11 octobre 2017

L'amie prodigieuse - Helena Ferrante

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Gallimard - octobre 2014 - 

Folio - janvier 2016 - 448 pages

traduit de l'italien par Elsa damien

Titre original : L'Amica Geniale, 2011

Quatrième de couverture :
«Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Auteur : Elena Ferrante est l'auteur de plusieurs romans parmi lesquels L'amour harcelant , Les jours de mon abandon et Poupée volée . Tous sont publiés chez Gallimard. L'auteur a été finaliste du prix Strega pour le quatrième volet de la série L'amie prodigieuse.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C'est un livre que j'avais dans ma LAL depuis pas mal de temps... Les grandes vacances ont été l'occasion de me plonger dedans !
Elena est la narratrice et elle prend la plume pour nous raconter son amitié avec Lila. Dans ce tome, elle nous raconte de son enfance jusqu'au mariage de son amie. Le lecteur est plongé au coeur des années 50 dans un quartier pauvre de la banlieue napolitaine. 
Elena et Lila sont deux petites filles très différentes, Elena est sage et posée, Lila est intrépide, déterminée, petite mais fougueuse. 
Elles se sont connues toutes les deux sur les bancs de l'école, douées pour les études et ayant soif d'apprendre, elles entrent en compétitions et donnent le meilleur d'elles-même. Mais cela ne va pas durer car seuls les parents d'Elena accepteront que leur fille poursuive des études. Lila doit abandonner rapidement l'école pour travailler avec son père et son frére dans leur petite échoppe de cordonnier.
Mais les deux amies vont continuer à se voir, à s'entraider, à se disputer et à grandir ensemble car une force indéfectible unissent Elena et Lila.
C'est un roman d'apprentissage, sombre et réaliste dans Naples et l'Italie.
Ces personnages sont attachants et je pense lire un jour la suite de cette histoire (prévue en 4 tomes).

Extrait : (début du livre)
Ce matin Rino m’a téléphoné, j’ai cru qu’il voulait encore de l’argent et me suis préparée à le lui refuser. Mais le motif de son appel était tout autre : sa mère avait disparu.
« Depuis combien de temps ?
— Quinze jours.
— Et c’est maintenant que tu m’appelles ? »
Mon ton a dû lui paraître hostile ; pourtant je n’étais ni en colère ni indignée, juste un tantinet sarcastique. Il a tenté de répliquer mais n’a pu émettre qu’une réponse confuse, gênée, moitié en dialecte et moitié en italien. Il s’était mis dans la tête, m’a-t-il expliqué, que sa mère était en vadrouille quelque part dans Naples, comme d’habitude.
« Même la nuit ?
— Tu sais comment elle est.
— D’accord, mais quinze jours d’absence, tu trouves ça normal ?
— Ben oui. Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vue, c’est encore pire : elle n’a jamais sommeil, elle va et vient, elle fait tout ce qui lui passe par la tête. »
Il avait quand même fini par s’inquiéter. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux et s’était même adressé à la police. Rien, sa mère n’était nulle part. Quel bon fils ! Un gros bonhomme sur la quarantaine, qui n’avait jamais travaillé de sa vie et n’avait fait que trafiquer et gaspiller. J’ai imaginé avec quelle diligence il avait dû faire ses recherches : aucune. Il n’avait pas de cervelle, et rien ne lui tenait à cœur hormis sa propre personne.
« Elle ne serait pas chez toi ? » m’a-t-il soudain demandé.
Sa mère ? Ici à Turin ? Il connaissait bien la situation, et ne parlait que pour parler. Lui oui, c’était un voyageur, et il était venu chez moi une dizaine de fois, sans y être invité d’ailleurs. Sa mère, qu’au contraire j’aurais accueillie avec plaisir, n’était jamais sortie de Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu :
« Elle n’est pas chez moi, non.
— Tu es sûre ?
— Rino, s’il te plaît : je te dis qu’elle n’est pas là.
— Mais alors elle est où ? »
Il s’est mis à pleurer : je l’ai laissé mettre en scène son désespoir, avec des sanglots qui commençaient par être feints avant de devenir réels. Quand il a terminé je lui ai conseillé :
« S’il te plaît, comporte-toi comme elle le voudrait, pour une fois : ne la cherche pas.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Tu m’as entendue. C’est inutile. Apprends à vivre tout seul, et ce n’est pas la peine de me chercher non plus. »
J’ai raccroché.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Italie

 

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14 octobre 2016

Sens dessus dessous - Milena Agus

51lcGK7lWhL Liana Levi - avril 2016 - 160 pages

traduit de l'italien par Marianne Faurobert

Titre original : Sottosopra, 2012

Quatrième de couverture :
Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c'est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l'immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n'est-ce pas là la clef de voûte de toute vie ? Observatrice indiscrète, pourfendeuse de la normalité, Milena Agus fait la chronique de ce microcosme dans lequel souffle un vent délicieusement frondeur.

