitale indiquait qu’il était exactement dix heures zéro trois du matin.
« C’est tellement horrible… c’est Marcus.
– Peux-tu essayer de me raconter ce qui s’est passé ? dit l’opératrice. Essaie de te ressaisir et de raconter.
– Je suis chez lui.
– Tu dois me donner une adresse.
– Il ne respire pas. Il est pendu là. »
Elle sanglotait, en état de choc.
« Je n’arrive pas à le descendre. »
À l’arrière-plan, le brouhaha de ses collègues qui répondaient à d’autres appels d’urgence. Jusqu’à présent, c’était assez calme, on était dimanche matin, et les incidents du samedi soir étaient depuis longtemps pris en charge. L’opératrice avait commencé son service à six heures du matin et avait déjà eu le temps de boire trois cafés.
« Où es-tu ? » répéta-t-elle dans son micro.
À l’autre bout du fil, la fille se calmait un peu.
« Värmdövägen 10B, à Nacka. »
Elle gémit plus qu’elle ne parla.
« Dans la résidence étudiante, finit-elle par hoqueter. On avait décidé de réviser ensemble.
– Comment t’appelles-tu ?
– Amanda.
– Mais encore ?
– Amanda Grenfors. »
Ses mots étaient pâteux, hésitants, comme si elle n’arrivait pas à réaliser ce qu’elle avait sous les yeux.
« Essaie de nous dire ce qui s’est passé, Amanda », l’invita l’opératrice des secours.
Elle notait tout en parlant. L’adresse était à deux pas du commissariat, il ne faudrait que quelques minutes à une patrouille pour se rendre sur place.

Déjà lu du même auteur : 

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique 

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean

Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

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17 mai 2016

Hors cadre - Stefan Ahnhem

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

hors cadre Albin Michel - mars 201 - 576 pages

traduit du suédois par Marina Heide

Titre original : Offer utan ansikte, 2014

Quatrième de couverture : 
Vingt anciens élèves de la même classe.
Deux assassinats violents.
Un tueur sans visage...
Près des corps sauvagement mutilés de deux victimes, une photo de leur classe de 3e sur laquelle leur visage a été raturé. Cette classe a aussi été celle de l'inspecteur Fabian Risk de la police de Helsingborg. Pour arrêter la spirale infernale et éviter d'être la prochaine cible, il s'enfonce dans les méandres de son propre passé. Au risque de s'y perdre.
Best-seller partout où il est publié, ce roman troublant et cruel qui interroge la violence de la société, impose Stefan Ahnhem comme un des auteurs de thrillers scandinaves les plus prometteurs.

Auteur : Stefan Ahnhem vit à Stockholm, sa ville natale, où il mène depuis vingt ans une brillante carrière de scénariste pour la télévision comme pour le cinéma. Il est notamment connu pour ses adaptations de romans policiers dans le cadre de séries télévisées très populaires en Suède comme Wallander et Irene Huss. Hors cadre est son premier roman, dont l'adaptation en série TV est déjà en préparation.

Mon avis : (lu en mai 2016)
L’inspecteur Fabian Risk revient s’installer avec sa famille dans la ville d’Helsingborg. Il connaît bien cette ville puisqu'il y a grandi et passé toute sa scolarité. Il a encore quelques semaines de vacances avant d'intégrer son nouveau poste et il compte en profiter avec sa femme et ses enfants. 
Mais voilà que deux corps affreusement mutilés sont retrouvés par la police de Helsingborg, les deux victimes ont un rapport avec le passé Fabian Risk. Ils faisaient tous les trois partie de la même classe de 3e... L’inspecteur Risk va devoir intégrer l'équipe d'enquêteurs et se replonger dans le passé et ses souvenirs pour arrêter un meurtrier que rien n'arrête...

