21 avril 2016

No et moi - Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - mars 2016 - 5h10 - Lu par Lola Naymark

Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Quatrième de couverture : 
Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.
Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes.
Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fi lle à peine plus âgée qu’elle.
No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…
No et moi, paru en 2007 a été traduit dans vingt-cinq langues et adapté à l’écran par Zabou Breitman.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit(Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Parallèlement à des études de philosophie, Lola Naymark se forme à la Classe Libre du Cours Florent. Révélée en 2003 par le film Brodeuses d'Éléonore Faucher, elle alterne les projets pour la télévision et le cinéma (Brève de comptoir de Jean-Michel Ribes, Au fil d’Ariane de Robert Guédiguian) et le théâtre (Les Liaisons Dangereuses, mis-en-scène par John Malkovich).     

Mon avis : (écouté en avril 2016)
C'est avec ce livre que j'ai découvert Delphine de Vigan et cela reste mon préféré. J'ai beaucoup aimé cette relecture en livre audio.
Lou, la narratrice, est une adolescente surdouée. A 13 ans, elle est en Seconde et se définit comme « Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette ». Elle va devoir préparer un exposé et lorsque le professeur lui demande le sujet de l'exposé, elle répond au hasard : — Les sans-abri. 
Lou va donc rencontrer No, une adolescente âgée de 18 ans, en rupture avec sa famille et sans abri. C'est la rencontre improbable de deux mondes. Les deux jeunes filles sont très différentes, mais toutes deux vont s'apprivoiser. 
Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Merci Audrey et les éditions Audiolib pour cette relecture toujours aussi émouvante

Extrait : (début du livre)
— Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. Le cerveau pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Marin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette.
— … J’allais m’inscrire.
— Très bien. Quel est votre sujet ?
— Les sans-abri.
— C’est un peu général, pouvez-vous préciser ? 

Lucas me sourit. Ses yeux sont immenses, je pourrais me noyer à l’intérieur, disparaître, ou laisser le silence engloutir Monsieur Marin et toute la classe avec lui, je pourrais prendre mon sac Eastpack et sortir sans un mot, comme Lucas sait le faire, je pourrais m’excuser et avouer que je n’en ai pas la moindre idée, j’ai dit ça au hasard, je vais y réfléchir, et puis j’irais voir Monsieur Marin à la fin du cours pour lui expliquer que je ne peux pas, un exposé devant toute la classe c’est tout simplement au-dessus de mes forces, je suis désolée, je fournirais un certificat médical s’il le faut, inaptitude pathologique aux exposés en tout genre, avec le tampon et tout, je serais dispensée. Mais Lucas me regarde et je vois bien qu’il attend que je m’en sorte, il est avec moi, il se dit qu’une fille dans mon genre ne peut pas se ridiculiser devant trente élèves, son poing est serré, un peu plus il le brandirait au-dessus de lui, comme les supporters de foot encouragent les joueurs, mais soudain le silence pèse, on se croirait dans une église.

— Je vais retracer l’itinéraire d’une jeune femme sans abri, sa vie, enfin… son histoire. Je veux dire… comment elle se retrouve dans la rue.
Ça frémit dans les rangs, on chuchote.
— Très bien. C’est un beau sujet. On recense chaque année de plus en plus de femmes en errance, et de plus en plus jeunes. Quelles sources documentaires pensez-vous utiliser, mademoiselle Bertignac ?
Je n’ai rien à perdre. Ou tellement que ça ne se compte pas sur les doigts d’une main, ni même de dix, ça relève de l’infiniment grand.
— Le… le témoignage. Je vais interviewer une jeune femme SDF. Je l’ai rencontrée hier, elle a accepté.
Silence recueilli.

 

Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit jours_sans_faim Jours sans faim 

109778914 D'après une histoire vraie

 

 

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13 avril 2016

Si c'est un homme - Primo Levi

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9782367620329-001-X si c'est un homme_pocket si c'est un homme_RL_2002

Audiolib - septembre 2015 - 7h35 - Lu par Raphaël Enthoven

Pocket - janvier 1988 - 213 pages

Robert Lafont -  mars 2002 - 308 pages

traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Titre original : Sequestoé un uomo, 1958

Quatrième de couverture : 
Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945.
Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les « sélections » périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les crématoires…
Et pourtant, dans ce récit, la dignité la plus impressionnante ; aucune haine, aucun excès, aucune exploitation des souffrances personnelles, mais une réflexion morale sur la douleur, sublimée en une vision de la vie.

Paru en 1946, Si c’est un homme est considéré comme un des livres les plus importants du XXe siècle.

Auteur : Né à Turin en 1919, Primo Levi est mort en 1987. On lui doit une quinzaine d’ouvrages – nouvelles, romans, essais– dorénavant tous traduits en français, dont La TrèveLe Système périodique ou La Clé à molette, qui reçut en Italie le prix Strega, l’équivalent du Goncourt.

Lecteur : Raphaël Enthoven est professeur de philosophie sur France-Culture et sur ARTE. Son travail consiste essentiellement à en parler avec simplicité, mais sans jamais la simplifier. Il a lu Mythologies de Roland Barthes avec Michel Vuillermoz (Thélème) et L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera (Écoutez lire).

Mon avis : (réécouté partiellement en avril 2016)
Je réactualise un peu mon billet, mais l'essentiel reste celui de septembre 2015, lors de ma première lecture audio...

J'ai déjà lu ce livre avant la création de ce blog, et cela fait du bien de faire cette lecture indispensable en mode audio.
Pour ce relecture audio, je n'ai pas réécouté les "bonus" : ni l'interview très intéressante de Primo Levi par Philipp Roth et je n'ai retenté l'interview de Raphaël Enthoven. Lors de ma première écoute, je l'avais trouvé trop longue (54 minutes) et j'avais décroché au bout de vingt minutes...

Le livre en lui-même est plus fluide à écouter, paru dix ans après son retour des camps, Primo Levi témoigne de son quotidien là-bas. Ce livre est un témoignage poignant. Il nous décrit dans les moindres détails la vie dans le camp d'Auschwitz de 1943 à janvier 1945. Il donne son ressenti sur la violence des hommes mais également sur la volonté de survivre en gardant un semblant d'humanité. C'est une grande leçon de vie, car Primo Levi raconte tout cela sans aucune haine et sans reproche vis à vis de ceux qui lui ont fait subir cette épreuve. Il expose des faits, seulement ce dont il a été témoin et laisse au lecteur se faire son opinion par lui-même.  
Dans cette version audio, Raphaël Enthoven a su avec beaucoup de sobriété donner toute sa force à ce texte exceptionnel.

