10 septembre 2017

Pain amer - Marie-Odile Ascher

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Anne Carrière - janvier 2011 - 428 pages

Pocket - mars 2012 - 480 pages

Quatrième de couverture :
Ils étaient des milliers à avoir fui la révolution bolchevique et la guerre civile. En 1946, auréolé de sa victoire sur le nazisme, Staline les rappelle à la mère patrie : l'URSS. Ils seront quelque quatre à six mille " Russes blancs " exilés à suivre l'étoile rouge et les promesses du Petit père des peuples.

Parmi eux, Marina qui, bien que se sentant française, suit les siens dans leur voyage de retour. Elle laisse Marc, son grand amour, certaine de revenir bientôt sur la Côte d'Azur pour l'épouser. Pour l'instant, un long périple l'attend. Elle ne se doute pas qu'une fois arrivée, se dressera entre elle et ses rêves d'avenir le mur du totalitarisme.

Auteur : Marie-Odile Ascher vit à La Gaude, près de Nice. Pain Amer est son premier roman. Vient ensuite Le serment de Maria. Dans l'un comme dans l'autre, elle met en scène une jeune femme dans les tourments de l'histoire de l'Europe de l'Est.

 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous raconte un épisode méconnu de l’Histoire. Après la Seconde Guerre Mondiale, Staline convainc de nombreux Russes blancs émigrés en France après la révolution de 1917, à revenir au pays… A coup de propagande et de belles promesses, Marina, la narratrice de cette histoire, et sa famille vont abandonner leur vie agréable à Nice pour l’enfer...
Marina a 19 ans et promise à un belle avenir, elle est fiancée, elle poursuit des études brillantes pour devenir enseignante. Lorsque son père et sa mère décident de retourner en URSS avec leurs huit enfants, Marina tente de les dissuader. Elle a toujours vécu en France et la Russie ou l’URSS ne représentent rien pour elle. Mais à 19 ans, elle est toujours mineur et doit obéissance à son père. Elle a finalement prévu de les accompagner jusqu’à destination puis dès que la famille sera installée de repartir en France retrouver son fiancé. Dès le début du livre, on comprend que son voyage n’aura pas de retour…
Ce livre se lit comme un suspens, le lecteur est happé par cette aventure incroyable. L’auteur s’est vraiment bien documenté pour raconter l’histoire de Marina et sa famille, s’inspirant d’une histoire vraie.

Extrait : (début du livre) 
Simferopol, Ukraine, 2 décembre 1991.


Tous les postes de radios et de télévision du pays crachent, sans interruption, les résultats du vote. L'effervescence est palpable partout, dans la rue, dans les médias et même chez nous : le téléphone sonne sans cesse. Nous avons tous conscience de vivre un tournant historique majeur. Demain ne sera plus jamais comme hier : l'URSS est en train d'exploser, notre monde basculera vers l'inconnu. L'Ukraine est devenue libre et indépendante, l'univers soviétique, que j'avais crû immuable à jamais, auquel j'avais tant peiné à m'adapter, est en voie de disparition.
Cette atmosphère de renversement de l'ordre du monde m'a rappelé l'époque de ma jeunesse quand, pareillement à aujourd'hui, mon univers avait basculé. C'était en 1947 et j'avais dix-neuf ans. Un interminable trajet en train, de Nice vers l'Union soviétique, nous avait emportés, ma famille et moi, vers une autre planète. J'avais alors noté mes impressions et le déroulement des péripéties du voyage dans un cahier d'écolier, à couverture verte. Il existe toujours, enfoui - j'allais dire inhumé - depuis des décennies dans une vieille valise à la cave, en compagnie d'autres traces fossilisées d'un passé lointain. Une envie irrésistible m'a poussée à aller le chercher.
Ma main tremblait un peu lorsque j'ai ouvert le cahier au hasard. L'encre bleue a à peine pâli. J'ai reconnu l'écriture fine et si aisée du stylo Waterman à plume d'or que m'avait offert Marc pour mes dix-huit ans. «À Strasbourg un petit courant d'air froid...» Un peu plus loin : «Nous mangeons dans les gamelles en fer-blanc de l'armée allemande...»
J'ai repris au tout début pour me plonger dans cet espace-temps étrange que fut le voyage vers l'URSS, sorte de sas entre deux mondes étanches. Le silence de l'oubli a volé en éclats. La violence de ce que j'avais vécu m'est revenue, tel un boomerang, en plein coeur.

 

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11 novembre 2015

Berezina - Sylvain Tesson

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Audiolib

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Audiolib - juillet 2015 - 4h51 - Lu par Franck Desmedt

Guérin - janvier 2015 - 199 pages

Quatrième de couverture : 
« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il. 
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »
Sylvain Tesson embarque l’Empereur dans son side-car pour une épopée carnavalesque et réjouissante.
Entraîné dans une effraction du temps, le lecteur enjambe les siècles avec jubilation.

Auteur : Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie d’un tour du monde à vélo. Il traverse les steppes d’Asie centrale à cheval et publie alors L’immensité du monde. En 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag et publie L’Axe du LoupUne vie à coucher dehorsDans les forêts de Sibérie (Prix Médicis essai 2011) et S’abandonner à vivre lui valent une reconnaissance grandissante.

Lecteur : Élève du Cours Simon, Franck Desmedt s’est illustré authéâtre dans des pièces classiques et contemporaines. En 2000, il fonde sa propre compagnie à Bordeaux où, depuis 2011, il dirige un théâtre : l’INOX. Comédien à l’affiche de Dernier coup de ciseaux (Molière de la meilleure comédieen 2014). Il collabore régulièrement avec France culture et France Inter.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Berezina est un récit d'aventure original, c'est l'histoire de copains qui décident de refaire en plein hiver la route qu'avait suivi Napoléon et la Grande Armée lors de la retraite de Russie en 1812. Sylvain Tesson décide de revivre cette épopée en side-car, accompagné de quatre amis (deux français et deux russes). Ils vont partir de Moscou et rejoindre Paris en passant par
Minsk, Vilnius, Varsovie et Berlin. Sylvain Tesson a voyagé en compagnie de témoignages écrits de survivants, comme les mémoires de Caulaincourt, le secrétaire de Napoléon, ou du sergent Bourgogne. Au jour le jour, le lecteur suit le voyage de Sylvain et ses quatre amis, les témoignages historiques et les réflexions de l'auteur. Ces deux épopées sont difficilement comparables mais passionnantes à suivre confortablement et chaudement installé dans notre fauteuil... Le récit moderne est émaillé d'anecdotes et largement arrosé, alterne avec celui de Napoléon et sa Grande Armée. Voilà une belle aventure originale qui nous fait traverser l'Europe au rythme des 80 km/h maximum des motos Oural dans des conditions météorologiques hivernales...

