19 février 2010

Hunger Games – Suzanne Collins

Lu dans le cadre du Challenge : coeur_vs3

hunger_games Pocket Jeunesse – octobre 2009 – 382 pages

Quatrième de couverture :

Les Hunger Games ont commencé.
Le vainqueur deviendra riche et célèbre.
Les autres mourront...
Dans un futur sombre, sur les ruines des États-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur. Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l'arène : survivre, à tout prix.
Quand sa petite soeur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n'hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. À seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature...

Auteur : Suzanne Collins est née en 1963. C'est une auteur Américaine qui a commencé sa carrière en 1991 avec des émissions de télé pour enfants. Elle est aussi l'auteur de plusieurs romans pour la jeunesse dont la trilogie Hunger Games. Un film est en préparation. Ses autres séries n'ont pas encore été traduites. Aujourd'hui elle vit dans le Connecticut avec sa famille.

Mon avis : (lu en février 2010)

Livre lu dans le cadre du Challenge Coup de cœur de la blogosphère proposé par Gawou et Clarabel.

Ce livre pour ados mais aussi pour adultes nous emmène dans un univers fantastique. Ce n'est pas le genre de lecture que j'aime vraiment mais la quasi unanimité d’avis positif m’a encouragée à le lire. J'ai été prise par l'histoire et je reconnais avoir été conquise.

L'histoire se déroule dans le futur, sur les ruines des États-Unis. Pour maintenir l'ordre et la peur sur la nouvelle nation, chaque année, 24 enfants sont tirés au sort dans les douze districts. Ils vont devoir s'affronter dans une arène jusqu'à la mort devant les caméras et les yeux du peuple. Dans le district Douze, Prim petite fille de 12 ans est tirée au sort, sa grande sœur Katniss se porte volontaire pour prendre sa place. Peeta est le garçon tiré au sort, un jour où Katniss mourrait de faim, il lui avait donné du pain. Ils vont d’abord suivre un programme d’entraînement avant d’être jeter dans l’arène…

Les personnages sont vraiment attachants, l'histoire a beaucoup de rythme, la tension est omniprésente et le lecteur est non seulement un voyeur d'une téléréalité cruelle et odieuse mais aussi un témoin d'un système injuste et révoltant.

Extrait : (début du livre)

A mon réveil, l’autre côté du lit est tout froid. Je tâtonne, je cherche la chaleur de Prim, mais je n’attrape que la grosse toile du matelas. Elle a dû faire un mauvais rêve et grimper dans le lit de maman. Normal : c’est le jour de la Moisson.

Je me dresse sur un coude. Il y a suffisamment de lumière dans la chambre à coucher pour que je les voies. Ma petite sœur Prim, pelotonnée contre ma mère, leurs joues collées l’une à l’autre. Dans son sommeil, maman paraît plus jeune, moins usée. Le visage de Prim est frais comme la rosée, aussi adorable que la primevère qui lui donne son nom. Ma mère aussi était très belle, autrefois. A ce qu’on dit.

Couché sur les genoux de Prim, protecteur, se tient le chat le plus laid du monde. Il a le nez aplati, il lui manque la moitié d’une oreille et ses yeux sont couleur de vieille courge. Prim a insisté pour le baptiser Buttercup – Bouton d’Or –, sous prétexte que son poil jaunâtre lui rappelait cette fleur. Il me déteste. En tout cas, il ne me fait pas confiance. Même si ça remonte à plusieurs années, je crois qu’il n’a pas oublié que j’ai tenté de le noyer quand Prim l’a rapporté à la maison. Un chaton famélique, au ventre ballonné, infesté de puces. Je n’avais vraiment pas besoin d’une bouche de plus à nourrir. Mais Prim a tellement supplié, pleuré, que j’ai dû céder. Il n’a pas si mal grandi. Ma mère l’a débarrassé de sa vermine, et c’est un excellent chasseur. Il lui arrive même de nous faire cadeau d’un rat. Parfois, quand je vide une prise, je jette les entrailles à Buttercup. Il a cessé de cracher dans ma direction.

Des entrailles. Pas de crachats. C’est le grand amour.

Je balance mes jambes hors du lit et me glisse dans mes bottes de chasse. Le cuir souple épouse la forme de mes pieds. J’enfile un pantalon, une chemise, je fourre ma longue natte brune dans une casquette et j’attrape ma gibecière. Sur la table, sous un bol en bois qui le protège des rats affamés et des chats, m’attend un très joli petit fromage de chèvre, enveloppé dans des feuilles de basilic. C’est mon cadeau de la part de Prim pour le jour de la Moisson. Je le range dans ma poche en me glissant dehors.

coeur_vs3 proposé par Gawou et Clarabel.

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25 janvier 2010

Les Monts de l'Éléphant – Jean-François Chabas

les_Monts_de_l_El_phant École des Loisirs – février 2009 – 161 pages

Quatrième de couverture : Henri de Lespagne, 47 ans, est issu d'une famille des beaux quartiers, ravagée par l'orgueil et l'argent. Une famille qui s'est coupée du reste du monde et a pourri. Après s'en être détaché, il y a longtemps, il est devenu veilleur de nuit dans une tour où Sok Kateka, femme étrange, fait le ménage. En khmer, Kateka signifie " Promesse "...

Auteur : Jean-François Chabas est né en région parisienne en 1967. Après une adolescence mouvementée, il a exercé trente-six métiers avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il vit en Provence, après avoir exploré entre autres le Pays basque et les Alpes. Il a publié plus de vingt romans pour la jeunesse et obtenu pour eux de nombreux prix, il fait son entrée en « littérature adulte » début 2004 avec un roman sur la mafia albanaise, "Les violettes".

Mon avis : (lu en janvier 2010)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. Ce sont les blogs de Clarabel et Sylvie qui m'ont donnée envie de découvrir ce livre.

