22 août 2017

Un appartement à Paris - Guillaume Musso

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - juin 2017 - 9h43 - Lu par Arnaud Romain

XO éditions - mars 2017 - 484 pages

Quatrième de couverture :
" L'art est un mensonge qui dit la vérité... "

Paris, un atelier d'artiste caché au fond d'une allée verdoyante. 
Madeline l'a loué pour s'y reposer et s'isoler. 
À la suite d'une méprise, cette jeune flic londonienne y voit débarquer Gaspard, un écrivain misanthrope venu des États-Unis pour écrire dans la solitude. Ces deux écorchés vifs sont contraints de cohabiter quelques jours. 
L'atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz et respire encore sa passion des couleurs et de la lumière. Terrassé par l'assassinat de son petit garçon, Lorenz est mort un an auparavant, laissant derrière lui trois tableaux, aujourd'hui disparus. Fascinés par son génie, intrigués par son destin funeste, Madeline et Gaspard décident d'unir leurs forces afin de retrouver ces toiles réputées extraordinaires. 
Mais, pour percer le véritable secret de Sean Lorenz, ils vont devoir affronter leurs propres démons dans une enquête tragique qui les changera à jamais. 

Auteur : Guillaume Musso est l’auteur français le plus lu. Traduit en quarante langues, il s’est fait connaître avec succès grâce à ses romans à la tonalité surnaturelle. Depuis plusieurs années, il s’installe comme l’un des auteurs incontournables du suspense français, avec des titres tels que L’Appel de l’angeCentral Park et plus récemment La fille de Brooklyn. Son thriller fantastique Et après…, a été porté à l’écran avec Romain Duris et John Malkovich.

Lecteur : Arnaud Romain est auteur, comédien et chanteur et a participé à de nombreux spectacles salués par des Molière ou programmés à Avignon. Il est l’un des comédiens de prédilection d’Isabelle Mergault ou d’Alain Sachs, qu’il assiste pour ses mises en scène. Enfin, sa pratique de l’écriture en tant qu’adaptateur le rend particulièrement sensible aux intentions d’un auteur.

Mon avis : (écouté en juillet 2017)
Madeline est une ancienne inspecteur de police londonienne, elle a décidé de louer à Paris un atelier d’artiste caché au fond d’une allée verdoyante pour s'isoler et se reposer. Elle envisage d'avoir un enfant.
Gaspard Coutances est un écrivain solitaire, son éditeur lui a loué le même appartement pour qu'il finisse d'écrire une pièce de théâtre. Au début, ils sont furieux l'un et l'autre de devoir cohabiter dans cet appartement.
Cet atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz, ce dernier est décédé suite à la douleur d’avoir perdu son petit garçon, kidnappé puis assassiné sous les yeux de sa mère. Pour des raisons personnelles, Madeline et Gaspard s'intéressent à Sean Lorenz et après avoir appris que peu de temps avant sa mort, Sean Lorenz a brûlé toutes ses oeuvres, sauf 3 tableaux qu’il a caché, ils décident donc de partir à la recherche des tableaux disparus. Plus ils vont s'approcher du vrai secret de Sean Lorez et plus ils vont s'apprivoiser l'un l'autre...
L'histoire est captivante, les personnages sont attachants et l'enquête est pleine de surprises et de rebondissements...
Le lecteur est très agréable à écouter, j'ai passé de très agréables moments de lecture avec ce livre audio.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture prenante et très agréable.

Extrait : (début du livre)
Londres, un samedi en fin de matinée.
Tu ne le sais pas encore, mais dans moins de trois minutes tu vas affronter l’une des épreuves les plus pénibles de ton existence. Une épreuve que tu n’as pas vue venir, mais qui va te marquer aussi douloureusement qu’une brûlure au fer rouge sur une peau tendre.
Pour l’instant tu déambules, sereine, dans la galerie commerçante aux allures d’atrium antique. Après dix jours de pluie, le ciel a retrouvé une belle teinte bleu turquin. Les rayons de soleil qui font chatoyer la verrière du grand magasin t’ont mise de bonne humeur. Pour célébrer le début du printemps, tu t’es même offert cette petite robe rouge à pois blancs qui te faisait de l’œil depuis quinze jours. Tu te sens légère, presque guillerette. Ta journée s’annonce plaisante : d’abord, un déjeuner avec Jul’, ta meilleure amie, une séance de manucure entre filles, sans doute une expo à Chelsea, puis ce soir le concert de PJ Harvey à Brixton.
Une navigation tranquille dans les méandres douillets de ta vie. 
Sauf que soudain, tu l’aperçois.

*

C’est un petit garçon blond vêtu d’une salopette en jean et d’un duffle-coat bleu marine. Deux ans peut-être, ou un peu plus. De grands yeux clairs et rieurs qui brillent derrière des lunettes colorées. Des traits fins qui émergent d’une bouille ronde de poupon encadrée de courtes bouclettes lumineuses comme une meule de foin sous le soleil d’été. Ça fait déjà un moment que tu le regardes, de loin, mais plus tu te rapproches, plus tu es fascinée par son visage. Un territoire vierge, radieux, que ni le mal ni la peur n’ont encore eu le temps d’infecter. Sur cette frimousse, tu ne vois qu’un éventail de possibilités. De la joie de vivre, du bonheur à l’état brut.
À présent, lui aussi te regarde. Un sourire complice et candide éclaire son visage. Avec fierté, il te montre le petit avion métallique qu’il fait voler au-dessus de sa tête entre ses doigts potelés.
– Vreuuummm…
Alors que tu lui rends son sourire, une drôle d’émotion commence à t’étreindre. Le poison lent d’un sentiment indéchiffrable contamine tout ton être d’une tristesse inconnue.
Le bambin a écarté les bras et s’est mis à trottiner autour de la fontaine en pierre qui projette ses volutes d’eau sous la coupole de la galerie. Pendant un bref instant, tu crois qu’il court vers toi et qu’il va sauter dans tes bras, mais…

– Papa, papa ! T’as vu, je fais l’avion !
Tu lèves les yeux et ton regard rencontre celui de l’homme qui attrape l’enfant à la volée. Une lame glacée te transperce et ton cœur se bloque.
Cet homme, tu le connais. Il y a cinq ans, vous avez vécu une histoire d’amour qui a duré plus d’une année. Pour lui tu as quitté Paris pour Manhattan et changé de boulot. Pendant six mois, vous avez même essayé d’avoir un bébé qui n’est jamais venu. Puis l’homme est retourné vivre auprès de son ex-femme avec qui il avait déjà un enfant. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour le retenir, mais cela n’a pas été suffisant. Tu as vécu douloureusement cette période et, alors que tu pensais être parvenue à tourner la page, tu le rencontres aujourd’hui et ça te brise le cœur.
À présent, tu comprends mieux ton trouble. Tu te dis que cet enfant aurait pu être le vôtre. Que cet enfant aurait dû être le vôtre.
L’homme t’a reconnue tout de suite et n’évite pas ton regard. À son expression désolée, tu le devines aussi surpris que toi, mal à l’aise, vaguement honteux. Tu penses qu’il va venir te parler, mais, comme un cerf aux abois, il a un geste protecteur pour sa progéniture et s’empresse de tourner les talons.
– Allez viens, Joseph, on s’en va.

