08 août 2014

La Cité de la joie – Dominique Lapierre

La_cite_de_la_joie_RL_1985 la_cit__de_la_joie_ldp 2013_07_31_093818 La_cite_de_la_joie_RL_1992 La_cite_de_la_joie___pocket La_cite_de_la_joie___pocket2000

Robert Laffont – janvier 1985 - 501 pages

Livre de Poche – mai 1987 - 602 pages

France Loisirs – janvier 1992 – 544 pages

Robert Laffont – septembre 1992 -

Pocket – décembre 1999 - 639 pages

Pocket – septembre 2000 – 639 pages

Quatrième de couverture : 
40 millions de lecteurs.
31 éditions internationales.
170 000 lettres de lecteurs enthousiastes.
Une superproduction cinématographique.
Une presse mondiale unanime.

LA CITÉ DE LA JOIE est un chant de fraternité et d'amour adressé au peuple le plus déshérité de la planète, en même temps qu'un reportage déchirant, un document unique sur la capacité des hommes à triompher de la souffrance, de la misère et du malheur. 

Auteur : Né en 1931, journaliste grand reporter à Paris Match il est aussi écrivain. Il a écrit plusieurs best-sellers internationaux avec Larry Collins.
En 1981, il rencontre Mère Térésa. C'est après cette rencontre qu'il écrira en 1985 : La cité de la joie. Ouvrage traduit en 30 langues qui sera porté à l'écran en 1992.
A son retour en France il fonde l'association "Action pour les enfants des lépreux de Calcutta" dont le but est de soutenir financièrement l'oeuvre de : James Stevens. Il continue ses actions humanitaires en 1997-1998-1999 par le lancement de 3 bâteaux dispensaire pour soigner les habitants de 57 îles du Golfe du Bengale, au large du Delta du Gange et du Brahmapoutre. En 2000/2001 il lance et inaugure : une clinique à Bhopal. 

Mon avis : 
C'est un livre que j'ai lu et relu de nombreuses fois. La Cité de la Joie, c'est le nom d'un bidonville de Calcutta et à travers l'histoire de différents personnages, le lecteur est plongé dans un monde extraordinaire.
C'est un livre qui m'a beaucoup marqué, il est incroyable de voir tant de joie et de sourires, d'humanité, de solidarité, d'amour et de fraternité dans un bidonville où le quotidien n'est que misère, saleté, pauvreté et difficulté...
Un livre bouleversant et une formidable leçon de vie. 

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En 1992, le livre a été adapté au cinéma par Roland Joffé avec avec Patrick Swayze. Je n'ai pas retrouvé dans le film tout ce que la lecture du livre avait pu me faire ressentir... 

 

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22 avril 2014

Pour quelques milliards et une roupie - Vikas Swarup

 Lu en partenariat avec Babelio et Belfond

95343032 Belfond - avril 2014 - 425 pages 

traduit de l'anglais (Inde) par Roxane Azimi

Titre original : The accidental apprentice, 2013

Quatrième de couverture :
Vendeuse d’électroménager pour entretenir sa famille, harcelée chaque jour par sa sœur, starlette en devenir, son propriétaire pressé et son patron incompétent, Sapna Sinha voit s’éloigner toujours un peu plus ses rêves d’avenir. Mais voilà qu’un jour, le plus grand patron d’Inde lui offre sa fortune et son entreprise, à condition qu’elle passe sept mystérieuses épreuves. S’agit-il d’un jeu cruel ou se pourrait-il que ses prières soient enfin exaucées ? Embarquée malgré elle dans d’incroyables aventures auprès de stars désespérées, de jeunes fiancées suicidaires et d’enfants exploités, Sapna devra prouver sa vaillance, son empathie et son honnêteté afin de construire un avenir meilleur pour elle et sa famille.

