19 septembre 2015

1, 2, 3... foulard - Eric Sanvoisin

123 foulard Gründ - septembre 2014 - 149 pages

Quatrième de couverture :
Charlotte, douze ans, est nouvelle au collège et perdue dans la vie. Ses parents adoptifs essaient de lui faire oublier son passé tragique. Mais tout cela s'évapore quand elle rencontre Jordan. Mystérieux, froid, beau à pleurer, il occupe toutes ses pensées. Quand il lui propose de l'initier au jeu du foulard, elle plonge les yeux fermés...

Auteur : Éric Sanvoisin est un auteur de littérature de jeunesse. Il a exercé différents métiers : correcteur/relecteur dans l'édition, éducateur spécialisé, maquettiste PAO, Assistant maternel, Correcteur dans l'édition technique et bibliothécaire (depuis 1993). Toutes ces activités tournent autour des livres et des enfants. Il est actuellement bibliothécaire-adjoint à la ville de Saint-Brieuc. Il est papa de 9 enfants... tous voulus et tous venus au monde un par un. Ils ont tous la même maman... Eric Sanvoisin est membre du comité de rédaction de la revue Griffon et membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs de Jeunesse. 

Mon avis : (lu août 2015)
Ce livre aborde un sujet difficile et angoissant, le tristement célèbre jeu du foulard. La narratrice, Charlotte, est âgée de 12 ans, du lit d'hôpital où elle se trouve, elle s'adresse à ses parents adoptifs et revient, en quarante-quatre chapitres très courts, sur les jours précédents son hospitalisation.
Après une enfance chaotique, elle est arrivée dans cette famille d'accueil à l'âge de sept ans et y a trouvé la stabilité dont elle avait besoin. Charlotte redoute pourtant son entrée en sixième dans un collège où elle se sent toute petite... Par l'intermédiaire de Coraline, une camarade, elle va entrer dans la bande du beau Jordan qui la fascine. Ce dernier va petit à petit avoir de l'influence et de l'emprise sur Charlotte, et celle-ci va accepter de participer au "jeu des étoiles filante"...
J'émets quelques réserves sur l'âge de Charlotte, je la trouve trop jeune pour cette histoire soit crédible, de même je pense que son problème de relation avec sa mère biologique parasite un peu le sujet premier du livre... Je ne pense pas que seule une enfant "fragilisée" peut se laisser entraîner dans ce jeu dangereux...

Malgré ces réserves, j'ai trouvé Charlotte très attachante et l'histoire bouleversante. 

Autres avis : Noukette, SaxaoulJérôme

Extrait : (début du livre)
« Papa, maman, ne pleurez pas. Je suis vivante.

Je vous entends mais je ne peux pas vous répondre. Mon corps est en panne. Il ne m’obéit plus.
Je ne sens plus rien. Est-ce normal ?
J’ai quitté mon enveloppe corporelle. Je plane et je nous vois, tous les trois. Toi, papa, debout, raide, planté dans le sol de ma chambre d’hôpital comme un javelot. Toi, maman, assise près de moi, ma main dans la tienne, ta bouche près de mon oreille, murmurant des poèmes que tu as appris autrefois à l’école. Et moi, déesse immobile, reliée par un tuyau à un grand nuage blanc.
J’entends. Je vois. Et je me souviens… »

 

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01 septembre 2015

Tout foutre en l'air - Antoine Dole

tout foutre en l'air Actes Sud Junior - avril 2015 - 58 pages

Quarième de couverture :
Lorsqu'elle rencontre Olivier sur internet, elle a enfin le sentiment de pouvoir tout partager avec quelqu'un. Y compris ses pensées les plus secrètes, ses peines parfois aussi. Malgré les mises en gardes de ses parents, leurs craintes de la voir sortir avec un garçon plus âgé qu'elle, l'influence qu'il a sur elle grandit. Au point de s'enfuir avec lui, d'être prête à le suivre n'importe où, jusqu'au bout. Pourtant, au fil de leur échappée nocturne, son instinct reprend le dessus : elle veut vivre sa vie à elle. Un texte troublant qui évoque avec justesse la solitude d'une adolescente et les dérives des relations virtuelles.
Auteur : Né en 1981, Antoine Dole vit entre Chambéry et Paris. Après un premier roman remarqué en 2008, Je reviens de mourir, il publie Laisse brûler (2010), K-Cendres (2011), A copier cent fois (2013) et Ce qui ne nous tue pas (2014). Il crée en parallèle le personnage de bande dessinée Mortelle Adèle ainsi que différentes sagas pour la presse jeunesse (Zoé Super, Karen 2.0). 
Mon avis : (lu en août 2015)
Un livre court, mais un texte fort. Le lecteur suit la fuite d'une adolescente. Il y a quelques mois, elle a rencontré Olivier sur internet et il l'a compris. Un soir, désobéissant à ses parents, elle quitte le domicile familiale pour le rejoindre et réaliser la promesse qu'ils se sont faite, elle et Olivier... Je n'en dirai pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler l'essentiel du livre.
Le style de l'auteur est juste, percutant, il plonge le lecteur au coeur de l'intrigue, qui se retrouve à courir au côté de la jeune fille, le rythme rappelle celui d'un film policier, même du suspense existe... Ce livre invite à la réflexion autour de l'adolescence, des rencontres sur internet qui peuvent être toxiques. A lire par les parents et les adolescents. 