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06 juillet 2017

Arrête avec tes mensonges - Philippe Besson

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - juin 2017 - 4h45 - Lu par Antoine Leiris

Julliard - janvier 2017 - 198 pages

Quatrième de couverture :
Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Auteur : Né en Charente, Philippe Besson a fait des études de droit et est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen. C’est en 2001 qu’il publie son premier roman, En l’absence des hommes, qui reçoit le prix Emmanuel-Roblès. Dès lors, la plupart de ses livres est saluée par l’obtention d’un prix littéraire, une nomination, ou fait l’objet d’une adaptation cinématographique, comme Son frère, réalisé par Patrice Chéreau. Il est également, à la télévision, la radio et la presse écrite, un critique littéraire subtil et talentueux.

Lecteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Il est l’auteur d’un premier livre très remarqué, Vous n’aurez pas ma haine, Grand Prix du livre audio France Culture - Lire dans le Noir en 2017, lu par André Dussollier.

Mon avis : (écouté en juin 2017)
Barbezieux en Charente, c'est la rencontre improbable entre deux garçons dans un lycée de province. Thomas est fils de paysan destiné à reprendre la ferme familiale, Philippe, l'auteur du livre, est fils d'instituteur, il aime les livres et après son Bac, il poursuivra ses études à Bordeaux. Cet hiver 1984, ils tombent amoureux l'un de l'autre, une histoire clandestine et secrète, c'est la condition obligatoire pour pouvoir vivre cette passion réciproque. Même s'ils se côtoient au lycée, rien ne doit paraître sur leur complicité, sur leur élan amoureux... Thomas ne veut pas et ne peut pas avouer ce qu'il est, il craint trop les conséquences d'un tel aveux.

Dans ce roman l'auteur se dévoile enfin en racontant ce premier grand amour qui est certainement à l'origine de sa vocation d'écrivain et qui a inspiré son oeuvre. Il ose enfin raconter cette histoire autobiographique longtemps gardée secrète.
Un roman juste et poignant.
La lecture faite par Antoine Leiris est juste et très agréable. L'entretien "bonus" avec Philippe Besson est très intéressante.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture émouvante et sincère.

Déjà lu du même auteur :

 La Trahison de Thomas Spencer

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20 juin 2017

Les Québécois - Laurence Pivot et Nathalie Schneider

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les québécois Ateliers Henry Dougier - mai 2017 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Les Québecois ne sont ni nos cousins ni des Canadiens comme les autres
Loin des clichés que l'on peut lui attribuer tels que des hivers glacials et interminables, un accent à couper au couteau ou des bûcherons omniprésents... Le Québec est moderne, innovant et ambitieux. 
C'est pour apporter un nouvel éclairage sur ce pays contemporain qui nous fait tant rêver que les auteurs sont allées à la rencontre de ses habitants. Au détour de rencontres avec un immigré hongrois, le producteur de la série "Un gars, une fille", une journaliste d'origine marocaine ou un entrepreneur qui a lancé sa flotte de taxis électriques, c'est une autre vision du Québec qui se dessine. Celle d'un pays en avance qui revendique la plus grande égalité homme/femme, autorise depuis 2005 le mariage homosexuel, développe l'économie sociale ; mais qui possède aussi ses difficultés comme la révolution étudiante ou les débats sur la laïcité.

Auteurs : Laurence Pivot et Nathalie Schneider sont des journalistes francocanadiennes. La première est une ancienne immigrée au Québec, mariée à un Québécois. À son retour en France, elle a dirigé pendant des années le hors-série annuel de L'Express " S'installer au Canada ". La seconde vit à Montréal depuis 1993. Spécialiste en activités de plein air et en tourisme d'aventure, elle connaît très bien le territoire pour l'avoir sillonné au gré de ses reportages pour la presse écrite.

Mon avis : (lu en juin 2017)
Je m’intéresse plus spécialement au Québec depuis deux ans lorsque l’un de mes fils a eu l’opportunité de passer 4 mois à Montréal pour ses études. Je me suis donc mise à faire des lectures québécoises et nos rendez-vous « skype » hebdomadaires étaient également riches en découvertes sur la vie à Montréal et au Québec.
L’automne dernier, après avoir visionné de nombreuses séries nordiques (danoises, suédoises et quelques norvégiennes), sur un site de streaming, je suis tombée par hasard sur une série québécoise « 30 vies » et me voilà de nouveau plongé dans la découverte du Québec et du québécois (car il a fallut que je trouve sur le net des dictionnaires québécois-français pour comprendre certaines expressions). Depuis, j’ai regardé d’autres séries et quelques films québécois, je regarde également assez régulièrement sur TV5 Monde, le journal télévisé de Radio-Canada. C’est super intéressant de voir les nouvelles du monde avec un autre point de vue... Aussi lorsque Babelio a proposé cet essai de la collection Ligne de vie d’un peuple, je me suis dis que c’était une très bonne occasion d’en découvrir encore plus... 
Les auteures sont franco-québécoises, avec cet essai, elles détricotent tous les clichés que les Français ont sur leurs « cousins » Québécois. Il est questions des Autochtones qui, dès le XVIIe siècle, ont inspirés les colons venant de France. La place du collectif est importante dans la société québécoise, aujourd'hui se développe le système coopératif et l'économie sociale. L'égalité homme - femme est également une valeur héritée des Premières Nations. 
Les Québécois sont avant tout des Nord-Américains francophones. La langue québécoise n'existe pas, c'est un français d'Amérique avec ses expressions régionales... Les artistes québécois s'exportent dans le monde entier, Céline Dion, Xavier Dolan, ils n'ont plus de complexes vis à vis des Canadiens anglophones, des Américains ou des Français.
J'ai découvert que la série Un gars, une fille a été créée au Québec, celle diffusée en France n'est qu'une adaptation de l'originale...
Il est bien sûr question de Montréal, une métropole qui se réinvente. 
Mais le Québec va au-delà de Montréal... En effet, vu de France, on connait très peu le Nord du Québec et le chapitre sur ce sujet est très intéressant et instructif. Il est question des ressources du Nord qui ont attirées toutes les convoitises des industriels et ce sont les Autochtones (Cris, Mohawk, Naskapi, Micmacs, Innus, Inuits...) qui ont été oubliés. Ils ont été parqués dans des réserves, on n'a pas cherché à les connaître, à découvrir leurs cultures... Dans les années 1900, il y avait eu une assimilation forcée des jeunes Indiens, en les coupant de leur famille, de leur racines... Aujourd'hui, les Autochtones veulent avoir leur mot à dire et être considérés comme des Québécois à part entière. 
Le Québec est terre d'accueil et les Québécois sont multiples... Québécois "pure laine" ou d'origine Européenne, Africaine, Vietnamienne (boat people), Haïtienne... Il y a même des Québécois anglophones !
Voilà un livre vraiment intéressant et avec lequel j'ai appris beaucoup sur les Québécois et le Québec ! Et maintenant, il me reste plus qu'à traverser l'Océan pour les rencontrer autrement qu'à travers les livres et les écrans...

Extrait : (page 117)
LES MAUDITS FRANÇAIS SONT-ILS DE RETOUR ?
« Saluuuut ! Tu vas bieeeeen ? » Deux bises furtives sur les joues, les corps à distance raisonnable, loin du 
hug québécois, accolade habituelle en Amérique du Nord. Les filles portent du rouge à lèvres, même à neuf heures du matin, et les gars, des doudounes Canada Goose. En guise de petit déjeuner (qu’ils ont encore du mal à appeler simplement « déjeuner », comme le font les Québécois), ils prennent des espressos serrés, clope au bec, malgré l’interdiction récente de fumer sur les terrasses extérieures. Certains vont jusqu’à écraser leur cigarette nonchalamment sur le trottoir, véritable crime de lèse-majesté ici !