Auteur : Né en 1963 à Allahabad, en Inde, Vikas Swarup est diplomate. Après avoir été en poste en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, il est actuellement consul général de l’Inde à Osaka, au Japon. Prix Grand Public du Salon du livre 2007, traduit dans quarante-deux langues, son premier roman, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (2006), a connu un immense succès international, avant d’être adapté au cinéma par Danny Boyle sous le titre Slumdog millionaire et de rafler huit oscars. Après Meurtre dans un jardin indien (2010), Pour quelques milliard et une roupie est son troisième livre traduit en français.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Sapna Sinha est vendeuse d'électroménager, elle fait vivre sa mère malade et sa soeur étudiante qui rêve de devenir une star. Pas facile de gérer ce quotidien sans grande perspective... Et voilà qu'un jour, un inconnu lui propose un étonnant marché, devenir le PDG d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars. Où est le piège ? Pourquoi choisir une pauvre petite vendeuse d'électroménager pour lui faire une telle proposition ? Sapna ne croit pas au sérieux de cette proposition et la refuse. Mais finalement, poussée par des soucis d'argent et pour pouvoir garder leur logement elle finit par accepter ce marché incroyable. Pour réussir à devenir le PDG du groupe ABC, elle va devoir passer 7 épreuves pour prouver son aptitude à être chef d'entreprise...
La construction de l'intrigue a quelques ressemblances avec le premier succès de l'auteur "Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire" avec le principe des épreuves. L'histoire est rythmée, haletante. A travers les différentes épreuves, l'auteur a voulu traiter des sujets comme les mariages arrangés, le travail des enfants, la téléréalité... Le lecteur découvre une Inde où traditions et modernité se mêlent. Un livre qui se lit facilement et qui est dépaysant. Une belle découverte.