Extrait : (début du livre)
Toutes ces choses qu'on dit qu'on fera et qu'on ne fait jamais. Idées qu'on lance en l'air, promesses à soi-même qu'on sait déjà qu'on ne tiendra pas. Et dans le ventre, comme un vide qui grandit à force d'ingurgiter des pensées creuses : des prétextes, des excuses, tous ces mensonges à soi-même et ceux qu'on fait aux autres. Leurs "Ça va ?" qui ne déclenchent plus rien que des "Oui bien, et toi ?" quand le dedans veut se vomir.
Sauf que cette fois, oui, "cette fois" on se dit que ce sera différent. Pour prouver que la douleur est palpable, qu'elle n'est pas dans notre tête. Pour leur montrer à tous, leur prouver qu'ils ont eu tort de douter, de ne pas y croire, de ne pas vouloir voir.
Mais même là, c'est chaque fois pareil. Pas vouloir se l'avouer. Un pas en avant puis deux pas en arrière.
Même à reculons, continuer à le dire, et chercher à s'en convaincre à chaque syllabe qu'on prononce : Oui, ce soir je vais le faire.

Car ce soir, oui, je vais le faire.

Déjà lu du même auteur :

a_copier_100_fois A copier 100 fois 95103899 Ce qui ne nous tue pas

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15 juillet 2015

Ne tombe jamais – Patricia McCormick

ne tombe jamais Gallimard Jeunesse - octobre 2014 - 240 pages

traduit de l’anglais par Jean-François Ménard

Titre original : Never fall down, 2012

Quatrième de couverture :
Cambodge, avril 1975. Quand les soldats arrivent à Battambang, sa ville natale, Arn n'est qu'un gamin de 11 ans qui danse au son d'Elvis Presley et vend des glaces avec son frère. Arrivés au pouvoir, les Khmers rouges envoient tous les habitants du village en longues marches forcées vers des camps de travail. Séparé de sa famille, Arn travaille dans les rizières sous une chaleur accablante et rongé par la faim. Autour de lui, des enfants meurent d'épuisement, des ouvriers sont assassinés sauvagement... Mais Arn n'est qu'au début d'un cauchemar qu'il ne peut soupçonner. Très tôt, il se fait cette promesse à lui-même : "Ne tombe jamais."

Auteur : Patricia McCormick est américaine. Élevée dans un milieu protégé au cœur des beaux quartiers, elle s'est toujours sentie différente. Journaliste indépendante et enseignante, elle écrit depuis l'enfance et rêvait de devenir écrivain. Pour écrire «13 ans, 10 000 roupies», Patricia a passé un mois en Inde et au Népal où elle a interviewé les femmes du quartier rouge de Calcutta. Le roman a été porté à l'écran en 2014. Elle est aussi l'auteur de deux autres romans pour adolescents, tous copieusement récompensés aux Etats-Unis. Elle vit à New-York avec son mari, son fils et ses deux chats.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Arn avait onze ans lorsque les Khmers rouges ont pris le pouvoir au Cambodge. Séparé de toute sa famille, il s’est retrouvé dans un camp de travail pour enfants, il devait travailler sans repos et mal nourri dans des rizières. Beaucoup sont morts de faim, de maladie ou d’épuisement, ou alors torturés ou dénoncés comme traîtres... Arn a réussi à survivre et ce livre raconte son histoire, son témoignage.
Pour un livre destiné à des adolescents, ce témoignage est très dur et personnellement, je n’ai pas pu lire ce livre d’une traite, quelques chapitres d’affilés me suffisaient tellement ce jeune garçon a été témoin de l’horreur de ce génocide. Avant de le donner à lire à des adolescents lycéens, il me semblent important de les y préparer en situant le contexte historique. Je viens seulement de remarquer la mise en garde de la quatrième de couverture : « Ce livre ne convient pas aux plus jeunes lecteurs ».
Ce livre est un témoignage fort et impressionnant, à lire et faire lire.

Extrait : (début du livre)
Battambang, Cambodge
Avril 1975
Le soir, dans notre ville, c'est la musique partout. Maisons riches. Maisons pauvres. C'est pareil. Tout le monde a de la musique. Radios. Tourne-disques. Cassettes huit pistes. Même les types qui pédalent sur les rickshaws, ils attachent une minuscule radio au guidon et ils chantent pour les passagers. Dans ma ville, la musique, c'est comme l'air qu'on respire, toujours là.
Tous les hommes, toutes les femmes se promènent dans le parc pour entendre les nouvelles chansons. Les Cambodgiens aiment beaucoup les chansons. Les chansons d'amour françaises. Le rock'n'roll américain. Comme les Beatles. Comme Elvis. Comme Chubby Checker. Les dames en sarong, elles marchent si légèremen, c'est comme si elles flottaient dans les rues. Les hommes en pantalon, les cheveux lissés en arrière, ils fument des Lucky Strike. Des vieux jouent aux cartes. Des vieilles dames vendent des mangues, vendent des nouilles, vendent des montres. Des enfants jouent au cerf-volant, mangent des glaces. Toute la ville est dehors, le soir.
Mon petit frère et moi, on est devant le grand cinéma et on chante pour les gens. On fait du twist, aussi. "Let's twist again, like we did last summer !" Deux enfants tout maigres, pas de chaussures, le pantalon déchiré, ils aiment bien qu'on chante pour eux. Ils nous donnent même des pièces.
Ce soir, je regarde bien la foule, je trouve une dame - une grosse dame, grosse comme une pomme de lait - et lentement, lentement, sans qu'elle nous voie, mon frère et moi, on se cache derrière sa jupe, on la tient si doucement, elle ne le sait même pas, et on fait comme si c'étais notre mère. Les enfants avec leurs parents peuvent voir le film gratuitement. Les enfants comme nous, on fait semblant.
Dans le cinéma, on regarde l'Amérique, en noir et blanc, avec des avions, des voitures qui brillent et des femmes dans des jupes si courtes, elles montrent leurs genoux. Film de guerre, plein de coups de feu, un peu de baisers. Pour les coups de feu, mon frère et moi, on applaudit. Pour les baisers, on se cache le visage dans notre chemise.

