08 juin 2010

Hiver – Mons Kallentoft

hiver Le Serpent à plumes – novembre 2009 - 483 pages

traduit du Suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Présentation de l'éditeur :

Mardi 31 janvier, 7 h 22. Il fait encore nuit à Ôstergôtland. Cet hiver est l'un des plus froids que l'on ait connus en Suède. Ce matin-là, Malin Fors et ses collègues de la criminelle découvrent un cadavre, nu et gelé, pendu à une branche d'arbre. Mais comment diable cet homme a-t-il atterri ici ? Meurtre ? Suicide ? Et d'où viennent ces étranges blessures qui recouvrent son corps ? D'indice en indice, de nouveaux personnages apparaissent : les trois frères d'une certaine Maria, suspectés de viol ; Joakim et Markus, deux adolescents pas très nets ; Valkyria et Rickard Skoglôf, deux marginaux adeptes de cultes vikings. Les policiers sont perplexes. Pour la première fois en France, le public est invité à faire la connaissance de la célèbre Malin Fors, qui compte déjà des millions de fans en Scandinavie.

Auteur : Mons Kallentoft est né en 1968 en Suède. Journaliste et auteur, il a déjà publié cinq romans qui ont reçu de nombreux prix. Vendu à 150 000 exemplaires en Suède et traduit en huit langues, Hiver a connu un succès retentissant dès sa parution.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Hiver est le premier tome d'une série de roman policier, le deuxième tome Été est déjà en librairie.
En plein hiver, le cadavre d'un homme obèse et nu est découvert pendu dans un arbre. Très vite, la police comprend que c'est un meurtre et non un suicide. La commissaire Malin Fors va minutieusement explorer différentes pistes.
En parallèle, la voix du mort intervient en confiant au lecteur ses pensées, son ressenti sans jamais nous dévoiler l'intrigue. L'enquête est passionnante, elle a un rythme lent. Le froid de l'hiver est présent en permanence. Nous découvrons également un peu de la vie privée de la commissaire Malin Fors. Elle est mère célibataire d'une fille de quatorze ans. Elle est très prise par son travail qu'elle effectue avec beaucoup de talent. Elle est très sympathique.

J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce roman policier et je compte bien continuer à découvrir les prochains livres de cette série.

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03 mars 2010

Les chaussures italiennes – Henning Mankell

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (13/26)

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les_chaussures_italiennes Seuil – octobre 2009 – 340 pages

traduit du suédois par Anna Gibson

Présentation de l'éditeur :

A soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l'archipel. Depuis qu'une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s'est isolé des hommes. Pour se prouver qu'il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s'y immerge chaque matin. Au solstice d'hiver, cette routine est interrompue par l'intrusion d'Harriet, la femme qu'il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer. Le temps de deux solstices d'hiver et d'un superbe solstice d'été, dans un espace compris entre une maison, une île, une forêt, une caravane, Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l'amour et la rédemption.

Auteur : Né en 1948, Henning Mankell partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Lauréat de nombreux prix littéraires, célèbre pour ses romans policiers centrés autour de l'inspecteur Wallander, il est aussi l'auteur de romans ayant trait à l'Afrique ou à des questions de société, de pièces de théâtre et d'ouvrages pour la jeunesse.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Après Tea Bag, c'est le deuxième livre que je lis d'Henning Mankell. Je croyais me lancer dans la lecture d'un polar, puisque cet auteur est surtout célèbre pour ses romans policiers avec l'inspecteur Wallander. Mais je me suis rapidement aperçue que ce livre était un roman. Je crois pouvoir dire que j'ai eu un vrai coup de cœur pour ce livre.

Fredrik Welin est un homme blessé, il s'est isolé des autres en vivant depuis douze ans, seul avec son chien et son chat dans une île de la Baltique avec comme seul contact, le facteur. Un jour d'hiver, il voit apparaître sur la glace, Harriet, la femme qu'il a abandonnée sans explication, il y a trente-sept ans. Elle est très malade et elle lui demande de tenir une promesse qu'il lui avait faite autrefois : aller voir un lac aux eaux noirs. Ils vont partir tous les deux pour un voyage en voiture dans la forêt suédoise enneigée et silencieuse à la recherche de ce lac. Durant ce voyage, Fredrik va rencontrer au fond des bois Louise, puis Giaconelli, un vieux cordonnier de génie qui lui confectionnera ses chaussures italiennes. L'homme solitaire est alors rattrapé par son passé et il décide enfin de l'affronter plutôt que de s'enfermer sur lui-même. Il rencontrera alors Agnes, Sima et je n'en dirai pas plus...

Un récit sensible, écrit tout en délicatesse et avec beaucoup de justesse, les personnages sont terriblement attachants. Un livre magnifique et poignant. Un grand coup de cœur !

Extrait : (début du livre)

Je me sens toujours plus seul quand il fait froid.

Le froid de l'autre côté de la vitre me rappelle celui qui émane de mon propre corps. Je suis assailli des deux côtés. Mais je lutte, contre le froid et contre la solitude. C'est pourquoi je creuse un trou dans la glace chaque matin. Si quelqu'un, posté sur les eaux gelées avec des jumelles, me voyait faire, il me prendrait pour un fou. Il croirait que je prépare ma mort. Un homme nu dans le froid glacial, une hache à la main, en train de creuser un trou ?!

Au fond je l'espère peut-être, ce quelqu'un, ombre noire dans l'immensité blanche qui me verra un jour et se demandera s'il ne faut pas intervenir avant qu'il soit trop tard. Pour ce qui est de me sauver, en tout cas, c'est inutile. Je n'ai pas de projets de suicide.

Dans un autre temps, juste après la catastrophe, il m'est arrivé, oui, de vouloir en finir. Pourtant, je ne suis jamais passé à l'acte. La lâcheté a toujours été une fidèle compagne de ma vie. Maintenant comme alors, je pense que le seul enjeu, pour un être vivant, est de ne pas lâcher prise. La vie est une branche fragile suspendue au-dessus d'un abîme. Je m'y cramponne tant que j'en ai la force. Puis je tombe, comme les autres, et je ne sais pas ce qui m'attend. Y a-t-il quelqu'un en bas pour me recevoir ? Ou n'est-ce qu'une froide et dure nuit qui se précipite à ma rencontre ?

La glace se maintient.

L'hiver est rude, en cette année des débuts du nouveau millénaire. Quand je me suis réveillé ce matin, dans l'obscurité de décembre, j'ai cru entendre la glace chanter. Je ne sais pas d'où me vient cette idée que la glace chante. Peut-être de mon grand-père, qui est né sur cette île ; peut-être est-ce quelque chose qu'il me racontait quand j'étais petit.

