27 mai 2012

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus - Éric-Emmanuel Schmitt

les_10_enfants Albin Michel – avril 2012 – 114 pages

Quatrième de couverture :
Madame Ming aime parler de ses dix enfants vivant dans divers lieux de l’immense Chine. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ? L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la
Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius.
Dans la veine d’Oscar et la dame rose, de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ou de L’Enfant de Noé, Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus est le sixième récit du Cycle de l’Invisible.

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.
Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. 

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
Madame Ming est la "dame pipi" des toilettes hommes du Grand hôtel de Yunhai en Chine.
Le narrateur est un homme d'affaires européen qui vient très souvent en Chine. Pour déstabiliser ses interlocuteurs, il a comme stratégie d'interrompre souvent les négociations en allant aux toilettes. C'est là qu'il rencontre la fascinante Madame Ming. Lorsqu'un jour, elle lui affirme avoir dix enfants, il en doute beaucoup, la Chine étant le pays de l'enfant unique. Malgré cela, il apprécie ses conversations avec madame Ming et il est curieux de mieux connaître Ting Ting, Ho, Da-Xia, Kun, Kong, Li mei, Wang, Ru, Zhou et Shuang à travers les portraits faits par leur mère.
L'histoire est courte, facile à lire, le lecteur découvre la Chine d’hier et d’aujourd’hui et est appelé à réfléchir sur le bonheur, l'amour, la sagesse. Une lecture plaisante et détendante.

Extrait : (début du livre)
La Chine, c'est un secret plus qu'un pays.
Madame Ming, l'œil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi, l’Européen de passage :
- nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l’éducation.
Elle avait raison… Même si je la parcourais, la Chine m’échappait. A chacun de mes voyages, son sol s’étendait, son histoire s’évaporait, je perdais mes jalons sans en gagner de nouveaux ; malgré mes progrès en cantonais, en dépit de mes lectures, quoique je multipliasse les contrats commerciaux avec ses habitants, la Chine reculait à mesure que j'avançais, tel l'horizon.
- Au lieu de se plaindre de l'obscurité, mieux vaut allumer la lumière, affirma madame Ming.
Comment ? Quel individu choisir pour fouiller ce sol énigmatique ? Quelle proie harponner ? La Chine contenait autant de sujets que la Méditerranée de poissons.
- La planète porte un milliard de Chinois et cinq milliards d'étrangers, murmura madame Ming en ravaudant une paire de bas.
Au cours d'une émission qu'elle écoutait sur sa radio en plastique bistre, vestige de l'époque maoïste qui enrhumait les voix en y ajoutant des postillons, madame Ming répétait les propos du journaliste gouvernemental, un as des statistiques et du léchage de culs. « Un milliard de Chinois. » A ce moment-là, je ne repérai pas ce qui la déconcertait, qu'il y ait tant de Chinois ou si peu...
Au sein du peuple arithméticien qui inventa jadis la calculette, cette dame entretenait un rapport insolite aux chiffres. Peu de choses à première vue la différenciaient des autres cinquantenaires ; mais, nul ne l'ignore, la première vue ne voit rien.  


Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... 

mr_ibrahim_ldp_2012 Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

Challenge Eric Emmanuel Schmitt
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 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Personnage célèbre"

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25 mai 2012

Si tu passes la rivière - Geneviève Dumas

si_tu_passes_la_rivi_re Luce Wilquin – septembre 2011 – 128 pages

Prix Victor Rossel 2011 (Belgique)

Quatrième  de couverture :
« Si tu passes la rivière, si tu passes la rivière, a dit le père, tu ne remettras plus les pieds dans cette maison. Si tu vas de l'autre côté, gare à toi, si tu vas de l'autre côté. » J'étais petit alors quand il m'a dit ça pour la première fois. J'arrivais à la moitié de son bras, tout juste que j'y arrivais et encore je trichais un peu avec les orteils pour grandir, histoire de les rejoindre un peu, mes frères qui le dépassaient d'une bonne tête, mon père, quand il était plié en deux sur sa fourche. J'étais petit alors, mais je m'en souviens. Il regardait droit devant lui, comme si la colline et la forêt au loin n'existaient pas, comme si les restes des bâtisses brûlées, c'était juste pour les corbeaux, comme si rien n'avait d'importance, plus rien, et que ses yeux traversaient tout.

Auteur : Après la faculté de droit, GENEVIÈVE DAMAS a suivi une formation de comédienne, puis s'est tournée vers différents métiers du théâtre. Comédienne et metteur en scène, elle a écrit une quinzaine de pièces dont cinq ont été publiées chez Lansman. Plusieurs fois récompensée, elle a remporté le Prix Littéraire du Parlement de la Communauté française 2010 pour STIB. Depuis 1999, elle organise aussi des soirées littéraires et musicales, qui proposent la découverte d'œuvres d'écrivains contemporains. Si tu passes la rivière est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2012)
J’ai découvert ce livre grâce au Café Lecture de la Bibliothèque. C’est un magnifique premier roman.
François est un jeune homme considéré comme un peu benêt… Il vit dans une ferme avec son père et ses frères Jules, Arthur. Il a pour seuls amis les cochons dont il s’occupe, il ne sait pas lire et dans la famille tout est silence et secrets.
Il se pose beaucoup de questions : Pourquoi lui interdit-on de passer la rivière ? Pourquoi n’a-t-il aucun souvenir de sa mère ? Pourquoi sa sœur Maryse a-t-elle quitté la ferme ?
Grâce à l’aide et l’amitié de Roger le curé du village et d’Amélie, François va « devenir un ami des mots » en apprenant à lire et trouver des réponses à ses questions. Il prendra alors confiance en lui et pourra enfin décider de son avenir. 
Un livre très émouvant, François est un jeune homme vraiment très touchant et courageux. 

Extrait : (début du livre)
Si tu passes la rivière, si tu passes la rivière, a dit le père, tu ne remettras plus les pieds dans cette maison. Si tu vas de l'autre côté, gare à toi, si tu vas de l'autre côté.» J'étais petit alors quand il m'a dit ça pour la première fois. J'arrivais à la moitié de son bras, tout juste que j'y arrivais et encore je trichais un peu avec les orteils pour grandir, histoire de les rejoindre un peu mes frères qui le dépassaient d'une bonne tête, le père, quand il était plié en deux sur sa fourche. J'étais petit alors, mais je m'en souviens. Il regardait droit devant, comme si la colline et la forêt au loin n'existaient pas, comme si les restes des bâtisses brûlées c'était juste pour les corbeaux, si rien n'avait d'importance, plus rien, et que ses yeux traversaient tout.
« Arrête de me crier dessus comme une vache, que je lui ai dit, arrête de crier. Je ne veux rien savoir de l'autre côté. Jamais. Tu n'as pas à te biler. Ton François, il restera. Il n'y aura jamais autre chose. »
Je ne mentais pas quand je disais ça, c'était sérieux. Alors, mon père, il m'a gratté la tête et le dos comme s'il était calmé. Puis on a continué à rentrer le foin car ça nous faisait un sacré travail et qu'il fallait penser aux bêtes qui travaillent aussi dur que nous, si pas plus, qui nous font cadeau de leur peau, même leurs os.
Le travail, ça ne m'a jamais fait peur. J'ai beau être le plus petit, j'abats ma part comme un autre, comme les grands, sûr que c'est pour ça aussi que le père, il voulait me garder près de lui, m'empêcher de courir de l'autre côté de la rivière où la vie vous entraîne et d'où l'on ne revient jamais plus pareil.