Le lecteur est très agréable à écouter et l'on peut trouver dans l'étui du CD une carte générale pour suivre le périple de Sylvain et ses compagnons étapes par étapes.

Merci Babelio et les éditions Audiolib pour ce partenariat. 

Extrait : (début du livre)
LES IDÉES DE VOYAGE jaillissent au cours d’un précédent périple. L’imagination transporte le voyageur loin du guêpier où il s’est empêtré. Dans le désert du Néguev, on rêvera aux glen écossais ; sous la mousson, au Hoggar ; dans la face ouest des Drus, d’un week-end en Toscane. L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes. « Qu’est-ce que je fais là ? » est un titre de livre et la seule question qui vaille.
Cet été-là, nous frôlions chaque jour des icebergs plaintifs. Ils passaient tristes et seuls, surgissant du brouillard, glaçons dans le whisky du soir. Notre voilier, La Poule, voguait de fjord en fjord. La lumière de l’été, brouillée par la vapeur, allaitait jour et nuit les côtes de Baffin. Parfois, nous accostions au pied d’une paroi de six cents mètres plantée dans l’eau. Alors, déroulant nos cordes, nous nous lancions dans des escalades. Le granit était compact, il fallait pitonner ferme. Pour cela, nous avions Daniel Du Lac, le plus vaillant d’entre nous. Il était à l’aise pendu au-dessus de l’eau – davantage que sur le pont du bateau. En ouvrant la voie, il délogeait des blocs. Les rochers nous fusaient dans le dos et claquaient l’eau avec un bruit d’uppercut dans une mâchoire coupable.
Cédric Gras suivait, soulevé par cette vertu : l’indifférence. Moi, je redoutais de redescendre. À bord du bateau, l’atmosphère n’était pas gaie. Dans le carré, chacun lapait sa soupe en silence. Le capitaine nous parlait comme à des chiens et nous prenait, le soir, pour son auditoire. Il fallait subir ses hauts faits, l’entendre dérouler ses vues sur cette science dont il s’était fait le spécialiste : le naufrage. Il y a comme cela des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit où ils peuvent régner sur des empires. Le sien mesurait dix-huit mètres.
Un soir, avec Gras, nous nous retrouvâmes sur le pont avant. Des baleines soupiraient à la proue du bateau, nageaient mollement, roulaient sur le côté : la vie des gros.
« Il faut renouer avec un vrai voyage, mon vieux. J’en ai marre de cette croisière de Mormons, dis-je.
— Un vrai voyage, c’est quoi ? dit-il.
— Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
— Ah ? fit-il.
— Oui. Cette année, en décembre, toi et moi, nous devons aller au Salon du livre de Moscou. Pourquoi ne pas revenir à Paris en side-car ? À bord d’une belle Oural de fabrication russe. Toi, tu seras au chaud dans le panier, tu pourras lire toute la journée. Moi, je piloterai. On part de la place Rouge, on enquille plein ouest vers Smolensk, Minsk et Varsovie. Et tu sais quoi ?
— Non, dit-il.
— Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
— Pas possible ?
— Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? À leurs fantômes. À leur sacrifice. En France, tout le monde se fout des Grognards. Ils sont tous occupés avec le calendrier maya. Ils parlent de la “fin du monde” sans voir que le monde est déjà mort.
— Pas faux, dit Gras.
— C’est à nous de saluer la Grande Armée, dis-je. Il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou.
— Mais ça a été une effroyable boucherie ! dit-il.
— Et après ? Ce sera un voyage de mémoire. On frôlera aussi quelques catastrophes, je te le promets.
— Alors d’accord. »
Il s’écoula un moment. Priscilla nous rejoignit à la proue. Elle était de tous nos voyages. Avec ses boîtiers photos, ses huiles essentielles et ses gestes de yogi. On la mit au courant du projet. Un soleil cyanosé rôdait à l’horizon. La mer était d’acier. La queue d’un grand rorqual barattait ce mercure. Soudain, Priscilla :
« Pourquoi répéter la Retraite exactement ?
À bâbord, une baleine expira une fleur de vapeur. Le nuage resta en suspens dans la clarté.
— Pour le panache, chérie, pour le panache. »

Déjà lu du même auteur :

92853010 Dans les forêts de Sibérie

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22 janvier 2014

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain Tesson

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Gallimard - mai 2012 - 6h50 - lu par Sylvain Tesson

Gallimard - septembre 2011 - 267 pages

Folio - avril 2013 - 304 pages

Prix Médicis essai 2011

Quatrième de couverture :
« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dansd les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. » Sylvain Tesson revit son expérience au cœur de la Russie en une lecture habitée, intense et vibrante d'émotions. 

 

Auteur : Sylvain Tesson est né en 1972. Aventurier et écrivain, membre de la Société des explorateurs français, il s'est fait connaître avec un remarquable récit de voyage, L'axe du loup : De la Sibérie à l'Inde sur les pas des évadés du Goulag. Son premier recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors, s'inspirant de ses nombreux voyages, reportages et documentaires, a reçu le Goncourt de la nouvelle 2009.

Mon avis : (écouté en janvier 2014)
C'est le récit autobiographique de Stéphane Tesson qui a vécu six mois, de février à juillet 2010, dans une cabane au bord du lac Baïkal. Loin de tout, avec comme provisions, des kilos de pâtes, du tabasco, du ketchup et des litres de vodka, pour se chauffer du bois à couper et pour lire de nombreux livres... Ces six mois, c'est l'occasion de se poser, de se retrouver spectateur de la nature, d'apprécier le silence, de voir passer le temps...
J'ai beaucoup aimé ce livre, de plus lu par son auteur, je l'ai trouvé apaisant et passionnant.
J'ai aimé les descriptions de la nature, le cycle des saisons avec la neige, le lac pris par les glaces, puis la fonte des neiges et la débâcle avec l'arrivée du printemps, les animaux rencontrés, du plus petit ou plus gros (mésanges, oies, phoques ou les ours...). 
Sylvain bouge un peu accueilli par ses plus proches voisins qui sont à une journée ou deux de marche. Il utilise le kayak, une pulka tirée par des chiens... Il a également quelques visiteurs qui arrivent selon la saison en camion ou en bateau...
Ce journal de bord mêle descriptions, réflexions, anecdoctes... Je n'ai pas vu le temps passer et j'ai beaucoup imaginé cette retraite paisible...
Coup de cœur !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
La marque Heinz commercialise une quinzaine de variétés de sauces. Le supermarché d’Irkoutsk les propose toutes et je ne sais quoi choisir. J’ai déjà rempli six caddies de pâtes et de Tabasco. Le camion bleu m’attend. Micha, le chauffeur, n’a pas éteint le moteur, et dehors, il fait – 32.
Demain, nous quittons Irkoutsk. En trois jours, nous atteindrons la cabane, sur la rive ouest du lac. Je dois terminer les courses aujourd’hui. Je choisis le « super hot tapas » de la gamme Heinz. J’en prends dix-huit bouteilles : trois par mois.
Quinze sortes de ketchup. À cause de choses pareilles, j’ai eu envie de quitter ce monde.