Le bruit qui m'a réveillé ne venait pas de la chatte, ni de la chienne. J'ai deux animaux qui dorment plus profondément que moi. Ma chatte est vieille et pleine de courbatures ; ma chienne est sourde de l'oreille droite et elle entend mal de l'oreille gauche. Je peux passer à côté d'elle sans qu'elle s'en aperçoive.

Mais ce bruit ?

J'ai écouté dans le noir. Vu la provenance du son, ce devait être la glace qui bougeait, malgré tout – bien qu'ici, au fond de la baie, elle ait une épaisseur d'au moins dix centimètres. Un jour de la semaine dernière où j'étais plus inquiet que d'habitude, je suis parti à pied vers l'endroit où la glace rencontre la mer. J'ai vu alors que la glace s'étendait sur plus d'un kilomètre au-delà des derniers îlots. Ici, au fond de la baie, elle ne devrait donc pas être en mesure de bouger. Pourtant, ce matin, elle bougeait. Elle se soulevait, s'abaissait, craquait et chantait.

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14 janvier 2010

Le Tailleur de pierre – Camilla Läckberg

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (5/26)

le_tailleur_de_pierre Actes Sud – octobre 2009 – 477 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus 

Présentation de l'éditeur :

" La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l'avoir esquintée. Il jeta un coup d'œil par-dessus bord mais ce qu'il vit n'était pas le casier. C'était une main blanche qui fendit la surface agitée de l'eau et sembla montrer le ciel l'espace d'un instant. Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs... " Un pêcheur de Fjâllbacka trouve une petite fille noyée. Bientôt, on constate que Sara, sept ans, a de l'eau douce savonneuse dans les poumons. Quelqu'un l'a donc tuée avant de la jeter à la mer. Mais qui peut vouloir du mal à une petite fille ? Alors qu'Erica vient de mettre leur bébé au monde et qu'il est bouleversé d'être papa, Patrik Hedstrôm mène l'enquête sur cette horrible affaire. Car sous les apparences tranquilles, Fjâllbacka dissimule de sordides relations humaines - querelles de voisinage, conflits familiaux, pratiques pédophiles - dont les origines peuvent remonter jusqu'aux années 1920. Quant aux coupables, ils pourraient même avoir quitté la ville depuis longtemps. Mais lui vouer une haine éternelle.

Auteur : Camilla Läckberg-Eriksson, née le 30 août 1974, est l'auteur de plusieurs romans noirs mettant en scène Erica Falck et dont l'intrigue se situe toujours à Fjâllbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède. Ses ouvrages se sont tous classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années dans son pays et le succès est aussi de mise à l'étranger. Dans la collection "Actes noirs" ont déjà paru La Princesse des glaces (2008) et Le Prédicateur (2009).

Mon avis : (lu en janvier 2010)Ayant beaucoup aimé les deux livres précédents : La Princesse des glaces et Le Prédicateur, j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Erica Falk et Patrik Hedstrôm qui sont maintenant les jeunes parents d’une petite fille de deux mois Maja. Sara, une petite fille de sept ans est retrouvée dans le filet d'un pêcheur. Sa mère Charlotte et son mari Niclas sont désespérés, ils ont également un fils Albin et ils vivent chez Lilian, la mère de Charlotte. Lilian est en conflit avec son voisin Kaj qui a un fils Morgan atteint de la maladie d’Asperger (autisme avec un QI élevé). Tout le commissariat de Fjâllbacka (Patrick, Martin, Ernst, Gosta) se mobilise pour mener l’enquête.

Parallèlement, le lecteur suit entre 1923 et 1928 l'histoire d'une jeune fille Agnès qui cherche à s'émanciper et qui va se trouver liée pour son malheur avec le tailleur de pierre.

L'histoire est prenante et le suspens est fort car on cherche à comprendre le lien entre l’enquête et l’histoire du début du siècle et les nombreuses fausses pistes corsent la résolution de l’énigme. Tout comme les deux livres précédents, je me suis régalée en lisant les nouvelles aventures d’Erica et Patrick et j’attends avec impatience la traduction des volumes suivants !

Merci au site logo_alapage qui m'a fait cadeau

de "Le Tailleur de pierre" – Camilla Läckberg.

Extrait : (début du livre)

La pêche au homard avait connu des jours meilleurs. Autrefois, les pêcheurs professionnels travaillaient dur pour capturer les crustacés noirs. Aujourd’hui, les estivants passaient une semaine de vacances à pêcher pour leur plaisir personnel. Sans rien respecter. Au fil des ans, il avait constaté bien des entorses au règlement. Des gens sortaient discrètement des brosses pour éliminer les œufs bien visibles sur les femelles et ainsi faire croire qu’elles étaient licites. Certains relevaient des casiers qui ne leur appartenaient pas, et on voyait même des plongeurs cueillir les homards directement avec les mains. Il se demandait où cela s’arrêterait, si l’on ne pouvait même plus compter sur un code d’honneur entre pêcheurs. Une fois, dans la nasse qu’il remontait il avait trouvé une bouteille de cognac à la place des crustacés disparus, c’était déjà ça. Ce voleur-là avait malgré tout fait preuve d’une certaine classe, sinon d’humour. Frans Bengtsson trouva deux homards magnifiques dès le premier casier, et il sentit sa mauvaise humeur s’évaporer. Il avait l'œil pour repérer leurs passages et il connaissait quelques véritables mines d’or où les nasses se rem plissaient avec la même abondance d’année en année. Trois paniers plus tard, il avait amassé un tas non négligeable de ces précieuses bêtes. Il ne comprenait pas pourquoi le homard se vendait à des prix aussi éhontés. Certes, ce n’était pas mauvais, mais à choisir il préférait le hareng pour son dîner. C’était bien meilleur et d’un prix plus raisonnable. Mais les revenus qu’il en tirait augmentaient avantageusement sa retraite à cette époque de l’année.

La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l’avoir esquintée. Il jeta un coup d'œil par-dessus bord mais ce qu’il vit n’était pas le casier. C’était une main blanche qui fendit la surface agitée de l’eau et sembla montrer le ciel l’espace d’un instant.

Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs avec le casier. Mais il se reprit et tira à nouveau sur la corde. Il dut mobiliser toutes ses forces pour réussir à hisser sa trouvaille macabre dans la snipa en bois. Le corps mouillé, livide et inanimé roula sur le fond du bateau et lui fit immédiatement perdre son sang-froid. C’était un enfant qu’il avait sorti de l’eau. Une petite fille, les cheveux longs collés sur le visage et les lèvres aussi bleues que les yeux qui fixaient le ciel sans rien voir.

Frans Bengtsson se précipita pour vomir par-dessus bord.