« Il faut que je te raconte l'histoire de Promesse. » la première phrase nous annonce la couleur, mais avant de connaître Promesse, le narrateur, Henri 47 ans nous raconte avec beaucoup de détachement son enfance et sa famille durant plus de 100 pages... Henri est le petit dernier d'une famille de quatre enfants dans un milieu très riche. La famille de sa mère possédait des parts importante dans l'industrie de l'acier et celle de son père était propriétaire dans l'immobilier à Paris, en Belgique et au Luxembourg. Ils habitent un bel appartement avenue Kléber. Mais l'apparence est trompeuse, la famille ne va pas bien : le père est atteint d'une maladie mentale la dysmorphophobie que le pousse à se replier sur lui-même, la mère est une maniaque de l'ordre et est obnubilée par son argenterie, sa vaisselle et son mobilier de valeur. Sébastien le frère aîné est sarcastique, dès à 18 ans il deviendra délinquant, Paul « avait la musique dans l'âme » mais « n'était pas doué du tout, c'est un euphémisme. En nous écorchant les oreilles, il n'a pas contribué à rendre nos enfances faciles. » Ensuite il y a Charlotte « ma petite grande sœur chérie » discrète et courageuse et enfin Henri dit l'Hurluberlu « parce que j'étais toujours un peu ailleurs » « Je rêvais d'aventures, avec une application têtue, avec constance ». A travers l'enfance et l'adolescence, nous assistons à la chute de cette famille aux principes formatés. Avec les désastres de sa famille devant lui, Henri va se mettre à penser différemment, il ne veut pas les imiter. Sans diplôme, il devient coursier puis gardien de nuit dans un immeuble de bureau, c’est là, qu’Henri va rencontrer Promesse une femme de ménage qui rit tout le temps. Son vrai nom est Sok Kateka, elle est khmère et son histoire personnelle est bouleversante. Une histoire très touchante et drôle à la fois, destinée aussi bien aux adultes qu’aux ados. A découvrir !

Extrait : (page 32)

Tu sais, les familles... c'est un drôle de truc, les familles. Tu les regardes de loin et tu vois un groupe à peu près uni, tu te dis que les membres se ressemblent forcément, puisqu'ils sont du même sang, qu'ils grandissent ou vieillissent côte à côte... Et puis tu regardes de plus près les individualités, et tu te rends compte qu'ils peuvent différer les uns des autres à peu près autant qu'une carpe miroir, une crosse d'évêque et une pompe à vélo.
Une famille, ce n'est pas un puzzle. C'est plutôt une tas de bidules et de machins balancés ensemble dans une caisse, et plus ou moins forcés d'y cohabiter. Il y a une question de chance. Je veux dire que tu peux tomber sur des parents aimants, merveilleux, et qu'avec tes frères et sœurs, c'est aussi un peu la roulette. Nous connaissons tous des familles où on se hait, d'autres où on s'adore. Certaines où des clans se forment. Certaines dont les membres choisissent un mouton noir, un paratonnerre qui reçoit toutes les rancœurs, les jalousies et les hargnes recuites. Sébastien aurait pu être celui-là.

Tu imagines, un braqueur de dix-huit ans chez nous. Mais ça ne s'est pas du tout passé de cette façon. Pour chacun d'entre nous, il y a eu tant d'autres évènements qui ont suivi.

Non, tu sais, je me demande encore quelle sorte de famille nous étions. Aimante, ou pas ? Moche ? Arrogante ? Loufoque ? Divisée ? Je ne sais pas. A quarante-sept ans, je ne sais pas ce que c'est exactement qu'une famille.

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22 décembre 2009

Le Palais Japonais - José Mauro de Vasconcelos

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traduit de l'anglais par Cécile Tricoire

Hachette jeunesse – octobre 1999 – 118 pages

Hachette jeunesse – octobre 2002 – 121 pages

Quatrième de couverture :

A Sao Paulo, tout le monde connaît la place de la République. Mais le Palais japonais, lui, n'apparaît qu'à ceux qui le méritent... Pedro est un de ces heureux élus. Tandis qu'il s'approche de l'entrée, un enfant court à sa rencontre et l'appelle. Pedro comprend alors qu'il est attendu depuis longtemps. Le Palais va enfin pouvoir lui livrer ses secrets...

Auteur : José Mauro de Vasconcelos (26 février 1920 à Rio de Janeiro - 25 juillet 1984 à São Paulo) est un écrivain brésilien. Écrivain aux origines indiennes et portugaises, il est l'auteur de Mon bel oranger, Allons réveiller le soleil et Le Palais Japonais, inspiré de son enfance difficile et devenu un classique de la littérature enfantine, ainsi que d'une quinzaine de romans et de récits. Sportif et voyageur, il a pratiqué de nombreux métiers, notamment dans le monde du cinéma et de la télévision.

 

Mon avis : (lu en décembre 2009)

A l'origine, ce livre a été écrit en 1969, il emprunte sa forme au conte traditionnel, mais l'histoire se déroule au Brésil, à Sao Paulo en plein cœur de la modernité.

Pedro est un artiste peintre, triste et sans inspiration, il mène sa vie tant bien que mal jusqu'au jour où il fait une rencontre sur la place de la République à São Paulo qui va changer sa vie... il trouvera le chemin du Palais japonais, où il rencontrera le petit Prince, qui donnera du sens à sa vie et lui permettra de retrouver son inspiration.

Ce conte empreint à la fois de sagesse et de gravité nous entraine dans un monde magique et merveilleux. L'histoire est belle, pleine de poésie. J'ai été envahie par l'émotion en lisant ce livre qui aborde le thème de la mort avec beaucoup de délicatesse.

Extrait : (début du livre)

S'il pleuvait, il se recroquevillait un peu plus dans sa tristesse et n'avait plus envie de rien faire... On aurait dit que la paresse se collait à la pointe de chacun de ses doigts engourdis et que son âme était suspendue comme un hamac aux crochets de l'indifférence. Il restait des heures et des heures le visage derrière l'unique carreau de l'unique fenêtre de sa modeste chambre. Le visage collé contre la vitre à regarder la pluie se répandre en gouttelettes sur les feuilles du jardin abandonné. Il trouvait beau, dans son humble contemplation, qu'une même terre donne naissance à deux arbres différents. Et que des fleurs aussi voisines soient si différentes dans leur forme et leur couleur.

