29 novembre 2014

Louis au ski - Guy Desisle

louis au ski Delcourt - novembre 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : 
Tandis que son père dévale les pistes noires, Louis a pour seul compagnon un autre gamin, qui n'a de cesse de jouer à la Game Boy et d'écouter son baladeur. Et pourtant, Louis aurait bien besoin d'aide car, seul sur les pistes, il doit affronter des situations peu confortables. Par la force de l'imagination, il s'invente un ami qui ressemble étrangement à son doudou.

Auteur : Guy Delisle est né en 1966 à Québec. Il suit des études d'arts plastiques et d'animation et embarque pour l'Europe en 1988. Il entame alors une carrière d'animateur, métier qu'il exercera pendant dix ans, avant de réaliser son propre court-métrage, Trois Petits Chats. Il publie ses premiers albums à l'Association : outre Shenzhen, un récit de voyage lié à son métier d'animateur, citons Aline et les autres, remarquable exercice de style, proche de son travail en animation, suivi en 2001 par Albert et les autres. Par ailleurs, Guy Delisle n'hésite pas à s'aventurer dans d'autres univers avec la série humoristique Inspecteur Moroni ou Louis à la plage et Louis au ski, deux récits autobiographiques pleins de charme et sans parole. Par son regard, à la fois acéré et bienveillant, sur une culture étrangère, Chroniques birmanes constitue le prolongement de la démarche initiée avec Shenzhen et Pyongyang et poursuit la série d'ouvrages que Guy Delisle a consacrés à ses voyages en Asie.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Je pense que cette BD est plutôt destinée aux enfants, c'est une histoire muette autour d'un petit garçon Louis qui se retrouve seul sur les pistes de ski. Il a été confié par son Papa au fils d'un ami, un adolescent qui préfère dévaler les pistes à toute vitesse sans s'encombrer d'un petit... Pour surmonter les situations difficiles qu'il aura à affronter seul, Louis s'invente un ami...
L'histoire est sympathique où l'imaginaire et la réalité se mêlent...
J'ai été un peu gênée de ne pas pouvoir donner un âge à Louis : dès les premières vignettes de l'album, le petit Louis semble être un bébé de deux trois ans, il devient un peu plus grand lorsqu'à la sortie de la voiture il doit mettre ses chaussures de ski, enfin comment peut-on laisser un petit garçon si jeune faire du ski seul sous la responsabilité d'un adolescent ? Le bébé est-il en train de faire un rêve ou un cauchemar ?

Extrait : (début du livre)

louis_ski01 louis_ski02

louis_ski03louis_ski04

louis_ski05



Déjà lu du même auteur : 

chroniques_de_J_rusalem Chroniques de Jérusalem shenzhen  Shenzhen pyongyang Pyongyang 

le_guide_du_mauvais_p_re Le Guide du Mauvais Père tome 1 chroniques_birmanes Chroniques Birmanes

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Objet" (11)

Posté par aproposdelivres à 13:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


28 août 2012

Mais moi je vous aimais – Gilbert Cesbron

mais_moi_je_vous_aimais_rl mais_moi_je_vous_aimais_fl mais_moi_je_vous_aimais_j_ailu

Robert Laffont – 1977 – 379 pages

France Loisirs - 1979

J'ai Lu – 1981 – 378 pages

Quatrième de couverture : 
Jetés par le hasard au coeur d'un même drame, deux inconnus, deux étrangers se sont rencontrés, trouvés, aimés: Yann, le petit orphelin sans défense, et Jean-Louis Lerouville, le grand industriel qu'un accident cardiaque contraint soudain à la retraite...
Alors Lerouville adopte Yann et la tendresse jaillit dans sa vie de loup solitaire car l'enfant déborde de confiance, d'amour. Et bientôt ce père ne vit plus que pour son fils, d'autant plus attentif à l'aider, à le protéger que Yann n'est pas tout à fait "comme les autres". Les docteurs disent : retardé, ou débile léger, et la société les parque, les isole, ne sait pas les aimer.
Lerouville sait, lui, mais s'inquiète. S'il disparaissait un jour, qu'adviendrait-il de Yann ?

Auteur : Ancien élève de l'École des Sciences Politiques, Gilbert Cesbron est né à Paris le 13 janvier 1913. Dès 1934, il publie un recueil de Poèmes, Torrent. Son premier roman paraît en Suisse : Les Innocents de Paris (1944). Sa notoriété s'affirme avec Notre prison est un royaume (1948) - Prix Sainte-Beuve - et la pièce : Il est minuit, docteur Schweitzer (1950).
Romancier, essayiste, auteur dramatique, il s'attaque à des thèmes d'actualité : les prêtres ouvriers (Les Saints vont en enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l'euthanasie (Il est plus tard que tu ne penses, 1958), la violence (Entre chiens et loups, 1962), etc. Il exerce un second métier dans une société de production radiophonique.
Gilbert Cesbron est décédé en août 1979.