J'ai bien apprécié ce roman policier suédois à l'intrigue assez classique, il est captivant, avec du rythme grâce à des chapitres courts.
Tout au long du roman policier, il y a des extraits du journal d'un adolescent, qui raconte le harcèlement dont il est victime à l'école. L'auteur introduit dans ses écrits une dimension psychologique non négligeable. Tout ceci donne au lecteur de multiples pistes, quelques rebondissements et un nouvel inspecteur à découvrir, solitaire et tourmenté mais efficace...

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce premier roman policier réussi.

Extrait : (début du livre)
Dans trois jours

Le corbeau se posa sur son ventre, écorchant sa peau nue du bout des griffes. Les premières fois que l’oiseau l’avait tiré de son sommeil, il avait réussi à lui faire peur et à le chasser. Mais l’animal ne se laissait plus effrayer, il lui marchait tranquillement dessus, toujours plus impatient, toujours plus affamé. Il allait se mettre à picorer sa chair, ce n’était plus qu’une question de temps. L’homme cria de toutes ses forces. Le corbeau finit par lâcher prise et battit des ailes en croassant.
Il avait d’abord cru qu’il était en plein cauchemar, qu’il n’aurait qu’à se réveiller pour que tout s’arrange. Mais quand il avait ouvert les paupières, il n’avait vu que du noir. On avait noué un bandeau sur ses yeux.
Au souffle doux du vent, il avait compris qu’il se trouvait dehors, allongé nu sur un sol dur et froid, les bras et les jambes tendus comme sur le dessin de Léonard de Vinci. Il ne savait rien de plus. Le reste n’était que questions. Qui l’avait mis là ? Et pourquoi ?
De nouveau, il essaya de se libérer, mais plus il tirait sur les cordons, plus il sentait les épines s’enfoncer dans ses chevilles et ses poignets. Une douleur qui lui rappelait ce qu’il avait ressenti lorsqu’à l’âge de neuf ans, il n’avait pas su expliquer au dentiste que l’anesthésie n’avait pas fonctionné.
Rien à faire contre ce supplice qui survenait une fois par jour et pouvait durer des heures, comme si on passait lentement une flamme de chalumeau sur son corps nu. Parfois, la douleur pouvait disparaître, pour ressurgir aussitôt. Ou se taire de longs moments.
Il estimait qu’une nouvelle heure venait de s’écouler. Il poussa un cri, de toutes ses forces. Mais dans l’écho lointain, les fréquences aiguës du désespoir s’obstinaient en vain à percer. Et il renonça. Personne ne pouvait l’entendre. À part le corbeau.
Il resongea à ce qui s’était passé. Combien de fois avait-il tout récapitulé ? Mais un détail éclairant lui avait peut-être échappé. Il était parti peu après 6 heures du matin, avec trois gros quarts d’heure d’avance. Comme toujours quand il faisait beau, il avait laissé sa voiture au garage. Il avait le temps, et traverser le parc prenait tout juste douze minutes.
Mais une fois dehors, l’angoisse l’avait envahi. Un sentiment si fort qu’il s’était immobilisé, balayant le quartier du regard. Il n’avait rien vu d’anormal. Juste le voisin qui s’évertuait à faire démarrer sa vieille Fiat Punto, et une femme qui passait à vélo. La cycliste avait de beaux cheveux blonds, une robe qui volait au vent et un panier décoré de marguerites en plastique. On aurait dit qu’elle passait là pour répandre un peu de joie autour d’elle.
Lui n’y était pas sensible. La peur au ventre, il s’était élancé d’un pas vif, traversant au rouge, ce qui ne lui arrivait jamais. Ce matin, tout était différent, son corps était tendu comme un ressort. Une fois dans le parc, ses doutes s’étaient transformés en certitude.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède


 