Autres avis : Enna, Meuraïe

Extrait : (début du livre)
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

J’AVAIS été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J’avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m’avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d’honnêtes figures cartésiennes, d’amitiés masculines sincères et d’amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n’était pas sans mal que je m’étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliée à Giustizia e Libertà. Nous manquions de contacts, d’armes, d’argent, et de l’expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d’hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d’individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l’espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures.
A cette époque on ne m’avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe ; en vertu de quoi il me faut bien considérer comme pure justice ce qui arriva ensuite. Trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement important et dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d’une aube de neige, et m’emmenèrent avec eux dans la vallée comme suspect.
Au cours des interrogatoires qui suivirent, je préférai déclarer ma condition de « citoyen italien de race juive », pensant que c’était là le seul moyen de justifier ma présence en ces lieux, trop écartés pour un simple « réfugié », et estimant (à tort, comme je le vis par la suite) qu’avouer mon activité politique, c’était me condamner à la torture et à une mort certaine. En tant que juif, on m’envoya à Fossoli, près de Modène, dans un camp d’internement d’abord destiné aux prisonniers de guerre anglais et américains, qui accueillait désormais tous ceux – et ils étaient nombreux – qui n’avaient pas l’heur de plaire au gouvernement de la toute nouvelle république fasciste.
Lors de mon arrivée, fin janvier 1944, il y avait dans ce camp environ cent cinquante juifs italiens, mais au bout de quelques semaines on en comptait plus de six cents. C’étaient pour la plupart des familles entières qui avaient été capturées par les fascistes ou les nazis, à la suite d’une imprudence ou d’une dénonciation. Un petit nombre d’entre eux s’étaient spontanément constitués prisonniers, pour échapper au cauchemar d’une vie errante, par manque de ressources, ou encore pour ne pas se séparer d’un conjoint arrêté, et même, absurdement, « pour être en règle avec la loi ».

 

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06 avril 2016

D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan

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Audiolib - novembre 2015 - 8h56 - Lu par Marianne Epin

Jean-Claude Lattès - août 2015 - 484 pages

Prix Renaudot 2015

Prix Goncourt des Lycéens 2015

Quatrième de couverture :
« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »
« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit (Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Marianne Epin, (Prix Gérard Philipe 1985), formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique dans la classe d’Antoine Vitez, a joué 5 ans à la Comédie Française et interprété les grands rôles du répertoire classique et contemporain avec les plus grands metteurs en scène. Elle alterne théâtre, cinéma et télévision. Récemment,elle a joué Tous les Algériens sont des mécaniciens, pendant 2 ans, aux côtés de Fellag. Elle a déjà enregistré pour Audiolib, Les heures souterraines, Rien ne s'oppose à la nuit et Purge.

Mon avis : (écouté en mars 2016)
C'est l'histoire d'une auteur après le succès d'un livre qui l'a dépassé et qui a fini par l'épuiser. L'auteur est en mal d'inspiration, elle n'arrive plus à écrire pas même son courrier personnel ou professionnel... Fragile, elle rencontre une femme nommée L. qui s'impose peu à peu dans sa vie, l'isole de ses proches, de ses amis. Elle cherche à influencer son écriture et l'incite à écrire un livre "
inspiré de faits réels...", car c'est dans l'air du temps et c'est ce qu'attend les lecteurs. L'ambiance est oppressante, le lecteur découvre une histoire de manipulation vue de l'intérieur. Mais qui manipule qui ? L. ? Delphine ? Delphine de Vigan ?
La conclusion est assez déstabilisante car le titre "D'après une histoire vraie" prend tout son sens, car dans ce roman, bien difficile de savoir où est le vrai ? Où est la fiction ?
J'ai aimé cette conclusion, mais dans l'ensemble, j'ai trouvé certaines longueurs dans le livre.
L'écoute audio a été agréable et la confusion entre l'initiale L. et le pronom elle, est très réussie à l'orale, la version audio est donc un plus pour cette histoire.

Autres avis : Enna, SylireLeiloonaMeuraïe

Extrait : (début du livre)
Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur.
Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.
Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.
Je cherchais la bonne position, l’orientation optimale de l’écran, j’étirais mes jambes sous la table. Et puis je restais là, immobile, des heures durant, les yeux rivés sur l’écran.
Plus tard encore, mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais du clavier.
J’ai refusé sans distinction toutes les propositions qui m’ont été adressées : articles, nouvelles de l’été, préfaces et autres participations à des ouvrages collectifs. Le simple mot écrire dans une lettre ou un message suffisait à me nouer l’estomac.
Écrire, je ne pouvais plus.
Écrire, c’était non.

Je sais aujourd’hui que différentes rumeurs ont circulé dans mon entourage, dans le milieu littéraire et sur les réseaux sociaux. Je sais qu’il a été dit que je n’écrirais plus, que j’étais parvenue au bout de quelque chose, que les feux de paille, ou de papier, toujours, finissent par s’éteindre. L’homme que j’aime s’est imaginé qu’à son contact j’avais perdu l’élan, ou bien la faille nourricière, et que par conséquent je ne tarderais pas à le quitter.

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32/36
Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit jours_sans_faim Jours sans faim

 

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18 mars 2016

Ne tirez-pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

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Audiolib - octobre 2015 - 11h35 - Lu par Cachou Kirsch

Editions de Fallois – janvier 2005 – 345 pages

LGF - août 2006 – 447 pages

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus

Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.
Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 40 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Auteur : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, qui sera resté pendant plus d’un demi-siècle son unique roman, a été couronné par le prix Pulitzer et s’est vendu à ce jour à près de 40millions d’exemplaires à travers le monde. En 2015, après plus d’un demi-siècle de silence, Harper Lee publie son deuxième roman, Va et poste une sentinelle (Grasset), où l’on retrouve Scout Finch, vingt ans plus tard.

Lecteur : Comédienne et musicienne bruxelloise, sociologue deformation, Cachou Kirsch jongle depuis 2003, avec unplaisir non dissimulé, entre grosses productions théâtraleset « petits » projets passionnants, entre la vivacité dujeune public et les studios d’enregistrement (livres audio,annonces non-commerciales, habillages de chaînes...). En2007, elle a été nommée comme Espoir féminin aux Prixdu Théâtre belge.Comédienne bruxelloise et sociologue de formation, Cachou Kirsch joue depuis 2003, sur les planches comme à l'écran... Elle est également chargée de production du Festival Esperanzah!, ainsi que musicienne. En 2007, elle a été nominée en tant qu'Espoir féminin aux Prix du Théâtre belge.

Mon avis : (relu en mars 2016)
J'avais déjà lu ce célèbre roman américain Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et j'ai adoré cette relecture audio.
Scout, fillette de 9 ans, nous raconte trois années de son enfance. Elle vit dans les années 30, dans une petite ville de l'Alabama avec son frère Jem, âgé de 13 ans, leur père Atticus avocat juste et intègre les élève seul avec l'aide de Calpurnia, la cuisinière noire. 
La première partie est assez légère, Scout raconte son quotidien, ses jeux avec Jem et Dill, les voisins, sa relation respectueuse avec Atticus. Un père qui sait donner des valeurs à ses enfants mais qui leur laisse également une certaine liberté. 
La deuxième partie, est plus sérieuse, Atticus a accepté de défendre un homme noire accusé du viol d'une jeune femme blanche. Dans cette petite ville du Sud des États-Unis, où règnent intolérance et racisme, Atticus et sa famille va être confronté aux insultes et aux menaces des membres de la communauté. 
J'ai vraiment adoré cette relecture audio, même si la première partie m'a paru plus longue que dans mes souvenirs. Cette partie a toute son importance pour planter le décor et pour la conclusion de cette histoire.