Mon avis : (lu en août 2012)
Voilà un livre que je peux classer dans mes souvenirs... en fait, je ne m'en souvenais plus mais Gilbert Cesbron est un auteur que j'ai souvent lu sur les conseils de ma mère lorsque j'étais adolescente et j'ai eu la bonne surprise de trouver ce livre dans la petite bibliothèque de ma location de vacances...

P1000245_50

Je l'ai donc lu ou relu ce livre avec beaucoup de plaisir et d'émotions.
Yann a sept ans, c'est un enfant « pas comme les autres » car son esprit a arrêté de grandir. Il a été abandonné par sa mère et son père s'est suicidé. Yann va rencontrer et être adopté par Jean-Louis Lerouville dont on a greffé le cœur du père de Yann. C'est un enfant attachant qui ne recherche qu'une seule chose, être aimé comme l'a très bien compris son nouveau père adoptif. Mais ce bonheur n'est qu'éphémère et lorsque Jean-Louis Lerouville disparaît Yann va être transmis de mains en mains. Les héritiers de Lerouville préfèrent confier l'enfant dans une école spécialisée, puis Yann retrouvera un peu de bonheur dans un hospice où il « adoptera » deux grands-pères et une maman. Un beau jour, l'administration décidera qu'un adolescent n'a pas sa place dans une maison de retraite et Yann fuguera...
Yann est un enfant terriblement attachant par sa naïveté et sa quête d'amour. C'est un « gêneur » bouleversant et j'ai souvent eu les yeux humides en suivant son histoire pleines d'émotions...   

Extrait : (début du livre)
Les phares débusquaient des maisons livides, de grands arbres offusqués. Le conducteur fixait la route sans jamais ciller ses paupières. A un bruit à peine perceptible mais familier, il devina que le petit garçon, à son côté, tétait son pouce ; ou plutôt trois doigts de la main, selon son habitude. (« Tu vas encore agrandir ta bouche », répétait sa mère un peu trop souvent et toujours en vain.) « Il s'est endormi, songea l'homme, il s'est enfin endormi », mais il n'abaissa pas le regard pour s'en assurer.

Non, le petit ne dormait pas. Couché en rond, tel un chien, dans ce siège aussi large que son lit, il avait juste un peu peur, il était bien. Chaque fois qu'une autre voiture croisait la leur, il fermait ses yeux éblouis, et son père détournait les siens comme si cette rencontre lui eût fait honte ou l'eût inquiété.
- On est arrivés ? Demanda l'enfant à mi-voix d'un ton résigné.
C'était la troisième fois et, cette fois encore, son père fit oui de la tête sans un mot, sans un regard ; mais ce geste suffit à le mettre au bord des larmes. Il appuya vivement sur l'une des touches du tableau de bord, et Bach prit possession de ce royaume de cuir, de métal et de clignotants. « Jésus, que ma joie demeure... » C'était pour faire patienter l'enfant, sans doute, mais surtout pour se contraindre lui-même à l'impassibilité.
- Bach ! fit le petit en battant des mains.
C'était un de ses mots magiques, l'un des seuls. « Il sourit en ce moment, se dit le père, il est heureux. Oh ! mon Dieu... » Il imagina ces yeux que la joie fermait à demi comme ceux de sa mère. Il songea aussi à sa bouche trop large.


Souvenirs_souvenirs 

Déjà lu du même auteur : 

chiens_perdus_sans_collier Chiens perdus sans collier notre_prison_est_un_royaume_lp Notre prison est un royaume 

Posté par aproposdelivres à 06:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 août 2012

Les allumettes suédoises – Robert Sabatier

les_allumettes_suedoises_am_1969 les_allumettes_suedoises_1976 les_allumettes_suedoises_ldp_1984 les_allumettes_suedoises_ldp_1990 les_allumettes_suedoises_ldp_jeunesse_1996 les_allumettes_suedoises_am_1996 les_allumettes_suedoises_ldp_1997 les_allumettes_suedoises_am_1998 les_allumettes_suedoises les_allumettes_suedoises_ldp_jeunesse_2004 les_allumettes_suedoises_ldp_jeunesse_2008 

