08 septembre 2017

Les bottes suédoises - Hennig Mankell

61MjKAY2d+L 51eHcNslPOL

Le Seuil - août 2016 - 368 pages

Point - juin 2017 - 384 pages

traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Svenska gummistövlar, 2015

Quatrième de couverture :
Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n'est plus qu'une ruine fumante.

Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s'interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ?
Mais c'est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, l'apparition d'une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale.
Tandis que l'hiver prend possession de l'archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu'à l'inimaginable dénouement.

Après l'immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d'un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l'ombre grandissante de la mort ; mais aussi la soif d'amour et le désir, d'un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie.
Tel est l'ultime roman de Henning Mankell : une œuvre d'une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages.

Auteur : Né en Suède en 1948, Henning Mankell est considéré comme l'un des maîtres incontestés du roman policier suédois grâce à la série des Wallander, traduite en 35 langues et pour laquelle l’Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de littérature policière. Lauréat de nombreux prix littéraires dont le prix Mystère de la Critique, le prix Calibre 38, et le Trophée 813, il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse. Il partage aujourd'hui sa vie entre la Suède et le Mozambique.

 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
En avant propos de ce livre l'auteur précise : "Le présent récit est la suite indépendante du roman Les Chaussures italiennes". Cela veut dire que l'on peut lire cette histoire même si on n'a pas lu Les Chaussures italiennes, mais à mon avis c'est un plus de l'avoir lu.

Dans cette histoire, nous retrouvons Fredrik Welin, le chirurgien orthopédiste, qui vit toujours seul sur son île quatre ans après l’épisode des Chaussures italiennes. Il vient de se réveiller brutalement dans l’incendie de sa maison et il a réussi à sortir indemne chaussé de deux bottes gauches, en pyjama avec une veste imperméable. Même si ses voisins arrivent rapidement pour tenter d’éteindre l’incendie, c’est peine perdue… Il n’a plus de toit, il se réfugie donc dans la vieille caravane que sa fille Louise avait laissé sur l’île et c’est l’occasion de recontacter Louise dont il n’avait plus de nouvelles. Sa fille va venir lui rendre visite et se sera l’occasion pour le père et la fille de mieux se connaître. Dès le lendemain de l’incendie, une enquête criminelle est lancée et Fredrik comprend rapidement qu’il est le premier sur la liste des suspects… Il va faire la connaissance de Lisa, une jeune journaliste venue faire un reportage sur l’incendie et avec qui il souhaiterait continuer à échanger. Il y a également son voisin, l’ex-facteur hypocondriaque, toujours prêt à rendre service. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisirs tous les personnages de Les Chaussures italiennes, Fredrik est vieil homme attachant, à l’automne de sa vie. Il est tourmenté par la mort mais il est également toujours animé par le désir de l'amour.
Les paysages
sont toujours magnifiques, la mer, la tempête, le froid, la pluie, la neige et l'île font partis du charme de cette dernière histoire d’Hennig Mankell.

Extrait : (début du livre)
Ma maison a brûlé par une nuit d’automne. C’était un dimanche. Le vent s’était levé dans l’après-midi et, le soir, l’anémomètre indiquait des rafales à plus de 70 km/h.
Un vent du nord, très froid pour la saison. En allant me coucher vers vingt-deux heures trente, j’ai pensé : Voici la première tempête de l’année.
Bientôt l’hiver. Une nuit, la glace commencerait son lent travail jusqu’à recouvrir entièrement la mer autour de mon île.
J’avais mis des chaussettes aux pieds en me couchant le soir. Le froid prenait ses quartiers.
Un mois auparavant, j’avais réparé tant bien que mal le toit de la maison. Un gros travail pour un seul homme, beaucoup de tuiles abîmées qu’il fallait desceller, enlever, remplacer. Mes mains, autrefois habituées aux interventions chirurgicales complexes, n’étaient pas faites pour cela.
Ture Jansson, l’ancien facteur de l’archipel, désormais à la retraite, a bien voulu aller chercher les nouvelles tuiles au port et me les apporter. Il a refusé que je le paie. Vu que je le soigne gratuitement depuis toujours sur le banc de mon ponton, il s’est peut-être dit qu’il me devait un service.
Pendant des années, je l’ai examiné pour une quantité innombrable de maux imaginaires. J’ai palpé son dos et ses bras, je suis allé chercher le stéthoscope que je garde suspendu à un crochet dans la remise, j’ai ausculté son cœur et ses poumons. Jamais, au cours de ma carrière de médecin, je n’ai rencontré quelqu’un qui soit tenaillé par une telle peur de la maladie alors qu’il se porte comme un charme. Jansson est un hypocondriaque professionnel. Pratiquement son deuxième métier.
Une fois, il s’est plaint d’avoir mal aux dents. Ce jour-là je l’ai envoyé paître. Je ne sais pas s’il est allé voir un dentiste. D’ailleurs, a-t-il jamais eu la moindre carie ? J’en doute. Peut-être s’était-il fait mal à force de grincer des dents dans son sommeil ?
La nuit de l’incendie, j’avais pris un somnifère comme d’habitude et je m’étais endormi rapidement.
J’ai été réveillé par la sensation que de puissants projecteurs s’allumaient tous à la fois, qui m’ont aveuglé lorsque j’ai ouvert les yeux. Puis j’ai vu une épaisse couche de fumée grise. Je me suis jeté hors du lit, hors de la chambre, j’ai dévalé l’escalier. J’ai noté que l’horloge au mur indiquait minuit passé de dix-neuf minutes, et que j’étais pieds nus – j’avais dû me débarrasser des chaussettes dans mon sommeil, à cause de la chaleur. J’ai attrapé l’imperméable noir suspendu à côté de la porte, j’ai enfilé mes bottes en caoutchouc. La deuxième m’a donné du mal, mais j’ai quand même réussi à la mettre. Je me suis précipité dehors.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Suède

 

Déjà lu du même auteur : 
tea_bag  Tea-Bag  les_chaussures_italiennes  Les chaussures italiennes

 

meurtriers_sans_visage_p Meurtriers sans visage Les_chiens_de_Riga_2 Les chiens de Riga

 

l_homme_inquiet L'homme inquiet le_retour_du_professeur_points Le Retour du professeur de danse

 

la_lionne_blanche_p La lionne blanche  profondeurs_p Profondeurs le_chinois Le Chinois

 

l_homme_qui_souriait_p L’homme qui souriait le_guerrier_solitaire_p Le guerrier solitaire 

 

la_faille_souterraine La faille souterraine et autres enquêtes la_cinqui_me_femme La cinquième femme

 

les_morts_de_la_st_jean_point Les morts de la Saint-Jean 2013-12-30_081744 Les chaussures italiennes 

la muraille invisible_cd La muraille invisible

 

 

Posté par aproposdelivres à 06:52 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :


14 août 2017

Au cœur de l'été - Viveca Sten

au coeur de l'été Albin Michel - mars 2017 - 416 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I stundens hetta, 2012

Quatrième de couverture :
Week-end de la Saint-Jean sur l'île de Sandhamn. Les jeunes fêtards ont envahi les pontons, le port grouille de bateaux blancs. Musique à fond et alcool à flots. Nora Linde s'apprête elle aussi à célébrer la Saint-Jean avec son nouveau compagnon Jonas et sa fille Wilma. Mais la fête tourne au cauchemar lorsque, dans la nuit, Wilma disparaît. Le lendemain matin, le cadavre d'un garçon de seize ans est retrouvé sur la plage. L'inspecteur Thomas Andreasson, l'ami d'enfance de Nora, est dépêché sur les lieux. Les premiers éléments de l'enquête lui en révèlent toute la difficulté, chacun ayant sa propre version des faits. Qui est la victime et qui le meurtrier de cette nuit d'été ? Viveca Sten est désormais une figure incontournable dans le paysage du polar suédois : après Les Secrets de l'île, la nouvelle enquête de l'inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde, le couple qui a inspiré la célèbre série télévisée Meurtres à Sandhamn diffusée sur Arte. 

