16 septembre 2015

Amazigh Itinéraire d'hommes libres - Mohamed Arejdal et Cédric Liano

9791090090378 Steinkis - avril 2014 - 160 pages

Prix Première bulle 2014 du festival BD d'Angers

Prix du Jury oecuménique Angoulême 2015

Quatrième de couverture :
"Majeur donc expulsable. Je suis un Maruecos et je ne peux rien faire pour changer ça. Un Maruecos clandestin et vous allez me renvoyer. Vous avez gagné. Je ne serai jamais artiste."
Amazigh signifie homme libre en berbère. Lors de son voyage vers l'Eldorado européen, Mohamed ne l'oubliera à aucun moment.

Auteurs : Mohamed Arejdal est né en 1984 à Guelmim, dans le sud du Maroc. Passionné de dessin et de sculpture, il expose même en amateur mais à 17 ans, il se déscolarise et tente une traversée clandestine vers les Canaries. Refoulé sur le sol marocain, il reprend des études pour obtenir son bac et intégrer l’Institut National des Beaux-arts de Tétouan. Il y découvre les actes d’installation et développe depuis une œuvre tournée vers l’Autre. L’un de ses projets a été sélectionné pour être présenté à la Biennale des jeunes artistes de la Méditerranée.
Cédric Liano est né en 1984 à Creil. Après des études de bande dessinée à Tournai en Belgique et plusieurs expériences de micro-éditions en Europe, Cédric part enseigner la BD à Tétouan, au Maroc, durant un an. C'est là qu'il fait la connaissance de Mohamed qui lui raconte son expérience de voyage clandestin. Il décide alors d'enregistrer scrupuleusement son récit et de le transmettre à travers ce roman graphique.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
J'ai pris cette BD à la Bibliothèque pour son sujet d'actualité. Elle raconte l'histoire vraie de Mohamed Arejdal, il vit à Guelmim, une petite ville du sud du Maroc et à 18 ans, il décide de quitter le pays où il a grandi car il n'y voit aucun avenir. Il est décidé à partir en Europe. Il vole donc de l'argent dans la caisse du magasin de son père et avec son ami Boufouss, il compte rejoindre l'Europe en gagnant l'archipel des Canaries qui est espagnol. Mohamed a toujours aimé dessiner, avec un crayon et du papier, il nous raconte son périple avec toutes les embûches rencontrées.
Ce voyage est à la fois une histoire de migrant, une réflexion sur l'exil mais aussi un parcours initiatique pour Mohamed. Il lui aura permis de grandir, de prendre confiance à lui, après il sera bien décidé à prendre sa vie en main et à poursuivre ses études pour intégrer un jour une école d'art... 

Extrait : 

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21 décembre 2014

Le Tirailleur - Alain Bujak et Piero Macola

le tirailleur Futuropolis - mai 2014 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Entre 2008 et 2009, Alain Bujak a été amené à vivre dans un foyer social à Dreux, afin de photographier des travailleurs immigrés maintenant à la retraite. C’est ici qu’il fait la connaissance d’Abdesslem. Son reportage terminé, il a voulu le revoir. Il a passé des heures avec lui, à l’interroger sur sa vie. Des entretiens chaleureux qui revivent aujourd’hui sous la forme d’une bande dessinée témoignage. Car la vie d’Abdesslem, c’est la vie des nombreux tirailleurs marocains enrôlés très jeunes dans l’armée française pour combattre l’Allemagne en 1940. Fait prisonnier durant la drôle de guerre, Abdesslem sera renvoyé au Maroc en 1942, pour participer à l’hiver 1944 à la libération de l’Italie. Avec pour récompense, une non reconnaissance de la nation et des pensions militaires largement inférieures à celles des anciens combattants français. Il fallait beaucoup de talent pour mettre en image cette histoire à la fois extraordinaire et banale, celle d’un homme trop souvent invisible à nos yeux, et qui pourtant est un rouage essentiel de notre société. À n’en pas douter, Bujak et Macola ont ce talent. Le récit dessiné est complété d’un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc, où il a retrouvé Abdesslem et sa famille aujourd’hui après que ce dernier ait renoncé à sa pension pour vivre avec les siens.