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12 mai 2016

Plus haut que la mer - Francesca Melandri

Lu en partenariat avec Folio

plus haut que_p plus haut que la mer

Folio - mars 2016 - 224 pages

Gallimard - février 2015 - 208 pages

traduit de l'italien par Danièle Valin

Titre original : Più alto del mare, 2011

Prix de l'Union Interalliée 2016

Prix Jean Carrière 2015

Quatrième de couverture :
1979. Paolo et Luisa ne se connaissent pas. À bord du bateau qui les emmène sur l’Île où sont détenus leurs proches, chacun ressasse la tragédie dont il a été victime. Le fils de Paolo a été condamné pour des actes terroristes. Le mari de Luisa pour avoir tué deux hommes. Le mistral empêche les visiteurs de regagner la côte. Ils passent la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco, avec qui une étrange complicité va naître. Un roman tout en subtilité sur ces infimes moments de grâce qui font basculer les vies.
Auteur : Scénariste pour le cinéma et la télévision, Francesca Melandri est également réalisatrice. Son documentaire l'erre (2010) a été présenté dans de nombreux festivals partout dans le monde. Eva dort, son premier roman, a été plébiscité par la critique et les lecteurs en Italie, où il a obtenu plusieurs reconnaissances importantes, dont le prix des Lectrices du magazine Elle, mais aussi en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Plus haut que la mer est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en mai 2016)
Voilà un livre que je voulais lire depuis plus d'un an grâce à plusieurs avis de lectrices du Café Lecture de la Bibliothèque. Aussi, lorsque les éditions Folio m'ont proposé de recevoir ce livre, je n'ai pas hésité.
1979, Luisa et Paolo se rencontrent sur le bateau qui se rend sur l'Ile où se trouve une prison de haute sécurité. 
Luisa est venue rendre visite à son mari violent emprisonné pour deux meurtres. C'est la première fois qu'elle vient le voir dans cette prison, elle est éblouie par le spectacle de la mer qu'elle n'avais encore jamais vu.
Pour Paolo, ce n'est pas la première fois qu'il vient sur l'Ile voir son fils brigadiste rouge. La tempête se lève et impossible pour Luisa et Paolo de prendre le bateau pour quitter l'Ile. Ils vont devoir y passer une nuit. Ils sont sous la responsabilité de Nitti l'un des gardien de l'Ile. Tout les trois vont passer ensemble la soirée et la nuit et une vraie complicité va naître à ces trois personnes si différentes. Une parenthèse inoubliable dans la vie de chacun.
J'ai beaucoup aimé cette histoire touchante et simple, l'auteur décrit avec beaucoup de justesse les personnages, leurs préoccupations et l'Ile perdue en pleine mer, battue par la tempête. Un vrai coup de cœur !

Merci les éditions Folio pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
L’air épicé, ça non, ils ne s’y attendaient pas.
Ils avaient toujours pensé qu’ils arriveraient la nuit et d’ailleurs, quand on vint les prendre dans toutes les prisons d’Italie, le ciel était noir comme une carie. On les amena en Chinook, ta-ta, ta-ta, ta-ta, comme s’ils venaient tout droit du Vietnam et non de Praia a Mare ou de Viterbe. Des militaires hurlaient et des types blonds et rasés, muets comme des pierres, contrôlaient le déroulement de la manœuvre. Ils apprirent par la suite que c’étaient des Américains. Et ils ne s’en étonnèrent même pas.
La peur de mourir était bien là, et pourtant en entrant dans le ventre de l’hélicoptère ils avaient tous levé les yeux vers le ciel. Il était noir de nouvelle lune. On avait veillé à ça aussi en montant l’opération : qu’une mer claire ne révèle pas d’en haut les contours de la côte. Mais les agents secrets de l’impérialisme et du capitalisme n’avaient pas réussi à éteindre les étoiles qui étaient donc là, palpitantes et précises. Certains d’entre eux ne les avaient pas vues depuis des mois, d’autres depuis des années. Qui sait s’ils les reverraient un jour.
Ils avaient décollé depuis un moment lorsqu’un soldat en tenue de camouflage s’adressa à eux l’air jovial : « Maintenant on va ouvrir la trappe et on va vous apprendre à voler. » Comme s’il voulait donner raison à tous ceux qui disaient ces années-là : désormais, l’Italie c’est l’Amérique du Sud. Et puis ils ne jetèrent personne.
À l’arrivée, sur les quelques mètres qui séparaient l’hélicoptère du bâtiment blanc de la prison de haute sécurité, ils les rouèrent de coups de pied et de coups de bâton pour ne pas leur laisser le temps de comprendre où ils avaient débarqué. Mais là-dessus aussi ils avaient déjà leur petite idée. Depuis des semaines, le téléphone arabe carcéral signalait des va-et-vient d’ouvriers dans ce bâtiment bas au bout de l’Île, loin des petites prisons des détenus ordinaires, des bureaux de l’administration, de l’embarcadère, du village où vivaient les gardiens, de l’école et de l’église, et même du phare à l’écart sur son rocher – bref, loin de Dieu, des hommes et de tout. De plus, il y avait déjà un moment que l’information avait filtré jusqu’aux oreilles de certains parlementaires, ceux qui depuis des mois dormaient chaque nuit dans un endroit différent avec leur portefeuille et leur passeport toujours prêts sur la table de nuit : en cas de coup d’État militaire, c’est là qu’aurait lieu la déportation, ou plutôt la concentration des principaux opposants.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Italie