Auteur : Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd'hui traduite. Au fil des textes, elle poursuit sa route d'écrivain, singulière et libre. De ses romans elle dit : "C'est ainsi que je vois la vie, misérable et merveilleuse..." Elle vit à Cagliari, en Sardaigne, où elle est née.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
Alice est étudiante, elle vit dans un appartement 
donnant sur la mer et le port de Calgari. Elle observe et échange avec ses voisins qui vont et viennent. A l'étage du dessus vit Monsieur Johnson, un grand violoniste, il vit seul depuis peu car sa femme est partie. 
A l'étage du dessous habite Anna, une dame au cœur malade, et sa fille Natasha. Elle use sa santé en enchaînant les ménages chez les bourgeois dans toute la ville. Lorsqu'elle apprend que Monsieur Johnson cherche une gouvernante pour s'occuper de lui, Anna n'hésite pas un instant pour accepter le travail. Elle est déjà fascinée par le grand appartement de son voisin et de sa vue éblouissante sur la mer et le port...
Alice est la narratrice de cette histoire qui met en scènes tous ces personnages un peu farfelus, d'âges et d'origines sociales différentes...
Elle évoque le présent mais également le passé de chacun, ensemble ils forment comme une petite famille et l'ambiance de cet immeuble évolue comme dans une pièce de théâtre tragi-comique... C'est léger et touchant, j'ai passé un bon moment de lecture.
Extrait : (début du livre)
Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.
Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être.
Il y a quelque temps, Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a frappé à ma porte, vêtu avec sobriété et élégance comme un gentleman, sauf que l’ourlet de son pantalon était décousu, ses lacets défaits et ses chaussettes dépareillées.
« J’habite à l’étage du dessus, m’a-t-il dit. Je suis votre voisin.
– Je le sais. Difficile de ne pas se croiser, dans cet immeuble. »
Il avait un service à me demander : est-ce que je voulais bien arroser ses fleurs, parce qu’il partait jouer du violon sur un bateau de croisière, et que sa femme, qui y tenait beaucoup, surtout aux roses et aux pois rouges, serait désolée de les retrouver desséchées, si elle rentrait.
« Ça n’existe pas, les pois rouges, Mr. Johnson, ce sont sans doute des baies. »
Il y a quelques jours, de retour de croisière, il est passé me remercier, car roses et pois étaient en grande forme, mais là n’était pas le but de sa visite. Avec embarras, il m’a demandé si, parmi mes amies étudiantes, il y en avait une qui saurait faire la gouvernante. Elle serait en échange logée et nourrie, car sa femme était partie, peut-être pour toujours, et qu’il lui fallait quelqu’un pour tenir sa maison, pas simplement une bonne. Il me voyait toujours avec un tas de livres, alors il était sûr de pouvoir me faire confiance.

 

Déjà lu du même auteur : 

 

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12 mai 2016

Plus haut que la mer - Francesca Melandri

Lu en partenariat avec Folio

plus haut que_p plus haut que la mer

Folio - mars 2016 - 224 pages

Gallimard - février 2015 - 208 pages

traduit de l'italien par Danièle Valin

Titre original : Più alto del mare, 2011

Prix de l'Union Interalliée 2016

Prix Jean Carrière 2015

Quatrième de couverture :
1979. Paolo et Luisa ne se connaissent pas. À bord du bateau qui les emmène sur l’Île où sont détenus leurs proches, chacun ressasse la tragédie dont il a été victime. Le fils de Paolo a été condamné pour des actes terroristes. Le mari de Luisa pour avoir tué deux hommes. Le mistral empêche les visiteurs de regagner la côte. Ils passent la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco, avec qui une étrange complicité va naître. Un roman tout en subtilité sur ces infimes moments de grâce qui font basculer les vies.
Auteur : Scénariste pour le cinéma et la télévision, Francesca Melandri est également réalisatrice. Son documentaire l'erre (2010) a été présenté dans de nombreux festivals partout dans le monde. Eva dort, son premier roman, a été plébiscité par la critique et les lecteurs en Italie, où il a obtenu plusieurs reconnaissances importantes, dont le prix des Lectrices du magazine Elle, mais aussi en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Plus haut que la mer est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en mai 2016)
Voilà un livre que je voulais lire depuis plus d'un an grâce à plusieurs avis de lectrices du Café Lecture de la Bibliothèque. Aussi, lorsque les éditions Folio m'ont proposé de recevoir ce livre, je n'ai pas hésité.
1979, Luisa et Paolo se rencontrent sur le bateau qui se rend sur l'Ile où se trouve une prison de haute sécurité. 
Luisa est venue rendre visite à son mari violent emprisonné pour deux meurtres. C'est la première fois qu'elle vient le voir dans cette prison, elle est éblouie par le spectacle de la mer qu'elle n'avais encore jamais vu.
Pour Paolo, ce n'est pas la première fois qu'il vient sur l'Ile voir son fils brigadiste rouge. La tempête se lève et impossible pour Luisa et Paolo de prendre le bateau pour quitter l'Ile. Ils vont devoir y passer une nuit. Ils sont sous la responsabilité de Nitti l'un des gardien de l'Ile. Tout les trois vont passer ensemble la soirée et la nuit et une vraie complicité va naître à ces trois personnes si différentes. Une parenthèse inoubliable dans la vie de chacun.
J'ai beaucoup aimé cette histoire touchante et simple, l'auteur décrit avec beaucoup de justesse les personnages, leurs préoccupations et l'Ile perdue en pleine mer, battue par la tempête. Un vrai coup de cœur !