Auteur : Alain Bujak, né en juillet 1965. Tireur noir et blanc. Après un passage par l’Établissement de Cinéma et de Photographie des Armées, et par la galerie Caméra Obscura, il rejoint l’atelier Demi-Teinte (Paris) où il tire en argentique les images de photographes de mode ou de reportage. Photographe. Travaille régulièrement pour des entreprises et des collectivités, en collaboration avec des agences de communication, ou en direct. Aime passer du temps avec les gens. L’écoute et l’investigation sont un préalable immuable. Après, il peut écrire et photographier des histoires simples, sans grands décors, ni exotisme. Donner au quotidien de chacun sa richesse. Des rencontres pour faire des livres et des expositions.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'ai emprunté complètement par hasard cette bande dessinée à la Bibliothèque. Elle raconte l'histoire vraie d'Abdesslem, un Marocain qui "par curiosité" a été enrôlé de force par l'armée française en 1939 pour aller se battre contre les Allemands. Il avait environ 17 ans, il travaillait pour l'exploitation familiale comme simple berger. Malgré lui, il se retrouve engager dans une guerre étrangère à sa vie, à son pays... 
En 2008, le journaliste Alain Bujak rencontre Abdesslem dans un foyer pour travailleur immigré. S'il veut toucher l'intégralité de sa petite retraite de l'armée française, il est obligé de séjourner en France au moins 9 mois. Il laisse donc sa famille au Maroc et vit seul à Dreux. Alain et Abdesslem sympathisent et ce dernier lui raconte son histoire. Celle des nombreux tirailleurs venus de nos colonies, enrôlés de force et vite oubliés par la France après la guerre.
Ce témoignage est très fort, les souvenirs sont parfois imprécis mais tellement vrais. 
En conclusion, la bande dessinée est complétée par un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc. Il a retrouvé Abdesslem et sa famille. Ce dernier a renoncé à sa pension pour vivre en permanence avec les siens.

Extrait : 

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27 août 2014

Dans le jardin de l'ogre - Leïla Slimani

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

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product_9782070146239_195x320 Gallimard - août 2014 - 224 pages

Quatrième de couverture : 
« Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt. 
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre. »

Auteur : Leïla Slimani est née en 1981 à Rabat (Maroc). Elle vit à Paris. Dans le jardin de l'ogre est son premier roman. 

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Après avoir lu le premier, seul auteur que je connaissais, j'ai décidé de classer les livres restants dans l'ordre du nombre de pages croissants (et pourquoi pas...) C'est donc le deuxième livre de la sélection que j'ai lu. 
Adèle, journaliste, est une femme mariée à Richard, un médecin, mère de Lucien, un petit garçon de trois ans. Une famille qui vit apparement heureuse. Mais la jeune femme cache un lourd secret : elle ne peut pas s'empêcher de draguer d'autres hommes et d'assouvir ses fantasmes. Lorsque Richard découvre l'addiction d'Adèle, il quitte Paris pour la Normandie, il décide de ne pas quitter sa femme mais espère réussir à la guérir. N'ayant plus de travail, Adèle reste au foyer pour s'occuper de la maison et de leur fils.
Je n'ai vraiment pas aimé ce livre que j'ai pourtant lu facilement. Je n'ai pas eu de sympathie pour ni pour Adèle, ni pour Richard. Lauren, l'amie d'Adèle, est le seul personnage que j'ai trouvé intéressant mais l'auteur l'a seulement survolé... J'ai trouvé cette histoire caricaturale, et la conclusion qui se termine en queue de poisson et laisse le lecteur en plan m'a horripilée... 
En finalisant ce billet, j'ai découvert que ce livre était un premier roman et que l'auteur était marocaine. Le sujet du livre est sans doute assez audacieux... mais pour ma part, la rencontre ne s'est pas faite...

