20 septembre 2017

Par amour - Valérie Tong Cuong

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - juillet 2017 - 9h06 - Lu par Benjamin Jungers, Kelly Marot, Olivier Martinaud, Emilie Vidal Subias

JC Lattès - janvier 2017 - 416 pages

Quatrième de couverture :
À travers le destin de deux soeurs, Émélie et Muguette, de leurs maris, Joffre et Louis, et de leurs enfants, Jean, Lucie, Joseph et Marline, Par amour, raconte le martyre de la ville du Havre depuis l’Exode et son occupation par les Allemands, à sa libération en 1944, sous le déluge des bombes alliées qui la détruiront presque entièrement.
Donnant la parole à chacun des personnages, la singularité de ce roman est de livrer au lecteur ce que fut la traversée de cette guerre, jour après jour, pour les gens ordinaires, hommes, femmes, enfants – dont certains seront envoyés, pour les protéger, jusqu’en Algérie. Et de nous révéler combien l’amour, s’il n’évite ni le danger ni les blessures, éclaire magnifiquement les routes.

Auteur : Valérie Tong Cuong a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l'écriture et à la musique. Elle a publié onze romans, dont le très remarqué Atelier des miracles. Ses livres sont traduits dans dix-huit langues.

Lecteurs : Né en 1986 à Bruxelles, Benjamin Jungers rejoint le Conservatoire de théâtre de Paris, puis la Comédie-Française. Il joue en 2016 dans Les Femmes savantes au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Comédienne française, Kelly Marot fait du doublage depuis l’âge de cinq ans. Elle est notamment la voix française de Jennifer Lawrence dans la célèbre saga Hunger Games.
Comédien et metteur en scène, Olivier Martinaud a été formé au Conservatoire supérieur d’art dramatique. On le retrouve au cinéma, à la télévision pour Arte, et à la radio pour France Inter et France Culture, il prête également sa voix pour des émissions, documentaires et fictions.
De formation classique, Émilie Vidal-Subias alterne les projets entre spectacles jeune public, créations contemporaines ou musicales, sans oublier la publicité et le cinéma. Récemment, elle se découvre une véritable passion pour le travail de la voix off et du conte.

Mon avis : (lu en août 2017)
A partir de témoignages et d’archives sur la vie au Havre durant la Seconde Guerre Mondiale, Valérie Tong Cuong a écrit un roman autour du quotidien de deux familles. Émélie, Joffre et leurs enfants, Jean et Lucie et Muguette, Louis et leurs enfants Joseph et Marline. Émélie et Muguette sont deux soeurs. Le livre commence lors de l'Exode, c'est Lucie qui raconte lorsqu'Émélie et Muguette et les enfants se trouvent sur les routes pour fuir Le Havre menacé par les Anglais et les Allemand... Les hommes Joffre et Louis sont alors mobilisés et absents. Tour à tour les différents personnages racontent les évènements de la guerre, bombardements, l'occupation allemande, les difficultés de l'approvisionnement... C'est vraiment très bien documenté, l'histoire est palpitante et ces points de vues différents à travers les récits, des enfants et des parents est une très bonne idée.
Dans la version audio, les cinq lecteurs sont très bons et soulignent le parti pris de l'auteur du récit à plusieurs voix.

Merci Pauline et  Audiolib pour cette lecture prenante et passionnante !

Extrait : (début du livre)
LUCIE
Lundi 10 juin 1940
Dès que maman a poussé la porte, j’ai compris que cette journée serait différente des autres. D’abord, il était six heures du matin, ça je le savais parce que les cloches de Sainte-Marie ont sonné six coups, or d’habitude, les jours de classe, nous nous levions à sept heures pile. Et puis maman portait ses habits du dimanche alors que nous étions lundi et ses joues étaient toutes creusées, comme si on l’avait chiffonnée.

Elle m’a contemplée bizarrement. J’ai pensé que moi aussi, je devais avoir l’air froissée : j’avais roulé d’un bord à l’autre de mon lit la moitié de la nuit en écoutant papa fredonner la berceuse qu’il me chantait lorsque j’étais bébé, ou plutôt en écoutant les souvenirs de mon cœur, puisque papa était parti depuis exactement neuf mois, « À côté de ta mère Fais ton petit dodo Sans savoir que ton père S’en est allé sur l’eau », neuf mois de silence ou presque, une permission seulement, mais comme disait maman : « Les bonnes nouvelles marchent et les mauvaises courent, si c’est pour apprendre qu’il est mort ou prisonnier comme ce pauvre Louis, nous le saurons bien assez tôt. »
Elle portait une grande valise, elle a déclaré que nous devions partir maintenant, maintenant c’était dans la seconde, « Vite, vite, allons Jean, tu lambines, aide ta sœur », le temps de prendre quelques affaires, mais pas trop, un change et notre manteau d’hiver même s’il faisait une chaleur terrible depuis des jours, parce que nous ne savions pas quand nous rentrerions et aussi bien, la semaine suivante, le vent du nord viendrait nous mordre les os.
Jean a demandé à maman de quoi elle avait peur. Jusque-là maman répétait que tout allait bien se passer, même après les premiers bombardements sur le port alors que le ciel était en flammes, même lorsque le Petit Paris avait brûlé ou que les voisins avaient décidé d’aller dormir chaque soir en ville haute, elle répétait, il n’y a aucune inquiétude à avoir, la DCA fait son travail, les Anglais vont nous protéger, nous ne sommes pas des rats qui fuient à la première occasion !
À chacune des alertes, nous courions tous les trois à la cave, bouchant nos oreilles et chantant à tue-tête « Tout va très bien, madame la marquise » jusqu’à ce que les sirènes s’arrêtent et que maman s’exclame : « Eh bien, qui avait raison ? »
Pour ne pas la contrarier, nous faisions semblant de ne pas sentir cette horrible odeur de brûlé qui nous piquait le nez et les yeux, et maman aussi faisait semblant de rien.

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22 août 2017

Un appartement à Paris - Guillaume Musso

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - juin 2017 - 9h43 - Lu par Arnaud Romain

XO éditions - mars 2017 - 484 pages

Quatrième de couverture :
" L'art est un mensonge qui dit la vérité... "

Paris, un atelier d'artiste caché au fond d'une allée verdoyante. 
Madeline l'a loué pour s'y reposer et s'isoler. 
À la suite d'une méprise, cette jeune flic londonienne y voit débarquer Gaspard, un écrivain misanthrope venu des États-Unis pour écrire dans la solitude. Ces deux écorchés vifs sont contraints de cohabiter quelques jours. 
L'atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz et respire encore sa passion des couleurs et de la lumière. Terrassé par l'assassinat de son petit garçon, Lorenz est mort un an auparavant, laissant derrière lui trois tableaux, aujourd'hui disparus. Fascinés par son génie, intrigués par son destin funeste, Madeline et Gaspard décident d'unir leurs forces afin de retrouver ces toiles réputées extraordinaires. 
Mais, pour percer le véritable secret de Sean Lorenz, ils vont devoir affronter leurs propres démons dans une enquête tragique qui les changera à jamais. 

