08 juin 2014

Gagner à en mourir - Pierre-Louis Basse

Lu en partenariat avec J'ai Lu

9782221131060 9782290081105

Robert Laffont - avril 2012 - 154 pages

J'ai Lu - avril 2014 - 123 pages

Quatrième de couverture :
« C'était une histoire qui n'avait cessé de me hanter, au fil des ans, sans que je parvienne à réunir l'ensemble des pièces du puzzle. Une histoire de football, privée d'images et de caméra embarquée. Une histoire de dribleurs fous et insouciants qui avaient préféré la mort à un match arrangé. »

Le 9 août 1942, l'équipe ukrainienne du FC Start rencontre une sélection des meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie. S'ils remportent ce match de football, les Ukrainiens savent que leur existence est menacée. Faut-il risquer sa peau plutôt que de souffrir une vie de déshonneur ? Que devient le sport quand il n'est plus un jeu ?

Homme de radio devenu écrivain, passionné de lettres et d'histoire, Pierre-Louis Basse s'est impliqué pleinement dans ce récit. Le « match invisible » qu'il commente avec une réelle ferveur rend hommage à ceux qui, quelles que soient les circonstances, choisissent de combattre.

Auteur : Pierre-Louis Basse est journaliste et écrivain. Grande figure du journalisme sportif (Europe 1, Canal +), passionné d'histoire et de football, il s'est imposé au fil du temps comme animateur culturel de talk shows : « Le temps de se le dire » et « Bienvenue chez Basse » sur Europe 1. Il a collaboré également à Marianne et au Figaro. Auteur d'une dizaine de livres dont Éric Cantona, un rêve modeste et fou (1993), Guy Môquet, une enfance fusillée (2000), Séville 82 France-Allemagne : le match du siècle (2005).

Mon avis : (lu en juin 2014)
Lorsque j'ai eu la proposition de recevoir ce livre, je n'ai pas hésité longtemps, une histoire de football, en Ukraine et durant la Seconde Guerre Mondiale, voilà trois raisons d'être en phase avec des sujets d'actualités...
Malheureusement, le rendez-vous a été raté... 
Ce livre devait nous raconter l'histoire de ce « match invisible » disputé à Kiev le 9 août 1942 entre l'équipe ukrainienne du FC Start et une sélection des meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie. Une façon pour l'occupant de montrer la supériorité de la race aryenne... Mais à la mi-temps, l'équipe ukrainienne mène 2 à 1 et malgré quelques pressions le FC Start sortira victorieux de la rencontre...
En fait, l'histoire de ce « match invisible » ne tient qu'en quelques pages et avant d'y arriver le lecteur a du subir une très très longue introduction où se mélangent les évènements passé, présent, des faits historiques, des souvenirs personnels de l'auteur...
L'auteur s'est certainement beaucoup documenté mais le récit est tellement fouilli, avec beaucoup de digressions que je me suis perdue dans tous ses détails que tout s'est mélangé et qu'au final j'ai trouvé ces 123 pages indigestes... Dommage.