Extrait : (début du livre)
Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette.
Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur.
Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.
Elle ne réveille personne. Elle s’habille dans le noir et ne dit pas au revoir. Elle est trop nerveuse pour sourire à qui que ce soit, pour entamer une conversation matinale. Adèle sort de chez elle et marche dans les rues vides. Elle descend les escaliers du métro Jules-Joffrin, la tête basse, nauséeuse. Sur le quai, une souris court sur le bout de sa botte et la fait sursauter. Dans la rame, Adèle regarde autour d’elle. Un homme dans un costume bon marché l’observe. Il a des chaussures pointues mal cirées et des mains poilues. Il est laid. Il pourrait faire l’affaire. Comme l’étudiant qui tient sa copine enlacée et lui dépose des baisers dans le cou. Comme le cinquantenaire debout contre la vitre qui lit sans lever les yeux vers elle.
Elle ramasse sur le siège en face d’elle un journal daté d’hier. Elle tourne les pages. Les titres se mélangent, elle n’arrive pas à fixer son attention. Elle le repose, excédée. Elle ne peut pas rester là. Son cœur cogne dans sa poitrine, elle étouffe. Elle desserre son écharpe, la fait glisser le long de son cou trempé de sueur et la pose sur un siège vide. Elle se lève, ouvre son manteau. Debout, la main sur la poignée de la porte, la jambe secouée de tremblements, elle est prête à sauter.
Elle a oublié le téléphone. Elle se rassoit, vide son sac, fait tomber un poudrier, tire sur un soutien-gorge dans lequel ses écouteurs se sont emmêlés. Pas prudent ce soutien-gorge, songe-t-elle. Elle n’a pas pu oublier le téléphone. Si elle l’a oublié, elle devra retourner à la maison, trouver une excuse, inventer quelque chose. Et puis, non, il est là. Il a toujours été là mais elle ne l’a pas vu. Elle range son sac. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Que toute la rame se moque de sa panique, de ses joues brûlantes. Elle ouvre le petit téléphone à clapet et rit en voyant le premier nom.
Adam.
De toute façon, c’est fichu. Avoir envie, c’est déjà céder. La digue est rompue. À quoi servirait de se retenir ? La vie n’en serait pas plus belle. À présent, elle réfléchit en opiomane, en joueuse de cartes. Elle est si satisfaite d’avoir repoussé la tentation pendant quelques jours, qu’elle en a oublié le danger. Elle se lève, soulève le loquet poisseux, la porte s’ouvre.
Station Madeleine.

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
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2/6

  Challenge Petit Bac 2014
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"Lieu" (10)

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09 juin 2012

Combien ? - Douglas Kennedy

En librairie depuis le 3 mai 2012

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Belfond 

combien Belfond – mai 2012 – 312 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Cohen

Titre original : Chasing Mammon : Travels in Pursuit of Money, 1992

Quatrième de couverture :
Noël 1990. Douglas Kennedy, alors écrivain fauché de 35 ans londonien d’adoption, est de retour à New York. La raison de ce pèlerinage : l’écriture d’un livre de voyage sur l’argent et les marchés financiers. N’y connaissant rien aux actions et aux investissements, notre auteur se lance dans une quête épique, à la poursuite du Dieu argent et de tous ses disciples… . 
Et Kennedy de nous entraîner à New York, dans le Wall Street des yuppies, ex-gloires des années 80 ; dans la bourse de Casablanca, vaste analogie du souk ; dans les salles de marché futuristes et surréalistes de Sydney ; à Singapour, ville-pays toute entière vouée au culte de la toute-puissance de l’argent et de la consommation ; à Budapest, en pleine transition du communisme à l’économie de marché ; et Londres, la nouvelle Jérusalem. 
Une galerie de personnages riches, autant de visages, de masques et d’interprétations de l’argent. Une passionnante comédie humaine qui garde tout son sens aujourd’hui, à une époque où l’argent, même décrié, fascine plus que jamais, en restant le point de référence qui fait tourner le monde. En avoir ou pas, telle est la question…

Auteur : Douglas Kennedy vit entre Paris et Londres. Auteur des récits de voyage Au pays de Dieu (2004) et Au-delà des pyramides (2010), il s’est imposé avec, entre autres, L’homme qui voulait vivre sa vie (1998, réédition en 2005), La Poursuite du bonheur (2001), Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005), La Femme du Ve (2007), Piège nuptial (2008), Quitter le monde (2009) et Cet instant-là (2011), tous parus chez Belfond et repris par Pocket. 

