20 juin 2017

Les Québécois - Laurence Pivot et Nathalie Schneider

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les québécois Ateliers Henry Dougier - mai 2017 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Les Québecois ne sont ni nos cousins ni des Canadiens comme les autres
Loin des clichés que l'on peut lui attribuer tels que des hivers glacials et interminables, un accent à couper au couteau ou des bûcherons omniprésents... Le Québec est moderne, innovant et ambitieux. 
C'est pour apporter un nouvel éclairage sur ce pays contemporain qui nous fait tant rêver que les auteurs sont allées à la rencontre de ses habitants. Au détour de rencontres avec un immigré hongrois, le producteur de la série "Un gars, une fille", une journaliste d'origine marocaine ou un entrepreneur qui a lancé sa flotte de taxis électriques, c'est une autre vision du Québec qui se dessine. Celle d'un pays en avance qui revendique la plus grande égalité homme/femme, autorise depuis 2005 le mariage homosexuel, développe l'économie sociale ; mais qui possède aussi ses difficultés comme la révolution étudiante ou les débats sur la laïcité.

Auteurs : Laurence Pivot et Nathalie Schneider sont des journalistes francocanadiennes. La première est une ancienne immigrée au Québec, mariée à un Québécois. À son retour en France, elle a dirigé pendant des années le hors-série annuel de L'Express " S'installer au Canada ". La seconde vit à Montréal depuis 1993. Spécialiste en activités de plein air et en tourisme d'aventure, elle connaît très bien le territoire pour l'avoir sillonné au gré de ses reportages pour la presse écrite.

Mon avis : (lu en juin 2017)
Je m’intéresse plus spécialement au Québec depuis deux ans lorsque l’un de mes fils a eu l’opportunité de passer 4 mois à Montréal pour ses études. Je me suis donc mise à faire des lectures québécoises et nos rendez-vous « skype » hebdomadaires étaient également riches en découvertes sur la vie à Montréal et au Québec.
L’automne dernier, après avoir visionné de nombreuses séries nordiques (danoises, suédoises et quelques norvégiennes), sur un site de streaming, je suis tombée par hasard sur une série québécoise « 30 vies » et me voilà de nouveau plongé dans la découverte du Québec et du québécois (car il a fallut que je trouve sur le net des dictionnaires québécois-français pour comprendre certaines expressions). Depuis, j’ai regardé d’autres séries et quelques films québécois, je regarde également assez régulièrement sur TV5 Monde, le journal télévisé de Radio-Canada. C’est super intéressant de voir les nouvelles du monde avec un autre point de vue... Aussi lorsque Babelio a proposé cet essai de la collection Ligne de vie d’un peuple, je me suis dis que c’était une très bonne occasion d’en découvrir encore plus... 
Les auteures sont franco-québécoises, avec cet essai, elles détricotent tous les clichés que les Français ont sur leurs « cousins » Québécois. Il est questions des Autochtones qui, dès le XVIIe siècle, ont inspirés les colons venant de France. La place du collectif est importante dans la société québécoise, aujourd'hui se développe le système coopératif et l'économie sociale. L'égalité homme - femme est également une valeur héritée des Premières Nations. 
Les Québécois sont avant tout des Nord-Américains francophones. La langue québécoise n'existe pas, c'est un français d'Amérique avec ses expressions régionales... Les artistes québécois s'exportent dans le monde entier, Céline Dion, Xavier Dolan, ils n'ont plus de complexes vis à vis des Canadiens anglophones, des Américains ou des Français.
J'ai découvert que la série Un gars, une fille a été créée au Québec, celle diffusée en France n'est qu'une adaptation de l'originale...
Il est bien sûr question de Montréal, une métropole qui se réinvente. 
Mais le Québec va au-delà de Montréal... En effet, vu de France, on connait très peu le Nord du Québec et le chapitre sur ce sujet est très intéressant et instructif. Il est question des ressources du Nord qui ont attirées toutes les convoitises des industriels et ce sont les Autochtones (Cris, Mohawk, Naskapi, Micmacs, Innus, Inuits...) qui ont été oubliés. Ils ont été parqués dans des réserves, on n'a pas cherché à les connaître, à découvrir leurs cultures... Dans les années 1900, il y avait eu une assimilation forcée des jeunes Indiens, en les coupant de leur famille, de leur racines... Aujourd'hui, les Autochtones veulent avoir leur mot à dire et être considérés comme des Québécois à part entière. 
Le Québec est terre d'accueil et les Québécois sont multiples... Québécois "pure laine" ou d'origine Européenne, Africaine, Vietnamienne (boat people), Haïtienne... Il y a même des Québécois anglophones !
Voilà un livre vraiment intéressant et avec lequel j'ai appris beaucoup sur les Québécois et le Québec ! Et maintenant, il me reste plus qu'à traverser l'Océan pour les rencontrer autrement qu'à travers les livres et les écrans...

