13 décembre 2012

Un pur hasard - Frédérique Deghelt

un_pur_hasard Les Éditions du moteur - mars 2012 – 54 pages

Quatrième de couverture : 
Yann et Benoît se sont connus au lycée. À l'époque, ils étaient toujours fourrés ensemble, inséparables. Lorsqu'ils se retrouvent par hasard, un matin vingt ans plus tard, dans une rue de San Francisco, c'est à peine s'ils se reconnaissent. Celui qui était déjà pianiste et plaisait beaucoup aux filles a connu le succès, mais il affronte depuis quelque temps le déchirement de son couple. L'autre, jadis matheux et asocial, entre joyeusement dans la quarantaine : il vient tout juste de rencontrer la femme de sa vie. Chez ces deux-là, la vie de l'un semble toujours prendre le contre-pied de celle de l'autre. Que reste-t-il de leur amitié et ont-ils encore quelque chose à partager ?

Auteur : Frédérique Deghelt est l'auteur de plusieurs romans comme La grand-mère de Jade, La nonne et le brigand. Son premier roman, La vie d'une autre, a été adapté au cinéma par Sylvie Testud.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
J'ai lu ce livre pour trois raisons, premièrement car il a été présenté au dernier "Café Lecture" de la Bibliothèque, deuxièment car l'auteur ne m'était pas inconnue et troisièment parce que la couverture était rose (cf. Challenge).
Deux anciens camarades de lycée se retrouvent par hasard vingt ans après à San Francisco. Benoît, autrefois musicien et tombeur de filles, est devenu un musicien de jazz de renommée internationale, il est marié depuis 20 ans et a 2 enfants. Mais depuis quelques temps, son couple est proche de la rupture. Au contraire, Yann, autrefois le matheux asocial, à quarante ans, il est épanoui, et il vit les premiers moments d'une passion amoureuse.

Cette petite histoire d'amour se lit très facilement mais j'ai assez vite deviné sa conclusion... 
Une lecture sympathique, sans plus.

 

Déjà lu du même auteur : 

la_grand_m_re_de_Jade La grand-mère de Jade  la_vie_d_une_autre  La vie d’une autre

Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
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Session 1 : Rose

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01 décembre 2012

Marée blanche - Jean Failler

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : BLANC

mar_e_blanche Edition du Palemon - avril 2003 - 190 pages

Quatrième de couverture :
Comme il y a pénurie d'inspecteurs au commissariat de Concarneau, Mary Lester y est détachée pour enquêter sur la mort d'un jeune homme.
Oh, rien de bien mystérieux, vraisemblablement un règlement de comptes entre marginaux. Voire…
On le sait, Mary Lester a le chic pour apercevoir, derrière des faits paraissant évidents, d'autres qui le sont moins. Et quand elle a saisi un fil conducteur, on peut compter sur elle, en dépit du scepticisme de ses nouveaux supérieurs, pour débrouiller tout l'écheveau.
Elle va s'immerger dans une petite ville secouée par la crise de la pêche, découvrant, dans un monde dont elle ignore tout, des personnages aussi fragiles que rudes, bien attachants malgré leurs manières brusques.
Et il y a urgence, car si la marée noire tue la flore et la faune, la marée blanche, elle, tue les hommes.

Auteur : Jean Failler est né en 1940 à Quimper. Auteur de pièces de théâtre, de romans historiques, de romans policiers, il vit et écrit à Quimper.

Mon avis : (relu en novembre 2012)
Pour cette session du Challenge Un mot, un titre, je me suis rendue compte mercredi soir, le livre choisi en cours de lecture que j'avais pris par erreur un mauvais mot (c'est à dire celui de la session précédente...). Heureusement, j'ai trouvé chez moi un livre répondant au critère et pas trop long à lire pour être à l'heure au rendez-vous !
Ce livre fait partie de la série des enquêtes de Mary Lester, c'est la quatrième enquête et elle se déroule à Concarneau. Cela commence lorsqu'un marginal de Concarneau est retrouvé mort dans l'eau du port. Avec Marie Lester nous découvrons le monde des marins-pêcheurs, la rudesse du métier, les difficultés économiques... L'intrigue est bien construite et l'histoire plaisante.
C'est un livre qui se lit facilement, c'est à la fois une enquête policière et une belle ballade en Bretagne. Et je prends toujours du plaisir à relire cette série...
En 1998, une adaptation de ce livre en téléfilm a été réalisé par Christiane Leherissey mettant en scène Mary Lester sous les traits de Sophie de La Rochefoucauld. Quelques ajouts ont été fait par les scénaristes par rapport au livre.

Extrait : (début du livre)
22 novembre.
Sur la mer turquoise, de longues houles ondulaient, couronnées d’écume. Le vent d’ouest soufflait en rafales brutales et désordonnées, le ciel était noir. Un temps à grains. Par moments la pluie se déchaînait et, chassée par le vent, passait à l’horizontale, cinglant les vitres de la cabine, si drue qu’elle plongeait la timonerie dans une sorte d’univers glauque. Puis, aussi subitement, les nuages lourds se déchiraient et un grand pan de ciel bleu apparaissait. Il y avait alors un soleil extraordinaire et il semblait qu’on passait en un instant du plus noir de l’hiver au plus lumineux du printemps.
À la barre de son chalutier bleu et blanc, Nicolas Le Maout, l’épaule calée contre la cloison de la cabine, les yeux plissés par la fatigue, regardait venir la côte ; une longue plage de sable fin barrait le fond de la baie, séparant le ciel de la mer d’un trait d’ivoire éclatant. Derrière se dessinaient les champs, les bois, et puis, sur tribord, Concarneau. Ce qu’on apercevait d’abord en venant de la mer, c’était les immeubles HLM de Kerandon, une longue barrière blanche posée contre le ciel. Entre eux et la mer, les maisons descendaient jusqu’à la ville close plantée sur son rocher, qui trempait ses vieilles murailles dans les eaux paisibles du port. Derrière, il y avait la criée, mais on ne la voyait pas encore.
Des entrailles du bateau montait le grondement sourd du diesel qui tournait à demi-régime. Une lourde silhouette se dressa derrière Nicolas Le Maout, emplissant la petite cabine de sa carrure formidable.