Autres avis : Enna, Sylire

Extrait : (début du livre)
Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer un ballon.
Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des événements qui avaient conduit à cet accident. Je maintenais que les Ewell en étaient entièrement responsables, mais Jem, de quatre ans mon aîné, prétendait que tout avait commencé avant, l’été où Dill se joignit à nous et nous mit en tête l’idée de faire sortir Boo Radley.
À quoi je répondais que s’il tenait à remonter aux origines de l’événement, tout avait vraiment commencé avec le général Andrew Jackson. Si celui-ci n’avait pas croqué les Creeks dans leurs criques, Simon Finch n’aurait jamais remonté l’Alabama et, dans ce cas, où serions-nous donc ? Beaucoup trop grands pour régler ce différend à coups de poing, nous consultions Atticus, et notre père disait que nous avions tous les deux raison.
En bons sudistes, certains membres de notre famille déploraient de ne compter d’ancêtre officiel dans aucun des deux camps de la bataille d’Hastings. Nous devions nous rabattre sur Simon Finch, apothicaire de Cornouailles, trappeur à ses heures, dont la piété n’avait d’égale que l’avarice. Irrité par les persécutions qu’en Angleterre leurs frères plus libéraux faisaient subir à ceux qui se nommaient « méthodistes », dont lui-même se réclamait, Simon traversa l’Atlantique en direction de Philadelphie, pour continuer ensuite sur la Jamaïque puis remonter vers Mobile et, de là, jusqu’à St Stephens. Respectueux des critiques de John Wesley contre le flot de paroles suscitées par le commerce, il fit fortune en tant que médecin, finissant, néanmoins, par céder à la tentation de ne plus travailler pour la gloire de Dieu mais pour l’accumulation d’or et de coûteux équipages. Ayant aussi oublié les préceptes de son maître sur la possession de biens humains, il acheta trois esclaves et, avec leur aide, créa une propriété sur les rives de l’Alabama, à quelque soixante kilomètres en amont de St Stephens. Il ne remit les pieds qu’une fois dans cette ville, pour y trouver une femme, avec laquelle il fonda une lignée où le nombre des filles prédominait nettement. Il atteignit un âge canonique et mourut riche.
De père en fils, les hommes de la famille habitèrent la propriété, Finch’s Landing, et vécurent de la culture du coton. De dimensions modestes comparée aux petits empires qui l’entouraient, la plantation se suffisait pourtant à elle-même en produisant tous les ingrédients nécessaires à une vie autonome, à l’exception de la glace, de la farine de blé et des coupons de tissus, apportés par des péniches remontant de Mobile.

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11 mars 2016

La fille du train - Paula Hawkins

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Audiolib - novembre 2015 - Lu par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz

Sonatine - mai 2015 - 378 pages

traduit de l'anglais par Corinne Daniellot

Titre original : The Girl on the Train, 2015

Quatrième de couverture :
Mieux qu’un thriller exceptionnel, un piège paranoïaque et jubilatoire.
Écoutez-le, vous comprendrez pourquoi.
Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Chaque jour, elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Elle a même donné un nom à ses occupants, qu’elle voit derrière la vitre : Jason et Jess.
Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe et la quitte. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, elle découvre la photo de Jess dans les journaux : de son vrai nom Megan Hipwell, la jeune femme a mystérieusement disparu…
Avec ce thriller psychologique exceptionnel, Paula Hawkins fait figure de révélation de l’année.

Auteur : Paula Hawkins a vécu au Zimbabwe, en France et en Belgique. Journaliste à Londres, La Fille du train est son premier roman.

Lecteurs : Sortie de l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-Neuve, Valérie Marchant est une comédienne de théâtre et de télévision. On a pu la voir dans des mises en scène L’Odyssée d’Homère, L’Écume des jours de Boris Vian, ou encore Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Elle effectue également des lectures publiques.
Comédienne de théâtre, Joséphine de Renesse a joué notamment dans Les 39 Marches, Molière 2010. Elle prête sa voix pour des doublages francophones de films et dedessins animés.
Julie Basecqz exerce depuis 15 ans au théâtre, aucinéma et dans le doublage en tant que comédienne et directrice de plateau. Elle a obtenu en 2000 le premier prix du Conservatoire de Bruxelles.

Mon avis : (écouté en février 2016)
Tous les jours de la semaine, Rachel prend le train, assise toujours à la même place, elle observe une petite maison et le couple qui y vit. Elle imagine leur vie de couple idéal, mais un jour elle voit la femme en compagnie d'un autre homme... 
Quelques jours plus tard, la femme, Megan Hipwell, est portée disparue...
Rachel décide de s'intéresser à cette disparition, de rencontrer le mari, de témoigner...
Mais Rachel n'est pas un témoin fiable, elle est alcoolique, elle a perdu son travail et elle habitait autrefois dans la même rue que Megan... Son ex-mari, Tom, y habite toujours avec Anna, sa nouvelle femme, et leur bébé.
Prenant moi-même le train tous les matins et soirs pour aller travailler, j’avais très envie de lire ce livre... Il est vrai que de mon côté, je suis plus souvent le nez dans un livre qu’en train d’observer les maisons et leurs occupants que je croise...
J’ai eu un peu de mal au début à entrer dans l'histoire... je ne m'y retrouvais pas dans l'alternance du récit entre les trois narratrices (Rachel, Megan puis Anna). Puis j'ai été accroché par l'intrigue et je n'ai plus lâché le livre...
La construction du livre avec ses 3 narratrices est très efficace, il donne un vrai rythme au roman et multiplie les interrogations.
Les personnages de Rachel, Megan et Anna sont très intéressants, ils se dévoilent peu à peu.
Je regrette quelques longueurs et quelques répétitions inévitables avec le système des différents points de vues.
J'ai cependant passé un bon moment de lecture audio avec de très bonnes lectrices !

Autres avis : Estelle, SylireSandrineMeuraie

 

Extrait : (début du livre)
Vendredi 5 juillet 2013

Matin
Une pile de vêtements repose au bord de la voie ferrée. Un tissu bleu clair – une chemise, j’imagine – entortillé dans quelque chose d’un blanc sale. Ce sont probablement des vieux habits à jeter échappés d’un paquet balancé dans le petit bois miteux un peu plus haut, près de la berge. Peut-être que ce sont des ouvriers qui travaillent sur cette partie des rails qui les ont laissés là, ce ne serait pas la première fois. Peut-être que c’est autre chose. Ma mère répétait à l’envi que j’avais une imagination débordante. Tom aussi me le disait. Je ne peux pas m’en empêcher : dès que j’aperçois des haillons abandonnés, un T-shirt sale ou une chaussure isolée, je pense à l’autre chaussure et aux pieds qu’elles enveloppaient.
Un crissement strident puis le train s’ébranle et repart. La petite pile de vêtements disparaît de ma vue et nous roulons pesamment vers Londres, à la vitesse d’un joggeur bien entraîné. Quelqu’un dans le siège derrière le mien, irrité, pousse un soupir impuissant ; la lenteur du 8 h 04 qui va d’Ashbury à la gare d'Euston est capable de faire perdre patience au banlieusard le plus désabusé. En théorie, le voyage dure cinquante-quatre minutes. En pratique, c’est une autre histoire : cette portion de la voie de chemin de fer est une antiquité décrépie en perpétuel chantier, émaillée de feux de signalisation défectueux. 
Au ralenti, le train passe en cahotant près d’entrepôts, de châteaux d’eau, de ponts et de cabanons, de modestes demeures victoriennes qui tournent fermement le dos aux rails.
La tête appuyée contre la vitre du train, je regarde défiler ces maisons, comme un travelling au cinéma. J’ai une perspective unique sur elles ; même leurs habitants ne doivent jamais les voir sous cet angle. Deux fois par jour, je bénéficie d’une fenêtre sur d’autres vies, l’espace d’un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l’abri, chez eux.
Un téléphone sonne, une chansonnette incongrue, trop enjouée pour ce trajet. La personne met du temps à répondre et la sonnerie retentit longuement dans l’atmosphère. Autour de moi, mes compagnons de voyage remuent sur leur siège, froissent leur journal et pianotent sur leur clavier d’ordinateur. Le train fait une embardée et penche dans le virage avant de ralentir en approchant du feu rouge. J’essaie de ne pas lever les yeux, de me concentrer sur le quotidien gratuit qu’on m’a tendu alors que j’entrais dans la gare, mais les mots se brouillent devant moi et rien ne parvient à capter mon attention. Dans ma tête, je vois toujours cette petite pile de vêtements au bord des rails, abandonnée.