Site de l'auteur : http://www.facebook.com/Douglas.Kennedy.France

Mon avis : (lu en juin 2012)
Ce livre a été écrit par Douglas Kennedy en 1992, il n'est publié en France que vingt ans plus tard.
Ce livre n'est pas un roman, mais le témoignage du voyage de Douglas Kennedy dans le monde de la finance. Quand il commence la rédaction de ce livre, Douglas Kennedy a trente-cinq ans, il n'est pas encore célèbre et ne connait absolument rien à la finance. Tout commence avec des retrouvailles quinze après la fin de leurs études, en Douglas Kennedy et des camarades d'université. Ils travaillent tous à Wall Street sauf lui. Il les interroge sur leurs parcours et leurs envies  et découvre des parcours différents. Il décide alors de faire le tour du monde de la finance et après New-York il part pour Casablanca, Sydney, Singapour, Budapest et Londres. Chercher à gagner de l’argent, c’est souvent vouloir être reconnu pour quelque chose, mais cela ne rend pas toujours heureux…
Ce livre a été écrit il y a vingt ans, et il est complètement d'actualité. Le lecteur découvre une galerie de personnages qui travaillent dans la finance, chacun a son parcours, ses aspirations et cette façon de découvrir le monde et la finance est plutôt originale.

Je n’avais pas compris avant de recevoir le livre que ce n’était pas un roman et j’avais peur d’avoir du mal à lire ce livre. Au contraire, ce livre se lit très facilement car Douglas Kennedy sait raconter des histoires. 

Je remercie beaucoup Pauline et les éditions Belfond pour ce partenariat.

Extrait : (page 25) 
C'est Noël à New York et je suis dans un train qui se traîne vers le nord le long de l'Hudson, en route pour rendre visite à un ancien ami de faculté qui se fait huit cent cinquante mille dollars par an. Ben a trente-cinq ans comme moi, c'est un sous-produit de la classe moyenne américaine comme moi, il est marié comme moi, mais lui a des enfants, quatre pour être exact. Contrairement à moi, aussi, il a passé les quatorze dernières années de son existence à Wall Street et il gagne beaucoup d'argent. Vraiment beaucoup.
Je ne l'ai pas revu depuis 1976, et il y a une raison très simple à cela : à l'exception de rapides allers-retours à New York, je ne suis pas souvent retourné aux États-Unis, ces quatorze dernières années. Grâce à la poignée d'anciens camarades d'université qui habitent la même île brumeuse que moi, j'ai cependant été tenu informé de l'irrésistible ascension sur la place financière new-yorkaise qui a fait de lui l'un des traders les plus en vue à Wall Street aujourd'hui. On m'a dit qu'il s'y entend comme personne pour négocier les obligations, sans parler de sa capacité à rester fermement campé sur l'escalator professionnel qui ne cesse de monter. Je sais également qu'il a épousé une fille qui était avec nous sur les bancs de la fac, Sally, laquelle a travaillé un temps dans l'édition avant de s'engager sur la voie post-féministe des grossesses en série et de la vie de banlieue.
Aucune de ces données concernant la trajectoire de Ben ne m'a surpris, lorsqu'elles m'ont été communiquées. Le trait de caractère qui m'avait le plus marqué chez lui était son assurance, la certitude avec laquelle il envisageait son avenir. Non qu'il ait jamais exprimé l'ambition de se faire une place à Wall Street ; au contraire, fidèle à l'esprit du début des années 1970, il voulait que l'on garde pour soi son «plan de vie», même si je ne pense pas qu'il en ait eu un très défini. Il avait en revanche une certaine fermeté d'esprit, une caractéristique très appréciée dans la société américaine. Il était intelligent, raisonnable, cultivé sans jamais faire étalage de son savoir. Ambitieux, il savait que «jouer pour gagner» était un impératif incontournable de notre culture tout en étant assez malin pour comprendre que ses aspirations devaient toujours rester dissimulées sous le masque d'une bonhomie à toute épreuve. Il avait à peine dépassé les vingt ans qu'il manifestait déjà ce mélange de gravité patriarcale et de populisme facile que cultive tout sénateur américain, parce qu'il sait que cela inspire confiance à ses électeurs. Instinctivement, il avait aussi compris que, au sein d'une culture souvent taxée d'artificielle, une certaine authenticité patricienne était considérée comme une vertu. Mais il n'avait pas à faire beaucoup d'efforts pour parvenir à ce but : il était sans additifs et chez lui l'emballage correspondait rigoureusement au contenu.