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s'est lancée dans l'écriture. Sa série mettant en scène l'inspecteur Andreasson et Nora Linde sur l'île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de pays. L'adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d'audience en Suède, et les deux premières saisons diffusées sur Arte ont réuni plus d'un million et demi de spectateurs.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C'est le cinquième épisode de la série sur l'île de Sandhamn et je prends toujours autant de plaisir à suivre les aventures de Nora Linde et les enquêtes de Thomas Andreasson. Pour celle-ci, c'est le week-end de la Saint-Jean et la tranquillité de l'île de Sandham est troublée par de nombreux fêtards venus pour l'occasion. 

Nora Linde a un nouveau compagnon Jonas, c'est un papa d'une fille de 14 ans, Wilma, qui n'apprécie pas vraiment de devoir partager son papa... Wilma est partie fêter la Saint-Jean avec une amie et son grand frère, elle avait la permission de minuit. Lorsque Jonas s'aperçoit dans la nuit que sa fille n'est pas rentrée, il est inquiet et part à sa recherche. De son côté, Nora veille au cas où l'adolescente rentrerai... Le lendemain, Wilma n'est toujours pas rentrée et le corps d'un adolescent de seize ans est retrouvé sur une plage. L'inspecteur Thomas Andreasson va mener l'enquête. Il y a peu d'indices, de nombreux de témoins à interroger, beaucoup de pistes... L'enquête est menée lentement mais sûrement, Wilma devient un sujet de tension entre le nouveau couple et malgré cela l'île de Sandhamn donne vraiment envie de vacances !

Extrait :
Une marée de coques blanches avait envahi le port. Partout, sur les bateaux, on faisait la fête. Une foule désordonnée de jeunes éméchés allait et venait sur les pontons en ce tiède soir d’été. Mais la jeune fille qui titubait dans la cohue tremblait de froid.

Il y avait des gens partout, mais personne qu’elle connaisse. Tout le monde parlait et riait à grands éclats de voix. Elle se boucha les oreilles pour se protéger du vacarme et, désespérée, plissa les yeux dans la lumière du soir à la recherche d’un visage connu.
Une bande d’ados faisait un barbecue sur la plage, malgré les panneaux d’interdiction. Plus loin, plusieurs policiers en gilet jaune furent rejoints par quelques autres qui garèrent leur 4 × 4 rouge devant le restaurant des Navigateurs.
La fille sur le ponton ne les remarqua pas. Ses cheveux blonds étaient ébouriffés et ses yeux fixes écarquillés. Elle boitait un peu, il lui manquait une chaussure. 
Quelqu’un la bouscula, elle heurta une poubelle.
Son regard errait au hasard. Un sanglot lui échappa et elle s’appuya à une bouche d’incendie. Mais personne ne lui prêtait attention, le brouhaha alentour montait par vagues, la musique tonitruante noyait le gémissement qui s’échappait de sa gorge.
« Faut que je retrouve le bateau », geignit-elle.
Une autre personne la bouscula et, cette fois, elle tomba à la renverse sur le ponton blanchi par le soleil. Épuisée, elle resta au sol, incapable de se relever. Ses joues sales striées de larmes, elle murmurait quelque chose compréhensible d’elle seule.
Elle frissonna et, pour tenter de se réchauffer, se recroquevilla sur elle-même.
« Ça va ? »
Un couple, la quarantaine, s’était arrêté devant elle.
« Qu’est-ce que tu as ? » dit la femme en lui posant gentiment la main sur le bras.
La fille se releva et s’éloigna en courant sur le long ponton relié au quai.
« Faut que je retrouve Victor », murmura-t-elle.
La musique était plus forte à présent.
D’un gros yacht, d’énormes haut-parleurs déversaient des rythmes techno frénétiques. Le bruit était assourdissant, les vibrations se propageaient dans le béton, sous ses pieds. Sur le pont arrière du bateau, des verres à moitié pleins, des mégots et des bouteilles s’entassaient sur une table en acajou. Dans un large canapé en cuir blanc, un type bronzé était assis torse nu, une cigarette à la main. Il promena son regard sur le corps de la jeune fille.
« Tu te sens seule ? »
Il ricana en faisant claquer sa langue.
« Je peux t’aider. »
Elle prit à nouveau peur, recula de quelques pas et repartit en courant dans la direction opposée, vers le rivage.
Une forêt de mâts blancs s’élevait devant elle. Elle fixait les bateaux, impuissante.
« Victor, murmura-t-elle tandis que ses larmes se remirent à couler. Où es-tu ? »
Puis ses jambes se dérobèrent et elle s’effondra sur le sable.

Déjà lu du même auteur : 

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique 

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean 110752618 Les secrets de l'île 

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Suède

Posté par aproposdelivres à 06:16 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 janvier 2017

La loi des Sames - Lars Pettersson

Lu en partenariat avec Folio

61t3RLKbniL 41mqGKBbFKL

Folio - novembre 2016 - 528 pages

Gallimard - septembre 2014 - 448 pages

traduit du suédois par Anne Karila

Titre original : Kautokeino, en blodig kniv, 2012

Quatrième de couverture :
En Laponie norvégienne, les Sames, peuple autochtone, continuent à vivre de l’élevage des rennes et selon des traditions ancestrales. Certains restent, d’autres partent, comme Anna, qui mène son existence en Suède, où elle a été nommée substitut du procureur. Son cousin Nils, lui, est resté, et il vient d’être accusé de viol. Devoir de famille, c’est Anna qui est chargée de trouver un arrangement avec la plaignante. Elle retourne alors chez les Sames, dans ces contrées reculées qui n’évoquent pour elle que de vieux souvenirs d’enfance. Là, entre les menaces qu’elle subit et les vérités qu’on lui cache, la jeune femme comprend vite que cette affaire de viol n’est que la partie émergée d’une enquête qu’elle va devoir mener. Même si, à la lumière des aurores boréales, la nature somptueuse et meurtrière semble parfois imposer sa loi aux hommes.

Auteur : Lars Pettersson a travaillé pour la télévision suédoise pendant de nombreuses années, en tant que réalisateur et scénariste. C'est d'ailleurs un tournage qui lui a fait découvrir, dans les années 1990, la région de Kautokeino. Il y passe depuis tous ses hivers.