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07 mai 2015

La coloc - Jean-Philippe Blondel

 9782330048204 Actes Sud junior - mars 2015 - 145 pages

Quatrième de couverture :
"Bon, la première chose que nous avons faite, quand nos parents ont tourné les talons, c'est de hurler - de joie, de soulagement. Nous étions tous les trois tendus - nous n'étions pas sûrs qu'ils iraient jusqu'au bout, nous étions convaincus qu'à un moment ou à un autre, ils allaient dire non, ce n'est pas possible, retourne à l'internat, reprends le bus, c'est une idée stupide, la colocation, à seize ans." Quitter le cocon familial pour vivre en colocation : le rêve pour tout lycéen ! Pourtant, rien n'aurait pu a priori rapprocher Romain, Rémi et Maxime. Mais ce nouveau quotidien va bousculer leurs certitudes et les pousser à créer un improbable et détonnant trio...

Auteur : Professeur d'anglais à Troyes, Jean-Philippe Blondel publie romans pour adultes et pour adolescents Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin - Version femina), Et rester vivant et 06H41 ont rencontré un réel succès.

Mon avis : (lu en mai 2015)
Romain a 16 ans, après le décès de sa grand-mère, ses parents héritent d'un appartement. Celui-ci se trouve à côté du lycée et lorsque ses parents parlent de le vendre ou le louer Romain a l'idée de s'y installer en colocation... Il ne serait plus obligé de faire matin et soir le long trajet entre le domicile familial et le lycée... Après avoir convaincu les parents, il va falloir trouver deux co-locataires : il y aura Rémi, un geek, solitaire qui vient du même village que Romain mais avec lequel il n'a pas vraiment d'atome crochu et Maxime le garçon le plus populaire du lycée.
Romain va passer une année pleine de surprises, d'amitiés, de chagrin, de joie... Une année inoubliable qui l'aura fait grandir.
J'ai passé un très bon moment en lisant cette histoire actuelle, pleine d'humour et d'émotion. Ces trois colocataires sont attachants.
A lire pour des adolescents comme pour des adultes. 

Extrait : ici 

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter  Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris

Challenge Petit Bac 2015 
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Musique (4)

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15 février 2015

Si j'étais un rêve... - Charlotte Bousquet

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

si j'étais un rêve Flammarion - février 2015 - 185 pages

Quatrième de couverture : 
Lina et Nour sont en classe de seconde : l'une vit à Sofia, en Bulgarie, l'autre vit à Saint-Denis. Sous la direction de leurs professeurs, elles entament une correspondance qui tourne aux confidences et une amitié s'installe. Tandis que Lina se révolte contre la corruption des pays de l'Est, Nour cache un grand mal-être. Elles se soutiennent l'une l'autre, jusqu'au jour où Nour devient distante.

Auteur : Philosophe de formation, passionnée par les mythes, les contes et l'histoire,Charlotte Bousquet a écrit une près de vingt romans et au moins autant de nouvelles.Cytheriae,deuxième opus de son cycle de dark fantasy, a été récompensé par le prix Elbakin 2010 et le Prix Imaginales 2011. A l'aise dans tous les genres, elle s'essaie aussi bien à la réécriture de contes (La Marque de la bête), qu'au polar historique (Noire lagune, Princesses des os et Venenum), au documentaire (Précieuses, pas ridicules, avec Stéphanie Rubini) ou au thriller (Le Dernier ours). Paru en octobre 2011, Nuit tatouée, premier opus La peau des rêves, dystopie YA, a été récompensé du prix Imaginales des Collégiens 2012. 

Mon avis : (lu en février 2015)
Lina et Nour sont en classes de seconde, l'une à Sofia, l'autre à Paris. Leurs professeurs respectifs ont eu l'idée d'organiser un échange épistolaire entre leurs élèves. Au début, c'est un travail scolaire mais cela devient vite pour Lina et Nour un vrai plaisir de s'écrire, de découvrir qui est l'autre, sa vie, sa ville, son pays... Lina est fille de diplomate, la Bulgarie est en effervescence, elle participe à des manifestations, elle se révolte contre ce que subit les Tziganes. Nour vient du 9-3, est mal dans sa peau, aimerait se faire tatouer... Un jeu de portrait chinois s'organise entre les deux filles. Au cours de l'année, elles vont se dévoiler de plus en plus et le lecteur aura quelques surprises...  
J'ai beaucoup aimé ce roman construit avec beaucoup d'intelligence qui nous permet de découvrir la vie en Bulgarie et les préoccupations des adolescents aujourd'hui. 

Merci Brigitte et les éditions Flammarion pour cette très belle découverte.

