20 juin 2013

Un Printemps à Tchernobyl - Emmanuel Lepage

1151_couv Futuropolis - octobre 2012 - 168 pages

Présentation de l'éditeur :
26 avril 1986. À Tchernobyl, le coeur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radionucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision. 

22 ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?

Auteur : Emmanuel Lepage est un dessinateur, scénariste et coloriste de bande dessinée, né en 1966 à Saint-Brieuc.

Mon avis : (lu en juin 2013)
C'est grâce à la blogosphère que j'ai découvert cette bande dessinée. 

En avril 2008, à l'invitation de l'association des Dessin'Acteurs, Emmanuel Lepage part deux semaines à Tchernobyl, à proximité de la « Zone interdite ». Il fera ce voyage avec Gildas, illustrateur, Morgan, musicienne et chanteuse et son compagnon Pascal, ingénieur du son, photographe et poète.

Vingt deux ans après la catastrophe, c'est l'occasion pour le dessinateur de témoigner à travers ses dessins sur la situation actuelle là-bas. Avant de partir, nous le sentons pas très rassuré par les risques de contamination... 
Il imagine y trouver un paysage de fin du monde. La réalité est toute autre et ce n'est pas si facile de rendre compte de ce qui n'est pas visible...
En arrivant là-bas, il découvre des habitants accueillants, souriants avec des enfants plein de vie. Son appréhension est toujours là lorsqu'il s'agit de visiter le site de Tchernobyl et la « Zone interdite » avec Pripiat ville fantôme, vidée de ses habitants et laissées à l'abandon depuis 1986. Là où les hommes ont désertés, la nature a repris ses droits, la végétation est luxuriante, quelques animaux sont revenus... 
Emmanuel Lepage rappelle les évènements de 1986, croque des villes en ruines, des habitants faisant plus que leurs âges avec un dessin sombre au fusain puis peu à peu le ton s'éclaire et la couleur apparaît avec un maximum dans ses dessins de forêts et de nature printanières qui révèlent toute la beauté des lieux. Mais la radioactivité toujours présente se rappelle à nous avec les crépitements du dosimètre... Ce contraste est frappant entre ses paysages quasi apocalyptiques et la forêt "jardin d'Eden".
Un très beau témoignage pour ne pas oublier cette catastrophe.

En lisant cette bande dessinée, j'ai repensé à ma lecture du livre La nuit tombée – Antoine Choplin qui évoque également l'après Tchernobyl.

Autres avis : Jérôme, Stephie, Bricabook, SaxaoulNouketteMo

Extrait : (début du livre)

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[...]

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 Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

 

 

 

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05 février 2013

Notre force est infinie - Leymah Gbowee

avec Carol Mithers

notre_force_est_infinie Belfond - octobre 2012 - 344 pages

traduit de l'américain par Dominique Letellier

Titre original : Mighty be our powers, 2011

Quatrième de couverture :
Inspirant et bouleversant, le témoignage unique d'une femme dont le courage, la passion et l'exceptionnelle force de conviction ont fait renaître l'espoir dans un pays ravagé. 
Leymah Gbowee n'a que dix-huit ans quand la guerre civile éclate au Liberia. Pendant quatorze ans, les troupes de Charles Taylor vont semer la terreur et la mort. Premières victimes, les enfants dont le dictateur fait des soldats, et les femmes harcelées, parfois violées par les miliciens. 
Au prix d'une volonté inouïe, Leymah Gbowee va relever la tête. Avec dans le coeur une conviction inébranlable : qu'importe l'ethnie, qu'importe la religion, si elles se rassemblent, les femmes peuvent défier la violence des hommes. 
D'innombrables sittings en terrifiantes confrontations avec les seigneurs de guerre, en passant par une grève du sexe aussi spectaculaire qu'efficace, Leymah Gbowee et son armée de femmes en blanc vont réussir l'impensable : pousser Charles Taylor à l'exil et ramener la paix au Liberia. 
Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

Auteur : Née en 1972 à Monrovia (Libéria), Leymah Gbowee est la directrice exécutive du Women Peace and Security Network Africa, basé à Accra (Ghana). Elle a fondé le Women Peacebuilding Program/WestAFrican Network for Peacebuilding (WIPNET/WANET). Elle a aussi officié en tant que commissaire désigné pour la commission Truth et Reconciliation du Libéria. Son engagement a contribué à chasser le président Charles Taylor du pouvoir, après quatorze ans de guerre civile. Leymah Gbowee vit aujourd’hui au Ghana avec ses six enfants.

