24 mai 2017

Born to run - Bruce Springsten

Prix Audiolib 2017

9782367623016-001-X Audiolib - mars 2017 - 19h21 - Lu par Jacques Frantz

Albin Michel - 

traduit de l'américain par Nicolas Richard

Titre original : Born to run, 2016

Quatrième de couverture : 
« Se raconter est une drôle d’affaire. Dans un projet comme celui-ci, l’auteur fait une promesse : laisser le lecteur entrer dans sa tête. C’est ce que j’ai essayé de faire au fil de ces pages. » BRUCE SPRINGSTEEN, dans les pages de Born to Run
 
Au cours des sept années écoulées, Bruce Springsteen s’est, en secret, consacré à l’écriture de l’histoire de sa vie, apportant à ces pages l’honnêteté, l’humour et l’originalité qu’on retrouve dans ses chansons. Il décrit son enfance, dans l’atmosphère catholique de Freehold, New Jersey, la poésie, le danger et les forces sombres qui alimentaient son imagination, jusqu’au moment qu’il appelle le Big Bang : la première fois qu’Elvis Presley passe à la télévision. Il raconte d’une manière saisissante l’énergie implacable qu’il a déployée pour devenir musicien, ses débuts dans des groupes de bar à Asbury Park et la naissance du E Street Band. Avec une sincérité désarmante, il raconte aussi pour la première fois les luttes personnelles qui ont inspiré le meilleur de son oeuvre et nous montre que la chanson Born to Run révèle bien plus que ce qu’on croyait. Born to Run sera une révélation pour quiconque apprécie Bruce Springsteen, mais c’est bien plus que le témoignage d’une rock star légendaire. C’est un livre pour les travailleurs et les rêveurs, les parents et les enfants, les amoureux et les solitaires, les artistes, les dingues et quiconque ayant un jour voulu être baptisé dans les eaux bénies du rock’n’roll.

Auteur : Chanteur, auteur, compositeur, Bruce Springsteen est né en 1949 dans le New-Jersey dans une ville ouvrière. Devenu un des plus grands artistes américains des quarante dernières années (plus de 120 millions d’albums vendus dans le monde), il a été révélé par Born to run en 1975, et n’a cessé depuis de faire course en tête (The RiverBorn in the U.S.A. etc.), couronné par les prix les plus prestigieux (Oscar, Grammies, Golden Globes…).
En France, son concert aux Vieilles charrues de Carhaix en 2009 a attiré plus de 50 000 fans !
Militant engagé, il défend la cause homosexuelle, les droits des noirs, des chômeurs, et s’est affirmé comme un des grands soutiens d’Obama dans sa tournée Vote for change.

Lecteur : De formation dramatique, Jacques Frantz travailla au conservatoire avec Antoine Vitez. Son parcours théâtral le fit se nourrir auprès des plus grands : Gildas Bourdet ou Roger Planchon, entre autres. Son parcours télévisuel (avec Serge Moati, Simon Brook, Denis Malleval, Henri Helman) et cinématographique (d’Yves Robert, Coline Serreau à Claude Chabrol ou Claude Berri, sans oublier Francis Weber, Luc Besson, Lars von Trier, ou récemment Pascal Chaumeil, dans L’Arnacoeur) ainsi qu’une longue pratique des enregistrements radio ont toujours attisé sa passion pour les textes.

Mon avis : (écouté partiellement en avril 2017 et mai 2017)
Je me doutais bien en recevant ce livre audio j'aurai du mal à lire ce livre en entier. Je ne suis pas une habituée des biographies, Bruce Springsten ne représente absolument rien pour moi et en plus le livre est très très long... J'ai fais plusieurs tentatives pour découvrir ce livre, mais je n'y suis pas arrivée à bout... Je me suis plusieurs fois endormie et même en essayant de sauter plusieurs chapitres pour y trouver une accroche quelconque, rien n'y a fait... 
J'avais bien aimé le lecteur, Jacques Frantz, dans plusieurs livres de Fred Vargas, ici la magie n'a pas opérée...

Extrait : (début du livre)
Prologue
Dans la ville balnéaire d’où je viens, avec son boardwalk, tout est un peu en toc. Moi, c’est pareil. À vingt ans, loin d’être un rebelle qui risquait sa vie au volant, je jouais de la guitare dans les rues d’Asbury Park et déjà j’avais obtenu une place de choix parmi ceux qui « mentent » pour servir la vérité… les artistes, avec un petit a. Mais j’avais quatre atouts dans mon jeu : la jeunesse, une expérience de presque dix ans à jouer dans les bars dans toutes les conditions, une bonne bande de musiciens qui avaient grandi là, habitués à mon style sur scène… et une histoire à raconter.
Ce livre est à la fois la suite de cette histoire et une enquête sur ses origines. J’ai pris comme paramètres les événements de ma vie qui ont, je crois, façonné cette histoire et ma musique. Dans la rue, les fans me demandent souvent : « Comment tu fais ? » Je vais tenter d’éclairer un peu le comment et, plus important, le pourquoi.