Mon avis : (lu en janvier 2017)
Ce roman policier est bien plus qu'un simple polar, il donne au lecteur de connaître les Sames ou Samis, un peuple autochtone qui couvre la zone du nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie. 
Anna vit en Suède, elle est substitut du procureur, elle est d'origine Same par sa mère. Anna a été appelée par sa grand-mère Same pour défendre un de ses jeune cousins accusé de viol. Elle ne peut pas refuser cela à sa famille qu'elle n'a pas revue depuis son enfance. Elle part pour Kautokeino en Norvège, dans le Grand Nord en pensant régler le problème en une semaine, mais rien n'est simple et son séjour va se prolonger... Il n'est pas facile de mener cette enquête, de concilier les obligations de la justice norvégienne avec les traditions familiales ancestrales... La communauté Sames vit dans des conditions extrêmes, elle a ses propres lois, ses non-dits, sa fierté. En plus, le souvenir de la mère d'Anna plane sur son séjour... Je n'oublie pas la nature rude et magnifique de cette région du Finnmark, elle fait vraiment partie prenante de ce thriller.
J'ai beaucoup aimé ce roman policier, qui m'a fait découvrir ce peuple de Laponie norvégienne, les Sames. Ce peuple d'éleveurs de rennes laissé en marge de la société norvégienne.

Merci les éditions  Folio pour cette belle invitation au voyage dans le Grand Nord.

Extrait : (début du livre)
Le joïk(1). Une force étonnante, d’affirmation et de libération. Railleur, sarcastique, ironiquement provocant.
Il n’avait encore jamais pensé à cela. Jamais ressenti cet aspect ludique. Cette légèreté. Jamais saisi ces intonations comme cette nuit-là.
Quand cela ne ressemblait pas à des braillements d’ivrogne, c’étaient le plus souvent des numéros maladroits, arrangés pour les touristes. Des petits vieux et des petites vieilles en kolt 2 de fête, qui psalmodiaient d’interminables descriptions de nature et de leurs petits-enfants tout en louchant nerveusement vers le public.
Ici, au pub, le joïk cherchait son chemin à travers la fumée, se mêlant aux échos de la musique disco dans l’autre partie de l’établissement, il papillotait tels les reflets fugaces de la boule à facettes qui tournoyait au plafond. De brèves petites lueurs de vie et de clarté, perdues dans un flot sonore tel qu’une tronçonneuse en marche serait passée inaperçue. Tout à coup, le joïk devenait pour lui l’expression d’une joie.
Un sentiment de communauté et quelque chose comme la confirmation répétée d’une solidarité. Il n’avait jamais éprouvé cela auparavant. Jamais aussi nettement.
Dans la discothèque, quelqu’un fit tomber un plateau avec des verres. Une voix éméchée interpella une personne qui n’écoutait pas. Quelque part dans la salle, une chaise fut renversée, une table qu’on poussait racla le sol irrégulier.
Il prit son verre et traversa le pub jusqu’à la fenêtre. Ignora les chuchotements derrière son dos, laissa les gens murmurer et le montrer du doigt. Il s’en foutait, c’était fini maintenant. Terminé. Il n’avait pas la force de saluer ou de chercher des connaissances.
La pompe à bière ne fonctionnait pas. Il ne sortait du robinet chuintant que de la mousse blanche. C’était bientôt l’heure de la fermeture. Tous criaient leurs commandes à la serveuse en sueur, devant laquelle s’alignait une batterie de verres à moitié remplis de mousse.
Elle essayait désespérément d’obtenir pour chacun un demi-litre de bière sans faux col. À bout de nerf, elle appela le vigile qui tenta de se frayer un chemin à travers le local enfumé, une clé à molette à la main. 
Derrière les vitres étroites, le vent de nord-est, qui avait balayé tout le plateau du Finnmark, arrivait par rafales en soulevant des tourbillons d’une neige fraîche qui s’accumulait en congères contre la façade de l’hôtel et l’entrée du pub.
Une voiture dérapa dans la neige fondue et ses phares projetèrent leur faisceau de lumière sur un couple debout, appuyé à un container. L’homme portait un pantalon de peau et le kolt caractéristique de Kautokeino, orné de bandes colorées, avec un col haut et beaucoup d’or à la ceinture. La femme était vêtue d’un simple blouson en cuir, de bottines et d’une jupe très courte. Ses cheveux blonds volaient au vent.
Dans le bref éclat des phares, on aurait dit que l’homme pleurait. La femme avait froid et essayait de l’entraîner à l’abri du vent, derrière le container. Une Volvo Amazon blanche, datant sans doute de la fin des années soixante, fit un demi-tour au frein à main sur le parking. Lui aussi en avait possédé une semblable un jour.
Celle-là avait des drapeaux norvégiens sur le pare-chocs avant. Ils revenaient peut-être d’un mariage. Ou d’un anniversaire. La femme à la jupe courte fit un signe au conducteur. Ensemble, ils aidèrent l’homme au kolt de Kautokeino à s’asseoir sur la banquette arrière. La femme monta à côté de lui. La voiture rejoignit la nationale en patinant sur la neige.

(1) Le joïk (prononcer « yoïk »), chant traditionnel du peuple same.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Suède

Posté par aproposdelivres à 09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

12 janvier 2017

Millénium saga - tome 1 - Les âmes froides - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Ortega

9782800167138_1_75 Dupuis - octobre 2016 - 56 pages

Présentation éditeur :
Lorsque l'on retrouve la trace de Lisbeth Salander, elle s'apprête à pirater, avec un groupe de hackers, un gigantesque data center et à révéler au grand jour les dossiers sulfureux des services secrets suédois. Mais leur combat n'est pas gagné : Trinity, une pirate amie de Lisbeth, vient d'être kidnappée. Face à un tel adversaire, seul un homme de réseau comme Mikael Blomkvist semble pouvoir l'aider. Le journaliste travaille alors sur une importante enquête autour de l'arrivée de l'extrême droite aux portes du pouvoir un sujet qui ne s'avèrera pas si éloigné des préoccupations de Lisbeth...

Auteurs : Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.
Né en 1971 à Tournai d'une mère Belge et d'un père Français, ayant grandi dans le sud de la France, c'est en compagnie des Astérix, Batman et autres Spirou que Sylvain Runberg étanche sa soif de bulles, le tout entrecoupé de récits historiques et de romans divers, manière de titiller son imaginaire en devenir. Il passe son bac d'Arts Plastiques dans le Vaucluse avant d'obtenir une Maîtrise d'Histoire contemporaine à la faculté d'Aix en Provence, années étudiantes ponctuées de nombreux voyages en Europe et d'organisation de soirées musicales, du rock indépendant à la musique électronique. Sylvain Runberg évolue ensuite plusieurs années en librairie avant de rejoindre le monde de l'édition. Il déménage alors à Paris pour rejoindre les Humanoïdes Associés. Mais un fâcheux accident l'immobilise plusieurs mois durant l'année 2001. Il s'essaye alors à l'écriture durant sa convalescence et s'aperçoit que ça lui plait plus que de raison et décide de continuer. En 2004, Sylvain sort son premier album, « Astrid » avec Karim Friha. Suivent ensuite des projets aux univers variés : les « Colocataires » avec Christopher, série inspirée par ses années étudiantes aixoises, « Hammerfall », avec Boris Talijancic, saga médiévale fantastique ayant pour cadre la Scandinavie du VIIIe siècle et la série de science fiction « Orbital », réalisée avec Serge Pellé. 