Ce match est également appelé Match de la mort 

Merci Silvana et les éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
J’ai aimé le football comme on aime son enfance.
Le 17 mars 1976, au moment exact où le Dynamo Kiev encaissa trois buts – sans en rendre un seul – du côté de Geoffroy-Guichard, ma petite gueule de Komsomol en prit un sérieux coup ! Le parti communiste réunissait encore un peu plus de 20 % de notre électorat. Trois fois le Modem s’il vous plaît ! Quelques mois plus tôt, dans les rues de Paris, et jusqu’au Père-Lachaise, deux cent mille personnes avaient accompagné la dépouille de Jacques Duclos. Il y avait encore du monde, plein de jolies jeunes filles en larmes, sur le passage mortuaire de cette figure assez bonhomme, d’un communisme à la française. Et quand le Dynamo Kiev de Blokhine, Onitchenko, Rudhakov et Lobanovski se dressa sur la route de la bande à Larqué et Rocheteau, croyez-moi : j’étais à fond les ballons derrière les Soviétiques !
Je sais bien. Je ne vais pas me faire que des amis. Mais je profite de ce livre dans lequel nous allons beaucoup parler de Kiev, de ses héros – invisibles et légendaires – pour revoir en boucle – c’est la magie d’Internet et la mise à disposition des images de l’INA – le tournant de ce fameux match du printemps 1976, à Saint-Etienne.
Magnéto.
Trente-six ans ont passé. Ces images n’ont pas pris une ride. Les hommes sont les mêmes. Seuls la haute technologie et le spectacle du sport semblent avoir modifié les visages et les corps en mouvement. Sur le terrain, les photographes sont admis au plus près des joueurs. Après chaque but, on dirait qu’ils gambadent sur le pré. Y compris dans l’action. Il y a dans les tribunes de Geoffroy-Guichard des types dont l’allure, assez naturelle, n’est pas sans rappeler le physique de Gérard Depardieu dans Le Choix des armes. Cheveux longs et pantalons en tergal avec pattes d’éléphant. L’impression que les ouvriers – au stade, comme en ville – n’avaient pas encore été placés hors champ de la réalité des choses. Illusion d’optique. Parfois, lorsqu’il était d’humeur badine, Giscard leur rendait visite à l’heure du souper. Le monde ouvrier français, en ces étranges années vertes, découvrait à domicile le tweed et les cravates du président. Ils ont bien fait d’en profiter. Bientôt, mon pays les abandonnerait. L’été promettait d’être chaud. Après chaque match de Saint-Etienne, cette année-là, on aurait dit que la télévision française découvrait l’enthousiasme des foules pour le ballon. Quelques signes – panneaux indicateurs – d’un monde qui a changé ? Ces petits riens, qui en disent long, sur une forme d’effacement, de disparition. Les jolies liaisons comme psalmodiées par les joueurs, dans leurs commentaires d’après-match. Une voix de sport ancrée encore dans l’épaisseur de vie. Et pour lancer le reportage, le présentateur, inquiet, semblait chercher une boîte mystérieuse planquée sous la table.

  Challenge Petit Bac 2014
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"Verbe" (9)

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20 juin 2013

Un Printemps à Tchernobyl - Emmanuel Lepage

1151_couv Futuropolis - octobre 2012 - 168 pages

Présentation de l'éditeur :
26 avril 1986. À Tchernobyl, le coeur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radionucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision. 

22 ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?

Auteur : Emmanuel Lepage est un dessinateur, scénariste et coloriste de bande dessinée, né en 1966 à Saint-Brieuc.

Mon avis : (lu en juin 2013)
C'est grâce à la blogosphère que j'ai découvert cette bande dessinée. 

En avril 2008, à l'invitation de l'association des Dessin'Acteurs, Emmanuel Lepage part deux semaines à Tchernobyl, à proximité de la « Zone interdite ». Il fera ce voyage avec Gildas, illustrateur, Morgan, musicienne et chanteuse et son compagnon Pascal, ingénieur du son, photographe et poète.

Vingt deux ans après la catastrophe, c'est l'occasion pour le dessinateur de témoigner à travers ses dessins sur la situation actuelle là-bas. Avant de partir, nous le sentons pas très rassuré par les risques de contamination... 
Il imagine y trouver un paysage de fin du monde. La réalité est toute autre et ce n'est pas si facile de rendre compte de ce qui n'est pas visible...
En arrivant là-bas, il découvre des habitants accueillants, souriants avec des enfants plein de vie. Son appréhension est toujours là lorsqu'il s'agit de visiter le site de Tchernobyl et la « Zone interdite » avec Pripiat ville fantôme, vidée de ses habitants et laissées à l'abandon depuis 1986. Là où les hommes ont désertés, la nature a repris ses droits, la végétation est luxuriante, quelques animaux sont revenus... 
Emmanuel Lepage rappelle les évènements de 1986, croque des villes en ruines, des habitants faisant plus que leurs âges avec un dessin sombre au fusain puis peu à peu le ton s'éclaire et la couleur apparaît avec un maximum dans ses dessins de forêts et de nature printanières qui révèlent toute la beauté des lieux. Mais la radioactivité toujours présente se rappelle à nous avec les crépitements du dosimètre... Ce contraste est frappant entre ses paysages quasi apocalyptiques et la forêt "jardin d'Eden".
Un très beau témoignage pour ne pas oublier cette catastrophe.