Mon avis : (lu en février 2013)
J'ai vraiment honte d'avouer qu'avant de lire ce livre, je ne connaissais pas du tout la Libérienne Leymah Gbowee devenue Prix Nobel de la Paix 2011 conjointement avec Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et à la Yéménite Tawakkul Karman.
Ce livre est le témoignage de la vie et de la lutte pour la paix de Leymah Gbowee.

 « Construire la paix ne signifie pas pour moi mettre fin aux combats en se dressant entre deux factions opposées mais soigner les blessures des victimes, leur rendre leur force, les faire redevenir ceux qu'ils ont été. C'est aider les bourreaux à redécouvrir leur humanisé afin qu'ils soient à nouveau utiles à leur communauté. Construire la paix, c'est enseigner qu'on peut résoudre les conflits sans prendre les armes. C'est reconstruire les sociétés où on a utilisé des armes et les rendre meilleures. »

Leymah Gbowee est une adolescente brillante lorsqu'en 1989 éclate la guerre civile au Liberia. Elle va connaître l'exil, les camps de réfugiés, ses rêves d'études supérieures sont loin, elle est mariée avec un homme violent et infidèle et devient très rapidement la mère de 4 enfants. Elle ressent très tôt le besoin d'être utile et de lutter pour s'en sortir. Elle va d'abord s'occuper d'enfants-soldats, puis de femmes violentées... Avec ses petits moyens, son énergie hors du commun, elle mobilise les femmes de toutes ethnies et de toutes religions pour intervenir auprès des hommes afin de mettre fin à la guerre civile.

« Nous sommes fatiguées ! Nous sommes fatiguées de voir tuer nos enfants ! Nous sommes fatiguées d'être violées ! Femmes réveillez-vous – vous avez une voix à faire entendre dans le processus de paix ! »

Sittings, manifestations pacifistes, prières et «grève du sexe» sont les moyens que Leymah a trouvé pour obliger les hommes du pays à s'assoir à la table des négociations. La déterminations de toutes les femmes habillées de blancs a fini par réussir à faire fuir le dictateur Charles Taylor et à rétablir la démocratie en faisant élire en 2003 une femme à la tête du Liberia.
Ce témoignage, nous raconte non seulement son combat pour la paix mais aussi sa vie familiale et personnelle et la difficulté de concilier les deux. Ce livre est passionnant, je ne connaissais pas du tout l'histoire du Liberia, j'associais seulement le Liberia au pavillon de complaisance pour les bateaux... Je suis vraiment admirative devant la détermination de Leymah et ses compagnes de lutte pour refuser la fatalité de la guerre civile et œuvrer à obtenir la paix dans leur pays. Bravo ! 