Nicolas détourna à peine la tête et dit d’une voix lasse :
– On arrive.
Et l’autre bougonna d’un timbre éraillé :
– Pas trop tôt !
– Comme tu dis, Petit Pierrot, mes bottes sont lourdes, fit Nicolas Le Maout.
Et il passa d’un pied sur l’autre dans une sorte de danse lente pour tenter de désengourdir ses jambes lasses, puis il prit sur une tablette devant lui un paquet de gauloises froissé, en sortit une cigarette tordue qu’il alluma à un briquet de plastique jaune sans se soucier de la curieuse forme du cylindre de tabac.
La cabine empestait l’huile chaude, le poisson, le tabac et il fallait avoir le cœur bien accroché pour supporter les mouvements du bateau dans cette atmosphère confinée. Qu’importe, ici au moins on n’avait pas froid ; et du froid, de l’humidité, du vent, ces hommes venaient d’en avoir plus que leur compte.
Accablés de fatigue, le reste de l’équipage, deux matelots, dormait dans le poste, capelé dans leurs cirés jaunes, encore bottés. Comme ils étaient tombés, le sommeil les avait pris.

 

 Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 14/12

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Couleur"

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23 novembre 2012

La faille souterraine et autres enquêtes - Henning Mankell

la_faille_souterraine Seuil – octobre 2012 – 471 pages

traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Pyramiden, 1999

Quatrième de couverture :
« Beaucoup m'ont posé la question : que faisait Wallander avant le commencement de la série ' Que s'est-il passé avant le 8 janvier 1990, ce matin d'hiver où Wallander est réveillé à l'aube par un appel qui marque le début de Meurtriers sans visage ? Quand Wallander entre alors en scène, il est flic depuis longtemps, il est déjà père et divorcé, et il a quitté Malmö pour Ystad. Les lecteurs se sont interrogés. Et moi avec eux. J'ai alors commencé à écrire dans ma tête des récits qui se déroulaient avant cette date. Puis j'ai rassemblé ces histoires et décidé de les publier. Elles constituent un point d'exclamation après le point final. Comme l'écrevisse, il est parfois bon de marcher à reculons. De revenir vers un point d'origine. Aucun tableau n'est jamais achevé. Mais ces fragments m'ont semblé devoir faire partie du lot. Le reste appartient au silence. » H. M.

Auteur : Henning Mankell, né en 1948, partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Lauréat de nombreux prix littéraires. Outre la célèbre « série Wallander », il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou sur des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.  

Mon avis : (lu en novembre 2012)
Alors que la fin de la série avait été annoncée, quelle belle surprise de retrouver Kurt Wallander dans un nouveau livre d'Henning Mankell !
Ce livre regroupe 5 enquêtes de Wallander avant le début de la série. Cela commence en 1969 alors que Kurt Wallander n’a que 21 ans et 1990 avec le coup de téléphone nocturne qui annonce et l’enquête « Meurtrier sans visage ». Certaines avaient déjà été éditées comme l’enquête Pyramide, en 1999 en Suède, mais encore jamais en France. D’autres sont inédites.
J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Kurt Wallander jeune puis à divers moment clé de sa vie dans cinq enquêtes de longueur différente mais toutes à la hauteur de la série. 

Extrait : (début du livre)
Au commencement tout n'était que brouillard.
Ou peut-être comme une mer épaisse, blanche, silencieuse. Le paysage de la mort. Ce fut d'ailleurs la première pensée de Wallander lorsqu'il revint à lui. Il était déjà mort. Il n'aurait pas dépassé l'âge de vingt-deux ans. Un jeune policier, à peine adulte. Voilà. Et puis un inconnu s'était précipité sur lui avec un couteau et il n'avait pas pu l'éviter.
Après, il n'y avait eu que le brouillard blanc. Et le silence.
Lentement il se réveillait, lentement il revenait à la vie. Les images étaient brouillées, confuses. Il essayait de les capturer, comme on chasse les papillons. Mais elles se dérobaient et ce fut pour lui un grand effort que de reconstituer le fil des événements...

Il était de repos. C'était le 3 juin 1969 et il venait de laisser Mona au terminal des ferries vers le Danemark. Pas les bateaux récents, ces aéroglisseurs qui allaient à toute allure, mais un ferry à l'ancienne, où on avait encore le temps de déjeuner durant la traversée. Elle devait retrouver une amie, elles iraient peut-être à Tivoli mais, surtout, l'objectif était de lécher les vitrines. Wallander avait voulu l'accompagner puisqu'il était de repos. Mais elle avait dit non. Ce voyage était pour sa copine et pour elle. Interdit aux hommes.
Il regarda le bateau quitter le port. Mona devait revenir le soir même et il avait promis d'être là. Si le beau temps persistait, ils iraient se promener. Puis ils rentreraient chez lui. Il louait un appartement dans la banlieue de Rosengård.
Il s'aperçut que, rien que d'y penser, ça l'excitait. Il ajusta son pantalon et traversa la rue en direction de la gare. Il acheta un paquet de cigarettes, des John Silver comme d'habitude, et en alluma une avant même d'être de nouveau dehors.
Il n'avait pas de projets pour cette journée. C'était un mardi, il était de repos. Il avait fait beaucoup d'heures sup, entre autres à cause des grandes manifs contre la guerre du Vietnam qui se succédaient partout, tant à Lund qu'à Malmö. A Malmö, il y avait eu des échauffourées. Wallander avait trouvé l'expérience désagréable. Ce qu'il pensait des revendications des manifestants - US go home-, il n'en savait trop rien. La veille encore, il avait essayé d'en discuter avec Mona, mais son opinion à elle se bornait à estimer que «ces gens-là cherchent les embrouilles». Il avait insisté, allant jusqu'à lui affirmer qu'il n'était pas juste, de la part de la première puissance militaire mondiale, de bombarder un pays agricole pauvre situé dans un autre continent avec l'objectif de le faire «retourner à l'âge de pierre», comme l'avait dit un officier américain cité dans le journal de la veille ; elle lui avait rétorqué qu'elle n'avait pas l'intention d'épouser un communiste.
Cette réplique l'avait soufflé, et la discussion en était restée là. S'il était certain d'une chose, c'était qu'il allait bien épouser Mona, aux cheveux châtains, au nez effilé et au menton pointu, qui n'était peut-être pas la plus belle fille qu'il eût jamais rencontrée ; mais qu'il voulait avoir pour lui, quoi qu'il arrive.