Soir
Mon gin tonic en canette frémit quand je le porte à mes lèvres pour en prendre une gorgée, fraîche et acidulée : le goût de mes toutes premières vacances avec Tom, dans un village de pêcheurs sur la côte basque, en 2005. Le matin, on nageait les sept cents mètres qui nous séparaient d’une petite île pour aller faire l’amour sur des plages secrètes ; l’après-midi, on s’asseyait au bar et on buvait des gin tonics amers, très alcoolisés, en regardant des nuées de footballeurs du dimanche faire des parties à vingt-cinq contre vingt-cinq sur le sable mouillé.
Je prends une autre gorgée, puis une troisième ; la canette est déjà à moitié vide mais ce n’est pas grave, j’en ai trois autres dans le sac en plastique à mes pieds. C’est vendredi, alors je n’ai pas à culpabiliser de boire dans le train. Super, c’est le week-end. En route pour l’aventure. 
D’ailleurs, à en croire la météo, ça va être un très beau week-end. Un soleil radieux dans un ciel sans nuages. Avant, on aurait peut-être pris la voiture jusqu’à la forêt de Corly avec un pique-nique et des journaux, et on aurait passé l’après-midi allongés sur une couverture à boire du vin, la peau tachetée par les rayons du soleil s’insinuant entre les feuilles des arbres. On aurait pu organiser un barbecue dans le jardin avec des amis, ou aller au Rose, sur les tables à l’extérieur, laisser la chaleur nous rougir le visage au fil des heures, on serait rentrés à pied en zigzaguant, bras dessus, bras dessous, avant de s’endormir sur le canapé.
Un soleil radieux dans un ciel sans nuages, personne à voir, rien à faire. Vivre comme je le fais, c’est plus difficile l’été, avec ces journées si longues, si peu d’obscurité où se dissimuler, alors que les gens sortent se promener, leur bonheur est si évident que c’en est presque agressif. C’est épuisant, et c’est à vous culpabiliser de ne pas vous y mettre, vous aussi.
Le week-end s’étire devant moi, quarante-huit longues heures à occuper. Je porte de nouveau la canette à mes lèvres, mais elle est déjà vide.

Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Angleterre

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23 février 2016

Des fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

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9782367620404-001-T Audiolib - décembre 2015 - 1h27 - Lu par Grégory Gadebois

traduit de l'anglais (États-Unis) par Roger Durand

Titre original : Flowers for Algernon, 1959

Quatrième de couverture :
Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l'intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l'assistance de la psychologue Alice Kinnian, d'appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d'esprit.
C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence pour le jeune homme.
Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et entame une incroyable métamorphose.
Mais un jour les facultés supérieures d'Algernon déclinent...
Grégory Gadebois incarne un Charlie bouleversant. Il a obtenu le prix du meilleur comédien 2013 au Palmarès du théâtre et le Molière « Seul en scène» en 2014 pour l’adaptation théâtrale de ce texte dans la mise en scène d’Anne Kessler.

Auteur : Daniel Keyes(1927-2014) obtient un diplôme de pyschologie puis devient professeur d’anglais, de littérature et d’écriture. Sa nouvelle Des fleurs pour Algernon, qu’il transformera en roman en 1966, est connue dans le monde entier : traduite dans plus de trente pays et vendue à quelque cinq millions d’exemplaires. Daniel Keyes est aussi l’auteur du dyptique Les Mille et une vies de Billy Milligan, et Les Mille et une guerres de Billy Milligan, entre autres.

Lecteur : Ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Grégory Gadebois a été pensionnaire de la Comédie française de 2006 à 2012, où il s’est illustré dans de nombreuses pièces classiques (Cyrano de Bergerac, Le Mariage de Figaro…). Au cinéma, il reçoit en 2012 le César du meilleur espoir pour Angèle et Tony d’Alix Delaporte. On a pu le voir récemment dans Coup de chaud de Raphaël Jacoulot, ou Au plus près du soleil d’Yves Angelo. Il a interprété Des Fleurs pour Algernon au théâtre de 2012 à 2015 (mise en scène d’Anne Kessler, prix du Meilleur comédien 2013 au Palmarès du théâtre, et Molière « Seul en scène » 2014), ainsi qu’à la télévision, sur Arte, en 2014.  

Mon avis : (écouté en février 2016)
Cette lecture audio est très courte, mais très forte. Un coup de cœur. C'est le texte intégral de la nouvelle écrite par David Keyes en 1959 dont a été tiré un roman publié en 1966 sous le même titre.  
Charlie Gordon a 37 ans et l'âge mental d'un enfant de 6 ans. Il espère devenir intelligent en subissant une opération au cerveau semblable à celle qu'à subit la souris Algernon qui est devenue ainsi super-intelligente.
Les médecins ont demandé à Charlie d'écrire un journal pour raconter au jour le jour l'expérience et ses progrès. L'opération réussie et assez vite Charlie devient de plus en plus intelligent, mais il découvre la réalité des amitiés qu'il croyait avoir et sa nouvelle intelligence ne le rend pas plus heureux, au contraire, il se sent isolé... 
Pas facile de faire un billet sur une lecture bouleversante comme celle-ci, j'avoue avoir terminé cette écoute en larmes... Je ne suis pas adepte de Science Fiction et je ne m'attendais pas à être si troublée et touchée par ce livre qui appelle à la réflexion sur la recherche scientifique, sur la place des handicapés mentaux dans notre société...
Le lecteur, Grégory Gadebois, est exceptionnel, il a toute la légitimité pour lire cette nouvelle puisqu'il a déjà interprété ce texte au théâtre et a été primé par un Molière en 2014.

Autres avis : ValérieSaxaoulMeuraïe 

Extrait : (début du livre)
conte randu 1. – 5 mars 1965.