Auteur : Guillaume Musso est l’auteur français le plus lu. Traduit en quarante langues, il s’est fait connaître avec succès grâce à ses romans à la tonalité surnaturelle. Depuis plusieurs années, il s’installe comme l’un des auteurs incontournables du suspense français, avec des titres tels que L’Appel de l’angeCentral Park et plus récemment La fille de Brooklyn. Son thriller fantastique Et après…, a été porté à l’écran avec Romain Duris et John Malkovich.

Lecteur : Arnaud Romain est auteur, comédien et chanteur et a participé à de nombreux spectacles salués par des Molière ou programmés à Avignon. Il est l’un des comédiens de prédilection d’Isabelle Mergault ou d’Alain Sachs, qu’il assiste pour ses mises en scène. Enfin, sa pratique de l’écriture en tant qu’adaptateur le rend particulièrement sensible aux intentions d’un auteur.

Mon avis : (écouté en juillet 2017)
Madeline est une ancienne inspecteur de police londonienne, elle a décidé de louer à Paris un atelier d’artiste caché au fond d’une allée verdoyante pour s'isoler et se reposer. Elle envisage d'avoir un enfant.
Gaspard Coutances est un écrivain solitaire, son éditeur lui a loué le même appartement pour qu'il finisse d'écrire une pièce de théâtre. Au début, ils sont furieux l'un et l'autre de devoir cohabiter dans cet appartement.
Cet atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz, ce dernier est décédé suite à la douleur d’avoir perdu son petit garçon, kidnappé puis assassiné sous les yeux de sa mère. Pour des raisons personnelles, Madeline et Gaspard s'intéressent à Sean Lorenz et après avoir appris que peu de temps avant sa mort, Sean Lorenz a brûlé toutes ses oeuvres, sauf 3 tableaux qu’il a caché, ils décident donc de partir à la recherche des tableaux disparus. Plus ils vont s'approcher du vrai secret de Sean Lorez et plus ils vont s'apprivoiser l'un l'autre...
L'histoire est captivante, les personnages sont attachants et l'enquête est pleine de surprises et de rebondissements...
Le lecteur est très agréable à écouter, j'ai passé de très agréables moments de lecture avec ce livre audio.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture prenante et très agréable.

Extrait : (début du livre)
Londres, un samedi en fin de matinée.
Tu ne le sais pas encore, mais dans moins de trois minutes tu vas affronter l’une des épreuves les plus pénibles de ton existence. Une épreuve que tu n’as pas vue venir, mais qui va te marquer aussi douloureusement qu’une brûlure au fer rouge sur une peau tendre.
Pour l’instant tu déambules, sereine, dans la galerie commerçante aux allures d’atrium antique. Après dix jours de pluie, le ciel a retrouvé une belle teinte bleu turquin. Les rayons de soleil qui font chatoyer la verrière du grand magasin t’ont mise de bonne humeur. Pour célébrer le début du printemps, tu t’es même offert cette petite robe rouge à pois blancs qui te faisait de l’œil depuis quinze jours. Tu te sens légère, presque guillerette. Ta journée s’annonce plaisante : d’abord, un déjeuner avec Jul’, ta meilleure amie, une séance de manucure entre filles, sans doute une expo à Chelsea, puis ce soir le concert de PJ Harvey à Brixton.
Une navigation tranquille dans les méandres douillets de ta vie. 
Sauf que soudain, tu l’aperçois.

*

C’est un petit garçon blond vêtu d’une salopette en jean et d’un duffle-coat bleu marine. Deux ans peut-être, ou un peu plus. De grands yeux clairs et rieurs qui brillent derrière des lunettes colorées. Des traits fins qui émergent d’une bouille ronde de poupon encadrée de courtes bouclettes lumineuses comme une meule de foin sous le soleil d’été. Ça fait déjà un moment que tu le regardes, de loin, mais plus tu te rapproches, plus tu es fascinée par son visage. Un territoire vierge, radieux, que ni le mal ni la peur n’ont encore eu le temps d’infecter. Sur cette frimousse, tu ne vois qu’un éventail de possibilités. De la joie de vivre, du bonheur à l’état brut.
À présent, lui aussi te regarde. Un sourire complice et candide éclaire son visage. Avec fierté, il te montre le petit avion métallique qu’il fait voler au-dessus de sa tête entre ses doigts potelés.
– Vreuuummm…
Alors que tu lui rends son sourire, une drôle d’émotion commence à t’étreindre. Le poison lent d’un sentiment indéchiffrable contamine tout ton être d’une tristesse inconnue.
Le bambin a écarté les bras et s’est mis à trottiner autour de la fontaine en pierre qui projette ses volutes d’eau sous la coupole de la galerie. Pendant un bref instant, tu crois qu’il court vers toi et qu’il va sauter dans tes bras, mais…

– Papa, papa ! T’as vu, je fais l’avion !
Tu lèves les yeux et ton regard rencontre celui de l’homme qui attrape l’enfant à la volée. Une lame glacée te transperce et ton cœur se bloque.
Cet homme, tu le connais. Il y a cinq ans, vous avez vécu une histoire d’amour qui a duré plus d’une année. Pour lui tu as quitté Paris pour Manhattan et changé de boulot. Pendant six mois, vous avez même essayé d’avoir un bébé qui n’est jamais venu. Puis l’homme est retourné vivre auprès de son ex-femme avec qui il avait déjà un enfant. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour le retenir, mais cela n’a pas été suffisant. Tu as vécu douloureusement cette période et, alors que tu pensais être parvenue à tourner la page, tu le rencontres aujourd’hui et ça te brise le cœur.
À présent, tu comprends mieux ton trouble. Tu te dis que cet enfant aurait pu être le vôtre. Que cet enfant aurait dû être le vôtre.
L’homme t’a reconnue tout de suite et n’évite pas ton regard. À son expression désolée, tu le devines aussi surpris que toi, mal à l’aise, vaguement honteux. Tu penses qu’il va venir te parler, mais, comme un cerf aux abois, il a un geste protecteur pour sa progéniture et s’empresse de tourner les talons.
– Allez viens, Joseph, on s’en va.