Déjà lu du même auteur : 
tea_bag  Tea-Bag  les_chaussures_italiennes  Les chaussures italiennes

meurtriers_sans_visage_p Meurtriers sans visage Les_chiens_de_Riga_2 Les chiens de Riga

l_homme_inquiet L'homme inquiet le_retour_du_professeur_points Le Retour du professeur de danse

la_lionne_blanche_p La lionne blanche  profondeurs_p Profondeurs le_chinois Le Chinois

l_homme_qui_souriait_p L’homme qui souriait le_guerrier_solitaire_p Le guerrier solitaire

 Challenge Thriller 
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catégorie "Même pas peur" : 12/12

 Challenge Voisins, voisines

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Suède

 Défi Scandinavie noire 2012
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Suède : Henning Mankell

 Challenge Littératures Nordiques

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Challenge 3% Littéraire 2012

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20/21

 

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03 novembre 2012

Discordance - Anna Jörgensdotter

 Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions JCLattès

discordance JC Lattès – août 2012 – 535 pages

traduit du suédois par Martine Desbureaux

Titre original : Bergets döttrar, 2009

Quatrième de couverture : 
Cinq frères et sœurs grandissent dans une petite communauté suédoise au pied du mont Kungsberg : deux frères, Edwin et Otto, et trois sœurs, Karin et Sofia, qui restent inséparables jusqu’à ce que l’amour puis la mort les sépare, tandis qu’Emilia sillonne les rues à bicyclette en rêvant d’évasion. 
Tout commence en 1938, lorsqu’une maison prend feu, celle de Mlle Filipsson, femme singulière venue d’on ne sait où. Edwin est le seul à la pleurer. Un an plus tard, c’est l’Europe entière qui s’embrase. Le jour même de l’invasion de la Pologne, une petite fille naît, et Karin, sa mère, agonise… Chacun des membres de la fratrie poursuit sa vie, entre rêves et désillusions. Au long de deux décennies, Anna Jorgensdötter nous livre un roman choral semé d’amour et de drames, marqué par les disparités entre hommes et femmes dans une société en mutation. 

Auteur : Née en 1973, Anna Jörgensdotter vit dans la région de Sandviken, où se déroule Discordance, pour lequel elle a remporté le prix Ivar-Lo 2010. Tous ses romans sont encensés par la critique. Elle publie également des recueils de poésie, compose de la musique et écrit en free-lance dans plusieurs journaux.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
L'histoire se situe en Suède à Norrby un village au pied du mont Kungsberg proche de Sandviken.
Les personnages principaux sont cinq frères et sœurs Edwin, Emilia, Karin, Sofia et Otto. Edwin est un solitaire, qui ne rechigne pas à l'effort, il aura l'idée de construire un tremplin de ski, puis une piste de ski alpin. Emilia est avide de liberté, elle n'est pas prête à prendre un mari... Karin et Sofia sont très proches l'une et l'autre, Karin va épouser Max un ami d'enfance, Sofia préfèrera épouser Arvid le beau citadin plutôt que Milton le frère de Max.
Tout commence en septembre 1938 avec l'incendie de la maison de Mademoiselle Filipsson. La première partie s'achève le 31 août 1939 avec la naissance de Lillemor la fille de Karin et Max.
Nous sommes en 1944 lorsque la deuxième partie commence avec le départ d'Emilia pour aller travailler dans une filature de laine. Vingt ans après, en 1958, c'est sur fond de Coupe du Monde de football en Suède que ce termine cette histoire avec Lillemor jeune adulte.
« Nos récits s’entrelacent telles les bandes de lirette dans la trame d’un tapis. Et chacun y reste pris. Jusqu’à l’usure.
En devient partie intégrante.
L’idée de départ était peut-être autre que le résultat, ou alors nous sommes parfaits – un récit parfait, sur tout, sur rien. Sur la vie telle qu’elle a été. Mais jamais sur ce qu’elle aurait pu être. », ce paragraphe présent dans les toutes dernières pages du livre résume parfaitement la construction de ce livre.

J'ai mis du temps à lire ce livre car après une première partie prometteuse, j'ai trouvé l'histoire assez brouillonne car l'auteur passe d'un personnage à l'autre abandonnant souvent le personnage précédent dans une situation critique... Il y a également de nombreux retours en arrière et le lecteur est un peu perdu.
La bonne idée de l'auteur est d'avoir mis au tout début du livre une description des principaux personnages et leurs éventuels liens de parenté.
Mon avis sur ce livre est finalement mitigé.  

Je remercie Livraddict et les éditions JCLattès pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Ça pourrait débuter par un conte. Il était une fois. Débuter au moment où Karin monte la mèche de la lampe à pétrole, dont la flamme vacille.
Écoute ça, dit-elle – et il y a tant d'hilarité dans sa voix que Sofia se sent toute pétillante de rire malgré sa fatigue.
Il était une fois..., commence Karin. Un petit, un tout petit garçon... un prince, peut-être bien... qui s'appelait... Milton !