Le Dr Strauss dit que je devrai écrire ce que je panse et tout ce qui marive a partir de mintenan. Je sai pas pourquoi mais il dit que c’est inpor tan pour qu’on voye si on peu manployé. J’espère qu’on poura. Miss Kinnian dit que peutètre qu’on poura me randre intélijan. Je veu être intelijan. Je mapèle Charlie Gordon. J’ai 37 ans et y a 2 semaines c’était mon aniversère. J’ai plu rien a écrire mintenan alor je termine pour aujourdui.

conte randu 2. – 6 mars.

Aujourdui on ma fait passé un test. Je croi pas que j’ai réussi et je panse que peutètre qu’on manployera pas. Ya un jeune homme qu’est venu dans la chambre et il avait des cartes blanches avec plin d’ancre dessu. Il a dit Charlie quesque tu voi sur cette carte. J’avai très peur malgré que j’avai ma patte de lappin dans ma poche parsque quan j’étai gosse je ratai toujour mes test a l’école et pui je ranversai de l’ancre aussi.
Je lui ai dit que je voyai une tache d’ancre. Il a dit oui et sa ma fait plaisir. Je pansai que c’était tout mais quand je me sui levé il ma arété. Il a dit assoi toi Charlie on a pas ancore fini. Après je me rapèle pas si bien mais il voulait me faire dire ce qui y avait dans l’ancre. Je voyai rien dans l’ancre mais il a dit qui y avait des imajes et que les autres voyait des imajes. Moi je voyai pas d’imajes. J’ai vraiman essayé de voir. Jai regardé la carte de près et pui de loin. J’ai dit que si j’avai mes lunète je pourai mieu voir je les porte juste au ciné ou pour voir la télé mais j’ai di elle son dans le placar dans le couloir. On me les a donné. Alor j’ai di faite moi voir cette carte je pari que je vais trouvé mintenan.
J’ai bien essayé mais je pouvai toujour pas trouvé les imajes je voyai que l’ancre. Je lui ai di que peutètre que j’ai besoin de changé de lunète. Il a écrit quelque chose sur un papier et j’ai eu peur de raté le test. Je lui ai dit que c’était une belle tache d’ancre avec des petit points tout autour. Il a eu l’air triste et j’ai vu que c’était pas sa. Je lui ai di laissé moi essayé ancore. Je vai savoir dans quelques minutes parsque je conpran pas toujour vite.
Je li pas vite non plus dans la classe d’adultes de miss Kinnian mais j’essaye tant que je peu.
Il ma fait ancore essavé avec une autre carte qui avait 2 sortes d’ancre dessu rouje et bleu.
Il était très aimable et il parlait lanteman comme miss Kinnian et il ma espliqué que c’était un test ror chaque. Il a dit que les jans voyait des choses dans l’ancre. Jai di montré moi ou sa. Il ma dit de pansé. Je lui ai di je panse une tache mais c’était pas sa. Il a dit sa te rapèle quoi. Imagine quelque chose. J’ai fermé les yeux lontant pour imaginé. Je lui ai di j’imagine un stilo avec de l’ancre qui coule partous sur un tapi. Alor il s’est levé et il est parti.
Je croi pas que j’ai réussi le test ror chaque.

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20 février 2016

Vernon Subutex - tome 1 - Virginie Despentes

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Lecture Commune 
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avec  Enna, Sandrine

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Audiolib - janvier 2016 - 11h09 - Lu par Jacques Frantz

Grasset - janvier 2015 - 400 pages

Livre de Poche - mars 2016 - 432 pages (à paraître)

Quatrième de couverture :
QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde révolu.
L’ultime visage
de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

Auteur : Virginie Despentes est l’auteure, notamment, de Baise-moi (1993, adapté au cinéma et coréalisé avec Coralie Trinh Thi), Les jolies choses (1998), Teen Spirit (2002), Bye bye Blondie (2004, adapté au cinéma par l’auteur), King Kong Théorie (2006), Apocalypse bébé (2010, prix Renaudot).

Lecteur : De formation dramatique, Jacques Frantz travailla au conservatoire avec Antoine Vitez. Son parcours théâtral le fit se nourrir auprès des plus grands : Gildas Bourdet ou Roger Planchon, entre autres. Son parcours télévisuel (avec Serge Moati, Simon Brook, Denis Malleval, Henri Helman) et cinématographique (d’Yves Robert,Coline Serreau à Claude Chabrol ou Claude Berri, sans oublier Francis Weber,Luc Besson, Lars von Trier, ou récemment Pascal Chaumeil, dans L’Arnacoeur) ainsi qu’une longue pratique des enregistrements radio ont toujours attisé sapassion pour les textes.  

Mon avis : (écouté en février 2016)
C'était ma première rencontre avec Virginie Despentes et cette rencontre est mitigée. 

Vernon Subutex a été disquaire à Paris jusqu’à qu'il soit obligé de déposer le bilan. Sans travail et sans indemnités, il est expulsé de son logement. Il va donc recontacter ses amis ou connaissances, pour squatter durant quelques jours leur canapé. Il a en sa possession des cassettes vidéo inédites d’une auto-interview d’Alex Bleach, un chanteur de rock décédé d’une overdose, qu’il a bien connu. Ces enregistrements intéressent plusieurs personnes… 
Errance de Vernon Subutex dans les bas fonds de Paris, une galerie des personnages en tous genres, prostituées, drogués, trans, artistes ratés ou non... C'est l'occasion pour l'auteur de faire une radiographie de la société et de la ville en évoquant les thèmes suivants : extrême droite, femmes battues, alcoolisme, drogue, précarité, intégrisme... 
Tout au long du livre, l'auteur cite de nombreuses références musicales, mais ma culture insuffisante en ce domaine ne m'a pas permis d'apprécier.
J'ai également été dérouté par la dernière plage d'écoute que j'ai repassé plusieurs fois pour essayer de comprendre... Je sais qu'il y a un Vernon Subutex 2, mais cela sera sans moi car j'ai vraiment peiné à écouter la fin de ce livre... Ce roman se veut réaliste, mais c'est un peu plombant et je n'ai pas envie de retrouver une atmosphère aussi glauque et trash...
Au début, je trouvais le ton du lecteur un peu monotone, mais je m'y suis habituée et j'ai plutôt apprécié le lecteur.