En lisant cette bande dessinée, j'ai repensé à ma lecture du livre La nuit tombée – Antoine Choplin qui évoque également l'après Tchernobyl.

Autres avis : Jérôme, Stephie, Bricabook, SaxaoulNouketteMo

Extrait : (début du livre)

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[...]

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 Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

 

 

 

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18 octobre 2012

La nuit tombée – Antoine Choplin

5600 La fosse aux ours – août 2012 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission. Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où ce qui a survécu au désastre tient à quelques lueurs d'humanité.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (2005), L’impasse (2006), Cairns (2007), et de Apnées (2009), Cour Nord (2010).

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Quel beau roman à la fois effrayant et plein de poésie.
Deux ans après le drame de Tchernobyl, Gouri vient de Kiev, il revient seul à moto à Pripiat dans son ancien logement  pour y rechercher un « souvenir ». En chemin, il s'arrête  à Chevtchenko, chez ses amis Iakov et Vera, le village proche de la zone interdite a été contaminé et déserté.
Dans cette histoire, le nom de Tchernobyl n'est jamais directement évoqué. L’auteur nous décrit des lieux vides, un no man’s land où règne un silence pesant, les maisons sont abandonnées, il n’y a plus que quelques rares habitants et il y règne une atmosphère irréelle…
Je n’en raconterai pas plus pour ne pas en dévoiler trop.
J’ai beaucoup aimé ce livre dont il se dégage beaucoup d’humanité et de fraternité dans un paysage d’apocalypse.
Un très beau roman à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Après les derniers faubourgs de Kiev, Gouri s’est arrêté sur le bas-côté de la route pour vérifier l’attache de la remorque. Avec force, il essaie de la faire jouer dans un sens puis l’autre et, comme rien ne bouge, il finit par se frotter les mains paume contre paume, l’air satisfait.
Une voiture le dépasse en klaxonnant et il adresse sans savoir un petit signe de la main dans sa direction. Il tire sur les pans de sa veste de cuir, referme jusqu’au menton la fermeture éclair. Après quoi, il enfourche sa moto et redémarre.
Il roule tranquillement, attentif aux reliefs inégaux de la chaussée. Parfois, il donne un coup de guidon pour éviter un nid de poule et, derrière lui, son attelage vide se met à brinquebaler méchamment avant de se recaler comme il faut dans son sillage.
La lumière est douce, tamisée par les bois de bouleaux et de résineux qui encadrent la route. Un semblant de voile, moins qu’une brume, paraît ainsi jeté sur le paysage, et on peut en distinguer le grain dans l’air. Il est plus de quatre heures, il ne tardera pas à faire froid. Gouri devrait rejoindre Chevtchenko avant la nuit.

Cela fait bientôt deux ans qu’il n’est pas revenu ici et forcément son regard balaye les espaces avec gourmandise. Il éprouve à nouveau l’attrait que la forêt a toujours exercé sur lui, ses odeurs, ses bruissements, ses sols tendres. Il se souvient des pique-niques et des parties de football entre les arbres.

Déjà lu du même auteur :

le_h_ron_de_guernica Le héron de Guernica

Challenge 1% Littéraire 2012

  logochallenge2 
12/14

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30 janvier 2011

Le pingouin – Andreï Kourkov

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Liana Levi – mars 2000 – 276 pages

Points – avril 2004 – 288 pages

Liana Levi - avril 2005 – 273 pages

traduit du russe par Nathalie Amargier

Quatrième de couverture :
A Kiev, Victor Zolotarev, journaliste au chômage, et son pingouin dépressif Micha, rescapé du zoo, tentent péniblement de survivre. Lorsque le patron d'un grand quotidien offre à Victor d'écrire les nécrologies de personnalités pourtant bien en vie, celui-ci saute sur l'occasion. Mais un beau jour, ces « petites croix » se mettent à disparaître à une vitesse alarmante... Crimes commandités par la mafia ou règlements de comptes politiques ?