Personne chez nous n'avait jamais filé de l'autre côté. Sauf Maryse mais ça, c'était il y a longtemps et le père, il en avait tellement hurlé des jours et des jours qu'on n'en parlait plus jamais, comme si elle n'avait jamais existé, Maryse, par crainte des taloches qui vous laissent le dos broyé pendant des semaines. Mais moi, dans ma caboche, je n'étais pas près d'oublier qu'il y avait eu une Maryse chez nous, qu'elle était douce et blonde et qu'elle me caressait parfois la tête en m'appelant Fifi. Même le sommet de mon crâne s'en souvenait, même mes cheveux qui se battaient contre le peigne quand elle me préparait le dimanche pour la promenade sur la grand-route, même mes dents quand elles souriaient.

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Challenge Voisins, voisines
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Belgique

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman

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 Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
45/49 

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20 mai 2012

Il faut qu'on parle de Kevin - Lionel Shriver

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Belfond – juillet 2006 – 485 pages

J'ai lu – mai 2008 – 608 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Françoise Cartano

Titre original : We need to talk about Kevin, 2003

Quatrième de couverture :
À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Un roman coup-de-poing, violent, complexe, qui s’attaque aux pires des tabous. 

Auteur : Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. 
Après six romans qui ont connu une publication confidentielle aux États-Unis, elle entreprend l’écriture d’un récit inspiré de la tuerie de Columbine. Il faut qu’on parle de Kevin a obtenu un éclatant succès de par le monde et a remporté l’Orange Prize en 2005. Lionel Shriver vit à Londres avec son mari, jazzman renommé.

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre... les premières pages m'ont paru difficiles à lire, écriture dense, beaucoup de digressions, j'ai bien fait de percévérer et après plus de 150 pages, l'histoire d'Eva, Franklin et Kevin m'a embarquée.
Eva écrit à Franklin, ex-son mari, des lettres à propos de leur fils Kevin. A la veille de ses seize ans, ce dernier a tué froidement 9 personnes dans son lycée. À travers ces lettres, Eva analyse sans concessions ses rapports avec Kevin, mais aussi avec son mari et sa fille, depuis avant la naissance de Kevin jusqu'au fameux JEUDI du drame.
Pour donner naissance à Kevin, Eva avait mis entre parenthèses sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles. Dès le début, la communication entre mère et fils est très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, Kevin commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. Elle se remet en mémoire les différentes étapes de sa vie avant et avec Kevin, et elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire pour éviter le drame.
Ce livre est construit comme un thriller psychologique, le personnage de Kevin est très déstabilisant, depuis son plus jeune âge, il est insupportable, méchant, il cache ses émotions, il n'aime rien, très intelligent, il manipule ses proches, il avance masqué et tout au long du livre le lecteur n'est pas au bout de ses surprises...
Une histoire très sombre et qui fait froid dans le dos. Elle oblige le lecteur à s'interroger sur les rapports entre enfants et parents, mais aussi sur la société américaine avec sa surconsommation, les armes en libre circulation.

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Ce roman a été adapté au cinéma en 2011 avec pour la réalisation Lynne Ramsay et comme acteurs principaux Tilda Swinton, John C. Reilly et Ezra Miller.  
Le film a été projeté pour la première fois en compétition au Festival de Cannes, le 12 mai 2011.   

Extrait : (début du livre)
Cher Franklin,
Je ne sais trop pour quelle raison un incident mineur survenu cet après-midi m’a poussée à t’écrire. Mais depuis que nous sommes séparés, ce qui me manque le plus est peut-être de pouvoir rentrer à la maison te livrer les curiosités narratives de ma journée, comme un chat déposerait des souris à tes pieds : menus et humbles tributs que s’offrent les couples après avoir chassé chacun dans son jardin. Si tu étais encore installé dans ma cuisine, en train de tartiner généreusement du beurre de cacahuète sur une tranche de pain Branola alors qu’il est presque l’heure de dîner, je n’aurais pas plus tôt déposé les sacs des courses, dont l’un laisse couler une espèce de liquide visqueux, que cette petite histoire sortirait, avant même la remarque grondeuse pour te dire qu’il y a des pâtes au menu de ce soir, alors si tu pouvais éviter de manger ce sandwich en entier…
Au début, bien sûr, ce que je racontais avait la saveur de l’exotisme, Lisbonne, Katmandou. Mais personne n’aime écouter des récits de l’étranger, en fait, et j’ai bien discerné, sous ta politesse de circonstance, que tu avais une secrète préférence pour les anecdotes géographiquement plus proches : une rencontre extravagante avec un employé du péage du George Washington Bridge, par exemple. Les surprises du quotidien banal contribuaient à confirmer ton opinion selon laquelle tous mes voyages à l’étranger recelaient une sorte de supercherie. Mes souvenirs un paquet de gaufrettes belges éventées, le mot calembredaines (pour dire foutaises !) se paraient d’une magie qui n’était due qu’à la distance. Comme ces babioles qu’échangent les Japonais dans une boîte à l’intérieur d’un sac à l’intérieur d’une boîte à l’intérieur d’un sac, le lustre de mes cadeaux rapportés de contrées lointaines se limitait à l’emballage. Quel exploit considérable c’était, en regard, de s’enraciner dans la fadeur immuable de ce cher État de New York, et de gratter un instant de sensations fortes à l’occasion d’une expédition au Grand Union de Nyack ! Qui est justement le lieu où se déroule mon histoire. On dirait que j’apprends finalement ce que tu essayais toujours de m’enseigner, à savoir que mon propre pays est aussi exotique et dangereux que l’Algérie. J’étais au rayon crémerie et je n’avais pas besoin de grand-chose. Je ne mange plus de pâtes, désormais, sans toi pour liquider l’essentiel du plat. Ton bel appétit me manque.