Jamais Patrik n’avait pu imaginer qu’on puisse être aussi fatigué. Toutes ses illusions sur le sommeil des nourrissons avaient été systématiquement brisées ces deux derniers mois. Il passa les mains dans ses cheveux châtains coupés court pour les démêler, sans grand résultat. Si lui était crevé, il n’arrivait même pas à imaginer l’état d’Erica. Lui au moins était dispensé des fréquentes tétées nocturnes. Patrik se faisait du souci pour elle. Il n’arrivait pas à se rappeler l’avoir vue sourire depuis son retour de la maternité, et elle avait de grands cernes noirs. Le dé s espoir se lisait dans ses yeux le matin et il avait du mal à les laisser, Maja et elle. Pourtant il devait avouer qu’il était franchement soulagé de pouvoir s’échapper vers son monde professionnel rempli d’adul tes. Il adorait Maja par-dessus tout, mais se retrouver avec un bébé était comme entrer dans un univers inconnu, avec sans cesse de nouvelles raisons d’être aux aguets et stressé. Pourquoi ne dort-elle pas ? Pourquoi crie-t-elle ? A-t-elle trop chaud ? trop froid ? Est-ce qu’elle n’a pas des boutons bizarres ? Alors que les voyous adultes, il les pratiquait depuis longtemps et il savait comment les gérer.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (5/26)

Lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

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10 octobre 2009

Entre Dieu et moi, c’est fini – Katarina Mazetti

entre_dieu_et_moi_c_est_finiGaïa – octobre 2007 – 157 pages

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Quatrième de couverture :

Linnea a seize ans, plein de complexes, et pas mal de questions qui lui trottent dans la tête. La seule qui la comprenait, c’était Pia. Sa meilleure amie, son amie pour la vie. Enfin, pour cent vingt jours, « sans compter les week-ends », Linnea a fait le calcul une fois. Maintenant que Pia est morte. Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l’amour, de la mode, de Markus, le beau gosse dont toutes les filles rêvent, du prof de bio qui devait se faire interner mais qui au lieu de ça harcèle la classe entière, de son père qu’elle voit deux fois par an, de sa mère qui a une liaison tumultueuse. Et de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie « croire en Dieu »? Car ce n’est pas exactement la même chose que le père Noël. Une chose est sûre, ce n’est pas la peine de compter sur Dieu pour résoudre les équations du second degré. Seulement voilà, Pia s’est jetée sous un train. Alors Linnea se souvient, puisque comme dit son excentrique grand-mère, « pour pouvoir oublier quelque chose, il faut d’abord bien s’en souvenir ». Emouvant et drôle.

Biographie de l'auteur
Katarina Mazetti est née à Stockholm en 1944, journaliste puis enseignante, elle est aujourd'hui une écrivain prolifique. Elle est l'auteur de romans pour adultes (Le mec de la tombe d'à côté, Les larmes de Tarzan), pour enfants et pour adolescents.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J’ai découvert cette auteur avec "Le mec de la tombe d'à côté" puis "Les larmes de Tarzan". Ce livre est destiné aussi bien aux adultes, qu’aux adolescents.

C’est l’histoire de Linnea une adolescente suédoise de 16 ans pleine de contradictions. Elle vit avec sa mère, son beau-père Ingo et son petit frère de 9 ans Knotte. Elle est secrètement amoureuse du beau Markus. Elle se pose mille et une questions sur sa vie, son avenir, sur l’amour, sur Dieu… Une seule personne l’a vraiment comprise, son amie Pia. Ce livre nous raconte avec humour, l’amitié entre Linnea et Pia, une amitié qui va durer moins longtemps que prévu, car elle va se terminer sur un drame. Linnea (et le lecteur) veut comprendre et surtout accepter et vivre avec ce qui s’est passée.

Un beau livre à la fois drôle et émouvant qui se lit très facilement.

On peut retrouver le personnage de Linnea dans deux autres livres de Katarina Mazetti

entre_le_chaperon_rouge Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (février 2008)

la_fin_n_est_que_le La fin n'est que le début (mars 2009)

Extrait : (début du livre)

Cette nuit, j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier.

« On a vraiment l’impression de parler à un mur », me disaient-ils toujours après m’avoir soûlée pendant trois heures avec leurs trucs. Des trucs de merde, genre qu’ « on » ne sort pas à vélo quand il pleut des cordes et qu’ « on » ne donne pas ses vêtements aux autres. Et que même si je pense que mon répugnant prof de bio devrait se faire interner, c’est quand même lui qui me donne les notes qui vont rester dans mon dossier scolaire. Des trucs habituels qui te cassent les pieds.

C’est pour ça que je me suis efforcée d’imiter un mur. Un mur, ça se tait. Ça à l’air d’être en veille quand on lui parle. Ça reste muré dans son silence, en toute indépendance. Moi, d’ailleurs, je préfère parler à un mur plutôt qu’à la plupart des gens. Les murs ne te font pas ces remarques ridicules que t’as pas envie d’entendre mais qui te trottent quand même dans la tête. Les murs ont toujours le temps. Les murs sont toujours là, ils ne courent pas à des réunions un soir sur deux, ils n’ont pas de séminaires et ne sont pas non plus obligés de téléphoner à Betta pendant trois heures.

Un mur n’écoute peut-être pas. Mais de toute manière, personne n’écoute.

Mon mur à moi se trouve à l’intérieur d’un grand dressing dans la maison de ma grand-mère. On l’a tapissé, je ne sais pas pourquoi, avec le même papier peint que celui que maman avait dans sa chambre de jeune fille, un machin gris parsemé de triangles, de lignes et de points orange et vert kaki. Dans les années cinquante, il avait sans doute été neuf et propre. On y découvre toujours quelque chose de nouveau quand on le fixe en pensant à autre chose. Et il est capable de consoler.        

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20 juin 2009

Millenium, Tome 3 - Stieg Larsson

La reine dans le palais des courants d'air

mill_nium3 Actes Sud – septembre 2007 – 710 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s'ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d'une série rapidement devenue culte. Le lecteur du deuxième tome l'espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n'est pas morte. Ce n'est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l'hôpital, dans l'incapacité physique de bouger et d'agir. Coincée, elle l'est d'autant plus que pèsent sur elle diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu'elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu'elle... Il n'existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l'ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent. Côté forces du bien. on peut compter sur Mikael Blomkvist, qui, d'une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d'autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d'Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l'aide d'Armanskij, reste à savoir s'il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d'une publication concurrente.

Biographie de l'auteur
Né en 1954, Stieg Larsson était journaliste. Il est décédé brutalement en 2004, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie
Millénium dont le premier est disponible chez Actes Sud (Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, 2005) et le deuxième (La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, 2006).