En 10 ans, la population de Français au Québec a augmenté de plus de 70 % ! Sur les 100 000 qui vivent dans la métropole, presque un tiers a choisi de s’installer sur le Plateau, surnommé par certains la Petite France. Ce quartier […], les Français l’adorent. Mais ils sont devenus trop nombreux et cela agace un peu, même si le seul vrai problème est celui de la hausse spectaculaire du prix de l’immobilier.
Une grande partie ne fait pourtant que passer et n’entend pas immigrer pour de bon. Ce sont les fameux « pvtistes », du nom de ce programme fédéral, le Permis vacances travail (PVT), qui permet, par tirage au sort, de vivre et travailler pendant deux ans au Canada. En tout, environ 30 000 Français débarquent chaque année au Québec pour des études, un contrat de travail temporaire ou comme résidents permanents.
Serait-ce le retour des « maudits Français », ceux que moque gentiment l’auteure et interprète Lynda Lemay ? « Quand ils arrivent chez nous/Y s’prennent une tuque et un Kanuk/Se mettent à chercher des igloos/Finissent dans une cabane à sucre/Y tombent en amour sur le coup/Avec nos forêts et nos lacs/Et y s’mettent à parler comme nous/Apprennent à dire : Tabarnak ».
Un article paru en 2013 dans le quotidien Métro, intitulé « Guide pour éviter d’être un maudit Français », rappelle les nouveaux arrivants à l’ordre : ne pas se plaindre de l’hiver, ne pas draguer au travail, éviter de se comparer aux Québécois et… vivre ailleurs que sur le Plateau !
Le Français Fred Fresh, concepteur publicitaire et musicien, en a fait un clip hilarant en 2015, visionné sur YouTube à l’époque par plus de 100 000 personnes. « Y’a trop de Français sul’Plateau ? » est une histoire de Français qui se moquent des Français qui habitent sur le Plateau. Car ce sont surtout les « vieux » immigrants qui s’arrogent l’idée originale de s’installer à Montréal et la refusent aux petits nouveaux. Un phénomène d’auto-exclusion typiquement français !
« Ce qui est intéressant avec l’afflux des Français aujourd’hui, souligne Louise Beaudoin, fine connaisseuse des relations franco-québécoises, ex-ministre de la Culture et ancienne déléguée générale du Québec à Paris, c’est l’effet miroir ! C’est ici que les choses se passent maintenant, ici qu’il y a du travail (même si ce n’est pas si facile et que beaucoup sont déçus) et ici, surtout, que les jeunes Français trouvent une liberté d’action qui leur semble impossible chez eux. Quant aux jeunes Québécois, la France morose qu’ils observent depuis une dizaine d’années, celle de la manif contre le mariage pour tous, des grèves, du chômage et des attentats, ne les fait plus fantasmer. À l’exception peut-être des artistes, qui apprécient la reconnaissance qu’ils y trouvent, mais pour qui la mère patrie représente d’abord un marché commercial. Nous, les baby-boomers, nous rêvions de la France. Aujourd’hui, c’est le Québec qui est devenu le nouvel Eldorado pour les jeunes Français. Tant mieux, ce sont en général d’excellents émigrants. Certes, une minorité de Québécois ne les aime pas, mais la plupart du temps, cela se passe bien. Au pire, il y a une sorte d’indifférence vis-à-vis des "cousins". Mais on garde toujours un fond de tendresse pour eux. Notre histoire commune a quand même été longue… Moi, je suis de la onzième génération de Québécois. Du côté de ma mère, mes ancêtres venaient de Chartres, et de l’île de Ré du côté de mon père… et j’ai épousé un Français de France ! »
Bientôt […] ce sera l’été sur le Plateau. Les Français iront pique-niquer au parc Lafontaine, bronzer à la piscine Laurier, gratuite pour les résidants comme toutes les piscines municipales extérieures, prendre un verre sur une terrasse de café, de plus en plus nombreuses, et acheter leur baguette multicéréales chez Les copains d’abord.
Ils ont largement contribué à remodeler le quartier et à le « franciser » dans son mode de vie. Les « Anglos » se sont mis à le fréquenter, alors qu’il y a 10 ans à peine, ils n’y auraient jamais mis les pieds… Les Québécois francophones, eux, s’y sentent un peu isolés parfois. « Les Français sont toujours un peu agaçants, c’est vrai, à vous reprendre lorsque vous faites une faute de grammaire et à vous expliquer ce qu’est l’hiver, un comble quand même !, se moque Gérard, un "pure laine" qui vit sur la rue Rachel, mais au moins on a appris à mieux manger ! Et eux ont commencé à être plus cool à notre contact ! »
Les Québécois de moins de 40 ans n’ont plus aucun complexe d’infériorité vis-à-vis des Français. « Ils se considèrent instruits, éduqués, très créatifs, à juste titre, confirme Louise Beaudoin. Et ils n’hésitent plus à dire aux Français qu’eux aussi ont un accent ! »

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26 mai 2017

George - Gino Alex

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715invu+5JL Ecole des Loisirs - février 2017 - 176 pages

traduit de l'anglais par Jean-François Kerline

Titre original : George, 2015

Quatrième de couverture :
Parfois, les gens ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme ils croient qu'elles sont. Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, Scott aime son « frérot », et Kelly le tient pour son meilleur ami. Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car, George en a la certitude, elle est une fille. Dès 10 ans.
Auteur : George est le premier roman de l'Américain Alex Gino. Cet adulte transgenre ne se définit ni comme un homme ni comme une femme, mais utilise le pronom personnel pluriel "ils" pour parler de sa personne. Militants pour les droits des homosexuels et des transgenres, "ils" ont mis une dizaine d'années à écrire George.

Mon avis : (lu en mai 2017)
Voilà un très joli roman sur le transgenre... Ce mot fait peur aux adultes et les dérange... Pourtant dans ce livre le sujet est évoqué très simplement par un enfant, George. Elle est une fille et pourtant autour d'elle, tous la traite comme un garçon. C'est vrai que pour sa maman, elle est son petit garçon, pour Scott, elle est son petit frère... Sa meilleure amie, Kelly, va comprendre et accepter ce que ressent George. Lors d'une répétition d'une scène de théâtre, George interprète avec une telle conviction et une telle justesse le rôle féminin que Kelly est stupéfiée et elle aidera George à se faire accepter comme « fille » auprès des adultes de son entourage.
George est un enfant qui souffre de ne pas être « elle », avec beaucoup de simplicité et de douceur, elle décrit avec ses mots d'enfants de ce qu'elle ressent. Ce livre est un vrai hymne à la tolérance.
Il permet, à nous, adultes, de nous interroger sur notre réelle ouverture d'esprit et à ne pas réduire le sujet « transgenre » à un sujet sexuel. 