Merci les éditions Folio pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
L’air épicé, ça non, ils ne s’y attendaient pas.
Ils avaient toujours pensé qu’ils arriveraient la nuit et d’ailleurs, quand on vint les prendre dans toutes les prisons d’Italie, le ciel était noir comme une carie. On les amena en Chinook, ta-ta, ta-ta, ta-ta, comme s’ils venaient tout droit du Vietnam et non de Praia a Mare ou de Viterbe. Des militaires hurlaient et des types blonds et rasés, muets comme des pierres, contrôlaient le déroulement de la manœuvre. Ils apprirent par la suite que c’étaient des Américains. Et ils ne s’en étonnèrent même pas.
La peur de mourir était bien là, et pourtant en entrant dans le ventre de l’hélicoptère ils avaient tous levé les yeux vers le ciel. Il était noir de nouvelle lune. On avait veillé à ça aussi en montant l’opération : qu’une mer claire ne révèle pas d’en haut les contours de la côte. Mais les agents secrets de l’impérialisme et du capitalisme n’avaient pas réussi à éteindre les étoiles qui étaient donc là, palpitantes et précises. Certains d’entre eux ne les avaient pas vues depuis des mois, d’autres depuis des années. Qui sait s’ils les reverraient un jour.
Ils avaient décollé depuis un moment lorsqu’un soldat en tenue de camouflage s’adressa à eux l’air jovial : « Maintenant on va ouvrir la trappe et on va vous apprendre à voler. » Comme s’il voulait donner raison à tous ceux qui disaient ces années-là : désormais, l’Italie c’est l’Amérique du Sud. Et puis ils ne jetèrent personne.
À l’arrivée, sur les quelques mètres qui séparaient l’hélicoptère du bâtiment blanc de la prison de haute sécurité, ils les rouèrent de coups de pied et de coups de bâton pour ne pas leur laisser le temps de comprendre où ils avaient débarqué. Mais là-dessus aussi ils avaient déjà leur petite idée. Depuis des semaines, le téléphone arabe carcéral signalait des va-et-vient d’ouvriers dans ce bâtiment bas au bout de l’Île, loin des petites prisons des détenus ordinaires, des bureaux de l’administration, de l’embarcadère, du village où vivaient les gardiens, de l’école et de l’église, et même du phare à l’écart sur son rocher – bref, loin de Dieu, des hommes et de tout. De plus, il y avait déjà un moment que l’information avait filtré jusqu’aux oreilles de certains parlementaires, ceux qui depuis des mois dormaient chaque nuit dans un endroit différent avec leur portefeuille et leur passeport toujours prêts sur la table de nuit : en cas de coup d’État militaire, c’est là qu’aurait lieu la déportation, ou plutôt la concentration des principaux opposants.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Italie

 

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13 avril 2016

Si c'est un homme - Primo Levi

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Audiolib - septembre 2015 - 7h35 - Lu par Raphaël Enthoven

Pocket - janvier 1988 - 213 pages

Robert Lafont -  mars 2002 - 308 pages

traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Titre original : Sequestoé un uomo, 1958

Quatrième de couverture : 
Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945.
Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les « sélections » périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les crématoires…
Et pourtant, dans ce récit, la dignité la plus impressionnante ; aucune haine, aucun excès, aucune exploitation des souffrances personnelles, mais une réflexion morale sur la douleur, sublimée en une vision de la vie.

Paru en 1946, Si c’est un homme est considéré comme un des livres les plus importants du XXe siècle.

Auteur : Né à Turin en 1919, Primo Levi est mort en 1987. On lui doit une quinzaine d’ouvrages – nouvelles, romans, essais– dorénavant tous traduits en français, dont La TrèveLe Système périodique ou La Clé à molette, qui reçut en Italie le prix Strega, l’équivalent du Goncourt.

Lecteur : Raphaël Enthoven est professeur de philosophie sur France-Culture et sur ARTE. Son travail consiste essentiellement à en parler avec simplicité, mais sans jamais la simplifier. Il a lu Mythologies de Roland Barthes avec Michel Vuillermoz (Thélème) et L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera (Écoutez lire).

Mon avis : (réécouté partiellement en avril 2016)
Je réactualise un peu mon billet, mais l'essentiel reste celui de septembre 2015, lors de ma première lecture audio...

J'ai déjà lu ce livre avant la création de ce blog, et cela fait du bien de faire cette lecture indispensable en mode audio.
Pour ce relecture audio, je n'ai pas réécouté les "bonus" : ni l'interview très intéressante de Primo Levi par Philipp Roth et je n'ai retenté l'interview de Raphaël Enthoven. Lors de ma première écoute, je l'avais trouvé trop longue (54 minutes) et j'avais décroché au bout de vingt minutes...

Le livre en lui-même est plus fluide à écouter, paru dix ans après son retour des camps, Primo Levi témoigne de son quotidien là-bas. Ce livre est un témoignage poignant. Il nous décrit dans les moindres détails la vie dans le camp d'Auschwitz de 1943 à janvier 1945. Il donne son ressenti sur la violence des hommes mais également sur la volonté de survivre en gardant un semblant d'humanité. C'est une grande leçon de vie, car Primo Levi raconte tout cela sans aucune haine et sans reproche vis à vis de ceux qui lui ont fait subir cette épreuve. Il expose des faits, seulement ce dont il a été témoin et laisse au lecteur se faire son opinion par lui-même.  
Dans cette version audio, Raphaël Enthoven a su avec beaucoup de sobriété donner toute sa force à ce texte exceptionnel.