Extrait : (prologue)
Les histoires de guerre moderne se ressemblent souvent, non parce que les circonstances sont analogues, mais parce qu'elles sont racontées de la même manière. On cite les chefs qui prédisent en toute confiance la victoire. Les diplomates déclament des affirmations pompeuses. Les combattants, vantards, menaçants – toujours des hommes, qu'ils soient des soldats gouvernementaux ou des rebelles, qu'on les dépeigne comme des héros ou des bandits -, brandissent des trophées atroces et transforment leurs bouches en armes aussi dévastatrices que leurs kalachnikovs.
C'était ainsi, dans mon pays, le Liberia. Pendant les années où la guerre civile nous a déchirés, les reporters étrangers sont venus pour informer le monde sur notre cauchemar. Lisez leurs articles ! Regardez les clips vidéo ! Ils ne parlent que du pouvoir de destruction. Des gamins torse nu, à pied ou dans des camions à ridelles, tirent avec d'énormes mitrailleuses, dansent comme des fous dans les rues dévastées d'une ville ou se massent autour d'un cadavre, l'un d'eux brandissant le cœur sanglant de la victime. Un jeune homme portant des lunettes de soleil et un béret rouge fiche un regard glacial dans l'objectif : « On vous tue, on vous mange. »
Regardez à nouveau ces témoignages, plus attentivement, cette fois ! Regardez à l'arrière-plan, car c'est là que vous remarquerez les femmes ! Vous nous verrez nous enfuir, pleurer, nous agenouiller devant la tombe d'un enfant. Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre, c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend.
Un jour, un journaliste étranger m'a demandé : « Avez-vous été violée pendant la guerre au Liberia ? »
Quand je lui ai répondu non, je n'ai plus présenté le moindre intérêt pour lui.
Pendant la guerre, presque personne n'a parlé de ce que fut cette autre réalité : la vie des femmes. Comment, en plein chaos, nous avons caché chaque fois que c'était nécessaire nos maris et nos fils pour éviter que les soldats ne les recrutent de force ou ne les tuent. Comment, en plein chaos, nous avons marché des kilomètres chaque jour pour trouver à manger et de l'eau pour nos familles. Comment nous avons perpétué la vie, afin qu'il reste quelque chose sur quoi reconstruire, quand la paix reviendrait. Comment, enfin, nous avons puisé notre force dans la solidarité pour parler de paix au nom de tous les Libériens.
Ceci n'est pas histoire de guerre traditionnelle. Il s'agit d'une armée de femmes en blanc qui se sont levées quand personne d'autre n'en avait le courage, car ce qu'on peut imaginer de pire nous était déjà arrivé. C'est une histoire qui raconte comment nous avons trouvé la persévérance et la bravoure morales indispensables pour élever la voix contre la guerre et restaurer le bon sens dans notre pays.
Je ne l'avais jamais entendue auparavant, parce que c'est une histoire de femme africaine et que nos histoires sont rarement contées.
Je veux que vous entendiez la mienne.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Février
 

Challenge 5% Littéraire 2012

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12 octobre 2012

Réanimation - Cécile Guilbert

r_animation Grasset - août 2012 - 272 pages

Quatrième de couverture :
« Blaise vient de fêter ses cinquante printemps. Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? De céder ? De s’ouvrir ? Une délivrance ? Une douleur ? Un remords ? Peut-être. Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout. »
La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l’un à l’autre, insouciants. Jusqu’au jour où Blaise est atteint d’une maladie rare, la « cellulite cervicale », forme de nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d’urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en « homme-machine » plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial – la « réa » – tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...
Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, et aussi – surtout ? – une lettre d'amour à Blaise.

Auteur : Romancière et essayiste, Cécile Guilbert est l’auteur de Warhol Spirit (2007), Prix Médicis de l’essai et de Animaux and Cie (2010), avec Nicolas Guilbert.  

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Le sujet de ce livre n'avait rien d'attirant pour moi et je ne l'aurai jamais lu en dehors du Grand Prix des lectrices Elle. J'ai personnellement une relation difficile avec l'hôpital, je n'aime pas les odeurs, les bruits, je suis jamais à l'aise lorsqu'il faut que je m'y rende que ce soit pour consulter ou pour rendre visite à quelqu'un...
A cinquante ans, Blaise le mari de la narratrice est opéré d'urgence pour une infection rare appelé cellulite cervicale. Après l'opération, sa femme vient lui rendre visite et elle découvre avec surprise que son mari est dans le service Réanimation post-opératoire et traumatologique, il a été plongé dans un coma artificiel pour quelques semaines.
Elle réalise alors que pour la première fois de sa vie elle se trouve séparé de Blaise et d'une manière qu'elle n'avait jamais imaginé, ni envisagé...
Elle se met alors à écrire au jour le jour, ses pensées, ses impressions dans un journal intime. Elle se retrouve seule à la maison, tout autour d'elle lui rappelle Blaise, elle se souvient du passé, elle a des craintes quand à l'avenir... Elle se raccroche à ces lectures, aux contes, à la mythologie, à l'Art... Elle se rend à l’hôpital, elle observe le service de Réanimation, son homme endormi, livré aux médecins et personnel soignant.
Ce livre est bien écrit, l'auteur a su décrire en détail l'atmosphère de l'hôpital et du service de Réanimation. Cette longue attente forcée va petit à petit conduire Blaise et la narratrice vers une réanimation médicale et spirituelle.
Le sujet est vraiment trop angoissant pour moi pour que j'apprécie pleinement ce livre, j'y ai également trouvé quelques longueurs. C'est malgré tout, une belle déclaration d'amour.