Extrait : (début du livre)
George sortit une clé argentée de la plus petite poche d'un grand sac à dos rouge. Maman avait cousu la clé à l'intérieur pour qu'elle ne se perde pas, mais le fil n'était pas tout à fait assez long pour atteindre la serrure quand le sac était posé par terre. Donc George fut obligée de rester en équilibre sur un pied en maintenant le sac sur le genou de l'autre jambe. Elle visa le trou et tourna la clé.
Elle faillit trébucher en entrant et appela : « Hello ? » Aucune lumière n'était allumée. Elle voulait tout de même s'assurer que la maison était vide. La porte de la chambre de maman était ouverte et les draps bien lisses. La chambre de Scott était également inoccupée. Certaine d'être seule, George se rendit dans la troisième chambre, ouvrit la porte du placard et inspecta la pile d'animaux en peluche et les autres jouets qui étaient à l'intérieur. Tout était en ordre. 
Maman reprochait à George de ne plus s'amuser avec ses jouets depuis des années et disait qu'il faudrait en faire cadeau à des familles dans le besoin. Mais, pour George, ils étaient nécessaires, ils étaient les gardiens de sa collection secrète, celle à laquelle elle tenait plus que tout. Elle fouilla sous les ours et les lapins en peluche, à la recherche d'un sac platen jean. Dès qu'elle l'eut en main, elle courut dans la salle de bains et ferma la porte au verrou. Elle se laissa glisser sur le sol en serrant fortement le sac dans ses bras.
Quand elle renversa le sac en jean sur le côté, les pages soyeuses et glacées d'une douzaine de magazines tombèrent sur le carrelage. Les couvertures étaient pleines de promesses : COMMENT AVOIR UNE PEAU PARFAITE, DOUZE NOUVELLES COIFFURES POUR L'ETE, COMMENT DIRE A UN BEAU GARCON QU'IL TE PLAÎT et MODE FUN POUR L'HIVER. George avait juste quelques années de moins que les filles qui lui souriaient sur papier glacé. Elle les considérait comme des copines.

 

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16 avril 2017

Un clafoutis aux tomates cerises - Véronique de Bure

Lu en partenariat avec Babelio et Flammarion

CVT_Un-clafoutis-aux-tomates-cerises_1926 Flammarion - février 2017 - 384 pages

Quatrième de couverture :
Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d'écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l'un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu'elle veut et ce qu'elle peut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, s'amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d'à côté, accueillir pas trop souvent ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine... Un clafoutis aux tomates cerises, le plus joli roman sur le grand âge qui soit, traite sans fard du temps qui passe et dresse le portrait d'une femme qui nous donne envie de vieillir.

Auteur : Véronique de Bure est l'auteur d'un premier roman très remarqué par la critique, Une confession (2009), et de plusieurs récits dont Un retraité (2011).

Mon avis : (lu en avril 2017)
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, un très beau portrait de Jeanne, une veuve de 90 ans, elle vit seule dans sa maison dans la campagne de l'Allier. Durant une année, au fil des saisons, elle raconte son quotidien, la nature qui s'éveille, ses copines, ses sorties, Fernand et Marcelle les voisins de la ferme d'à côté qui vieillissent aussi. 
Voilà un roman à classer dans ceux qui font du bien, les réflexions et impressions de Jeanne sont tour à tour pleines d'humour, de tendresse, de nostalgie.
Dès que j'ai lu la quatrième de couverture, j'ai eu envie de découvrir ce roman, en effet dans ma vie personnelle, je connais une « Jeanne » de 90 ans, il y a quelques mois elle vivait encore seule dans sa grande maison en pleine campagne. Aujourd'hui, pour plus de sécurité, elle a préférée s'installer dans la maison de retraite du village et lors de notre dernière visite, nous sommes allés prendre un café dans sa maison et je lui offert ce livre...

Merci Babelio et Flammarion pour ce roman touchant et émouvant que j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
J'ai passé l'hiver. J'écarte les rideaux et regarde à travers les carreaux. Le noyer n'a pas encore de feuilles, mais les marronniers commencent à se réveiller, et la haie de noisetiers a verdi. J'ouvre la fenêtre, l'air est frais. Le thermomètre extérieur indique cinq degrés. L'hiver n'est pas tout à fait parti, ses derniers jours se fondent avec les premiers du printemps. Je bloque les volets avec les petits taquets, j'ai de plus en plus de mal à ouvrir complètement les deux battants, l'ampélopsis a trop poussé. André n'est toujours pas venu le tailler, il va falloir que je lui écrive. Mon fils se moque de moi, il dit que ça ne sert à rien d'écrire aux artisans, il faut leur téléphoner sinon ils ne viennent pas. Mais moi je n'aime pas le téléphone. Il paraît que je ne suis jamais aimable au bout du fil, ce n'est pas ma faute, je ne suis pas à l'aise, je préfère voir les gens quand je leur parle. 
Aujourd'hui on ne s'écrit plus. Pourtant, il y a un an ou deux, peut-être plus, je ne sais plus, le temps passe si vite, les gens de La Poste sont venus m'installer une boîte aux lettres. C'est obligatoire, m'ont-ils dit. Ils voulaient que je choisisse l'emplacement et ils m'ont montré la boîte, une espèce de chose verte et laide. Alors je leur ai indiqué le bas de l'escalier de pierre qui descend en face de la porte du sous-sol, le long du bosquet. Là, elle sera bien cachée, et l'endroit sera facile d'accès pour la voiture jaune du facteur. Sur le moment, j'ai été bien embêtée, ça allait me compliquer la vie. Cela fait des années que le facteur dépose le courrier sur le perron, ou sur la table de l'entrée si la porte est ouverte. Quand j'ai des lettres à faire partir, je laisse à son intention les enveloppes timbrées ou l'argent pour les timbres. C'est bien pratique. Parfois, lorsque je suis en bas, nous échangeons quelques mots. Ça me fait une petite visite. Maintenant il paraît qu'ils n'ont plus le droit d'entrer chez les gens. Pour envoyer mes lettres, il faudra que j'aille à La Poste, au village. Et quand je ne pourrai plus conduire, je ferai comment ?
Heureusement, ma petite factrice non plus n'a pas envie de changer nos habitudes. Elle continue de me déposer le courrier dans l'entrée et je continue de mettre mes enveloppes sur la table. Il n'y a que quand ma fille est là avec son chien qu'elle n'ose pas descendre de voiture, elle a peur. 
Je m'appelle Jeanne. J'ai quatre-vingt-dix ans. Quand j'étais jeune, je mesurais un mètre soixante-trois. Ce n'était pas ridicule, à l'époque. Aujourd'hui je dépasse à peine ma mini-belle-fille qui fait un mètre cinquante-deux et chausse du trente-quatre. Mes pieds, eux, n'ont pas rétréci avec le temps. Ils se sont même élargis, d'affreux oignons leur ont poussé à droite et à gauche, ce qui me rend bien malheureuse et me force à prendre régulièrement la voiture pour aller chez la pédicure. J'ai de plus en plus de peine à trouver des chaussures qui ne me fassent pas mal aux pieds. Quand il fait froid, je ne suis bien que dans ma paire de vieilles bottes qui fait honte à ma fille. Elle m'assure qu'il existe des chaussures qui sont à la fois confortables et pas laides, moi je n'en ai jamais trouvé. À Paris peut-être, il y a tellement de magasins à Paris, mais je ne vais quand même pas faire deux heures et demie de train pour aller m'acheter des souliers.
Pour le reste, je suis plutôt bien conservée. De loin, je fais même illusion, je me tiens droite et mes chevilles sont fines. Même si je prends de plus en plus souvent ma canne, ma démarche reste alerte et, au téléphone, on me dit que j'ai une voix de jeune fille. Bien sûr, avec les années mon visage s'est chiffonné, mais j'ai toujours le teint rose et mon regard sait encore s'allumer et pétiller, surtout après un petit verre de vin blanc ou une coupe de crémant.
Depuis la mort de René, j'habite une maison trop grande pour moi. L'hiver, il y a plusieurs pièces que je ne chauffe pas et que je garde bien fermées, portes et volets. Je vis entre ma chambre, la salle de bains, la cuisine et le petit bureau. Quand mes enfants sont là, j'ouvre le grand salon et la salle à manger, mais pour moi toute seule ce n'est pas la peine. Je vis en pleine campagne, au milieu des arbres et des champs. Le village le plus proche, Bert, est à cinq kilomètres. On y accède par une petite route sinueuse et vallonnée, bordée par des bois et des prés où paissent des grosses vaches blanches. 