Autres avis : Enna, Meuraïe

Extrait : (début du livre)
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

J’AVAIS été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J’avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m’avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d’honnêtes figures cartésiennes, d’amitiés masculines sincères et d’amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n’était pas sans mal que je m’étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliée à Giustizia e Libertà. Nous manquions de contacts, d’armes, d’argent, et de l’expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d’hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d’individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l’espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures.
A cette époque on ne m’avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe ; en vertu de quoi il me faut bien considérer comme pure justice ce qui arriva ensuite. Trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement important et dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d’une aube de neige, et m’emmenèrent avec eux dans la vallée comme suspect.
Au cours des interrogatoires qui suivirent, je préférai déclarer ma condition de « citoyen italien de race juive », pensant que c’était là le seul moyen de justifier ma présence en ces lieux, trop écartés pour un simple « réfugié », et estimant (à tort, comme je le vis par la suite) qu’avouer mon activité politique, c’était me condamner à la torture et à une mort certaine. En tant que juif, on m’envoya à Fossoli, près de Modène, dans un camp d’internement d’abord destiné aux prisonniers de guerre anglais et américains, qui accueillait désormais tous ceux – et ils étaient nombreux – qui n’avaient pas l’heur de plaire au gouvernement de la toute nouvelle république fasciste.
Lors de mon arrivée, fin janvier 1944, il y avait dans ce camp environ cent cinquante juifs italiens, mais au bout de quelques semaines on en comptait plus de six cents. C’étaient pour la plupart des familles entières qui avaient été capturées par les fascistes ou les nazis, à la suite d’une imprudence ou d’une dénonciation. Un petit nombre d’entre eux s’étaient spontanément constitués prisonniers, pour échapper au cauchemar d’une vie errante, par manque de ressources, ou encore pour ne pas se séparer d’un conjoint arrêté, et même, absurdement, « pour être en règle avec la loi ».

 

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05 décembre 2015

Trafiquants d'hommes - Andrea Di Nicola et Giampaolo Musumeci

trafiquants_d_hommes Liana Levi - avril 2015 - 185 pages

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Titre original : Confessioni di un trafficante di uomini, 2014

Quatrième de couverture : 
« Chaque année des milliers de clandestins jouent leur vie pour rejoindre l’espace Schengen. Via Lampedusa, la Grèce, la Tunisie, la Turquie ou la Slovénie. À pied ou en camion, dans la cale d’un bateau ou en avion avec un billet de première classe. Pour chaque migrant parvenu à bon port, quelqu’un a empoché entre 1000 et 10000 euros. Le chiffre d’affaires global de ce business est estimé entre 3 et 10 milliards de dollars par an, juste après celui du trafic de drogue. Au sommet de la pyramide, d’insaisissables et puissants criminels orchestrent de vastes réseaux d’intermédiaires. Qui sont ces trafiquants d’hommes, comment travaillent-ils, comment échappent-ils aux contrôles? Depuis 2012, nous avons parcouru des milliers de kilomètres, interrogé des dizaines de magistrats et de policiers, rencontré des passeurs et des trafiquants en prison ou dans les bistrots des ports de transit. Nous avons recueilli leurs confidences, analysé leurs méthodes et leurs livres de comptes. Notre enquête décrit la plus grande et la plus impitoyable “agence de voyages” du monde. »

Auteurs : Andrea Di Nicola enseigne la criminologie à l’université de Trente. Depuis plus de quinze ans, ses recherches portent sur l’organisation illégale de l’immigration et l’exploitation humaine. 
Giampaolo Musumeci est reporter. Il traite l’actualité internationale, l’immigration et les conflits armés, notamment en Afrique, pour plusieurs radios, télés et journaux européens. Quand il ne sillonne pas la planète, il vit à Milan.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Les auteurs de ce livre auraient pu lui donner le titre suivant : "La plus grande agence de voyage du monde". En effet, ils ont mené une vraie enquête sur l'organisation du trafic humain. C'est devenu un commerce comme celui de la drogue ou des armes qui rapportent aux organisateurs beaucoup d'argent. Ceux-ci sont sans état d'âme, le réfugié ou migrant est une "marchandise" comme une autre...
Les auteurs décrivent en détail l'organisation si bien structurée des différentes filières, les différents rôles de passeurs, de coordonnateurs, de guetteurs, de rabatteurs avec au sommet de cette pyramide des chefs qui ne prennent aucun risque et gagnent beaucoup beaucoup d'argent. Il y a également de nombreux témoignages de ceux qui participent à ce travail de l'ombre et de réfugiés qui racontent leur périple souvent long et dangereux.
C'est assez effrayant de comprendre que nos frontières sont si perméables... En effet, les trafiquants utilisent toutes les failles qu'il existe dans le système de frontière, de passeports, de visa, de zone de guerre...
Une lecture instructive et d'actualité.