Si le jour devenait gris, chagrin et froid, il sortait de chez lui les mains dans les poches, le col de sa veste relevé cachant ses joues maigres. Ses cheveux lisses d'un blond cendré tombaient sur son front, encadrant ses traits fins, ses yeux presque bleutés. Il n'avait envie de rien. Il marchait au long des rues, se mêlait à la foule, pour s'y fondre comme s'il n'était plus rien, pour n'être plus rien. S'il avait de l'argent, il mangeait un peu mieux. S'il ne lui restait que quelques sous, il prenait un simple café au lait et deux tartines sans beurre, c'est ce qu'il y avait de moins cher. Ou encore il gardait l'estomac vide jusqu'à ce qu'il rencontre une personne de sa connaissance, un ami qui lui prête un peu d'argent. Sans rien demander, c'était plus sûr pour ne pas avoir à rembourser.

Pour la chambre de la pension, il avait parfois un peu de retard. Mais s'il lui arrivait de faire une bonne affaire, il payait plusieurs mois à l'avance. La propriétaire avait pitié de lui, comme d'un petit animal dans son cocon, qui ne dérangeait personne et souriait comme seuls les anges devaient sourire.

A l'atelier la chance le protégeait encore plus. Parce que M.Matias, le vieux Portugais, lui prédisait qu'un jour ou l'autre il serait un grand artiste et que ses tableaux vaudraient très cher. C'est pourquoi ça ne le gênait pas de recevoir un dessin ou un tableau en guise de loyer. « Un jour de plus, un jour de moins !... » Et pour sa gentillesse, il recevait en plus ce grand sourire qui illuminait le visage du jeune homme.

Mais aujourd'hui il faisait très beau. Le mois d'avril était arrivé avec son équilibre enchanteur. Roi de tout le bleu du ciel, apportant le premier baiser du froid. De quoi mettre un peu de courage au cœur. Comme ça, oui. L'envie lui revenait d'aller à l'atelier, de travailler un peu en sifflotant un air, toujours le même durant des heures, tant il était absorbé.

Il achevait de s'habiller et tentait de mettre ses cheveux en place en se peignant. Avant même d'arriver dans la rue, ils glisseraient de nouveau sur son front, pensant que là était leur vraie place. Il ouvrit la porte de la chambre et décida de sortir. Avant de la refermer, il jeta un coup d'oeil pour voir s' « ils » le suivaient.

« Ils », les fantômes de son enfance. Quand il emmenait derrière lui le petit train et la petite pirogue, c'était bien. Il marchait dans la rue, traversait au feu avec prudence pour qu'il n'arrive rien à ses petits fantômes imaginaires qui le suivaient en s'abritant à l'ombre de sa tendresse. Pedro était comme ça. Oui, comme ça.

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16 décembre 2009

Si même les arbres meurent – Jeanne Benameur

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Édition Thierry Magnier – septembre 2000 – 111 pages

Présentation de l'éditeur :

Seuls dans un couloir d’hôpital, un frère et une soeur attendent que leur mère quitte la chambre de son mari. Cet homme, leur père, est dans le coma entre la vie et la mort. Cette femme est toute entière à sa douleur.
Spectateurs impuissants de cette souffrance d’adulte, les deux enfants s’inventent un univers à leur démesure. Peuplé d’histoires de héros qui ne meurent jamais, de pères plus forts que la mort...

L’issue de ces insupportables jours d’attente leur apprendra que seul l’amour ne meurt jamais...

Auteur : Née en 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira de quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Longtemps enseignante, elle se consacre désormais à l'écriture. Ses livres : Les Demeurées (2000), Si même les arbres meurent (2000), Un jour mes princes sont venus (2001), Les Mains libres (2004), Présent ? (2006), Laver les ombres (2008)

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Mathieu et Céline sont dans la salle d’attente de l’hôpital. Leur papa vient d'avoir un accident d'alpinisme et il est dans le coma. Leur maman, Dominique est effondrée. Chaque jour, Dominique vient au chevet de son mari et les enfants arpentent les couloirs de l'hôpital, ils s'inventent un monde imaginaire où leur papa est "Grand aigle" qui se bat pour vaincre les danger de la montagne, Mathieu est Aigle Brun, Céline Petite Montagne. Ils se réfugient et s'isolent dans leurs histoires imaginaires et refusent le monde extérieur comme l’école, les copains, l’institutrice.

Ce livre est à la fois bouleversant et poétique. Il aborde le thème de la mort d'un proche avec beaucoup de simplicité et de pudeur. Il se lit très facilement, les phrases sont courtes et simples. C'est un livre qui peut être lu aussi bien par des collégiens que des adultes. A découvrir sans modération.

Extrait : (page 11)

L'infirmière de garde vient de passer à nouveau. A nouveau elle s'est sentie saisie à la vue des deux enfants. Pris en bloc. Dans quelque chose qu'elle a du mal à nommer. Non, ce n'est pas du chagrin. Elle préférerait. Le chagrin, elle connaît. Elle en voit des gens de toutes sortes, de tous milieux, faire connaissance brutalement avec le chagrin.

Ça effondre. Ça pulvérise à l'intérieur. Comme une falaise rongée par des années de vagues et qui, tout à coup, laisse partir un gros bloc de rocher ; et puis un autre, et un autre encore. La falaise se ruine. Un nuage de poussière, de calcaire, dans un grand fracas. Elle s'écroule. Il a suffit d'une tempête : coups de vent plus forts, vagues plus mordantes.

C'est ça les chagrins qu'elle reconnaît ici, Paula. Elle voit venir la fissure chez ces gens qui attendent, qui attendent de savoir ce que la vie décide dans le corps de ceux qu'ils chérissent.

Parfois, le soir ou le matin, quand elle rentre chez elle, elle se sent ravinée elle aussi par toutes ces vagues de souffrance qu'elle a vues à l'œuvre. Et elle pense alors qu'elle fait un drôle de métier.

Mais chez ces deux enfants, il n'y a rien de tel. Ils sont dressés dans une autre attente. Comme tenus de l'intérieur. Et tout entiers pris là-dedans. Elle se demande s'ils l'entendent vraiment, s'ils la voient. Plusieurs fois, elle leur a proposé un chocolat chaud de la machine, tout près. La petite fille secoue la tête. Le garçon articule « Non merci, madame », d'une voix très nette et lointaine à la fois. L'infirmière se sent de trop auprès d'eux. D'habitude, on aime sa présence. Elle rassure.