9 février
Je suis allongé sur mon lit dans la maison de Nina, rue des Prolétaires. J’aime les noms de rues en Russie. Dans les villages, on trouve la « rue du Travail », la « rue de la révolution d’Octobre », la « rue des Partisans » et, parfois, la « rue de l’Enthousiasme » où marchent mollement de vieilles Slaves grises. 
Nina est la meilleure logeuse d’Irkoutsk. Autrefois, pianiste, elle se produisait dans les salles de concerts de l’Union soviétique. À présent, elle tient une maison d’hôte.
Hier elle m’a dit : « Qui eût cru que je me transformerais un jour en usine à crêpes ? » Le chat de Nina ronronne sur mon ventre. Si j’étais un chat, je sais le ventre où je me réchaufferais.
Je suis au seuil d’un rêve vieux de sept ans. En 2003, je séjournai pour la première fois au bord du Baïkal. Marchant sur la grève, je découvris des cabanes régulièrement espacées, peuplées d’ermites étrangement heureux. L’idée de m’enfouir sous le couvert des futaies, seul, dans le silence, chemina en moi. Sept ans plus tard, m’y voilà.
Il faut que je trouve la force de repousser le chat. Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu’on est au bord de saisir ce que l’on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J’ai peur d’appartenir à cette espèce.
Le camion de Micha est chargé ras la gueule. Pour atteindre le lac, cinq heures de route à travers des steppes englacées : une navigation, par les sommets et les creux d’une houle pétrifiée. Des villages fument au pied des collines, vapeurs échoués sur des hauts-fonds. Devant pareilles visions, Malevitch écrivit : « Quiconque a traversé la Sibérie ne pourra plus jamais prétendre au bonheur. »
Au sommet d’une croupe, le lac apparaît. On s’arrête pour boire. Cette question après quatre rasades de vodka : par quel miracle la ligne du littoral épouse-t-elle aussi parfaitement les contours de l’eau ?

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 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Géographie" (1)

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18 janvier 2014

Mattéo (Tome 2) Deuxième époque (1917-1918) - Jean-Pierre Gibrat

2014-01-11_171250 Futuropolis - octobre 2010 - 73 pages

Quatrième de couverture : 
1917. Toujours déserteur, venu clandestinement d’Espagne où il s’était réfugié, Mattéo passe à Collioure embrasser sa mère. Nous sommes le 1er août, jour anniversaire de la mort de son père.

Le soir même, il revoit Juliette, qu’il tente en vain d’emmener avec lui. Tendre soirée désespérante sur la plage. Le lendemain, Mattéo, accompagné de Gervasio, l’ami de son père, s’embarque pour Petrograd. Après plusieurs semaines de bateau, les deux amis, en mission d’exploration pour le compte des anarchistes espagnols, sont au coeur même de la révolution qui s’embrase. C’est dans une atmosphère de liesse et de joyeuse pagaille que Mattéo et Gervasio font la connaissance de Dimitri et Léa. Le premier est un anarchiste libertaire, la seconde une bolchevique passionnée…

Auteur : Jean-Pierre Gibrat, 59 ans, vit en Normandie. Il a reçu, en 2010, le Grand Prix Bd Boum de Blois pour l'ensemble de son oeuvre. Il est l'auteur des séries Le Sursis, Le Vol du corbeau et de Mattéo.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
J'avais quitté Mattéo sur une barque quittant la France pour se mettre à l'abri en Espagne, loin de la Grande Guerre (Mattéo (Tome 1) Première époque - 1914-1915). Le voilà revenu clandestinement voir sa mère le 1er août 1917, jour anniversaire de la mort de son père. Ce même jour, il rencontre Juliette qu'il tente de convaincre de venir avec lui. Il doit partir dès le lendemain vers la Russie. Avec Gervasio un ancien compagnon de lutte de son père, Mattéo part avec en toutes les espoirs que  la révolution bolchévique de 1917 a pu faire naître chez les  anarchistes espagnols. Avec son appareil photo, Mattéo joue au petit reporter mais il est également réquisitionné photographier les prisonniers sociaux-traitres. Assez vite Mattéo va perdre ses illusions et découvrir la réalité et les travers de la révolution russe...
Les dessins sont toujours magnifiques, les teintes sont moins lumineuses mais adaptées à la rigueur de l'hiver russe. Les dessins de femmes sont superbes...

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Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

92952294 Mattéo (Tome 1) Première époque (1914-1915)

Challenge Petit Bac 2014
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"Temps" (1)

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23 juillet 2013

Le canapé rouge - Michèle Lesbre

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Sabine Wespieser - août 2007 - 148 pages

Folio - avril 2009 - 144 pages

Quatrième de couverture : 
Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, tandis que défilent les paysages, Anne songe à l'amitié qui la lie à une vieille dame, Clémence Barrot, laissée à Paris. Elle lisait à cette ancienne modiste la vie de femmes libres et courageuses telle Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne... Et partageait avec elle des souvenirs tendres et douloureux : ceux des amours passées… 
Le dixième livre de Michèle Lesbre est un roman lumineux sur le désir, un texte limpide sur le bonheur de vivre.

Auteur : Michèle Lesbre vit à Paris. Elle a publié notamment La Belle Inutile (1991), Un homme assis (1993), Une simple chute (1997), Que la nuit demeure (1999), Nina par hasard et VictorDojlida, une vie dans l’ombre (2001), Boléro (2003), Un certain Felloni (2004), La Petite Trotteuse (2005), Le canapé rouge (2008), Sur le sable (2009), Disparitions bucoliques avec Gianni Burattoni (2010), Mais d’où venez-vous ? avec Sylvie Granotier (2010) et Un lac immense et blanc (2011).