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23/50 : Caroline du Nord

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"

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19 mai 2012

L'Été de l'ours - Bella Pollen

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Belfond – janvier 2012 – 404 pages

traduit de l'anglais par Florence Bertrand

Titre original : The summer of the bear, 2010

Quatrième de couverture :
Poignant, bourré d'émotion et de poésie, un roman au charme particulier, qui oscille entre rire et larmes. Une oeuvre lumineuse, dont la lecture captive autant qu'elle réconforte. 
Après le décès aussi soudain qu'inexpliqué de son époux, haut diplomate anglais, Letty Fleming prend une décision : fuir l'ambassade de Bonn en pleine guerre froide et s'installer avec ses trois enfants sur une île d'Écosse. 
Mais la distance n'y fait rien, Letty ne peut se détacher de ces questions : son mari était-il vraiment le traître qu'on lui a dépeint ? Et quelles menaces rôdent autour des siens ? 
Comblant les silences de leur mère et l'absence de leur père, les enfants, eux, tentent de reconstruire leur vie. Tandis que la douce Georgie découvre les joies de l'amour, la terrible Alba passe son chagrin et ses nerfs sur son jeune frère. Hypersensible, doté d'une imagination sans bornes, Jamie envoie des bouteilles à la mer en songeant à celui qui ramènera leur père...
Arpentant les plages et la lande désolées, un ours solitaire rêve de liberté et d'une âme à sauver...

Auteur : Après une enfance passée entre New York et l'Angleterre, Bella Pollen a travaillé treize ans dans la mode, un milieu qu'elle côtoie désormais en tant que journaliste, collaborant pour de grandes revues, telles American Vogue, The Spectator, The Times et The Sunday Telegraph. Écrivain, Bella Pollen a déjà publié quatre romans outre-Manche. L'Été de l'ours, son premier ouvrage à paraître en France, a remporté un vif succès critique lors de sa sortie en Angleterre, en 2010. Elle vit entre Londres et les États-Unis, avec son mari et leurs quatre enfants.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Nous sommes en 1980, époque de la Guerre Froide. Nicky Fleming, diplomate anglais en poste à Bonn en Allemagne, est mort dans des conditions inexpliquées, il serait tombé du toit de l'Ambassade. Sa femme Letty décide de quitter Bonn avec ses trois enfants, pour sa maison d'enfance dans une petite île au nord de l'Écosse dans les Hébrides Extérieures.
La mort de Nicky est un choc pour chacun des membres de la famille. Et chacun ne vit pas ce drame de la même manière. Letty est noyée par son chagrin, elle veut comprendre ce qu'il s'est vraiment passé, elle refuse à croire au suicide de son mari ou à sa trahison. Occupée par son chagrin, elle oublie de s'occuper de ses enfants.
Georgie la fille aînée de 17 ans est la plus compréhensive, elle tente d'être un vrai soutien pour sa mère car elle est devenue presque une adulte. Elle a cependant quelques secrets qui la travaillent et pourtant elle aspire à regarder vers l'avenir.
La seconde Alba, 14 ans, est en pleine crise d'adolescence, c'est une révoltée qui n'exprime que par la colère, sa victime favorite c'est Jamie son petit frère qu'elle persécute et bouscule un peu pour le faire revenir dans la vraie vie...
Jamie est garçon de onze ans, émotif et fragile, personne ne lui a dit franchement que son père était mort. Les mots « perdu » ou « accident » ont été utilisés. Et pour le protéger, Jamie n'était même pas présent aux obsèques de son père. Et depuis, il attend son retour et il cherche ce père qu'il a perdu. Il a une imagination très fertile et il se berce d'illusion.
Sur cette même petite île, un ours s’est échappé et  se cache quelque part. Cet ours apparaît régulièrement tout au long de cette histoire et le lecteur comprendra plus tard qu'il est l'un des personnage important du roman.

Les chapitres sont très courts et révèlent tour à tour les pensées de Letty, de Jamie, de Georgie, d'Alba et même de l'ours. Ils évoquent également des évènements en Allemagne ou en Grande-Bretagne, avant ou après la mort de Nicky.
Une histoire belle et très forte en émotions avec des personnages attachants se débattant avec la perte brutale d'un mari ou d'un père. Ce livre est un coup de cœur pour moi.

Autres avis : Clara, Canel, Sharon

Extrait : (début du livre)
Hébrides-Extérieures, été 1980
C’était l’odeur qui le rendait fou. Comme si l’océan lui-même était une soupe appétissante confectionnée à partir des ingrédients les plus frais qui soient, et qu’il ne pouvait s’en rassasier. Oh, que n’avait-il un croûton de pain assez gros pour saucer cette merveilleuse bouillabaisse – une tête de maquereau, des queues de lieu jaune et noir. A chaque brasse, un nouvel arôme s’offrait à lui : à l’arrière-plan un bouillon parfumé par les coquilles de moules et de bigorneaux ; une pincée d’assaisonnement provenant du jus d’une anémone de mer ; une légère couche de plancton par-dessus pour la texture. Il secoua brusquement la tête, un mouvement involontaire, un simple élan de gourmandise. Pourtant, ce fut suffisant. La corde se rompit et aussitôt la pression se relâcha autour de son cou. Il marqua une pause, puis avança de nouveau, la lumière se faisant lentement dans son esprit.
La liberté.
Devant lui s’étendait l’horizon, derrière lui l’île montait et descendait au gré de la houle. Il aperçut la tache floue d’un homme émergeant des lignes d’écume que les vagues avaient laissées sur la plage. Le dresseur se mit debout et leva les bras pour lui faire signe. Pourtant, il hésita encore, déchiré. Il avait beau être un prisonnier heureux, une corde reste une corde, peu importe celui qui la tient. Alors il tourna le dos au gros homme, plongea dans les eaux salées de la Minch et, indifférent à la tempête qui menaçait à l’horizon, continua à nager.

logo_bibli_IGN_20

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Grande-Bretagne

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Animaux"

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15 mai 2012

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran – Éric-Emmanuel Schmitt

mr_ibrahim_albmich_2001 mr_ibrahim_magnard_2004 mr_ibrahim_ldp_2012

Albin Michel - juin 2001 – 60 pages

Magnard – juillet 2004 – 110 pages

Livre de Poche – mars 2012 – 96 pages

Quatrième de couverture :
A treize ans, Momo se retrouve livré à lui-même. Il a un ami, un seul. Monsieur Ibrahim, l'épicier de la rue Bleue.
Mais les apparences sont trompeuses :
La rue Bleue n'est pas bleue.
L'Arabe n'est pas arabe.
Et la vie n'est peut-être pas forcément triste...

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.
Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. 