Elle retourne à sa petite salle de garde, se refait un café, jette un coup d'œil sur ses fiches. Leur père ne s'en sortira pas. Ou tellement diminué. Elle revoit leur mère avançant à pas pressés, maladroits, à côté du chariot, les yeux rivés aux paupières closes de son époux, la main effleurant l'autre main, n'osant presque plus toucher. Elle prend un magazine qu'elle feuillette, n'arrive pas à lire.

Les deux enfants sont là, dans la salle d'attente. Elle ne sait pas quoi faire. C'est elle qui a le cœur gros tout à coup. Fichu métier !

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10 décembre 2009

Cochon rouge – Erik L'Homme

Partenariat Spécial Jeunesse Blog-O-Book et Folio Junior

cochonrouge Folio Junior – novembre 2009 – 75 pages

Présentation : En Terre de Feu, à l’extrême sud du continent américain, Esteban, 12 ans, rêve de devenir «gaucho» pour surveiller les troupeaux de moutons. Il travaille pour Alexandre MacLennan, dit Cochon Rouge, un homme à la cruauté légendaire, qui porte autour du cou les oreilles des Indiens qu’il a massacrés. De son côté, Saïka, jeune Indienne selk’nam, rejoint le Nord avec son clan. Mais Helesh, jaloux de son amour pour un autre garçon il informe Cochon rouge de leur itinéraire. Arrivé au bord de la mer, le clan tombe sur des hommes armés. Schiuno, qui s’est éloigné, voit les siens se faire massacrer sous ses yeux.
Le jeune homme trouve refuge auprès du clan de Täapelt, un chef ami bien décidé à venger la tuerie. Mais ce dernier échoue moins qu’il n’y paraît : son attaque a déstabilisé Cochon rouge, qui sombre peu à peu dans l’alcoolisme et la folie. Cochon Rouge, c’est l’histoire du massacre des Selk’nam, raconté à huit voix.

Auteur : Erik L’Homme naît en 1967. Il grandit dans la Drôme provençale. Après de longues études universitaires, il part sur la piste de l’homme sauvage entre la Chine et l’Inde. À peine rentré, il embarque pour les Philippines, à la recherche d’un trésor. Revenu en France, il rédige une thèse d’Histoire et civilisation, avant de se lancer dans l’écriture du Livre des étoiles, trilogie qui deviendra célèbre.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Aproposdelivres :

J'ai trouvé très sympathique de pouvoir avoir l'avis de mes fils à propos d'une lecture commune. Mais cela n'a  pas été simple... Il a d'abord fallu qu'ils acceptent de lire le livre sans trop tarder puis d'écrire un billet...

Ce livre nous parle d'un lieu : La Terre de Feu, d'une époque : le XIXème siècle, de personnes : les autochtones, les indiens Selknam et les colonisateurs n'hésitant pas à massacrer les indiens pour obtenir leurs terres. La première partie de ce livre est l'histoire d'un massacre d'indiens Selknam vu par 8 narrateurs différents, cette histoire est inspirée de faits réels. Dans la deuxième partie du livre l'auteur imagine quelques légendes oubliées autour des indiens Selknam.

J'ai trouvé original la façon de raconter ce massacre et j'ai trouvé de la poésie dans les "légendes oubliées", mais ce livre m'a surtout donné envie d'en connaître un peu plus sur les indiens d'Amérique du Sud car en effet lorsque l'on parle des indiens d'Amérique jusqu'à maintenant je ne pensais qu'à ceux d'Amérique du Nord.

Pour en savoir plus sur les indiens Selk'nam : voir Wikipédia et Les indiens Selk'nam

P'tit Aproposdelivres n°1 (16 ans) :

J’avais déjà lu du même auteur, la trilogie « Le livre des étoiles » que j’avais bien aimée. Ce livre est très différent. C’est un très bon livre dénonçant les chasses à l'homme, celles des populations autochtones de la Terre de Feu au XIXème siècle. Ce livre dénonce aussi l'idée que des êtres humains puissent être réduits au rang de «gibier». Pour autant, l'auteur ne stigmatise pas les hommes par groupe : les hommes blancs n'ont pas le monopole de la perfidie... J'ai bien aimé l'approche de cette histoire avec des points de vue différents grâce aux huit protagonistes. J'ai beaucoup aimé la seconde partie et les mythologies originales des indiens Selknam.

P'tit Aproposdelivres n°2 (14 ans) :

J'ai trouvé ce livre facile à lire. J'ai trouvé très intéressante l'histoire de ces Indiens d'Amérique du Sud et je regrette que le livre soit si court, j'aurais aimé que l'histoire soit plus fouillée. J'ai quand même été gêné par le récit à plusieurs voix, je mettais un peu de temps avant de comprendre qui racontait. J'ai été moins intéressé par la seconde partie.

P'tit Aproposdelivres n°3 (11 ans) : Il n’a pas pu lire le livre à temps car il lit en ce moment Un conte de Noël de Charles Dickens pour le collège. Peut-être le lira-t-il plus tard...

Merci aux éditions Folio Junior de nous avoir fait découvrir ce livre.

Partenariat Spécial Jeunesse logobob01 et  folio_junior_logo

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24 novembre 2009

Un chant de Noël – Charles Dickens

un_chant_de_noel_ Gallimard - octobre 1990 – 152 pages

le_drole_de_noel_de_Scrooge Livre de Poche Jeunesse – septembre 2009 – 156 pages

un_chant_de_no_l_bilingue Folio bilingue – septembre 1997 – 283 pages

un_chant_de_noel Folio junior – décembre 1999 – 146 pages

un_chant_de_no_l_dickens_LGP Livre de Poche Jeunesse – octobre 2008 – 156 pages

traduit de l'anglais par P. Lorain, Jean Esch

un_chant_de_noel_p LGF – novembre 2009 – 184 pages

traduit de l'anglais par André de Goy, G. B. de Saint-Romain

un_chant_de_no_l_dickens_el L'École des Loisirs – octobre 2009

Présentation de l'éditeur : Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

Auteur : Né en 1812 et mort en 1870, Charles Dickens est l'un des romanciers anglais les plus populaires dans le monde entier. Issu d'une famille très modeste, Charles Dickens souffre beaucoup de sa condition. Ces difficultés seront la source d'inspiration de la plupart de ses œuvres, dont les plus connues sont Les aventures de M. Pickwick, David Copperfield et Oliver Twist.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai commencé cette lecture pour accompagner mon fils qui étudie ce livre en français avant d'aller voir le film avec sa classe de 6ème. C'était aussi pour moi l'occasion de relire du Charles Dickens.