 

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27/50 : New York (3)

Challenge New York en littérature

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19 janvier 2011

Une année chez les Français – Fouad Laroui

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Quatrième de couverture : 1969 : les Américains débarquent sur la Lune et Mehdi atterrit au lycée Lyautey de Casablanca. L'instituteur, impressionné par l'intelligence et la boulimie de lecture de son jeune élève, lui a obtenu une bourse dans le prestigieux établissement français. Avec cet humour corrosif qu'on lui connaît, Fouad Laroui raconte le choc culturel que représente pour le petit Marocain la découverte du mode de vie des Français: ces gens qui vivent dans le luxe, mangent des choses incomestibles, parlent sans pudeur et lui manifestent un intérêt qu'il ne comprend absolument pas. Entre Le Petit Chose et Le Petit Nicolas, l'histoire émouvante et cocasse d'un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

Auteur : Fouad Laroui né en 1958 à Oujda, est un économiste et écrivain marocain. Enseignant de littérature à l'université d'Amsterdam, romancier, poète et critique littéraire, Fouad Laroui a publié, entre autres Les Dents du topographe, De quel amour blessé, Méfiez-vous des parachutistes, La Femme la plus riche du Yorkshire, Le jour où Malika ne s'est pas mariée.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
C’est sur le conseil du « Café Lecture » auquel je participe très régulièrement à la bibliothèque que j’ai lu ce livre.
C’est l’histoire de petit Medhi âgé de 10 ans, qui grâce à une bourse, est envoyé au Lycée Lyautey de Casablanca pour étudier. En 1969, il entre en sixième, jusqu’alors il n’a jamais quitté son village de Béni Mellal. Il comprend très peu l’arabe, il parle un français puisé dans les livres en particulier ceux de la Comtesse de Ségur auxquels il fait souvent référence.
C’est un petit garçon très doué, mais très timide. En arrivant au lycée, il arrive dans un nouveau monde. Il découvre l’argot, ne comprend pas les plaisanteries ou jeux de mots. A la cantine, il découvre le hachis Parmentier, au dortoir c'est l'usage du pyjama...
Peu à peu, il va trouver sa place, il se fera un ami français dont la famille l’accueillera les week-ends. Là aussi il découvrira les coutumes des français.

Un livre qui se lit vraiment facilement, Medhi est très attachant et plein de bon sens. A découvrir.

Extrait : (page 102)
Mehdi posa son bol de chocolat et fixa d'un regard incrédule Morel qui admirait son reflet dans une vitre du réfectoire, quelques mètres plus loin. Morel se retourna et vit qu'on le regardait avec insistance. Trois bonds souples et il était au-dessus de Mehdi, comme une tour humaine se penchant, menaçante, sur le petit Sarrasin.
  -Y a un problème, Fatima ? T'as perdu tes dindons ?
Mehdi, transi, ne bougeait plus. Morel insista :
 
- Eh ben quoi, parle, fils, quoi, quoi, qu'est-ce qu'il y a ?
Les sept commensaux de Mehdi s'étaient arrêtés de manger et le regardaient, ravis de le voir sur le point d'être dévoré tout cru par le surveillant. Mehdi espéra une grande explosion, qui ne vint pas, un raz de marée, qui ne vint pas non plus, puis s'entendit dire d'une voix mal assurée et trop aiguë :
 
- C'est que... vous dites « la fille à Chamayrac », m'sieur, mais il faut dire « la fille de Chamayrac ».
Les sept internes ouvrirent grand leurs yeux. On n'avait jamais vu ça. C'était trop beau ! Ce bizuth osait corriger Morel ! Il y avait de la gifle dans l'air, du coup de poing dans les gencives, peut-être un meurtre. Ledit Morel resta là, sidéré, la bouche ouverte, pendant quelques secondes ; puis, ayant enfin compris ce qu'on lui disait, il se redressa, passa la paume de sa main sur ses cheveux, hagard, et se mit à vagir...

Livre 34/35 pour le Challenge du 5% littéraire 1pourcent2010

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