Autres avis : Canel, Argali

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre) 
17 septembre
Cher(e) inconnu(e), C’est vraiment bizarre d’envoyer une lettre, une vraie lettre, à quelqu’un qu’on ne connaît pas du tout pour commencer une correspondance censée durer jusqu’à la fin de l’année ! Quand notre prof de français nous a expliqué ce projet, j’avoue avoir pensé qu’elle était complètement barrée. Je veux dire : nous sommes au XXIe siècle ! Si on veut écrire à quelqu’un, on utilise Internet ! Ce n’est pas super-compliqué de se connecter pour trouver à quoi ressemble la personne qui est de l’autre côté de l’écran. C’est vrai, il y a les avatars et les pseudos, mais il y a toujours moyen de se renseigner, non ? Et puis, j’ai réfléchi : finalement, je trouve ça intéressant de ne pas savoir qui tu es, de te découvrir au fil de la plume, à travers ces courriers que nous allons échanger. Bref, j’ai envie qu’on respecte la règle du jeu : pas d’ordinateur, pas de téléphone. Si tu es d’accord, bien sûr. Quand on écrit sur du papier, on peut choisir le ton, le rythme des phrases, le raturer, le rouler en boule, le jeter dans la corbeille et recommencer. C’est un peu comme un e-mail, en plus solennel, en plus sérieux, je trouve. Sauf que je suis incapable de prendre mon temps. Les mots me viennent comme ça, un torrent qui roule et coule sans barrage. J’espère que cela ne t’ennuie pas. Mais voilà, je bavarde et je ne suis même pas les consignes : me pré- senter, puis présenter ma ville et mon pays. Je m’appelle Lina, j’ai quinze ans et je suis en classe de seconde – comme toi, j’imagine ! – au Lycée français de Sofia. Que te dire de plus ? Je dessine. Énormément. Tout le temps. Des animaux, essentiellement. Voilà. C’est difficile de parler de soi, tu ne trouves pas ? Et pour quoi ? Décrire un quotidien qui ne t’inté- resse probablement pas ? Je vis à Sofia depuis dix ans, dans le centreville, près de l’université. Quand je me lève, le matin, je vois de ma fenêtre les bulbes dorés de la cathédrale Alexandre-Nevski. Sofia, c’est une cité magique, sale, bordélique, magnifique. Il y a des bâtiments de toutes les époques, des églises colorées, des immeubles qui ressemblent à des bunkers, des magasins de chaussures multicolores et des palais viennois, un tramway, des voitures pourries, des chevaux qui tirent les carrioles, des librairies partout, des chiens et des chats errants par milliers, des bars à bières et des restos bios, des tapis tissés main, des tarés, des artistes, des hommes d’affaires corrompus, des étudiants, des icônes, des musées, un opéra et des magasins de chaussures kitch. Tu l’as compris, j’adore vivre ici ! Lorsque je vais en France rendre visite à ma famille, j’hallucine toujours quand je me rends compte à quel point les gens ont des préjugés sur Sofia et sur la Bulgarie. Si tu savais le nombre de : « Il y a quoi chez toi, à part des yaourts ? » que j’ai entendus… Et puis ce n’est pas comme si mes cousins avaient pris la peine de se déplacer une seule fois à la maison. La Bulgarie, à part les yaourts, donc. La Bulgarie, c’est l’ancienne Thrace, civilisation de guerriers et de cavaliers, plus vieille que celle des Grecs. On dit qu’Orphée serait né sur ces terres et y aurait découvert l’entrée des Enfers où était emprisonnée Eurydice. Il n’y a pas de Cerbère chez nous mais des parcs naturels, des plaines immenses, des montagnes et de profondes forêts où vivent des lynxs, des loups. Des ours aussi. Il y avait une tradition, avant, qui consistait à les obliger à danser au son d’un violon. Tu sais comment on les dressait ? Avec un anneau d’acier dans le nez et des braises sous les pieds. C’était horrible. Et quand tu croisais leur regard… Rien que d’y penser, j’en ai les larmes aux yeux. Heureusement, c’est terminé tout ça. Ils vivent libres, désormais, et ceux qui étaient prisonniers ont un sanctuaire à Belitsa. La Bulgarie, c’est le carrefour de l’Orient et de l’Occident, un mélange entre l’Italie et la Grèce, la Russie et la Méditerranée. Mais c’est aussi un pays pauvre, très pauvre. Et très mal en point. En gros : mafia et corruption sont les deux mamelles de notre économie. Résultat : le salaire moyen est de 400 € et les gens crèvent de faim. C’est pour ça qu’ils s’en vont. C’est pour ça qu’il y a de plus en plus de Bulgares du côté de chez vous. Des personnes désespérées, qui rêvent d’y trouver un avenir meilleur et qui ne récoltent que coups et mépris. Bon, je m’arrête ici. La fin du cours vient de sonner, et puis je m’énerve vite quand je me lance sur ce sujet. Tu n’y es pour rien, toi que je ne connais pas !
Ciao, Lina

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23 janvier 2015

Le journal malgré lui de Henry K. Larsen - Susin Nielsen

henry k larsen Helium - août 2013 - 239 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

Titre original : The Reluctant Journal of Henry K. Larsen, 2012

Quatrième de couverture : 
Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. (...) Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tâchés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis 1969. Nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. 
Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » Alors, il bat en retraite.
Après le terrible drame qui a frappé Henry et sa famille, et les conséquences qui en ont découlé, l'adolescent a déménagé à Vancouver avec son père. Les voici en tête à tête, dans cette ville où ils ne connaissent personne. Tout est à reconstruire : même la mère de Henry, victime d'une grave dépression, est restée à Port Salish...
Bien qu'il déteste franchement l'idée d'écrire dans un journal, comme le lui a conseillé son thérapeute, tout comme il se refuse à se faire de nouveaux amis, le garçon finit par s'ouvrir, malgré lui... Au fil des jours, il trouve même du plaisir à coucher ses pensées sur le papier et à reconstituer, entre gravité et humour, entre souvenirs terribles et lueurs d'espoir, les événements qui ont marqué sa vie pour toujours.
Un roman lumineux et inoubliable qui place le lecteur en empathie avec un héros bouleversant.
Ce livre a reçu le Governor General's Literary Avrard, le plus prestigieux prix canadien anglais pour les romans adolescents.