Mon avis : (lu en juillet 2013)
Anne la narratrice est dans un train en direction du lac Baïkal, elle est partie retrouver Gyl un homme qu'elle a aimé et dont elle est sans nouvelles. Durant ce long voyage, elle observe aussi bien les paysages que ses compagnons de voyage. Elle laisse également vagabonder son esprit en pensant à sa voisine d'appartement Clémence Barrot. C'est une vieille dame qui vit dans le souvenir de Paul son grand amour assassiné durant la Seconde Guerre Mondiale. Clémence a été modiste, Anne vient la voir régulièrement pour lui faire la lecture et pour bavarder autour de la littérature, des souvenirs... A son retour, Anne compte bien retrouver Clémence sur son canapé rouge pour lui raconter son voyage.
Jolie histoire, j'ai préféré les échanges entre Clémence et Anne que le voyage en Sibérie où je me suis un peu perdue...

Extrait : (début du livre)
Sur un chemin de terre, un homme roulait une cigarette, debout, près d'un side-car vert, scarabée géant, compagnon de solitude. L'homme et sa machine, ensemble. De loin je reconnaissais tous les gestes, Gyl aussi roulait ses cigarettes. Il retenait la pincée de tabac au creux de la main, l'effritait du bout des doigts, la répartissait dans la pliure de la feuille, enfermait le tout après un léger coup de langue sur le bord du papier gommé. L'odeur de miel et de foin flottait, même si j'étais derrière la vitre du compartiment et l'homme à une dizaine de mètres. J'entendais presque le bruissement du tabac, j'imaginais les doigts agiles, le geste machinal, la tête ailleurs. Moment suspendu, rituel, intime. Il n'avait pas un regard pour le train qui reprenait de la vitesse et je pensais que c'était ça aussi le voyage, me réveiller quelque part en Sibérie, mais où ? Voir un homme se rouler une cigarette, le perdre de vue très vite, me souvenir de lui toujours.
Aujourd'hui encore, il m'arrive de penser à la brève apparition de cet inconnu surpris dans son intimité, à d'autres aussi qui de façon mystérieuse se sont installés dans ma mémoire, comme des témoins silencieux de mes errances.
C'était un moment de ma vie où la présence obsédante du monde, l'impuissance de tous les discours et celle de théories usées tourmentaient mes jours et mes nuits. Il me semblait n'avoir prise sur rien, le temps voulait m'engloutir, il m'engloutissait, du moins avais-je cette impression d'une lente et inexorable fin de tous nos espoirs. Je n'étais pas seule à percevoir cette insidieuse érosion des certitudes qui avaient emballé notre jeunesse, mais ce qui m'effrayait c'était le sentiment, que partageaient quelques-uns de mes amis, de ne rien pouvoir d'autre que de m'abîmer dans ce constat. J'avais lu dans un roman à propos de la mort des théories, On se demande jusqu'à quel point on les avait prises au sérieux. J'en voulais à l'auteur pour sa cruelle hypothèse. Ce monde rêvé, cette belle utopie : être soi, pleinement soi, mais aussi transformer la société tout entière, pouvaient-ils n'être qu'enfantillages ? Nous consolaient-ils seulement d'être les héritiers orphelins des dérives commises à l'Est et ailleurs, que certains de nos aînés avaient fait semblant d'ignorer ?
Gyl, lui, ne voulait pas renoncer à tout ce qui avait donné du sens à sa vie jusque-là, bâtir un monde idéal. Sur un coup de tête, il était allé vivre au bord du lac Baïkal, peindre, faire du théâtre avec les habitants, monter des pièces de Vampilov qui avait exercé toute sa carrière à Irkoutsk. Ce choix m'inquiétait, mais je comprenais à quel point il était symbolique et désespéré à la fois. Inutile de le retenir, rien ni personne ne l'avait jamais retenu. Les premiers six mois, il écrivait souvent, racontait qu'il avait le temps d'aller pêcher l'omoul dans le lac, de fabriquer des cerfs-volants pour les enfants.
Puis, le silence.
Après des semaines sans nouvelles, j'avais décidé de faire le même voyage, dans le même train. Nos quotidiens s'étaient séparés depuis longtemps, mais nous avions beaucoup partagé. L'idée d'un quelconque danger le concernant me plongeait dans une indicible angoisse. L'homme debout près de sa machine était peut-être un signe, je me rapprochais de Gyl. Ces gestes familiers pouvaient en être la preuve, j'avais besoin de m'en convaincre.

  Challenge Petit BAC 2013
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12 janvier 2013

Enfant 44 - Tom Rob Smith

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Audiolib - avril 2009 - lu par Frédéric Meaux

Belfond - février 2009 - 398 pages

Pocket - janvier 2010 - 522 pages

traduit de l'anglais par France Camus-Pichon

Titre original : Child 44, 2008

Quatrième de couverture :
Hiver 1953, Moscou. Le corps d'un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée.
Agent du MGB, la police d'État chargée du contre-espionnage, Leo est un officier particulièrement zélé. Alors que la famille de l'enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n'existe pas dans le parfait État socialiste, il s'agit d'un accident. L'affaire est classée mais le doute s'installe dans l'esprit de Leo.
Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Leo est contraint à l'exil avec sa femme Raïssa, elle-même convaincue de dissidence. C'est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l'Oural, qu'il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l'« accident » de Moscou.
Prenant tous les risques, Leo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d'eux des ennemis du peuple…

Auteur : Tom Rob Smith est né à Londres en 1979, d'une mère suédoise et d'un père anglais. Diplômé de l'université de Cambridge, il a passé un an en Italie dans un atelier d'écriture. Il a ensuite travaillé comme scénariste pendant cinq ans. Tom Rob Smith vit à Londres. Après Enfant 44 (2009), Kolyma est son deuxième roman.

Lecteur : Originaire du Sud-ouest de la France, Frédéric Meaux a fait ses études de Comédien-Danseur à l'école des Arts du spectacle à Bruxelles. Il poursuit ensuite sa formation dans l'art clownesque et la Commedia dell'arte. Depuis plusieurs années, il prête sa voix pour la télévision et le cinéma. Il a déjà enregistré pour Audiolib Enfant 44  et Le jeu de l'ange.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Avant de commencer ce livre, je ne m'attendais pas à lire une histoire pareille, le titre est mystérieux et induit même à l'erreur, le chiffre 44 m'évoquait autre chose que l'Union Soviétique en 1953...

Léo est un agent du MGB (ancêtre du KGB), il obéit au système et n'hésite pas à participer à la terreur stalinienne. Pourtant, un jour Léo décide de mener seul une enquête autour de disparitions d'enfants. En désaccord avec la Parti il devient personna non grata et il est déplacé au fin fond de l'Oural... Malgré tout, il poursuivra son enquête et fera des découvertes surprenantes...
J'ai beaucoup aimé ce livre, avec cette histoire, j'ai découvert le monde soviétique d'après-guerre, son contexte politique, économique et social et en même temps l'une enquête autour de ses enfants disparus est palpitante. L'ambiance est oppressante, par moment effroyable et le lecteur est tenu en haleine du début à la fin.  