 

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04 mai 2016

Un bon garçon - Paul McVeigh

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

un bon garçon Philippe Rey - mars 2016 - 255 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni

Titre original : The Good Soon, 2015

Quatrième de couverture :
Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l'école primaire avant les vacances d'été. Bon élève, il se réjouit d'avoir été admis dans une Grammar school - collège " d'élite " -, et d'échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d'un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l'argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin. Le petit chien offert par ses parents ne suffit évidemment pas à faire oublier le goût âpre de ces vacances qui commencent, et Mickey décompte avec angoisse le nombre de semaines le séparant de la rentrée. Rêveur, il passe son temps à inventer des histoires et à imaginer ce que serait sa vie en Amérique. Il adore sa mère et sa petite soeur, mais redoute son père alcoolique et sa brute de grand frère qui, comme tous les garçons du quartier, n'aime rien tant que le tourmenter. Parce que, tous s'accordent à le dire, Mickey est " différent " : enfant doué et sensible pour la plupart des adultes, " petit pédé " qui joue avec les filles pour les autres... L'IRA, les bombes, les émeutes, les affrontements avec l'armée britanniques : Mickey évolue au milieu de ce climat troublé avec son innocence et ses rêves de gamin. Son chien est tué par une bombe, un soldat meurt devant ses yeux... Les " Troubles " viennent frapper à sa porte et Mickey réalise que pour protéger sa mère et sa soeur il va lui falloir franchir quelques lignes. Avec beaucoup de sensibilité, de tendresse et d'humour, Paul McVeigh réussit à nous faire partager le point de vue du petit Mickey. Et là est la grande force de ce roman : donner à nos yeux d'adultes ce regard d'enfant.

Auteur : Né à Belfast, Paul McVeigh a commencé sa carrière d'écrivain comme dramaturge avant de déménager à Londres, où il a écrit des comédies pour le théâtre, qui se sont jouées au Festival d'Edimbourg et à Londres. Directeur du London Short Story Festival, il est lui-même l'auteur de nouvelles, publiées dans des revues et des anthologies littéraires, et lues dans différents programmes à la radio. Il signe ici son premier roman.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Mickey Donnelly a 10 ans, il vit à Belfast dans les années 80 pendant les "Troubles". Il est le narrateur de ce roman, il rend compte des conflits entre catholiques et protestants, de son quotidien dans une famille où son père est alcoolique et boit ou joue les économies familiales. 
C'est un garçon attachant, intelligent, il est différent des autres garçons de son quartier. Il préfère lire et étudier ou s'occuper de P'tite Maggie sa petite soeur que de se battre avec les autres garçons. Son grand frère, Paddy, est un dur qui n'est pas le dernier pour le tourmenter, le traiter de "fille" ou de "pédé"...
Le récit commence le dernier jour d'école, à l'automne Mickey ira au Collège. Il a réussi l'examen pour entrer dans une Grammar school et il se réjouie d'abandonner enfin tous les garçons de son école. Sa joie sera courte car il va apprendre que son père est parti avec l'argent destiné à ses études et qu'il faudra qu'il intègre finalement le Saint-Gabriel, le collège ordinaire. C'est donc avec une angoisse certaine qu'il va passer ses deux mois de vacances d'été...
J'ai beaucoup aimé ce livre et découvrir la vie, pas toujours facile, et les interrogations de Mickey sur son avenir dans ce quartier difficile de Belfast durant les conflits entre catholiques et protestants.