Mon avis : (lu en mai 2012)
A douze ans, Moïse dit Momo est livré à lui-même. Son père qui l’élève n’est pas très présent. Momo habite la rue Bleue.
Monsieur Ibrahim est l'Arabe de la rue Bleue. Il est musulman et est originaire de Turquie,  « Arabe, ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l’épicerie. » Toujours souriant, il devient comme  un père pour Momo. C’est la rencontre d’un enfant et d’un adulte, d’un juif avec un musulman. Ce livre qui se lit d’une traite est une leçon de tolérance, de sagesse. C’est à la fois grave et plein d’humour, léger et profond.
Cette belle histoire m’a également fait penser à « La vie devant soi » de Romain Gary.

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Le roman a été adapté en 2003 pour le cinéma par le réalisateur François Dupeyron avec Omar Sharif, Pierre Boulanger, Jérémy Sitbon, Éric Caravaca, Gilbert Melki, Isabelle Renauld, Lola Naymark, Anne Suarez, Mata Gabin, Céline Samie, Isabelle Adjani.
Omar Sharif a reçu le César du meilleur acteur en 2004 pour le rôle de monsieur Ibrahim.

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Depuis le 12 avril et jusqu’au 1er juillet 2012, la pièce Mr Ibrahim et les fleurs du Coran est à l’affiche du Théâtre Rive Gauche, interprété par Francis Lalanne.
Éric-Emmanuel Schmitt en personne le remplacera pour 9 dates exceptionnelles les 27 avril, 10, 11, 12 et 31 mai et 1, 2, 8 et 9 juin.


Extrait : (début du livre)

À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes.
Mon cochon, c’était une tirelire en porcelaine vernie, couleur de vomi, avec une fente qui permettait à la pièce d’entrer mais pas de sortir. Mon père l’avait choisie, cette tirelire à sens unique, parce qu’elle correspondait à sa conception de la vie : l’argent est fait pour être gardé, pas dépensé.
Il y avait deux cents francs dans les entrailles du cochon. Quatre mois de travail.
Un matin, avant de partir au lycée, mon père m’avait dit :
— Moïse, je ne comprends pas… Il manque de l’argent… désormais, tu inscriras sur le cahier de la cuisine tout ce que tu dépenses lorsque tu fais les courses.
Donc, ce n’était pas suffisant de me faire engueuler au lycée comme à la maison, de laver, d’étudier, de cuisiner, de porter les commissions, pas suffisant de vivre seul dans un grand appartement noir, vide et sans amour, d’être l’esclave plutôt que le fils d’un avocat sans affaires et sans femme, il fallait aussi que je passe pour un voleur !
Puisque j’étais déjà soupçonné de voler, autant le faire.
Il y avait donc deux cents francs dans les entrailles du cochon. Deux cents francs, c’était le prix d’une fille, rue de Paradis.
C’était le prix de l’âge d’homme.
Les premières, elles m’ont demandé ma carte d’identité. Malgré ma voix, malgré mon poids – j’étais gros comme un sac de sucreries –, elles doutaient des seize ans que j’annonçais, elles avaient dû me voir passer et grandir, toutes ces dernières années, accroché à mon filet de légumes.
Au bout de la rue, sous le porche, il y avait une nouvelle. Elle était ronde, belle comme un dessin. Je lui ai montré mon argent. Elle a souri.
— Tu as seize ans, toi ?
— Ben ouais, depuis ce matin.
On est montés. J’y croyais à peine, elle avait vingt-deux ans, c’était une vieille et elle était toute pour moi. Elle m’a expliqué comment on se lavait, puis comment on devait faire l’amour…
Évidemment, je savais déjà mais je la laissais dire, pour qu’elle se sente plus à l’aise, et puis j’aimais bien sa voix, un peu boudeuse, un peu chagrinée. Tout le long, j’ai failli m’évanouir. À la fin, elle m’a caressé les cheveux, gentiment, et elle a dit :
— Il faudra revenir, et me faire un petit cadeau.
Ça a presque gâché ma joie : j’avais oublié le petit cadeau. Ça y est, j’étais un homme, j’avais été baptisé entre les cuisses d’une femme, je tenais à peine sur mes pieds tant mes jambes tremblaient encore et les ennuis commençaient : j’avais oublié le fameux petit cadeau.
Je suis rentré en courant à l’appartement, je me suis rué dans ma chambre, j’ai regardé autour de moi ce que je pouvais offrir de plus précieux, puis j’ai recouru dare-dare rue de Paradis. La fille était toujours sous le porche. Je lui ai donné mon ours en peluche.
C’est à peu près au même moment que j’ai connu monsieur Ibrahim.

Monsieur Ibrahim avait toujours été vieux. Unanimement, de mémoire de rue Bleue et de rue du Faubourg-Poissonnière, on avait toujours vu monsieur Ibrahim dans son épicerie, de huit heures du matin au milieu de la nuit, arc-bouté entre sa caisse et les produits d’entretien, une jambe dans l’allée, l’autre sous les boîtes d’allumettes, une blouse grise sur une chemise blanche, des dents en ivoire sous une moustache sèche, et des yeux en pistache, verts et marron, plus clairs que sa peau brune tachée par la sagesse.

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Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... 

 

Challenge Eric Emmanuel Schmitt
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Challenge Paris
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 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Végétal"

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13 mai 2012

Quand vous lirez ce livre... - Sally Nicholls

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Fleuve Noir - octobre 2008 – 272 pages

Pocket jeunesse - - octobre 2008 – 272 pages

Pocket – août 2010 – 242 pages

traduit de l'anglais par Xavier d'Almeida

Titre original : Ways to live forever, 2008

Quatrième de couverture :
Sam aime les dirigeables, les loups et le jeu Warhammer. Il veut être scientifique quand il sera grand. Sain est un garçon de 11 ans comme les autres. Ou presque. Car Sam a une leucémie. Alors pour savourer chaque moment de son existence, il décide d'écrire un livre. Un journal intime dans lequel il raconte son quotidien et dresse la liste des huit choses qu'il veut faire. Huit rêves à réaliser absolument avant que la maladie ne gagne la partie. Huit souhaits extravagants qui retiennent le jeune garçon sur le chemin de la vie...

Auteur : Sally Nicholls est née à Stockton, en Angleterre. Après une licence de lettre et philosophie, elle obtient une maîtrise en littérature jeunesse à l'université de Bath, où elle remporte le prix de l'écrivain le plus prometteur. Sally a 23 ans.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Sam a 11 ans, il est atteint d'une leucémie et se bat contre sa maladie. Un jour, sa professeur lui propose ainsi qu'à son ami Félix d'écrire un livre sur lui, sur sa vie. Sam se prend au jeu et décide d'écrire son journal. Il y note des questions, des listes et des histoires vraies... C'est son histoire.