Extrait : (début du livre)
Puisque maria avait décidé de mourir, son chat n’aurait qu’à se débrouiller. Elle s’en était déjà occupée au-delà du raisonnable. Voilà belle lurette que les villageois avaient attrapé et mangé les rats et les souris. Les animaux de compagnie avaient suivi. Tous, sauf un : ce chat, son compagnon qu’elle tenait caché. Pourquoi ne l’avait-elle pas tué ? Pour garder une raison de vivre, quelque chose à protéger et à aimer – une raison de survivre. Elle s’était promis de continuer à le nourrir jusqu’à ce qu’elle-même n’ait plus rien à se mettre sous la dent. Ce jour était arrivé. Elle avait déjà découpé ses bottes de cuir en lanières, les avait fait bouillir avec des orties et des graines de betterave. Elle avait creusé le sol pour trouver des vers de terre, sucé des morceaux d’écorce. Ce matin encore, délirante de fièvre, elle avait rongé un pied du tabouret de la cuisine jusqu’à ce que ses gencives soient pleines d’échardes. A sa vue son chat avait filé se réfugier sous le lit, refusant de se montrer alors même qu’elle l’appelait à genoux, le suppliait de sortir de sa cachette. C’est à ce moment-là que Maria avait décidé de mourir, n’ayant  plus rien à manger ni à aimer.
Elle attendit la tombée de la nuit pour ouvrir la porte d’entrée. Dans l’obscurité, son chat aurait plus de chances d’atteindre les bois sans être vu. Si un habitant du village l’apercevait, il lui sauterait dessus. Même si près de mourir, elle ne supportait pas l’idée qu’on tue son chat. Elle se consolait en se disant qu’il profiterait de l’effet de surprise. Au sein d’une communauté où les hommes adultes mâchaient de la terre en espérant tomber sur des fourmis ou des œufs d’insectes, où les enfants cherchaient dans le crottin de cheval les grains d’avoine non digérés et où les femmes se battaient pour quelques os, personne, à coup sûr, n’imaginait qu’un chat ait pu avoir la vie sauve.

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 Challenge God Save The Livre 
Challenge_anglais

 Challenge Voisins, voisines

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Grande-Bretagne

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013

petit_bac_2013
"Chiffre/Nombre"

 Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 19/12

 Défi 1er roman
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01 août 2012

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre – Ruta Sepetys

ce_qu_il_n_ont_pas_pu_nous_prendre Gallimard jeunesse – octobre 2011 – 432 pages

traduit de l'anglais (américain) par Bee Formentelli

Titre original : Between shades of gray, 2011

Quatrième de couverture :
Lina est une jeune Lituanienne comme tant d'autres. Très douée pour le dessin, elle va intégrer une école d'art. Mais une nuit de juin 1941, des gardes soviétiques l'arrachent à son foyer. Elle est déportée en Sibérie avec sa mère et son petit frère, Jonas, au terme d'un terrible voyage. Dans ce désert gelé, il faut lutter pour survivre dans les conditions les plus cruelles qui soient. Mais Lina tient bon, portée par l'amour des siens et son audace d'adolescente. Dans le camp, Andrius, dix-sept ans, affiche la même combativité qu'elle... Le récit de Lina vous coupera le souffle. Vous n'aurez qu'une envie : faire partager cette histoire aussi terrible qu'exemplaire, qui irradie d'amour et d'espérance. Déjà un classique dans de nombreux pays.

Auteur : Fille d’un réfugié lituanien, Ruta Sepetys est née dans le Michigan où elle a été élevée dans l’amour de la musique et des livres par une famille d’artistes. Elle étudie la finance internationale et vit quelques temps en Europe (Paris). Puis, elle part à Los Angeles pour travailler dans l’industrie de la musique. Aujourd’hui mariée, elle vit dans le Tennessee avec sa famille. Ce qu’ils n’ont pu nous prendre est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Lina est une jeune lituanienne de 15 ans, en juin 1941, est arrêté avec sa mère et son petit frère Jonas par la NKVD (la police politique soviétique). Ainsi commence un long voyage dans des wagons à bestiaux vers la Sibérie. Les conditions de voyage sont très difficiles avec en particulier la soif et la faim. Après 42 jours de train, la première étape sera un camp de travail dans l'Altaï. Ils sont logés « chez l'habitant », ils sont imposés aux autochtones qui les acceptent difficilement. Le travail est obligatoire si on veut obtenir sa maigre ration de pain du jour. Lina est soutenue par Andrius, un jeune homme de dix-sept ans aussi combatif qu’elle. Mais près de neuf mois après leur arrivée dans se camp une partie des déportés est condamnée à reprendre la route vers une destination glaciale au-delà du Cercle Polaire. Andrius et Lina sont donc séparés et la survie devient encore plus dure dans ces conditions extrême.
Lina est douée pour le dessin et tout au long de ce terrible voyage, elle utilisera en cachette son art pour témoigner.
L’auteur imagine ce récit plein de courage et de solidarité pour évoquer des faits historiques souvent passés sous silence : comment durant la Seconde Guerre Mondiale les Pays Baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie) ont été envahis par les Soviétiques et les opposants ont été déportés en Sibérie. Une note de l’auteur en fin de livre nous explique tout cela.
Ce roman est édité dans une collection pour adolescents mais je le conseillerai aux adultes et grands adolescents. Un roman très fort à découvrir et à faire découvrir ! 

Extrait : (début du livre)
Ils m'ont arrêtée en chemise de nuit.
Quand je repense à cette terrible nuit, je suis bien obligée d'admettre que les signes avant-coureurs n'avaient pas manqué : on avait brûlé des photos de famille dans la cheminée; tard dans la soirée, j'avais surpris Mère à coudre à l'intérieur de la doublure de son manteau ses plus beaux bijoux et ses plus belles pièces d'argenterie; Père n'était pas rentré de son travail. Mon petit frère, Jonas, posait des questions. J'en posais, moi aussi, mais peut-être me refusais-je à reconnaître les présages de la catastrophe. En réalité, mes parents avaient l'intention de prendre la fuite, ce que je ne compris que plus tard.
Ils n'ont pas pris la fuite. Nous avons été arrêtés.