Kit de survie rock’n’roll

Patrimoine génétique, prédispositions, apprentissage du métier, élaboration d’une philosophie artistique à laquelle être fidèle, désir brut de… gloire ?… d’amour ?… d’admiration ?… d’attention… de femmes ?… de sexe ?… et… ah ouais, bien sûr… de pognon. Ensuite… si vous voulez vraiment aller au fond du fond… un feu intérieur… qui fait rage… qui brûle… sans jamais s’arrêter.
Voilà ce qui peut s’avérer utile si tu es amené à te présenter devant quatre-vingt mille (ou quatre-vingts) fans de rock’n’roll qui hurlent en attendant que tu leur fasses ton tour de magie. En attendant que tu sortes quelque chose de ton chapeau, que tu crées quelque chose de toutes pièces, quelque chose qui, avant que les fidèles se rassemblent, n’était qu’une rumeur alimentée par quelques chansons.
Je suis ici pour fournir la preuve que ce « nous » toujours insaisissable, jamais complètement crédible, existe bel et bien. C’est ça mon tour de magie. Et comme pour tout bon tour, il faut commencer par planter le décor. Et donc…

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15 mai 2017

Ma part de Gaulois - Magyd Cherfi

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 6h14 - Lu par l'auteur

Actes Sud - août 2016 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 1980, l'avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd - lycéen beur d'une cité de Toulouse - c'est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l'intégration et les raisons de certains renoncements.  

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l'identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d'une réalité qui persiste, boite, begaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Auteur : Magyd Cherfi est né à Toulouse en 1962. Dès le lycée, il écrit des scénarios de films amateurs, puis participe à la création de l'association Vitecri pour la promotion des cultures de banlieues. Cette association donnera naissance au groupe Zebda, dont il devient chanteur et parolier. Zebda publiera six albums entre 1992 et 2015. En solo, Magyd Cherfi est l'auteur-compositeur et interprête de deux albums Cité des Etoiles (2004) et Pas en vivant avec son chien (2007). Son nouvel album, Catégorie Reine, sort en mars 2017.
Des les deux recueils de récits publiés chez Actes Sud (Livret de famille en 2004 et La Trempe en 2007), il explore déjà les thématiques liées à la vaste question de l'identité.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Lors de la rentrée Littéraire de Septembre 2016, j'avais noté ce titre après avoir vu l'auteur à la télévision. Dans ce livre, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse. Il est un jeune beur tiraillé entre ses origines kabyle et française, bon élève et aimant étudier, il est également en décalage avec ses copains de la cité qui préfèrent le foot aux livres... Malgré cela, grâce à l'amour inconditionnelle de sa mère, aux amitiés fortes, aux liens qu'il a créé au fil de ses rencontres, Magyd fait sa place en créant une association de soutien scolaire, un club théâtre...
J'ai aimé l'accent chantant du sud-ouest de l'auteur-lecteur, j'ai eu plus de mal à appréhender le style où le vocabulaire fleuri (nombreuses insultes et grossièretés) est trop présent à mon goût. J'ai aimé le côté positif des propos de l'auteur. Son parcours n'a pas été facile, mais c'est cela qui lui a donné la force et lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. C'est à la fois drôle et émouvant, parfois poétique...

Extrait : (début du livre)
Longtemps j’ai aimé qu’on me dise :
— Magyd, écris-nous quelque chose ! Un truc qui tue, mets-nous le feu ! On s’ennuie.
Surtout les filles de mon quartier, qui savaient mon écriture inflammable et solidaire. J’aimais dégommer les mecs de ma cité qui me le rendaient bien. Je les croquais en verbe, ils me retournaient la bouche à coups de savate. Les filles, elles voulaient que j’écrive un incendie. Être leur pyromane me chauffait les neurones. Interdites de sorties je devenais leur passeport pour les étoiles.
— Écris la légende des quartiers.
Tout le monde aimait ça, que j’invente une “histoire”. D’histoire on n’en avait pas. Ma mère, les filles, les copains, un seul cri : Écris…
— Un truc qui tue !
Comme on dit au djinn “exauce mon vœu” ou à la fée “fais-moi apparaître la plus jolie princesse”. On me sollicitait de partout pour un petit bonheur pépère. J’étais dans ma cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume. Les copains aussi me demandaient des poèmes pour accrocher une voisine et quand ils revenaient me supplier pour deux ou trois autres quatrains, je la jouais poète pris dans les tourments de l’inspiration, je me prenais la tête à deux mains :
— Attendez, il faut que ça vienne.
J’en profitais pour leur soutirer les commentaires de la coquine ou la teneur de l’échange qui pouvait être un premier baiser ou la permission d’une caresse en des endroits bénis par la secte “garçons”.
— J’y ai tété le sein, la tête de ma mère !

Et je bandais tranquille, un peu pour la scène décrite et beaucoup pour la sensation de ce pouvoir en ma possession et dont je profitais par procuration.
La procuration, ô terre bénie dans laquelle j’ai atterri en douceur, très tôt.
J’étais mou, affable et grassouillet, ça vous donne trois raisons de ne pas visiter la jungle des hommes. Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel. Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince… charmant, musclé et pas con.
À défaut d’être “mec”, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo.
Par bonheur je n’étais pas que flasque et éteint, j’étais aussi fâché et j’ai donc envoyé mon écriture à la salle de gym. J’habitais la banlieue, ça dit tout.
Pourtant j’avoue pour avoir lu les “meilleurs” que j’étais à l’écriture ce que le mineur est au minerai, bien plus dans le concassage que dans l’épure.
J’en maudis encore le ciel, car écrire et être en colère auraient mérité un scribouillage hugolien. Rien de ça chez moi jusqu’à ce que j’assume ce qualificatif qui m’a hanté longtemps. Sympa.
— C’est sympa ce que t’écris.

 

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06 mai 2017

Désorientale - Négar Djavadi

Prix Audiolib 2017

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Audiolib - mars 2017 - 11h03 - Lu par Lila Tamazit

Liana Levi - août 2016 - 352 pages

Quatrième de couverture :
Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade.
Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

Auteur : Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. Elle a onze ans lorsqu’elle arrive clandestinement en France. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille plusieurs années derrière la caméra avant de se consacrer à l’écriture de scénarios. Elle vit à Paris. Désorientale est son premier roman.