L'histoire se déroule à Londres, au XIXème siècle, c'est la veille de Noël. Scrooge est un vieillard égoïste, riche mais avare, aigri. Il totalement insensible à la magie de Noël, sans aucun sentiment vis à vis de ses proches. Il s'apprête comme d'habitude à passer Noël seul dans sa sombre maison. Il est pris par des hallucinations et le spectre de son ancien associé Marley lui rend une effrayante visite. Il lui annonce la visite prochaine de trois Esprits. Scrooge se voit d'abord confronté à l'Esprit des Noëls passés, qui le replonge dans ses propres souvenirs, réveillant en lui des blessures oubliées et des regrets profondément enfouis. Puis l'Esprit des Noël présents et enfin le plus effrayant : l'Esprit des Noël futurs. Scrooge va réagir et changer sa façon de vivre.

Voici un très joli conte de Noël écrit par Charles Dickens en 1843 qui est très populaire dans les pays anglophones. L'écriture est admirable, l'histoire est pleine d'humour, de tendresse et de suspens. Il n'est pas si facile à lire pour un jeune de 11 ans, mais en l'accompagnant je pense que c'est une bonne expérience et un vrai plaisir. C'est la magie de Noël !

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Le Drôle Noël de Scrooge (Titre original : Disney's A Christmas Carol ) est un film d'animation américain réalisé par Robert Zemeckis avec Jim Carrey, Gary Oldman, Colin Firth. Ce film sort au cinéma en France le 25 novembre 2009.


Il existe aussi des adaptations pour jeunes enfants :

un_conte_de_noel_ Un conte de Noël - Oskar jeunesse - sept. 2008 - 36 pages

scrooge_un_chant_de_noel_ Scrooge, un chant de Noël - Delcourt - nov. 2008 - 47 pages

Extrait : (page 11)

Un jour, le meilleur de tous les bons jours de l'année, la veille de Noël, le vieux Scrooge était assis, fort occupé, derrière son bureau. Il faisait un froid vif et perçant, le temps était brumeux ; Scrooge pouvait entendre les gens aller et venir dehors dans la ruelle, soufflant dans leurs doigts, respirant avec bruit, se frappant la poitrine avec les mains et tapant des pieds sur le trottoir pour les réchauffer. Trois heures seulement venaient de sonner aux horloges de la Cité, et cependant il faisait déjà presque nuit. Il n'avait pas fait clair de toute la journée et les lumières qui paraissaient derrière les fenêtres des bureaux voisins ressemblaient à des taches de graisse rougeâtres qui s'étalaient sur le fond noirâtre d'un air épais et en quelque sorte palpable. Le brouillard pénétrait dans l'intérieur des maisons par toutes les fentes et les trous de serrure ; au-dehors il était si dense, que quoique la rue fût des plus étroites, les maisons en face ne paraissaient plus que comme des fantômes. A voir les nuages sombres s'abaisser de plus en plus et répandre sur tous les objets une obscurité profonde, on aurait pu croire que la nature était venue s'établir tout près déjà pour y exploiter une brasserie fonctionnant sur une vaste échelle.

La porte du bureau de Scrooge demeurait ouverte, afin qu'il pût avoir l'œil sur son commis qui se tenait un peu plus loin, dans une petite cellule triste, sorte de citerne sombre, occupé à copier des lettres. Scrooge avait un très petit feu, mais celui du commis était beaucoup plus petit encore : on aurait dit qu'il n'y avait qu'un seul morceau de charbon. Il ne pouvait l'augmenter, car Scrooge gardait la boîte à charbon dans sa chambre, et toutes les fois que le malheureux entrait avec la pelle, son patron ne manquait pas de lui déclarer qu'il serait forcé de le quitter. C'est pourquoi le commis mettait son cache-nez blanc et essayait de se réchauffer à la chandelle ; mais comme ce n'était pas un homme de grande imagination, ses efforts demeuraient superflus.

- Je vous souhaite un joyeux Noël, mon oncle, et que Dieu vous garde ! cria une voix enjouée.

C'était la voix du neveu de Scrooge, qui été venu le surprendre si vivement qu'il n'avait pas eu le temps de le voir.

- Bah ! dit Scrooge, sottise !

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21 novembre 2009

La vague – Todd Strasser

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JC GAWSEWITCH EDITEUR – mars 2008 - 220 pages

Pocket – février 2009 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux Etats-Unis dans les années 1970. Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : " La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action. " En l'espace de quelques jours, l'atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage. Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration?

Biographie de l'auteur
Todd Strasser, né en 1950, est new-yorkais. Il a publié de nombreux romans traduits dans plus d'une douzaine de langues. La Vague est parue en 2008 chez Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. Vendu à plus d' 1,5 million d'exemplaires en Europe, le livre a été adapté au cinéma.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

A la demande de mes fils aînés (16 et 14 ans), j'ai eu l'occasion de voir le film en mars dernier. Je voulais donc également lire le livre. Dans le film, l'histoire se passe en Allemagne et non aux États-Unis. La fin du film est différente de celle du livre sans doute pour mieux frapper les esprits. J'ai trouvé le film est aussi fort que le livre. Le livre raconte l'expérience qui a été faite aux États-Unis dans les années 1970 par un professeur d'histoire pour expliquer le mécanisme du nazisme et répondre à la question d'un élève "Comment ont-ils pu faire cela ?". Petit à petit, le professeur inculque à ses élèves les notions de discipline, de cohésion, d'action... En quelques jours, le mouvement créé par le professeur sous le nom de « La Vague » le dépasse lui-même. Comment va-t-il pouvoir arrêter l'expérience ?