Extrait : (page 13)
Cette année-là, dans les derniers jours de mars, nuits et jours sont de même longueur et quelque chose a lieu.
Est-ce une buée passagère ? un fourmillement sans conséquence ?
La maladie est juste un mauvais rêve, le cauchemar favori des hommes tentés secrètement par la Faucheuse bien qu'ils la redoutent chaque nuit dans leur sommeil, enroulés dans leur drap comme dans leur linceul, étendus sans conscience comme s'ils étaient morts.

Blaise n'est pas de ce bois dont on fait les cercueils.
Dût-il demeurer longtemps alité, jamais ne lui viendrait la tentation de s'halluciner en cadavre. Pas plus qu'il n'aurait, mourant, l'idée de se photographier en gisant pour contempler son image durant son agonie. 
Y croit-il seulement, à la mort ?

Vous vivez ensemble depuis vingt ans.
Tu l'as aimé au premier regard, lumière du coup de foudre.
Tu aimes sa générosité, son espièglerie ; tu aimes son humour et par-dessus tout sa grande santé, qui ne vient pas du corps mais de l'appétit de vivre, et son élasticité joueuse, et son énergie.
Cet été-là, des feux d'artifice déchirent le ciel, Paris fait la fête, le Bicentenaire bat son plein mais la Révolution, c'est vous.
Davantage qu'à sa forte tête, trop souvent belliqueuse, tu fais confiance à son corps vif et viril de trente ans. Animé d'une gestuelle si déliée qu'il semble voltiger dans l'espace comme un papillon ivre, un ludion enfourchant l'univers dans sa ruée, tu sais d'instinct que sa vitalité supplantera toutes les baisses de tension (il y en aura), vaincra tous les chagrins.
Quand Aphrodite frappe, l'amour devient l'autre nom de la foi : brusque, soudaine, sans raison ni limites. Puisque Biaise saura être ton frère, ton fils, ton père, ton complice inégalé, et parce que vous y voyez l'occasion de sceller symboliquement l'exception dont n'ont pu se réclamer tous ceux et celles qui jadis et naguère ont fait battre vos cœurs et fondre vos corps, vous vous mariez. Bien décidés à n'avoir jamais d'enfants puisque vous en êtes. Que d'ailleurs Biaise a déjà un fils de six ans et Robert Louis Stevenson raison : les parents qui s'aiment n'engendrent que des orphelins.  

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Document

Challenge 1% Littéraire 2012

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12 septembre 2012

Fukushima, récit d'un désastre – Michaël Ferrier

fukushima Gallimard – mars 2012 – 262 pages

Quatrième de couverture :
« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes - avec la complicité ou l'indifférence des autres - est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité. »

Auteur : Michaël Ferrier vit à Tokyo où il enseigne la littérature. Il est l'auteur de plusieurs essais et romans, dont Tokyo - Petits portraits de l'aube (2004) et Sympathie pour le fantôme (2010).