Merci les éditions Philippe Rey pour cette lecture poignante.

Extrait : (début du livre)
Je suis né le jour où les Troubles ont commencé.
« Pas vrai, M’man ?
– C’est toi qui les as déclenchés », répond-elle, et on rit tous sauf Paddy. Je mets ça sur le compte de ses boutons et parce qu’il est vraiment moche. Ça doit être dur d’être heureux avec une tête pareille. J’ai presque pitié de lui. Je repère un gros suçon dégueulasse sur son cou que je garde comme munition pour riposter aux attaques à venir.
Une note fleurie de désinfectant m’emplit les narines et vient se mêler au goût sucré des Frosties dans ma bouche quand M’man passe avec le seau en fer-blanc et la brosse. Elle ne nettoie la cour que lorsqu’il arrive quelque chose. C’est sans doute P’pa, comme d’habitude.
« Tu veux que je t’aide, M’man ? je demande.
– Non, fiston. » Elle disparaît derrière, sans même me regarder. Je m’inquiète pour elle à cause d’hier soir.
« Tu veux qu’je t’aide ? » répète Paddy d’une voix de fille. Lèche-cul.
« J’vais le dire à M’man.
– J’vais le dire à M’man… », fait Paddy en m’imitant.
Je jette un coup d’œil à P’tite Maggie, l’air de dire On le déteste, hein ? Elle me répond d’un regard qui signifie Et comment, c’est un gros cochon bien gras ! C’est un moine de Cave Hill qui m’a appris à lancer des regards. Je me suis entraîné comme un Chevalier Jedi, mais moi, mon sabre laser c’est mon visage. Je suis devenu Look Skywalker. Ma mission : défendre les faibles et les petits dans les familles contre la plaie que sont les grands frères. P’tite Maggie est ma disciple.
Pour tester son niveau en télépathie, je lui envoie : T’inquiète pas, il va se faire renverser par une bagnole, puis un camion va lui rouler dessus et ses yeux vont lui sortir de la tête. P’tite Maggie sourit. Elle a pigé. Je crois qu’en fait on est des jumeaux mais pas nés en même temps, une super expérience génétique en éprouvette de la CIA.
Paddy se lève et laisse son bol sale sur la table comme s’il était le roi Farouk.
« Le laisse pas à M’man, je dis.
– Le fifils à sa maman.
– Ta gueule. Au moins moi j’ai pas un gros suçon dégueulasse. »
P’tite Maggie rit et s’étouffe. Des Frosties jaillissent de sa bouche sur le pull de Paddy, exactement comme fait la fille dans L’Exorciste, que j’ai vu à la Maison des jeunes du pape Jean-Paul II.
« C’est ta faute, p’tit pédé ! » Paddy me tape sur la tête.
J’essaie de lui balancer un coup, mais mon tibia cogne contre le pied de la table.
Paddy rigole, essuie son pull. « Et paraît que t’es intelligent ? Grammar school ? Ben voyons.