Parmi ces listes, Sam fait celle de 8 choses à faire avant de mourir : 

« 1 – Devenir un scientifique célèbre
2 – Battre un record du monde. Pas un record sportif, bien sûr, un record inutile et un peu idiot.
3 – Regarder tous les films d'horreur que je n'ai pas droit de voir. Ceux interdits aux moins de 16 ans, et même ceux interdits aux moins de 18 ans.
4 – Monter et descendre les escalators à l'envers.
5 – Voir un fantôme.
6 – Etre adolescent et faire ce que font tous les adolescents comme boire des bières, fumer et avoir une copine.
7 – Conduire un dirigeable
8 – Monter dans une navette spatiale et regarder la Terre depuis l'espace. »

Avec l'aide de son ami Félix, de sa professeur, puis de ses proches, Sam va tenter de réaliser quelques uns de ses vœux.
Une très belle histoire touchante sur l'amitié, la maladie, la mort. Le sujet est délicat mais il est abordé avec beaucoup de justesse, de sensibilité et même de l'humour.
Sam est un petit garçon merveilleux, extrêmement touchant et courageux. L'émotion est présente à chaque page et j'avoue avoir versé souvent des larmes...

Un Grand Merci à Hérisson08 qui m'a offert ce livre lors du Swap Encre noire sur page blanche organisé par Valérie 

Extrait : (début du livre)
Je m'appelle Sam.
J'ai 11 ans.
Je collectionne les histoires et les objets incroyables.
J'ai une leucémie.
Quand vous lirez ce livre, je ne serai peut-être plus là.

Le 7 Janvier
Un livre sur nous

Aujourd'hui, c'était notre premier jour d'école depuis les vacances de Noël. On n'a classe que trois jours par semaine : le lundi, le mercredi et le vendredi, dans le salon. Et nous sommes seulement deux élèves : Félix et moi. Félix ne voit pas pourquoi il devrait apprendre quoi que ce soit.
La première fois qu'il est arrivé chez moi, il a demandé : «À quoi ça sert d'être malade si on doit quand même apprendre les maths ?» Mademoiselle Willis, notre professeur, n'a rien dit. Si Félix ne veut pas travailler, elle n'en fait pas toute une histoire. Elle le laisse tranquille, affalé sur sa chaise à critiquer ce que je suis en train de faire :
«C'est pas comme ça qu'on écrit "ammonium" ! J'ai jamais vu "ammonium" écrit comme ça dans mon école ! »
« Il y a bien une planète qui s'appelle Hercule, n'est-ce pas, Mademoiselle Willis ? »
« Mais pourquoi est-ce que tu fais ça, Sam ? »
De toute façon, si Félix vient à l'école, c'est seulement pour me voir et pour laisser souffler sa mère.
Ces derniers temps, Mademoiselle Willis a cherché un truc pour l'intéresser. Vous voyez le genre : elle nous fait construire des volcans qui ont de vraies éruptions, elle nous apprend à cuisiner comme les Romains ou à faire du feu avec une loupe. Il n'y a que Maman qui n'a pas trop aimé ce dernier TP parce qu'on avait accidentellement fait un trou de brûlure dans la table du salon. Enfin... c'était un accident un peu volontaire...
Pourtant, aujourd'hui, Mademoiselle Willis nous a seulement proposé : « Et si on écrivait un peu ? » Alors on a tous les deux râlé, parce qu'on espérait avoir au moins droit à du feu ou mieux, à une nouvelle explosion. Mais elle a insisté : « Allons, un petit effort. J'ai pensé que vous pourriez écrire quelques choses sur vous. Je sais que vous aimez lire tous les deux. »
Félix a levé les yeux. Il était en train de jouer avec deux de mes figurines d'orcs du jeu Warhammer. Il les faisait combattre l'une contre l'autre en grognant « Grrrrah. »
Et il a répondu : « C'est qu'il n'y a rien d'autre à faire à l'hôpital. »
Félix et moi, on est des experts de l'hôpital. C'est là qu'on s'est rencontrés l'année dernière.  

 Challenge Objectif PAL Swap
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8/25

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Grande-Bretagne

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Objet"

Challenge le nez dans les livres
challenge_le_nez_dans_les_livres

La reine des lectrices 8/6

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
d_fi_du_1er_roman

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12 mai 2012

Le tapis du salon – Annie Saumont

le_tapis_du_salon Julliard – février 2012 – 190 pages

Quatrième de couverture :
Une promesse de jeunesse non tenue, un coucher de soleil, la mort d'un poisson rouge, l'envoi d'une lettre anonyme ou une simple tache sur un tapis, tout est prétexte à Annie Saumont pour creuser les failles d'une humanité à la dérive. En orfèvre de l'écriture, elle scrute notre quotidien, s'attache aux situations qui dérapent, aux manifestations de trouble, jusque dans le langage, miroir de tous les dérèglements affectifs et sociaux. Chacune de ses nouvelles ajoute  un détail au tableau qu’elle compose depuis ses premiers écrits, peinture de société sombre, implacable et poignante. Du très grand art ! 

Auteur : Annie Saumont a d'abord été traductrice de littérature anglo-saxonne, notamment de J. D. Salinger. Puis elle s'est consacrée à l'écriture de nouvelles, art dans lequel elle a acquis un exceptionnel savoir-faire en même temps qu'une grande notoriété. Désignée comme la sœur française de Raymond Carver, elle est unanimement saluée par la critique. Son œuvre, étudiée dans les universités américaines, est traduite dans le monde entier.

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'avais vu cette auteur et son livre à La Grande Librairie, et même je ne suis pas une grande fan de nouvelles comme le livre était sur le présentoir des nouveautés, je me suis laissée tenter.
Le livre est composé de 18 nouvelles d'une dizaine de pages chacune qui se lisent assez facilement.
L'auteur part d'un fait divers ou d'une anecdote, elle y rajoute un ou plusieurs personnages souvent anonyme ou silencieux et il se passe alors un événement inattendu.
J'ai aimé quelques unes des nouvelles, d'autres moins, pour une ou deux je n'ai pas compris la chute... Vu l'enthousiasme de François Busnel à la télévision, j'ai été globalement un peu déçu par ces nouvelles. Sinon, c'est très bien écrit, toujours sombre et parfois un peu surréaliste...  

Extrait : (début du livre)
Le scarabée est dans le verre. Un gobelet à whisky. Vide. Le scarabée tente de grimper le long du verre. Puis retombe.
L'homme qui l'observe - on devrait dire l'homme qui le voit, ne semble pas le regarder mais simplement comme malgré lui enregistrer une image imposée à sa rétine - l'homme demeure un moment immobile. Le scarabée est sur le dos agitant les pattes.
L'homme d'un geste bref, peut-être machinal, introduit un doigt dans le verre, retourne l'insecte qui après un instant d'hésitation recommence ses efforts d'escalade.