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Mickaël Ferrier connaît bien le Japon car il y vit et y enseigne depuis des années, son livre est un témoignage sur le désastre de Fukushima.
Le récit commence le jour du séisme, le vendredi 11 mars 2011à Tokyo. Dès les premières pages entraînent le lecteur dans une description en détails d'un tremblement de terre, avec les sensations d'un monde qui bouge et où les objets tombent partout...

« Mais c'est aux arêtes de la bibliothèque que le séisme atteint son paroxysme. Il court le long des tablettes, se glisse entre les rayons et décapite un à un les livres au sommet de l’étagère, où se trouve disposée la poésie française avec un crépitement de mitraillettes. Saint-John Perse tombe le premier. “S’en aller ! S’en aller ! Paroles de vivant !” Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps, qui marque d’une croix blanche la face des récits, ne résiste pas plus de quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Leger Leger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud, qui prend la tangente sur sa jambe unique avec un facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Leconte de Lisle s’impatiente et vient bientôt les rejoindre puis, pêle-mêle, Laforgue et Louise Labé… La grand Hugo hésite, tergiverse, il grogne de toute la puissance de ses œuvres complètes et puis il s’écrase au sol dans un fracas énorme. Aimé Césaire, lui, tombe avec élégance et majesté. Nerval chevauche René Char, Claudel monte sur Villon, Villon sur Apollinaire. Enfin, Malherbe vient, et entraîne à sa suite toute la Pléiade... Ronsard, Du Bellay, Belleau, Jodelle...»

Cela semble durer une éternité, et pourtant la télévision dira plus tard que le séisme a eu lieu durant deux à trois minutes...
Ensuite, Mickaël Ferrier découvre que le téléphone ne fonctionne plus, puis des dizaines de mails demandant de ses nouvelles arrivent de partout, à la télévision tout le monde a l'air à la fois inquiet et ahuri. Une alerte au Tsunami est annoncée.
Trois jours plus tard, c'est le désastre complet : la grande vague du tsunami a dévasté la région du nord, il y a des milliers de morts, les nombreuses répliques du séisme stresse la population et les centrales nucléaires du Nord qui explosent inquiètent tout le Japon. Les étrangers cherchent à fuir le pays. Ils ont peurs. En plus de la réalité du terrain, les médias se déchaînent, les même images apocalyptiques tournent en boucles...
Après avoir quitté quelques temps Tokyo pour se ressourcer dans le calme de Kyoto. Mickaël Ferrier et sa compagne Jun décident, plutôt que de fuir ou de se terrer, de partir pour « le Nord, voir la mer, aider les gens, nous mêler aux cataclysmes. »
Le témoignage devient de plus en plus fort, ce qu'ils découvrent est incroyable, stupéfiant :

« Je marche, je marche dans le désastre. Petits morceaux, gros morceaux, menus débris, tout se mêle et s'accumule : le fer, le béton, les lambeaux de plastique. Tout est réduit en poudre, en cendre, en sable... Une plage, une plage immense de débris. Les bâtiments, comme des écorchés, laissent apercevoir leurs viscères. Les bâtissent et les édifices déchiquetés se succèdent, sans qu'on puisse la plupart du temps deviner s'il s'agissait d'habitations ou de hangars, de monuments ou de terrasses, de bureaux ou de corps de logis. Les structures métalliques et rouillées sont enchevêtrées dans un dédale de boue et de béton liquéfié, ne laissant plus apercevoir, dans la confusion des métaux et des matériaux, que l'incroyable férocité de ce qui les a jetés à terre et impitoyablement laminés. »

Et plus l'écrivain monte vers le Nord et plus le paysage est lunaire, la vie semble s'être arrêtée, les descriptions sont puissantes, à la fois belles et tragiques :

« On voit tous les objets en brun, toutes les autres couleurs ont disparu du monde. Tout à coup nous ne sommes plus au Japon. Nous ne sommes plus nulle part d’ailleurs, car d’aucun pays ce paysage ne saurait porter le nom. »