Auteur : Écrivain ukrainien de langue russe né en 1961, Andreï Kourkov vit actuellement à Kiev. Très doué pour les langues étrangères – il en parle neuf – , il commence sa carrière littéraire pendant son service militaire où il est gardien de prison à Odessa, l’emploi idéal pour écrire… Son premier roman paraît en 1991, mais c’est avec Le Pingouin, paru en 2000, qu’il remporte un succès international.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Il y a quelques semaines, je découvrais « Les pingouins n'ont jamais froid » et lorsque j'ai vu à la bibliothèque que « Le Pingouin » était disponible, je me suis empressée de l'emprunter pour découvrir le début de l'histoire de Victor et de son pingouin Micha...
Victor est un personnage touchant et naïf, il se retrouve au centre d'histoires mafieuses depuis qu'il a accepté de rédiger des nécrologies, « des petites croix » pour le journal la Stolitchnaïa (les Nouvelles de la Capitale). Son animal de compagnie est un pingouin dépressif et maladif qui supporte mal le climat de Kiev qu'il a adopté, le zoo de la ville ne pouvant plus nourrir ses animaux. Ce livre se lit très facilement car il y a 76 chapitres pour 270 pages... C'est plein d'humour, de situations parfois cocasses ou dangereuses...
A travers ce roman décalé et un peu loufoque, le lecteur découvre la réalité sombre et anarchique de l'Ukraine ancien état de Union Soviétique.
Je me suis vraiment bien amusée à suivre les aventures de Victor et Micha !

Extrait : (page 181)
Le dégel était de retour. Début mars, il était plus que temps.

Victor attendait la belle saison, comme si la chaleur allait résoudre tous ses problèmes. Pourtant, lorsqu’il y pensait, il comprenait bien qu’il n’avait pas de réels ennuis. Il lui restait de l’argent, d’autant plus que son chef l’avait inopinément remboursé à l’aide du mystérieux « service postal nocturne » ; dans l’armoire, le sac qui contenait le pistolet recelait aussi une jolie liasse de billets verts, et même s’ils étaient à Sonia, il estimait, en tant que tuteur non officiel, avoir un droit moral sur une partie de ces dollars. Nina continuait à s’occuper de la petite du matin au soir, à la maison ou dehors, laissant Victor seul avec lui-même. Les nuits les réunissaient, et tout en sachant que ce n’était ni de l’amour, ni de la passion, il attendait que vienne le soir, son corps et ses mains l’attendaient. Pendant qu’il l’enlaçait, la caressait et faisait l’amour avec elle, il oubliait tout. La chaleur de sa peau lui semblait être ce printemps qu’il espérait avec impatience. Au milieu de la nuit, lorsqu’elle était plongée dans le sommeil, respirant avec un bruit discret, il gardait les yeux ouverts, empreint du sentiment étrange et douillet d’une vie bien ordonnée. Il pensait alors qu’il avait tout ce qu’il faut pour mener une existence normale : une femme, un enfant, un animal de compagnie. La fusion de ces quatre éléments restait artificielle, il en était conscient, mais rejetait cette idée au profit de son bien-être et de cette illusion provisoire de bonheur. Et de fait, peut-être que ce bonheur n’était pas aussi illusoire que le bon sens matinal de Victor l’affirmait. En tout cas, la nuit, il se fichait de ses réflexions du matin. La simple succession de la béatitude nocturne et du retour sur terre au réveil, la simple pérennité de cette succession semblaient démontrer qu’il était à la fois heureux et lucide. Donc tout allait bien, et la vie valait la peine d’être vécue.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Ukraine

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"Animal"

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12 janvier 2011

Les pingouins n'ont jamais froid - Andreï Kourkov

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Liana Lévi – avril 2004 – 394 pages

Points – février 2005 – 397 pages

traduit du russe par Nathalie Amargier

Quatrième de couverture :
Victor, de retour d'Antarctique, n'a qu'une idée en tête : retrouver son pingouin Micha, qui a atterri dans le zoo personnel d'un richissime Moscovite. Victor parcourt l'Ukraine et la Russie et s'aventure jusque dans les plus sombres recoins de la Tchétchènie. En funambule virtuose, Kourkov sillonne le gouffre qui sépare le rire du drame avec une aisance incomparable.