Lecteur : Lila Tamazit possède plus d’une corde vocale à son art : théâtre, musique, comédie et voix-off ont toujours occupé sa vie. Depuis 2011, elle a été choisie pour être la voix de la chaine Arte. Chanteuse, elle expérimente la scène dans différentes formations mêlant jazz, folk et chanson. Elle revisite le répertoire de Serge Gainsbourg de manière lumineuse et singulière. Sa passion des mots l’a amenée à interpréter des textes exigeants (Hannah Arendt, Maïakovski, Guillevic, Allen Ginsberg) sous des formes expérimentales où se mêlent voix et musique.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Cette histoire mélange le présent à Paris et Bruxelle et le passé en Iran. Kimiâ Sadr, la narratrice, est dans la salle d'attente d’un hôpital, le lecteur comprend peu à peu qu’elle suit un protocole d'insémination artificielle. Dans ce cadre froid, elle se rappelle son histoire et celle de sa famille. Kimiâ est née en Iran, au début des années 80, alors qu'elle a dix ans, ses parents, étant des opposants au régime, sont obligés de quitter le pays pour s'exiler en France. 
Elle raconte ses souvenirs d'enfance en Iran, sa grand-mère, ses oncles, son départ d'Iran en passant par les montagnes du Kurdistan avec sa mère et ses sœurs, son arrivée en France et les différences entre les deux cultures... Il est question d'identité, de liens familiaux, de déracinement, de différence...
En rédigeant ce billet, je me suis interrogée sur le sens du titre Désorientale... Et tout à coup j'ai compris ! Ce mot valise est l'association du mot désorienté et orientale. Autant, le mot orientale est évident pour moi, autant le second mot désorienté vient de me sauter aux yeux. Je comprends mieux alors le côté désordonné du récit de ce roman. 
En effet, j'ai un avis mitigé sur cette lecture, en particulier sur la forme, le contenu est très intéressant et tient le lecteur en haleine, mais la profusion des personnages souvent haut en couleur, des péripéties en tout genre sans ordre chronologique et des nombreuses digressions dans le récit donnent une impression brouillonne et la forme audio n'est pas la meilleure pour s'y retrouver... Il y a bien un index dans la boîte du CD, répertoriant tous les personnages et leur généalogie, mais je ne me promène pas avec la boîte... J'ai donc décidé d'écouter chaque chapitre indépendamment sans chercher à tout prix à vouloir le lier aux précédents.

Extrait : (début du livre)
À Paris, mon père, Darius Sadr, ne prenait jamais d’escalator.
La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m’a répondu : « L’escalator, c’est pour eux. » Par eux, il entendait vous, évidemment. Vous qui alliez au travail en ce mardi matin d’avril. Vous, citoyens de ce pays, dont les impôts, les prélèvements obligatoires, les taxes d’habitation, mais aussi l’éducation, l’intransigeance, le sens critique, l’esprit de solidarité, la fierté, la culture, le patriotisme, l’attachement à la République et à la démocratie, avaient concouru durant des siècles à aboutir à ces escaliers mécaniques installés à des mètres sous terre.
À dix ans, je n’avais pas conscience de toutes ces notions, mais le regard désarmé de mon père – attrapé durant les mois passés seul dans cette ville et que je ne lui connaissais pas – m’ébranla au point qu’aujourd’hui encore, chaque fois que je me trouve face à un escalator, je pense à lui. J’entends le bruit de ses pas qui grimpent les marches dures de l’escalier. Je vois son corps légèrement penché en avant par l’effort, obstiné, volontaire, ancré dans le refus de profiter du confort éphémère de l’ascension mécanique. Dans la logique de Darius Sadr, ce genre de luxe se méritait, sinon c’était de l’abus, voire du vol. Son destin s’inscrivait désormais dans les escaliers de ce monde, le temps qui s’écoule sans surprise, le regard indifférent des passants.
Pour saisir la complexité de cette réflexion, il faut entrer dans la tête de mon père ; mon père de cette époque-là, Le Tumultueux, Le Désabusé. Comprendre le cheminement tortueux, magistralement absurde, de sa pensée. Voir sous la couche de souffrance, par-delà l’âpreté de l’échec, les étendues de délicatesse et d’élégance, de respect et d’admiration. Apprécier la cohérence de sa décision (ne pas prendre d’escalator), et l’habilité avec laquelle il concentra en quelques mots, lui qui avait passé la majeure partie de son existence courbé sur une rame de papier à écrire, tout ce qu’il était devenu et tout ce que vous représentiez.
Mais vous le savez aussi bien que moi, pour prétendre entrer dans la tête d’un homme, il faut d’abord le connaître ; avaler toutes ses vies, toutes ses luttes, tous ses fantômes. Et croyez-moi, si je commence par là, si j’abats déjà la carte du « père », je n’arriverais plus à vous raconter ce que je m’apprête à vous raconter.

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02 mai 2017

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici (livre audio)

Prix Audiolib 2017

Jeux de miroirs E 41YHifAsGyL

Audiolib - mars 2017 - 7h30 - Lu par Vincent Schmitt

Les escales - janvier 2017 - 304 pages

traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Titre original : The book of mirrors, 2017

Quatrième de couverture : 
Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?
Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes. Et si la vérité n’était qu’une histoire parmi d’autres ?