Albin Michel – 1969 – 312 pages

France Loisirs - 1976

Livre de Poche – 1984 – 283 pages

Livre de Poche – janvier 1990 – 282 pages

Livre de Poche junior – 1996 -

Albin Michel – février 1996 – 502 pages

Livre de Poche – décembre 1997 -

Livre de Poche junior – juin 2004 – 418 pages

Livre de Poche junior – septembre 2008 -

Quatrième de couverture :
Sur les pentes de Montmartre, un enfant de dix ans, Olivier, erre le jour et aussi la nuit dans ce vieux quartier de Paris du début des années 30. Sa mère, la belle mercière, vient de mourir et il vit en partie chez le jeune couple formé par ses cousins Jean et Élodie, mais surtout dans les rues de ce temps-là, vivantes, souriantes, animées. C'est là qu'il rencontre une multitude de personnages populaires qui vivent et se croisent sous son regard vif, émerveillé, parfois mélancolique. Soumis à toutes sortes d'influences, cet enfant verra peu à peu la féerie des rues effacer sa peine et sa solitude.
C'est une ville inattendue qui apparaît alors, un Paris différent de celui que nous connaissons, des coutumes changées, une autre manière de vivre. Merveilleux roman plein de fraîcheur et de charme, de tendresse et d'humour, Les Allumettes suédoises reste l'un des plus grands succès de ces dernières années.

Auteur : Né à Paris en 1923, Robert Sabatier fut très tôt orphelin. Il a grandi à Montmartre, mais c'est en province qu'il a vécu la Résistance. Après la guerre et son retour à Paris, il exerce différents métiers avant de se consacrer à l'écriture et l'édition. D'abord poète, il s'est révélé plus tard excellent romancier. Ses œuvres sont traduites dans le monde entier, portées à l'écran, couronnées par plusieurs prix littéraires. Il est membre de l'Académie Goncourt. Il est décédé le 28 juin 2012.

Mon avis :
Ce livre ainsi que les deux suivants de la série Trois sucettes à la menthe et Les noisettes sauvages étaient dans la bibliothèque de mes parents. Le jour où mon père m'a proposé de lire Les allumettes suédoises, j'ai eu un sentiment de fierté de pouvoir lire un livre d'adulte.
On ne présente plus ce livre en partie autobiographique qui raconte l'histoire d'Olivier, dix ans, il vient de perdre brutalement sa mère et se retrouve tout seul. En attendant de partir vivre chez son oncle, il est recueilli quelques mois chez son cousin, jeune marié, qui habite un petit logement à Montmartre, le quartier d'Olivier.

Pendant ces quelques mois, Olivier ne va plus à l’école, il traîne dans les rues du quartier, et se lie d’amitié avec Bougras, Lucien le bègue, Daniel, dit l’araignée, Albertine, Mado, Mac...
Étant moi-même native et enfant, habitant Paris, je découvrais un Paris unique, très loin de celui que je connaissais, un quartier différent du mien qui ressemblait plus à un village, avec une solidarité entre voisins... Le personnage d'Olivier est tellement attachant.
J'ai eu l'occasion de lire et relire ce roman de nombreuses fois et dans la série, il reste mon préféré. Enfin, ce livre n'est pas étranger au fait que l'un de mes fils porte le beau prénom d'Olivier.

filmsLES_ALLUMETTES_SUEDOISES

La trilogie de Robert Sabatier a été adaptée à la télévision par Jacques Ertaud en 1996 en trois épisodes.

Extrait : (début du livre)
L'enfant passa le bout de ses doigts sur ses lèvres, effleura sa joue humide, glissa sur des yeux verts trop grands pour son visage, écarta une mèche de longs cheveux dorés qui retomba aussitôt sur son front. Il respira longuement, à petits coups, l'air chaud, poussiéreux.
Assis sur le bord du trottoir, à égale distance entre les deux raies délimitant le bloc de pierre, l'ourlet de sa culotte de velours noir imprimait un pli sur chaque cuisse. Il ne se leva pas tout de suite, observant attentivement tout ce qui l'entourait comme s'il venait de s'éveiller dans un lieu inconnu de lui. Pour la première fois, le spectacle le retenait, scène après scène, décor après décor : jusqu'ici, il n'avait fait que se blottir dans les bras de sa mère, à l'écart des choses de la rue, il ne les avait jamais vraiment vues, et voici qu'elles apparaissaient dans leur existence propre, le ramenant à son corps, à ses vêtements, à lui-même. Il regarda tout avidement : maisons, boutiques, murs, enseignes, plaque de rue... et, insensiblement, tout lui parut singulier, écrasant de réalité. Il se posa alors des questions sur cet univers. Que faisait-il ici plutôt qu'ailleurs ? Pourquoi tout cela l'entourait-il ? Pourquoi tels heurs, tels accidents lui arrivaient-ils à lui, Olivier, fils de Pierre et Virginie Châteauneuf décédés ? Pourquoi désormais cette solitude ?  