Auteur : Écrivain ukrainien de langue russe né en 1961, Andreï Kourkov vit actuellement à Kiev. Très doué pour les langues étrangères – il en parle neuf – , il commence sa carrière littéraire pendant son service militaire où il est gardien de prison à Odessa, l’emploi idéal pour écrire… Son premier roman paraît en 1991, mais c’est avec Le Pingouin, paru en 2000, qu’il remporte un succès international.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Cela fait deux semaines que ce livre me fait « signe » sur le présentoir de la bibliothèque… La première fois, je me suis dit qu’il fallait que je lise auparavant Pingouin, mais celui-ci n’étant pas disponible je me suis dit : « Tant pis, je le lirai après celui-ci ! »
Au début du livre, Victor est en Antarctique dans la base Vernadski, il se cache. Avec un faux passeport polonais et la mission de remettre une lettre à Moscou, il trouve le moyen de rentrer en Ukraine. De retour à Kiev, il veut retrouver Micha son pingouin. Il apprend que celui-ci est à Moscou, dans un zoo privé. Mais avant de partir à Moscou, il doit s’occuper de Sonia, petite fille de 7 ans, dont il est devenu le second papa. Son voyage ne s’arrêtera pas à Moscou car Micha serait en Tchétchénie. Les aventures de Victor puis de Victor et Micha sont épiques et sont prétextes pour l’auteur de décrire les usages en vigueur dans cette région ex-soviétique où la corruption est presque devenu un art de vivre… L’histoire est rythmée, les personnages sont attachants, maintenant, j’ai vraiment très envie de découvrir la première aventure de Victor et Micha…

Extrait : (page 63)
Victor manquait de sommeil, mais la météo était revigorante. Le soleil déclinant l'aveuglait. Il prit un taxi de ligne jusqu'à la montée Kourenevski, puis termina à pied le trajet jusqu'à Nagornaïa. Il n'y avait presque pas de passants, uniquement des voitures qui filaient à toute vitesse, malgré une chaussée trouée comme du gruyère.

L'Afghan occupait le rez-de-chaussée d'un Institut de recherche, mais avait sa propre entrée. Au lieu de marches, c'était une petite rampe en béton encadrée de barrières qui conduisait au seuil. La porte double était ouverte, et Victor entra. Personne au comptoir, étrangement bas. La salle se réduisait à quelques tables, très basses elles aussi. Pas la moindre chaise. Surpris, il s'approcha du comptoir, regarda derrière. Une machine à espresso Siemens brillait de tout son chrome, près de quelques bouteilles entamées, sous des rangées bien ordonnées de verres tout propres, petits et grands, suspendus la tête en bas.

Il tira une pièce de monnaie de sa poche et frappa sur le comptoir.
- Une seconde ! cria une voix qui lui sembla familière.
Il fixa la porte blanche derrière le comptoir, entendit un grincement, et Liocha, toujours barbu, apparut dans l'encadrement, en fauteuil.
Victor le regarda avec stupeur. Il n'avait plus de jambes. Le reste était en tenue de camouflage.
- Oh ? s'étonna Liocha. C'est toi ? Ben dis donc!
Il n'ajouta rien. Sur son visage, l'embarras le disputait à l'incrédulité.
- Tu es vivant ? finit-il par dire.
- Oui. Et toi ?
Liocha eut un rire amer.
- Moi aussi. J'ai juste du mal à courir.
Il baissa les yeux sur les jambes de son pantalon militaire, roulées et attachées assez haut.
- Assieds-toi, je te prépare un café!
Victor, embarrassé, regarda autour de lui.
- Ah, c'est vrai! Va voir par là, lui indiqua Liocha en montrant la porte par laquelle il venait d'arriver. Il y a des fauteuils roulants pour les invités!
Dans le local de service, Victor découvrit trois fauteuils pliants nickelés rangés contre le mur. Il en prit un, le déplia d'un geste, s'assit, le cœur lourd, et posa les mains sur le cercle métallique externe des grandes roues. Il poussa, le fauteuil se dirigea vers la porte, roula vers le comptoir et heurta celui de Liocha, qui maniait le percolateur en expert.
- Fais pas l'idiot! Choisis une table et va t'installer!