14 juin 1941. Après m'être changée et avoir passé ma chemise de nuit, je m'installe à mon bureau pour écrire une lettre à ma cousine Joana. J'ouvre ma nouvelle écritoire en ivoire, assortie d'une boîte de plumes et de crayons, qu'une tante m'a offerte pour mes quinze ans.
La brise du soir entrée par la fenêtre ouverte flotte au-dessus de mon bureau, faisant voltiger les rideaux. Je peux sentir le parfum du muguet que Mère et moi, nous avons planté voilà deux ans. Chère Joana.

Ce n'est pas un simple coup frappé à la porte, mais une véritable salve de coups, pressants, insistants, qui me fait bondir sur ma chaise. On martèle la porte d'entrée à coups de poing. Personne ne bouge à l'intérieur de la maison. Je quitte mon bureau pour aller jeter un regard furtif dans le couloir. Ma mère est debout, aplatie contre le mur, face à notre carte encadrée de la Lituanie. Elle prie, les yeux clos. Elle a les traits tirés par l'angoisse - une angoisse comme je ne lui en ai jamais vue.
- Mère, demande Jonas dont un seul œil apparaît dans l'embrasure de sa porte, est-ce que tu vas leur ouvrir ? S'ils continuent comme ça, ils vont finir par défoncer la porte d'entrée. 
Tournant la tête, Mère nous voit tous les deux, Jonas et moi, postés chacun sur le seuil de notre chambre, l'air interrogateur.
- Oui, mon chéri, je vais leur ouvrir, répond-elle en esquissant un sourire forcé. Je ne laisserai personne défoncer notre porte.

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31/50 : Tennessee
Ruta Sepetys vit dans le Tennessee

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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03 février 2012

Le troisième pôle - Guillaume Lebeau

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Marabout

le_troisi_me_pole Marabout – novembre 2011 – 512 pages

Quatrième de couverture :
1912, au Cap Nord en Norvège. Un enfant est atrocement sacrifié au nom d’un rituel à Gaïa. 1996, à Jökulsárlón en Islande. Le corps d’une jeune femme nue et entièrement recouvert de tatouages est découvert, emprisonné dans la glace. Novembre 2010, à Spitzberg entre la Norvège et le pôle nord. Smila, une jeune paléoclimatologue française, tente de rejoindre son père, chercheur sur la base de Ny-Ålesund, pour lui apporter une série de documents qu’il lui a demandés. Mais au moment où elle arrive sur la base, celle-ci est attaquée et mise à sac par un groupe d’hommes surentraînés. Le père de Smila meurt dans l’incendie de Ny-Ålesund avant d’avoir pu lui révéler l’objet de ses recherches. Que cherchait à détruire ce gang ? Quelles recherches menait le père de Smila ? Quels secrets renferment les documents du père de Smila ? Dans cette enquête qui la mènera aux quatre coins du monde, la paléoclimatologue découvrira qu’une sombre organisation cherche à troubler l’ordre mondial…

Auteur : Né en 1971 à Fontainebleau, Guillaume Lebeau travaille d’abord dans l’édition puis dans la presse musicale pop-rock. Il est déjà l’auteur d’une vingtaine de romans policiers, L’Algèbre du besoin (Prix Cognac 1999), L’Agonie des sphères, (Masque de l’année 2000), Cold Gotha.Guillaume Lebeau est auteur de thrillers et scénariste. Spécialiste du roman policier, il est l’auteur d’un documentaire sur le polar scandinave et a publié deux essais consacrés à Fred Vargas et à Stieg Larsson.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Le livre démarre sur les chapeaux de roues… Cela commence en Norvège en 1912, une secte dédiée à Gaïa s'apprête à sacrifier un enfant, puis le lecteur se retrouve en Islande en 1996, une équipe de scientifiques font une étrange découverte au cœur d'un glacier, ensuite c'est notre première rencontre avec Smila Sibir, paléoclimatologue, elle est partie rejoindre son père sur la base Jean Corbel au Spitsberg Norvège...

La lecture est très aisée, avec un rythme rapide, de nombreux lieux, de nombreux évènements, beaucoup de personnages, presque trop le lecteur ne sait plus où donner de la tête.
Moi qui aime voyager grâce aux livres que je lis, j'ai été servie ! Après le Spitsberg en Norvège, j'ai suivi Smila à Paris, en Russie de Moscou à Vladivostok, puis en Mer du Japon avant de rejoindre l'Archipel du Svalbard puis l'Antarctique. Il y a également en parallèle des évènements en Alsace, à Reykjavik, sur la côte ouest du Groenland, dans l'espace aérien de Hong-Kong, à Vancouver, à Séoul...
J'ai trouvé très original le thème du livre. L’auteur Guillaume est un spécialiste de la littérature policière scandinave, il imagine un thriller écologique avec l'avenir de notre planète au centre d’enjeux économiques, écologiques et politiques encore inavoués... C'est un livre très actuel, car il est question de convois de déchets radioactifs, du sommet de Copenhague, d’un volcan islandais qui se réveille, du dérèglement climatique, de l'effet de serre...
C'est aussi un vrai livre d'espionnage avec des méchants, des gentils, des agents doubles, des poursuites, de nombreuses exécutions... C'est très efficace même si cela n'est pas toujours très crédible...
Mais ma grosse déception, c'est la conclusion du livre… En effet, dans l’épilogue, l’auteur nous emmène en Antarctique et là... J'ai eu l'impression qu'il nous laissait en plan ! Cette fin vraiment abrupte nous annonce sans doute le retour de Smila Sibir comme personnage récurent ?

Merci à Livraddict et aux éditions Marabout pour ce partenariat.

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Extrait : (début du livre)
1912, cap Nord, Norvège

Les oiseaux rasaient l'écume, puis remontaient vers le ciel en rapides envolées, figés contre le vent, plumage tremblant, bec piaillant. Sous leurs ailes frémissantes, bientôt un morceau de terre. Au large, quelques îlots sans nom, plus au large encore l'archipel du Svalbard. Au-delà, c'était le pôle Nord. Un point dans l'infini de l'espace.

La saison était mauvaise. Les flots déferlaient contre les côtes déchiquetées de l'île de Magerøya, se brisant en d'énormes explosions laiteuses contre les vaillantes falaises qui défendaient symboliquement la limite septentrionale de l'Europe.
Un vent glacial mugissait, pareil aux cris mêlés d'une sinistre meute de bêtes sauvages. Ce souffle froid balayait un sol recouvert d'une fine pellicule de neige, se heurtait à quelques cailloux aux formes grotesques et entraînait dans son sillage des nuées de flocons en de fantastiques maelströms aériens.
Face à l'imposant promontoire du cap Nord, dont le front et les flancs se projetaient loin dans la mer de Barents, les nuages couvraient les flots d'un épais manteau. D'immenses déchirures lumineuses labouraient le ciel nocturne. Un jour falot remplaçait les ténèbres du cœur de la nuit.
Jamais aurore boréale n'avait embrasé cet horizon avec autant de brutalité, consumant l'atmosphère et les regards en nuances de vert et de rouge mêlés. Ces couleurs électrisées serpentaient, s'entrelaçaient, fusionnaient avec l'océan et le vent.