Le téléphone sonne. L'homme laisse sonner. La sonnerie s'arrête puis reprend. Cette fois il décroche l'appareil, le haut-parleur est branché. Allô, c'est moi, dit la voix. Je t'ai déjà signalé, remarque l'homme, que t'annoncer par un C'est moi n'a pas de sens. Dans cette foutue ville cinq cent mille mecs pourraient dire, C'est moi. On n'en saurait pas plus.

Un soupir. Et puis, Tu n'as pas reconnu ton vieux Charley ?
Évite de prononcer ton nom, utilise le mot de passe. Un rire dans le haut-parleur.
Accompagné d'un sifflement aigu. Et la voix, Si ça te plaît de jouer les agents secrets -
L'homme tapote, agacé, le bois de la console, Écoute, dans la situation où je me trouve -
Mais voyons, dit Charley (le haut-parleur grésille), où est le drame ? La petite est tranquille.
Elle va jouer cinq minutes, dit l'homme, et puis se mettre à bavasser. Pourquoi ci et pourquoi ça. On n'a pas de temps à perdre. T'as l'accord de ta meuf ?
Le haut-parleur ronfle, Elle a gueulé sévère. Elle n'est pas restée sans enfant pour s'embarrasser d'une chieuse.
C'est seulement deux ou trois jours. Au plus une semaine. Secoue-toi bon Dieu, braille l'homme, la gosse m'encombre. Il pose violemment le téléphone sur son socle.
Et la fillette, Comment tu t'appelles ?
Disons Jevo.

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  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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11 mai 2012

L'année où tout a changé - Jill Hucklesby

l_ann_e_o__tout_a_chang_ Bayard Jeunesse – septembre 2011 – 386 pages

traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Maïca Sanconie

Titre original : Deeper than blue, 2007

Quatrième de couverture :
A 13 ans, Amy est championne de natation. Quand elle ne s'entraîne pas, elle adore danser sur son lit en chantant, une brosse à cheveux en guise de micro. Selon elle, un smoothie à la fraise est ce qui se rapproche le plus du paradis. Surtout quand elle le partage avec sa meilleure amie, Sophie. Mais un samedi matin, alors qu'Amy fait du shopping, sa vie bascule en une seconde. Dès lors, elle devra se battre pour tout réapprendre nager, rire, et même aimer...
Un roman coup de poing, entre rire et larmes, légèreté et gravité.  

Auteur : Jill Hucklesby est auteure pour la jeunesse. Son premier roman L'année où tout a changé (Deeper than blue) a remporté le 1066 Schools Book Award en 2008 et figurait sur la liste d'honneur du Cumbrian Spellbinding Award et le Bolton Children's Book Award.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Amy est une adolescente avec une vie idéale. Elle a comme grande passion la natation. Sa vie tourne autour des entraînements, des médailles... Sa famille la soutient. Voilà qu'un samedi la piscine est fermée, et Amy pouvoir faire du shopping avec sa meilleure amie, Sophie. Et c’est le drame. Les deux amies sont victimes d'un chauffard qui les renverse sur un passage piétons. Sophie meurt, Amy a la jambe droite amputée. Elle, dont l'avenir de championne de natation était tout tracé voit sa vie détruite ! Elle se retrouve à l'hôpital et fait la connaissance d'Harry un jeune garçon malade mais qui refuse de se plaindre, son caractère, son humour va aider Amy a faire face, à reprendre goût à la vie, à prendre en main sa nouvelle vie.

Cette histoire touchante et poignante traite de l'handicap avec beaucoup de justesse, de sobriété et de sensibilité. Le lecteur assiste aux différentes étapes de la convalescence d'Amy, elle nous livre ses états d'âme, sa colère, sa peur, son découragement. On voit également évoluer d'autres personnages comme ses parents, sa grande sœur, la famille de Sophie, le personnel hospitalier...
Un roman bouleversant mais plein d'espoir.

Extrait :(début du livre)
Je suis debout devant le plot de départ, dans la piscine de mon quartier, à Nottingham. La tête entre mes bras pointés en avant, en position de torpille et tous les muscles tendus, j'attends le coup de sifflet.
Pour cette compétition – le deux cents mètres nage libre des filles de moins de quatorze ans -, je me suis entraînée chaque jour depuis trois mois. C'est Mel James, la concurrente à ma droite, qui détient le dernier record. Elle est stupéfiante. J'ai regardé une vidéo qui la montrait en train de nager, et j'ai analysé ses mouvements de bras à l'affût de ses points faibles.
Mon entraîneur, Danny Dodgy (un surnom qui lui vient de sa Dodge, une vieille voiture de sport déglinguée), dit que c'est dans les virages que je peux gagner la fraction de seconde cruciale, celle qui fera la différence entre la première place et la deuxième.
Mon cœur cogne dans ma poitrine. La foule est silencieuse, comme si elle retenait sa respiration. Les deux prochaines minutes vont déterminer si je représenterai le comté au championnat national du Crystal Palace de Londres, cette année. Papa est assis dans la tribune, probablement occupé à se gratter l'oreille (il fait toujours ça quand il est inquiet).
Maman est immobile – une vraie statue – et se mord la lèvre inférieure. Même Caz, ma grande sœur, est là quelque part, avec Dennis-le-Chien, ma peluche porte-bonheur (sauf que, telle que je la connais, elle téléphone sûrement à un garçon sur son portable).
Je respire trop vite. Il est temps que je me fasse un petit récapitulatif... Inspire par le nez, Amy ; remplis lentement tes poumons. Reste concentrée. Ne relâche pas ton attention. Je vois mon reflet dans l'eau. J'ai l'air d'un insecte, avec mon corps maigre dans son maillot bigarré, et ma tête noire et luisante. 

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Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Grande-Bretagne

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
d_fi_du_1er_roman

 Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
44/49 

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

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10 mai 2012

Les revenants – Laura Kasischke

Lecture Commune 
lecture_commune 
avec Enna et Mrs B

les_revenants Christian Bourgeois éditions – septembre 2011 – 587 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Éric Chédaille

Titre original : The Raising, 2011

Quatrième couverture :
« Les Revenants est une perle rare: un roman littéraire servi par une prose splendide, aussi efficace que les grandes fresques que l'on dévore d'une traite, un défilé de créatures et de situations angoissantes. C'est comme si Les raisins de la colère avaient été réécrits par H.P. Lovecraft. » Chicago Tribune

« L'écriture de Kasischke agit comme celle d'un bon poème : elle nous laisse entrevoir la possibilité d'un autre monde et nous y transporte... Ses mots nous projettent sur une autre facette de l'existence, tout en reflets. » New York Times Book Review

« La menace plane sur chacune de ses histoires, sans que l'issue soit jamais celle que l'on pressentait. À coups de symboles discrets, de descriptions à l'acuité troublante, Laura Kasischke épand du rouge sang sur la blancheur immaculée des apparences, et la tension monte, sans que l'on puisse jamais la conjurer. » Sabine Audrerie, La Croix

Auteur : Laura Kasischke a étudié à l'Université du Michigan, elle a gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que le Hopwood Awards ; elle a également reçu la Bourse MacDowell.
Ses romans La Vie devant ses yeux et A suspicious river ont été adaptés au cinéma. 
Elle vit dans le Michigan, et enseigne l'art du roman au collège de Ann Arbor.  