Belén Ortega (1986) est diplômée des Beaux-Arts de l'université de Grenade (Espagne) et a poursuivi sa formation à l'université d'Osaka (Japon) durant plus d'un an. Son premier travail professionnel, "Himawari", publié en 2011, a reçu le prix du meilleur manga espagnol par Ficomic Barcelona. En 2010, Expomanga Madrid lui décerne le prix de la meilleure illustratrice espagnole. Sa première bande dessinée, "Pajaro Indiano", est publiée en 2015 et sera aussi exportée en Italie par le magazine BD "Lanciostory". La même année, Ominiky Ediciones compile l'ensemble de son travail dans un artbook. En 2016, Norma Editorial publie "Marc Márquez, la historia de un sueño", sa biographie du double vainqueur du Championnat du monde de MotoGP. Actuellement, Belén Ortega collabore avec Sylvain Runberg sur une nouvelle série issue de l'univers de "Millénium" de Stieg Larsson pour les Éditions Dupuis : "Millénium Saga". En parallèle, elle est illustratrice freelance. Elle réalise des couvertures de livres, travaille à divers projets indépendants et crée des personnages pour des jeux vidéo ainsi que pour de courts métrages animés. Elle est également professeur de manga à temps partiel.

Mon avis : (lu en décembre 2016)
Voilà une nouvelle histoire inédite inspirée de la série Millenium, elle est totalement différente de celle proposée en roman par David Lagercrantz. Cette nouvelle aventure, prévue en 3 tomes, est complètement dans l'esprit de la série de Stieg Larsson. 
J'ai retrouvé avec grand plaisir Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist. Lisbeth tente de pirater le gigantesque datacenter des services de renseignements suédois avec les Hacker Republic lorsque l'une de ses amies pirate est kidnappée... De son côté, Mikael enquête sur la montée de l'extrême droite... Tous deux vont être amenés à s'allier pour poursuivre leurs recherches et enquêtes... L'intrigue est ryhmée, efficace, les sujets sont très actuels : il est question de la crise des réfugiés, de lanceur d'alerte, de secrets gouvernementaux, de montée du néonazisme, d'élections... J'ai vraiment hâte de découvrir le tome 2 !

 

Extrait : 

9782800167138_p_3 (1) 9782800167138_p_4 (1)

9782800167138_p_5 9782800167138_p_6

9782800167138_p_7 9782800167138_p_8

9782800167138_p_9

Déjà lu dans la même série :

88596558_p Millenium - tome 1 106030485 Millenium - tome 2

millenium3 Millenium - tome 3  millenium4 Millenium - tome 4 

millenium_5_1_75 Millenium - tome 5 107056902 Millenium - tome 6

challenge12016br
21/18

Posté par aproposdelivres à 06:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 octobre 2016

Tant que dure ta colère - Ǻsa Larsson

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226323996-j Albin Michel - septembre 2016 - 336 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : Till dess din vrede upphör, 2008

Quatrième de couverture :
Le corps d’une femme repêché dans une rivière à la fonte des neiges au nord de la Suède. Une procureure au sommeil hanté par la vision d’une silhouette accusatrice. Des rumeurs concernant la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand au-dessus de la région de Kiruna. Une population locale qui préfère ne pas se souvenir de sa collaboration avec les Nazis durant la guerre. Sur les rives battues par le vent d’un lac gelé rode un tueur prêt à tout pour que le passé reste enterré sous un demi-siècle de neige et de glace… Un thriller psychologique complexe et plein de rebondissements. La nouvelle enquête de Rebecka Martinsson.

Auteur : Ǻsa Larsson a grandi à Kiruna, 145 km au-dessus du cercle polaire Arctique, où se déroulent ses romans. Avocate comme son héroïne, elle se consacre désormais à l'écriture. Les cinq tomes de la série autour de Rebecka Martinsson sont en cours de traduction dans 30 pays.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Wilma et Simon sont partis plonger dans un lac gelé à la recherche du secret d'une épave d'un avion tombé en 1943. Ils ne sont jamais remontés... Quelques mois après le corps de la jeune fille est retrouvé dans une rivière. C'est le début de la nouvelle enquête de Rebecka Martinsson, l'avocate fiscaliste devenue procureure, avec l'aide des inspecteurs Anna-Maria Mella et Sven-Erik Stålnacke. Tout au long du roman, on suit l'esprit de Wilma qui apparaît dans un rêve de Rebecka ou déambule dans le village et s'invite chez les proches des victimes ou chez les suspects... Cela donne au lecteur un autre point de vue intéressant sur l'intrigue.
L'enquête progresse lentement, la psychologie des personnages est parfaitement contruite, le suspens est là, l'auteur fait référence à des faits historiques datant de la Seconde Guerre Mondiale et de la vie des Suédois à cet époque.
Je prend toujours beaucoup de plaisir à suivre cette série suédoise et son duo attachant d'enquêtrices Rebecka Martinson et Anna Maria Mella. 

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour cette nouvelle enquête de Rebecka et Anna Maria dans le grand nord suédois.

 

Extrait :

Déjà lu du même auteur :

9782226256096g Le sang versé 9782226318176m La piste noire

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

challenge12016br
7/18

Posté par aproposdelivres à 08:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


18 juin 2016

Le jour où Anita envoya tout balader - Katarina Bivald

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

B26674 Denoël - mai 2016 - 464 pages

traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy

Titre original : Livet, motorcyklar och andra omöjliga projekt, 2015

Quatrième de couverture : 
L'été de ses dix-huit ans, Anita Grankvist s'était fixé trois objectifs : apprendre à conduire une moto, acheter une maison et devenir complètement indépendante. Presque vingt ans plus tard, Anita n'a toujours pas réalisé ses rêves. Elle mène une petite vie tranquille, seule avec sa fille Emma, et travaille au supermarché local. Le départ d'Emma pour l'université va bouleverser ce quotidien un peu fade. Anita va devoir gérer quelque chose qui lui a cruellement manqué ces deux dernières décennies : du temps libre. Qu'à cela ne tienne, Anita commence à prendre des leçons de moto, se lance dans un projet impossible, apprend à connaître sa mère légèrement sénile, et tombe follement amoureuse. Finalement, n'est-ce pas merveilleux de réaliser ses rêves d'adolescence à l'approche de la quarantaine ?

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd'hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa soeur et autant d'étagères à livres que possible. La Bibliothèque des coeurs cabossés, son premier roman, a été un best-seller international.