Ce livre existe depuis 1981 en langue anglaise et en Allemagne il est devenu un manuel d'histoire. En France, il n'a été traduit et publié qu'en 2008. Ce livre décrit parfaitement comment le pouvoir d'un groupe peut conduire à la perte du libre arbitre de l'individu. A lire et à faire lire aux lycéens !

La Vague (die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008. L'histoire se passe en Allemagne, un professeur de lycée (Gymnasium) qui suite à des questions de ses élèves sur le régime nazi lors d'une semaine thématique sur l'autocratie, décide de mettre en place dans son cours une communauté fonctionnant comme une unité possédant un symbole, un salut, un uniforme, des règles : la vague. Mais la situation finit par devenir incontrôlable.

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12 novembre 2009

Papa et maman sont dans un bateau – Marie-Aude Murail

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau École des Loisirs – février 2009 – 294 pages

Quatrième de couverture :

Pauvres Doinel ! Ils s’aiment, mais n’ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. Marc Doinel, le père aux allures de cow-boy, n’a toujours pas parlé du rachat de sa boîte par des Hollandais décidés à restructurer au lance-flammes. Nadine, la mère débordée, n’évoque jamais la lassitude
qui l’accable devant les « fiches de suivi d’acquisition des compétences » de ses élèves de maternelle. Charlie, la fille aînée, se demande bien pourquoi elle est amoureuse de Kikichi, un héros de manga bisexuel, plutôt que d’un garçon de sa classe.
Et pourquoi se sent-elle si transparente au collège ? Le petit Esteban, lui, ne se plaint jamais, au point de se laisser maltraiter sans broncher par les grands de l’école.
Pauvres Doinel ! S’ils savaient qu’ils partagent un rêve secret… En feuilletant un magazine, chacun d’entre eux est tombé en arrêt devant la même photo. Celle d’une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008).

Mon avis : 5/5 (lu en novembre 2009)

Ce livre a été tout d'abord lu avec beaucoup de plaisir par mon fils de 14 ans. Moi aussi je l'ai dévoré. Cela raconte l'histoire d'une famille comme les autres : les Doinel. Le père, Marc dirige une entreprise de transport routier qui vient d'être rachetée par des Hollandais et qui est en pleine restructuration. Nadine, la mère, est institutrice en maternelle, elle n'est pas convaincue par «les fiches de suivi d'acquisition de compétences» qu'elle doit remplir pour ses petits élèves. Charlie, la fille aînée, est en 3ème, elle est plongée dans les mangas et son absence de vie amoureuse la dérange. Enfin, Esteban, enfant précoce, qui supporte sans se plaindre les brutalités dont il est victime dans la cour de récréation de son école primaire.

Ils ont tous des problèmes, mais jamais ils n'en parlent en famille. Aussi, sans le savoir, ils gardent chacun dans leur esprit un rêve secret autour d'une yourte.

Nous suivons Marc dans son entreprise à l'esprit familiale où la relation humaine avait toute son importance. Mais la restructuration imposée va être d'une rare violence. Marc est révolté : "On est entourés de robots humanoïdes, des gens qui fonctionnent au lieu de vivre, et qui ne pensent qu'à produire, à faire produire." Dans sa classe de maternelle, Nadine veut casser l'habitude du travail structuré et noté suivant les consignes de l'Éducation Nationale pour privilégier la spontanéité de ses élèves et leurs demandes. Charlie va se lier avec son voisin de classe Aubin, un garçon un peu maladroit qui a du mal à se connaître lui-même. Ils vont s'échanger des mangas. Marie-Aude Murail nous décrit un collège conforme à ce que nous décrit nos enfants : la galerie de professeurs est pleine d'humour sans oublier les descriptions des cours et des élèves... Esteban est un enfant rêveur qui se pose beaucoup de questions. Il récite des poèmes plutôt sombres. Et c'est grâce à sa psy qu'il apprendra que "C'est important d'avoir un ami parce qu'on sait qu'on a de la valeur".

Marie-Aude Murail nous fait un portrait de notre société sans aucune complaisance mais avec beaucoup d'humour à travers la famille, le monde du travail et l'éducation.

Un vrai coup cœur pour moi et mes fils.

Extrait : (page 47)

Quand les 3eA poussèrent la porte de la salle 108, ils trouvèrent Mme Taillandier vissée derrière son bureau, le teint frais sous les néons, l'œil vif après trente années d'enseignement, et sa lourde poitrine emplissant un corsage qui fleurissait hiver comme été. Dès qu'elle vit ses élèves, elle commença son cours comme si on venait d'appuyer sur la touche PLAY.

- Nous allons reprendre notre étude de Des souris et des hommes. Il ne faut pas une heure pour s'installer, Maroussia ! Non, Antoine et Adrien, je vous ai séparés la dernière fois. Adrien, mets-toi avec Mélanie. Elle est toute seule aujourd'hui.

Un rire étouffé parcourut la classe. Mme Taillandier était très fine : - Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

Elle suivit Adrien d'un regard interrogatif tandis qu'il allait s'asseoir à côté de l'ex d'Antoine.

- Bien, si vous y êtes enfin, nous allons pouvoir vérifier si les hypothèses de lecture que nous formulâmes au dernier cours n'était point erronées. Aubin, qu'est-ce qui t'arrive ?

Les yeux écarquillés, la bouche ouverte, Aubin avait en permanence l'air de suivre un film d'horreur. Lorsque Mme Taillandier fut rendues aux « champs lexicaux », il ne pu s'empêcher de pousser un gémissement.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'informa la prof.

- Mmmais ça va me servir à quoi, tout ça ?

- Comment ça ?

- Mmmais je veux faire pâtisserie !

Mme Taillandier ne se laissa pas désarçonner : - Ce n'est pas parce qu'on est pâtissier, Aubin, qu'on arrête de réfléchir. Le collège n'est pas là pour faire de vous des pâtissiers ou des notaires, mais des gens qui ont une culture et un esprit critique. L'instruction libère les hommes, Aubin, l'ignorance en fait des esclaves.