Mon avis : (lu en juin 2009)

C'est avec beaucoup de nostalgie que j'ai fermé ce troisième tome qui achève cette superbe série de Millénium. J'ai adoré suivre les aventures du couple improbable que sont Lisbeth et Mikael. Millénium n'est pas un simple roman policier mais surtout une étude sociologique de la société Suédoise.
Au début de ce troisième tome, nous retrouvons Lisbeth et Mickael quelques heures à peine après la fin du second tome. Lisbeth est dans un sale état inconsciente, avec une balle dans la tête, une balle dans la hanche et une dans l'épaule, Mikaël est menotté... La rédaction de Millénium va se mobiliser pour faire défendre Lisbeth. On retrouve aussi tous les soutiens de Lisbeth qui se s'unissent : Dragan Armanskij, son ancien patron, de même que son ancien tuteur. Certains policiers vont aussi rejoindre ce camp.
Nous allons être plongé dans une enquête, minutieuse, au cœur de complots politiques, de trafics en tout genre et de la police secrète.

Un immense plaisir de lecture, comme pour les deux volumes précédents, j'ai commencé lentement ce troisième tome et rapidement je n'ai pas pu le lâcher avant la fin de cette nouvelle histoire toujours aussi passionnante et captivante. Finalement, je suis bien triste de quitter les héros de Millénium qui m'étaient devenus familiers . Le journaliste suédois Stieg Larsson aurait rédigé les deux cent premières pages du tome 4 avant de décéder. Pourra-t-on un jour lire ce mystérieux Millénium 4 ?

Extrait : (page 19)

Mikael Blomkvist lorgna sur la montre et constata qu'il était 3 heures et des poussières. Il avait des menottes aux poignets. Il ferma les yeux pendant une seconde. Il était exténué mais l'adrénaline lui faisait tenir le coup. Il rouvrit les yeux et regarda hargneusement le commissaire Thomas Paulsson qui lui rendit un regard embêté. Ils étaient assis autour d'une table de cuisine dans une ferme d'un patelin qui s'appelait Gosseberga, quelque part près de Nossebro, et dont Mikael avait entendu parler pour la première fois de sa vie moins de douze heures auparavant.

La catastrophe venait d'être confirmée.

- Imbécile, dit Mikael.

- Écoutez-moi...

- Imbécile, répéta Mikael. Je l'ai dit, putain de merde, qu'il était un danger de mort ambulant. J'ai dit qu'il fallait le manier comme une grenade dégoupillée. Il a tué au moins trois personnes, il est bâti comme un char d'assaut et il tue à mains nues. Et vous, vous envoyez deux gardiens de la paix pour le cueillir comme s'il était un simple poivrot à la fête du village.

Mikael ferma les yeux de nouveau. Il se demanda ce qui allait bien pouvoir encore foirer au cours de cette nuit.

Il avait trouvé Lisbeth Salander peu après minuit, grièvement blessée. Il avait appelé la police et réussi à persuader les Services de secours d'envoyer un hélicoptère pour évacuer Lisbeth à l'hôpital Sahlgrenska. Il avait décrit en détail ses blessures et le trou que la balle avait laissé dans son crâne, et il avait trouvé un appui auprès d'une personne intelligente et sensée qui avait compris que Lisbeth avait besoin de soins immédiats.

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02 juin 2009

Millénium, Tome 2 – Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

mill_nium2 Actes Sud – octobre 2006 – 652 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre
histoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes
enquêtaient pour Millénium. Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé. Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ? C'est dans cet univers à cent à l'heure que nous embarque Stieg Larsson qui signe avec ce deuxième volume de la trilogie Millénium un thriller au rythme affolant.

Biographie de l'auteur
Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.

Mon avis : (lu en mai 2009)

J'ai beaucoup aimé Millénium1, Millénium2 est tout aussi passionnant. Dans ce livre, on approche d'un peu plus près Lisbeth Salander et tout le mystère qui l'entoure. On retrouve les protagonistes du tome précédent environ un an plus tard. Lisbeth, personnage féminin athypique, est en vacances dans les Caraïbes, elle se distrait en résolvant l'énigme mathématique du théorème de Fermat. Elle a coupé les relations avec Mikaël Blomkvist sans aucune explication. Mikaël Blomkvist a retrouvé sa place de rédacteur au journal Millénium. Il enquête sur la prostitution et le trafic sexuel de jeunes femmes. Lisbeth va être mêlée malgré elle à cette enquête, elle sera même suspectée de meurtre... L'intrigue est rondement menée, le lecteur va de surprises en rebondissements, il suit avec passion l'enquête que mène parallèlement la police, Mikaël et Lisbeth. En effet nos deux héros ne vont jamais se rencontrer tout au long du livre. A la fin de ce volume, le suspens et à son comble et … il faudra attendre la lecture du 3ème tome pour avoir le dénouement !

Extrait : (Prologue)

Elle était attachée sur une étroite couchette au cadre en acier. Des courroies de cuir l'emprisonnaient et un harnais lui maintenait la cage thoracique. Elle était couchée sur le dos. Ses mains étaient retenues par des lanières de cuir de part et d'autre du lit.

Elle avait depuis longtemps abandonné toute tentative de se détacher. Elle était éveillée mais gardait les yeux fermés. Quand elle les ouvrait, elle se trouvait dans le noir et la seule source de lumière visible était un mince rayon qui filtrait au-dessus de la porte. Elle avait un mauvais goût dans la bouche et ressentait un besoin impérieux de se laver les dents.

Une partie de sa conscience épiait le bruit de pas qui signifierait qu'il venait. Elle savait que c'était le soir mais n'avait aucune idée de l'heure, à part qu'elle sentait que ça devenait trop tard pour une de ses visites. Elle sentit une vibration soudain dans le lit et ouvrit les yeux. On aurait dit qu'une sorte de machine s'était mise en marche quelque part dans le bâtiment. Quelques secondes plus tard, elle n'aurait su dire si elle l'inventait ou si le bruit était réel.

Dans sa tête, elle cocha un jour de plus.

C'était son quarante-troisième jour de captivité.

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16 mai 2009

Millénium, Tome 1 - Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Millenium_1 Actes Sud – juin 2006 – 574 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée. placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documnts cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers. lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire. A la fin de ce volume, le lecteur se doute qu'il rencontrera à nouveau les personnages et la revue Millenium. Des fils ont été noués, des portes ouvertes. Impatient, haletant, on retrouvera Mikael et sa hargne sous une allure débonnaire, et Lisbeth avec les zones d'ombre qui l'entourent, dans -Millénium 2 - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette ; Millénium 3 -La Reine dans le palais des courants d'air.

Biographie de l'auteur
Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages de guerre en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.

Mon avis : (lu en mai 2009)

J'ai enfin lu Millénium 1 et je n'ai qu'une envie c'est lire Millénium 2 et 3 !

J'ai entendu parler de ce livre pour la première fois il y a 1 an et jusqu'à il y a deux jours je n'avais pas eu l'occasion de le lire... Ces derniers jours, avec la médiatisation de la sortie du film, j'ai tenté de me procurer le tome 1 à la bibliothèque et j'ai eu la chance de l'obtenir...

