24 janvier 2016

Le goût du large - Nicolas Delesalle

Lu en partenariat avec les éditions Préludes

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le gout du large Préludes - janvier 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
"Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer."
De l'inaccessible Tombouctou à la mélancolique Tallinn, entre une partie d'échecs fatale quelque part dans un hôtel russe et un barbecue incongru à Kaboul, des clameurs de la place Tahrir au fond d'un trou, dans l'Aveyron... C'est le roman d'une vie et de notre monde que raconte Nicolas Delesalle, le temps d'une croisière en cargo.
Après le formidable succès d'Un parfum d'herbe coupée - finaliste du prix Relay des voyageurs 2015 -, Le Goût du large embarque le lecteur pour un voyage passionnant, plein d'humour et d'esprit, de couleurs et de saveurs, et réveille notre irrésistible envie d'ailleurs.

Auteur : Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l'ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d'herbe coupée est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
J'ai découvert Nicolas Delesalle, l'année dernière avec son premier roman Un parfum d'herbe coupée . Aussi, je n'ai pas hésité à accepter de découvrir son deuxième livre. Un livre qui nous invite au voyage. Journaliste, Nicolas Delesalle est parti pendant dix jours à bord d'un cargo porte-containers, le MSC Cordoba, pour faire un reportage sur ce nouveau type de voyages.
Son livre, est non seulement le carnet de bord de ses dix jours en mer depuis Anvers jusqu'à Istanbul mais également ses souvenirs de reportages. Des souvenirs douloureux, heureux, amusants ou tristes, des rencontres avec des hommes, des femmes ou des enfants. 
Le voyage en cargo est passionnant, avec son équipage philippins, Angelo le capitaine, Ruben son second, Neil le timonier, Glenn, Ramis, le stewart, Joseph et sans oublier Maïté, l'autre voyageuse passagère. D'Anvers au Golfe de Gascogne en passant par Gibraltar, puis les côtes tunisiennes, les îles du Péloponèse pour arriver à Istambul.
Ses souvenirs de reportages nous entraînent en Israël, à Gaza, en Indonésie, en Estonie, dans partie d'échecs en Russie, à Mourmansk, à Kaboul en Afganistan mais Nicolas nous fait aussi découvrir "une fragile zone de paix" dans la région de Bamiyan dont les habitants sont les Hazaras. Au Niger, il outrepassera son rôle de journaliste pour tenter de sauver deux jumeaux, à Dakar il rencontrera des enfants des rues, il sera témoin de la déforestation au Congo, puis ce voyage aura pour destinations la Côte d'Ivoire, l'Egypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie, la Grèce et même une expérience un peu particulière en France... 
Quel beau voyage ! Entre anecdoctes et témoignages, il mêle à la fois l'humour et les émotions mais surtout des rencontres humaines marquantes.

Merci Anne et les éditions Préludes pour ce livre coup cœur et pour sa soirée de lancement avec l'auteur !

 

Extrait : (début du livre)
Jour 1 : D’Anvers au rail de la Manche

Hier soir, Ramis m’a souri du haut de l’échelle de coupée et je suis monté à flanc de cargo. Je n’avais pas l’impression de grimper à bord du MSC Cordoba, porte-conteneurs allemand sous pavillon libérien, équipage philippin, mille six cent vingt-neuf boîtes multicolores empilées sur le pont, de la rouille, de l’iode, du sel, de la solitude, j’avais juste la sensation de quitter le monde connu pour entrer dans un rêve de gosse aux contours flous.

Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J’allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l’ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J’allais me gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.

J’ai suivi Ramis dans les coursives du château, recouvertes de lino bleu turquoise. Il a vérifié mon passeport, mon certificat médical et m’a fait signe de grimper avec lui jusqu’au pont F. Les escaliers sentaient la Javel et tout était vide. Chacun des vingt et un membres d’équipage vaquait à ses occupations, mais pour moi, c’était déjà un bateau fantôme, un navire hors du temps et des hommes. Je suis enfin entré dans ma cabine monastique. Je l’imaginais plus étroite, moins confortable. Des meubles en contreplaqué y encadrent un espace simple rendu douillet par la présence d’une moquette dodue à l’étrange motif écossais. Des posters lambda encadrés au mur donnent au lieu un air impersonnel d’appartement de station de ski ou de salle d’attente. Une salle d’attente. Une salle d’ennui. Une salle d’écriture. C’est bien ce que cette cabine symbolisait pour moi.