– Je suis plus intelligent que toi, andouille. Au fait, ta copine, elle aime sucer les boutons sur ton cou ? »
Paddy me fonce dessus et m’agrippe par le pull pour me faire descendre de ma chaise.
« M’man ! je crie vers l’arrière-cour.
– Quoi ? » hurle M’man. La maison tremble comme quand des bombes explosent. Paddy me lâche. Personne, même pas Mohamed Ali, ne se frotterait à M’man.
« Rien », je réponds toujours en criant. Paddy attrape son blazer sur le dossier de la chaise et s’en va. Je hausse les sourcils et souris à P’tite Maggie. « À moi la victoire ! » Je ris comme le Comte dansSesame Street.
La belle table de M’man est sale. Je me précipite vers l’évier, mouille l’éponge et reviens en courant avant que M’man rentre et tue quelqu’un. Quelqu’un = moi. J’ai beau être le bon fils de la famille, c’est moi qui trinque si P’tite Maggie fait une bêtise, parce que c’est la plus jeune et que je m’occupe d’elle. Même si ma sœur me transformait en torche, c’est moi qui prendrais une raclée pour avoir laissé les allumettes à sa portée.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Irlande du Nord

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30 avril 2016

Juliette à Amsterdam - Rose-Line Brasset

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

juliette à Amsterdam Kennes Editions - mars 2016 - 259 pages

Quatrième de couverture :
En ce début novembre, Juliette se rend avec sa mère dans la capitale des Pays-Bas afin de rencontrer la famille qui a accueilli son grand-père pendant la Deuxième Guerre mondiale. Une belle occasion pour la jeune globe-trotter de découvrir les charmes d'Amsterdam, ses canaux, ses péniches, ses maisons étroites et ses vélos ! Les émotions aussi seront au rendez-vous : notre amie se fera un nouveau copain et prendra conscience d'une façon inattendue du sort tragique d'une jeune fille de son âge, Anne Frank, dont le Journal a fait le tour du monde.
Un carnet de voyage Sur les pas de Juliette est disponible à la fin du roman. Les lectrices en apprendront un peu plus sur les principaux attraits, l'architecture, la langue et l'histoire d'Amsterdam. Elles pourront même tester leurs connaissances grâce à un jeu-questionnaire dont les réponses se trouvent en fin de livre. Un complément enrichissant à des péripéties époustouflantes !

Auteur : Rose-Line Brasset est née à Alma, au Québec. Journaliste et documentaliste, elle détient une maîtrise en études littéraires. Elle a publié de nombreux articles dans divers journaux et magazines. Globe-trotter depuis l'adolescence, elle est aussi l'auteure d'ouvrages édités aux Publications du Québec. Mère de deux enfants, elle partage son temps entre sa famille, les promenades en forêt avec son labrador, la cuisine et le yoga.

Mon avis : (lu en avril 2016)
J'ai choisi ce livre pour son éditeur qui m'a fait penser que l'auteur était québécoise... et pour la destination de Juliette que j'ai eu la chance de découvrir il y a trois ans...
La couverture ne m'a pas du tout attirée, au contraire, elle m'évoque une lecture plutôt enfantine, il est vrai que le public visé par l'éditeur est 10 à 12 ans... Je pense que ce livre peut également intéresser des lecteurs plus âgés.
Juliette à Amsterdam est le 4ème tome d'une série, pour moi c'est le 1er que je lis.
Juliette est une jeune québécoise de 13 ans, élevée par sa mère journaliste qui parcourt le monde pour son travail. Dans cette épisode, elles partent toutes les deux à Amsterdam pour rencontrer la famille qui avait accueilli son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est l'occasion pour Juliette de découvrir la ville d'Amsterdam en compagnie de Piet, un hollandais de 16 ans et de mieux comprendre le Journal d'Anne Frank qu'elle devait étudier au collège à Québec.
J'ai trouvé cette lecture très sympathique et intéressante. La ville d'Amsterdam est bien décrite, le séjour de Juliette et de sa maman est riche en découvertes. La partie concernant Anne Frank est poignante et très réussie. En fin de livre, le lecteur découvre le Carnet de voyage de Juliette et des renseignements complémentaires sur ses visites, un jeu-questionnaire et un lexique avec quelques expressions québécoises utilisées dans cette histoire pour une meilleure compréhension pour nous Français...

Merci Babelio et les éditions Kennes pour cette découverte.

Extrait : 

Posté par aproposdelivres à 18:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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