Extrait : (début du livre)
Marina de Turgutreis, région de Bodrum, au sud de la Turquie. 9 h 30, un matin de mai 2010. Au numéro 26 du Gazi Mustafa Kemal Bulvarı se trouve le siège d’Argo lis Yacht Ltd., une société de location de bateaux à voiles et à moteur. Les papiers d’un Bavaria 42 Cruiser – un voilier à un mât de 13 mètres battant pavillon grec amarré non loin – attendent sur le bureau.
Un homme d’une quarantaine d’années, le visage bronzé et un peu marqué, les bras épais et la poigne vigoureuse, se présente à l’agence avec son passeport et son permis bateau pour signer le contrat. C’est un skipper. Il s’appelle Giorgi Dvali, de nationalité géorgienne. Né à Poti, il travaille depuis des années dans le tourisme. Il organise des croisières en Méditerranée. Une longue tradition maritime fait des Géorgiens, comme des Ukrainiens, des navigateurs très appréciés.
Dvali annonce à l’employée que ses prochains clients sont une famille américaine de Seattle : un couple avec deux adolescents qui veulent passer deux semaines entre les côtes turques et les îles grecques et profiter de la mavi yolculuk, la « croisière bleue », comme l’appellent les pêcheurs locaux. Cette route d’une rare beauté, très appréciée des touristes, est ordinaire pour un homme tel que lui. Dvali paie en liquide la location et l’assurance. Quelques instants plus tard, il est déjà sur le quai. À côté du Bavaria 42, les traditionnels caïques turcs, construits dans les marinas de Bodrum ou de Marmaris, et des yachts de 15 à 20 mètres. Des marins vont et viennent, des touristes anglais et allemands, quelques Grecs : le quai est une véritable tour de Babel. Dvali regarde autour de lui puis inspecte le cruiser : il monte à bord, va sous le pont, vérifie que tout est en ordre. Trois cabines équipées, six couchettes en tout, une grande cuisine et deux salles de bains. L’intérieur est élégant, décoré de riches boiseries. Le bateau n’a pas plus de cinq ans, il est presque neuf. Sur le marché de l’occasion, il coûterait entre 120000 et 130000 euros. Demain, aux premières lueurs de l’aube, on lève l’ancre.
Dvali décide de fixer immédiatement le cap sur le navigateur GPS pour vérifier qu’il fonctionne : 40.1479 degrés de latitude, 17.972 de longitude. D’avril à septembre, entre la Turquie et les îles grecques, jusqu’au littoral italien, entre Corfou et Vieste, la Crète et la Calabre, Antalya et Santa Maria di Leuca, il y a des centaines de yachts comme celui-ci. Longues croisières, loin des plages bondées. Le tourisme pour une poignée de privilégiés. Six jours plus tard, aux premières heures du matin, le bateau se trouve au large de Porto Selvaggio, dans la province de Lecce. Il navigue au moteur et fend les vagues à une vitesse de 7 nœuds. La terre n’est qu’à 10 milles. Une vedette de la guardia di fi nanza accoste le voilier : simple contrôle de routine, un parmi tant d’autres. Le carnet de navigation est en règle, Dvali semble être un vrai professionnel. Les policiers montent à bord. L’homme trahit alors une certaine nervosité. Lorsqu’on lui demande des informations sur les passagers, il explique qu’il accompagne une famille américaine en vacances. Ils dorment, il ne veut pas les déranger. Son anglais n’est pas hésitant, pourtant il bégaye. Mais c’est surtout son regard, courant à plusieurs reprises vers la porte de la cabine, qui éveille les soupçons des garde-côtes. Ils décident de mener un contrôle approfondi.
Sous le pont, pas de famille américaine passionnée de voile, pas de couple avec des adolescents. Quand ils plongent le nez à l’intérieur, les policiers sont assaillis par une bouffée acide et une violente odeur de sueur. Ils trouvent là quarante Afghans, âgés de seize à trente-deux ans. Tous originaires de la province de Herat. Ils ont le regard perdu, beaucoup souffrent du mal de mer. Ils sont passés par la Turquie : d’abord Istanbul, le centre de triage du trafi c humain mondial, puis Smirne, et enfi n Bodrum, où ils ont rencontré Dvali. Une fois les amarres larguées, cap sur l’Italie et les côtes des Pouilles.

 

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23 septembre 2015

Si c'est un homme - Primo Levi

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - septembre 2015 - 7h35 - Lu par Raphaël Enthoven

Pocket - janvier 1988 - 213 pages

Robert Lafont -  mars 2002 - 308 pages

traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Titre original : Sequestoé un uomo, 1958

Quatrième de couverture :
Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945.
Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les « sélections » périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les crématoires…
Et pourtant, dans ce récit, la dignité la plus impressionnante ; aucune haine, aucun excès, aucune exploitation des souffrances personnelles, mais une réflexion morale sur la douleur, sublimée en une vision de la vie.

Paru en 1946, Si c’est un homme est considéré comme un des livres les plus importants du XXe siècle.

Auteur : Né à Turin en 1919, Primo Levi est mort en 1987. On lui doit une quinzaine d’ouvrages – nouvelles, romans, essais– dorénavant tous traduits en français, dont La TrèveLe Système périodique ou La Clé à molette, qui reçut en Italie le prix Strega, l’équivalent du Goncourt.

Lecteur : Raphaël Enthoven est professeur de philosophie sur France-Culture et sur ARTE. Son travail consiste essentiellement à en parler avec simplicité, mais sans jamais la simplifier. Il a lu Mythologies de Roland Barthes avec Michel Vuillermoz (Thélème) et L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera (Écoutez lire).

Mon avis : (relu en septembre 2015)
Ayant déjà lu ce livre avant la création de ce blog, j'ai accepté de le relire en mode audio. Avant de me lancer dans l'oeuvre proprement dite, j'ai décidé d'écouter les "bonus" : une interview très intéressante de Primo Levi par Philipp Roth et l'interview de Raphaël Enthoven, le lecteur. J'avoue que cette interview est si longue (54 minutes) qu'au bout de vingt minutes, j'ai décroché...
Le livre en lui-même est plus fluide à écouter, paru dix ans après son retour des camps, Primo Levi témoigne de son quotidien là-bas. Ce livre est un témoignage poignant. Il nous décrit dans les moindres détails la vie dans le camp d'Auschwitz de 1943 à janvier 1945. Il donne son ressenti sur la violence des hommes mais également sur la volonté de survivre en gardant un semblant d'humanité. C'est une grande leçon de vie, car Primo Levi raconte tout cela sans aucune haine et sans reproche vis à vis de ceux qui lui ont fait subir cette épreuve. Il expose des faits, seulement ce dont il a été témoin et laisse au lecteur se faire son opinion par lui-même.  
Dans cette version audio, Raphaël Enthoven a su avec beaucoup de sobriété donner toute sa force à ce texte exceptionnel.