Extrait : (page 117)
LES MAUDITS FRANÇAIS SONT-ILS DE RETOUR ?
« Saluuuut ! Tu vas bieeeeen ? » Deux bises furtives sur les joues, les corps à distance raisonnable, loin du 
hug québécois, accolade habituelle en Amérique du Nord. Les filles portent du rouge à lèvres, même à neuf heures du matin, et les gars, des doudounes Canada Goose. En guise de petit déjeuner (qu’ils ont encore du mal à appeler simplement « déjeuner », comme le font les Québécois), ils prennent des espressos serrés, clope au bec, malgré l’interdiction récente de fumer sur les terrasses extérieures. Certains vont jusqu’à écraser leur cigarette nonchalamment sur le trottoir, véritable crime de lèse-majesté ici !

En 10 ans, la population de Français au Québec a augmenté de plus de 70 % ! Sur les 100 000 qui vivent dans la métropole, presque un tiers a choisi de s’installer sur le Plateau, surnommé par certains la Petite France. Ce quartier […], les Français l’adorent. Mais ils sont devenus trop nombreux et cela agace un peu, même si le seul vrai problème est celui de la hausse spectaculaire du prix de l’immobilier.
Une grande partie ne fait pourtant que passer et n’entend pas immigrer pour de bon. Ce sont les fameux « pvtistes », du nom de ce programme fédéral, le Permis vacances travail (PVT), qui permet, par tirage au sort, de vivre et travailler pendant deux ans au Canada. En tout, environ 30 000 Français débarquent chaque année au Québec pour des études, un contrat de travail temporaire ou comme résidents permanents.
Serait-ce le retour des « maudits Français », ceux que moque gentiment l’auteure et interprète Lynda Lemay ? « Quand ils arrivent chez nous/Y s’prennent une tuque et un Kanuk/Se mettent à chercher des igloos/Finissent dans une cabane à sucre/Y tombent en amour sur le coup/Avec nos forêts et nos lacs/Et y s’mettent à parler comme nous/Apprennent à dire : Tabarnak ».
Un article paru en 2013 dans le quotidien Métro, intitulé « Guide pour éviter d’être un maudit Français », rappelle les nouveaux arrivants à l’ordre : ne pas se plaindre de l’hiver, ne pas draguer au travail, éviter de se comparer aux Québécois et… vivre ailleurs que sur le Plateau !
Le Français Fred Fresh, concepteur publicitaire et musicien, en a fait un clip hilarant en 2015, visionné sur YouTube à l’époque par plus de 100 000 personnes. « Y’a trop de Français sul’Plateau ? » est une histoire de Français qui se moquent des Français qui habitent sur le Plateau. Car ce sont surtout les « vieux » immigrants qui s’arrogent l’idée originale de s’installer à Montréal et la refusent aux petits nouveaux. Un phénomène d’auto-exclusion typiquement français !
« Ce qui est intéressant avec l’afflux des Français aujourd’hui, souligne Louise Beaudoin, fine connaisseuse des relations franco-québécoises, ex-ministre de la Culture et ancienne déléguée générale du Québec à Paris, c’est l’effet miroir ! C’est ici que les choses se passent maintenant, ici qu’il y a du travail (même si ce n’est pas si facile et que beaucoup sont déçus) et ici, surtout, que les jeunes Français trouvent une liberté d’action qui leur semble impossible chez eux. Quant aux jeunes Québécois, la France morose qu’ils observent depuis une dizaine d’années, celle de la manif contre le mariage pour tous, des grèves, du chômage et des attentats, ne les fait plus fantasmer. À l’exception peut-être des artistes, qui apprécient la reconnaissance qu’ils y