Auteur : E. O. Chirovici est un écrivain roumain, auteur de nombreux best-sellers dans son pays. Jeux de miroirs est le premier roman qu’il a écrit en anglais. Événement de la Foire internationale du livre de Francfort, il est en cours de traduction dans 38 pays et les droits d’adaptation cinématographique ont été acquis par Hollywood.

Lecteur : Ancien élève au conservatoire de Michel Bernardy et de Michel Bouquet, Vincent Schmitt prête fréquemment sa voix aux dramatiques de Radio France, sous la direction, notamment, de Jean-Matthieu Zahnd, en parallèle à sa carrière d’acteur au cinéma et au théâtre. Il a déjà enregistré pour Audiolib Immortelle randonnée, Prix LIRE des 20 meilleurs livres de l’année 2013 (livre audio).

Mon avis : (écouté en avril 2017)
J'avais déjà lu ce livre en version papier en février dernier, j'ai donc écouté ce livre en « version rapide ». Mon avis n'a pas changé, c'est un livre plutôt réussi. 
Peter Katz, agent littéraire reçoit un manuscrit inachevé qui revient sur un fait divers non élucidé : le meurtre de Joseph Wieder, un professeur de l’université de Princeton mondialement reconnu pour ses recherches sur la mémoire et sur la formation des souvenirs. Cet assassinat a eu lieu dans la nuit du 21 au 22 décembre 1987 et il n'a jamais été élucidé. Peter espère que ce manuscrit pourrait devenir un succès de librairie, il cherche alors à contacter l'auteur, Richard Flynn, pour découvrir la fin de l'histoire... Mais Richard Flynn vient de décéder et Peter ne retrouve aucune trace du manuscrit. Pour faire la lumière sur l'affaire Joseph Wieder, Katz engage John Keller, un journaliste d’investigation, pour enquêter sur tous les personnages ­encore vivants cités dans le manuscrit. Il fera ensuite appelle à Roy Freeman, un ancien policier qui, à  l'époque, avait été déjà sur l'enquête...

Cette enquête à trois voix est passionnante, il faut démêler le vrai du faux, c'est également une réflexion sur la mémoire, les souvenirs, les apparences sont souvent trompeuses... Jusqu'à la fin du livre le lecteur s'interroge...
Cette relecture audio a été plutôt sympathique, le lecteur est parfait et connaissant déjà le roman, je me suis concentrée sur certains détails passés inaperçus à ma première lecture... J'aime cette impression de redécouvrir un livre lorsque je le lis dans les deux versions audio et papier, les perceptions visuelle et auditive sont différentes et complémentaires.

Extrait : (début du livre)
J’ai reçu la proposition de manuscrit en janvier, au moment où tout le monde à l’agence tentait de se remettre d’une bonne gueule de bois post-festivités.
Le mail, qui avait adroitement échappé au dossier du courrier indésirable, s’était retrouvé dans ma boîte de réception, parmi des dizaines d’autres en attente. Au premier coup d’œil, la lettre d’accompagnement a piqué ma curiosité, alors je l’ai imprimée, de même que l’extrait du texte envoyé en pièce jointe, puis j’ai rangé le tout dans un tiroir de mon bureau. Occupé comme je l’étais à négocier un contrat, j’ai totalement oublié l’existence de ces pages. C’est seulement à la fin du mois, à la veille du week-end prolongé par le Martin Luther King Day, que je les ai redécouvertes au milieu de ma pile de documents à lire pendant ces trois jours.
La lettre, signée « Richard Flynn », était ainsi formulée : 

Cher Peter,

Je m’appelle Richard Flynn et, il y a vingt-sept ans, j’ai obtenu une licence d’anglais à Princeton. Je rêvais de devenir écrivain, j’ai publié quelques nouvelles dans des revues et même écrit un roman de trois cents pages, que j’ai abandonné après avoir essuyé un certain nombre de refus de la part d’éditeurs (et qu’avec le recul je trouve moi-même médiocre et ennuyeux). Par la suite, j’ai décroché un poste dans une petite agence de publicité du New Jersey et je suis toujours resté dans ce secteur d’activité. Au début, je parvenais presque à me convaincre que la publicité se rapprochait de la littérature et que je retournerais un jour à mes premières amours. Il est évident aujourd’hui que ce n’est pas arrivé. Je crois que, pour la plupart d’entre nous, devenir adulte signifie hélas acquérir la faculté d’enfermer ses rêves dans une boîte et de la jeter dans l’East River. Je n’étais manifestement pas destiné à être l’exception qui confirme la règle. 
Or, il y a quelques mois, j’ai fait une découverte importante, qui m’a remis en mémoire une série d’événements dramatiques survenus au cours de l’automne et de l’hiver 1987, pendant ma dernière année à Princeton. Vous croyez avoir oublié quelque chose – un événement, une personne ou une situation – et puis, brusquement, vous vous rendez compte que vos souvenirs prenaient la poussière dans un recoin de votre esprit mais qu’ils ont toujours été là, aussi nets que s’ils dataient de la veille. Vous voyez ce que je veux dire ? Une image me vient à l’esprit : vous sortez un objet d’un vieux placard bourré de rebuts, et tout vous tombe dessus d’un coup. C’est exactement ce qu’il s’est produit.
Cette révélation a eu sur moi l’effet d’un détonateur. Une heure après, je réfléchissais toujours à sa signification. Je me suis assis à mon bureau et, submergé par les réminiscences, j’ai commencé à écrire. Il était plus de minuit quand j’ai arrêté et j’avais déjà tapé plus de cinq mille mots. J’avais l’impression de me redécouvrir après m’être complètement oublié. Au moment de me brosser les 
dents, il m’a semblé voir une personne différente dans la glace.

Pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis endormi sans avoir pris de somnifère. Le lendemain, après avoir appelé l’agence pour dire que j’étais malade et que je serais certainement arrêté deux semaines, je me suis remis à mon texte.
Les détails de ces mois de 1987 me sont revenus avec une telle force et une telle acuité qu’ils sont rapidement devenus plus prenants que la réalité de mon quotidien. C’était comme si j’émergeais d’un long sommeil, durant lequel mon esprit s’était secrètement préparé au jour où je raconterais ces événements impliquant trois protagonistes : Laura Baines, le professeur Joseph Wieder et moi.

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30 avril 2017

Opération Napoléon - Arnaldur Indridason

Prix Audiolib 2017

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Audiolib - mars 2017 - 10h08 - Lu par Thierry Janssen

Métailié - octobre 2015 - 352 pages

Points - octobre 2016 - 432 pages

traduit à la demande de l’auteur à partir de l’édition anglaise par David Fauquemberg

Titre de l’édition islandaise originale : Napóleonsskjölin, 1999

Quatrième de couverture :
1945. Un bombardier allemand s'écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d'Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du xxe siècle ?

1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l'armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l'avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la soeur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d'une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu'exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Il est l’un des plus grands écrivains de polars d’Islande, ses livres sont publiés dans 37 pays. Il est le premier à recevoir le plus prestigieux prix de littérature scandinave deux années consécutives : en 2002, pour son livre La cité des jarres, et en 2003, pour La femme en vert

Lecteur : Comédien, auteur et metteur en scène formé au clown et à la commedia dell’arte, Thierry Janssen a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Ce roman écrit par l'auteur en 1999 a seulement été traduit en français en 2015, c'est son troisième roman. Il ne fait pas partie de la série Erlendur. 
1945, un avion s'écrase dans le blizzard sur le glacier du Vatnajökull qui l'engloutit. A l'intérieur, des officiers allemands et des agents américains qui vont mourir de froid et emporter avec eux un lourd secret d'Etat...
Cinquante ans plus tard, l'avion réapparaît et l'armée américaine tente secrètement de récupérer l'avion. Mais sur le glacier, les Américains ne sont pas seuls et n'hésitent pas à réduire au silence deux jeunes islandais qui les ont surpris en action, l'un des jeunes étant en train de téléponer à sa sœur Kristin...
Le lecteur est entraîné dans la course poursuite de Kristin pour découvrir ce qui est arrivé à son frère et pour résoudre une énigme datant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Je suis une inconditionnelle de la série Erlendur et j'ai beaucoup aimé ce suspense, rythmé, riche en péripéties ! J'aime également découvrir l'Islande et son histoire à travers les romans d'Indridason, ici il est question de la Seconde Guerre Mondiale et des relations entre l'armée américaine et les Islandais.
Concernant la version audio, le lecteur est très bon, le suspense et le rythme de l'histoire rend l'écoute vraiment agréable et passionnante.

Extrait : (début du livre)
Le blizzard faisait rage sur le glacier.
Il ne voyait rien devant lui, parvenait tout juste à distinguer la boussole au creux de sa main. Même s’il l’avait voulu, impossible de faire demi-tour. La tempête lui cinglait le visage, criblant sa peau de flocons durs et froids venus de toutes les directions. Une épaisse croûte de neige s’était formée sur ses vêtements et, à chaque pas, il s’enfonçait jusqu’aux genoux. Il avait perdu toute notion du temps. Depuis combien d’heures marchait-il ? Il n’en avait aucune idée. Dans cette obscurité impénétrable qui l’enveloppait depuis son départ, il ne savait même plus si c’était le jour ou la nuit. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était à bout de force. Il progressait de quelques pas, reprenait son souffle, puis repartait. Cinq pas supplémentaires. Il s’arrêtait. Encore trois pas. Il s’arrêtait. Deux pas. Il s’arrêtait. Un pas.
Il était sorti à peu près indemne du crash. D’autres avaient eu moins de chance. Dans une éruption de bruit, l’avion avait raclé la surface du glacier. L’un des moteurs avait pris feu, avant de disparaître brusquement quand l’aile s’était décrochée, tourbillonnant dans les ténèbres enneigées. Presque aussitôt, l’autre aile s’était déchirée dans une pluie d’étincelles, et le fuselage amputé avait fusé comme une torpille sur la glace.
Le pilote, lui et trois autres hommes étaient attachés sur leurs sièges quand l’avion avait décroché, mais deux des passagers, pris d’une crise d’hystérie, s’étaient levés d’un bond et précipités vers le cockpit. Le choc les avait envoyés ricocher comme des balles aux quatre coins de la cabine. Recroquevillé sur son siège, il les avait regardés s’écraser contre le plafond et rebondir sur les parois, avant d’être catapultés au-dessus de lui jusqu’au fond de l’avion où leurs hurlements furent réduits au silence.
L’épave laboura le glacier, soulevant un nuage de neige et de glace, puis elle perdit peu à peu de la vitesse et, finalement, s’immobilisa. Alors, il n’y eut plus aucun bruit, rien que les hurlements du vent.
Il était le seul, de tous les passagers, à vouloir braver le blizzard pour regagner la civilisation. Les autres recommandaient d’attendre, dans l’espoir que la tempête finirait par se calmer. Ils estimaient qu’il valait mieux rester ensemble, mais personne ne le retiendrait. Il n’avait pas envie de se retrouver pris au piège dans cet avion ; l’idée qu’il puisse devenir son cercueil lui était insupportable. Avec leur aide, il s’emmitoufla autant que possible pour cette expédition, mais il n’eut pas à marcher longtemps dans ces conditions implacables pour comprendre qu’il aurait mieux fait de rester à l’abri dans l’avion avec les autres. À présent, il était trop tard.
Il s’efforçait de suivre un cap sud-est. L’espace d’une fraction de seconde, juste avant que le bombardier ne s’écrase, il avait aperçu les lumières de ce qui ressemblait à des maisons, et maintenant il suivait ce qu’il croyait être cette direction. Il était glacé jusqu’aux os, et son pas se faisait de plus en plus lourd. Loin de se calmer, la tempête semblait au contraire gagner en intensité. Il progressait péniblement, ses forces l’abandonnant à chaque pas.
Il repensa à la situation désespérée des autres, restés dans l’avion. Quand il les avait laissés, des congères commençaient déjà à recouvrir la carlingue, et la cicatrice dessinée par sa progression sur la glace se comblait rapidement. Ils avaient des lampes à pétrole, mais le combustible ne durerait pas très longtemps, et il régnait sur ce glacier un froid inimaginable. S’ils laissaient la porte de l’avion ouverte, la cabine se remplirait de neige. Ils étaient sans doute déjà coincés à l’intérieur. Ils savaient qu’ils allaient mourir de froid, qu’ils restent dans l’appareil ou s’aventurent sur la glace. Ils avaient débattu des différentes options – elles étaient plus que limitées. Il leur avait dit qu’il ne pouvait pas rester assis là à attendre la mort.
La chaîne cliquetait. Le poids de la valise lui arrachait le bras. Elle était accrochée à son poignet par une paire de menottes. Il ne tenait plus la poignée, laissant la valise traîner derrière lui au bout de sa chaîne. Le bracelet des menottes lui cisaillait le poignet, mais il n’y prêtait aucune attention. Tout lui était égal, à présent.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Islande