Autres avis : Enna, Sandrine

Extrait : (début du livre)
Les fenêtres de l'immeuble d'en face sont déjà éclairées. Les silhouettes des femmes de ménage s'agitent dans le vaste open space de ce qui doit être une agence de communication. Elles commencent à six heures. D'habitude, Vernon se réveille un peu avant qu'elles arrivent. Il a envie d'un café serré, d'une cigarette à filtre jaune, il aimerait se griller une tranche de pain et déjeuner en parcourant les gros titres du Parisien sur son ordinateur.
Il n'a pas acheté de café depuis des semaines. Les cigarettes qu'il roule le matin en éventrant les mégots de la veille sont si fines que c'est comme tirer sur du papier. Il n'y a rien à manger dans ses placards. Mais il a conservé son abonnement à Internet. Le prélèvement se fait le jour où tombe l'allocation logement. Depuis quelques mois elle est versée directement au propriétaire, mais c'est quand même passé, jusque-là. Pourvu que ça dure.
Son abonnement de téléphone portable a été suspendu, il ne se casse plus la tête à acheter des forfaits. Face à la débâcle, Vernon garde une ligne de conduite : il fait le mec qui ne remarque rien de particulier. Il a contemplé les choses s'affaisser au ralenti, puis l'effondrement s'est accéléré. Mais Vernon n'a cédé ni sur l'indifférence, ni sur l'élégance.
Il a d'abord été radié du RSA. Il a reçu par courrier une copie du rapport le concernant, rédigé par sa conseillère. Il s'entendait bien avec elle. Ils se sont rencontrés régulièrement pendant près de trois ans, dans le box étroit où elle faisait mourir des plantes vertes. La trentaine, pimpante, fausse rousse, dodue, grosse poitrine, madame Bodard parlait volontiers de ses deux garçons, qui lui donnaient des soucis, elle les emmenait régulièrement voir un pédiatre, dans l'espoir qu'il annonce une hyperactivité justifiant un traitement sédatif. Mais le médecin les trouvait en pleine forme et la renvoyait dans ses cordes. Madame Bodard lui avait raconté avoir vu AC/DC et Guns N'Roses en concert, avec ses parents, quand elle était petite. Aujourd'hui elle préférait Camille et Benjamin Biolay, et Vernon s'était gardé de tout commentaire désobligeant. Ils avaient longuement parlé de son cas : il avait été disquaire entre vingt et quarante-cinq ans. Dans son domaine, les offres d'emploi étaient plus rares que s'il avait travaillé dans l'extraction du charbon. Madame Bodard avait suggéré une reconversion. AFPA, GRETA, CFA, ils avaient consulté ensemble les stages qui lui étaient ouverts, et ils s'étaient quittés en bons termes, d'accord pour se retrouver et refaire le point. Trois ans plus tard, sa candidature pour préparer un BEP de services administratifs n'avait pas été retenue. De son côté, il estimait avoir fait ce qu'il avait à faire, il était devenu expert en dossiers et les préparait avec une belle efficacité. Il avait acquis à la longue la sensation que son job consistait à traîner sur Internet à la recherche de cases auxquelles son profil correspondrait, puis à envoyer des CV lui permettant d'obtenir en retour des preuves de refus. Qui voudrait former un quasi-quinquagénaire ? Il s'était bien dégoté un stage dans une salle de concert en banlieue, un autre dans une salle de cinéma art et essai - mais à part sortir un peu, se tenir au courant des problèmes de RER et rencontrer du monde, tout cela lui procurait avant tout une pénible impression de gâchis.

 

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12 février 2016

Nymphéas noirs - Michel Bussi

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - janvier 2016 - 13h40 - Lu par Colette Sodoyez

Presses de la Cité - janvier 2011 - 437 pages

Pocket - septembre 2013 - 493 pages

Presses de la Cité - janvier 2011 - 437 pages

Quatrième de couverture : 
Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au coeur de l’intrigue, trois femmes: une fillette douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.

Auteur : Professeur de géographie à l’université de Rouen, Michel Bussi vit à Darnétal en Normandie. Il a publié aux Presses de la CitéNymphéas noirs (polar le plus récompensé en 2011), Un avion sans elle (Prix des maisons de la presse 2012), Ne lâche pas ma mainN’oublier jamais, Gravé dans le sable et Maman a tort.

Lecteur : Comédienne talentueuse de formation classique, Colette Sodoyez s’est distinguée dans toutes les formes de son art, de la télévision au doublage sans oublier le théâtre et le cinéma. Elle a déjà lu chez Audiolib L’art de la simplicité de Dominique Loreau et La Ville des Térébinthes de Jean-Paul Malaval...

Mon avis : (écouté en janvier 2016)
C'est une relecture de ce roman policier que j'ai beaucoup aimé. Et j'ai redécouvert ce livre autrement. En effet, lorsque l'on relit un roman policier, le lecteur en sait plus que l'enquêteur... Ici la construction de l'intrigue par l'auteur est très importante donc je ne vais donc pas trop en raconter pour ne rien dévoiler...
Une vieille femme qui semble tout savoir et qui déambule à toute heure dans Giverny, tout comme Neptune son chien, une institutrice très séduisante et une fillette de onze ans surdouée pour la peinture sont au centre de cette intrigue. Tout commence avec l'assassinat de Jérôme Morval, chirurgien ophtalmologiste, à Giverny. Laurenç Salignac, le jeune enquêteur qui vient d'arriver à ce poste, pense que le coupable ne peut être que Jacques Dupain, le mari de Stéphanie, la belle institutrice. Sylvio Bénavides, son adjoint, n'est pas convaincu et explore minutieusement toutes les autres pistes possibles. 
J'ai eu un vrai coup de coeur pour ce livre qui est plus qu'un roman policier. La construction de l'intrigue est incroyablement réussie. J'ai beaucoup aimé le soin avec lequel l'auteur a décrit Giverny, ses alentours, les tableaux, les couleurs... 

Merci Morgane et les éditions Audiolib pour cette relecture très plaisante.

Extrait : (début du livre)
- PREMIER JOUR -

13 mai 2010
(Giverny)

Attroupement

L'eau claire de la rivière se colore de rose, par petits filets, comme l'éphémère teinte pastel d'un jet d'eau dans lequel on rince un pinceau.
- Non, Neptune !
Au fil du courant, la couleur se dilue, s'accroche au vert des herbes folles qui pendent des berges, à l'ocre des racines des peupliers, des saules. Un subtil dégradé délavé...
J'aime assez.
Sauf que le rouge ne vient pas d'une palette qu'un peintre aurait nettoyée dans la rivière, mais du crâne défoncé de Jérôme Morval. Salement défoncé, même. Le sang s'échappe d'une profonde entaille dans le haut de son crâne, nette, bien propre, lavée par le ru de l'Epte dans lequel sa tête est plongée.
Mon berger allemand s'approche, renifle. Je crie à nouveau, plus fermement cette fois :
- Non, Neptune ! Recule !
Je me doute qu'ils ne vont pas tarder à trouver le cadavre. Même s'il n'est que 6 heures du matin, un promeneur va sans doute passer, ou bien un peintre, un type qui fait son jogging, un ramasseur d'escargots... un passant, qui va tomber sur ce corps.
Je prends garde à ne pas m'avancer davantage. Je m'appuie sur ma canne. La terre devant moi est boueuse, il a beaucoup plu ces derniers jours, les bords du ru sont meubles. A quatre-vingt-quatre ans, je n'ai plus vraiment l'âge de jouer les naïades, même dans un ruisseau de rien du tout, de moins d'un mètre de large, dont la moitié du débit est détournée pour alimenter le bassin des jardins de Monet. D'ailleurs, il paraît que ce n'est plus le cas, qu'il existe un forage souterrain pour alimenter l'étang aux Nymphéas, maintenant.
- Allez, Neptune. On continue.
Je lève ma canne vers lui comme pour éviter qu'il ne colle sa truffe dans le trou béant de la veste grise de Jérôme Morval. La seconde plaie. Plein coeur.
- Bouge ! On ne va pas traîner là.
Je regarde une dernière fois le lavoir, juste en face, et je continue le long du chemin. Rien à dire, il est impeccablement entretenu. Les arbres les plus envahissants ont été sciés à la base. Les talus sont désherbés. Il faut dire, quelques milliers de touristes le fréquentent chaque jour, ce chemin. On y passerait une poussette, un handicapé en fauteuil, une vieille avec une canne. Moi !
- Allez, viens, Neptune.