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06 juillet 2017

Arrête avec tes mensonges - Philippe Besson

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - juin 2017 - 4h45 - Lu par Antoine Leiris

Julliard - janvier 2017 - 198 pages

Quatrième de couverture :
Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Auteur : Né en Charente, Philippe Besson a fait des études de droit et est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen. C’est en 2001 qu’il publie son premier roman, En l’absence des hommes, qui reçoit le prix Emmanuel-Roblès. Dès lors, la plupart de ses livres est saluée par l’obtention d’un prix littéraire, une nomination, ou fait l’objet d’une adaptation cinématographique, comme Son frère, réalisé par Patrice Chéreau. Il est également, à la télévision, la radio et la presse écrite, un critique littéraire subtil et talentueux.

Lecteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Il est l’auteur d’un premier livre très remarqué, Vous n’aurez pas ma haine, Grand Prix du livre audio France Culture - Lire dans le Noir en 2017, lu par André Dussollier.

Mon avis : (écouté en juin 2017)
Barbezieux en Charente, c'est la rencontre improbable entre deux garçons dans un lycée de province. Thomas est fils de paysan destiné à reprendre la ferme familiale, Philippe, l'auteur du livre, est fils d'instituteur, il aime les livres et après son Bac, il poursuivra ses études à Bordeaux. Cet hiver 1984, ils tombent amoureux l'un de l'autre, une histoire clandestine et secrète, c'est la condition obligatoire pour pouvoir vivre cette passion réciproque. Même s'ils se côtoient au lycée, rien ne doit paraître sur leur complicité, sur leur élan amoureux... Thomas ne veut pas et ne peut pas avouer ce qu'il est, il craint trop les conséquences d'un tel aveux.

Dans ce roman l'auteur se dévoile enfin en racontant ce premier grand amour qui est certainement à l'origine de sa vocation d'écrivain et qui a inspiré son oeuvre. Il ose enfin raconter cette histoire autobiographique longtemps gardée secrète.
Un roman juste et poignant.
La lecture faite par Antoine Leiris est juste et très agréable. L'entretien "bonus" avec Philippe Besson est très intéressante.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture émouvante et sincère.

Déjà lu du même auteur :

 La Trahison de Thomas Spencer

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31 mai 2017

The Girls - Emma Cline

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 9h20 - Lu par Rachel Arditi

Quai Voltaire - août 2016 - 336 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Titre original : The Girls, 2016

Quatrième de couverture :
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable.

Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais otujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent. 

Auteur : Emma Cline est née en Californie en 1989. Ses nouvelles ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du Prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman

Lecteur : Rachel Arditi est comédienne. Elle débute au théâtre avec Bernard Murat dans Le Libertin d'Eric-Emmanuel Schmitt. S'ensuivent de nombreuses collaborations avec des metteurs en scène variés (Julie Brochen, Stephan Meldegg, Adrien de Van...). Récemment, on l'a vue au théâtre dans Politiquement correct de Salomé Lelouch au théâtre de la Pépinière. 
Elle tourne régulièrement pour le cinéma et la télévision, notamment avec Mona Achache, Mia Hansen-Love, Marina de Van, Alexandre Astier, Patrice Leconte... Depuis deux ans, elle adapte des romans pour la scène avec la metteure en scène Justine Heynemann, notamment Les Petites Reines de Clémentine Beauvais qu'elle a également enregistré en livre audio pour Audiolib. 

Mon avis : (écouté en mai 2017)
La narratrice, Evie Boyd, se souvient de son adolescence en Californie, dans les années 60. Cet été là, Evie est âgée de 14 ans, elle est en conflit avec sa mère qui tente de refaire sa vie. Elle va faire la rencontre d'une bande de filles et fascinée par leur liberté, elle va céder à Suzanne qui l'attire et sait lui parler. Evie se retrouve embrigadée dans cette communauté de filles qui obéissent à un gourou toxique... L'auteur s'est inspirée de l'histoire de Charles Manson et de sa communauté hippie, elle s'est surtout attachée à développer les questions de la condition féminine ainsi que du mal-être et des errances de l'adolescence. 
J'ai eu de la difficulté à écouter ce livre, est-ce la lassitude de l'exercice puisque c'est le dernier livre des 10 de la sélection pour le Prix Audiolib ou surtout la lenteur de la narration, en particulier la première partie qui traîne vraiment en longueur ou un peu des deux... 
J'avais eu de bon retour sur ce livre et j'en attendais sans doute trop... J'aurai sans doute dû également lire plus attentivement la quatrième de couverture avant mon écoute pour être plus patiente et attentive à l'histoire... Pour ma part, c'est un rendez-vous manqué avec ce livre.

Extrait : (début du livre)
JE levai les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.
Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais ça n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc. Les familles attendaient leur tour devant le grill pour acheter des saucisses ou des hamburgers. Des femmes en chemisiers à carreaux qui se collaient contre leurs amoureux, des enfants qui lançaient des boutons d’eucalyptus aux poules sauvages qui envahissaient l’allée. Ces filles aux cheveux longs semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et à part. Tels des membres de la famille royale en exil.
Je les observai bouche bée, sans honte, ni retenue : il me paraissait impossible qu’elles se tournent vers moi et me remarquent. J’avais oublié mon hamburger posé sur mes genoux, la brise transportait la puanteur du fretin venant de la rivière. C’était l’époque où j’examinais et classais immédiatement les autres filles, consciente chaque fois de tout ce qui me séparait d’elles, et je vis tout de suite que celle aux cheveux noirs était la plus jolie. Je m’y attendais, avant même d’avoir pu discerner leurs visages. Une impression surnaturelle flottait autour d’elle et une robe à smocks sale couvrait à peine son cul. Elle était flanquée d’une rouquine maigre et d’une fille plus âgée, aussi pauvrement vêtues. Comme si on les avait repêchées dans un lac. Leurs bagues bon marché ressemblaient à des jointures supplémentaires. Elles s’aventuraient le long d’une frontière tortueuse, entre la beauté et la laideur, créant dans leur sillage une onde d’agitation. Les mères cherchaient leurs enfants du regard, mues par un sentiment qu’elles ne pouvaient pas nommer. Les femmes prenaient la main de leur amoureux. Les rayons de soleil transperçaient, comme toujours, les arbres – les saules endormis, le vent chaud qui soufflait sur les couvertures de pique-nique –, mais l’ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots.