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert 

la_voix La Voix l_homme_du_lac L'Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique 

 hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý 

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages 

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel 

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

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21 avril 2017

Prix Audiolib : 2 derniers livres audio sont arrivés !

Prix Audiolib 2017

Je viens de recevoir 2 nouveaux livres audio sélectionnés pour le Prix Audiolib 2017  

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12 avril 2017

Le dernier des nôtres - Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Prix Audiolib 2017

Le dernier des nôtres 

Audiolib - Janvier 2017 - 11h44 - lu par Rémi Bichet

Grasset - août 2016 - 496 pages

Quatrième de couverture : 
« La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue... »
Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d'un monde finissant à l'énergie d'un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ». Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l'École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure, finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan. Lecteur : Formé notamment à l'ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L'Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber...), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett...), la télévision et l'animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne. Suivi d'un entretien avec l'auteure

Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock), finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan.

Lecteur : Formé notamment à l’ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L’Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber…), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett…), la télévision et l’animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Malgré quelques longueurs, j'ai plutôt aimé cette histoire ou plutôt ces histoires... En effet, ce livre est construit sur deux époques, 1945, à Dresde, sous les bombardements, une mère meurt en accouchant d'un petit garçon. 1969, Manhattan, un jeune entrepreneur en bâtiment, Werner Zilch rencontre poour la première fois Rebecca, une jeune héritière. La première histoire est plutôt sombre, la seconde beaucoup plus légère et très vite le lecteur comprend que les deux histoires ont un lien...

La construction du roman avec l'alternance du récit sur les deux époques donne du rythme et du suspens à l'histoire. J'ai cependant préféré la partie époque 1945, très documentée et instructive. La partie 1969 est souvent un peu clichée, les personnages de Werner et Rebecca sont plus agaçants qu'attachants...
J'ai pourtant passé un bon moment d'écoute.

Extrait : (début du livre)
La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue. Je n’avais jamais été fétichiste avant ce jour de mai et si j’avais dû me concentrer sur une partie de l’anatomie féminine, j’aurais spontanément choisi les fesses, l’entrejambe, la gorge ou peut-être le visage, certainement pas les pieds. Je ne les remarquais que s’ils étaient moches ou mal tenus, ce qui n’arrivait pas souvent. J’avais la chance d’être aimé des jolies femmes et je mettais un point d’honneur à répondre à leur affection. C’était justement le sujet de notre conversation…

« Il te les faut toutes mon vieux, s’agaçait Marcus avec qui je déjeunais. C’est à croire que tu veux planter ton drapeau sur chaque satellite féminin de ce système solaire ! » Mon ami et associé, qui avait du mal à en séduire une seule, ajouta : « Tu t’assois quelque part, tu regardes, tu bois des verres et hop ! Au bout d’un quart d’heure il y en a déjà deux qui te tournent autour et se trémoussent. »
Il ouvrit de grands yeux, la bouche en cœur, pour imiter l’effet que j’étais supposé produire sur les filles, moment que choisit l’une des serveuses, une petite brune timide et potelée, pour me sourire.
« C’est exaspérant, s’indigna Marcus. Si j’étais elle, j’aurais plutôt la frousse de t’approcher. Avec ta dégaine de géant, ta tête slave et tes yeux délavés…
— Mes yeux ne sont pas délavés ! Ils sont bleu clair…
— Ils sont délavés. Les miens sont bleus, et ils ne leur font pas du tout le même effet. Elles adorent me raconter leur vie, leurs malheurs, leurs parents et leur première dent. J’écoute leurs confidences pendant des semaines, je suis sur le point d’arriver à mes fins, et toi, en un quart d’heure tu deviens leur amant.
— Je ne t’ai jamais piqué personne !
— C’est pire ! Tu ne fais rien pour me les piquer et elles te tombent dans les bras…
— Si tu me disais celles qui te plaisent, je ne les regarderais même pas.
— Je ne veux pas d’une copine qui m’oublie à la minute où tu entres dans la pièce… Elle perd toute valeur pour moi. »

 

 

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19 mars 2017

Voici venir les rêveurs - Imbolo Mbue

Prix Audiolib 2017

Voici venir les rêveurs

Audiolib - Février 2017 - 11h57 - lu par Julien Chatelet

Belfond - août 2016 - 300 pages

traduit de l'anglais (Cameroun) par Sarah Tardy

Titre original : Behold the dreamers, 

Quatrième de couverture :
L'Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu'un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains. Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.

Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l'Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits. Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d'éclater. Jende l'ignore encore : en Amérique, il n'y a guère de place pour les rêveurs...
Américaine d'origine camerounaise, Imbolo Mbue puise dans son expérience pour raconter les destins croisés de deux familles que tout semble opposer.

Auteur : Née en 1982, Imbolo Mbue a quitté Limbé, au Cameroun, en 1998 pour faire ses études aux États-Unis. Elle a grandi en lisant les grands auteurs africains : Chinua Achebe, Ngugi wa Thiong’o, mais c’est chez Toni Morrison et Gabriel García Márquez que sa sensation d’être écartelée entre deux cultures a trouvé un écho. S’inscrivant dans la lignée d’Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie ou du Ravissement des innocents de Taiye Selasi, Voici venir les rêveurs, son premier roman, a fait l’objet d’enchères effrénées auprès des plus grands éditeurs américains. Imbolo Mbue vit à Manhattan. 

Lecteur : De formation théâtrale – il a fréquenté le cours de Jean-Laurent Cochet – Julien Chatelet a incarné le rôle de l’inspecteur Portal dans Les Cordier, juge et flic. Artiste complet, il tourne dans de nombreux courts-métrages, est réalisateur et chanteur de rhythm’n blues.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Ce roman raconte l'histoire d'une famille camerounaise émigrée à New York. Jende Jonga a toujours rêvé de l'Amérique, grâce à son cousin il émigre aux États-Unis avec un visa de tourisme. Jende est un jeune homme courageux et travailleur, il espère avoir une vie meilleure que celle qu'il a au Cameroun. Il commence par travailler dur pour faire venir son épouse Neni et leur fils Liomi. Il rêve d'obtenir la Green Card et devenir de vrais Américains. Il réussit à décrocher un travail inespéré comme chauffeur de Clark Edwards, un riche banquier très influent à la Lehman Brothers. Entre les deux hommes, une relation étonnante se crée, une amitié durable et sincère.Pour Neni, l'Amérique c'est pouvoir faire des études, elle espère devenir un jour pharmacienne, elle espère également le meilleur pour Liomi. Mais la vie n’est pas si facile pour les Noirs en Amérique, d'autant que nous sommes en 2007 et la crise est là...
Voilà un roman profondément humain, réaliste et touchant sur le choc des cultures, sur les difficultés de l'exil et de l'intégration...
Une belle histoire pleine de générosité et d'espoir. 
Une lecture audio vraiment passionnante, vivante et haute en couleurs.

Extrait : (début du livre)
ON NE LUI AVAIT JAMAIS DEMANDÉ de porter un costume pour un entretien d’embauche. Jamais dit d’apporter un curriculum vitae. Une semaine plus tôt, il ne possédait d’ailleurs pas de curriculum, quand il s’était rendu à la bibliothèque à l’angle de la 34e Rue et de Madison Avenue et qu’un bénévole lui en avait rédigé un, détaillant son parcours afin de montrer qu’il était un homme aux grandes qualités : fermier responsable du labourage des terres et de la bonne santé des récoltes ; cantonnier chargé de préserver la beauté et la rutilance de la ville de Limbé ; chargé de vaisselle dans un restaurant de Manhattan, veillant à ce que les clients mangent dans des assiettes sans traces ni microbes ; taximan officiel dans le Bronx, responsable du bon acheminement des passagers.

Il n’avait jamais eu à s’inquiéter de savoir si son profil correspondrait, si son anglais conviendrait, s’il passerait pour un homme suffisamment intelligent. Mais ce jour-là, vêtu de son costume croisé vert à fines rayures, celui-là même qu’il portait quand il avait débarqué aux États-Unis, une pensée l’obsédait : serait-il capable de faire impression sur un homme qu’il n’avait jamais rencontré ? Malgré tous ses efforts, il ne pouvait penser à autre chose qu’aux questions qu’on lui poserait, aux réponses qu’il faudrait donner, à la manière dont il devrait marcher, s’exprimer, s’asseoir, aux moments où il faudrait parler, à ceux où il faudrait écouter et acquiescer, aux choses qu’il faudrait dire ou ne pas dire, à la réponse à donner si on l’interrogeait sur son statut dans le pays. Sa gorge devint sèche. Ses mains, moites. Incapable d’attraper son mouchoir dans le métro bondé qui le conduisait dans le centre de Manhattan, il les essuya sur son pantalon.
« Bonjour, s’il vous plaît, dit-il à l’agent de sécurité en entrant dans le hall du building Lehman Brothers. Mon nom est Jende Jonga. Je suis venu voir M. Edwards. M. Clark Edwards. »
L’agent, bouc et taches de rousseur, lui demanda une pièce d’identité que Jende s’empressa de sortir de son portefeuille marron deux volets. L’homme s’en empara, examina le recto puis le verso, leva les yeux vers lui, les baissa vers son costume, sourit et voulut savoir s’il se présentait en tant qu’agent de change ou quelque chose comme ça.
Jende secoua la tête.
« Non, répondit-il sans sourire en retour. Chauffeur.
— Ah, fit le vigile en lui tendant un passe de visiteur. Eh bien, bonne chance. »
Cette fois, Jende sourit.
« Merci, mon frère. Toute cette chance, je vais vraiment en avoir besoin aujourd’hui. »

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11 mars 2017

Prix Audiolib : 4 nouveaux livres audio sont arrivés !