Je n'ai eu aucun mal à rentrer dans le livre malgré une mise en place de l'intrigue assez lente. En effet, l'auteur prend le temps de nous présenter minutieusement chacun des deux personnages principaux : Mikael Bloomkvist et Lisbeth Salander. Mikael est journaliste d'investigations économiques et sociales au Millénium, il vient d'être condamné pour diffamation à 3 mois de prison. Il est embauché par Henrik Vanger un magnat de l'industrie officiellement pour rédiger l'histoire de la famille Vanger et officieusement pour enquêter sur l'étrange disparition de sa nièce Harriet 36 ans plus tôt en 1966. Lisbeth Salander, une jeune femme rebelle et perturbée, un génie de l'informatique qui est très douée pour mener des enquêtes.

L'intrigue est très intéressante, pleines de rebondissements, ses personnages sont atypiques et néanmoins très attachants. Le style est simple, et j'ai été surprise par le tutoiement qui est semble-t-il courament pratiqué en Suède. L'auteur nous livre également des explications économiques et politiques de la Suède ainsi qu'une description de la société suédoise. Attention, certains passages sont violents : il est question de séquestrations, tortures et viols... 

J'ai été prise par l'histoire comme jamais et j'avais du mal à lâcher mon livre : j'y ai même consacré mon samedi matin pour terminer les 300 pages qu'ils me restaient à lire... Il faudra pourtant que j' attende lundi pour me procurer la suite...

mill_nium_le_film

Le 13 mai 2009, est sortie en France le film danois et suédois « Millénium, le film » (Män som hatar kvinnor) réalisé par Niels Arden Oplev avec Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Lena Endre

Extrait : (page 15)

VENDREDI 20 DÉCEMBRE

LE PROCÈS 
ÉTAIT
IRREVOCABLEMENT terminé et tout ce qui pouvait être dit avait été dit. Il n'avait pas douté une seconde qu'on allait le déclarer coupable. Le jugement avait été rendu dès 10 heures du matin ce vendredi, et il ne restait maintenant plus qu'à écouter l'analyse des journalistes qui attendaient dans le couloir du tribunal.
Mikael Blomkvist les vit par l'entrebâillement de la porte et il se retint quelques secondes. Il n'avait pas envie de discuter le verdict dont il venait d'obtenir la copie, mais les questions étaient inévitables et il savait - mieux que quiconque - qu'elles devaient être posées et qu'il fallait y répondre. C'est comme ça que ça fait d'être un criminel, pensa-t-il. Du mauvais côté du micro. Il s'étira, mal à l'aise, et essaya d'arborer un sourire. Les reporters le lui rendirent et hochèrent gentiment la tête, presque gênés.
- Voyons voir... Aftonbladet, Expressen, TT, TV4 et... tu es d'où, toi... ah oui, Dagens Industri. On dirait que je suis devenu une vedette, constata Mikael Blomkvist.
- Une déclaration, s'il te plaît, Super Blomkvist ! lança l'envoyé d'un des journaux du soir.
Mikael Blomkvist, dont le nom complet était Cari Mikael Blomkvist, se força à ne pas lever les yeux au ciel comme chaque fois qu'il entendait son surnom. Un jour, vingt ans plus tôt, alors qu'il était âgé de vingt-trois ans et qu'il venait de commencer son travail de journaliste comme remplaçant pour les vacances d'été, Mikael Blomkvist avait par hasard démasqué une bande de braqueurs de banques auteurs de cinq casses très remarqués étalés sur deux années. De toute évidence, il s'agissait de la même bande ; leur spécialité était d'arriver en voiture dans des petites villes et de braquer une ou deux banques, avec une précision toute militaire. Ils portaient des masques en latex des personnages de Walt Disney et avaient été baptisés - selon une logique policière pas totalement absurde - la Bande à Donald. Les journaux choisirent cependant de les appeler les Frères Rapetout, surnom un peu plus sérieux vu qu'à deux reprises, ils avaient sans scrupules tiré des coups de feu d'avertissement au mépris de la sécurité des gens et qu'ils avaient menacé les passants et les badauds.

Extrait : (page 105)
- L'île restait coupée mais les choses ont commencé à se calmer. Nous ne nous sommes rendu compte de l'absence d'Harriet qu'au moment où nous passions à table pour un dîner tardif vers 20 heures. J'ai envoyé l'une de mes cousines la chercher dans sa chambre, mais elle est revenue en disant qu'elle ne la trouvait pas. Cela ne m'a pas inquiété outre mesure ;j'ai dû croire qu'elle était allée faire un tour ou qu'elle n'avait pas été informée que le dîner était servi. Et au cours de la soirée j'ai été occupé par diverses querelles familiales. Ce n'est que le lendemain matin, parce qu'Isabella me cherchait, que nous avons réalisé que personne ne savait où elle était et que personne ne l'avait vue depuis la veille.
Il écarta grand les bras.

Extrait : (page 248)
Une seule condition devait être remplie. Maître Bjurman devait mourir de manière qu'elle-même ne puisse jamais être associée au crime. Elle se doutait bien que tôt ou tard son nom apparaîtrait dans une enquête policière à venir quand les flics examineraient les activités de Bjurman. Mais elle n'était qu'un grain de poussière dans toute une galaxie de clients actuels ou anciens, elle ne l'avait rencontré que quelques rares fois et, à moins que Bjurman n'ait noté dans son agenda qu'il l'avait forcée à lui faire une pipe - ce qu'elle jugeait invraisemblable -, elle n'avait aucune raison de l'assassiner. Il n'y aurait pas la moindre preuve que sa mort avait un rapport quelconque avec ses clients ; on pourrait penser à des ex-petites amies, des parents, des connaissances, des collègues et un tas d'autres gens. On pourrait même cataloguer cela de random violence, scénario dans lequel le meurtrier et victime ne se connaissaient pas.

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15 avril 2009

Le prédicateur - Camilla Läckberg

le_pr_dicateur Actes Sud – mars 2009 – 375 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

Présentation de l'éditeur
Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s'allonge... Une nouvelle fois, Camilla Lâckberg excelle à tisser son intrigue, manipulant son lecteur avec jubilation, entre informations finement distillées et plaisir de nous perdre en compagnie de ses personnages dans une atmosphère provinciale lourde de secrets.

Biographie de l'auteur
Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est l'auteur de plusieurs romans noirs mettant en scène Erica Falck et dont l'intrigue se situe à Fjàllbacka, petite ville tranquille de la côte suédoise. La Princesse des glaces (Actes Sud, 2008) a reçu en France le grand prix de la Littérature policière et le prix du Polar étranger au Festival de Cognac. Classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années en Suède, ses ouvrages paraîtront successivement chez Actes Sud.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Voici la suite de "La Princesse des glaces", on retrouve Erika Falck dans ses dernières semaines de grossesse, sous la canicule. Mais ici le personnage principal est plutôt Patrick son compagnon qui dirige une enquête difficile. Une femme est retrouvée assassinée, sur le même lieu on découvre également les ossements de deux femmes disparues 24 ans plus tôt. L'enquête va mettre en cause une famille donc les membres se sont brouillés dans le passé. Peu à peu, les éléments du puzzle vont s'assembler avec quelques rebondissements inattendus. Les "à côté" de l'enquête sont amusantes et pleines de fraîcheur : on retrouve Erika au prise à de la famille ou des amis sans-gêne qui viennent s'installer chez elle...