Merci Chloé et les éditions Audiolib pour cette lecture indispensable !

Extrait : (début du livre)
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

J’AVAIS été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J’avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m’avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d’honnêtes figures cartésiennes, d’amitiés masculines sincères et d’amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n’était pas sans mal que je m’étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliée à Giustizia e Libertà. Nous manquions de contacts, d’armes, d’argent, et de l’expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d’hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d’individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l’espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures.
A cette époque on ne m’avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe ; en vertu de quoi il me faut bien considérer comme pure justice ce qui arriva ensuite. Trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement important et dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d’une aube de neige, et m’emmenèrent avec eux dans la vallée comme suspect.
Au cours des interrogatoires qui suivirent, je préférai déclarer ma condition de « citoyen italien de race juive », pensant que c’était là le seul moyen de justifier ma présence en ces lieux, trop écartés pour un simple « réfugié », et estimant (à tort, comme je le vis par la suite) qu’avouer mon activité politique, c’était me condamner à la torture et à une mort certaine. En tant que juif, on m’envoya à Fossoli, près de Modène, dans un camp d’internement d’abord destiné aux prisonniers de guerre anglais et américains, qui accueillait désormais tous ceux – et ils étaient nombreux – qui n’avaient pas l’heur de plaire au gouvernement de la toute nouvelle république fasciste.
Lors de mon arrivée, fin janvier 1944, il y avait dans ce camp environ cent cinquante juifs italiens, mais au bout de quelques semaines on en comptait plus de six cents. C’étaient pour la plupart des familles entières qui avaient été capturées par les fascistes ou les nazis, à la suite d’une imprudence ou d’une dénonciation. Un petit nombre d’entre eux s’étaient spontanément constitués prisonniers, pour échapper au cauchemar d’une vie errante, par manque de ressources, ou encore pour ne pas se séparer d’un conjoint arrêté, et même, absurdement, « pour être en règle avec la loi ».

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13 mai 2015

Refuges - Annelise Heurtier

Lu en partenariat avec les éditions Casterman

refuges Casterman - avril 2015 - 240 pages

Quatrième de couverture : 
Mila, une jeune italienne, revient sur l'île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l'assaille depuis un drame familial.
Très vite, d'autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l'autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.

Auteur : Annelise Heurtier est née en 1979. Parallèlement à un début de carrière éloignée du milieu des lettres (une prépa HEC suivie d'une école de commerce la conduisent à travailler dans le marketing et le management), elle commence à écrire des textes à destination de la jeunesse. Son premier roman est rapidement publié aux éditions du Rouergue. Aujourd'hui, Annelise Heurtier habite à Tahiti où elle vit avec son compagnon et ses deux enfants. 

Mon avis : (lu en mai 2015)
Voilà un livre destiné aux adolescents à lire et à faire lire également aux adultes. Un livre proche de l'actualité même si, comme le précise l'auteur dans une note en fin de livre, l'histoire se situe en 2006.
Mila est une jeune italienne de 17 ans qui revient dans l'île de son enfance. Une île pleine de bons souvenirs, à la suite d'un drame familial, elle et ses parents sont de retour après six ans d'absence. Ils mettent beaucoup d'espoir dans ce séjour dans cette île de Lampedusa qui est surnommée aussi « l’île du Salut »... Les épisodes des vacances de Mila sont entrecoupés par huit histoires à huit voix de jeunes Erythréens, ils ont fuit un pays où ils ont enduré des souffrances et risqué la mort, après des séjours plus ou moins longs dans des camps de réfugiés, ils espèrent tous atteindre l'autre côté de la Méditerranée et avoir droit à une vie meilleure.
Voilà un roman très fort, autour des immigrés clandestins qui risquent leur vie pour rejoindre l'Europe et espérer vivre en liberté.
J'ai aimé parcourir l'île de Lampedusa et découvrir la réalité de la vie de ses émigrés clandestins venus d'Erythrée. Après cette lecture, je n'entendrai plus de la même façon les reportages sur les drames de l'immigration au large de Lampedusa. 

Note : ♥♥♥♥♥

Autres avis : Mirontaine, Canel

Extrait : (début du livre)
Mila abandonna son sac àdos sur le lit. La chambre n'était pas éclairée que par les rais de lumière filtrant à travers les persiennes ajourées et, à part le refrain étouffé des vagues se brisant sur les falaises, aucun bruit ne venait bousculer la pénombre.
Cela faisait si longtemps qu'elle n'était pas revenue sur l'île.
Six ans. Il fallait savourer ce moment.
Mila prolongea l'attente en ondulant ses doigts à travers l'un des sillons clairs pailletés de poussière. Les minuscules particules en suspension s'affolèrent, comme une colonie de fourmis chahutée par un gamin curieux.
Elle inspira profondément et, d'un coup sec, ouvrit en grand les persiennes.
L'éclat platiné de la mi-journée s'engouffra brutalement. Mila plissa les yeux et détourna la tête.
Une fois habituée à la luminosité, elle se mit à détailler les lieux, presque avidement.  