Auteur : Susin Nielsen est scénariste, showrunner et auteur pour la jeunesse. Elle vit Vancouver. 
Elle a fait ses débuts à la télévision sur la série Degrassi en 1980. Elle a ensuite adapté plusieurs épisodes en livres, se rapprochant ainsi de son voeu d'écrire des romans pour les adolescents. En 2006, Susin Nielsen a enfin réalise son voeu en écrivant Moi, Ambrose, roi du Scrabble, son premier roman original pour adolescents. En 2010 a suivi Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?

Mon avis : (lu en janvier 2015)
Un terrible drame a frappé la famille d'Henry. Et depuis quelques mois, avec son père, il a déménagé dans un petit appartement à Vancouver. Une fois par semaine, il va voir Cecil, son psychologue car depuis  "ÇA", il n'arrive pas à exprimer ses émotions. Cecil lui a donc donné un cahier et lui a conseillé d'écrire son journal. Le lecteur découvre donc l'histoire d'Henry à travers son journal. Il y raconte ses états d'esprits, son quotidien à l'école, dans ce nouvel appartement... A l'école, il y a Farley un garçon faisant partie des "ringards de l'école" et qui colle Henry malgré lui, il a la même passion pour le catch qu'Henry. Il y a également Alberta une fille malpolie et habillée en "récup"... A l'appartement, il y a Karen, la voisine un peu trop présente, qui semble draguer son père ou Monsieur Atapattu qui leur apporte souvent à manger des plats indiens épicés et délicieux.
Ce livre est un vrai coup de coeur, Henry est touchant et attachant, le lecteur aimerait tellement qu'il arrive à se remettre après le drame qui a bouleversé sa famille, qu'il arrive à se faire des vrais amis, qu'il se tourne vers le futur.

Extrait : (début du livre)
VENDREDI 18 JANVIER


LE SAVIEZ-VOUS ? Le mot « psychologie » vient du grec « psyché ». Il signifie étude de l'esprit.
Je voudrais bien qu'on arrête d'étudier le mien, d'esprit. C'est trop glauque, de faire ça. Mais papa dit que je n'ai pas le choix.
Cecil n'a pas une tête de psychologue, cela dit. Déjà, il s'appelle Cecil. Sur sa porte, au centre médical, il y a une plaque en plastique marquée Dr Levine, mais quand je l'ai appelé ainsi, au début de notre première séance, il m'a tout de suite dit : « Je t'en prie, appelle-moi Cecil. » En rentrant, j'ai cherché l'origine de son prénom, et devinez un peu ce que ça veut dire : « Qui voit mal ou est aveugle ».
Ça s'annonce bien !
Cecil a les cheveux gris et longs, attachés avec un chouchou. Un chouchou ! Aujourd'hui, pour notre troisième séance, il portait encore un tee-shirt tie-and-die, violet cette fois. Dis donc, Cecil, j'ai eu envie de lui dire, les années soixante ont appelé, elles voudraient récupérer leur look !
Il me pose beaucoup de questions du genre : « Que ressens-tu dans ces moments-là ? », comme si nous étions sur un plateau de télévision et non dans la vraie vie. Il dit beaucoup « sapristi », aussi. Exemple : « Sapristi, c'est la deuxième fois en deux semaines que tu arrives avec un quart d'heure de retard ! »
Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. Enfin, il est payé par la province de Colombie-Britannique, mais ça ne doit pas aller chercher bien loin. Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tachés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis i960.
Nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » Alors, il bat en retraite.
C'est à cause de cette voix de robot que je me suis retrouvé ici. Après toute l'histoire avec maman, à Noël, mes «furies» sont revenues et je me suis mis à parler comme un robot vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et même jusqu'au déménagement à Vancouver. L'intérêt de parler robot, c'est que cela permet de tout dire sans exprimer la moindre émotion. Il-suffit-de-prendre. Une-voix. Totalement-monocorde. Ça m'aide. Mais au bout de huit jours de robot-Henry, mon entourage craquait complètement et papa m'a pris rendez-vous pour une première séance. Ensuite, il a voulu que je continue, même si entre-temps j'étais redevenu le bon vieux Henry normal.
Cecil essaie toutes ses astuces - et il en a peu - pour me faire parler de ÇA. Par exemple : la semaine dernière, j'ai dit, comme ça, en passant, que j'aimais bien écrire. Donc, aujourd'hui, il m'a donné ce cahier. « J'ai pensé que ça te plairait d'avoir un espace privé où consigner tes pensées et tes sentiments, m'a-t-il dit. Le diarisme peut être une pratique très thérapeutique.»
Je lui ai répondu que je ne pensais même pas que « diarisme » soit un mot existant. En rentrant, j'ai flanqué le cahier à la poubelle.
Bon, d'accord, je suis retourné le chercher un peu plus tard ; mais c'est uniquement parce que je m'ennuyais.
Ce qu'il y a, voyez-vous, c'est que Cecil est au courant de ÇA. Il a eu une longue conversation avec mon père avant ma première séance, et je suis prêt à parier mon poster du Danois qu'il s'est empressé ensuite de googler toute l'histoire. Et une fois qu'il a eu fini de lire tout ce qu'il pouvait trouver, je parie qu'il s'est demandé pourquoi mes parents ne m'avaient pas envoyé en thérapie immédiatement après ÇA, il y a sept mois et demi.
Je le vois d'ici : « Sapristi ! Ils ont mis le temps ! »

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02 janvier 2015

Qui es-tu Alaska ? - John Green

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Scripto - octobre 2007 - 360 pages 

Pôle Fiction - mars 2011 - 416 pages

Gallimard Jeunesse - août 2014 - 365 pages

traduit de l'anglais (américain) par Catherine Gibert

Titre original : Looking for Alaska, 2005

Quatrième de couverture : 
Premiers amis, première fille, dernière paroles...La vie de Miles Halter n'a été jusqu'à maintenant qu'une sorte de non-évènement. Décidé à vivre enfin, il quitte le cocon familial pour partir dans un pensionnat loin de chez lui. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C'est là aussi qu'il rencontre Alaska. La troublante, l'insaisisable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy, Alaska Young.