Merci  Babelio et Belfond pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
DANS LA VIE
, on n'obtient jamais ce qu'on mérite ; on obtient ce qu'on a négocié.
C'est la première chose qu'il )m'a enseignée.
Voici trois jours que je tente de mettre ce conseil en pratique, négociant fébrilement avec mes accusateurs et persécuteurs pour essayer désespérément d'échapper à la peine de mort qu'ils me réservent d'un commun accord.
Dehors, les médias guettent comme des vautours. Les chaînes d'information font leurs choux gras de mon histoire, exemple édifiant de ce qui arrive quand une collision entre cupidité et crédulité débouche sur une catastrophe sanglante dite homicide volontaire avec préméditation. Elles diffusent en boucle le cliché pris par la police après mon arrestation. Sunlight TV a même exhumé la photo de classe granuleuse de mon école à Nainital ; je suis assise, raide comme un piquet, au premier rang à côté de Mme Saunders, notre prof de quatrième. Mais Nainital me semble loin maintenant, pays de cocagne aux vertes montagnes et aux lacs argentés où mon optimisme juvénile m'avait jadis amenée à croire que l'horizon était infini et l'esprit humain indomptable.
J'ai envie d'espérer, de rêver, de recouvrer la foi, mais la réalité impitoyable m'écrase comme une chape de plomb. J'ai l'impression de vivre un cauchemar, d'être piégée dans le puits sombre et profond d'un désespoir sans nom, dont personne ne sort.
Confinée dans ma cellule aveugle et étouffante, je repense au jour fatidique où tout a commencé. Bien que cela remonte à plus de six mois déjà, je me souviens de chaque détail aussi clairement que si c'était hier. Je me revois me dirigeant vers le temple d'Hanuman dans Connaught Place par cet après-midi gris et froid...
Nous sommes le vendredi 10 décembre, et dans Baba Kharak Singh Marg c'est le tohu-bohu habituel, mélange chaotique de bruit et de chaleur. S'y croisent des bus bringuebalants, des voitures qui klaxonnent, des scooters pétaradants et des auto-rickshaws hoquetants. Pas un nuage dans le ciel, mais le soleil est masqué par le cocktail toxique de la pollution qui s'abat l'hiver sur la ville.
Prudente, j'ai troqué ma tenue de travail contre un modeste salvar kameez bleu ciel, sur lequel j'ai enfilé un cardigan gris. C'est un rituel que j'observe tous les vendredis : je quitte en douce le magasin à l'heure du déjeuner et traverse la place pour me rendre au vieux temple du dieu singe Hanuman.
La plupart des gens vont au temple pour prier ; moi j'y vais pour expier. Je ne me pardonne toujours pas la mort d'Alka. Quelque part, je reste persuadée que c'est arrivé par ma faute. Depuis ce drame affreux, Dieu est mon seul refuge. Et j'entretiens un rapport privilégié avec la déesse Durga qui a son propre sanctuaire à l'intérieur du mandir d'Hanuman.
Lauren Lockwood, mon amie américaine, n'en revient toujours pas que nous ayons trois cent trente millions de dieux. « Bon sang, vous autres hindous, vous savez vous entourer. » D'accord, elle exagère, mais il est vrai que tout temple digne de ce nom abrite les autels d'au moins cinq ou six autres divinités.
Chacune d'elles possède des pouvoirs particuliers. La déesse Durga est l'Invincible qui rattrape les situations les plus désespérées. Après la mort d'Alka, alors que ma vie était un tunnel obscur de tristesse, de chagrin et de regret, elle m'a donné la force. Elle est toujours là quand j'ai besoin d'elle.
Le temple est bondé, ce qui est plutôt rare pour un vendredi après-midi, et je me trouve prise dans le flot incessant des fidèles jouant des coudes pour accéder au saint des saints. Le sol de marbre est frais sous mes pieds nus, et l'air embaume le mélange capiteux de sueur, de santal, de fleurs et d'encens.
Je me joins à la file d'attente réservée aux dames, qui est nettement plus courte, et j'arrive à communier avec Durga Ma en moins de dix minutes.
Mon darshan – le tête-à-tête avec Dieu – achevé, je m'apprête à descendre les marches quand une main s'abat sur mon épaule. Je pivote et me retrouve face à un homme qui me dévisage intensément.
Lorsqu'un inconnu aborde une jeune femme à Delhi, le premier réflexe de celle-ci est d'attraper la bouteille de spray au poivre qu'elle garde toujours à portée de main. Mais celui qui me fait face n'a rien d'un traîne-savates désœuvré. C'est un monsieur âgé, vêtu d'un pyjama kurta en soie blanc cassé, un pashmina blanc drapé négligemment sur les épaules. Grand, la peau claire, il a un nez aquilin, une bouche dure et déterminée, et son visage est encadré d'une crinière blanche comme la neige, coiffée en arrière. Un tika vermillon lui orne le front. Ses doigts sont chargés de bagues serties de diamants et d'émeraudes. Mais c'est son regard pénétrant qui me trouble le plus. Il me fixe si franchement que c'en est intimidant. Voici un homme qui a manifestement l'habitude de commander.