« Miyako-mura, le village frontière, presque entièrement vidé de ses habitants… Il est difficile de décrire ce que l’on ressent quand on arrive dans un de ces villages fantômes. D’abord, le silence est colossal, un silence profond et qui semble sans fin. J’ai l’impression d’être devenu sourd. Le cri des corbeaux, le ronflement des moteurs, l’aboiement des chiens, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Le vent même a disparu. »

Mickaël Ferrier n'a pas pu aller plus loin, la zone proche de Fukushima est interdite, il s'est pourtant bien documenté et a obtenu le témoignage d'un « liquidateur », cette troisième partie est très intéressante, l'auteur nous rappelle également qu'un accident du même genre pourrait se produire ailleurs, y compris en France où le nucléaire est fortement présent...

Le livre se lit plutôt facilement il est très bien écrit, mais il m'a été impossible de lire d'une traite ce témoignage saisissant, les images du désastre vues à l'époque à la télévision se sont mises peu à peu à hanter mon esprit. Heureusement quelques touches d'humour, soulignant des situations décalées permet le lecteur de sortir, ne serait ce qu'un instant, de cette vision apocalyptique. 

 

Extrait : (page 19)
Vendredi 11 mars 2011, en début d’après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s’ouvre, grogne, frémit, demande a sortir.

Tout d’abord, ce n’est rien, un mouvement infime, insignifiant, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os. Je ne sais pas comment je m’en aperçois, une babiole peut-être qui bouge, les bibelots qui s’ébrouent près de la baie vitrée, quelques points de poussière dans la lumière de l’air. Silencieusement, subtilement, cette chose se développe et suit son cours, elle circule sans relâche.

Maintenant, le frisson envahit la table, la déborde, oscille sur elle comme une vague, il gronde tout doucement, se déplace, touche les stylos, les cahiers, les livres, fait palpiter le clavier de l’ordinateur, remonte entre les lignes, arrive sur l’écran, pulsation imperceptible. C’est une immense phrase qui s’est mise en marche avec sa mélodie spécifique, source et centre momentané de tout l’Univers, tour a tour souple, précise et fluide, cahotante, anarchique, poétique, torpillant les sentences et disloquant la syntaxe, renversant les perspectives, changeant tous les plans et bouleversant les programmes, et qui pourrait se condenser en un seul énoncé reflétant pour un instant la vérité tout entière : ça venait des profondeurs et c’était arrivé.

*

Je suis avec Jun, c’est un après-midi radieux, une brise tiède entre dans la maison. Nous prenons un café sur la grande table de bois. Le printemps scintille dans les camélias, les iris, le bouquet pimpant du jasmin qui parfume l’impasse et dans les yeux de Jun. Elle est là, sur la chaise, elle a senti comme moi le frémissement de la table, elle rit. Jun, née ici, a Tokyo, d’un père japonais et d’une mère espagnole, la rencontre de l’Orient et de l’Occident dans un corps de liane. Cheveux noirs, sourcils en accent circonflexe, peau que l’on devine douce au toucher : ses yeux sont très petits quand elle rit, très grands quand elle sourit. Sa bouche est une étrange fleur asymétrique, qui balance toujours entre la feinte et le rire. Quand elle rit, ses dents, très blanches et bien plantées, semblent défier le monde entier.
Le café tremblote dans les tasses. De petits anneaux concentriques apparaissent a la surface du liquide noir et fumant, qui s’élargissent sans cesse puis disparaissent au contact de la porcelaine avant de se reformer en cercles a chaque fois plus rapides, plus nerveux. Tous les livres sur la table commencent a bouger aussi. Les oiseaux se sont tus. Je guette du coin de l’œil les spirales du café dans la tasse pour voir si le tremblement se calme ou s’il s’amplifie.

A ce même moment, dans tous les bureaux de Tokyo, les bistrots, les restaurants, des millions de gens font comme moi : l’œil se fixe avec une intensité extraordinaire sur un verre d’eau, sur une chope de bière, un gobelet de thé vert.

Soudain, le monde entier est suspendu a quelques remous a la surface d’un bol, au cyclone qui s’empare d’une tasse de thé.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

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