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26 mars 2017

La fin d'une imposture - Kate O'Riordan

Lu en partenariat avec Folio

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Folio - janvier 2017 - 448 pages

Joëlle Losfeld - février 2016 - 384 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Laetitia Devaux

Titre original : Penance, 2016

Quatrième de couverture :
La veille de Noël, deux policiers frappent à la porte d’une jolie maison située dans une banlieue cossue de Londres. Rosalie est déjà lancée dans les préparatifs de cette fête de famille, comme pour oublier que Luke l’a trompée, lorsque les policiers leur annoncent le décès de leur fils aîné. Des mois de descente aux enfers s’ensuivent pour les parents et Maddie, leur deuxième enfant en pleine adolescence. Une chute qui semble brusquement s’interrompre lorsque mère et fille rencontrent Jed dans un groupe de parole. Jeune homme au charme envoûtant, il sait vite se rendre indispensable à la famille. Mais la vulnérabilité qu’a créée ce deuil n’est-elle pas la porte ouverte à toute forme d’emprise ?

Auteur : Kate O'Riordan est irlandaise, elle vit actuellement à Londres. Romancière, elle a notamment publié Intimes convictions, Une mystérieuse fiancée, Le garçon dans la lune et Pierres de mémoire, tous parus aux Editions Joëlle Losfeld ; elle écrit également pour le théâtre et le cinéma.

Mon avis : (lu en mars 2017)
La veille de Noël, Rosalie Douglas attend avec impatience le retour de Rod, son fils de 19 ans, qui rentre de Thaïlande. Avec Luke, son mari, et Maddie leur fille de 15 ans, ils seront enfin réunis tous les quatre. Depuis six mois, leur couple est en difficulté suite à une infidélité de Luke. Ce soir, c'est l'occasion de réunir la famille. Mais la soirée va tourner au cauchemar... Deux policiers frappent à leur porte pour annoncer le décès de Rod qui s'est noyé en Thaïlande. « A présent, tout était brisé »
Six mois plus tard, c'est Maddie qui va mal, elle s'accuse d'être responsable de la mort de Rod, elle s'est rapprochée d'un gang, elle prend du cannabis et un soir, elle revient à la maison après avoir été agressée, la cuisse blessée de plusieurs coups de couteau... Rosalie et Luke ne savent que faire et c'est Tom, leur ami prêtre, qui encourage Rosalie à participer à une groupe de parole avec Maddie. C'est là qu'elles vont faire connaissance avec Jed Cousins, un jeune homme de 19 ans venu se guérir du deuil de sa grand-mère.
Très vite Maddie est attirée par Jed, il a une beauté fascinante et semble aussi fragile qu'elle. Avec se rapprochement avec Jed, Rosalie entrevoit l'espoir de sauver Maddie de sa culpabilité et de ses idées noires. Elle accepte donc le rapprochement entre Maddie et Jed, elle invite ce dernier dans sa maison.
Petit à petit, le lecteur puis Rosalie découvre le vrai visage de Jed... Il se rend indispensable et s'immisce dans la vie des autres...
Ce roman policier est d'une efficacité redoutable, cela commence comme un drame familiale, puis cela évolue comme un thriller psychologique avec des personnages qui évoluent au fil des pages avant de se conclure comme un thriller haletant.
Jed est fascinant et troublant, Maddie est fragile et perdue, Rosalie tient sa fille à bout de bras et se révèle être plus forte que l'on imaginait...

Merci les éditions  Folio pour ce thriller original et prenant...

Extrait : (début du livre)
Elle n’entendit même pas les coups à la porte. Pourtant, ils avaient dû être forts, puisque Maddie cria depuis l’étage :
« Quelqu’un peut-il aller ouvrir ?
— Ouvrir quoi ? » rétorqua Rosalie dans la cuisine.
Elle avait les doigts recouverts de pâte à pudding, et des verrues s’agglutinaient sur le pied de son verre de vin blanc. All the Young Dudes, de Mott the Hoople, s’échappait à tue-tête des enceintes. Les classiques du rock étaient sa musique préférée pour le pudding de Noël, tout comme la pop ringarde des années quatre-vingt restait son choix de prédilection pour le rôti du dimanche.
« La porte ! appela Maddie. Je suis sûre que quelqu’un a frappé. Je sors de mon bain. »
Vingt-deux heures, un vendredi soir. Le vent soufflait derrière la fenêtre de la cuisine, envoyant des aiguilles de pluie argentée contre la vitre sombre. Sous l’abri au bout du jardin, où Luke était en train de récupérer des bûches pour le feu, brillait une lueur ambrée. Rosalie voyait la queue de leur chien Bruno battre avec régularité. Même lui n’avait pas senti de présence devant la maison. Ils étaient douillettement installés chez eux pour affronter les longues soirées obscures menant à Noël, lesquelles provoquaient toujours un frisson d’excitation chez Rosalie, comme dans son enfance. Elle regarda les enceintes et songea à mettre The Kinks, puis quelques vieux chants de Noël au moment où Maddie descendrait. Elle réussirait peut-être même à faire danser à sa fille une valse dans la cuisine, comme quand elle était petite. La perspective de passer Noël en compagnie de son fils Rob, de retour à la maison, qu’ils soient tous les quatre réunis à table, pourrait peut-être même lui faire envisager ce qu’elle refusait depuis six mois – enfin pardonner à son mari.
La cuisine était emplie de vapeur brûlante et de l’odeur âcre des fruits marinés dans le cognac. Rosalie pensa que Maddie s’était trompée au sujet de la porte. Puis il y eut trois petits coups de grattoir, discrets mais insistants. Le labrador chocolat éructa une série d’aboiements depuis le jardin. Rosalie eut-elle un pressentiment entre la cuisine et l’entrée ? Elle se poserait par la suite des centaines de fois la question. Peut-être était-ce la tentative vaine de revivre un dernier instant ordinaire avant que sa main ne se tende vers la porte. N’importe quel dernier instant normal avant que le battant s’ouvre, et que leur famille soit à jamais bouleversée.
Elle était en uniforme. Lui en civil.
« Non », lâcha Rosalie.
Parce qu’elle sut aussitôt. Elle leva une main, la paume dressée comme pour empêcher leurs paroles de l’atteindre. C’était le dernier instant où elle ne saurait pas. Elle ne connaîtrait plus jamais de moment comparable.
« Mrs Douglas ? Mrs Rosalie Douglas ? » demanda le type en civil d’une voix terriblement compatissante.
Je vous en supplie, ne dites rien, exprima-t-elle avec sa paume, comme par déni.