 

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24 mai 2017

Born to run - Bruce Springsten

Prix Audiolib 2017

9782367623016-001-X Audiolib - mars 2017 - 19h21 - Lu par Jacques Frantz

Albin Michel - 

traduit de l'américain par Nicolas Richard

Titre original : Born to run, 2016

Quatrième de couverture : 
« Se raconter est une drôle d’affaire. Dans un projet comme celui-ci, l’auteur fait une promesse : laisser le lecteur entrer dans sa tête. C’est ce que j’ai essayé de faire au fil de ces pages. » BRUCE SPRINGSTEEN, dans les pages de Born to Run
 
Au cours des sept années écoulées, Bruce Springsteen s’est, en secret, consacré à l’écriture de l’histoire de sa vie, apportant à ces pages l’honnêteté, l’humour et l’originalité qu’on retrouve dans ses chansons. Il décrit son enfance, dans l’atmosphère catholique de Freehold, New Jersey, la poésie, le danger et les forces sombres qui alimentaient son imagination, jusqu’au moment qu’il appelle le Big Bang : la première fois qu’Elvis Presley passe à la télévision. Il raconte d’une manière saisissante l’énergie implacable qu’il a déployée pour devenir musicien, ses débuts dans des groupes de bar à Asbury Park et la naissance du E Street Band. Avec une sincérité désarmante, il raconte aussi pour la première fois les luttes personnelles qui ont inspiré le meilleur de son oeuvre et nous montre que la chanson Born to Run révèle bien plus que ce qu’on croyait. Born to Run sera une révélation pour quiconque apprécie Bruce Springsteen, mais c’est bien plus que le témoignage d’une rock star légendaire. C’est un livre pour les travailleurs et les rêveurs, les parents et les enfants, les amoureux et les solitaires, les artistes, les dingues et quiconque ayant un jour voulu être baptisé dans les eaux bénies du rock’n’roll.

Auteur : Chanteur, auteur, compositeur, Bruce Springsteen est né en 1949 dans le New-Jersey dans une ville ouvrière. Devenu un des plus grands artistes américains des quarante dernières années (plus de 120 millions d’albums vendus dans le monde), il a été révélé par Born to run en 1975, et n’a cessé depuis de faire course en tête (The RiverBorn in the U.S.A. etc.), couronné par les prix les plus prestigieux (Oscar, Grammies, Golden Globes…).
En France, son concert aux Vieilles charrues de Carhaix en 2009 a attiré plus de 50 000 fans !
Militant engagé, il défend la cause homosexuelle, les droits des noirs, des chômeurs, et s’est affirmé comme un des grands soutiens d’Obama dans sa tournée Vote for change.

Lecteur : De formation dramatique, Jacques Frantz travailla au conservatoire avec Antoine Vitez. Son parcours théâtral le fit se nourrir auprès des plus grands : Gildas Bourdet ou Roger Planchon, entre autres. Son parcours télévisuel (avec Serge Moati, Simon Brook, Denis Malleval, Henri Helman) et cinématographique (d’Yves Robert, Coline Serreau à Claude Chabrol ou Claude Berri, sans oublier Francis Weber, Luc Besson, Lars von Trier, ou récemment Pascal Chaumeil, dans L’Arnacoeur) ainsi qu’une longue pratique des enregistrements radio ont toujours attisé sa passion pour les textes.

Mon avis : (écouté partiellement en avril 2017 et mai 2017)
Je me doutais bien en recevant ce livre audio j'aurai du mal à lire ce livre en entier. Je ne suis pas une habituée des biographies, Bruce Springsten ne représente absolument rien pour moi et en plus le livre est très très long... J'ai fais plusieurs tentatives pour découvrir ce livre, mais je n'y suis pas arrivée à bout... Je me suis plusieurs fois endormie et même en essayant de sauter plusieurs chapitres pour y trouver une accroche quelconque, rien n'y a fait... 
J'avais bien aimé le lecteur, Jacques Frantz, dans plusieurs livres de Fred Vargas, ici la magie n'a pas opérée...

Extrait : (début du livre)
Prologue
Dans la ville balnéaire d’où je viens, avec son boardwalk, tout est un peu en toc. Moi, c’est pareil. À vingt ans, loin d’être un rebelle qui risquait sa vie au volant, je jouais de la guitare dans les rues d’Asbury Park et déjà j’avais obtenu une place de choix parmi ceux qui « mentent » pour servir la vérité… les artistes, avec un petit a. Mais j’avais quatre atouts dans mon jeu : la jeunesse, une expérience de presque dix ans à jouer dans les bars dans toutes les conditions, une bonne bande de musiciens qui avaient grandi là, habitués à mon style sur scène… et une histoire à raconter.
Ce livre est à la fois la suite de cette histoire et une enquête sur ses origines. J’ai pris comme paramètres les événements de ma vie qui ont, je crois, façonné cette histoire et ma musique. Dans la rue, les fans me demandent souvent : « Comment tu fais ? » Je vais tenter d’éclairer un peu le comment et, plus important, le pourquoi.

Kit de survie rock’n’roll

Patrimoine génétique, prédispositions, apprentissage du métier, élaboration d’une philosophie artistique à laquelle être fidèle, désir brut de… gloire ?… d’amour ?… d’admiration ?… d’attention… de femmes ?… de sexe ?… et… ah ouais, bien sûr… de pognon. Ensuite… si vous voulez vraiment aller au fond du fond… un feu intérieur… qui fait rage… qui brûle… sans jamais s’arrêter.
Voilà ce qui peut s’avérer utile si tu es amené à te présenter devant quatre-vingt mille (ou quatre-vingts) fans de rock’n’roll qui hurlent en attendant que tu leur fasses ton tour de magie. En attendant que tu sortes quelque chose de ton chapeau, que tu crées quelque chose de toutes pièces, quelque chose qui, avant que les fidèles se rassemblent, n’était qu’une rumeur alimentée par quelques chansons.
Je suis ici pour fournir la preuve que ce « nous » toujours insaisissable, jamais complètement crédible, existe bel et bien. C’est ça mon tour de magie. Et comme pour tout bon tour, il faut commencer par planter le décor. Et donc…

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15 mai 2017

Ma part de Gaulois - Magyd Cherfi

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 6h14 - Lu par l'auteur

Actes Sud - août 2016 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 1980, l'avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd - lycéen beur d'une cité de Toulouse - c'est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l'intégration et les raisons de certains renoncements.  