Ça y est. Sofia implose.
Je te jure ! poursuit Karin avec une feinte innocence. Il s'appelait vraiment Milton. Sauf que ce n'était pas du tout un prince comme se l'imaginaient les autres habitants du royaume, c'était juste un petit gamin froussard. Et jamais il ne deviendrait un vrai prince, pour sûr, à moins de prouver son courage en... Karin fait semblant de réfléchir et prend un air finaud. A moins de déclarer sa flamme à la princesse des Neiges... à la princesse... Sofia !
Sofia se bâillonne d'une main, forçant le rire à se frayer un passage entre ses doigts. Elle a tellement peur que sa maman se réveille. Sa maman a le sommeil léger comme la soie, fragile comme le verre. Chut ! Fait-elle à Karin, mais sans sévérité. Karin dénoue les doigts de Sofia.
Oh ! ma chère, ma douce mademoiselle Steen, voulez-vous bien m'épouser ?
Tais-toi ! pouffe Sofia.

Me taire ? s'exclame Karin-Milton d'une voix incrédule.
Comment pourrais-je me taire alors que je vous aime tant ?
Karin lance en l'air des simulacres de baisers.
Sofia détourne la tête ; c'est plus facile si elle ne regarde pas sa sœur.

 

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Challenge 3% Littéraire 2012

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15/21

Challenge Voisins, voisines

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Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Suède 

 Challenge Littératures Nordiques

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02 novembre 2012

Les visages écrasés - Marin Ledun

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Seuil - mars 2011 – 320 pages

Points - mai 2012 – 408 pages

Quatrième de couverture :
Objectifs inatteignables, management à la menace, restructurations et mises au placard... Personne ne connaît ça mieux que moi. Vincent Fournier, salarié d'un centre d'appels au bout du rouleau, m'a tout raconté avant que je ne mette fin à ses souffrances. Définitivement. C'est mon boulot, je suis médecin du travail. Écouter, soigner. Avec le traitement approprié, quel qu'il soit.

Auteur : Né en 1975, Marin Ledun est romancier. Il a déjà publié sept romans noirs, dont Modus Operandi (prix Plume libre 2008), La Guerre des vanités (prix Mystère de la critique 2011) et Zone Est.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Voilà un roman policier très original, le sujet est très actuel car l'histoire se situe dans un centre d'appel où les méthodes de management poussent certains salariés au suicide, à la dépression. La narratrice de ce roman est Carole Matthieu, médecin du travail, elle est là pour écouter et pour aider les salariés à supporter leur souffrance. 
Tout commence avec la mort de Vincent Fournier un salarié au bout du rouleau, il est retrouvé 
avec une balle dans la tête. Le lecteur a de l'avance sur l'enquête puisqu'il a assisté à l'exécution dès le prologue... mais pour l'enquêteur les pistes sont nombreuses et le coupable sait les brouiller...
Le point vue choisi par l'auteur est très original. L'intrigue est saisissante et d'une très grande noirceur.

Extrait : (début du livre)
Vincent Fournier lève sur moi un visage cadavérique. Traits tirés, poches noires sous les yeux et barbe de trois jours. Son sweat-shirt gris anthracite délavé, trop large d'une ou deux tailles, accentue sa maigreur épouvantable. Il se laisse aller contre le dossier de son fauteuil, croise les bras et se mure dans le silence.
J'extrais un stylo du porte-crayon, en prenant soin de ne pas faire de bruit, et j'attrape une feuille vierge que je glisse sur le sous-main en plastique.
J'écris : insomnies chroniques, traitement inefficace.
Mon regard se pose sur l'horloge du cabinet au-dessus de lui. 19h34. Plan serré sur les aiguilles, contre-plongée sur le mur; un fil électrique court le long de la plinthe avant de disparaître sous la moquette industrielle.
Je reprends le stylo et je note : diarrhées, apathie, fatigue chronique, perte de poids - 16 kilos en deux mois.
Je trace un cercle autour du nombre 16 d'un geste résigné.
Face à moi, Vincent Fournier se recroqueville un peu plus.
J'ajoute : idéations suicidaires, récidive possible, forte probabilité de passage à l'acte, inaptitude au poste. Arrêt de travail indispensable et urgent.
Je souligne trois fois urgent et remets le stylo à sa place. Puis je glisse la feuille dans son dossier, le referme et le range. Le tiroir métallique percute le fond du bureau avec un claquement sourd.
Vincent Fournier est en larmes.
La consultation est presque terminée.
Je brise le silence la première.
« Qu'est-ce qu'on fait ? »
Vincent se tait.
Je répète : « Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? »
Il grogne une réponse inaudible.
J'insiste, d'une voix chaleureuse :
« Depuis un an, on a tout essayé. Les traitements ne fonctionnent pas de façon satisfaisante.Trois arrêts maladie, trois échecs. À chaque retour, vous replongez. À chaque reprise, votre état empire. Vous souffrez de troubles gastriques et du sommeil depuis près de deux ans. Vous ne mangez plus, vous ne dormez plus, vous ne voyez plus personne. C'était quand, la dernière fois que vous avez fait l'amour avec votre femme ? »
Pas de réponse. Je tape du poing sur la table pour le forcer à réagir.
« Vincent ! Quand ?
- J'en sais rien.
- Il y a une semaine ? Un an ? Deux ans ?
- J'en sais rien, merde ! »
Il a presque hurlé.

Challenge Thriller et Polar 
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catégorie "Même pas peur" : 10/12

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

 

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"Partie du corps"

 

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23 octobre 2012

La mer, le matin – Margaret Mazzantini

la_mer_le_matin Robert Laffont – août 2012 – 132 pages

traduit de l'italien par Delphine Gachet

Titre original : Mare al mattino, 2011

Quatrième de couverture :
« Elle ne pensait qu'à ça. Ramener sa vie à ce point précis.
Le point où elle s'était interrompue.
Il s'agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps.
Au milieu il y avait la mer.
Elle posait des figues ouvertes en deux sur ses yeux pour retrouver cette saveur douce et granuleuse. Elle voyait rouge à travers les fruits. Elle cherchait le cœur de ce monde qu'elle avait dû abandonner. »

Deux mères et deux fils que la Méditerranée sépare.
Deux rives, deux pays, deux histoires que l'Histoire avec un grand H relie pourtant.