 

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09 mars 2017

Mörk - Ragnar Jónasson

En librairie à partir du 9 mars 2017

Lu en partenariat avec les éditions de La Martinière

71ZHI4lKSDL La Martinière - mars 2017 - 336 pages

traduit de la version anglaise, d'après l'islandais, par Philippe Reilly

Titre original : Náttblinda, 2015

Quatrième de couverture :
À Siglufjördur, à l'approche de l'hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l'Islande plonge alors dans une obscurité totale...
Le jeune policier Ari Thór veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l'inspecteur Herjólfur, est assassiné alors qu'il enquêtait aux abords d'une vieille maison abandonnée. L'illusion d'innocence tombe. Tous les habitants n'avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ? Elín, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d'étranges secrets... Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d'un hôpital psychiatrique, et qui tient peut-être la clé de l'énigme.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór. Grand lecteur d'Agatha Christie dès son plus jeune âge – et plus tard de P.D. James ou Peter May –, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l'Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers "Iceland Noir ".

Mon avis : (lu en mars 2017)
J'ai découvert cet auteur et cette série intitulée Dark Iceland l'année dernière. J'avais été surprise de découvrir que le livre publié en France était la traduction de la version anglaise... Dans cet épisode 2, il y a une explication « Ce roman a été traduit depuis l'édition anglaise du livre à la demande de l'auteur qui a revu et changé des éléments de son histoire, et considère donc le texte anglais comme la version définitive de son roman »  
J'ai trouvé une nouvelle bizarrerie dans ce deuxième épisode : 
le titre original de ce livre est Náttblinda (nuit aveugle en islandais) mais pour la version française le titre donné est Mörk (un mot islandais qui signifie limite)... 
Le deuxième volet se déroule cinq ans après le premier épisode. Le jeune policier, Ari Thór, n'est plus seul, il vit avec son épouse Kristín et leur fils, Stefnir. Tómas, l’ancien chef de la police de Siglufjördur est parti pour Reykjavik.
Pendant une nuit, Herjólfur, le nouveau collègue d'Ari, a été grièvement blessé à proximité d'une maison abandonnée. Tómas va revenir aider Ari à enquêter sur cette grave agression... L'intrigue est bien contruite, les pistes multiples et l'atmosphère de ce village du nord de l'Islande toujours aussi pittoresque et attachant... 

Merci Anaïs et les éditions de La Martinière pour cette série scandinave toujours aussi plaisante à suivre.

Extrait :
Dérangeant.
Oui, c'était le mot. Il y avait quelque chose de dérangeant dans cette vieille maison délabrée. La pluie aveuglante ajoutait à l'austérité des murs couleur plomb. Ici, l'automne n'était pas une véritable saison, plutôt un état d'esprit. Il semblait s'être perdu en route, quelque part vers le nord, quand, fin septembre, début octobre, l'hiver avait promptement succédé à l'été. L'automne ne manquait pas vraiment à Herjólfur, du moins pas celui de Reykjavik, sa ville natale. A Siglufjördur, l'inspecteur de police avait appris à aimer l'été, et ses journées d'une clarté vertigineuse, l'hiver, et sa pénombre qui se lovait autour du monde comme un chat géant.
La maison se dressait loin de l'entrée du tunnel de Strákar. Pour ce que Herjólfur en savait, cela faisait des années que personne ne l'avait occupée. Elle était trop à l'écart, trop en retrait de l'endroit où la ville étreignait le rivage. Comme si elle avait été laissée aux mains puissante de la nature - qui se seraient abattues sur elle brutalement.
Herjólfur s'intéressait tout particulièrement à cette bâtisse à l'abandon, et cela l'ennuyait. Il éprouvait rarement de la peur, son métier l'avait habitué à mettre de côté les sentiments importuns. Mais, cette fois, il n'y arrivait pas. Ça ne lui plaisait guère. Il s'était garé au bord de la route et hésitait à sortir de la voiture de patrouille. Sans la grippe d'Ari Thór, l'autre policier de la ville, il n'aurait même pas dû être de service...

Challenge Voisins Voisines 
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Islande

Déjà lu du même auteur :

131349_couverture_Hres_0 Snjór 

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26 février 2017

Manuel à l'usage des femmes de ménage - Lucia Berlin

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Masse Critique Babelio

81pvvrW+JqL Grasset - janvier 2017 - 560 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Malfroy

Titre original : Manual for cleaning women, 2015

Quatrième de couverture :
La publication de 
Manuel à l’usage des femmes de ménage révèle un grand auteur et un destin exceptionnel : Lucia Berlin, mariée trois fois, mère de quatre garçons, nous raconte ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème vivant dans un loft new-yorkais au milieu des années 50 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Avec un délicat mélange d’humour, d’esprit et de mélancolie, Berlin saisit les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, elle égrène ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage.
Dix ans après la mort de l’auteur, la découverte de Manuel à l’usage des femmes de ménage a constitué un événement littéraire majeur aux États-Unis, puis dans le monde entier. Comparée par la critique américaine à Raymond Carver et Alice Munro, Lucia Berlin est un grand écrivain injustement méconnu, un maître de la narration qui se nourrit du réel pour émerveiller son lecteur. 

Auteur : Lucia Berlin (1936-2004) écrivit sporadiquement dans les années 60, 70 et 80. Son œuvre s’inspire de son enfance dans diverses villes minières de l’Ouest américain, de sa jeunesse extravagante à Santiago du Chili, de ses trois mariages ratés, de son addiction à l’alcool, de ses différents petits-boulots effectués pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants. Dans les années 90, désormais sobre et libre de consacrer son temps à l’écriture, elle accepte un poste à l’Université Boulder (Colorado) avant d’être rapidement promue professeur. En 2001, sa santé déclinant, elle s’installe au sud de la Californie pour être près de ses fils.
Elle s’éteint en 2004, à Marina del Rey.

Mon avis : (lu en février 2017)
Ce livre est un recueil de 43 nouvelles, témoignage de la vie bien remplie de l'auteure. C'est une vision très originale des États-Unis. L'univers de Lucia Berlin, ce sont les décennies 1950-1970, dans une laverie automatique, à un arrêt de bus, dans un hôpital, dans un parking... L'auteure raconte ses multiples vies de femme de ménage, de secrétaire médicale, de professeure...
Les nouvelles sont réalistes, variées, originales, vivantes...
Je ne m'attendais pas à recevoir un livre de plus de 500 pages, il m'a fallut donc un peu de temps pour le lire, nouvelles après nouvelles et je n'ai pas eu le temps de terminer ce livre.
C'est très bien écrit (bravo à la traductrice qui a su mettre en valeur l'écriture de l'auteure), je regrette un peu le manque de continuité dans toutes ses nouvelles.