 Souvenirs_souvenirs

 

Posté par aproposdelivres à 07:04 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

26 septembre 2010

Hello monsieur Hulot – David Merveille

Lu dans le cadre du partenariat  Masse Critique de Babelio et Éditions du Rouergue

hello_monsieur_hulot Éditions du Rouergue - octobre 2010 – 56 pages

D’après le personnage de Jacques Tati.

Présentation de l'éditeur :
Après les tribulations amoureuses de M Hulot dans "Le Jacquot de M Hulot", David Merveille met à nouveau en scène le personnage de Jacques Tati dans une série de 22 strips où l'on retrouve toute la poésie, l'humour et le caractère subversif de M Hulot. Encore une fois, David Merveille nous montre combien Hulot est à la fois décalé et toujours d'actualité, par les jeux graphiques, les références cinématographiques ou littéraires et les clins d'œil à l'actualité, qu'il glisse dans ces mini-BD menées avec brio.

Auteur : David Merveille vit à Bruxelles. Il travaille pour la presse, la publicité et l'édition jeunesse et est enseignant à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles, en graphisme et illustration.
Il a illustré de nombreuses campagnes publicitaires en France et en Belgique, réalise des affiches et des illustrations hebdomadaires de nouvelles qui paraissent dans le quotidien belge " La Libre Belgique". Il est l'auteur de plusieurs albums édités chez différents éditeurs ( Mijade, Rouergue, Nathan, Hachette, etc)

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Quelle bonne surprise de trouver dans ma boîte aux lettres le livre « Hello monsieur Hulot » de David Merveille. J'avais sélectionné ce livre parmi mes choix lors de Critique en Masse de Babelio.
Or, un autre livre m'ayant été attribué, je ne m'attendais pas du tout à recevoir celui-ci.
A peine l'enveloppe ouverte que j'étais déjà en train de le lire... ou plutôt de le regarder, car il n'y a comme seul texte les titres de chacune des petites histoires.
Chaque histoire tient en deux pages : sur le recto il y a le début de l'histoire en plusieurs cases et au recto (il faut donc tourner la page) il y a la chute en pleine page. On retrouve le personnage de Monsieur Hulot créé par Jacques Tati, sa fantaisie, son étourderie, sa poésie, son humour, son côté enfantin.
Les dessins sont simples et colorés mais avec beaucoup de petits détails à découvrir, des clins d'œil à l'actualité, au personnage de Monsieur Hulot...
Le livre en lui-même est un belle objet avec un dos toilé.

Dès que j'ai terminé de le regarder, tour à tour mes fils et mon mari ont voulu le découvrir également. Cela s'est terminé par une lecture commune... chacun ayant vu des petits détails que les autres n'avaient pas vu !
L'avis de la famille est unanime : un très beau livre qu'on prend beaucoup de plaisir à lire et qui nous révèle beaucoup de surprise !

Un GRAND MERCI  aux éditions du Rouergue pour ce jolie cadeau.

_dition_du_rouergue

Extraits :

hello_monsieur_hulot_extrait

hello_monsieur_hulot_extrait_2

hello_monsieur_hulot_extrait_3

hello_monsieur_hulot_extrait_4

Pour découvrir un peu plus l'auteur : Blog de David Merveille

Posté par aproposdelivres à 08:51 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

28 août 2010

Venir au monde – Margaret Mazzantini

venir_au_monde Robert Laffont - mars 2010 – 454 pages

traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Quatrième de couverture :
"Il est écrit sur son passeport qu'il est né à Sarajevo. Il pense que cette ville est un no man's land où j'ai échoué par hasard, pour suivre un père qu'il n'a pas connu. Une seule fois, il m'a demandé comment il était né. Il était en neuvième, il fallait qu'il raconte sa naissance dans un devoir. Nous avons collé une photo de lui, bébé, sur une feuille cartonnée. "Qu'est-ce que j'écris, maman ?" [...] Puis j'ai vu son devoir affiché avec ceux des autres enfants sur le grand tableau scolaire de fin d'année. [...] J'ai fait face aux mots de mon fils, un gobelet d'orangeade à la main. Il avait décrit une naissance banale et douceâtre. Et cette banalité m'émouvait. Nous étions comme les autres - moi, une maman "très douce", et lui, un "nouveau-né joufflu". Notre histoire absurde se perdait parmi tous ces récits de naissances normales, aux rubans bleus et roses. Il avait inventé cela mieux que moi. Aussi maigre que son père, le visage pâle du citadin, tournant vers moi ses yeux paisibles de parfait complice, il m'a lancé : "Ça te plaît, maman ?" Une de mes larmes a coulé dans l'orangeade."