 Challenge Petit Bac 2015 
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Titre : 1 mot (4)

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05 février 2015

Acquanera - Valentina D'Urbano

Sortie en librairie le 5 février 2015

 Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey 

book_261 Philippe Rey - février 2015 - 352 pages

traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Titre original : Acquanera, 2013

Quatrième de couverture : 
Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée.
Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté. Au terme de cette plongée aux origines, Fortuna pourra-t-elle s’engager sur le chemin de la reconstruction et de la réconciliation ?
Acquanera aborde avec force et sensibilité les thèmes des relations maternelles et filiales, de la transmission, de la mort, de la différence et de l’amitié. Avec ce deuxième roman symbolique et poétique, Valentina D’Urbano confirme son singulier talent.

Auteur : Illustratrice pour la jeunesse, Valentina d’Urbano, est née en 1985 dans une banlieue de Rome dont elle a fait le décor de son premier roman, Le bruit de tes pas (2013), vainqueur du concours « Io scrittore » en Italie. Acquanera est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2015)
J'avais beaucoup aimé le premier roman de Valentina d'Urbano et lorsque l'on m'a proposé de découvrir son deuxième roman, j'étais très curieuse de le découvrir. Et je n'ai pas été déçue !
Une histoire très différente de son premier roman mais une lecture qui comme pour la première m'a enchantée.
Fortuna revient après dix ans d'absence à Roccachiara, le village de son enfance situé dans les montagnes du Nord de l'Italie. Elle a appris qu'un squelette avait été découvert au village. Peut-être celui de son amie Luce qui a disparu depuis quelques années ? 
Fortuna est la narratrice, elle revient sur l'histoire de sa famille. Une dynastie de femmes, avec Clara, Elsa, la grand-mère de Fortuna, et Onda, la fille d'Elsa et la mère de Fortuna. Certaines ont des dons particulier, elles ont toujours été mise à l'écart du village...
Je ne veux pas trop en dire mais j'ai beaucoup aimé cette lecture. Chaque fois que je me plongeais dans ce livre, plus rien autour comptait... J'ai failli plusieurs fois rater ma station de métro ou ne pas entendre mon train arriver... J'ai été captivé par l'atmosphère de ce livre, par la poésie de l'écriture, chacun des personnages à sa personnalité. Certains sont très attachants, d'autres plus difficile à cerner.
Au cours de ma lecture, cette histoire m'a fait penser au livre de Carole Martinez "Cœur cousu"...

Merci Anaïs, Anne et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Aujourd'hui, 12 mars 1992
Dix ans d'absence.
A mon arrivée, le jour se lève et il pleut, une pluie oblique, glaciale, qui entame le visage.
C'est toujours comme ça à Roccachiara. Il fait froid et il pleut. Ou alors l'humidité est si dense que c'est comme s'il pleuvait.
Je m'engagedans la rue principale. Tout est identique à mes souvenirs, on dirait une photo, rien n'a changé.
Les maisons adossées les unes aux autres, les grilles des magasins, les même enseignes qu'il y a trente ans. Les rues étroites et désertes, les portes flanquées de jardinières.
Il n'y a personne. Juste la pluie.
Tout le reste n'est que silence.
Ce silence, raconte-t-on, vient du lac. Il monte comme du brouillard, se répand dans le village, étouffe tous les bruits.
Je traverse Roccachiara sans rencontrer âme qui vive. Une place minuscule domine la vallée et le lac. C'est le belvédère des Héros.
Je me rappelais un lieu dépouillé, en mauvais état, une poignée de mètres carrés à l'abîme, et je découvre un terre-plein pavé, des bancs métalliques revêtus d'une peinture blanche écaillée. Une affreuse fontaine ornementale, un monument aux morts. Une balustrade en fer forgé a remplacé le vieux mur en briques par-dessus lequel on se penchait pour admirer le lac.
Ce lac noir, sans vie.

Déjà lu du même auteur : 

book_220 Le bruit de tes pas

 

Challenge Petit Bac 2015 
98438537_o
Titre : 1 mot (1)

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Italie

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21 décembre 2014

Le Tirailleur - Alain Bujak et Piero Macola

le tirailleur Futuropolis - mai 2014 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Entre 2008 et 2009, Alain Bujak a été amené à vivre dans un foyer social à Dreux, afin de photographier des travailleurs immigrés maintenant à la retraite. C’est ici qu’il fait la connaissance d’Abdesslem. Son reportage terminé, il a voulu le revoir. Il a passé des heures avec lui, à l’interroger sur sa vie. Des entretiens chaleureux qui revivent aujourd’hui sous la forme d’une bande dessinée témoignage. Car la vie d’Abdesslem, c’est la vie des nombreux tirailleurs marocains enrôlés très jeunes dans l’armée française pour combattre l’Allemagne en 1940. Fait prisonnier durant la drôle de guerre, Abdesslem sera renvoyé au Maroc en 1942, pour participer à l’hiver 1944 à la libération de l’Italie. Avec pour récompense, une non reconnaissance de la nation et des pensions militaires largement inférieures à celles des anciens combattants français. Il fallait beaucoup de talent pour mettre en image cette histoire à la fois extraordinaire et banale, celle d’un homme trop souvent invisible à nos yeux, et qui pourtant est un rouage essentiel de notre société. À n’en pas douter, Bujak et Macola ont ce talent. Le récit dessiné est complété d’un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc, où il a retrouvé Abdesslem et sa famille aujourd’hui après que ce dernier ait renoncé à sa pension pour vivre avec les siens.