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l'identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d'une réalité qui persiste, boite, begaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Auteur : Magyd Cherfi est né à Toulouse en 1962. Dès le lycée, il écrit des scénarios de films amateurs, puis participe à la création de l'association Vitecri pour la promotion des cultures de banlieues. Cette association donnera naissance au groupe Zebda, dont il devient chanteur et parolier. Zebda publiera six albums entre 1992 et 2015. En solo, Magyd Cherfi est l'auteur-compositeur et interprête de deux albums Cité des Etoiles (2004) et Pas en vivant avec son chien (2007). Son nouvel album, Catégorie Reine, sort en mars 2017.
Des les deux recueils de récits publiés chez Actes Sud (Livret de famille en 2004 et La Trempe en 2007), il explore déjà les thématiques liées à la vaste question de l'identité.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Lors de la rentrée Littéraire de Septembre 2016, j'avais noté ce titre après avoir vu l'auteur à la télévision. Dans ce livre, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse. Il est un jeune beur tiraillé entre ses origines kabyle et française, bon élève et aimant étudier, il est également en décalage avec ses copains de la cité qui préfèrent le foot aux livres... Malgré cela, grâce à l'amour inconditionnelle de sa mère, aux amitiés fortes, aux liens qu'il a créé au fil de ses rencontres, Magyd fait sa place en créant une association de soutien scolaire, un club théâtre...
J'ai aimé l'accent chantant du sud-ouest de l'auteur-lecteur, j'ai eu plus de mal à appréhender le style où le vocabulaire fleuri (nombreuses insultes et grossièretés) est trop présent à mon goût. J'ai aimé le côté positif des propos de l'auteur. Son parcours n'a pas été facile, mais c'est cela qui lui a donné la force et lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. C'est à la fois drôle et émouvant, parfois poétique...

Extrait : (début du livre)
Longtemps j’ai aimé qu’on me dise :
— Magyd, écris-nous quelque chose ! Un truc qui tue, mets-nous le feu ! On s’ennuie.
Surtout les filles de mon quartier, qui savaient mon écriture inflammable et solidaire. J’aimais dégommer les mecs de ma cité qui me le rendaient bien. Je les croquais en verbe, ils me retournaient la bouche à coups de savate. Les filles, elles voulaient que j’écrive un incendie. Être leur pyromane me chauffait les neurones. Interdites de sorties je devenais leur passeport pour les étoiles.
— Écris la légende des quartiers.
Tout le monde aimait ça, que j’invente une “histoire”. D’histoire on n’en avait pas. Ma mère, les filles, les copains, un seul cri : Écris…
— Un truc qui tue !
Comme on dit au djinn “exauce mon vœu” ou à la fée “fais-moi apparaître la plus jolie princesse”. On me sollicitait de partout pour un petit bonheur pépère. J’étais dans ma cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume. Les copains aussi me demandaient des poèmes pour accrocher une voisine et quand ils revenaient me supplier pour deux ou trois autres quatrains, je la jouais poète pris dans les tourments de l’inspiration, je me prenais la tête à deux mains :
— Attendez, il faut que ça vienne.
J’en profitais pour leur soutirer les commentaires de la coquine ou la teneur de l’échange qui pouvait être un premier baiser ou la permission d’une caresse en des endroits bénis par la secte “garçons”.
— J’y ai tété le sein, la tête de ma mère !

Et je bandais tranquille, un peu pour la scène décrite et beaucoup pour la sensation de ce pouvoir en ma possession et dont je profitais par procuration.
La procuration, ô terre bénie dans laquelle j’ai atterri en douceur, très tôt.
J’étais mou, affable et grassouillet, ça vous donne trois raisons de ne pas visiter la jungle des hommes. Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel. Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince… charmant, musclé et pas con.
À défaut d’être “mec”, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo.
Par bonheur je n’étais pas que flasque et éteint, j’étais aussi fâché et j’ai donc envoyé mon écriture à la salle de gym. J’habitais la banlieue, ça dit tout.
Pourtant j’avoue pour avoir lu les “meilleurs” que j’étais à l’écriture ce que le mineur est au minerai, bien plus dans le concassage que dans l’épure.
J’en maudis encore le ciel, car écrire et être en colère auraient mérité un scribouillage hugolien. Rien de ça chez moi jusqu’à ce que j’assume ce qualificatif qui m’a hanté longtemps. Sympa.
— C’est sympa ce que t’écris.

 

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06 mai 2017

Désorientale - Négar Djavadi

Prix Audiolib 2017

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Audiolib - mars 2017 - 11h03 - Lu par Lila Tamazit

Liana Levi - août 2016 - 352 pages

Quatrième de couverture :
Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade.
Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

Auteur : Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. Elle a onze ans lorsqu’elle arrive clandestinement en France. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille plusieurs années derrière la caméra avant de se consacrer à l’écriture de scénarios. Elle vit à Paris. Désorientale est son premier roman.

Lecteur : Lila Tamazit possède plus d’une corde vocale à son art : théâtre, musique, comédie et voix-off ont toujours occupé sa vie. Depuis 2011, elle a été choisie pour être la voix de la chaine Arte. Chanteuse, elle expérimente la scène dans différentes formations mêlant jazz, folk et chanson. Elle revisite le répertoire de Serge Gainsbourg de manière lumineuse et singulière. Sa passion des mots l’a amenée à interpréter des textes exigeants (Hannah Arendt, Maïakovski, Guillevic, Allen Ginsberg) sous des formes expérimentales où se mêlent voix et musique.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Cette histoire mélange le présent à Paris et Bruxelle et le passé en Iran. Kimiâ Sadr, la narratrice, est dans la salle d'attente d’un hôpital, le lecteur comprend peu à peu qu’elle suit un protocole d'insémination artificielle. Dans ce cadre froid, elle se rappelle son histoire et celle de sa famille. Kimiâ est née en Iran, au début des années 80, alors qu'elle a dix ans, ses parents, étant des opposants au régime, sont obligés de quitter le pays pour s'exiler en France. 
Elle raconte ses souvenirs d'enfance en Iran, sa grand-mère, ses oncles, son départ d'Iran en passant par les montagnes du Kurdistan avec sa mère et ses sœurs, son arrivée en France et les différences entre les deux cultures... Il est question d'identité, de liens familiaux, de déracinement, de différence...
En rédigeant ce billet, je me suis interrogée sur le sens du titre Désorientale... Et tout à coup j'ai compris ! Ce mot valise est l'association du mot désorienté et orientale. Autant, le mot orientale est évident pour moi, autant le second mot désorienté vient de me sauter aux yeux. Je comprends mieux alors le côté désordonné du récit de ce roman. 
En effet, j'ai un avis mitigé sur cette lecture, en particulier sur la forme, le contenu est très intéressant et tient le lecteur en haleine, mais la profusion des personnages souvent haut en couleur, des péripéties en tout genre sans ordre chronologique et des nombreuses digressions dans le récit donnent une impression brouillonne et la forme audio n'est pas la meilleure pour s'y retrouver... Il y a bien un index dans la boîte du CD, répertoriant tous les personnages et leur généalogie, mais je ne me promène pas avec la boîte... J'ai donc décidé d'écouter chaque chapitre indépendamment sans chercher à tout prix à vouloir le lier aux précédents.