Victor se redressa, fit passer le fauteuil, léger, par-dessus la tête de son ami, et le reposa de l'autre côté du comptoir, près de la première table. Il se rassit. A présent, le décor prenait un sens, les tables basses étaient au niveau idéal.

Liocha ne tarda pas à apporter deux cafés et un sucrier, posés sur un petit plateau fixé à son fauteuil. Il gagna la table en virtuose, s'arrêta sans que Victor comprenne comment et fit le service en un clin d'œil.
- Et voilà, dit-il en remuant son café. Ce qu'on perd d'un côté, on le gagne d'un autre...
- T'es devenu philosophe ? sourit Victor.
- Vaut mieux, sinon qu'est-ce qui me reste ?
Victor eut soudain l'impression que les mains de Liocha étaient beaucoup plus longues qu'avant. Plus longues et plus noueuses.
- Alors, qu'est-ce qui t'est arrivé?
- Tu sais, un démineur ne se trompe qu'une fois. Après, dans le meilleur des cas, il passe le reste de sa vie à le regretter... C'est ce que je fais depuis... Bousiller un enterrement pareil! Mon patron et ses deux lieutenants ont été déchiquetés; moi, j'ai juste été raccourci. Dans la même seconde, j'ai perdu mes jambes et mon travail. Plus un sou. Heureusement que j'ai eu des amis pour m'aider, dit-il en parcourant le café du regard. Me voilà patron de bar.

Liocha lui expliqua ensuite qu'officiellement ce café appartenait à l'Association des soldats internationalistes*, ce qui l'exemptait de taxes. Personne n'aurait risqué de venir fourrer son nez dans ses affaires, il n'y avait rien à tirer de ce genre d'établissement. A côté, un foyer abritait des mutilés de la guerre d'Afghanistan, entre autres.

Victor posa enfin la question qui lui tenait à cœur:
- Et Micha, qu'est-ce qu'il est devenu?
- Le pingouin?
Liocha, ennuyé, se gratta derrière l'oreille.
- On a eu un problème. Tu sais, avant ce dernier enterrement, mon patron était en mauvaise posture, on s'était fait doubler. Un jour, on avait reçu plusieurs wagons d'alcool, sans papiers, pour une valeur de trois cent mille dollars. Les papiers, on devait nous les amener le lendemain matin, mais dans la nuit, on nous a balancés à la Répression des fraudes, qui a confisqué toute la marchandise. Même pas moyen de la racheter. Et ça s'est répété. Au total, ça faisait près d'un million de dettes. Mon patron devait rembourser un type de Moscou qui a installé plusieurs stations-service ici... Du coup, ce type a pris ton Micha, en dédommagement. Il a un domaine près de Moscou, avec un zoo privé... Je n'ai rien pu faire...
- Je peux le trouver où, ce type?
- Il est reparti chez lui, à Moscou. Il s'est fait piquer ses stations-service par un de nos députés. Viré du sol ukrainien...
- Comment il s'appelle ?
- T'es sérieux, là ?
- Bien sûr.
Incrédule, Liocha secoua la tête.
- Son surnom, c'est «le Sphinx». Ilia Kovalev pour l'état civil. Il a une banque, à Moscou, la Banque commerciale du gaz. Tu te rends compte de ce que ça représente ?
- Une banque ? demanda Victor en haussant les épaules. Qu'est-ce que tu veux que ça représente ? Beaucoup d'argent, pas plus...
Liocha fit non de la tête.
- Une banque, ça veut dire des services secrets parallèles, une armée privée, la possibilité d'acheter ou de faire disparaître n'importe qui sans laisser de traces.
Victor poussa un lourd soupir.
- Tu sais que tu étais recherché, quand même ?
- Oui.
- Et ça te gêne pas de te balader comme ça en ville ?
- Je tiens à retrouver Micha.
- C'est beau, l'amour !

* Dénomination officielle de ceux que l'on envoie combattre à l'étranger.