Auteur : John Green est né en 1977. Il vit avec sa femme et son fils à Indianapolis, la capitale de l'Etat de l'Indiana, aux Etats-Unis. Il a reçu de nombreux prix pour ses romans, dont le Michael L Printz Award, prestigieux prix américain, pour son premier roman Qui es-tu Alaska ? John Green et son frère, Hank, sont les auteurs de Vlogbrothers, un des projets de vidéos en ligne les plus connus au monde.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
Miles Halter est un adolescent sans ami, à 16 ans il décide de quitter le cocon familiale pour devenir pensionnaire à Culver Creek « en quête d’un Grand Peut-Être ». Il fait connaissance de Chip, alias le Colonel, de Lara, de Takumi et surtout d'Alaska...
Dès le début du livre, l'auteur instaure un certain suspense car il ya deux parties, "Avant" et "Après" et les chapitres sont numérotés comme dans un compte à rebours "cent trente-six jours avant", "cent vingt-huit jours avant"...
La petite équipe va vivre une année scolaire très particulière, dans la première partie, c'est l'insouciance de l'adolescence qui domine : ils feront de nombreuses bêtises, n'hésiteront pas à faire des entorses au règlement au risque de fâcher le directeur surnommé l'Aigle...
Puis arrive l'évènement attendu, qui m'a surpris et cueilli. Et le ton du livre change, les différents personnages s'interrogent...
Je ne veux pas trop en dire, trop en dévoiler.
Voilà une histoire bouleversante. Des personnages très attachants, en particulier Alaska est une fille mystérieuse, qui semble forte et sûre d'elle et pourtant qui cache des souffrances... 
Un livre qui m'a donné de nombreuses émotions, des rires, des larmes, le coeur serré...
Un magnifique roman sur l'adolescence, à la fois initiatique et plein d'humour.

Extrait : 
Cent trente-six jours avant

La semaine qui a précédé mon départ de Floride, où je laissais ma famille et ma petite vie insignifiante pour aller en pension dans l'Alabama, ma mère n'a eu de cesse de m'organiser une fête d'adieu. Dire que je n'en attendais pas grand-chose est un euphémisme. Plus ou moins obligé, j'ai invité tous mes «camarades de classe», la bande de nases du cours d'art dramatique et les blaireaux du cours d'anglais que, contraint et forcé, je côtoyais à la cafétéria lugubre de mon lycée, en sachant pertinemment que personne ne viendrait. Ma mère s'est pourtant entêtée, étant intimement persuadée que je lui avais caché ma popularité durant toute ma scolarité. Elle a préparé presque une soupière de sauce artichaut. A décoré le salon de serpentins verts et jaunes, les couleurs de mon nouveau bahut. A disposé deux douzaines de petits pétards tout autour de la table basse.
Et ce fameux dernier vendredi, alors que j'avais pratiquement bouclé mes valises, elle s'est assise à 16h56 sur le canapé du salon à côté de mon père et a attendu patiemment l'arrivée de la cavalerie des «au revoir» à Miles. Ladite cavalerie s'est résumée en tout et pour tout à deux individus : Marie Lawson, une toute petite blonde avec des lunettes rectangulaires, et son copain un peu fort (pour être gentil), Will.
- Salut, Miles, a dit Marie en s'asseyant.
- Salut, ai-je répondu.
- Tu as passé un bon été ? a demandé Will.
- Pas mal. Et toi ?
- Correct. On a fait Jésus-Christ Superstar. J'ai donné un coup de main aux décors. Marie était à la lumière, a précisé Will.
- Sympa, ai-je approuvé en hochant la tête d'un air entendu.

Déjà lu du même auteur :

Nos__toiles_contraires Nos étoiles contraires will&will Will & Will

 
Challenge Petit Bac 2015 
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Lieu (1)

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13 décembre 2014

Will & Will - John Green et David Levithan

will&will Scrineo - août 2014 - 384 pages

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nathalie Peronny

Titre original : Will Grayson, will grayson, 2010

Quatrième de couverture :
Will Grayson se méfie des sentiments. Les histoires de cœur portent la poisse, tout le temps. Alors dans la vie, autant se faire discret. Son meilleur ami, Tiny Cooper, est à la fois une bénédiction et une vraie plaie : ami fidèle et rayonnant, il est aussi ouvertement gay que corpulent et n'a pas l'habitude de passer inaperçu. À l'autre bout de ville, un adolescent en pleine déprime assume mal sa différence. Le hasard veut qu'il se nomme lui aussi Will Grayson...

Auteurs : John Green est né en 1977. Il vit avec sa femme et son fils à Indianapolis, la capitale de l'Etat de l'Indiana, aux Etats-Unis. Il a reçu de nombreux prix pour ses romans, dont le Michael L Printz Award, prestigieux prix américain, pour son premier roman Qui es-tu Alaska ? John Green et son frère, Hank, sont les auteurs de Vlogbrothers, un des projets de vidéos en ligne les plus connus au monde.
David Levithan est un auteur gay américain. Il a publié son premier livre, Boy Meets Boy en 2003.
Il est l'auteur de Nick et Norah's Infinite Playlist (Une Nuit à New-York) , co-écrit avec Rachel Cohn en 2006 et adapté au cinéma en 2007. 