L'enquête est passionnante, l'intrigue bien conduite et j'ai profité avec plaisir de la lecture de ce livre, ne voulant pas le lâcher avant le dénouement. Et maintenant, j'attends avec impatience la traduction et la sortie du prochain livre "Le Tailleur de pierre" prévu en novembre 2009 (d'après les éditions Actes Sud).

Extrait : (début du livre)

La journée commença de façon prometteuse. Il se réveilla tôt, avant le reste de la famille, s’habilla aussi discrètement que possible et réussit à filer sans se faire remarquer. Il emporta son casque de chevalier et l’épée de bois qu’il brandit triomphalement pendant qu’il courait sur les cent mètres séparant sa maison de l’entrée de la brèche du Roi. Il s’arrêta un instant et observa respectueusement la trouée escarpée fendant le roc. Deux mètres environ séparaient les parois et elles s’élevaient sur une bonne dizaine de mètres vers le ciel où le soleil avait commencé son ascension. Trois gros blocs de pierre étaient restés coincés à mi-hauteur constituant un spectacle impressionnant. L’endroit avait une force d’attraction magique sur un enfant de six ans, et le fait que la brèche du Roi soit territoire interdit la rendait d’autant plus attirante.
La faille avait reçu son nom lors d’une visite d’Oscar II à Fjällbacka à la fin des années 1880, mais, de cela, il ne savait rien, ou s’en fichait, lorsqu’il s’introduisit lentement parmi les ombres, son épée de bois prête à l’attaque. En revanche, son papa avait raconté que les scènes du gouffre de l’Enfer dans Ronya, fille de brigands avaient été tournées dans la brèche du Roi, et au cinéma il s’était senti tout excité en voyant Mattis, le chef des bandits, la franchir au galop sur son cheval. Parfois il venait jouer au brigand ici, mais aujourd’hui il était chevalier. Chevalier de la Table ronde, comme dans le livre de coloriage que sa grand-mère lui avait offert pour son anniversaire.
Il avança pas à pas sur les rochers et se prépara à affronter courageusement avec son épée le gros dragon cracheur de feu. Le soleil n’arrivait pas à pénétrer dans ce couloir étroit et le lieu restait froid et sombre même en été. Parfait pour les dragons. Bientôt il ferait gicler le sang de sa gorge, et après une longue agonie le dragon s’écroulerait mort à ses pieds.
Du coin de l'œil il aperçut quelque chose qui attira son attention, un bout de tissu rouge qui dépassait d’un rocher. Sa curiosité prit le dessus, le dragon pouvait attendre. Il y avait peut-être un trésor caché là. Il prit son élan, sauta sur le bloc de pierre et regarda de l’autre côté. Un instant il faillit tomber à la renverse, il tangua quelques secondes puis retrouva son équilibre en battant des bras. Après coup, il ne voudrait pas reconnaître qu’il s’était affolé, mais sur l’instant il eut la plus grande frousse de ses six années de vie. Une dame était embusquée là, étendue sur le dos et elle le fixait de ses yeux écarquillés. Son premier réflexe lui dicta de fuir, avant qu’elle puisse l’attraper et comprendre qu’il jouait ici alors qu’il n’en avait pas le droit. Elle allait peut-être l’obliger à raconter où il habitait, le ramener à la maison. Maman et papa seraient hyper fâchés et demanderaient combien de fois ils lui avaient déjà dit de ne pas aller à la brèche du Roi sans être accompagné d’un adulte.
Mais ce qui était étrange, c’est que la dame ne bougeait pas. Elle ne portait pas de vêtements, et un instant il fut gêné de regarder une femme toute nue. Le truc rouge qu’il avait vu n’était pas un bout de tissu, c’était un sac posé juste à côté d’elle, mais il ne voyait pas de vêtements, nulle part. Bizarre de rester toute nue, alors qu’il faisait si froid ici.
Puis une pensée impossible surgit en lui. La dame était peut-être morte ! C’était la seule explication qu’il pouvait trouver à son immobilité absolue. Cette idée le fit sauter en bas du rocher et lentement reculer vers l’ouverture de la faille. Après avoir mis quelques mètres entre lui et la femme morte, il pivota sur ses talons et prit ses jambes à son cou pour rentrer chez lui. Il ne se souciait plus de savoir s’il allait se faire disputer ou pas.

La sueur collait les draps contre son corps. Erica se tournait et se retournait dans son lit, sans réussir à trouver une position confortable pour dormir. La nuit d’été lumineuse ne facilitait pas non plus le sommeil et pour la millième fois elle nota mentalement qu’elle devait installer des rideaux opaques aux fenêtres, ou plutôt elle ferait en sorte que Patrik s’en occupe.
Sa respiration calme à côté d’elle lui donnait des envies de meurtre. Comment pouvait-il avoir le toupet de ronfler tranquillement alors qu’elle passait ses nuits sans dormir ? Après tout, c’était son bébé aussi. Ne devrait-il pas rester éveillé par solidarité ou quelque chose comme ça ? Elle le toucha dans l’espoir qu’il se réveille. Pas un mouvement. Elle le toucha un peu plus fort. Il grogna, tira la couverture et lui tourna le dos.
Avec un soupir, elle croisa les bras sur sa poitrine et fixa le plafond. Son ventre s’arrondissait comme un énorme globe terrestre et elle essaya d’imaginer l’enfant, nageant dans le liquide amniotique, là dans le noir. Peut-être suçant son pouce. Mais tout cela était trop irréel pour faire surgir des images de bébé dans sa tête. Elle était au huitième mois, mais n’arrivait toujours pas à réaliser qu’il y avait un enfant dans son ventre. Bon, ça n’allait sans doute pas tarder à devenir trop réel. Erica était déchirée entre la hâte et la crainte. Elle avait du mal à voir au-delà de l’accouchement. Si elle était vraiment honnête, elle avait du mal à voir plus loin que le problème de ne plus pouvoir dormir sur le ventre. Elle regarda les chiffres lumineux du réveil. Quatre quarante-deux. Elle pourrait peut-être allumer la lumière et lire un petit moment ?
Trois heures et demie et un mauvais polar plus tard, elle était en train de rouler hors du lit pour se lever lorsque la sonnerie du téléphone retentit. En habituée, elle tendit le combiné à Patrik.
— Allô. Sa voix était lourde de sommeil. Oui, bien sûr, oh la vache, oui, je peux y être dans un quart d’heure. D’accord, on se retrouve là-bas.
Il se tourna vers Erica.
— Je dois y aller. Alerte à bord.
— Mais tu es en vacances. Il n’y a personne d’autre pour s’en occuper ? Elle entendit combien sa voix était geignarde, mais une nuit blanche n’était jamais profitable à l’humeur.
— C’est un homicide. Mellberg veut que je vienne. Il y va aussi.
— Un homicide ? Où ça ?
— Ici à Fjällbacka. Un gosse a trouvé une femme morte dans la brèche du Roi ce matin.
Patrik s’habilla en quatrième vitesse, de légers vêtements d’été, puisqu’on était au mois de juillet. Avant de se ruer dehors, il grimpa sur le lit et embrassa le ventre d’Erica, quelque part à l’endroit où elle se rappelait vaguement avoir eu un nombril.
— Bye Bébé. Sois gentil avec ta maman, je serai bientôt de retour.
Il posa une bise rapide sur la joue de sa compagne et partit. Avec un soupir, Erica s’extirpa du lit et enfila l’une des tentes qui lui faisaient office de vêtements. Très bêtement, elle avait lu quantité de livres sur la grossesse et, à son avis, tous les auteurs qui en décrivaient les joies devraient être traînés sur la place publique et roués de coups. Insomnies, articulations douloureuses, carences, hémorroïdes, transpiration et toutes sortes de dérèglements hormonaux étaient plus près de la réalité. Et ce feu intérieur qui était censé l’illuminer, elle n’en avait certainement pas ressenti la moindre foutue flamme. En grommelant, elle descendit lentement l’escalier pour avaler la première tasse de café de la journée.