Auteur : Née à Dublin, fille d'une peintre irlandaise et d'un écrivain italien, Margaret Mazzantini a été révélée avec Ecoute-moi (2002), immense succès critique et public, traduit dans trente-deux pays et lauréat du prix Strega, le Goncourt italien. Venir au monde, salué par le prix Campiello, est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en août 2010)
La couverture de ce livre est à la fois superbe et mystérieuse.
En 2008, Gemma reçoit un coup de téléphone de Bosnie pour l'inviter à une exposition de photos. Elle part à Sarajevo avec son fils Pietro âgé de 16 ans. C'est un retour sur le passé, c'est l'occasion pour Pietro de découvrir la ville où il est né et de d'aller sur les lieux où son père Diego, photographe, est mort sans vraiment le connaître.
En premier lieu, ce livre nous raconte l'histoire d'amour entre Diego et Gemma, ils se sont rencontrés à Sarajevo au cours des Jeux olympiques d’hiver de 1984 grâce Gojko, poète bosnien. A l'époque, Gemma était sur le point de se marier avec Fabio. Mais leur amour sera plus fort. Ils ont aussi un grand désir d'enfant, mais ce cheminement ne sera pas facile. En parallèle au destin de Diego et Gemma se mêle l'histoire de la ville de Sarajevo : la guerre, le siège, les snipers...
Le lecteur est plongé à la fois dans le cheminement pleins d'embûches de la maternité et dans le siège et la guerre de Sarajevo dont on a vu beaucoup d'images à la télévision mais la réalité est autrement féroce et injuste.
Ce livre est vraiment très fort et très bien écrit (et traduit). Les personnages sont terriblement attachants et l'histoire de Gemma, Diego et Pietro nous tient en haleine avec de nombreux rebondissements et une conclusion inattendue.
Ce livre m'a vraiment beaucoup émue, il faut le lire !

Extrait : (page 16)
Je vais dans la chambre de Pietro, j'ouvre les volets. D'un geste brusque, il remonte le drap sur sa tête. Je me plante à côté d'une momie.
Cette année, il a mué ; il a laissé ses os d'enfant, pour se transformer en un gros héron boiteux, qui ne maîtrise pas bien encore ses mouvements. Son regard est braqué au sol comme celui d'un chercheur d'or, il s'est mis à sortir sans dire au revoir, à manger debout devant le réfrigérateur. Au lycée, on l'a fait redoubler, il est devenu d'une stupidité désarmante, il n'a pas fourni le moindre effort, et ces derniers mois, au lieu de mettre les bouchées doubles, il s'est enfermé dans une arrogance ridicule. Je me retourne, agacée par son grognement hargneux qui ne s'adresse à moi que pour exiger, pour me reprendre. Qu'est devenue la petite voix plaintive qui m'a accompagnée pendant tant d'années ? Nous savions si bien parler ensemble, elle était comme accordée à la mienne.
A présent il me désole. Quand il dort, quand son visage est détendu, je me dis qu'à lui aussi, ce corps si aimable, dévoré depuis quelques mois par l'ogre de la puberté, doit manquer, et qu'il le cherche peut-être dans son sommeil. Que c'est pour cette raison qu'il ne veut pas se réveiller.
Je me penche, ôte le drap de sa tête, pose ma main sur ses cheveux ébouriffés. Il me repousse.
Il vit mal son redoublement. Maintenant que l'été est venu, il sort avec sa raquette de tennis et ses chaussures pointure 43, et revient furieux contre ses amis, en marmonnant qu'il ne veut plus les voir, parce qu'ils ne seront plus dans la même classe l'année prochaine, et qu'il lui semble qu'ils l'ont trahi.
« Il faut que je te parle. »
Il se redresse brusquement, torse nu.
« J'ai faim. »
Je lui parle donc à la cuisine, pendant qu'il étale du Nutella sur ses biscuits. Il se prépare de petits sandwiches qu'il avale d'une seule bouchée.
Il a la bouche sale, il a mis des miettes partout sur la table, il a mal ouvert et déchiré le paquet de biscuits.
Je ne dis rien, je ne peux pas le gronder en permanence. J'assiste en silence au banquet de mon fils, puis j'évoque le voyage.
Il secoue la tête.
« C'est hors de question, m'man. Vas-y toute seule.
- Tu sais, Sarajevo est une ville magnifique... »
Il sourit, joint les mains, les agite, me lance son habituel regard sympathique et rusé.
« Mais qu'est-ce que tu racontes, maman ! C'est pathétique, ce que tu dis. La Yougoslavie craint ! Tout le monde le sait. »
Je me raidis, croise les bras.
« On ne dis plus la Yougoslavie. »
Il avale un autre gâteau dégoulinant de Nutella. Il recueille les gouttes sur son doigt, et le lèche.
« C'est pareil.
- Ce n'est pas pareil. »
Je baisse le ton, je l'implore presque.
« Une semaine, Pietro, toi et moi... Ce sera sympa. »
Il pose les yeux sur moi, et pour la première fois me regarde vraiment.
« Je vois pas comment ça pourrait être sympa. Arrête, m'man...
- Nous irons sur la côte. La mer est sublime.
- Dans ce cas, allons en Sardaigne. »
Je me bats pour ne pas craquer, et voilà que cet imbécile me parle de la Sardaigne. Il se lève, s'étire, se retourne. Je contemple son dos, le duvet sur sa nuque.
« Vraiment, tu te moques de savoir où ton père est mort ? »
Il lâche sa tasse dans l'évier.
« Fait chier, m'man... »
Je le supplie, j'ai la voix d'une enfant, hésitante, incertaine, la voix qu'il avait quant il était petit.
« Pietro... Pietro.
- Quoi ? »
Je me lève à mon tour, renverse par mégarde le carton de lait.
« Comment ça, "quoi"? C'était ton père ! »
Il hausse les épaules, les yeux rivés au sol.
« Fait chier cette histoire. »
Cette histoire, c'est son histoire, notre histoire, mais il ne veut pas l'entendre. Quand il était petit, il était plus curieux, plus courageux, il posait davantage de questions. Il observait son père, jeune homme... cette photo de Diego sur le réfrigérateur, maintenue par un aimant, jaunie par les vapeurs de cuisine. Il se serrait contre moi, s'accrochait. En grandissant, il a cessé de m'interroger. Son univers s'est restreint à ses besoins, à son petit égoïsme. Il n'a pas envie de se compliquer la vie, ni les pensées. Pour lui, son père c'est Giuliano, c'est lui qui l'a accompagné à l'école, lui qui l'a amené chez le pédiatre. C'est lui qui lui a flanqué une gifle, un jour au bord de la mer, où il a plongé dans une eau trop peu profonde.