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie" 

Challenge Thriller 
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 catégorie "Même pas peur" : 10/8

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24 juillet 2011

Je n’ai pas dansé depuis longtemps – Hugo Boris

Lu dans le cadre du partenariat Logo_News_Book et Pocket

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Belfond – janvier 2010 – 391 pages

Pocket – juillet 2011 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Pour Ivan, le soleil se lève et se couche seize fois par jour. Quatre cent jours en orbite, à bord de la station Mir. Un record. Il sera bientôt un héros aux yeux de l'Union soviétique et de sa famille.
Mais sous l'effet de l'apesanteur, son corps change. Avec ses compagnons de bord, il est à fleur de peau. Dans cet environnement où la moindre erreur est fatale, il se met à désirer la Terre plus que tout.
L'Empire soviétique s'effondre. Il ne sait plus s'il pourra rentrer. Depuis combien de temps n'a-t-il pas dansé avec Oksana ?

Auteur : Hugo Boris est né à Paris en 1979. Son premier roman, Le baiser dans la nuque (2005), a été récompensé par le festival de Chambéry et par le prix Emmanuel-Roblès, remis par les membres du jury Goncourt. La délégation norvégienne, son deuxième roman (2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région. Je n'ai pas dansé depuis longtemps, paru en 2010, a été distingué par le prix Amerigo Vespucci. Diplômé de sciences politiques et de l'École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

Mon avis : (lu en juillet 2011)
Tout commence en février 1991, à la veille du départ d'Ivan pour un long séjour à bord de la station MIR. Avant de quitter sa famille, sa femme Oksana et ses fils Pacha et Guennadi pour Baïkonour, Ivan s'occupe de passer en revue tout l'appartement pour éviter à sa femme des problèmes domestiques en son absence. En effet, il part pour 400 jours en orbite dans la station MIR, pour réaliser le record du plus long séjour en apesanteur. Nous allons embarquer avec Ivan dans Soyouz et l'accompagner pour ce voyage et ce séjour peu ordinaire. Il partagera cette aventure pendant six mois avec Viktor et Nikolaï, puis avec Georgyi et Nikita et enfin avec Sacha et Bogdan. Ivan aura par moment des instants de cafards, de peurs, de doutes...
L'auteur décrit avec beaucoup de précision la vie à bord de la station MIR, les réactions physiologiques du corps des cosmonautes, les réactions psychologiques liées à ce huis clos... Et sur Terre, l'Histoire de l'Union Soviétique s'écrit...
En marge du livre, nous décomptons au fil des pages les presque sept mille orbites réalisées par Ivan. Cette histoire est passionnante et palpitante et pas un instant je ne me suis ennuyée... Il se passe toujours quelque chose à près de 400 kilomètres d'altitude autour de la Terre !

Merci à New Books et aux éditions Pocket pour m’avoir permis de découvrir ce livre.

Mir
Station MIR

Extrait : (page 286)
Il ne la regardait plus que distraitement, comme il aurait regardé sans le voir un visage familier. Il la contemple enfin, cette corne africaine couleur de sang caillé. L'aplat de latérite rouge affronté au bleu profond de la mer. Les miettes de nuages là-dessus, leurs ombres jetés par milliers de mille. Depuis combien de temps fixait-il le gravillon pris dans l'épaisseur du hublot au lieu de regarder à travers la vitre ?
Son œil glisse sur les filaments de plancton, les barres sableuses, les circonvolutions brunes des déserts salés.
Le dessin éphémère de l'eau dans les forêts d'Amérique du Sud lui serre lecœur. Le Soleil dévoile les fleuves et leurs bras morts en les faisant étinceler. Leur surface brille un instant, puis s'éteint, aussitôt relayée par d'autres nappes d'argent bruni, d'autres lacets, d'autres chemins d'eau jusqu'alors invisibles.
Il la dévisage d'un regard oblique, comme s'il venait d'ailleurs et l'observait pour la première fois. Alors c'est cela, ma planète ? Le mot vibre bizarrement, comme l'un de ceux dont il a perdu le sens et dont il n'entend plus que la creuse sonorité.

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12 janvier 2011

Les pingouins n'ont jamais froid - Andreï Kourkov

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Liana Lévi – avril 2004 – 394 pages

Points – février 2005 – 397 pages

traduit du russe par Nathalie Amargier

Quatrième de couverture :
Victor, de retour d'Antarctique, n'a qu'une idée en tête : retrouver son pingouin Micha, qui a atterri dans le zoo personnel d'un richissime Moscovite. Victor parcourt l'Ukraine et la Russie et s'aventure jusque dans les plus sombres recoins de la Tchétchènie. En funambule virtuose, Kourkov sillonne le gouffre qui sépare le rire du drame avec une aisance incomparable.

Auteur : Écrivain ukrainien de langue russe né en 1961, Andreï Kourkov vit actuellement à Kiev. Très doué pour les langues étrangères – il en parle neuf – , il commence sa carrière littéraire pendant son service militaire où il est gardien de prison à Odessa, l’emploi idéal pour écrire… Son premier roman paraît en 1991, mais c’est avec Le Pingouin, paru en 2000, qu’il remporte un succès international.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Cela fait deux semaines que ce livre me fait « signe » sur le présentoir de la bibliothèque… La première fois, je me suis dit qu’il fallait que je lise auparavant Pingouin, mais celui-ci n’étant pas disponible je me suis dit : « Tant pis, je le lirai après celui-ci ! »
Au début du livre, Victor est en Antarctique dans la base Vernadski, il se cache. Avec un faux passeport polonais et la mission de remettre une lettre à Moscou, il trouve le moyen de rentrer en Ukraine. De retour à Kiev, il veut retrouver Micha son pingouin. Il apprend que celui-ci est à Moscou, dans un zoo privé. Mais avant de partir à Moscou, il doit s’occuper de Sonia, petite fille de 7 ans, dont il est devenu le second papa. Son voyage ne s’arrêtera pas à Moscou car Micha serait en Tchétchénie. Les aventures de Victor puis de Victor et Micha sont épiques et sont prétextes pour l’auteur de décrire les usages en vigueur dans cette région ex-soviétique où la corruption est presque devenu un art de vivre… L’histoire est rythmée, les personnages sont attachants, maintenant, j’ai vraiment très envie de découvrir la première aventure de Victor et Micha…

Extrait : (page 63)
Victor manquait de sommeil, mais la météo était revigorante. Le soleil déclinant l'aveuglait. Il prit un taxi de ligne jusqu'à la montée Kourenevski, puis termina à pied le trajet jusqu'à Nagornaïa. Il n'y avait presque pas de passants, uniquement des voitures qui filaient à toute vitesse, malgré une chaussée trouée comme du gruyère.