Le garçon cilla sans répliquer. Les champs lexicaux feraient de lui, qu'il le voulût ou non, un pâtissier libre.

En deuxième heure, Mme Taillandier annonça à ses élèves qu'elle leur avait « concocté un exercice de type brevet ».

- Il commence à me chauffer, le type Brevet, marmonna Charlie derrière sa main.

- Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? demanda Mme Taillandier qui était douée de perception extrasensorielle.

- J'ai mal au poignet.

- Tu aurais encore plus mal au poignet si tu travaillais à la chaîne, répondit Mme Taillandier qui, comme maman, avait toujours le dernier mot.

Il ne restait plus à Charlie comme à Aubin qu'à « relever le champ lexical de la prison » dans le texte de Steinbeck et à « donner la nature et la fonction des expansions du nom " murailles " ». Car, contrairement à ce qu'en disent dans les médias les experts à lunettes, on sait plein de choses quand on a quatorze ans. Sur Steinbeck, le gérondif et le pangermanisme, les parents n'imaginent même pas !

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11 octobre 2009

Inconnu à cette adresse - Kathrine-Kressmann Taylor

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Postface de Whit Burnett

traduit de l'anglais (États-Unis) par Michèle Lévy-Bram

Autrement – juin 2004 - 59 pages

Livre de Poche – mai 2004 – 89 pages

Livre de poche jeunesse – aout 2007 – 93 pages

 

Quatrième de couverture :

1er août 1933. «Tu es un libéral, Martin. Tu vois les choses à long terme. Je sais que tu ne peux pas te laisser entraîner dans cette folie par un mouvement populaire qui, aussi fort soit-il, est foncièrement meurtrier.»
18 août 1933. «Tu dis que nous persécutons les libéraux, Max, que nous brûlons les livres. Tu devrais te réveiller : est-ce que le chirurgien qui enlève un cancer fait preuve de ce sentimentalisme niais ? Il taille dans le vif, sans états d'âme. Oui, nous sommes cruels. La naissance est un acte brutal ; notre re-naissance l'est aussi.»

1932. Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain, sont marchands de tableaux en Californie. Ils sont aussi unis par des liens plus qu'affectueux - fraternels.
Le premier décide de rentrer en Allemagne. C'est leur correspondance fictive entre 1932 et 1934 qui constitue ce livre, écrit par une Américaine en 1938, et salué à l'époque, aux États-Unis, comme un chef-d'œuvre. Incisif, court et au dénouement saisissant, ce livre capte l'Histoire avec justesse. C'est un instantané, une photographie prise sur le vif qui décrit sans complaisance, ni didactisme forcené, une tragédie intime et collective, celle de l'Allemagne nazie.

Auteur : Américaine d'origine allemande, Kathrine Kressmann est née en 1903 à Portland, Oregon (États-Unis). Après un diplôme de littérature et de journalisme de l’université d’Oregon, en 1919, elle déménage à San Francisco où elle devient correctrice et rédactrice dans la publicité. Elle commence à écrire pendant son temps libre, et elle est publiée à l’occasion dans divers petits magazines littéraires. En 1928, elle épouse Elliott Taylor, propriétaire d’une compagnie publicitaire, et devient femme au foyer. En 1938, le couple déménage à New York, où Story magazine accepte de publier sa nouvelle. Elle écrit "Inconnu a cette adresse", l’éditeur Whit Burnett et Elliott jugent que « cette histoire est trop forte pour avoir été écrite par une femme », et décident du pseudonyme masculin de Kressmann Taylor, qu’elle utilisa ensuite jusqu’à la fin de sa vie. En 1995, alors qu’elle a 92 ans, Story press réédite Inconnu à cette adresse pour fêter le 50e anniversaire de la libération des camps de concentration. La nouvelle est traduite en 20 langues. Le livre sort en France en 1999 et se vend à 600000 exemplaires. C'est un immense succès. Elle est finalement publiée en Allemagne en 2001, et rééditée en Grande-Bretagne en 2002. En Israël, la traduction en hébreu est un best-seller et est adaptée pour le théâtre. Plus de 100 représentations ont lieu, et la pièce est filmée et diffusée à l’occasion du jour de commémoration de la Shoah. Kathrine Taylor est morte en juillet 1997, à l’âge de 94 ans.

 

Mon avis : (lu en janvier 2008 et relu en octobre 2009)

Ce livre est en fait une nouvelle qui se lit très facilement. La postface nous apprend que cette histoire a été créée en 1938 à partir de lettres réellement écrites.

C'est une correspondance entre Max Eisenstein, un juif Américain vivant à San Francisco et son associé Martin Schulse rentré en Allemagne. La première lettre date de novembre 1932, la dernière de mars 1934. Au début, on constate une belle amitié entre les deux hommes, mais l'arrivée d'Hitler au pouvoir en janvier 1933 va faire changer Martin. Dans un premier temps, Max a du mal à croire que son ami ait pu tellement changer, il va se venger d'une manière inattendue. L'intrigue est menée de main de maître et la chute est parfaite...

C'est également un témoignage historique sur l'arrivée au pouvoir et sur la popularité d'Hitler en Allemagne à cette époque.

Cette histoire bouleversante et très forte. A lire et à faire lire absolument aux adultes mais aussi aux adolescents (à partir de 14 ans).

Extrait : (page 19) le 25 mars 1933

Cher vieux Max,
Tu as certainement entendu parler de ce qui se passe ici, et je suppose que cela t'intéresse de savoir comment nous vivons les événements de l'intérieur. Franchement, Max, je crois qu'à bon nombre d'égards Hitler est bon pour l'Allemagne, mais je n'en suis pas sûr. Maintenant, c'est lui qui, de fait, est le chef du gouvernement. Je doute que Hindenburg lui-même puisse le déloger du fait qu'on l'a obligé à le placer au pouvoir. L'homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d'un fanatique. Mais je m'interroge : est-il complètement sain d'esprit ? Ses escouades en chemises brunes sont issues de la populace. Elle pillent, et elles ont commencé à persécuter les juifs. Mais il ne s'agit peut-être là que d'incidents mineurs : la petite écume trouble qui se forme en surface quand bout le chaudron d'un grand mouvement. Car je te le dis, mon ami, c'est à l'émergence d'une force vive que nous assistons dans ce pays. Une force vive. Les gens se sentent stimulés, on s'en rend compte en marchant dans les rues, en entrant dans les magasins. Il se sont débarrassés de leur désespoir comme on enlève un vieux manteau. Ils n'ont plus honte, ils croient de nouveau à l'avenir. Peut-être va-t-on trouver un moyen pour mettre fin à la misère. Quelque chose – j'ignore quoi – va se produire. On a trouvé un Guide ! Pourtant, prudent, je me dis tout bas : où cela va-t-il nous mener ? Vaincre le désespoir nous engage souvent dans des directions insensées.