Posté par aproposdelivres à 11:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

05 juillet 2010

Les noces barbares - Yann Queffélec

les_noces_barbares les_noces_barbares_p

les_noces_barbares_p1 les_noces_barbares_p2

Gallimard – août 1985 – 309 pages

Folio – août 1987 – 343 pages

Prix Goncourt 1985

Quatrième de couverture :
Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère - Nicole et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier. La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic n'est pas l'arriéré qu'on veut faire de lui. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore et qu'il redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver. S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit chez lui des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là-bas, sur le bateau dont il a fait sa maison, que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante de re-connaissance mutuelle - qui est aussi le dernier épisode de leurs noces barbares.

Auteur : Né à Paris en 1949, Yann Queffélec est un écrivain français. Il est le fils de l’écrivain breton Henri Queffélec et le frère de la pianiste Anne Queffélec. Bien qu’il vive encore à Paris, il a gardé de fortes attaches en Bretagne. Il entame sa carrière d’écrivain en éditant à 32 ans une biographie de Béla Bartók. Quatre ans plus tard, il reçoit le prix Goncourt pour son roman Les noces barbares. Il est l’auteur de nombreux romans et d’un recueil de poèmes et aussi des paroles de chansons, notamment pour Pierre Bachelet. En 1998, il anime sur internet la création d'un roman interactif Trente jours à tuer.

Mon avis : (relu en juillet 2010)
J'avais déjà lu ce livre il y a longtemps et il m'avait marqué et je voulais le relire et le Challenge ABC a été l'occasion de le faire.
C'est l'histoire d'un fils Ludovic qui cherche désespérément l'amour de sa mère Nicole. Mais celle-ci le rejette car il est le fruit d'un viol alors que Nicole n'avait pas quinze ans. Il a vécu ses premières années caché dans un grenier sans aucun amour de la part de sa mère et de ses grands-parents. Nicole se marie avec Micho qui a déjà un fils Tatav. Il est prêt à accueillir également Ludo. Micho est très gentil avec Ludo et il veut vraiment créer une vrai famille. Mais Nicole ne supporte pas Ludo, il lui rappelle son passé. Elle prétend qu'il est idiot et le fait enfermer dans un établissement pour débiles légers. Mais Ludovic n'est pas idiot, il recherche l'amour de sa mère et en même temps il la craint.
L'histoire est bouleversante, l'écriture est magnifique, précise, poétique. Les personnages de Ludovic et Nicole sont attachants, leur relation mère et fils est poignante : la mère est violente vis à vis du fils, mais celui-ci lui répond par un amour inconditionnel, il voudrait être accepté. C'est une histoire sombre, tragique, douloureuse, triste, bouleversante et inoubliable !

les_noces_barbares_film
Les Noces Barbares a été adapté au cinéma par Marion Hänsel en 1987.