L'Afghan occupait le rez-de-chaussée d'un Institut de recherche, mais avait sa propre entrée. Au lieu de marches, c'était une petite rampe en béton encadrée de barrières qui conduisait au seuil. La porte double était ouverte, et Victor entra. Personne au comptoir, étrangement bas. La salle se réduisait à quelques tables, très basses elles aussi. Pas la moindre chaise. Surpris, il s'approcha du comptoir, regarda derrière. Une machine à espresso Siemens brillait de tout son chrome, près de quelques bouteilles entamées, sous des rangées bien ordonnées de verres tout propres, petits et grands, suspendus la tête en bas.

Il tira une pièce de monnaie de sa poche et frappa sur le comptoir.
- Une seconde ! cria une voix qui lui sembla familière.
Il fixa la porte blanche derrière le comptoir, entendit un grincement, et Liocha, toujours barbu, apparut dans l'encadrement, en fauteuil.
Victor le regarda avec stupeur. Il n'avait plus de jambes. Le reste était en tenue de camouflage.
- Oh ? s'étonna Liocha. C'est toi ? Ben dis donc!
Il n'ajouta rien. Sur son visage, l'embarras le disputait à l'incrédulité.
- Tu es vivant ? finit-il par dire.
- Oui. Et toi ?
Liocha eut un rire amer.
- Moi aussi. J'ai juste du mal à courir.
Il baissa les yeux sur les jambes de son pantalon militaire, roulées et attachées assez haut.
- Assieds-toi, je te prépare un café!
Victor, embarrassé, regarda autour de lui.
- Ah, c'est vrai! Va voir par là, lui indiqua Liocha en montrant la porte par laquelle il venait d'arriver. Il y a des fauteuils roulants pour les invités!
Dans le local de service, Victor découvrit trois fauteuils pliants nickelés rangés contre le mur. Il en prit un, le déplia d'un geste, s'assit, le cœur lourd, et posa les mains sur le cercle métallique externe des grandes roues. Il poussa, le fauteuil se dirigea vers la porte, roula vers le comptoir et heurta celui de Liocha, qui maniait le percolateur en expert.
- Fais pas l'idiot! Choisis une table et va t'installer!

Victor se redressa, fit passer le fauteuil, léger, par-dessus la tête de son ami, et le reposa de l'autre côté du comptoir, près de la première table. Il se rassit. A présent, le décor prenait un sens, les tables basses étaient au niveau idéal.

Liocha ne tarda pas à apporter deux cafés et un sucrier, posés sur un petit plateau fixé à son fauteuil. Il gagna la table en virtuose, s'arrêta sans que Victor comprenne comment et fit le service en un clin d'œil.
- Et voilà, dit-il en remuant son café. Ce qu'on perd d'un côté, on le gagne d'un autre...
- T'es devenu philosophe ? sourit Victor.
- Vaut mieux, sinon qu'est-ce qui me reste ?
Victor eut soudain l'impression que les mains de Liocha étaient beaucoup plus longues qu'avant. Plus longues et plus noueuses.
- Alors, qu'est-ce qui t'est arrivé?
- Tu sais, un démineur ne se trompe qu'une fois. Après, dans le meilleur des cas, il passe le reste de sa vie à le regretter... C'est ce que je fais depuis... Bousiller un enterrement pareil! Mon patron et ses deux lieutenants ont été déchiquetés; moi, j'ai juste été raccourci. Dans la même seconde, j'ai perdu mes jambes et mon travail. Plus un sou. Heureusement que j'ai eu des amis pour m'aider, dit-il en parcourant le café du regard. Me voilà patron de bar.

Liocha lui expliqua ensuite qu'officiellement ce café appartenait à l'Association des soldats internationalistes*, ce qui l'exemptait de taxes. Personne n'aurait risqué de venir fourrer son nez dans ses affaires, il n'y avait rien à tirer de ce genre d'établissement. A côté, un foyer abritait des mutilés de la guerre d'Afghanistan, entre autres.

Victor posa enfin la question qui lui tenait à cœur:
- Et Micha, qu'est-ce qu'il est devenu?
- Le pingouin?
Liocha, ennuyé, se gratta derrière l'oreille.
- On a eu un problème. Tu sais, avant ce dernier enterrement, mon patron était en mauvaise posture, on s'était fait doubler. Un jour, on avait reçu plusieurs wagons d'alcool, sans papiers, pour une valeur de trois cent mille dollars. Les papiers, on devait nous les amener le lendemain matin, mais dans la nuit, on nous a balancés à la Répression des fraudes, qui a confisqué toute la marchandise. Même pas moyen de la racheter. Et ça s'est répété. Au total, ça faisait près d'un million de dettes. Mon patron devait rembourser un type de Moscou qui a installé plusieurs stations-service ici... Du coup, ce type a pris ton Micha, en dédommagement. Il a un domaine près de Moscou, avec un zoo privé... Je n'ai rien pu faire...
- Je peux le trouver où, ce type?
- Il est reparti chez lui, à Moscou. Il s'est fait piquer ses stations-service par un de nos députés. Viré du sol ukrainien...
- Comment il s'appelle ?
- T'es sérieux, là ?
- Bien sûr.
Incrédule, Liocha secoua la tête.
- Son surnom, c'est «le Sphinx». Ilia Kovalev pour l'état civil. Il a une banque, à Moscou, la Banque commerciale du gaz. Tu te rends compte de ce que ça représente ?
- Une banque ? demanda Victor en haussant les épaules. Qu'est-ce que tu veux que ça représente ? Beaucoup d'argent, pas plus...
Liocha fit non de la tête.
- Une banque, ça veut dire des services secrets parallèles, une armée privée, la possibilité d'acheter ou de faire disparaître n'importe qui sans laisser de traces.
Victor poussa un lourd soupir.
- Tu sais que tu étais recherché, quand même ?
- Oui.
- Et ça te gêne pas de te balader comme ça en ville ?
- Je tiens à retrouver Micha.
- C'est beau, l'amour !

* Dénomination officielle de ceux que l'on envoie combattre à l'étranger.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Animal"

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