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai reçu ce livre offert par Sophie lors du Swap Yello(w)range exotic organisé par  Valérie et celle-ci ayant offert ce même livre à Enna lors de l'inoubliable Swap Eros & Thanatos organisé par Canel... Une lecture commune s'imposait !
Cette histoire se déroule sur le campus universitaire de Godwin Honors Hall dans le Michigan. Nicole Werner, une étudiante, est morte dans un accident de voiture alors que son petit ami Craig était au volant.
Un an après ce drame, Craig revient à l’Université, il est tenu responsable de cet accident mais faute de preuves, il n’a pas été condamné. Malgré cela, Craig est toujours perturbé et fragile, il n’arrive plus à se souvenir du moment du drame et par moment il a l’impression de voir le fantôme de Nicole.
Dès le début du livre, le lecteur découvre de nombreux personnages dont les portraits que nous présente Laura Kasischke vont évoluer durant le l’histoire, ils sont tous plus ou moins liés et nous le découvrirons peu à peu au fil des pages. Il y a Perry, un garçon sympathique, le camarade de chambre de Craig, venant du même lycée que Nicole. Shelly qui travaille au département musique de l'université. Elle est la première arrivée sur l'accident de voiture, elle a appelé les secours mais son témoignage ne correspond pas à la version officielle rapportée dans la presse. Mira est une jeune professeure d'anthropologie dont la spécialité est la mort. Josie était la camarade de chambre de Nicole, en plus de ses cours, elle travaille quelques heures pour Shelly.
L'originalité de ce livre est dans sa construction, ce sont de courts chapitres qui ne suivent pas un ordre chronologique, l'auteure passe d'un personnage à l'autre avant ou après le drame, l'intrigue se construit donc à la manière d'un puzzle. Laura Kasischke « ballade » le lecteur, les personnages cachent leur vraie nature, de nombreuses pistes s'offrent à nous... Nous découvrons l'univers spécial des communautés universitaires américaines, des bizutages...
On imagine assez facilement une adaptation cinématographique de ce livre.
J’ai lu ce livre en deux jours de vacances et j’avais vraiment du mal à le lâcher. J'ai vraiment été conquise par ce livre et cette auteure que je ne connaissais pas et dont je compte découvrir d'autres livres.

Un grand Merci à Sophie qui m'a offert ce livre lors du Swap Yello(w)range exotic organisé par Valérie

Allons voir maintenant les avis d'Enna et Mrs B.

Extrait : Prologue
La scène de l'accident était exempte de sang et empreinte d'une grande beauté.
Telle fut la première pensée qui vint à l'esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture.
Une grande beauté.
La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu'elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. Sa robe noire était étendue autour d'elle comme une ombre. Le garçon, qui s'était extrait du véhicule accidenté, franchit un fossé rempli d'eau noire pour venir s'agenouiller à côté d'elle.
Il parut sur le point de la prendre dans ses bras. Il lui parlait, il dégageait les cheveux qui lui barraient les yeux, il la regardait. Selon Shelly, il n'avait pas l'air affolé. Il semblait stupéfait et transi d'amour. Il venait de glisser les bras sous elle, pour la serrer contre lui ou la soulever de terre, quand Shelly se ressaisit et actionna le klaxon de sa voiture. Deux fois. Trois fois. Trop loin pour l'entendre même si elle avait crié à tue-tête, il entendit cependant les coups d'avertisseur et releva la tête. Surpris. Désorienté. Comme s'il pensait que la fille et lui étaient les deux dernières créatures sur terre.
Bien qu'il fût fort éloigné de Shelly et séparé d'elle par le fossé rempli d'eau de pluie, il paraissait attendre qu'elle lui dît ce qu'il convenait de faire. Elle y parvint, comme s'ils pouvaient communiquer sans avoir à s'embarrasser de parler. Comme s'ils pouvaient lire dans leurs pensées respectives.
Par la suite, elle repenserait à cela. Peut-être ne lui avait-elle pas parlé du tout, ou bien peut-être avait-elle crié sans s'en rendre compte. Quoi qu'il en soit, elle parvint à lui signifier, posément, afin d'être bien comprise : « Si elle est blessée, il ne faut pas la déplacer. Il faut attendre les secours. »
C'était vraiment la seule chose qu'elle connaissait concernant accidents et blessures. Elle avait été mariée quelques années à un médecin. Ce détail lui était resté en mémoire.
« Les secours ? » interrogea le garçon. Dans le souvenir de Shelly, sa voix était parfaitement audible, toute proche. Comment cela aurait-il été possible ?
« Je les ai appelés, dit-elle. Avec mon portable. Dès que j'ai vu ce qui est arrivé. »
Il eut un hochement de tête. Il avait compris.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il. C'était qui ? Cette voiture tous phares éteints ? Pourquoi est-ce que...
- Je ne sais pas. Vous avez quitté la route.
- À l'aide », dit-il alors - un simple énoncé plutôt qu'une plainte, mais avec un accent à déchirer le cœur. Un nuage passa devant la lune, de sorte que Shelly ne le vit plus.
« Hé ! » appela-t-elle, mais il ne répondit pas.
Elle coupa le moteur, ouvrit sa portière. Ayant ôté ses chaussures, elle s'engagea prudemment dans le fossé.
« J'arrive, lança-t-elle. Restez là où vous êtes. Ne bougez pas votre amie. Ne bougez pas. »
L'eau était d'une tiédeur surprenante. La boue était molle sous la plante de ses pieds. Elle ne glissa qu'une fois, en remontant sur la rive opposée - et ce dut être à cet instant qu'elle se coupa la main sur un morceau de chrome arraché à la voiture accidentée, retournée à trois mètres de là sur la chaussée, ou bien sur un éclat de verre du pare-brise. Elle ne sentit rien sur le moment. Ce n'est qu'après que les deux ambulances furent reparties, sirènes et gyrophares en marche, qu'elle remarqua du sang sur ses mains et comprit que c'était le sien.
Quand elle parvint en haut du talus et arriva auprès des deux jeunes gens, le nuage était passé et elle put les distinguer de nouveau clairement.
Le garçon était maintenant allongé à côté de la fille, un bras passé autour de sa taille, la tête reposant sur la blonde chevelure, et le clair de lune les avait changés en statues.
Deux marbres. Parfaits. Lavés par la pluie. Classiques.
Shelly resta quelques instants à les contempler, ainsi étendus à ses pieds. Elle avait le sentiment d'être tombée par hasard sur quelque chose de très secret, sur elle ne savait quel symbole onirique, un arcane du subconscient subitement révélé, quelque rite sacré nullement destiné à des yeux humains, mais auquel elle eût été mystérieusement conviée.