Lorsque Patrik arriva, l’activité battait son plein. L’entrée de la brèche du Roi avait été fermée par des rubans jaunes et il compta trois voitures de police et une ambulance. Le personnel technique d’Uddevalla avait déjà commencé son travail et Patrik était suffisamment avisé pour ne pas pénétrer sur le lieu du crime avec ses gros sabots. Ça, c’était l’erreur des débutants, ce qui n’empêchait pas son chef, le commissaire Mellberg, de se balader parmi les techniciens. Du désespoir plein les yeux, ceux-ci regardaient ses chaussures et ses vêtements déposer des milliers de fibres et de particules sur leur lieu de travail si fragile. Lorsque Patrik s’arrêta devant le ruban et fit signe à Mellberg, celui-ci leva le camp, à leur grand soulagement, et passa de l’autre côté du barrage.
— Salut Hedström.
La voix était cordiale voire joyeuse et Patrik sursauta de surprise. Une seconde il crut même que son chef allait le serrer dans ses bras, mais cela ne resta heureusement qu’une pensée inquiétante. L’homme paraissait totalement transformé ! Ça ne faisait qu’une semaine que Patrik était en congé, mais le Mellberg qu’il avait en face de lui n’était vraiment pas le même qui faisait la gueule derrière son bureau et grommelait que les vacances étaient une notion à supprimer.
Mellberg secoua vigoureusement la main de Patrik et lui tapa dans le dos.
— Et comment va ta poule pondeuse ? C’est pour bientôt, non ?
— Pas avant un mois et demi, à ce qu’ils disent.
Patrik n’arrivait toujours pas à comprendre ce qui avait bien pu déclencher ces manifestations de joie de la part de Mellberg, mais il remisa sa curiosité et essaya de se concentrer sur la raison de sa venue en ce lieu.
— Qu’est-ce que vous avez trouvé ?
Mellberg fit un effort monstre pour barrer le chemin au sourire sur son visage et montra les entrailles ombragées de la faille.
— Un gosse de six ans est sorti tôt ce matin quand ses parents dormaient encore, il est venu ici jouer au chevalier parmi les rochers. Et il a trouvé une femme morte. On a été avertis à six heures et quart.
— Ça fait combien de temps que les techniciens examinent les lieux ?
— Ils sont là depuis une heure. L’ambulance est arrivée en premier et ils ont tout de suite confirmé qu’il n’était plus question d’intervenir médicalement. Depuis, les techniciens ont pu travailler à leur guise. Assez emmerdants, ces gars-là, je te le dis… Je suis allé y jeter un petit coup d’oeil, c’est tout, et ils m’ont traité de tous les noms. Mais je suppose que ça rend chiant, forcément, de passer ses journées à quatre pattes à traquer des fibres avec une pince à épiler.
Patrik reconnut là son supérieur hiérarchique. Ça, c’était davantage le jargon de Mellberg. D’expérience, il savait cependant que ça ne servait à rien d’essayer de corriger ses opinions. C’était plus simple de laisser tout cela entrer par une oreille et sortir par l’autre.
— Qu’est-ce qu’on sait de la victime ?
— Rien pour l’instant. Environ vingt-cinq ans. Son seul vêtement, si on peut appeler ça un vêtement, est un sac à main, sinon elle est entièrement à poil. Jolis nichons, d’ailleurs.
Patrik ferma les yeux et répéta silencieusement, comme un mantra intérieur : “Il partira bientôt à la retraite. Il partira bientôt à la retraite…”
Imperturbable, Mellberg poursuivit :
— On n’a pas pu déterminer de quoi elle est morte, mais elle est assez mal en point. Des hématomes sur tout le corps
et des coupures, de couteau probablement. Et puis, oui, elle est allongée sur une couverture grise. Le médecin légiste est en train de l’examiner, comme ça j’espère que nous aurons un avis préliminaire assez rapidement.

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26 février 2009

La Princesse des glaces - Camilla Läckberg

la_princesse_des_glaces Actes Sud – mai 2008 – 382 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.

Biographie de l'auteur
Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est à ce jour l'auteur de cinq polars (donc "Le Prédicateur") ayant pour héroïne Erica Falck et dont l'intrigue se situe toujours à Fjälbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède, qui eut son heure de gloire mais désormais végète. En Suède, tous ses ouvrages se sont classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années, au coude à coude avec Millénium de Stieg Larsson. 

Mon avis : (lu en février 2009)

Des comparaisons sont faites avec Millenium… mais n’ayant pas encore commencé Millenium, la seule ressemblance que j’y vois c’est la couverture du livre et la nationalité de l’auteur ! J'ai bien aimé ce roman policier : j'ai apprécié l'ambiance de "Fjällbacka", petite ville de la côte Suédoise, les personnages sont attachants en particulier Erica.

Beaucoup de sensibilité mais aussi d'humour dans cette histoire, le scénario est excellent et le dénouement particulièrement surprenant et inattendu.

L'auteur ayant déjà écrit cinq romans policiers ayant Erica Falck comme héroïne, j'attends avec impatience l'édition en français des prochains !