Mon avis : (lu en juin 2016)
Anita Grankvist, 38 ans, a une vie sans grand relief à Skogahammar, une petite ville de province. Elle est mère célibataire d'Emma et elle travaille chez Extra-Market. A 19 ans, Emma vient de quitter Skogahammar pour aller à l'Université de Karlskrona. Seule à la maison, Anita ne sait que faire pour occuper tout son temps libre... Elle se souvient alors de ses rêves d'adolescente : être propriétaire de sa maison, savoir faire de la moto, se débrouiller seule
A 38 ans seul le dernier des rêves de ses 18 ans a été réalisé, pour sortir de la morosité qui la gagne, Anita se décide à avoir de nouveaux rêves, ses deux amies d'Extra-Market Pia et Nessim vont l'aider à faire sa liste... Pour réaliser son premier rêve, Anita va prendre des leçons de moto... On va lui proposer de participer à l'équipe du projet d'organisation de la Journée de la Ville. Sa vie va changer au-delà de ses rêves...
Anita est attachante et pleine de fantaisies, ses amies et amis sont attentifs aux autres et cette petite ville, où il se passe rien, est synonyme de solidarité, d'amitié et d'humour également.
Voilà un livre à classer dans ceux facile à lire et qui font du bien. 

Merci Laila et les éditions Denoël pour cette lecture pleine d'optimisme.

Extrait : (début du livre)
Mon chemin vers la folie commence ici. Je suis assise par terre dans l’entrée et je parle avec ma porte.
Il y a quelques secondes, elle s’est refermée dans un claquement. Dix-neuf ans envolés dans un bruit sourd. Puis le pling impitoyable de l’ascenseur lorsqu’il arrive à notre étage et le raclement de la valise à roulettes sur le sol.
— Merde, je dis en entendant l’ascenseur redescendre.
Ma porte n’a aucune réaction. Sans réfléchir, je me lève et je me précipite sur le balcon.
— Attends! je crie en me penchant au-dessus de la balustrade. Ne me laisse pas ! J’ai dit quelque chose de mal ? Je peux changer, je te le jure ! Donne-moi une dernière chance !
Mon hurlement fait sursauter un couple de passants qui lève la tête vers moi. Une partie de moi se dit que mon comportement n’est pas très convenable. Mais je m’en fous. La personne à la valise s’est arrêtée elle aussi. Elle se retourne.
— Haha, maman, dit Emma, ma fille, le soleil de ma vie, le centre de mon existence, qui en ce moment est en train de me quitter.
Elle aussi lève la tête vers moi et le balcon comme si elle nous voyait pour la dernière fois. Je pourrais jurer qu’il y a une pointe de nostalgie dans son regard.
Elle me ressemble mais dans une version plus déterminée. Elle a mes cheveux bouclés et indisciplinés, mais, à elle, ça lui donne une allure d’aventurière et de femme libre. Ils sont le prolongement de l’énergie rayonnante qui émane d’elle, constamment en route pour des directions variées.
— Mais maman, je ne suis même pas arrivée à l’arrêt de bus, répond-elle en haussant les épaules.
— Je me disais que tu avais peut-être changé d’avis et que tu voulais que j’aille à Karlskrona avec toi ? je suggère. — Pour que tu puisses m’accompagner à la fac le premier jour et t’assurer que j’ai bien pris tous mes livres ?
— Pourquoi pas ?
— On est dimanche. Demain tu travailles.
Je me penche encore au-dessus de la balustrade. Le soleil est sur le point d’apparaître derrière l’immeuble d’en face, de l’autre côté de la rue. Si ça n’avait pas été le jour du déménagement d’Emma, ce dimanche aurait été sublime. Mais peut-être n’est-ce pas trop tard.
— J’ai besoin de vacances. Il me reste quelques jours de congé à prendre.
— Bien sûr. Tu veux partir comme ça sans prévenir et laisser le pauvre Roger seul avec ses mises en place de pâtes. Roger c’est mon chef. Il a un avis très tranché sur l’importance de la mise en place des produits dans les rayons. Je ne peux pas dire que le commentaire d’Emma rende mon existence plus légère.
— J’ai entendu dire que Karlskrona est magnifique en août, je déclare.
— Tu y es déjà allée. Tu sais très bien qu’il n’y a rien à voir dans cette ville, à part les rues pavées de galets.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

Déjà lu du même auteur :

102696527 (1) La Bibliothèque des cœurs cabossés

Posté par aproposdelivres à 06:24 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

16 juin 2016

Le dompteur de lions - Camilla Läckberg

le dompteur des lions Actes Sud - mai 2016 - 392 pages

traduit du suédois par Lena Grumbach

Titre original : Lejontämjaren, 2014

Quatrième de couverture :
C'est le mois de janvier et un froid glacial s'est emparé de Fjällbacka. Une fille à demi nue, surgie de la forêt enneigée, est percutée par une voiture. Lorsque Patrik Hedström et ses collègues sont prévenus, la jeune fille a déjà été identifiée. Il s'agit de Victoria, portée disparue depuis quatre mois. Son corps présente des blessures qu'aucun accident ne saurait expliquer : ses orbites sont vides, sa langue est coupée et ses tympans percés. Quelqu'un en a fait une poupée humaine. D'autres cas de disparitions dans les environs font redouter que le bourreau n'en soit pas à sa première victime. De son côté, Erica Falck commence à exhumer une vieille affaire pour son nouveau bouquin. Une femme purge sa peine depuis plus de trente ans pour avoir tué son mari, un ancien dompteur de lions, qui maltraitait leur fille avec sa complicité passive. Mais Erica est persuadée que cette mère de famille porte un secret encore plus sombre. Jonglant entre ses recherches, une maison en perpétuel désordre et des jumeaux qui mettent le concept de l'amour inconditionnel à rude épreuve, elle est loin de se douter que pour certains, l'instinct maternel n'a rien de naturel... Avec ce neuvième volet de la série Fjällbacka, Camilla Läckberg signe un polar crépusculaire et violent. La reine du noir nordique s'y montre plus indomptable que jamais.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg est l'auteur d'une série de romans policiers mettant en scène le personnage d'Erica Falck. Ses ouvrages caracolent tous en tête des ventes, en Suède comme à l'étranger. Dans la collection "Actes noirs" ont déjà paru La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009), L'Oiseau de mauvais augure (2010), L'Enfant allemand (2011), La Sirène (2012), Le Gardien de phare (2013) et La Faiseuse d'anges (2014).

Mon avis : (lu en juin 2016)
Comme toujours, j'ai beaucoup de plaisir à retrouver Erica, Patrick, leur petite famille et leurs proches à Fjällbacka. Mon objectivité sur cette série suédoise est donc celle d'une fan...
Erica travaille à l'écriture d'un livre sur une femme, jugée dans les années 60 pour le meurtre de son mari, ancien dompteur dans un cirque. Elle lui rend régulièrement des visites dans sa prison et espère arriver à lui faire raconter ce qui c'est vraiment passé...
En parallèle, Patrik Hedström et ses collègues enquêtent sur plusieurs enlèvements de jeunes filles dans la région de Fjällbacka...
Comme d'habitude, je me suis plongée dans cette lecture et je n'ai pas pu lâcher cet épisode avant sa conclusion. L'intrigue est construite intelligemment, l'atmosphère est très sombre et comme pour une série télévisée, j'adore découvrir le nouveau Läckberg ! 