Mon avis : (lu en décembre 2014)
Will Grayson est plutôt discret autour des sentiments, au contraire de son meilleur ami, Tiny Cooper, très expansif sur le sujet... Ce dernier est gay et fier de l'être.
A l'autre bout de la ville, il y a un autre will grayson, adolescent dépressif, sans véritable ami, mal dans sa peau. Le seul moment agréable de sa journée, c'est lorsqu'il est devant son ordinateur et qu'il converse avec isaac un ami virtuel rencontré sur le net. Un jour, ils décident de se rencontrer en vrai... A cette occasion, les deux Will vont se rencontrer.
Les deux auteurs se sont répartis les deux Will, et chacun d'eux est narrateur d'un chapitre sur deux.
J'ai eu un peu de difficulté au début de ma lecture. Les chapitres du will (dépressif) sont plus difficiles à lire à cause du style parlé, sans majuscule... le malaise de will transpire dans sa façon de s'exprimer. 
Je me suis vraiment mise à aimer ce livre à partir de la rencontre des deux Will...
Des personnages attachants, un roman à deux voix et une histoire très émouvante.
Livre destiné aux lycéens et aux adultes.

Extrait : (début du livre)
Quand j'étais petit, mon père me disait toujours : « Dans la vie, Will, on peut choisir ses amis, on peut se moucher devant ses amis, mais on ne peut jamais moucher ses amis. »
Observation qui me semblait fort pertinente du haut de mes huit ans, mais qui s'est révélée fausse par bien des aspects. Pour commencer, personne ne choisit vraiment ses amis, sans quoi je n'aurais jamais atterri avec Tiny Cooper.
Tiny Cooper n'est certes pas le mec le plus homo de la terre, pas plus qu'il n'est le mec le plus corpulent de la terre, mais il est sans conteste le mec le plus corpulent de la terre à être vraiment très, très homo et le mec le plus homo de la terre à être vraiment très, très corpulent. C'est mon meilleur ami depuis le CM2, à l'exception du dernier semestre - au cours duquel il s'est entièrement dédié à l'exploration de son homoïtude et moi, pour la toute première fois, à la découverte de la vie au sein d'un Groupe d'Amis genre
plus-potes-tu-meurs qui a fini par ne plus m'adresser la parole à la suite des deux crimes mineurs que voici :
1. Quand un délégué scolaire a protesté contre la présence de gays dans les vestiaires et que j'ai pris la défense de Tiny Cooper pour faire valoir son droit à être à la fois gigantesque (ce qui fait de lui le meilleur défenseur de notre misérable équipe de foot américain) et gay dans une lettre adressée au journal du lycée, et que j'ai eu la bêtise de signer.
2. Quand un certain Oint, membre du Groupe d'Amis, a évoqué cette lettre au déjeuner et m'a traité de chochotteux, terme dont j'ignorais le sens et que je lui ai demandé de m'expliquer, si bien qu'il m'a traité de chochotteux une seconde fois, après quoi je lui ai rétorqué d'aller se faire foutre avant de prendre mon plateau et de m'en aller.

Techniquement, j'imagine que je me suis donc exclu moi-même du Groupe d'Amis, même si j'ai plutôt le sentiment de m'en être fait virer. Pour être honnête, aucun de ces types ne semblait vraiment m'apprécier. Mais je faisais partie de leur bande et ça, pour moi, c'était quelque chose. Désormais, je fais à nouveau cavalier seul.
Sauf si on compte Tiny Cooper. Ce que je suis bien obligé de faire, grosso modo.

 Challenge 5% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
26/30

 

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18 novembre 2014

Vers le bleu - Sabrina Bensalah

 

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vers le bleu Editions Sarbacane - octobre 2014 - 188 pages

Quatrième de couverture :
Coincée dans une caravane entre une mère irresponsable et une petite soeur farfelue, Nel, 18 ans, voudrait fuir sa vie trop étroite. Partir loin, juste après l'élection de la Mini-Miss Camping à laquelle Noush rêve de participer... Mais rien ne se passera comme prévu, dans la vie « cabossée bizarre » de Nel et Noush. Et tant mieux, au fond : sinon, comment pourraient-elles espérer aller un jour vers le Bleu.

Auteur : Sabrina Bensalah est née en 1979 à Roanne. Diplômée des Beaux-Arts de Saint-Étienne en communication visuelle, elle décide de devenir auteur-illustratrice tout en enseignant le dessin.
Vers le bleu est son premier roman.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Vers le bleu est un titre à la fois poétique et mystérieux.
A 18 ans Nel (Ornella) rêve de quitter sa vie difficile dans une caravane avec la Mère et Noush (Anoushka) sa petite soeur âgée de neuf ans. Elle rêve de prendre son indépendance, de pouvoir reprendre des études. En attendant, elle doit s'occuper de Noush une petite fille nature, pleine de vie : son dernier projet, c'est l'élection de la Mini-Miss Camping. Nel a décidé de rester jusqu'à cette élection ensuite, elle partira vivre sa vie !
Mais rien ne se passera comme prévu... La Mère a accepté de suivre un homme plein de promesse et elle est partie sans prévenir... Laissant Noush sous la responsabilité de Nel.
Celle-ci va se débrouiller comme elle peut pour subvenir aux moyens de toutes deux. Heureusement il y a les commerçants et habitués du camping  
Anémone, Marcus, Emilien, Gaston, Arsène, Gino qui sont solidaires avec les deux soeurs, toujours prêts à les aider dans le quotidien. Et l'espoir de jours meilleurs est toujours là.
Au début, j'ai été un peu gênée par le style oral et les mots familiers très présent mais 
cette écriture simple est cohérente avec la situation.
Une lecture émouvante, des personnages très attachants et authentiques.