Prix Audiolib 2017

Je viens de recevoir 4 nouveaux livres audio sélectionnés pour le Prix Audiolib 2017  

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J'ai déjà lu sous forme papier et aimé "Jeux de miroirs"
Born to run - Bruce Springsten (19h21), me fait peur en particulier pour sa longueur
mais également pour le sujet qui ne m'intéresse pas plus que cela...
Désorientale - Négar Djavadi me fait envie,
et je suis une inconditionnelle de l'islandais Arnaldur Indridason !

 Déjà lu :

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre 
Petit Pays - Gaël Faye

Lu (billet en cours d'écriture) : Voici venir les rêveurs - Imbolo Mbue

Lecture en cours : Le dernier des nôtres - Adélaïde de Clermont-Tonnerre

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19 février 2017

Petit Pays - Gaël Faye

Prix Audiolib 2017

Petit pays petit pays

Audiolib - Novembre 2016 - 5h40 - Lu par Gaël Faye 

Grasset - août 2016 - 224 pages 

Quatrième de couverture :
« Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. Si l'on me demandait "Comment ça va ?" je répondais toujours "Ça va !". Du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. » - G. F.

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire. Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur... L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

A Suivi d'un entretien avec l'auteur

Auteur : Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur-compositeur-interprète de rap. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop, il sort un album en 2010 avec le groupe Milk Coffee & Sugar (révélation Printemps de Bourges). En 2013 paraît son premier album solo, Pili Pili sur un Croissant au Beurre. Enregistré entre Bujumbura et Paris, il se nourrit d’influences musicales plurielles : du rap teinté de soul et de jazz, du semba, de la rumba congolaise, du sébène… Il a obtenu en 2014 le Prix Charles Cros des lycéens et enregistre en 2016 un deuxième album : Rythmes et BotaniquePetit pays est son premier roman.

Mon avis : (écouté en février 2017)
J'ai déjà eu l'occasion de lire ce livre sous forme papier en octobre dernier et cette relecture audio est aussi plaisante !
1992, Gabriel est un petit garçon de 10 ans, il vit à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans un quartier résidentiel avec sa petite sœur Ana, son père français et sa mère rwandaise. 
L'impasse où il habite est le lieu des jeux et des rencontres avec sa bande de copains de toutes origines avec lesquels il fait les 400 coups. C'est une enfance enchantée et Gabriel aimerait qu'elle ne s'arrête jamais... 
Mais en toile de fond, il y a la situation politique du pays et du monde et Gabriel découvre qu'il est français, rwandais et tutsi. 
Gabriel a besoin de mettre à distance la violence du monde, il préfère se réfugier dans l'insoucience de enfance, dans la lecture pour garder son innocence le plus longtemps possible. Les évènements, la guerre et la violence autour de lui vont pourtant obliger Gabriel à grandir plus vite que la normale... 
Pour écrire ce premier roman, Gaël Faye s'est largement inspiré de sa jeunesse au Burundi, à l'époque il n'avait pas la même conscience que Gabriel sur la violence qui se passait dans le pays, heureusement ses parents avaient su préserver l'enfant qu'il était encore...
L'écriture est très imagée, pleine de poésie, on ressent parfaitement l'Afrique, sa chaleur, ses odeurs, ses couleurs... Les personnages sont attachants et le lecteur les voit évoluer au cours de l'histoire, en particulier les enfants.
Voilà un livre poignant sur une enfance bouleversée par l'Histoire du "Petit Pays" et la guerre civile. 
La lecture du texte par l'auteur lui-même est un plus, de même que l'entretien est très intéressant.

Extrait : (début du livre)
Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.
Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.
– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.
– Comme Donatien ? j’avais demandé.
– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.
Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :
– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors... ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors... pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. 
– Ouais, et lui là-bas, avec le chapeau, il est immense, tout maigre avec un nez tout fin, c’est un Tutsi.
– Et lui, là-bas, avec la chemise rayée, c’est un Hutu.
– Mais non, regarde, il est grand et maigre.
– Oui, mais il a un gros nez !
C’est là qu’on s’est mis à douter de cette histoire d’ethnies. Et puis, Papa ne voulait pas qu’on en parle. Pour lui, les enfants ne devaient pas se mêler de politique. Mais on n’a pas pu faire autrement. Cette étrange atmosphère enflait de jour en jour. Même à l’école, les copains commençaient à se chamailler à tout bout de champ en se traitant de Hutu ou de Tutsi. Pendant la projection de Cyrano de Bergerac, on a même entendu un élève dire : « Regardez, c’est un Tutsi, avec son nez. » Le fond de l’air avait changé. Peu importe le nez qu’on avait, on pouvait le sentir.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. À partir de ce jour-là, j’ai commencé à regarder le nez et la taille des gens dans la rue. Quand on faisait des courses dans le centre-ville, avec ma petite sœur Ana, on essayait discrètement de deviner qui était Hutu ou Tutsi. On chuchotait :
– Lui avec le pantalon blanc, c’est un Hutu, il est petit avec un gros nez.

 

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