Extrait : (début du livre)
À Paris, mon père, Darius Sadr, ne prenait jamais d’escalator.
La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m’a répondu : « L’escalator, c’est pour eux. » Par eux, il entendait vous, évidemment. Vous qui alliez au travail en ce mardi matin d’avril. Vous, citoyens de ce pays, dont les impôts, les prélèvements obligatoires, les taxes d’habitation, mais aussi l’éducation, l’intransigeance, le sens critique, l’esprit de solidarité, la fierté, la culture, le patriotisme, l’attachement à la République et à la démocratie, avaient concouru durant des siècles à aboutir à ces escaliers mécaniques installés à des mètres sous terre.
À dix ans, je n’avais pas conscience de toutes ces notions, mais le regard désarmé de mon père – attrapé durant les mois passés seul dans cette ville et que je ne lui connaissais pas – m’ébranla au point qu’aujourd’hui encore, chaque fois que je me trouve face à un escalator, je pense à lui. J’entends le bruit de ses pas qui grimpent les marches dures de l’escalier. Je vois son corps légèrement penché en avant par l’effort, obstiné, volontaire, ancré dans le refus de profiter du confort éphémère de l’ascension mécanique. Dans la logique de Darius Sadr, ce genre de luxe se méritait, sinon c’était de l’abus, voire du vol. Son destin s’inscrivait désormais dans les escaliers de ce monde, le temps qui s’écoule sans surprise, le regard indifférent des passants.
Pour saisir la complexité de cette réflexion, il faut entrer dans la tête de mon père ; mon père de cette époque-là, Le Tumultueux, Le Désabusé. Comprendre le cheminement tortueux, magistralement absurde, de sa pensée. Voir sous la couche de souffrance, par-delà l’âpreté de l’échec, les étendues de délicatesse et d’élégance, de respect et d’admiration. Apprécier la cohérence de sa décision (ne pas prendre d’escalator), et l’habilité avec laquelle il concentra en quelques mots, lui qui avait passé la majeure partie de son existence courbé sur une rame de papier à écrire, tout ce qu’il était devenu et tout ce que vous représentiez.
Mais vous le savez aussi bien que moi, pour prétendre entrer dans la tête d’un homme, il faut d’abord le connaître ; avaler toutes ses vies, toutes ses luttes, tous ses fantômes. Et croyez-moi, si je commence par là, si j’abats déjà la carte du « père », je n’arriverais plus à vous raconter ce que je m’apprête à vous raconter.

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02 mai 2017

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici (livre audio)

Prix Audiolib 2017

Jeux de miroirs E 41YHifAsGyL

Audiolib - mars 2017 - 7h30 - Lu par Vincent Schmitt

Les escales - janvier 2017 - 304 pages

traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Titre original : The book of mirrors, 2017

Quatrième de couverture : 
Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?
Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes. Et si la vérité n’était qu’une histoire parmi d’autres ?

Auteur : E. O. Chirovici est un écrivain roumain, auteur de nombreux best-sellers dans son pays. Jeux de miroirs est le premier roman qu’il a écrit en anglais. Événement de la Foire internationale du livre de Francfort, il est en cours de traduction dans 38 pays et les droits d’adaptation cinématographique ont été acquis par Hollywood.

Lecteur : Ancien élève au conservatoire de Michel Bernardy et de Michel Bouquet, Vincent Schmitt prête fréquemment sa voix aux dramatiques de Radio France, sous la direction, notamment, de Jean-Matthieu Zahnd, en parallèle à sa carrière d’acteur au cinéma et au théâtre. Il a déjà enregistré pour Audiolib Immortelle randonnée, Prix LIRE des 20 meilleurs livres de l’année 2013 (livre audio).

Mon avis : (écouté en avril 2017)
J'avais déjà lu ce livre en version papier en février dernier, j'ai donc écouté ce livre en « version rapide ». Mon avis n'a pas changé, c'est un livre plutôt réussi. 
Peter Katz, agent littéraire reçoit un manuscrit inachevé qui revient sur un fait divers non élucidé : le meurtre de Joseph Wieder, un professeur de l’université de Princeton mondialement reconnu pour ses recherches sur la mémoire et sur la formation des souvenirs. Cet assassinat a eu lieu dans la nuit du 21 au 22 décembre 1987 et il n'a jamais été élucidé. Peter espère que ce manuscrit pourrait devenir un succès de librairie, il cherche alors à contacter l'auteur, Richard Flynn, pour découvrir la fin de l'histoire... Mais Richard Flynn vient de décéder et Peter ne retrouve aucune trace du manuscrit. Pour faire la lumière sur l'affaire Joseph Wieder, Katz engage John Keller, un journaliste d’investigation, pour enquêter sur tous les personnages ­encore vivants cités dans le manuscrit. Il fera ensuite appelle à Roy Freeman, un ancien policier qui, à  l'époque, avait été déjà sur l'enquête...

Cette enquête à trois voix est passionnante, il faut démêler le vrai du faux, c'est également une réflexion sur la mémoire, les souvenirs, les apparences sont souvent trompeuses... Jusqu'à la fin du livre le lecteur s'interroge...
Cette relecture audio a été plutôt sympathique, le lecteur est parfait et connaissant déjà le roman, je me suis concentrée sur certains détails passés inaperçus à ma première lecture... J'aime cette impression de redécouvrir un livre lorsque je le lis dans les deux versions audio et papier, les perceptions visuelle et auditive sont différentes et complémentaires.

Extrait : (début du livre)
J’ai reçu la proposition de manuscrit en janvier, au moment où tout le monde à l’agence tentait de se remettre d’une bonne gueule de bois post-festivités.
Le mail, qui avait adroitement échappé au dossier du courrier indésirable, s’était retrouvé dans ma boîte de réception, parmi des dizaines d’autres en attente. Au premier coup d’œil, la lettre d’accompagnement a piqué ma curiosité, alors je l’ai imprimée, de même que l’extrait du texte envoyé en pièce jointe, puis j’ai rangé le tout dans un tiroir de mon bureau. Occupé comme je l’étais à négocier un contrat, j’ai totalement oublié l’existence de ces pages. C’est seulement à la fin du mois, à la veille du week-end prolongé par le Martin Luther King Day, que je les ai redécouvertes au milieu de ma pile de documents à lire pendant ces trois jours.
La lettre, signée « Richard Flynn », était ainsi formulée : 