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27 décembre 2008

Chaleur du sang – Irène Némirovsky

Chaleur_du_sang Editions Denoël - mars 2007 - 155 pages

Présentation de l'éditeur
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.

Biographie de l'auteur
D'origine juive ukrainienne, Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, connaît le succès dès son premier roman, David Golder (1929), puis avec Le Bal (1930). Après l'exode, elle se réfugie dans un village du Morvan avant d'être arrêtée par les gendarmes français puis assassinée à Auschwitz pendant l'été 1942. Son dernier roman, Suite française, a obtenu le prix Renaudot en 2004.

Mon avis :

Ce court roman est très bien écrit avec un style épurée et limpide. Dès les premières pages, on ressent l'atmosphère de la campagne.

L'histoire se situe dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, et où elle a vécu ses derniers mois, avant d'être déportée en 1942...

Le narrateur Silvio est un vieil homme, un peu bougon et solitaire. Ce roman met en évidence les relations difficiles des membres d'une famille dans les années 30. Les secrets, les non-dits qui mènent à l'oubli, à la tranquillité ou à la tragédie.

Extrait :

« Colette s'est mariée le 30 novembre à midi. Un grand repas suivi d'un bal réunissait la famille. Je suis rentré au matin, par la forêt de la Maie dont les chemins en cette saison sont couverts d'un si épais tapis de feuilles et d'une si profonde couche de boue qu'on avance avec peine, comme dans un marécage. J'étais resté très tard chez mes cousins. J'attendais : il y avait quelqu'un que je voulais voir danser... Moulin-Neuf est voisin de Coudray où habitait autrefois Cécile, la demi-soeur d'Hélène ; elle est morte, mais elle a laissé Coudray à son héritière, sa pupille, une enfant qu'elle avait recueillie et qui est mariée maintenant ; elle s'appelle Brigitte Declos. Je me doutais bien que Coudray et le Moulin-Neuf devaient vivre en termes de bon voisinage, et que je verrais apparaître cette jeune femme. En effet, elle ne manqua pas de venir.
Elle est grande et très belle, avec un air de hardiesse, de force et de santé. Elle a des yeux verts et des cheveux noirs. Elle a vingt-quatre ans. Elle portait une courte robe noire. Seule de toutes les femmes qui étaient là, elle ne s'était pas endimanchée pour aller à cette noce. J'eus même l'impression qu'elle s'était habillée si simplement exprès, pour marquer le dédain qu'elle éprouve envers la méfiante province : on la tient à l'écart. Tout le monde sait qu'elle n'est qu'une fille adoptée, rien de mieux au fond que ces gamines de l'Assistance employées dans nos fermes. De plus, elle a épousé un homme qui est presque un paysan, vieux, avare et rusé ; il possède les plus beaux domaines de la région, mais il ne parle que patois et mène lui-même ses vaches aux champs. Elle doit s'entendre à faire valser ses sous : la robe était de Paris, et elle a plusieurs bagues ornées de gros diamants. Je connais bien le mari : c'est lui qui a racheté petit à petit tout mon maigre héritage. Les dimanches, je le rencontre parfois dans les chemins. Il a mis des souliers, une casquette ; il s'est rasé et il vient contempler les prés que je lui ai cédés, où paissent maintenant ses bêtes. Il s'accoude à la barrière ; il plante en terre le gros bâton noueux dont il ne se sépare jamais ; il appuie son menton sur ses deux grandes et fortes mains, et, droit devant lui, il regarde. Moi, je passe. Je me promène avec mon chien, ou je chasse ; je rentre à la nuit tombante, et il est toujours là ; il n'a pas plus bougé qu'une borne ; il a contemplé son bien ; il est heureux. Sa jeune femme ne vient jamais de mon côté, et j'avais envie de la voir. Je m'étais informé d'elle auprès de Jean Dorin :
- Vous la connaissez donc ? demanda-t-il. Nous sommes voisins et le mari est un de mes clients. Je les inviterai à mon mariage et il nous faudra les recevoir, mais je ne voudrais pas qu'elle se lie avec Colette. Je n'aime pas ses façons libres avec les hommes. »

Posté par aproposdelivres à 20:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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