trouvent, mais pour qui la mère patrie représente d’abord un marché commercial. Nous, les baby-boomers, nous rêvions de la France. Aujourd’hui, c’est le Québec qui est devenu le nouvel Eldorado pour les jeunes Français. Tant mieux, ce sont en général d’excellents émigrants. Certes, une minorité de Québécois ne les aime pas, mais la plupart du temps, cela se passe bien. Au pire, il y a une sorte d’indifférence vis-à-vis des "cousins". Mais on garde toujours un fond de tendresse pour eux. Notre histoire commune a quand même été longue… Moi, je suis de la onzième génération de Québécois. Du côté de ma mère, mes ancêtres venaient de Chartres, et de l’île de Ré du côté de mon père… et j’ai épousé un Français de France ! »
Bientôt […] ce sera l’été sur le Plateau. Les Français iront pique-niquer au parc Lafontaine, bronzer à la piscine Laurier, gratuite pour les résidants comme toutes les piscines municipales extérieures, prendre un verre sur une terrasse de café, de plus en plus nombreuses, et acheter leur baguette multicéréales chez Les copains d’abord.
Ils ont largement contribué à remodeler le quartier et à le « franciser » dans son mode de vie. Les « Anglos » se sont mis à le fréquenter, alors qu’il y a 10 ans à peine, ils n’y auraient jamais mis les pieds… Les Québécois francophones, eux, s’y sentent un peu isolés parfois. « Les Français sont toujours un peu agaçants, c’est vrai, à vous reprendre lorsque vous faites une faute de grammaire et à vous expliquer ce qu’est l’hiver, un comble quand même !, se moque Gérard, un "pure laine" qui vit sur la rue Rachel, mais au moins on a appris à mieux manger ! Et eux ont commencé à être plus cool à notre contact ! »
Les Québécois de moins de 40 ans n’ont plus aucun complexe d’infériorité vis-à-vis des Français. « Ils se considèrent instruits, éduqués, très créatifs, à juste titre, confirme Louise Beaudoin. Et ils n’hésitent plus à dire aux Français qu’eux aussi ont un accent ! »

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28 novembre 2010

Composition française : Retour sur une enfance bretonne - Mona Ozouf

Lu dans le cadre du partenariat  Livraddict et Folio

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Gallimard – mars 2009 – 258 pages

Folio – octobre 2010 – 269 pages

Quatrième de couverture :
La France a toujours vécu d'une tension entre l'esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l'universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l'avoir ressentie et intériorisée au cours d'une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates, souvent antagonistes. A la maison, tout parlait de l'appartenance à la Bretagne ? L'école, elle, au nom de l'universelle patrie des droits de l'homme professait l'indifférence aux identités locales. Quant à l'Eglise, la foi qu'elle enseignait contredisait celle de l'école comme celle de la maison. En faisant revivre ces croyances désaccordées, Mona Ozouf retrouve des questions qui n'ont rien perdu de leur acuité. Pourquoi la France s'est-elle montrée aussi rétive à accepter une pluralité toujours ressentie comme une menace ? Faut-il nécessairement opposer un républicanisme passionnément attaché à l'universel et des particularismes invariablement jugés rétrogrades ? A quelles conditions combiner les attachements particuliers et l'exigence de l'universel ? En d'autres termes, comment vivre heureusement la " composition française " ?