Le soleil est tombé au loin entre les deux cheminées de la centrale nucléaire du port industriel d’Anvers, près d’un champ planté d’éoliennes. À travers les hublots de ma cabine, j’ai observé le spectacle extraordinaire du chargement. Trois portiques hauts comme des immeubles de vingt étages nourrissaient le ventre du navire en laissant glisser vers le sol des filins de métal torsadés au bout desquels des mains mécaniques et crochues agrippaient un par un les conteneurs pour les remonter à toute vitesse et les déposer sur le cargo avec une facilité déconcertante. C’était un jeu de Lego géant, un Tetris colossal, des pièces de vingt tonnes volaient comme des mouettes graciles.

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Voyage (1)

Déjà lu du même auteur :

un parfum d'herbe coupée Un parfum d'herbe coupée 

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27 juillet 2013

Une odeur de henné - Cécile Oumhani

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Editions Paris Méditerranée - septembre 1999 - 

Editions Elyzad - mai 2012 - 236 pages

Quatrième de couverture : 
Kenza est médecin dans un hôpital de campagne. Son père lui a transmis sa passion des livres. Depuis son enfance, Kenza se sent différente, en rien semblable à sa mère ou à ses camarades de classe. Habitée par un vif désir de connaissance, elle fait tout pour échapper aux conventions de son milieu. Aussi, quand ses parents lui annoncent qu'un jeune homme a demandé sa main, Kenza se révolte. Elle part pour Paris, loin de l'emprise de la tradition. Sans se douter que sa soif de liberté y sera aussi mise à l'épreuve...
Grâce à son écriture sensible, Cécile Oumhani donne vie à un personnage attachant qui se débat dans ses contradictions, vit intensément ses émotions, s'émancipe, mais à quel prix, et découvre dans la souffrance une forme de libération.
Un roman élégant qui se fait l'écho intime de questions brûlantes dans la société tunisienne d'aujourd'hui.

Auteur : Poète et romancière, Cécile Oumhani est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Une odeur de henné est son premier roman. Elle a publié Le café d'Yllka (2008), Prix Littéraire Européen de l'Adelf (Association des écrivains de langue française), traduit en Italie.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
J'ai découvert ce livre grâce au « Café Lecture » de la Bibliothèque.
Le henné est un colorant naturel qui sert à réaliser des tatouages sur les mains d'une jeune mariée. Dans les pays du Magreb, cela représente la tradition et les mariages arrangés. Kenza est une jeune tunisienne de trente ans, qui a fait des études et est maintenant médecin, c'est une femme indépendante qui, aux regrets de ses parents, n'est toujours pas mariée. Un jour, un ami de la famille fait officiellement sa demande et Kenza ne se voit pas perdre sa liberté obligée de s'occuper d'un mari, de tenir une maison et d'avoir des enfants. Elle accepte ces fiancailles en échange de pouvoir partir un an à Paris pour faire de la recherche en médecine. Arrivée à Paris, elle prend de plein fouet le choc culturel, la liberté des femmes l'étonne, elles peuvent aller boire un verre dans un café, le compagnon de son amie française s'occupe de préparer le repas... Elle est perdue par ces différences culturelles et lorsqu'elle rencontre Jacques, elle est troublée par les sentiments qu'il suscite chez elle. Pour se protéger, elle se renferme sur elle-même et elle décide de porter un foulard et une tunique sombre. 

Une très belle lecture où il est question de traditions culturelles et religieuses, de la place de la femme dans la société tunisienne. L'écriture est sensible, poétique, les femmes sont au centre de cette histoire. A découvrir !

 

Extrait : (début du livre)
La nuit tombe sur Benissa. Les visages sont maintenant gagnés par l'onde dorée d'une autre lumière. La chaleur relâche son emprise et les gens émergent de la torpeur de l'après-midi. Le village s'éveille et entonne une rumeur ample et sourde. Ses maisons tout à l'heure prostrées dans la profusion des jardins se détachent avec un nouveau relief. Le village est paré du décor électrique qui s'illumine depuis l'arête des minarets, dès le crépuscule. Des enfants jaillissent des portes peintes de rouge, de bleu, se lancent dans des cavalcades, dégringolent le lacis des venelles tracées par de lointains ancêtres andalous. Leurs cris ricochent d'une cour à l'autre. Les vieilles psalmodient dans l'ombre du mausolée de Sidi Toumi. Des jeunes filles rient aux éclats à la fontaine où elles puisent l'eau et son joyeux murmure. La montagne fauve règne là-bas au fond du ciel. Ses contours assombris sculptent une menace indéfinie mais millénaire. C'est la saison des mariages et la nuit va bientôt résonner des ululuments des femmes en liesse dans le rythme obsédant des darboukas, traversé par les sonorités aigres du mezoued.

 

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