Merci Babelio et les éditions Grasset pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Un grand et vieil Indien en Levi’s délavé et belle ceinture zuni. Longs cheveux blancs, retenus par un bout de ficelle framboise sur la nuque. Ce qui est étrange, c’est que pendant à peu près une année on se trouvait au lavomatic toujours au même moment. Mais pas aux mêmes moments. Par exemple, j’y allais certaines fois le lundi à sept heures du matin ou le vendredi à six heures et demie du soir et il était déjà là.
Mme Armitage, c’était différent, même si elle était vieille aussi. C’était à New York, au San Juan, dans la 15e Rue. Portoricains. Mousse qui déborde par terre. J’étais alors une jeune mère et je lavais les couches le jeudi matin. Elle habitait au-dessus de chez moi, au 4-C. Un jour à la laverie elle m’avait donné une clé en disant que si je ne la voyais plus le jeudi c’est qu’elle serait morte alors aurais-je l’obligeance de venir découvrir son cadavre ? C’est terrible de demander ça à quelqu’un ; en plus, j’étais obligée de faire ma lessive le jeudi, à l’époque.
Elle est morte un lundi et je ne suis jamais retournée au San Juan. C’est le concierge qui l’a trouvée. J’ignore dans quelles circonstances.
Pendant des mois, au Angel’s, l’Indien et moi, on ne s’est pas parlé mais on se tenait côte à côte sur des chaises jumelées en plastique jaune, comme dans les aéroports. Elles glissaient sur le lino déchiré, on en avait mal aux dents.
En général, il sirotait du Jim Beam tout en regardant mes mains. Pas directement, mais dans le miroir en face, au-dessus des lave-linge Speed Queen. Au début, ça m’était égal. Un vieil Indien qui regarde mes mains dans ce miroir sale, entre un jaunissant REPASSAGE 1,50 DOLLAR LA DOUZAINE et des « prières de la sérénité » orange fluo. 
MON DIEU DONNEZ-MOI LA SÉRÉNITÉ DACCEPTER LES CHOSES QUE JE NE PEUX PAS CHANGER. Et puis j’ai commencé à me demander s’il avait un truc spécial avec les mains. C’était énervant, d’être observée en train de fumer ou de se moucher, de feuilleter des magazines vieux de plusieurs années. Lady Bird Johnson descendant les rapides.
Finalement, il m’a surprise à observer mes propres mains. Il en souriait presque de m’avoir pincée. Pour la première fois, nos regards se croisaient dans la glace, sous NE PAS SURCHARGER LES MACHINES.
Il y avait de la panique dans mes yeux. Je les ai sondés avant d’en revenir à mes mains. Affreuses taches de vieillesse, deux cicatrices. Mains pas indiennes, nerveuses, esseulées. J’y voyais des enfants, des hommes et des jardins.

 

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08 février 2017

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici

Lu en partenariat avec les éditions Les escales

41YHifAsGyL Les escales - janvier 2017 - 304 pages

traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Titre original : The book of mirrors, 2017

Quatrième de couverture : 
Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l'intrigue immédiatement. En effet, l'un des personnages n'est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ? 
Persuadé d'avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l'intrigue, l'agent tente d'en savoir plus. Mais l'auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu'à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d'investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d'un maelström de fausses pistes. 
Et si la vérité n'était qu'une histoire parmi d'autres ? 

Auteur : E.O. Chirovici est un écrivain roumain, auteur de nombreux best-sellers dans son pays. Jeux de miroirs est son premier roman traduit en français.

Mon avis : (lu en février 2017)
J'ai accepté de recevoir ce livre tout d'abord pour mon Challenge Voisins Voisines (l'auteur est roumain, et c'est une nationalité très rarement sinon jamais lue pour ce challenge...), ensuite j'étais intriguée par le bandeau "le roman évènement" (parfois, c'est trompeur...). Je vous rassure tout de suite, je n'ai pas été déçue, c'est un livre plutôt réussi. 
Peter Katz, agent littéraire reçoit un manuscrit inachevé qui revient sur un fait divers non élucidé : le meurtre de Joseph Wieder, un professeur de l’université de Princeton mondialement reconnu pour ses recherches sur la mémoire et sur la formation des souvenirs. Cet assassinat a eu lieu dans la nuit du 21 au 22 décembre 1987 et il n'a jamais été élucidé. Peter espère que ce manuscrit pourrait devenir un succès de librairie, il cherche alors à contacter l'auteur, Richard Flynn, pour découvrir la fin de l'histoire... Mais Richard Flynn vient de décéder et Peter ne retrouve aucune trace du manuscrit. Pour faire la lumière sur l'affaire Joseph Wieder, Katz engage John Keller, un journaliste d’investigation, pour enquêter sur tous les personnages ­encore vivants cités dans le manuscrit. Il fera ensuite appelle à Roy Freeman, un ancien policier qui, à  l'époque, avait été déjà sur l'enquête...

Cette enquête à trois voix est passionnante, il faut démêler le vrai du faux, c'est également une réflexion sur la mémoire, les souvenirs, les apparences sont souvent trompeuses... Jusqu'à la fin du livre le lecteur s'interroge...

Merci Anaïs et les éditions Les escales pour cette lecture passionnante et troublante...

Extrait : (début du livre)
J’ai reçu la proposition de manuscrit en janvier, au moment où tout le monde à l’agence tentait de se remettre d’une bonne gueule de bois post-festivités.
Le mail, qui avait adroitement échappé au dossier du courrier indésirable, s’était retrouvé dans ma boîte de réception, parmi des dizaines d’autres en attente. Au premier coup d’œil, la lettre d’accompagnement a piqué ma curiosité, alors je l’ai imprimée, de même que l’extrait du texte envoyé en pièce jointe, puis j’ai rangé le tout dans un tiroir de mon bureau. Occupé comme je l’étais à négocier un contrat, j’ai totalement oublié l’existence de ces pages. C’est seulement à la fin du mois, à la veille du week-end prolongé par le Martin Luther King Day, que je les ai redécouvertes au milieu de ma pile de documents à lire pendant ces trois jours.
La lettre, signée « Richard Flynn », était ainsi formulée : 

Cher Peter,

Je m’appelle Richard Flynn et, il y a vingt-sept ans, j’ai obtenu une licence d’anglais à Princeton. Je rêvais de devenir écrivain, j’ai publié quelques nouvelles dans des revues et même écrit un roman de trois cents pages, que j’ai abandonné après avoir essuyé un certain nombre de refus de la part d’éditeurs (et qu’avec le recul je trouve moi-même médiocre et ennuyeux). Par la suite, j’ai décroché un poste dans une petite agence de publicité du New Jersey et je suis toujours resté dans ce secteur d’activité. Au début, je parvenais presque à me convaincre que la publicité se rapprochait de la littérature et que je retournerais un jour à mes premières amours. Il est évident aujourd’hui que ce n’est pas arrivé. Je crois que, pour la plupart d’entre nous, devenir adulte signifie hélas acquérir la faculté d’enfermer ses rêves dans une boîte et de la jeter dans l’East River. Je n’étais manifestement pas destiné à être l’exception qui confirme la règle. 
Or, il y a quelques mois, j’ai fait une découverte importante, qui m’a remis en mémoire une série d’événements dramatiques survenus au cours de l’automne et de l’hiver 1987, pendant ma dernière année à Princeton. Vous croyez avoir oublié quelque chose – un événement, une personne ou une situation – et puis, brusquement, vous vous rendez compte que vos souvenirs prenaient la poussière dans un recoin de votre esprit mais qu’ils ont toujours été là, aussi nets que s’ils dataient de la veille. Vous voyez ce que je veux dire ? Une image me vient à l’esprit : vous sortez un objet d’un vieux placard bourré de rebuts, et tout vous tombe dessus d’un coup. C’est exactement ce qu’il s’est produit.
Cette révélation a eu sur moi l’effet d’un détonateur. Une heure après, je réfléchissais toujours à sa signification. Je me suis assis à mon bureau et, submergé par les réminiscences, j’ai commencé à écrire. Il était plus de minuit quand j’ai arrêté et j’avais déjà tapé plus de cinq mille mots. J’avais l’impression de me redécouvrir après m’être complètement oublié. Au moment de me brosser les 
dents, il m’a semblé voir une personne différente dans la glace.

Pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis endormi sans avoir pris de somnifère. Le lendemain, après avoir appelé l’agence pour dire que j’étais malade et que je serais certainement arrêté deux semaines, je me suis remis à mon texte.
Les détails de ces mois de 1987 me sont revenus avec une telle force et une telle acuité qu’ils sont rapidement devenus plus prenants que la réalité de mon quotidien. C’était comme si j’émergeais d’un long sommeil, durant lequel mon esprit s’était secrètement préparé au jour où je raconterais ces événements impliquant trois protagonistes : Laura Baines, le professeur Joseph Wieder et moi.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Roumanie

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03 février 2017

Les salauds devront payer - Emmanuel Grand

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - janvier 2017 - 10h15 - lu par Christophe Reymond

Liana Levi - janvier 2016 - 378 pages

Livre de Poche - janvier 2017 - 480 pages

Quatrième de couverture :
Wollaing. Une petite ville du Nord minée par le chômage. Ici, les gamins rêvent de devenir joueurs de foot ou stars de la chanson. Leurs parents ont vu les usines se transformer en friches et, en dehors des petits boulots et du trafic de drogue, l’unique moyen de boucler les fins de mois est de frapper à la porte de prêteurs véreux. À des taux qui tuent… Aussi, quand la jeune Pauline est retrouvée assassinée dans un terrain vague, tout accuse ces usuriers modernes et leurs méthodes musclées. Mais derrière ce meurtre, le commandant de police Erik Buchmeyer distingue d’autres rancoeurs. D’autres salauds. Et Buch sait d’expérience qu’il faut parfois écouter la petite idée tordue qui vous taraude, la suivre jusque dans les méandres obscurs des non-dits et du passé.

 

Auteur : Emmanuel Grand, né en 1966, vit en région parisienne. Son premier polar, Terminus Belz, a conquis la presse et les libraires. Il a notamment obtenu le Prix du polar SNCF 2016. Il a été publié en Allemagne et en Espagne.

 

Lecteur : Issu du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, Christophe Reymond débute à la Comédie Française sous la direction de Georges Lavaudant. Il jouera ensuite sous la direction de Stanislas Nordey, Jean-Pierre Vincent, Philippe Adrien... pour interpréter Shakespeare, Beckett, Jean Genet, Tennessee Williams, Bernard-Marie Koltès ou encore Brecht… Au cinéma, il tourne dans de nombreux films sous la direction de Cédric Klapisch (Peut-être), Bent Hamer (1001 grammes), Luc Besson (Malavita), et bien d’autres. Il enregistre régulièrement des dramatiques pour Radio France.

Mon avis : (écouté en janvier 2017)
Le livre commence avec plusieurs scènes de guerre, en 1952 en Indochine puis en 1957 en Algérie avec un trio militaire Douve, Dubus et Barjo. Les descriptions sont précises, l'auteur n'épargne pas le lecteur...  
2015, Wollaing, une petite ville du Nord situé entre Douai et Valenciennes, Pauline est retrouvée morte dans un terrain vague. C'est une jeune toxico qui avait empruntée de l'argent. Le coupable idéal semble être un certain Freddie Wallet, il est connu pour mettre la pression sur les personnes endettés afin de récupérer les impayés dûs aux organismes de crédit... Mais bien sûr, ce n'ai pas si simple, comme va le comprendre le commandant Erik Buchmeyer et le lieutenant Saliha Bouazem qui mènent l'enquête ensemble.
Au fur et à mesure de l'intrigue, le lecteur comprendra le pourquoi de ce premier chapitre sur les guerres du passé... On découvrira également le temps des luttes syndicales dans l'usine Berga qui donnait du travail à toute la ville durant les années 70.
A travers ce roman policier noir et social, l'auteur évoque la désindustrialisation du nord de la France et ses conséquences. Le duo d'enquêteurs, très différents l'une de l'autre, fonctionnent très bien et sont très crédibles et attachants. Une grande humanité se dégage de cette histoire où les destinés des personnages s'entremêlent...  

Merci Pauline et les éditions Audiolib pour ce thriller social.

Extrait : (page 108)
Avant le dîner, Buchmeyer avait fait une petite virée à Wollaing pour faire un repérage, sentir le coin, histoire de se mettre dans le bain. Il avait quitté le commissariat en fin d’après-midi au volant de sa Renault banalisée et traversé la campagne à l’aveugle, le pied sur le frein, redoutant à tout moment la camionnette enragée zigzaguant au milieu de la route. Des accidents, il en avait vu. Ça se passait toujours sur le trajet que les mecs prenaient au quotidien depuis des années. Chaque croisement, chaque virage, chaque défaut dans la chaussée ; ils connaissaient tout par cœur , et un beau matin, aussi sûrs d’eux que s’ils conduisaient une voiturette de golf sur un parking de supermarché, ils déboulaient à toute allure et s’explosaient sur le truc à quatre roues qui avait le malheur de venir dans l’autre sens. Ça finissait en tôle déchirée et en viande hachée et le seul moyen de s’en garantir était, qu’on le veuille ou non, de lever le pied de la pédale de droite.
Buchmeyer se gara sur la place de la mairie à dix-sept heures, les mains moites et les épaules dures comme du bois. Il faisait un froid de gueux et il se rua à l’intérieur du bar de la Place où une dizaine d’habitués sirotaient leur apéro. Il s’assit à une table en bois verni, commanda une bière sans rien manquer des regards qui obliquaient discrètement dans sa direction. Sa poche vibra et un SMS apparut sur l’écran de son téléphone. Erik chéri, quand tu viens voir ton chuque ? Il soupira.
Magali travaillait comme serveuse à l’hôtel de l’Escaut, un quatre étoiles des environs de Lille. Il l’avait rencontrée un soir d’hiver. Un client en voyage avec sa femme pour leurs vingt ans de mariage avait jeté sa bourgeoise du quatrième étage. Un médecin du Havre bien sous tous rapports. Une dispute à la con avait fait exploser sa boîte à malaises. Buchmeyer était venu ramasser les morceaux et Magali l’avait conduit dans la chambre, la salle de bains et sur le balcon. Les circonstances avaient beau être dramatiques, Erik n’avait cessé de plaisanter et de faire marrer la jeune femme, sans jamais abuser de son rôle de flic ni faire aucune allusion à la jupe qu’elle portait ultracourte en application stricte des consignes de la direction. Magali était tombée sous le charme. Le pétard sous l’aisselle n’y était certainement pas pour rien. Bref, elle l’avait rappelé le lendemain, et depuis, c’était le grand amour. Enfin, presque.
Reigniez apporta sa bière à Buchmeyer qui leva les yeux de l’exemplaire de Nord Éclair qu’il avait attrapé sur la table.
– C’est vous le patron ?
– Oui.
– Je peux vous poser une question ?
– Allez-y toujours. 
Buchmeyer se pencha comme pour confi er un secret.
– Vous voyez passer plein de monde ici ? Et ça discute beaucoup, pas vrai ?
– Pas mal, dit Reigniez.
– Je suis de Lens. V ous croyez vraiment qu’on risque la relégation ?

 

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