Cher Peter,

Je m’appelle Richard Flynn et, il y a vingt-sept ans, j’ai obtenu une licence d’anglais à Princeton. Je rêvais de devenir écrivain, j’ai publié quelques nouvelles dans des revues et même écrit un roman de trois cents pages, que j’ai abandonné après avoir essuyé un certain nombre de refus de la part d’éditeurs (et qu’avec le recul je trouve moi-même médiocre et ennuyeux). Par la suite, j’ai décroché un poste dans une petite agence de publicité du New Jersey et je suis toujours resté dans ce secteur d’activité. Au début, je parvenais presque à me convaincre que la publicité se rapprochait de la littérature et que je retournerais un jour à mes premières amours. Il est évident aujourd’hui que ce n’est pas arrivé. Je crois que, pour la plupart d’entre nous, devenir adulte signifie hélas acquérir la faculté d’enfermer ses rêves dans une boîte et de la jeter dans l’East River. Je n’étais manifestement pas destiné à être l’exception qui confirme la règle. 
Or, il y a quelques mois, j’ai fait une découverte importante, qui m’a remis en mémoire une série d’événements dramatiques survenus au cours de l’automne et de l’hiver 1987, pendant ma dernière année à Princeton. Vous croyez avoir oublié quelque chose – un événement, une personne ou une situation – et puis, brusquement, vous vous rendez compte que vos souvenirs prenaient la poussière dans un recoin de votre esprit mais qu’ils ont toujours été là, aussi nets que s’ils dataient de la veille. Vous voyez ce que je veux dire ? Une image me vient à l’esprit : vous sortez un objet d’un vieux placard bourré de rebuts, et tout vous tombe dessus d’un coup. C’est exactement ce qu’il s’est produit.
Cette révélation a eu sur moi l’effet d’un détonateur. Une heure après, je réfléchissais toujours à sa signification. Je me suis assis à mon bureau et, submergé par les réminiscences, j’ai commencé à écrire. Il était plus de minuit quand j’ai arrêté et j’avais déjà tapé plus de cinq mille mots. J’avais l’impression de me redécouvrir après m’être complètement oublié. Au moment de me brosser les 
dents, il m’a semblé voir une personne différente dans la glace.

Pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis endormi sans avoir pris de somnifère. Le lendemain, après avoir appelé l’agence pour dire que j’étais malade et que je serais certainement arrêté deux semaines, je me suis remis à mon texte.
Les détails de ces mois de 1987 me sont revenus avec une telle force et une telle acuité qu’ils sont rapidement devenus plus prenants que la réalité de mon quotidien. C’était comme si j’émergeais d’un long sommeil, durant lequel mon esprit s’était secrètement préparé au jour où je raconterais ces événements impliquant trois protagonistes : Laura Baines, le professeur Joseph Wieder et moi.

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30 avril 2017

Opération Napoléon - Arnaldur Indridason

Prix Audiolib 2017

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Audiolib - mars 2017 - 10h08 - Lu par Thierry Janssen

Métailié - octobre 2015 - 352 pages

Points - octobre 2016 - 432 pages

traduit à la demande de l’auteur à partir de l’édition anglaise par David Fauquemberg

Titre de l’édition islandaise originale : Napóleonsskjölin, 1999

Quatrième de couverture :
1945. Un bombardier allemand s'écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d'Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du xxe siècle ?

1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l'armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l'avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la soeur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d'une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu'exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Il est l’un des plus grands écrivains de polars d’Islande, ses livres sont publiés dans 37 pays. Il est le premier à recevoir le plus prestigieux prix de littérature scandinave deux années consécutives : en 2002, pour son livre La cité des jarres, et en 2003, pour La femme en vert

Lecteur : Comédien, auteur et metteur en scène formé au clown et à la commedia dell’arte, Thierry Janssen a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Ce roman écrit par l'auteur en 1999 a seulement été traduit en français en 2015, c'est son troisième roman. Il ne fait pas partie de la série Erlendur. 
1945, un avion s'écrase dans le blizzard sur le glacier du Vatnajökull qui l'engloutit. A l'intérieur, des officiers allemands et des agents américains qui vont mourir de froid et emporter avec eux un lourd secret d'Etat...
Cinquante ans plus tard, l'avion réapparaît et l'armée américaine tente secrètement de récupérer l'avion. Mais sur le glacier, les Américains ne sont pas seuls et n'hésitent pas à réduire au silence deux jeunes islandais qui les ont surpris en action, l'un des jeunes étant en train de téléponer à sa sœur Kristin...
Le lecteur est entraîné dans la course poursuite de Kristin pour découvrir ce qui est arrivé à son frère et pour résoudre une énigme datant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Je suis une inconditionnelle de la série Erlendur et j'ai beaucoup aimé ce suspense, rythmé, riche en péripéties ! J'aime également découvrir l'Islande et son histoire à travers les romans d'Indridason, ici il est question de la Seconde Guerre Mondiale et des relations entre l'armée américaine et les Islandais.
Concernant la version audio, le lecteur est très bon, le suspense et le rythme de l'histoire rend l'écoute vraiment agréable et passionnante.