Extrait : (début du livre)
Le cheval flaira l’odeur de peur avant même que la fille ne surgisse de la forêt. Sa cavalière l’encouragea, serra ses talons contre ses flancs, bien que cela soit inutile. Leur entente était telle qu’il avait déjà compris sa volonté de presser le pas.
Le martèlement sourd, rythmé des sabots troublait le silence. Durant la nuit, une fine couche de neige était tombée, et les pas de l’animal ouvraient de nouveaux sillons, soulevant un léger nuage de poudre blanche autour de ses jambes.
L’adolescente ne courait pas. Sa démarche était vacillante, elle semblait errer au hasard, les bras collés au corps.
La cavalière l’interpella. Un cri strident qui confirma au cheval que la situation n’était pas normale. La fille poursuivit sa progression chancelante sans y prêter attention.
S’approchant d’elle, il accéléra encore. À l’odeur âcre et puissante de terreur se mêla autre chose, un ressenti indéfinissable si effrayant qu’il coucha les oreilles. Il voulut s’arrêter, faire demi-tour et repartir au galop vers la sécurité de son box. Cet endroit n’avait rien de rassurant.
La route les séparait. Elle était déserte, et une brume immobile de flocons caressait le goudron.
La fille se dirigeait vers eux. Elle était pieds nus et les taches rouges sur ses bras et ses jambes nus contrastaient violemment avec la blancheur du paysage. Les sapins enneigés se profilaient derrière elle en toile de fond immaculée. Elle les avait presque rejoints maintenant, de l’autre côté de la route, et il entendit la cavalière l’interpeller à nouveau. Sa voix était familière, mais elle lui parut curieusement étrangère à cet instant.
Soudain la fille s’arrêta, se tint immobile au milieu de la route, la neige virevoltant autour de ses pieds. Ses yeux étaient bizarres. On aurait dit des trous noirs dans son visage blanc.
La voiture surgit de nulle part. Le crissement des freins retentit dans le silence, il perçut le choc sourd d’un corps heurtant le sol. La cavalière tira si fort sur les rênes que le mors lui blessa la bouche et, obéissant, il stoppa net. Ils ne formaient qu’un, elle et lui. C’est ce qu’il avait appris. 
Sur la chaussée, la fille gisait, inerte. Ses yeux étranges tournés vers le ciel.

Erica Falck se gara devant le centre de détention et l’examina en détail pour la première fois. Durant ses précédentes visites, elle avait été tellement obnubilée par la rencontre imminente qu’elle n’avait prêté attention ni au bâtiment ni aux environs. Elle allait cependant avoir besoin de toutes les impressions qui s’en dégageaient quand elle écrirait son livre sur Laila Kowalska, la femme qui avait si brutalement assassiné son mari quelque vingt ans auparavant.
Elle réfléchit à la manière de rendre l’atmosphère qui planait sur cette bâtisse aux allures de bunker, de communiquer à ses lecteurs l’enfermement et l’absence d’espoir. Située à une bonne demi-heure de route de Fjällbacka, dans un coin désert et isolé, l’établissement était entouré de clôtures et de fils de fer barbelés, sans les miradors toutefois ni les gardes armés qu’on voyait toujours dans les films américains. Cette architecture était avant tout fonctionnelle, le but étant d’y garder enfermés des détenus.

Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L'Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L'Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène 

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d'anges

 

Posté par aproposdelivres à 09:44 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

22 mai 2016

Les secrets de l'île - Viveca Sten

Lu en partenariat avec Albin Michel

les secrets de l'ile Albin Michel - mai 2016 - 448 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I natt är du död, 2011

Quatrième de couverture :
Une froide journée de septembre, l'étudiant Marcus Nielsen est retrouvé mort dans son appartement de Nacka. Tout semble indiquer un suicide. Mais sa mère, convaincue qu'il a été assassiné, supplie la police de ne pas classer l'affaire. Quand l'inspecteur Thomas Andreasson commence à enquêter, les pistes semblent mener à la base militaire de Korsö, devant l'île de Sandhamn, où le corps d'un autre homme vient d'être retrouvé. Contactée par Thomas, Nora Linde, qui depuis sa séparation passe beaucoup de temps sur l'île, essaie d'en savoir plus sur cette base fortifiée où, pendant des décennies, ont été formées les unités d'élite des chasseurs côtiers. Y a-t-il dans ce passé-là quelque chose qui ne doit à aucun prix surgir au grand jour ? N°1 sur la liste des best-sellers en Suède, la nouvelle enquête de l'inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde, le couple qui a inspiré la célèbre série télévisée Meurtres à Sandhamn diffusée sur Arte.

Auteur : Après une brillante carrière juridique, la Suédoise Viveca Sten s'est lancée dans l'écriture de suspense. Sa série mettant en scène l'inspecteur Andreasson et son amie Nora Linde sur l'île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de pays. L'adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d'audience en Suède, et les deux premières saisons diffusées sur Arte ont réuni plus d'un million et demi de spectateurs !

Mon avis : (lu en mai 2016)
Je suis toujours contente de découvrir le nouveau Viveca Sten et retrouver Nora Linde et Thomas Andreasson
dans une nouvelle aventure…
Marcus, un jeune étudiant, est retrouvé mort, pendu dans son studio. Tout pousse à croire qu'il s'agit d'un suicide, mais sa mère affirme le contraire… Peu de temps après, c’est un homme est aussi retrouvé chez lui, noyé tout habillé dans sa baignoire… Thomas Andreasson est chargé de cette enquête, les deux hommes se sont rencontrés quelques jours avant la mort de Marcus. Ses pistes l'emmèneront sur le passé trouble de l'île Korsö, au large de Sandhamn, à l'époque s’y déroulait les entraînements pour devenir chasseurs côtiers.
Le roman alterne entre l’enquête dans le présent, et le journal intime d'un jeune postulant à l'unité des chasseurs côtiers dans les années 70. Il raconte leurs entraînements intensifs et exigeants et leur quotidien.
Nora est peu présente dans la partie enquête de cet épisode, elle est séparée de son mari et passe quelques jours à Sandhamn. Grâce à Olle Granlund, son voisin, elle va en apprendre plus sur l'histoire de l'île de Korsö et sur l’unité d’élite des chasseurs côtiers.
Voilà une nouvelle intrigue passionnante et captivante pour nos deux amis. Il y a encore au moins deux épisodes non encore traduit en français, j'attends donc le prochain...

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce roman policier efficace.

Extrait : (début du livre)

Prologue

Le clapotis lui faisait penser à des enfants qui jouent dans une baignoire. En fermant les yeux, il pouvait imaginer une plage où des petits s’égaillaient sans soucis.
Puis ça clapota une dernière fois et l’eau s’échappa du seau à récurer, éclaboussant le sol mouillé.
Les bras qui se débattaient s’étaient figés. Les jambes tressaillaient encore, comme des poissons d’argent qui vont et viennent sans but. Des mouvements saccadés, désordonnés.
Il se rappellerait ce bruit le restant de ses jours.
Un fort parfum de lessive saturait l’air. L’odeur de résine de pin lui pénétrait les narines et lui donnait des haut-le-cœur. Mais il serra les dents. La peur l’emportait sur tout le reste.
Quelque chose de chaud coula le long de sa jambe, et il comprit qu’il s’était pissé dessus. 
Ça n’avait pas d’importance. De toute façon, il était déjà trop tard.
Le robinet gouttait toujours.