Auteur : Née en 1931, Mona Ozouf est agrégée de philosophie et directeur de recherche au CNRS. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Révolution française, la République et la littérature, notamment La fête révolutionnaire (1976), Les mots des femmes (1995), Les aveux du roman (2001), Varennes (2005) et Composition française (2009).

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Ce livre, sous titré « Retour sur une enfance bretonne », est un essai sur l'identité française et l'identité bretonne. En nous racontant son enfance bretonne dans les années 30, Mona Ozouf évoque sa famille sa mère et sa grand-mère bretonnante, son père qui a appris le breton et qui milite pour sa sauvegarde. En parallèle, elle raconte ses années à l'école de la République où les langues régionales sont proscrites, elle ira à l'école communale à Plouha, puis au collège à Saint-Brieuc et finira ses études à Rennes en hypokhâgne.
Née en 1931, Mona Sohier est la fille unique de deux instituteurs, qui militent pour la cause bretonne. Son père « était né du côté de la Bretagne qui devait devenir pour lui le mauvais côté, celui où on ne parle pas breton. » Il est devenu très bretonnant et militant après son passage à l'École Normale « foyer d'impérialisme français ». Mais il meurt brutalement alors que Mona n'a que 4 ans. Sa mère veuve à 28 ans, et institutrice s’installe avec Mona à Plouha, un bourg des Côtes du Nord, elle y devient directrice d’école, en poursuivant le combat de son mari. Sa grand-mère est venue les rejoindre à Plouha. Elle vient d'une famille de paysans du Finistère, « elle avait dix ans déjà au moment de la loi Ferry sur l'obligation scolaire, et elle ne devait apprendre à lire et à écrire que fort tard, mue par ce sentiment de dignité qui ne la quittait jamais, pour ne pas livrer à l'écrivain public du bourg ses lettres au jeune mari embarqué sur le Furieux ou sur l'Isly. » Elle porte la coiffe et parle le breton, elle est la « figure tutélaire de mon enfance qui nourrit, console, rassure, l’image même de la sécurité pour moi que la peur domine ».
Mona vit entre l'école et la maison, elle lit beaucoup et éprouve « une connivence fraternelle avec ces jeunes héros François Seurel et Augustin Meaulnes pour qui l’enfermement dans l’école sert de tremplin à l’imagination ». Ainsi, elle découvre les mille visages de la Bretagne grâce aux livres de la bibliothèque militante de son père.
Elle a toujours aimé l'école. Mais c'est un univers à l'opposé de la maison : la langue bretonne n’existe pas et l'on n'évoque jamais les particularités de la région. « À l’école, c’est la France et non la Bretagne qu’il fallait apprendre ».
A l'âge de raison, sa grand-mère va lui faire découvrir un troisième univers : l’Église à travers le catéchisme, elle va y être montré du doigt car elle vient de l’école laïque, « Skol an diaoul », l’école du diable.
« Au terme de ces années enfantines à Plouha, il y avait bien trois mondes séparés. Fallait-il vivre inégaux et dissemblables, comme l'Église le donnait à penser ? Ou bien égaux et semblables, égaux parce que semblables, comme l'enseignait l'école ? Ou encore égaux et dissemblables, égaux pour faire valoir nos dissemblances, comme le professait la maison ? Un écheveau de perplexités que je ne suis toujours pas sûre de débrouiller aujourd'hui. »
Ce livre est très riche en information, il m'a appris beaucoup sur la vie quotidienne en Bretagne des années 1870 aux années 50. Moi-même aimant beaucoup la Bretagne, j'ai trouvé cela très intéressant. La partie finale est plus historique et théorique, je l'ai trouvé plus difficile à lire.