Auteur : Née à Dublin, fille d’un peintre irlandais et d’un écrivain italien, Margaret Mazzantini a quarante-cinq ans. Actrice, romancière et scénariste, elle consacre aujourd’hui sa vie à l’écriture et à sa famille.  Après Antenora, Écoute-moi (2004) et Venir au monde, La Mer, le matin est son quatrième roman.  

Mon avis : (lu en octobre 2012)
C'est l'histoire des destins croisés de Jamila et Farid, une mère et son petit garçon, ils sont Libyens et fuient leur pays à cause de la guerre civile et Angelina et Vito, une mère et un fils italiens, Angelina est née à Tripoli et y a vécu jusqu'à l'âge de onze ans, à cette époque, Kadhafi après son coup d’État a expulsé tous les colons italiens. Angelina a toujours rêvé de retourner en Libye. Le seul trait d'union entre l'Italie et la Libye c'est la Méditerranée.

Farid qui rêvait de voir la mer va s 'embarquer avec sa mère sur un bateau de réfugiés. Angelina, avec Vito et sa mère Santa, va faire le voyage inverse et revenir sur les terres de son enfance. C'est l'histoire de réfugiés, déracinés, meurtris qui trouvent en la mer une confidente, un espoir...

Je trouve superbe la couverture de ce livre qui raconte une histoire pleine de poésie, mais qui nous donne également à réfléchir...

 

Extrait : (début du livre)
Farid n'a jamais vu la mer, il n'a jamais mis les pieds dans l'eau.
Il se l'est imaginée des illiers de fois. Piquée d'étoiles comme le manteau d'un pacha. Bleue comme le mur bleu de la ville morte.
Il a cherché les coquillages fossiles enfouis depuis des millions d'années, au temps où la mer recouvrait le désert. Il a poursuivi les poissons lézards qui nagent sous le sable. Il a vu le lac salé, le lac amer et les dromadaires couleur d'argent qui avancent tels des navires de pirates usés. Il habite dans l'une des toutes dernières oasis du Sahara.

Ses ancêtres appartenaient à une tribu de Bédouins nomades. Ils s'arrêtaient dans les oueds, ces lits de fleuve recouverts de végétation, et ils montaient leurs tentes. Les chèvres allaient paître, les femmes cuisinaient sur les pierres brûlantes. Ils n'avaient jamais quitté le désert. Ils se méfiaient un peu des gens de la côte, marchands, corsaires. Le désert était leur maison, ouverte, sans limites. Le désert était leur mer de sable. Tacheté de dunes comme le pelage d'un jaguar. Ils ne possédaient rien. Rien que des traces de pas que le sable bientôt effaçait. Le soleil faisait glisser les ombres. Ils étaient habitués à résister à la soif, à se dessécher comme des dattes, sans mourir. Un dromadaire leur ouvrait la voie, une ombre longue et tordue. Ils disparaissaient au milieu des dunes.

Challenge 1% Littéraire 2012

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14/14

Challenge Voisins, voisines

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Italie

 

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18 octobre 2012

La nuit tombée – Antoine Choplin

5600 La fosse aux ours – août 2012 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission. Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où ce qui a survécu au désastre tient à quelques lueurs d'humanité.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (2005), L’impasse (2006), Cairns (2007), et de Apnées (2009), Cour Nord (2010).

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Quel beau roman à la fois effrayant et plein de poésie.
Deux ans après le drame de Tchernobyl, Gouri vient de Kiev, il revient seul à moto à Pripiat dans son ancien logement  pour y rechercher un « souvenir ». En chemin, il s'arrête  à Chevtchenko, chez ses amis Iakov et Vera, le village proche de la zone interdite a été contaminé et déserté.
Dans cette histoire, le nom de Tchernobyl n'est jamais directement évoqué. L’auteur nous décrit des lieux vides, un no man’s land où règne un silence pesant, les maisons sont abandonnées, il n’y a plus que quelques rares habitants et il y règne une atmosphère irréelle…
Je n’en raconterai pas plus pour ne pas en dévoiler trop.
J’ai beaucoup aimé ce livre dont il se dégage beaucoup d’humanité et de fraternité dans un paysage d’apocalypse.
Un très beau roman à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Après les derniers faubourgs de Kiev, Gouri s’est arrêté sur le bas-côté de la route pour vérifier l’attache de la remorque. Avec force, il essaie de la faire jouer dans un sens puis l’autre et, comme rien ne bouge, il finit par se frotter les mains paume contre paume, l’air satisfait.
Une voiture le dépasse en klaxonnant et il adresse sans savoir un petit signe de la main dans sa direction. Il tire sur les pans de sa veste de cuir, referme jusqu’au menton la fermeture éclair. Après quoi, il enfourche sa moto et redémarre.
Il roule tranquillement, attentif aux reliefs inégaux de la chaussée. Parfois, il donne un coup de guidon pour éviter un nid de poule et, derrière lui, son attelage vide se met à brinquebaler méchamment avant de se recaler comme il faut dans son sillage.
La lumière est douce, tamisée par les bois de bouleaux et de résineux qui encadrent la route. Un semblant de voile, moins qu’une brume, paraît ainsi jeté sur le paysage, et on peut en distinguer le grain dans l’air. Il est plus de quatre heures, il ne tardera pas à faire froid. Gouri devrait rejoindre Chevtchenko avant la nuit.

Cela fait bientôt deux ans qu’il n’est pas revenu ici et forcément son regard balaye les espaces avec gourmandise. Il éprouve à nouveau l’attrait que la forêt a toujours exercé sur lui, ses odeurs, ses bruissements, ses sols tendres. Il se souvient des pique-niques et des parties de football entre les arbres.