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 Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
43/49 

 Challenge Objectif PAL Swap
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50__tats
22/50 : Michigan

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09 mai 2012

Harjunpäa et l’homme-oiseau – Matti Yrjänä Joensuu

harjunpaa 5518

Gallimard – novembre 2000 – 430 pages

Folio – septembre 2003 – 431 pages

Titre original : Harjunpäa ja rakkauden nälkä, 1993

Quatrième de couverture : 
Comme son surnom le laisse entendre, Titi se prend pour un oiseau. Il vole au-dessus des serrures et des toits, jusque dans la chambre d'inconnues qu'il caresse dans leur sommeil... Harjunpää, lui, est un flic fatigué, lourd comme le crime et la misère qui lui fournissent chaque jour leur lot de cadavres et de pleurs... La folie n'est pas loin. La Finlande et sa police sont bien au-delà de l'idée que l'on pourrait s'en faire... Sous les frimas aussi, l'ambivalence humaine draine son lot d'amour, de corruptions et de plaies... Titi, de simple volatile, pourrait devenir aigle... Harjunpää, à force d'amertume, risque de sortir les crocs. Surtout s'il joue sa place…

Auteur : Né en 1948, Matti Yrjänä Joensuu occupe depuis 1986 le poste d'inspecteur divisionnaire au sein de la brigade criminelle d'Helsinki. Il s'est également fait connaître en écrivant des romans policiers dont le héros, l'inspecteur Harjunpää, s'est imposé par son spleen désabusé pétri d'humanité.

Mon avis : (lu en mai 2012)
C'est en recherchant un livre d'un auteur finlandais que je suis tombée sur « Harjunpäa et l’homme-oiseau » de Matti Yrjänä Joensuu. Un auteur dont je n'avais jamais entendu parler, c'est un inspecteur de police à Helsinki, c'est pour cela que les descriptions du commissariat et des états d'âme de l'inspecteur Harjunpää sont parfaitement précises et crédibles.
Le lecteur suit en parallèle les vies d'un délinquant à la personnalité très étrange et de l'inspecteur Timo Harjunpää qui est las, fatigué, mais toujours rempli d'humanité. Il subit aussi bien sa vie privée que sa vie professionnelle. Il fait au mieux pour exercer son métier malgré une hiérarchie inefficace et peut-être corrompue, il doit faire face à des cadavres, des braquages mais aussi aux dysfonctionnements de la police finlandaise. Il est tellement pris par son travail qu'il délaisse un peu trop sa famille, femme, enfants, parents.
L’homme-oiseau c’est Asko Leinonen, ou Titi son double nocturne. Le jour Asko est cordonnier dans une galerie marchande d’Helsinki. La nuit Titi suit les couples où les femmes sont belles et jeunes jusque dans leur chambre. Il les observe et parfois il caresse la femme. Souvent, il revient voir les femmes quand elles sont seules et endormies. Asko fait également partie d'une famille de truands, tous pensent que leur petit frère est un demeuré, malgré cela ils lui reconnaissent un don, quand il est Titi, il sait rentrer n’importe où sans laisser de traces et sans se faire voir.

Le récit est assez classique, l'action se déroule lentement, il n'y aucun rebondissement tout est dans l'atmosphère et la conclusion du livre un peu surprenante. Dans cette histoire assez sombre j'ai découvert deux personnages très attachants. Une découverte plutôt réussite.

Extrait : (début du livre)
Un son très doux provenait de la nuit, ou bien une senteur à peine perceptible flottait dans l’obscurité. Quelque chose d’apaisant, semblable à l’odeur qui se dégage des barques et du bois des pontons humides. Même si Titi ne pouvait pas préciser la sensation, il percevait son effet. C’était comme si l’on déverrouillait quelque chose en lui ou si l’on ouvrait une trappe cadenassée au fond de sa conscience. Et il réalisa en un éclair que la faim était toujours là.
Elle bouillonnait à l’intérieur de son corps. Dans son bas-ventre, dans ses mollets. Mais elle se lovait surtout dans sa poitrine, s’y étendait tel un être vivant – un chat, ou alors un oiseau, un de ces oiseaux aux reflets d’argent qui déploient leurs ailes sur les écussons. Elle le faisait palpiter. C’était presque mieux que ce qu’il ressentait chez la Boucanée ou ce qu’avaient éveillé en lui les guêpières de la Biche, ou encore la Rouquine de la rue du Temple avec ses bas en Nylon noir et son petit abricot rasé aussi luisant que de la porcelaine. Malgré tout, Titi ne bougea pas d’un pouce. Il demeura impassible et s’efforça de son mieux de ne pas penser à la chose.
Titi savait ce qu’il faisait – il ne fallait pas penser à la faim. C’était interdit. Un peu comme le rire. Et ça n’avait pas été interdit par n’importe quel lampiste, mais par Dieu lui-même. Il était d’ailleurs plus sage de ne pas chercher à savoir pourquoi.
Et si malgré tout il pensait à la faim, cela équivalait à ouvrir la porte à l’horreur. Les terreurs d’enfance étaient de retour : les dents des mangeurs de quéquette grinçaient dans le noir, il était tout à coup persuadé que le cancer rongeait ses os, certain d’avoir attrapé le sida parce qu’il n’avait pas eu le temps  de traverser la rue pendant que le feu était vert ; ou alors il lui venait à l’esprit que Reino ou Douce Mère allaient mourir, qu’il allait les tuer d’une manière ou une autre, malgré lui. Pire que l’enfer. C’était la punition quand il pensait à la faim. Car la faim devait être punie, et lui aussi. Et quand la punition explosait dans son cerveau, adieu la faim ! La femme la plus splendide du monde aurait pu trotter devant lui, ivre morte, la houppe et les seins offerts, il aurait été inutile d’envisager quoi que ce soit. 

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Challenge Voisins, voisines
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Finlande

 Défi Scandinavie noire 2012
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Finlande

 Challenge Viking Lit' 
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Challenge Littératures Nordiques
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Animaux"

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