Déjà lu du même auteur : 

Ne_lache_pas_ma_main_600x966 Ne lâche pas ma main 98872184 Nymphéas noirs 

98998679 Un avion sans elle

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23 janvier 2016

Boomerang - Tatiana de Rosnay

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Audiolib - septembre 2015 - 9h49 - Lu par Julien Chatelet

Éditions Héloïse d'Ormesson – avril 2009 – 376 pages

Livre de Poche - avril 2010 - 375 pages

traduit de l'anglais par Agnès Michaux

Quatrième de couverture :
Sa soeur était sur le point de lui révéler un secret… et c’est l’accident. Elle est grièvement blessée. Seul, l’angoisse au ventre, alors qu’il attend qu’elle sorte du bloc opératoire, Antoine fait le bilan de son existence : sa femme l’a quitté, ses ados lui échappent, son métier l’ennuie et son vieux père le tyrannise.
Comment en est-il arrivé là ? Et surtout, quelle terrible confidence sa cadette s’apprêtait-elle à lui faire ?
Rattrapé par le passé, Antoine Rey vacille. Angèle, une affriolante embaumeuse, lui apportera une aide inattendue dans sa recherche de la vérité.
Entre suspense, comédie et émotions, Boomerang brosse le portrait d’un homme bouleversant, qui nous fait rire et nous serre le coeur.

Auteur : Franco-anglaise, Tatiana de Rosnay est l’auteure de douze romans, dont Elle s’appelait Sarah (2007), phénomène vendu à plus de 9 millions d’exemplaires dans le monde, Rose (2011), À l’encre russe (2013) et d’une biographie de Daphné du Maurier, Manderley for ever (2015).

Lecteur : De formation théâtrale - il a fréquenté le cours de Jean-Laurent Cochet - Julien Chatelet a incarné le rôle de l’inspecteur Portaldans Les Cordier, juge et flic. Artiste complet, il tourne dans denombreux courts-métrages, est réalisateur et chanteur de rhythm’nblues.  

Mon avis : (écouté en janvier 2016)
Antoine est architecte, divorcé, père de trois enfants dont l’adolescence le dépasse un peu. Sa soeur Mélanie est éditrice et célibataire.

Pour les 40 ans de cette dernière, Antoine lui offre un week-end surprise à Noirmoutier. C’est l’île de leur enfance, ils n’y sont pas retournés depuis plus de trente ans, Mélanie avait six ans et Antoine avait dix ans. C’était le dernier été qu’ils ont passé avec leur maman, celle-ci est décédée l’année suivante à l’âge de trente-cinq ans.
Ce week-end à Noirmoutier va faire resurgir les souvenirs du passé. Lors du voyage du retour, Mélanie, alors au volant, commence cette phrase « Antoine, il faut que je te dise quelque chose. J'y ai pensé toute la journée. La nuit dernière, à l'hôtel, tout m'est revenu. C'est à propos… » 
Et c’est l’accident.
Antoine est indemne, Mélanie est blessée, elle n'est pas à même de finir la phrase commencée lors de l'accident. Antoine s'interroge sur cette révélation avortée et sur le bilan sa propre vie. A l'hôpital, il va faire connaissance avec la belle et mystérieuse Angèle qui va l’aider à avancer dans sa vie. Il va mener son enquête sur le passé de sa famille, en particulier sur sa mère qu'il a l'impression de ne pas connaître.
Un livre très facile à écouter, les personnages sont attachants et originaux, un livre plein d’émotion qui m’a beaucoup touchée.

Une adaptation cinématographique de ce livre a été réalisé en 2015 par François Favrat avec comme acteurs Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audrey Dana. Je n'ai pas encore eu l'occasion de le voir.

198981

Extrait : (début du livre)
La petite salle d'attente est morne. Dans un coin, un ficus aux feuilles poussiéreuses. Six fauteuils en plastique se font face sur un lino fatigué. On m'invite à m'asseoir. Je m'exécute. Mes cuisses tremblent. J'ai les mains moites et la gorge sèche. La tête me lance. Je devrais joindre notre père avant qu'il ne soit trop tard, mais je suis tétanisé. Mon téléphone reste dans la poche de mon jean. Appeler notre père ? Pour lui dire quoi ? Je n'en ai pas le courage.
La lumière est crue. Des tubes de néon barrent le plafond. Les murs sont jaunâtres, craquelés par le temps. Hébété sur mon siège, désarmé, perdu, je rêve d'une cigarette. Je dois lutter contre un haut-le-cœur. Le mauvais café et la brioche pâteuse que j'ai avalés il y a deux heures ne passent pas.
J'entends encore le crissement des pneus. Je revois l'embardée de la voiture. Ce drôle de balancement quand elle s'est brutalement déportée vers la droite pour venir heurter le rail de sécurité. Puis le cri. Son cri. Qui résonne toujours en moi.
Combien de gens ont patienté ici ? Combien ont attendu sur ce même siège d'avoir des nouvelle d'un être cher ? Je ne peux m'empêcher d'imaginer ce dont ces tristes murs ont été témoins. Les secrets qu'ils renferment. Leur mémoire. Les larmes, les cris. Le soulagement et l'espoir, aussi.
Les minutes s'égrènent. Je fixe d'un œil vide la pendule crasseuse au-dessus de la porte. Rien d'autre à faire qu'attendre.

Après une demi-heure, une infirmière entre dans la pièce. Son visage est long et chevalin. De sa blouse dépassent de maigres bras blancs.
— Monsieur Rey ?
— Oui, dis-je, le souffle court.
— Vous voudrez bien remplir ces papiers. Nous avons besoin de renseignements complémentaires. Elle me tend plusieurs feuilles et un stylo.
— Elle va bien ? tenté-je d'articuler.
Ma voix n'est qu'un faible fil prêt à se rompre. De ses yeux humides, aux cils rares, l'infirmière me lance un regard inexpressif.
— Le docteur va venir.
Elle sort. Elle a le cul plat et mou.
J'étale les feuilles sur mes genoux. Mes doigts ne m'obéissent plus.
Nom, date et lieu de naissance, statut marital, adresse, numéro de sécurité sociale, mutuelle. J'ai les mains qui tremblent tandis que j'écris : 
Mélanie Rey, née le 15 août 1967 à Boulogne-Billancourt, célibataire, 49 rue de la Roquette, 75011 Paris
.
Je ne connais pas le numéro de sécurité sociale de ma sœur, ni sa mutuelle, mais je dois pouvoir les trouver dans son sac à main. Où est-il ? Je ne me souviens pas de ce qu'est devenu ce fichu sac. Mais je me rappelle parfaitement la façon dont le corps de Mélanie s'est affalé quand on l'a extraite de la carcasse. Son bras inerte qui pendait dans le vide quand on l'a déposée sur la civière. Et moi ? Pas une mèche de travers, pas un bleu. Pourtant j'étais assis à côté d'elle. Un violent frisson me secoue. Je veux croire que tout cela n'est qu'un cauchemar et que je vais me réveiller.
L'infirmière revient et m'offre un verre d'eau. Je l'avale avec difficulté. L'eau a un goût métallique. Je la remercie. Je n'ai pas le numéro de sécurité sociale de Mélanie. Elle hoche la tête, récupère les papiers et sort.
Les minutes me semblent aussi longues que des heures. La pièce est plongée dans le silence. C'est un petit hôpital dans une petite ville. Aux environs de Nantes. Je ne sais pas vraiment où. Je pue. Pas d'air conditionné. La sueur s'instille de mes aisselles jusqu'au pli de mes cuisses. L'odeur âcre et épaisse de la peur et du désespoir me submerge. Ma tête me lance toujours. Je tente de maîtriser ma respiration. Je ne tiens que quelques minutes. Puis l'atroce sensation d'oppression me gagne à nouveau.