Déjà lu du même auteur :

le_h_ron_de_guernica Le héron de Guernica

Challenge 1% Littéraire 2012

  logochallenge2 
12/14

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16 octobre 2012

La Reine de la Baltique – Viveca Sten

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France Loisirs – août 2012 – 412 pages

Albin Michel - août 2013 - 400 pages

Livre de Poche - août 2014 - 480 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I de lugnaste vatten, 2008

Quatrième de couverture :
Archipel de Stockholm, en pleine saison estivale : les cadavres s'accumulent, la population s'affole...
Un corps est retrouvé sur une plage de l''île de Sandhamn. L'inspecteur Thomas Andreasson est chargé de l'enquête. Habitué des lieux pour y passer toutes ses vacances, il va se voir proposé une aide bien inattendue : celle de Nora, son amie d'enfance, jeune femme d'une perspicacité redoutable.
L'été vire au cauchemar quand un second cadavre est découvert dans une chambre d'hôtel. Et si, désormais, plus personne n'était à l'abri ? 
Thomas croyait tout savoir de sa petite île paradisiaque. Il n'est pourtant pas au bout de ses lugubres découvertes...

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s'est lancée dans l'écriture. Sa série mettant en scène Thomas Andreasson et Nora Linde sur l'île de Sandhamn a connu un succès phénoménal en Suède et dans une douzaine de pays, et a été adapté à la télévision. Comme ses héros, l'auteur possède une vieille maison familiale sur l'île et y a passé tous les étés de sa jeunesse.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque attirée par la couverture et l'auteur suédoise...
En Suède, ce roman a remporté un formidable succès et il a même été adapté à la télévision.
L'inspecteur Thomas Andreasson et son amie d'enfance Nora Linde mènent l'enquête sur l'île de Sandhamn. Tout commence avec la découverte sur la plage d'un corps rejeté par la mer. Un homme vivant à Stockholm, inconnu à Sandhamn. Est-ce un accident ? Un suicide ? Un meurtre ? C'est la saison estivale, dans cette station balnéaire sans histoire. Le lecteur découvre en parallèle l'enquête de police et la vie quotidienne de cette île et ses habitants.
Une intrigue bien construite, une enquête avec du suspens, des fausses pistes et des personnages très attachants. Un peu dans le même esprit que Camilla Läckberg. Une belle découverte.
C'est le premier livre de cette auteur traduit en français et paru en avant-première chez France Loisirs, d'autres livres de cette série ont déjà été publiés en suédois, j'espère qu'ils le seront prochainement également en français. J'ai très envie que retourner sur cette si sympathique petite île suédoise...

Extrait : (début du livre)
Tout était absolument silencieux, paisible comme l'archipel l'est seulement en hiver, quand il appartient encore aux insulaires, avant que la foule bruyante des estivants prenne les îles d'assaut.
La surface de l'eau était lisse et sombre, écrasée par le froid hivernal. Sur les rocher, quelques touches de neige qui n'avait pas encore fondu. Quelques canards ponctuaient le ciel où le soleil était encore bas. 
« Aidez-moi ! cria-t-il. Aidez-moi, pour l'amour du ciel ! »
L'amarre qu'on lui lança formait une boucle. Dans l'eau glaciale, il se la passa gauchement autour du corps.
« Remontez-moi ! » haleta-t-il en s'agrippant au bord du bateau de ses doigts déjà gourds.
Quand l'ancre attachée à l'autre bout de la corde fut jetée par-dessus bord, il eut surtout l'air étonné, comme s'il n'avait pas compris que son poids allait bientôt l'entraîner par le fond.
Qu'il n'avait plus que quelques secondes à vivre avant que son corps suive la lourde masse d'acier.
La dernière chose qu'on vit de lui fut sa main qui battit la surface, emmêlée dans le filet. Puis l'eau se referma sur lui avec un imperceptible bruit de succion.
On n'entendit plus que le bruit du moteur tandis que, lentement, le bateau faisait demi-tour et reprenait la direction du port.

Challenge 1% Littéraire 2012

 logochallenge2 
11/14

Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie noire

dc3a9fi_scandinavie_noire
Suède

 Challenge Littératures Nordiques

litterature_nordique

Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 9/12

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15 octobre 2012

La belle amour humaine - Lyonel Trouillot

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : BELLE, BEAU

la_belle_amour_humaine Actes Sud – août 2011 – 169 pages

Quatrième de couverture :
A bord de la voiture de Thomas, son guide, une jeune occidentale, Anaïse, se dirige vers un petit village côtier d’Haïti où elle espère retrouver les traces d’un père qu’elle a à peine connu et éclaircir l’énigme aux allures de règlement de comptes qui fonde son roman familial. Le caractère particulier de ce voyage encourage bientôt Thomas à prévenir la jeune femme qu’il lui faudra très probablement renoncer à une telle enquête pour faire l’expérience, dans ce village de pêcheurs dont il est lui-même issu, d’un véritable territoire de l’altérité où les lois sont amicales et flexibles, les morts joyeux, et où l’humaine condition se réinvente sans cesse face aux appétits féroces de ceux qui, à la manière du grand-père d’Anaïse et de son complice en exactions, le “colonel” – tous deux jadis mystérieusement disparus dans un incendie –, cherchent à s’octroyer un monde qui appartient à tous.

Dans ce roman qui prône un exercice inédit de la justice et une fraternité sensible entre les hommes sous l’égide de la question : “Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?”, Lyonel Trouillot, au sommet de son art, interroge le hasard des destinées qui vous font naître blanc ou noir, puissant ou misérable, ici ou ailleurs – au Nord ou au Sud. S’il est vrai qu’on est toujours “l’autre de quelqu’un”, comment et avec qui se lier, comment construire son vivre-ensemble sinon par le geste – plus que jamais indispensable en des temps égarés – d’accueillir, de comprendre ?