Extrait : (début du livre)
Le blizzard faisait rage sur le glacier.
Il ne voyait rien devant lui, parvenait tout juste à distinguer la boussole au creux de sa main. Même s’il l’avait voulu, impossible de faire demi-tour. La tempête lui cinglait le visage, criblant sa peau de flocons durs et froids venus de toutes les directions. Une épaisse croûte de neige s’était formée sur ses vêtements et, à chaque pas, il s’enfonçait jusqu’aux genoux. Il avait perdu toute notion du temps. Depuis combien d’heures marchait-il ? Il n’en avait aucune idée. Dans cette obscurité impénétrable qui l’enveloppait depuis son départ, il ne savait même plus si c’était le jour ou la nuit. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était à bout de force. Il progressait de quelques pas, reprenait son souffle, puis repartait. Cinq pas supplémentaires. Il s’arrêtait. Encore trois pas. Il s’arrêtait. Deux pas. Il s’arrêtait. Un pas.
Il était sorti à peu près indemne du crash. D’autres avaient eu moins de chance. Dans une éruption de bruit, l’avion avait raclé la surface du glacier. L’un des moteurs avait pris feu, avant de disparaître brusquement quand l’aile s’était décrochée, tourbillonnant dans les ténèbres enneigées. Presque aussitôt, l’autre aile s’était déchirée dans une pluie d’étincelles, et le fuselage amputé avait fusé comme une torpille sur la glace.
Le pilote, lui et trois autres hommes étaient attachés sur leurs sièges quand l’avion avait décroché, mais deux des passagers, pris d’une crise d’hystérie, s’étaient levés d’un bond et précipités vers le cockpit. Le choc les avait envoyés ricocher comme des balles aux quatre coins de la cabine. Recroquevillé sur son siège, il les avait regardés s’écraser contre le plafond et rebondir sur les parois, avant d’être catapultés au-dessus de lui jusqu’au fond de l’avion où leurs hurlements furent réduits au silence.
L’épave laboura le glacier, soulevant un nuage de neige et de glace, puis elle perdit peu à peu de la vitesse et, finalement, s’immobilisa. Alors, il n’y eut plus aucun bruit, rien que les hurlements du vent.
Il était le seul, de tous les passagers, à vouloir braver le blizzard pour regagner la civilisation. Les autres recommandaient d’attendre, dans l’espoir que la tempête finirait par se calmer. Ils estimaient qu’il valait mieux rester ensemble, mais personne ne le retiendrait. Il n’avait pas envie de se retrouver pris au piège dans cet avion ; l’idée qu’il puisse devenir son cercueil lui était insupportable. Avec leur aide, il s’emmitoufla autant que possible pour cette expédition, mais il n’eut pas à marcher longtemps dans ces conditions implacables pour comprendre qu’il aurait mieux fait de rester à l’abri dans l’avion avec les autres. À présent, il était trop tard.
Il s’efforçait de suivre un cap sud-est. L’espace d’une fraction de seconde, juste avant que le bombardier ne s’écrase, il avait aperçu les lumières de ce qui ressemblait à des maisons, et maintenant il suivait ce qu’il croyait être cette direction. Il était glacé jusqu’aux os, et son pas se faisait de plus en plus lourd. Loin de se calmer, la tempête semblait au contraire gagner en intensité. Il progressait péniblement, ses forces l’abandonnant à chaque pas.
Il repensa à la situation désespérée des autres, restés dans l’avion. Quand il les avait laissés, des congères commençaient déjà à recouvrir la carlingue, et la cicatrice dessinée par sa progression sur la glace se comblait rapidement. Ils avaient des lampes à pétrole, mais le combustible ne durerait pas très longtemps, et il régnait sur ce glacier un froid inimaginable. S’ils laissaient la porte de l’avion ouverte, la cabine se remplirait de neige. Ils étaient sans doute déjà coincés à l’intérieur. Ils savaient qu’ils allaient mourir de froid, qu’ils restent dans l’appareil ou s’aventurent sur la glace. Ils avaient débattu des différentes options – elles étaient plus que limitées. Il leur avait dit qu’il ne pouvait pas rester assis là à attendre la mort.
La chaîne cliquetait. Le poids de la valise lui arrachait le bras. Elle était accrochée à son poignet par une paire de menottes. Il ne tenait plus la poignée, laissant la valise traîner derrière lui au bout de sa chaîne. Le bracelet des menottes lui cisaillait le poignet, mais il n’y prêtait aucune attention. Tout lui était égal, à présent.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Islande

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert 

la_voix La Voix l_homme_du_lac L'Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique 

 hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý 

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages 

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel 

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

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12 avril 2017

Le dernier des nôtres - Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Prix Audiolib 2017

Le dernier des nôtres 

Audiolib - Janvier 2017 - 11h44 - lu par Rémi Bichet

Grasset - août 2016 - 496 pages

Quatrième de couverture : 
« La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue... »
Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d'un monde finissant à l'énergie d'un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ». Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l'École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure, finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan. Lecteur : Formé notamment à l'ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L'Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber...), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett...), la télévision et l'animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne. Suivi d'un entretien avec l'auteure

Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock), finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan.

Lecteur : Formé notamment à l’ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L’Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber…), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett…), la télévision et l’animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Malgré quelques longueurs, j'ai plutôt aimé cette histoire ou plutôt ces histoires... En effet, ce livre est construit sur deux époques, 1945, à Dresde, sous les bombardements, une mère meurt en accouchant d'un petit garçon. 1969, Manhattan, un jeune entrepreneur en bâtiment, Werner Zilch rencontre poour la première fois Rebecca, une jeune héritière. La première histoire est plutôt sombre, la seconde beaucoup plus légère et très vite le lecteur comprend que les deux histoires ont un lien...

La construction du roman avec l'alternance du récit sur les deux époques donne du rythme et du suspens à l'histoire. J'ai cependant préféré la partie époque 1945, très documentée et instructive. La partie 1969 est souvent un peu clichée, les personnages de Werner et Rebecca sont plus agaçants qu'attachants...
J'ai pourtant passé un bon moment d'écoute.

Extrait : (début du livre)
La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue. Je n’avais jamais été fétichiste avant ce jour de mai et si j’avais dû me concentrer sur une partie de l’anatomie féminine, j’aurais spontanément choisi les fesses, l’entrejambe, la gorge ou peut-être le visage, certainement pas les pieds. Je ne les remarquais que s’ils étaient moches ou mal tenus, ce qui n’arrivait pas souvent. J’avais la chance d’être aimé des jolies femmes et je mettais un point d’honneur à répondre à leur affection. C’était justement le sujet de notre conversation…

« Il te les faut toutes mon vieux, s’agaçait Marcus avec qui je déjeunais. C’est à croire que tu veux planter ton drapeau sur chaque satellite féminin de ce système solaire ! » Mon ami et associé, qui avait du mal à en séduire une seule, ajouta : « Tu t’assois quelque part, tu regardes, tu bois des verres et hop ! Au bout d’un quart d’heure il y en a déjà deux qui te tournent autour et se trémoussent. »
Il ouvrit de grands yeux, la bouche en cœur, pour imiter l’effet que j’étais supposé produire sur les filles, moment que choisit l’une des serveuses, une petite brune timide et potelée, pour me sourire.
« C’est exaspérant, s’indigna Marcus. Si j’étais elle, j’aurais plutôt la frousse de t’approcher. Avec ta dégaine de géant, ta tête slave et tes yeux délavés…
— Mes yeux ne sont pas délavés ! Ils sont bleu clair…
— Ils sont délavés. Les miens sont bleus, et ils ne leur font pas du tout le même effet. Elles adorent me raconter leur vie, leurs malheurs, leurs parents et leur première dent. J’écoute leurs confidences pendant des semaines, je suis sur le point d’arriver à mes fins, et toi, en un quart d’heure tu deviens leur amant.
— Je ne t’ai jamais piqué personne !
— C’est pire ! Tu ne fais rien pour me les piquer et elles te tombent dans les bras…
— Si tu me disais celles qui te plaisent, je ne les regarderais même pas.
— Je ne veux pas d’une copine qui m’oublie à la minute où tu entres dans la pièce… Elle perd toute valeur pour moi. »

 

 

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