Merci à Livraddict et aux éditions Folio de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 47)
Elle est le plus souvent debout, entre l'évier et le fourneau de la cuisine, la louche du café à la main, ajoutant ou ôtant une rondelle de fonte au gré des plats qu'elle prépare, tournant la pâte à crêpes, raclant du chocolat sur les tartines du «quatre-heures», baignée dans la lumière d'ouest qui vient de la fenêtre. Je l'ai si souvent dessinée que l'image est nette: elle se tient aussi droite que l'arthrose le lui permet, enveloppée dans d'immuables jupes noires et jamais sans sa coiffe. L'attacher est son premier geste du matin, bien avant l'éveil de la maisonnée: quelle honte, si le facteur venait à la surprendre «en cheveux»! Je ne la verrai ainsi que sur son lit d'agonisante. Son souci constant est la dignité - nul ne songerait du reste à la lui contester. Sa règle morale essentielle est de ne jamais se mettre dans une situation telle qu'on puisse en avoir honte. «Gand ar vez», «avec la honte», est l'expression qui pour elle englobe tout ce qu'il est inconvenant de faire et même de penser.

Elle est la reine de la maison, pleinement consciente de sa souveraineté; convaincue que si on n'a pas grand-chose à opposer au malheur, du moins l'honneur des femmes est d'adoucir la vie avec des gestes simples, proposer le réconfort d'une tranche de «pastéchou» ou d'une tasse de café. «Du café vous aurez?», c'est la phrase rituelle quand survient une visite, et la cafetière émaillée à fleurs ne quitte pas le coin de la cuisinière. Telle est la figure tutélaire de mon enfance, qui nourrit, soigne, console, rassure: l'image même de la sécurité, pour moi que la peur domine désormais, dans le monde glaçant où nous avons été jetées ma mère et moi.

[...] D'un bout à l'autre de la vie, elle considérera le travail intellectuel avec une condescendance amusée et logera ailleurs la réussite d'une existence féminine. «Quand vous aurez fini de jouer avec vos livres», nous disait-elle, à ma mère et à moi, résignée néanmoins à ce que ce «jeu» n'ait point de fin, mais non convaincue: ce n'était pas là travailler, seulement gaspiller le temps, denrée si précieuse. Sa présence à la maison enseigne donc que les livres ne sont pas la seule fenêtre sur la vie.

[...] Elle avait beau user du français avec moi, elle ne m'en communiquait pas moins, par ce français calqué sur les tournures du parler breton, le génie de cette langue vigoureuse, expressive, anthropomorphique : la brume du matin est la «pitance» du soleil, les vagues sont «les chevaux de la mer», le confluent est «le nez des deux eaux»; et on achève une lettre de condoléances en recommandant à l'endeuillé : «Dalc'hit mad an taol» («agrippez-vous à la table»).

[...] La Bretagne vivait à la maison en la personne de ma grand-mère, et pourtant c'était elle qui m'entretenait de la France. La France enseignée à l'école était celle que la maison désignait comme notre ennemie héréditaire, obstinément unificatrice et centralisatrice, et pourtant elle était aussi le pays qui avait fait, en séquences pédagogique- ment ordonnées, une marche vers la justice et la démocratie, en quoi elle était une patrie rationnelle plus qu'une patrie empirique, et à celle-ci la maison pouvait souscrire sans trahir sa foi bretonne. La Bretagne de la maison se vouait à la collecte des mythes en passe de mourir, les cloches de la ville d'Is tintaient toujours à nos oreilles, et pourtant elle était aussi une volonté et un avenir : la maison travaillait à l'avènement d'une Bretagne régénérée, d'une langue régénérée, à une manière conquérante et neuve d'être breton. Si bien qu'entre la maison et l'école peut-être y avait-il, en définitive, moins de distance qu'on n'avait cru ?

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