Auteur : Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Chez Actes Sud, il a publié Rue des Pas-Perdus (1998), Thérèse en mille morceaux (2000), Les Enfants des héros (2002), Bicentenaire (2004) et L’Amour avant que j’oublie (2007), Yanvalou pour Charlie (2009).

Mon avis : (lu en octobre 2012)
C’est un livre que je voulais lire depuis un an et le Challenge Un mot, des Titres a été l’occasion de le sortir de ma LAL…

Anaïse, une jeune femme est venue à Haïti sur les traces de son père. Thomas, un chauffeur de taxi autochtone l'emmène de  Port-au-Prince jusqu'au petit village côtier de l'Anse-à-Fôleur. Durant le voyage, Thomas raconte Haïti, l'histoire du village et de la famille d'Anaïse... Il est question également de deux hommes, un colonel à la retraite violent et un homme d'affaires (le grand-père de la jeune fille). Ils étaient différents des habitants d'Anse-à-Fôleur, ils avaient faire construire deux maisons jumelles qui dépareillaient dans ce village de pêcheurs. Un soir, les maisons et leurs occupants ont été incendiés et l'on a jamais su qui était le coupable...

Voilà une magnifique histoire pleine de poésie, de couleurs, d'odeurs et de sons qui enchantent le lecteur et le fait réfléchir sur le vrai sens de la vie.

Extrait : (début du livre)
La mer avait été plus généreuse que d’ordinaire, et les pêcheurs avaient fait dans la journée une telle provision de sardes et de langoustes que, le soir venu, de retour au village, après avoir rangé leurs barques et rassuré leurs compagnes, ils consacrèrent leur temps à des chansons de mer, et, le regard levé vers les constellations, ils ne virent pas brûler les flammes de l’incendie. De mémoire de villageois, jamais ils ne vécurent meilleur matin ni meilleure nuit, et, n’était le souvenir charnel des mets et des baisers, ils pourraient croire avoir rêvé. Voilà ce que les hommes te diront. Les femmes ajouteront pour leur part qu’il ventait ce soir-là un air de parfum frais, mélange de petit baume, de jasmin et d’ilang-ilang. Heureuses, elles redevinrent petites filles et s’endormirent fenêtres ouvertes en rêvant de beaux capitaines. De mémoire de femmes de marins, jamais elles ne voyagèrent aussi 
loin, ne touchèrent plus beaux paysages, ne partagèrent plus tendres étreintes et ne firent plus belles rencontres. Nulle odeur de brûlé ne vint troubler leurs songes. Voilà ce qu’elles te diront. S’il faut aller dans le détail de ce que firent ceux qui ne sont ni marins ni femmes de marins, ni réductibles à cette première fonction, le métier de marin n’interdisant point d’être par ailleurs tambourineur, joueur de dés ou philosophe, tu apprendras que Justin, le législateur bénévole et autodidacte, avait travaillé jusqu’à l’aurore sur son code des nouvelles lois usuelles au service du bonheur, au chapitre essentiel portant sur l’union libre, le don, la réciprocité et autres vertus quotidiennes. Tout excité et fier de ses propositions, il avait installé sa chaise devant la mer pour attendre le lever du jour en buvant du thé de corossol, et ne fut témoin que d’une chose : le feu doux du soleil levant. Le peintre Frantz Jacob, son neveu et Solène, la jeune fille à la beauté sauvage, avaient passé une partie de la nuit à parler de peinture, des forces et des faiblesses des lignes et des couleurs, de leur pouvoir et de leur impuissance à rendre les choses à la fois telles qu’elles sont et telles qu’elles ne sont pas, et, passant de l’art à la vie, la conversation porta sur l’arrogance de celui ou de celle prétendant pouvoir établir en toutes circonstances la différence entre l’action et la pensée, le rêve et la réalité, le mensonge et la vérité.
Les oiseaux de nuit avaient beaucoup chanté, improvisant à l’occasion, ajoutant ainsi leur quote-part à la conversation. S’il faut revenir au général, tenter de décrire l’atmosphère et donner une vision d’ensemble, tu sauras que l’eau était calme, les esprits apaisés, aucun signe d’agitation, ni migraine ni rage de dents, n’était venu troubler le sommeil des enfants, qui laissèrent leurs mères à leurs rêves et attendirent le matin pour formuler leurs demandes de tendresse et de lait. Malgré la pauvreté et l’isolement, la ville côtière d’Anse-à-Fôleur avait vécu un jour et une nuit au plus près de la perfection, et nul ne pouvait apporter le moindre renseignement sur les causes et les circonstances de l’incendie. Le lendemain du drame, si drame il y eut, à huit heures, après avoir bu le café préparé par sa compagne et embrassé sa chérie en signe de remerciement, un rituel invariable en vingt ans de concubinage, le chef de section, l’unique représentant de la force publique dans le village, constata en effectuant sa ronde que l’emplacement des maisons était vide, mis à part deux petits tas de cendres identiques, et que le colonel et l’homme d’affaires ne s’adonnaient pas à leur habituelle marche triomphale sur la plage. Sans consulter sa concubine – elle n’eût pas manqué de lui déconseiller d’entreprendre une démarche ne présentant nul intérêt pour la communauté, et de le mettre en garde contre tout appel à des forces extérieures pour résoudre un problème local –, il s’en alla alors à vélo au village voisin, attendit une heure pour avoir une ligne avec la capitale et avisa les autorités.