Extrait : (page 85)
Ludo crut punir sa mère en lui battant froid. Il ne cracha plus dans le café du jeudi matin, ne colla plus ses lèvres sur le bol où elle avait bu, bloqua sa respiration quand ils se croisaient. Son point d'honneur, voulait que toute intimité fût désormais radiée de ces gestes par lesquels, chaque jour, il la servait. Nicole affectait de ne rien remarquer. On eut dit que la brouille installée par son fils répondait à ses vœux. Sa froideur, à lui, n'avait d'autre avenir que la tristesse, il ne s'enfonçait dans l'hostilité que pour s'y résigner le plus tard possible. « T’as raison, disait Tatav à Ludo. Elle est niaise, ta mère. Moi je voulais pas que mon père se la marie. – Ah bon », répondait Ludo.

« Faut la mettre à bout, déclara Tatav un jour. Faut qu’elle demande pardon. C’est la loi. » Il pouffa : « On va y coller des perce-oreilles dans ses affaires. Allez viens ! Toi tu surveilles l’escalier, moi je les mets. » Ludo fit la sentinelle. « Plus jamais qu’elle osera mettre sa culotte, exultait Tatav en sortant quelques instants plus tard. J’y en ai mis un régiment. Bon, moi je vais au sous-marin. »

Dès qu’il fut parti, Ludo se glissa chez Nicole et subtilisa les perce-oreilles épars dans son linge. « C’est une fine mouche, observa Tatav le lendemain sur le trajet de l’école. Elle a rien dit. Même qu’elle m’a fait la bise. Faut y mettre des boules puantes sous les draps. Quand elle va se coucher, ça va écraser les boules. Oh, la nuit qu’ils vont passer, les vieux ! » Ludo faillit se faire prendre en déminant la literie piégée par Tatav. « Moi, j’y comprends rien, s’énervait celui-ci. – Moi non plus, répondait Ludo. – J’ai une idée. Je me mets derrière elle à quatre pattes. Toi tu fonces dessus par-devant pour qu’elle recule et tombe sur moi. » Exécution. Mais à la seconde où Nicole allait buter en plein dans Tatav, Ludo s’écria : « Attention ! » et le piège échoua. Tatav s’en tira piteusement par un lacet qu’il renouait, mais commença de regarder Ludo d’un sale œil. « Ben quoi, j’ai eu peur… »

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (20/26)

Posté par aproposdelivres à 17:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 juin 2010

Le cahier bleu – James A. Levine

le_cahier_bleu Buchet & Chastel – janvier 2010 – 223 pages

traduit de l'américain par Sylviane Lamoine

Présentation de l'éditeur :
Batuk est âgée de neuf ans à peine quand son père, un paysan du Madya Pradesh, la vend à un bordel d'enfants de Common Street, à Bombay. Jetée en pâture aux désirs pervers des notables de la ville et des policiers pédophiles, la petite prostituée parvient, six années plus tard, à subtiliser un crayon à sa patronne. Et se met à couvrir les pages d'un cahier bleu auquel elle confie le quotidien épouvantable de son esclavage sexuel. Dans ce journal intimiste, désespéré, expiatoire, Batuk écrit tous les jours avec ses mots d'enfant sacrifiée. Elle écrit pour conjurer son destin, pour oublier que son père a abandonné sa léoparde aux yeux d'argent à la violence de ces clients qui viennent jusque dans son nid pour y faire des pains au lait. Elle écrit aussi pour retrouver ses jeux au village avec les lézards de son enfance entre les rochers chauffés par le soleil. Et, dans son cahier bleu, Batuk finit par s'inventer des héros fantastiques qui viendront peut-être, un jour, la libérer... Mais, une nuit, un taxi blanc s'arrête devant sa prison...