Auteur : Alain Bujak, né en juillet 1965. Tireur noir et blanc. Après un passage par l’Établissement de Cinéma et de Photographie des Armées, et par la galerie Caméra Obscura, il rejoint l’atelier Demi-Teinte (Paris) où il tire en argentique les images de photographes de mode ou de reportage. Photographe. Travaille régulièrement pour des entreprises et des collectivités, en collaboration avec des agences de communication, ou en direct. Aime passer du temps avec les gens. L’écoute et l’investigation sont un préalable immuable. Après, il peut écrire et photographier des histoires simples, sans grands décors, ni exotisme. Donner au quotidien de chacun sa richesse. Des rencontres pour faire des livres et des expositions.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'ai emprunté complètement par hasard cette bande dessinée à la Bibliothèque. Elle raconte l'histoire vraie d'Abdesslem, un Marocain qui "par curiosité" a été enrôlé de force par l'armée française en 1939 pour aller se battre contre les Allemands. Il avait environ 17 ans, il travaillait pour l'exploitation familiale comme simple berger. Malgré lui, il se retrouve engager dans une guerre étrangère à sa vie, à son pays... 
En 2008, le journaliste Alain Bujak rencontre Abdesslem dans un foyer pour travailleur immigré. S'il veut toucher l'intégralité de sa petite retraite de l'armée française, il est obligé de séjourner en France au moins 9 mois. Il laisse donc sa famille au Maroc et vit seul à Dreux. Alain et Abdesslem sympathisent et ce dernier lui raconte son histoire. Celle des nombreux tirailleurs venus de nos colonies, enrôlés de force et vite oubliés par la France après la guerre.
Ce témoignage est très fort, les souvenirs sont parfois imprécis mais tellement vrais. 
En conclusion, la bande dessinée est complétée par un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc. Il a retrouvé Abdesslem et sa famille. Ce dernier a renoncé à sa pension pour vivre en permanence avec les siens.

Extrait : 

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13 septembre 2014

De si jolies Ruines - Jess Walter

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

PRF-jury-08-2014-186

DeSiJoliesRuines Fleuve éditions - août 2014 - 456 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Titre original : Beautiful Ruins, 2012

Quatrième de couverture :
Avril 1962, Dee Moray arrive par bateau dans le minuscule village de Porto Vergogna (le port de la honte), une douzaine de maisons accrochées à flanc de falaises et une petite pension de famille dont vient d’hériter le jeune Pasquale Tursi, bien décidé à en faire le lieu de villégiature préféré des stars américaines. Peu importe que le village ne soit accessible ni par la route ni par le rail, que sa plage fasse la taille d’un mouchoir de poche et que ses projets de terrain de tennis ressemblent à un doux rêve. En fait, personne ne descend jamais dans cet hôtel perdu, l'Adequate View, à part quelques clients égarés. Et chaque année, pendant une quinzaine de jours, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, un américain névrosé et alcoolique aux velléités d’écrivain.

Dee Moray a décroché un petit rôle dans la grosse production rassemblant Liz Taylor et Richard Burton, Cléopâtre. Elle était à Rome quand on lui a diagnostiqué un cancer, la production l'a alors envoyé se reposer dans cet hôtel. Bientôt, Richard Burton et un autre type de la production débarquent eux aussi...
De nos jours, à Hollywood, une jeune assistante de production, Claire Silver, se débat pour quitter son job auprès du producteur Michael Dean, une momie qui a connu son heure de gloire, et son compagnon du moment, inconditionnel des boîtes de strip-tease. Et puis il y a Shane Weeler, persuadé d’avoir le pitch du siècle qui part pour Hollywood tenter de vendre son idée, Pat, le chanteur-compositeur complètement paumé…
Tous ces êtres ont des rêves auxquels ils se cramponnent, et bien qu'ils viennent d'horizons différents, leurs destins vont se croiser, même si certains l'ignorent encore...

Auteur : Jess Walter est l’auteur de six romans, dont Citizen Vince, lauréat du Prix Edgar Allan Poe du meilleur roman en 2005, The Zero, finaliste du National Book Award 2006 et La Vie financière des poètes, paru chez 10/18 en 2011. Il a également collaboré à plusieurs journaux et magazines parmi lesquels The New York Times, The Washington Post, The Los Angeles Times ou The Boston Globe. Il vit en famille à Spokane, dans l’État de Washington.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
C'est le dernier livre que j'ai lu pour la sélection du Prix du Roman Fnac 2014. Depuis les vacances sont passées et faire un billet à partir de mes quelques notes n'est pas si facile... J'avoue avoir un peu oublieé cette lecture.
Ce livre nous raconte plusieurs histoires qui vont se rejoindre dans les derniers chapitres. 
En 1962, Dee Moray, une jeune actrice arrive dans un petit village côtier italien. Elle semble victime d'une maladie mystérieuse. Le propriétaire de l'hôtel, Pasquale rêve de transformer sa ville en une station balnéaire. Il tombe amoureux de Dee et veut l'aider. Il va lentement apprendre ses secrets et pourquoi elle a été envoyée à son village. 
Dans le présent, nous somme à Hollywood, Michael Deane est un producteur de films devenu has-been, Claire est son assistante. Pasquale, qui est maintenant un vieil homme, rend visite au producteur il voudrait savoir ce qui s'est passé à l'actrice.
J'ai bien aimé les descriptions des lieux autour de Porto Vergogna situé proche de Cinque Terre en Italie et le personnage de Pasquale. Ce n'est pas toujours facile de passer de l'une histoire à l'autre, d'une époque à l'autre.

 

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2014 
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8/12

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Le mois américain

 Challenge Petit Bac 2014 
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"Bâtiment" (7)

 

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