Merci Babelio et les éditions Sarbacanes pour cette très belle découverte et pour les marque-pages joints avec le livre.

sarbacane

Extrait : (début du livre)
Le haut-parleur braille le programme de la journée. Juste au-dessus de la caravane. Même en écrasant l'oreiller sur ma tête, j'entends qu'on nous promet 28° cet après-midi ! Impossible de dormir : j'enjambe ma petite soeur, puis recouvre d'un plaid la Mère affalée sur la banquette.
J'ouvre la caravane sur N'oubliez pas la soirée Michel François et ses Michettes en essayant de faire le moins de bruit possible - raté, Noush se réveille. Ses yeux tout ronds me trouvent puis très vite me supplient de ne pas la laisser ici. Je ne refuse pas. J'aurais préféré être seule, mais ce matin je devine que moi sans elle, c'est impossible.
- Habille-toi, alors ! Je vais aux toilettes.
Sa bouche s'étire en un sourire rassuré.
Je referme la porte, bruyamment ; même un hélicoptère atterrissant sur la caravane ne réveillerait pas la Mère.

Dans le lavabo douteux, j'arrose mon visage. Le miroir couvert d'éclaboussures de dentifrice. Camping 2 étoiles. Filantes !
Noush arrive en courant, je reconnais le vacarme que font ses tongs sur les graviers. Elle porte sa robe bleue assortie à ses yeux, assorties à ses genoux surtout.
Elle s'accroche à ma taille et me serre fort.
- T'as soif, Noush ?
Elle me libère de son câlin qui me broyait le bassin puis lape goulûment mes mains pleines d'eau. Sa robe se mouille et elle rit aux éclats. A la commissure de ses lèvres, il reste une petite trace du choco sans doute englouti à la va-vite ; je l'essuie avec mon doigt.

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animal" (10)

Challenge 4% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
22/24

 

 

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23 octobre 2014

Le Chat qui ne mangeait pas de souris - Carmen Agra Deedy et Randall Wright

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

le chat qui ne mangeait Flammarion - octobre 2014 - 318 pages

illustrations de Barry Moser

traduit par Marie Hermet

Titre original : The Cheshire Cheese Cat, 2011

Quatrième de couverture : 
Skilley est un bon gros matou : paresseux, solitaire, il aime se prélasser au coin du feu dans la nouvelle auberge où il a élu domicile. Sa mission, en échange de quelques restes et de beaucoup de tranquillité : débarrasser la cuisine des souris voleuses de fromage. Mais voilà Pip, la plus malicieuse des souris de l'auberge, découvre le terrible secret de Skilley... En échange de leur silence, le chat se voit donc contraint et forcé d'offrir sa protection aux souris. Elles en auront bien besoin quand il s'agira de chasser Pinch le chat cruel et dangereux qui pourrait mettre en péril... la couronne d'Angleterre !

Auteurs : Originaire de Cuba, Carmen Agra Deedy a reçu de nombreux prix aux USA pour ses romans. Randall Wright a écrit trois romans pour la jeunesse avant de participer à l'aventure commune du Chat.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
Skilley est un chat solitaire qui vit dans les rues de Londres, il est très attiré par le célèbre pub, Ye Olde Cheshire Cheese... Cela tombe bien car l'auberge est à la recherche d'un chat car elle est envahie par les souris...
Charles Dickens est un habitué du lieu, il y cherche l'inspiration pour écrire son nouveau livre. Il a observé que le nouveau chat (Skilley) attrape toujours la même souris... 
En effet Skilley a un secret dont il a honte : il ne mange pas de souris... Il fait la rencontre de Pip qui a compris son terrible secret et ils font un pacte de non agression... Sa vie de chat promet d'être vraiment agréable jusqu'à l'arrivée de Pinch, le méchant chat de gouttière très friand de souris... Sans compter la présence de "Maldwyn", personnage mystérieux, caché au grenier et ravitaillé par les souris...

Une histoire très amusante, mettant en scène de nombreux personnages (qui sont présentés par ordre d'apparition au début du livre), avec des situations comiques, quelques rebondissements... 
Un roman captivant et plein de surprises à lire dès 9 ans. 

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C'était la meilleure et la pire des heures. C'était l'heure où tous les chats sont gris. 
La patte légère, le poil lustré et l'humeur solitaire, Skilley était un chat parmi tant d'autres. Ou c'est ce qu'il aurait pu être, sans le lourd secret qui pesait sur lui depuis sa plus tendre enfance. Un secret qui l'obligeait à vivre dans la honte, caché aux yeux de tous, évitant même les rencontres les plus banales de peur qu'on découvre...
- Fiche-moi le camp d'ici, sale chat !
Un balai surgit brusquement du froid brouillard londonien. Par réflexe, Skilley fit un bond de côté ; le balai le frôla en giflant l'air comme un fouet.
Mais le chat n'avait pas l'intention de ficher le camp.
Il observait le poisson tombé de l'étalage, puis le balai, et calculait la distance entre les deux.
- Mais tu vas te sauver, espèce de sale matou voleur ! vociféra la marchande de poissons.
Comme si elle avait lu dans les pensées du chat, elle fit glisser le poisson plus loin sous l'étalage d'un bon coup de pied et brandit son balai d'un air menaçant.
Les femmes en colère qui brandissaient des balais inquiétaient toujours le chat. La seule rencontre qu'il redoutait plus encore, c'était Pinch, la terreur de Fleet Street.
Avec un mouvement de sa queue si reconnaissable, Skilley tourna le dos à la marchande de poissons et s'éloigna en balançant les hanches de l'air le plus méprisant dont il était capable.

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(c) Barry Moser

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animal" (8)

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
14/18

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