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09 décembre 2015

Millenium 4 - Ce qui ne me tue pas - David Lagercrantz

 Lu en partenariat avec Audiolib 

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Audiolib - octobre 2015 - 16h15 - Lu par Emmanuel Dekoninck

Actes Noirs - août 2015 - 482 pages

traduit du suédois par Hege Roel-Rousson

Titre original : Det som inte dödar oss, 2015

Quatrième de couverture : 
Elle est une hackeuse de génie. Une justicière impitoyable qui n’obéit qu’à ses propres lois.
Il est journaliste d’investigation. Un reporter de la vieille école, persuadé qu’on peut changer le monde avec un article. La revue Millénium, c’est toute sa vie. Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael Blomkvist se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin. Au même moment, Lisbeth Salander tente de pénétrer les serveurs de la NSA…
Dix ans après la publication en Suède du premier volume de Millénium, David Lagercrantz livre un thriller d’une actualité brûlante et signe les retrouvailles des personnages cultes créés par Stieg Larsson. La saga continue.

Auteur : Né en 1962, David Lagercrantz est un écrivain et journaliste suédois habitant à Stockholm. Auteur de plusieurs livres, il affirme notamment sa notoriété sur la scène littéraire suédoise en 2009 avec la parution de Syndafall i Wilmslow (La Chute de l'homme à Wilmslow), un roman centré sur le personnage du mathématicien britannique Alan Turing (à paraître en 2016).

Lecteur : Interprète de théâtre de grand talent, apprécié à Bruxelles et à Paris, metteur en scène et également compositeur, Emmanuel Dekoninck vit en Belgique. Il a déjà enregistré pour Audiolib, entre autres, Millénium et 1Q84.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Deuxième lecture de ce tome 4, écrit par un nouvel auteur, en lecture audio cette fois-ci. Même lecteur que pour les 3 tomes précédents : Emmanuel Dekoninck et c'est toujours une grande réussite. A lui seul, il arrive à donner une voix à chacun des personnages. C'est impressionnant et très confortable à l'écoute. 
Comme à chaque fois, que je relis un livre en audio, je découvre des détails que je n'avais pas remarqué lors de ma première lecture et je redécouvre le livre autrement, dans ce cas, connaissant l'ensemble de l'intrigue, j'ai pu plus me concentrer sur les personnages. 
Le journal Millenium a quelques difficultés, Mickael Blomkvist, devenu "ringard", espère avoir un scoop pour faire mentir ses détracteurs. Le professeur Frans Balder, chercheur éminent dans le domaine de l'intelligence artificielle, le contacte en pleine nuit pour des révélations. Mais lorsque Blomkvist arrive chez le professeur, celui-ci vient d'être assassiné, laissant comme témoin August, son fils autiste. Lisbeth avait déjà rencontré et travaillé pour le professeur Frans Balder, et Mickael Blomkvist tente de la contacter. Toujours aussi très douée en informatique, Lisbeth travaille à pénétrer les serveurs de la NSA, l'Agence de Sécurité Nationale des Etats-Unis... Je ne vais pas en raconter plus sur l'intrigue, Lisbeth va se dévoiler un peu plus, même si elle garde encore quelques secrets sur son passé. 

Merci Morgane et les éditions Audiolib pour cette lecture captivante

Extrait : (début du livre)
Prologue
Un an plus tôt à l'aube
Cette histoire commence par un rêve, un rêve qui n’a rien d’extraordinaire. Juste une main qui frappe régulièrement et inlassablement contre un matelas dans l’ancienne chambre de Lundagatan.

Pourtant, c’est à cause de ce rêve que Lisbeth Salander sort de son lit au petit matin, s’installe devant son ordinateur, et commence la traque.

1er - 21 Novembre

La NSA, National Security Agency, est un organisme fédéral placé sous l’autorité du département de la Défense des États-Unis. Son siège se trouve à Fort Meade dans le Maryland, au bord de l’autoroute Patuxent.
Depuis sa fondation en 1952, la NSA s’occupe du renseignement d’origine électromagnétique – aujourd’hui principalement Internet et l’activité téléphonique. Les pouvoirs de l’organisme n’ont cessé d’être élargis, il intercepte désormais plus de vingt millions de messages et conversations par jour.

Début novembre

Frans Balder s’était toujours considéré comme un père minable.
Le petit August avait déjà huit ans, et jusqu’à ce jour Frans n’avait jamais essayé d’endosser son rôle de père. Même à cet instant, il eût été faux de prétendre qu’il se sentait à l’aise face à ses responsabilités. Mais il estimait que c’était son devoir. Son fils avait la vie dure chez son ex-femme et l’enfoiré qui lui tenait lieu de fiancé, Lasse Westman.
Frans Balder avait donc lâché son poste dans la Silicon Valley et pris l’avion pour regagner son pays. Il se trouvait à présent à l’aéroport d’Arlanda et attendait un taxi. Il se sentait un peu perdu. La météo était infernale. Pluie et tempête lui fouettaient le visage et il se demandait pour la énième fois s’il avait fait le bon choix.
De tous les crétins égocentriques du monde, c’était lui qui allait se retrouver papa à plein temps. Un peu tordu, quand même… Autant aller travailler dans un zoo. Il ne connaissait rien aux enfants et pas grand-chose à la vie en général. Et le plus curieux dans l’histoire, c’est que personne ne lui avait rien demandé. Aucune mère ou grand-mère n’avait téléphoné pour le sommer d’assumer enfin ses responsabilités.
Il avait pris la décision seul et s’apprêtait à débarquer chez son ex-femme pour récupérer son fils, sans prévenir et en dépit du jugement relatif à la garde. Ça allait foutre la pagaille, évidemment. Il aurait certainement droit à une sacrée rouste de la part de cet abruti de Lasse. Tant pis.
Il s’engouffra dans le taxi. Le chauffeur était une femme qui mâchait frénétiquement son chewing-gum tout en essayant de lui faire la conversation. Peine perdue : même en temps normal, Frans Balder n’était pas du genre bavard.
Impassible, sur la banquette arrière, il songeait à son fils et à tout ce qui s’était passé ces derniers temps. August n’était pas l’unique ni même la principale raison de sa démission de chez Solifon. Frans était à un tournant de sa vie et, l’espace d’un instant, il se demanda s’il aurait le courage, finalement.

Déjà écouté :

CD_LARSSON_MILLENIUM_1 Millénium 1 millenium2_audio Millénium 2  millenium3_audio Millenium 3

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