Chapitre 1
Samedi 16 septembre 2007 (première semaine)

La jeune fille semblait terrorisée.
« Vous devez venir, maintenant, tout de suite !
– Peux-tu d’abord me dire comment tu t’appelles ? »
La voix professionnelle du central d’alarme était clinique sans être hostile. Sur l’écran, l’horloge digitale indiquait qu’il était exactement dix heures zéro trois du matin.
« C’est tellement horrible… c’est Marcus.
– Peux-tu essayer de me raconter ce qui s’est passé ? dit l’opératrice. Essaie de te ressaisir et de raconter.
– Je suis chez lui.
– Tu dois me donner une adresse.
– Il ne respire pas. Il est pendu là. »
Elle sanglotait, en état de choc.
« Je n’arrive pas à le descendre. »
À l’arrière-plan, le brouhaha de ses collègues qui répondaient à d’autres appels d’urgence. Jusqu’à présent, c’était assez calme, on était dimanche matin, et les incidents du samedi soir étaient depuis longtemps pris en charge. L’opératrice avait commencé son service à six heures du matin et avait déjà eu le temps de boire trois cafés.
« Où es-tu ? » répéta-t-elle dans son micro.
À l’autre bout du fil, la fille se calmait un peu.
« Värmdövägen 10B, à Nacka. »
Elle gémit plus qu’elle ne parla.
« Dans la résidence étudiante, finit-elle par hoqueter. On avait décidé de réviser ensemble.
– Comment t’appelles-tu ?
– Amanda.
– Mais encore ?
– Amanda Grenfors. »
Ses mots étaient pâteux, hésitants, comme si elle n’arrivait pas à réaliser ce qu’elle avait sous les yeux.
« Essaie de nous dire ce qui s’est passé, Amanda », l’invita l’opératrice des secours.
Elle notait tout en parlant. L’adresse était à deux pas du commissariat, il ne faudrait que quelques minutes à une patrouille pour se rendre sur place.

Déjà lu du même auteur : 

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique 

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean

Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

Posté par aproposdelivres à 06:33 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

17 mai 2016

Hors cadre - Stefan Ahnhem

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

hors cadre Albin Michel - mars 201 - 576 pages

traduit du suédois par Marina Heide

Titre original : Offer utan ansikte, 2014

Quatrième de couverture : 
Vingt anciens élèves de la même classe.
Deux assassinats violents.
Un tueur sans visage...
Près des corps sauvagement mutilés de deux victimes, une photo de leur classe de 3e sur laquelle leur visage a été raturé. Cette classe a aussi été celle de l'inspecteur Fabian Risk de la police de Helsingborg. Pour arrêter la spirale infernale et éviter d'être la prochaine cible, il s'enfonce dans les méandres de son propre passé. Au risque de s'y perdre.
Best-seller partout où il est publié, ce roman troublant et cruel qui interroge la violence de la société, impose Stefan Ahnhem comme un des auteurs de thrillers scandinaves les plus prometteurs.

Auteur : Stefan Ahnhem vit à Stockholm, sa ville natale, où il mène depuis vingt ans une brillante carrière de scénariste pour la télévision comme pour le cinéma. Il est notamment connu pour ses adaptations de romans policiers dans le cadre de séries télévisées très populaires en Suède comme Wallander et Irene Huss. Hors cadre est son premier roman, dont l'adaptation en série TV est déjà en préparation.

Mon avis : (lu en mai 2016)
L’inspecteur Fabian Risk revient s’installer avec sa famille dans la ville d’Helsingborg. Il connaît bien cette ville puisqu'il y a grandi et passé toute sa scolarité. Il a encore quelques semaines de vacances avant d'intégrer son nouveau poste et il compte en profiter avec sa femme et ses enfants. 
Mais voilà que deux corps affreusement mutilés sont retrouvés par la police de Helsingborg, les deux victimes ont un rapport avec le passé Fabian Risk. Ils faisaient tous les trois partie de la même classe de 3e... L’inspecteur Risk va devoir intégrer l'équipe d'enquêteurs et se replonger dans le passé et ses souvenirs pour arrêter un meurtrier que rien n'arrête...

J'ai bien apprécié ce roman policier suédois à l'intrigue assez classique, il est captivant, avec du rythme grâce à des chapitres courts.
Tout au long du roman policier, il y a des extraits du journal d'un adolescent, qui raconte le harcèlement dont il est victime à l'école. L'auteur introduit dans ses écrits une dimension psychologique non négligeable. Tout ceci donne au lecteur de multiples pistes, quelques rebondissements et un nouvel inspecteur à découvrir, solitaire et tourmenté mais efficace...

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce premier roman policier réussi.

Extrait : (début du livre)
Dans trois jours

Le corbeau se posa sur son ventre, écorchant sa peau nue du bout des griffes. Les premières fois que l’oiseau l’avait tiré de son sommeil, il avait réussi à lui faire peur et à le chasser. Mais l’animal ne se laissait plus effrayer, il lui marchait tranquillement dessus, toujours plus impatient, toujours plus affamé. Il allait se mettre à picorer sa chair, ce n’était plus qu’une question de temps. L’homme cria de toutes ses forces. Le corbeau finit par lâcher prise et battit des ailes en croassant.
Il avait d’abord cru qu’il était en plein cauchemar, qu’il n’aurait qu’à se réveiller pour que tout s’arrange. Mais quand il avait ouvert les paupières, il n’avait vu que du noir. On avait noué un bandeau sur ses yeux.
Au souffle doux du vent, il avait compris qu’il se trouvait dehors, allongé nu sur un sol dur et froid, les bras et les jambes tendus comme sur le dessin de Léonard de Vinci. Il ne savait rien de plus. Le reste n’était que questions. Qui l’avait mis là ? Et pourquoi ?
De nouveau, il essaya de se libérer, mais plus il tirait sur les cordons, plus il sentait les épines s’enfoncer dans ses chevilles et ses poignets. Une douleur qui lui rappelait ce qu’il avait ressenti lorsqu’à l’âge de neuf ans, il n’avait pas su expliquer au dentiste que l’anesthésie n’avait pas fonctionné.
Rien à faire contre ce supplice qui survenait une fois par jour et pouvait durer des heures, comme si on passait lentement une flamme de chalumeau sur son corps nu. Parfois, la douleur pouvait disparaître, pour ressurgir aussitôt. Ou se taire de longs moments.
Il estimait qu’une nouvelle heure venait de s’écouler. Il poussa un cri, de toutes ses forces. Mais dans l’écho lointain, les fréquences aiguës du désespoir s’obstinaient en vain à percer. Et il renonça. Personne ne pouvait l’entendre. À part le corbeau.
Il resongea à ce qui s’était passé. Combien de fois avait-il tout récapitulé ? Mais un détail éclairant lui avait peut-être échappé. Il était parti peu après 6 heures du matin, avec trois gros quarts d’heure d’avance. Comme toujours quand il faisait beau, il avait laissé sa voiture au garage. Il avait le temps, et traverser le parc prenait tout juste douze minutes.
Mais une fois dehors, l’angoisse l’avait envahi. Un sentiment si fort qu’il s’était immobilisé, balayant le quartier du regard. Il n’avait rien vu d’anormal. Juste le voisin qui s’évertuait à faire démarrer sa vieille Fiat Punto, et une femme qui passait à vélo. La cycliste avait de beaux cheveux blonds, une robe qui volait au vent et un panier décoré de marguerites en plastique. On aurait dit qu’elle passait là pour répandre un peu de joie autour d’elle.
Lui n’y était pas sensible. La peur au ventre, il s’était élancé d’un pas vif, traversant au rouge, ce qui ne lui arrivait jamais. Ce matin, tout était différent, son corps était tendu comme un ressort. Une fois dans le parc, ses doutes s’étaient transformés en certitude.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède


 

Posté par aproposdelivres à 08:05 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

06 mai 2016

L'assassin qui rêvait d'une place au paradis - Jonas Jonasson

108532429

5892a37558ae0ef8cd6a096180f0531b EVrUF8e5WW

Audiolib - avril 2016 - 8h25 - Lu par Féodor Atkine

Presse de la Cité - février 2016 - 480 pages

Quatrième de couverture : 
Après trente ans de prison, Johan Andersson, alias Dédé le Meurtrier, est enfin libre. Mais ses vieux démons le rattrapent vite : il s’associe à Per Persson, réceptionniste sans le sou, et à Johanna Kjellander, pasteur défroqué, pour monter une agence de châtiments corporels. Des criminels ont besoin d’un homme de main ? Dédé accourt ! Per et Johanna, eux, amassent les billets.
Alors, le jour où Dédé découvre la Bible et renonce à la violence, ses deux acolytes décident de prendre les choses en main et de le détourner du droit chemin…
Après son vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, son analphabète qui savait compter, c’est à un malfrat repenti que Jonas Jonasson donne une seconde chance.

Auteur : Né en Suède en 1961, Jonas Jonasson, ancien journaliste et consultant pour les médias, est l’auteur du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, son premier roman, qui a connu un immense succès dans la trentaine de pays où il a été publié. Après L’Analphabète qui savait compterL’assassin qui rêvait d’une place au paradis est son troisième livre.

Lecteur : Comédien talentueux, à la carrière exemplaire et au parcours surprenant, Féodor Atkine a tourné avec Woody Allen, Oliver Stone, Raoul Ruiz, Gabriel Aghion, et tant d’autres encore. Théâtre, films et doublages se succèdent ; Féodor Atkine est notamment la voix de Dr House. Ce lecteur passionné a obtenu en 2014 le Coup de cœur de l’Académie Charles Cros pour sa lecture du Quatrième mur. Il a aussi enregistré pour Audiolib, entre autres, Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela, Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepúlveda, ou Faillir être flingué de Céline Minard. 

Mon avis : (écouté en avril 2016)
J'avais plutôt bien aimé le premier livre de Jonas Jonasson Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire , donc j'attaquais cette lecture avec un a priori positif. J'ai été déçu.
Johan Andersson, dit Dédé le meurtrier, va faire la rencontre de Per Persson, réceptionniste d'un hôtel miteux dont la famille a été ruinée, et croiser sur la route de Johanna Kjellander, un pasteur défroquée. Tous les trois vont très vite s'associer pour monter une affaire une société « de Châtiments Corporels » aussi dangereuse que lucrative... Dédé casse des bras ou des jambes contre de grosses sommes d'argent. Tout se passe à merveille jusqu’au jour où Dédé découvre Dieu et décide de changer pour gagner sa place au Paradis... L’intrigue semblait originale et les personnages plutôt haut en couleurs, mais au fil des pages l'ennui gagne le lecteur, les rebondissements sont prévisibles, l'humour noir plombe l'histoire et l'intrigue tourne en rond... Voilà une lecture que j'oublierai vite !
La mécanique ne fonctionne pas comme dans son premier livre, ce style loufoque et décalé que Jonas Jonasson a emprunté à Arto Paasilinna n'est pas à la hauteur de son modèle...
Dommage pour le lecteur de ce livre audio qui est toujours très bon, mais cela ne suffit pas pour faire un bon livre...

Extrait : (début du livre)
Le jeune homme dont la vie serait bientôt remplie de mort, de violence, de voleurs et de bandits rêvassait derrière le comptoir d’un des hôtels les plus tristes de Suède.

Unique petit-fils de Henrik Bergman, défunt marchand de chevaux, il attribuait tous ses malheurs à son grand-père, qui avait été, dans son domaine, le numéro un de la Suède méridionale : chaque année, il ne vendait jamais moins de sept mille bêtes, toutes de premier choix.
Hélas, à partir de 1955, les paysans – ces traîtres – commencèrent à délaisser les bêtes au profit des tracteurs, et ce à une allure que l’aïeul refusa de présager. Les sept mille transactions devinrent sept cents, qui devinrent soixante-dix, qui devinrent sept. En cinq ans, les millions de la famille s’envolèrent en un nuage de diesel. Le père du petit-fils pas encore né essaya de sauver ce qui pouvait l’être. En 1960, profitant des rumeurs qui allaient bon train, il alla prêcher les répercussions de la mécanique auprès des paysans de la région. Dans le sillage des théories selon lesquelles une projection de carburant décuplait les forces – or, ces hommes en recevaient souvent ! –, le père évoqua des études qui démontraient que le diesel pouvait entraîner la stérilité masculine.
Il n’aurait pas dû. Primo, c’était faux. Et secundo, les paysans, accablés par la voracité de leur abondante progéniture, mais toujours libidineux, trouvèrent cela merveilleux. Se procurer des préservatifs était embarrassant, ce qui n’était pas le cas pour un Massey Ferguson ou un John Deere. 
Le grand-père mourut indigent, d’une ruade de son dernier animal. Son fils, abattu et sans cheval, remonta en selle en suivant une nouvelle formation. 
Quelque temps plus tard, il obtint un emploi chez Facit AB, une des premières entreprises mondiales de production de machines à écrire et à calculer. Une deuxième fois, il fut broyé par le progrès, car soudain, la calculatrice électronique débarqua sur le marché. À la différence des produits Facit, de la taille d’une brique, la variante japonaise tenait dans la poche intérieure d’une veste.
Les machines du groupe Facit ne rétrécirent pas (du moins pas assez vite), contrairement à la firme qui finit par se ratatiner tout à fait.
Le fils du marchand de chevaux se vit signifier son congé. Pour oublier qu’il avait été floué à deux reprises par la vie, il se mit à la boisson. Sans emploi, aigri, jamais douché et toujours ivre, il perdit vite tout son charme aux yeux de son épouse, de vingt ans sa cadette, qui tint le coup un moment.

Déjà lu du même auteur :

le_vieux_qui_ne_voulait_pas_feter_son_anniversaire Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

Posté par aproposdelivres à 11:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,