Extrait : (page 61)
"Il prit doucement une mèche de ses cheveux et la réchauffa entre ses doigts. De petits cristaux de glace fondirent et mouillèrent ses paumes. Doucement il lécha l'eau.
Il appuya la joue contre le bord de la baignoire et sentit le froid mordre sa peau. Elle était si belle. Flottant ainsi sur la couche de glace.
Le lien entre eux était toujours là. Rien n'avait changé. Rien n'était différent. Deux êtres de la même espèce.
Il eut du mal à retourner la main pour ensuite placer leurs paumes l'une contre l'autre. Il entremêla ses doigts aux siens. Le sang était sec et figé, et de petits fragments vinrent se coller sur sa peau.
Le temps n'avait jamais eu d'importance avec elle. Les années, les jours ou les semaines finissaient par former une bouillasse informe où la seule chose qui comptait était ceci. Sa main à elle contre sa main à lui. Voilà pourquoi la trahison était si douloureuse."

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26 décembre 2008

Tea-Bag - MANKELL Henning

tea_bag Traduit du suédois par Anna Gibson

Seuil - mars 2007 - 329 pages

Présentation de l'éditeur
Tea-Bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot... Dans le nouveau roman de Mankell, comédie et tragédie se donnent la main : tour à tour drôle et grave, dérisoire et engagée, cette histoire pleine de rebondissements et de larmes est un conte inspiré du XXIe siècle et un hommage vibrant à des héroïnes bien réelles.

Biographie de l'auteur
Né en 1948, Henning Mankell a débuté sa carrière professionnelle comme assistant-metteur en scène à l'âge de 17 ans. Passionné de théâtre, il a ensuite dirigé une scène de la province de Scanie. Auteur d'une quinzaine de livres pour enfants et pour adultes, il est considéré comme l'un des maîtres incontestés du roman policier suédois grâce à la série des Wallander qui met en scène un inspecteur du même nom. En 2008 sort 'Profondeurs', ouvrage dans lequel l'auteur médite sur le mensonge en empruntant à tous les genres, du théâtre au roman policier. Il partage aujourd'hui sa vie entre la Suède et le Mozambique où il dirige depuis 1996 le Teatro Avenida, qu'il présente lui-même comme la 'passion de sa vie'. Tea-Bag est son troisième roman, après Comédia infantil (Seuil, 2003) et Le Fils du vent (Seuil, 2004).

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Je n'ai jamais eu l'occasion de lire d'autres livres de cet auteur et j'ai bien aimé ce roman qui aborde un thème très actuel et qui est souvent touchant.

On découvre avec intérêt le contexte d'immigration souvent moins connu de la Suède.

Les personnages sont très attachants : c'est la rencontre d'un poète suédois un peu original avec des sans-papiers venant de différents horizons. L'auteur aborde les sujet de la différence, du choc des cultures, de la peur de l'étranger...

Extrait :

« C'était un des derniers jours du siècle.
La fille au grand sourire fut réveillée par la pluie, le bruit des gouttes s'écrasant avec douceur sur la toile de la tente. Tant qu'elle gardait les yeux fermés, elle pouvait s'imaginer chez elle, au village, au bord du fleuve qui charriait l'eau claire et froide des montagnes. Mais dès qu'elle les ouvrait, elle avait la sensation de basculer dans une réalité vide, impossible à comprendre. Son passé se réduisait alors à un carrousel d'images hachées, saccadées, tirées de sa longue fuite. Immobile, elle faisait l'effort d'ouvrir les yeux lentement, de ne pas laisser filer les rêves tant qu'elle n'était pas prête à affronter le réveil. Ces premières difficiles minutes décidaient de la suite de la journée. Là, en cet instant, elle était entourée de pièges.

Depuis trois mois qu'elle était dans le camp, elle s'était aménagé un rituel auquel elle ajoutait chaque matin un nouvel élément, jusqu'à trouver la meilleure manière, la plus sûre, de commencer la journée sans que la panique la submerge aussitôt. L'essentiel était de ne pas se lever d'un bond avec le faux espoir que ce jour-là apporterait un événement décisif. Rien n'arrivait, dans le camp, elle en avait maintenant la certitude. C'était le premier enseignement qu'elle avait dû assimiler, à compter du jour où elle s'était traînée hors de l'eau sur cette plage caillouteuse d'Europe où elle avait été accueillie par des chiens menaçants et des douaniers espagnols armés. Etre en fuite, cela voulait dire être seul. Cette certitude valait pour tous, quelle que soit leur origine, quels que soient leurs motifs d'être partis pour l'Europe. Elle était seule et il valait mieux de ne pas espérer voir finir cette solitude, qui l'envelopperait encore pour un temps peut-être très long.

Allongée, les yeux fermés, sur le lit de camp inconfortable, elle laissait ses pensées remonter doucement à la surface. A quoi ressemblait sa vie? Au milieu de toute cette confusion, elle avait un point de repère, un seul. Elle était enfermée dans un camp de rétention du sud de l'Espagne après avoir eu la chance de survivre alors que presque tous les autres s'étaient noyés, tous ceux qui avaient embarqué à bord du bateau pourri qui devait les amener là depuis l'Afrique. Elle se rappelait la somme d'espoirs enfermés dans cette cale sombre. La liberté avait un parfum. Qui devenait de plus en plus fort à mesure que la liberté approchait, et qu'on n'en était plus séparé que par quelques milles marins. La liberté, la sécurité, une vie qui ne serait pas marquée uniquement par la peur, la faim ou le désespoir.

C'était une cale pleine de rêves, pensait-elle parfois, mais peut-être aurait-il été plus juste de dire que c'était une cale pleine d'illusions. Tous ceux qui attendaient dans l'obscurité de cette plage marocaine, entre les mains de passeurs avides venus de divers coins du monde, avaient été conduits à la rame vers le bateau qui attendait sur la rade, tous feux éteints. Des marins réduits à des ombres sifflantes les avaient poussés sans ménagement dans la cale, comme des esclaves des temps modernes. Ils n'avaient pas de chaînes aux pieds. Leurs chaînes, c'étaient les rêves, le désespoir, toute la peur au ventre avec laquelle ils avaient fui un enfer terrestre pour tenter d'atteindre la liberté en Europe. Ils touchaient presque au but quand le bateau s'était échoué. L'équipage grec avait disparu à bord des canots de sauvetage en laissant les gens entassés dans la cale se débrouiller.

L'Europe nous a abandonnés avant même que nous touchions terre. Je ne dois pas l'oublier, quoi qu'il arrive. Elle ignorait combien étaient morts noyés, et elle ne voulait pas le savoir. Les cris, les appels entrecoupés résonnaient encore dans sa tête, telle une pulsation douloureuse. Ces cris l'avaient entourée, dans l'eau froide où elle flottait, puis ils s'étaient tus un à un. En touchant les rochers, elle avait senti un déferlement de triomphe. Elle avait survécu, elle avait atteint le but. Mais quel but ? Ses rêves, elle avait tenté de les oublier par la suite. En tout cas, rien n'avait répondu à ses attentes. »

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