Naturellement, je n'exprime pas mes doute en public. Puisque je suis désormais un personnage officiel au service du nouveau régime, je clame au contraire ma jubilation sur tous les toits. Ceux d'entre nous, les fonctionnaires de l'administration locale, qui tiennent à leur peau sont prompts à rejoindre le national-socialisme – c'est le nom du parti de Herr Hitler. Mais en même temps, cette attitude est bien plus qu'un simple expédient : c'est la conscience que nous, le peuple allemand, sommes en voie d'accomplir notre destinée ; que l'avenir s'élance vers nous telle une vague prête à déferler. Nous aussi nous devons bouger, mais dans le sens de la vague, et non à contre-courant. De graves injustices se commettent encore aujourd'hui. Les troupes d'assaut célèbrent leur victoire, et chaque visage ensanglanté qu'on croise vous fait secrètement saigner le cœur. Mais tout cela est transitoire ; si la finalité est juste, ces incidents passagers seront vite oubliés. L'Histoire s'écrira sur une page blanche et propre.

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10 octobre 2009

Entre Dieu et moi, c’est fini – Katarina Mazetti

entre_dieu_et_moi_c_est_finiGaïa – octobre 2007 – 157 pages

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Quatrième de couverture :

Linnea a seize ans, plein de complexes, et pas mal de questions qui lui trottent dans la tête. La seule qui la comprenait, c’était Pia. Sa meilleure amie, son amie pour la vie. Enfin, pour cent vingt jours, « sans compter les week-ends », Linnea a fait le calcul une fois. Maintenant que Pia est morte. Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l’amour, de la mode, de Markus, le beau gosse dont toutes les filles rêvent, du prof de bio qui devait se faire interner mais qui au lieu de ça harcèle la classe entière, de son père qu’elle voit deux fois par an, de sa mère qui a une liaison tumultueuse. Et de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie « croire en Dieu »? Car ce n’est pas exactement la même chose que le père Noël. Une chose est sûre, ce n’est pas la peine de compter sur Dieu pour résoudre les équations du second degré. Seulement voilà, Pia s’est jetée sous un train. Alors Linnea se souvient, puisque comme dit son excentrique grand-mère, « pour pouvoir oublier quelque chose, il faut d’abord bien s’en souvenir ». Emouvant et drôle.

Biographie de l'auteur
Katarina Mazetti est née à Stockholm en 1944, journaliste puis enseignante, elle est aujourd'hui une écrivain prolifique. Elle est l'auteur de romans pour adultes (Le mec de la tombe d'à côté, Les larmes de Tarzan), pour enfants et pour adolescents.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J’ai découvert cette auteur avec "Le mec de la tombe d'à côté" puis "Les larmes de Tarzan". Ce livre est destiné aussi bien aux adultes, qu’aux adolescents.

C’est l’histoire de Linnea une adolescente suédoise de 16 ans pleine de contradictions. Elle vit avec sa mère, son beau-père Ingo et son petit frère de 9 ans Knotte. Elle est secrètement amoureuse du beau Markus. Elle se pose mille et une questions sur sa vie, son avenir, sur l’amour, sur Dieu… Une seule personne l’a vraiment comprise, son amie Pia. Ce livre nous raconte avec humour, l’amitié entre Linnea et Pia, une amitié qui va durer moins longtemps que prévu, car elle va se terminer sur un drame. Linnea (et le lecteur) veut comprendre et surtout accepter et vivre avec ce qui s’est passée.

Un beau livre à la fois drôle et émouvant qui se lit très facilement.

On peut retrouver le personnage de Linnea dans deux autres livres de Katarina Mazetti

entre_le_chaperon_rouge Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (février 2008)

la_fin_n_est_que_le La fin n'est que le début (mars 2009)

Extrait : (début du livre)

Cette nuit, j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier.

« On a vraiment l’impression de parler à un mur », me disaient-ils toujours après m’avoir soûlée pendant trois heures avec leurs trucs. Des trucs de merde, genre qu’ « on » ne sort pas à vélo quand il pleut des cordes et qu’ « on » ne donne pas ses vêtements aux autres. Et que même si je pense que mon répugnant prof de bio devrait se faire interner, c’est quand même lui qui me donne les notes qui vont rester dans mon dossier scolaire. Des trucs habituels qui te cassent les pieds.

C’est pour ça que je me suis efforcée d’imiter un mur. Un mur, ça se tait. Ça à l’air d’être en veille quand on lui parle. Ça reste muré dans son silence, en toute indépendance. Moi, d’ailleurs, je préfère parler à un mur plutôt qu’à la plupart des gens. Les murs ne te font pas ces remarques ridicules que t’as pas envie d’entendre mais qui te trottent quand même dans la tête. Les murs ont toujours le temps. Les murs sont toujours là, ils ne courent pas à des réunions un soir sur deux, ils n’ont pas de séminaires et ne sont pas non plus obligés de téléphoner à Betta pendant trois heures.

Un mur n’écoute peut-être pas. Mais de toute manière, personne n’écoute.

Mon mur à moi se trouve à l’intérieur d’un grand dressing dans la maison de ma grand-mère. On l’a tapissé, je ne sais pas pourquoi, avec le même papier peint que celui que maman avait dans sa chambre de jeune fille, un machin gris parsemé de triangles, de lignes et de points orange et vert kaki. Dans les années cinquante, il avait sans doute été neuf et propre. On y découvre toujours quelque chose de nouveau quand on le fixe en pensant à autre chose. Et il est capable de consoler.        

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