Déjà lu du même auteur :

yanvalou_pour_Charlie Yanvalou pour Charlie

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06 octobre 2012

L'Embellie - Auður Ava Ólafsdóttir

l_embellie Zulma - août 2012 - 395 pages

traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson

Titre original : Ringing í nóvember, 2004

Quatrième de couverture : 
C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande.
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

Auteur : Auður Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavík. Après l’immense succès de Rosa candida, elle nous offre l’Embellie, traduit pour la première fois en français.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
J'ai beaucoup aimé Rosa Candida et lorsque j'ai appris qu'un nouveau livre d'Auður Ava Ólafsdóttir était traduit en français, j'étais impatiente de le découvrir.
En Islandais le livre se nomme « Pluie de novembre », en effet dans ce roman écrit avant Rosa Candida, il fait chaud pour la saison et l’Islande est sous la pluie, elle subit même des inondations.
La narratrice a trente-trois ans, elle parle onze langues différentes et travaille comme traductrice et correctrice, elle est indépendante, immature et originale. Son mari la quitte car elle repousse l'idée de devenir mère... Elle décide alors de partir en vacances d'été en novembre et de quitter Reykjavík pour l'est de Islande. Juste avant son départ, elle se voit confier par sa meilleure amie Audur Tumi, son fils âgé de quatre ans. Ce petit bonhomme est sourd et très myope. N'ayant pas l'habitude des enfants, elle va s'occuper de Tumi à l’instinct « il existe un monde au-delà des mots ». Et au fil des kilomètres une belle complicité va se créer entre eux deux. Tumi apporte des joies simples, le voyage est joyeux plein de péripéties et de rencontres surprenantes. Au cours de cette histoire, s'entremêlent quelques passages en italique qui reviennent sur une douleur ancienne de la narratrice et cela donne à ce voyage autour de l'Islande un sens plus profond.
J'ai beaucoup aimé cette lecture que je n'avais pas envie de terminer, j'ai aimé découvrir cette Islande profonde et déserte sous cette pluie de novembre. L'humour est très présent  dans ce livre et de nombreuses situations cocasses ou improbables m'ont fait penser à Arto Paasilinna.
En bonus, à la fin du roman, sont rassemblées « Quarante-sept recettes de cuisine et une de tricot », plus ou moins fantaisistes, souvenirs de la délicieuse complicité en l'enfant et la jeune femme et de leur voyage autour de l'Islande. Une très belle découverte.

Autre avis : Canel 

Extrait : (début du livre)
Quand je regarde en arrière, sans vraiment respecter à cent pour cent la chronologie, nous sommes là, serrés l’un contre l’autre, au milieu de la photo. Je le tiens par les épaules et il m’attrape quelque part, plus bas par la force des choses ; une mèche châtain foncé barre mon front très pâle ; il affiche un grand sourire et tient quelque chose dans son poing tendu.
Ses oreilles décollent un peu de sa grosse tête, ses prothèses auditives, curieusement démodées, ressemblent à des récepteurs pour ondes radio intersidérales. Et ses yeux démesurément agrandis par ses verres de lunettes lui donnent un look très spécial. D’ailleurs les gens dans la rue se retournent sur notre passage; ils considèrent le petit, puis après m’avoir brièvement dévisagée, ne le lâchent plus du regard, tandis que nous traversons le terrain de jeux, la main dans la main, jusqu’à ce que je referme la grille de fer derrière lui. Quand je l’aide à grimper dans le siège pour enfant et que je boucle sa ceinture de sécurité, je constate qu’on nous observe encore depuis les autres voitures.
Dans le fond de la photo, on voit mon ancienne voiture, à boîte de vitesses manuelle. Les trois poissons rouges flottent dans le coffre – il n’en sait rien encore – sur le sac de couchage bleu pour deux personnes qui s’est mué en éponge. Je ne tarderai pas à acheter deux édredons neufs à la Coopérative car il ne convient pas qu’une femme de trente-trois ans partage son sac de couchage avec un garçonnet qui ne lui est rien – ça ne se fait pas. Un tel achat ne devrait pas poser problème car la boîte à gants déborde de billets tout frais sortis de la banque. Aucun méfait n’a pourtant été commis, à moins que ça n’en soit un que de coucher avec trois hommes sur une distance de trois cents kilomètres de route circulaire, non asphaltée pour l’essentiel, là où la bande côtière est la plus étroite entre le glacier et la grève et où abondent les ponts à voie unique.
Rien ne se présente comme à l’accoutumée, en cet ultime jour de novembre – un jour ténébreux sur l’île ; nous portons tous les deux un pull-over, le mien est blanc à col roulé, le sien est neuf, vert menthe, tricoté main, avec un motif à torsades et une capuche. La température est comparable à celle de Lisbonne le jour précédent, à ce que dit la radio, et l’on prévoit encore de la pluie et un réchauffement. C’est pourquoi une femme seule avec enfant ne devrait pas se trouver sans raison valable sur les routes, dans des zones sombres et inhabitées, et encore moins au voisinage de ponts à voie unique, les routes étant souvent inondées.
Je ne suis pas présomptueuse au point de m’attendre à voir surgir un nouvel amant à chaque pont à voie unique, sans vouloir toutefois exclure totalement une telle éventualité. À mieux considérer la photo, on distingue au second plan, à quelques pas du petit et de moi, un jeune homme d’environ dix-sept ans au visage un peu flou. Il a les traits plutôt délicats sous son bonnet et on dirait que son acné commence tout juste à s’arranger. L’air ensommeillé, yeux mi-clos, il s’appuie contre la pompe à essence.
Si l’on examine la photo de vraiment près, je ne serais pas étonnée que l’on distingue des plumes sur les pneus et même des taches de sang sur les enjoliveurs, bien que trois semaines se soient écoulées depuis que mon mari est parti avec le matelas ergonomique du lit conjugal, le matériel de camping et dix cartons de livres – tel fut l’enchaînement. Mais gardons à l’esprit que les apparences sont parfois trompeuses et que contrairement à une photo, la réalité, elle, grouille de sens.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Février

Déjà lu du même auteur : 

Rosa_candida Rosa Candida

Challenge 1% Littéraire 2012

 logochallenge2 
7/7

Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Islande

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche

dc3a9fi_scandinavie_blanche
Islande

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

litterature_nordique

 

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