Auteur : James A Levine est professeur émérite et médecin dans la célèbre clinique américaine de Mayo. Il a été mandaté par les Nations unies pour enquêter sur le travail des enfants dans les pays émergents. Lors d'une visite dans la sordide rue des Cages de Bombay où exerce une partie du million deux cent mille enfants prostitués en Inde, il voit un jour une petite fille en sari rose qui écrit dans un cahier bleu. Batuk, l'héroïne du Cahier bleu, est née. Ce premier roman, dérangeant, puissant et engagé contre la prostitution des enfants dans le monde, est traduit dans une quinzaine de pays.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Ce n'est pas facile de parler de ce récit bouleversant. Dans la première partie de ce livre, Batuk nous raconte sa vie effroyable : à l'âge de neuf ans, elle est vendue par son père. Elle va être violée et découvrir le terrible travail auquel elle est destinée dans une maison close de Common Street à Bombay. Six ans plus tard, elle arrive à se procurer un crayon et dans un « cahier bleu », Batuk raconte son histoire en utilisant un langage imagé, poétique et enfantin. Elle a beaucoup d'imagination et pour supporter l'insupportable, elle s'invente des contes.
La deuxième partie est très dérangeante, Batuk a quinze ans, elle a été acheté par un homme d'affaire et offerte à son fils comme « esclave sexuelle » et le récit devient pornographique et l'auteur ne nous épargne aucun détail, tout devient souffrance, violence... C'est souvent insoutenable.

Ce livre qui dénonce la prostitution des enfants en Inde est très fort. J'ai beaucoup aimé la première partie toute en poésie et en délicatesse pour dénoncer l'horreur de la prostitution enfantine, le sordide de la deuxième partie m'a un peu gâché l'ensemble. Je vous encourage cependant à découvrir ce livre.

Il faut noter que l'ensemble des droits d'auteur que James A. Levine tire des ventes du "Cahier bleu" sont reversés au Centre International des enfants disparus et exploités (www.icmec.org)

 

Extraits : (page 57)

Une fois coiffée, j'ai été enveloppée dans un sari pour la première fois de ma vie. Il était orange et rouge, rebrodé de fils blancs et argent, léger comme une plume, et sentait comme l'huile de mon bain de la veille. J'étais parfaite ; j'avais l'impression d'être emballée comme un cadeau précieux. La vieille m'a laissée et a fermé la porte à clé. Je me suis dévisagée dans le miroir. Il m'a fallu un moment pour comprendre que c'était moi. J'ai penché la tête, levé le poignet, et agité les doigts comme un éventail ; je me suis composé un sourire subtil. L'image a changé. J'ai parlé tout haut et entendu une voix familière provenir d'un visage qui m'était étranger. Je me suis mise à faire des imitations d'animaux, que le rouge à lèvres rendait plus comiques. J'en étais à la moitié de mon répertoire quand la vieille bique est revenue. Elle n'a fait qu'entrouvrir la porte avant de se pencher à l'intérieur.
« Viens. »
Cet ordre donné sur un ton inhabituel ressemblait plus à une invitation qu'à un commandement. Je me suis levée, j'ai dit au revoir à la grenouille dans le miroir, et je l'ai suivie.

[…] (page 61)

« Princesse, viens là, ma chérie, à côté de moi », a ordonné le maître.
J'ai obéis, quelque chose dans sa voix forçait à obéir. Il a passé son bras autour de ma taille avant de poursuivre.
« Messieurs, il est manifeste que nous sommes en présence d'un joyau. Cela fait de très nombreuses années que je n'avais pas vu un oisillon aussi charmant. »
Gros oncle puant l'a interrompu pour lui poser une question.
« Est-ce qu'elle est propre ? Le docteur l'a auscultée ? »
C'est la vieille qui a répondu depuis l'ombre du fond de la pièce.
« Le docteur Dasdaheer a procédé à un examen complet tout à l'heure. J'ai apporté son rapport. Il dit qu'elle est parfaite santé et – elle a toussé – pure. »
Gros oncle et Jeune oncle à grandes mains se sont mis à grogner tous les deux comme des porcs affamés. « Messieurs, a repris maître Gahil, me tenant toujours par la taille, il est temps de parler affaires. Qui va se délecter de notre petite princesse fraîchement arrivée de la campagne ? »
Regard circulaire, s'arrêtant sur chacun des oncles.
« Commençons, disons, à cinquante mille roupies. »
Le coussin de silence a vite été rompu par l'approbation simultanée de Gros oncle et Jeune oncle à grandes mains.
« D'accord, parfait.
— Soixante-quinze mille ? »
Hochements de tête et grognements de Grand oncle, oncle Nir-Sourire et Gros oncle.
« Cent mille, un lakh. »
J'avais accompagné papa et mes frères à des ventes de bétail aux enchères et j'ai compris que c'en était une.

Posté par aproposdelivres à 13:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,