— Puis-je vous dire deux mots ? demande-t-il d'une voix saccadée.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Je prends un ton sec, mais moins acerbe que d'ordinaire, eu égard à son âge.
— Je m'appelle Vinay Mohan Acharya, dit-il posément, et je dirige Acharya Business Consortium. Avez-vous entendu parler du groupe ABC ?
Je hausse les sourcils en guise d'assentiment. Il s'agit d'un des plus gros groupes industriels en Inde, qui produit de tout, depuis le dentifrice jusqu'aux turbines.
— J'ai une proposition à vous faire, qui va changer radicalement le cours de votre vie. Donnez-moi dix minutes, et je vous expliquerai.
Ces paroles, je les ai déjà entendues maintes fois. Dans la bouche de courtiers en assurances qui viennent vous relancer chez vous et de représentants de commerce qui font du porte-à-porte pour vendre des produits d'entretien.
— Je n'ai pas dix minutes, dis-je. Il faut que je retourne travailler.
— Écoutez-moi au moins, insiste-t-il.
— Eh bien, allez-y.
— J'aimerais vous offrir la chance de devenir P-DG du groupe ABC. C'est-à-dire la direction d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars.
Je sais maintenant qu'il faut se méfier de lui. Il parle comme un escroc, comme ces vendeurs à la sauvette dans Janpath qui cherchent à vous fourguer des ceintures en faux cuir et des paquets de mouchoirs bon marché. Je guette le demi-sourire qui me prouverait qu'il plaisante, mais son visage demeure impassible.
— Ça ne m'intéresse pas, lui dis-je fermement en commençant à descendre.
Il m'emboîte le pas.
— Vous êtes en train de me dire que vous refusez l'offre du siècle, plus d'argent que vous n'en gagneriez en l'espace de sept vies ?
Sa voix est cinglante comme un coup de fouet.
— Écoutez, monsieur Acharya ou qui que vous soyez. J'ignore à quoi vous jouez, mais je vous l'ai dit, ça ne m'intéresse pas. Alors soyez gentil, cessez de me harceler.
Je récupère mes mules Bata auprès de la vieille dame à l'entrée du temple qui garde les chaussures moyennant un petit pourboire.
— Vous devez croire qu'il s'agit d'une blague, déclare-t-il en enfilant une paire de sandales marron.
— Pourquoi, ce n'en est pas une ?
— Je n'ai jamais été aussi sérieux.
— Dans ce cas, vous devez faire partie d'une émission style Caméra cachée. Et au moment où je dirai oui, vous me montrerez toutes ces caméras qui vous suivent partout.
— Vous voyez un homme de mon rang participer à des émissions débiles ?
— Ma foi, ce n'est pas plus débile que d'offrir votre empire financier à de parfaits inconnus. Je me demande même si vous êtes bien celui que vous prétendez être.
— Bien vu.
Il hoche la tête.
— Un fond de scepticisme, c'est toujours sain.
Il sort un portefeuille en cuir noir de sa kurta et me tend une carte de visite.
— Peut-être que ceci finira de vous convaincre.
J'y jette un rapide coup d'œil. C'est impressionnant, une sorte de plastique translucide avec le logo du groupe ABC en relief et VINAY MOHAN ACHARYA, PRÉSIDENT gravé en gras.
— N'importe qui peut faire imprimer ça pour quelques centaines de roupies, dis-je en lui rendant sa carte.
Il en tire une autre de son portefeuille.
— Et celle-ci ?
C'est une carte Centurion d'American Express, toute noire, au nom de Vinay Mohan Acharya. J'ai rencontré cette espèce rare une seule fois, quand un entrepreneur bling-bling de Noida l'a sortie pour payer un téléviseur Sony LX-900 de 60 pouces qui valait presque quatre cent mille roupies.
— Ça ne change pas grand-chose.
Je hausse les épaules.
— Comment puis-je savoir que ce n'est pas une fausse ?
Nous avons déjà traversé le parvis du temple et nous approchons de la route.
— Voici ma voiture, dit-il en désignant une auto rutilante garée le long du trottoir.
Un chauffeur en casquette et uniforme blancs est assis au volant. Un homme armé en treillis émerge du siège avant et se fige au garde-à-vous. Acharya fait claquer ses doigts, et l'homme se précipite pour ouvrir la portière arrière. Son zèle servile n'a rien de feint : il est le fruit de longues années d'obéissance inconditionnelle. Je note, admirative, que la voiture est une Mercedes CLS-500 gris argenté, dont le prix va chercher dans les neuf millions de roupies.
— Une seconde, dit Acharya en se baissant.
Il attrape un magazine sur le siège arrière et me le tend.
— Je l'avais gardé en dernier recours. Si avec ça vous n'êtes pas convaincue, alors il n'y a plus rien à faire.
C'est un exemplaire du Business Times daté de décembre 2008. Avec un portrait en couverture, et le gros titre : « L'homme d'affaires de l'année ». Je regarde son visage, puis l'homme qui se tient en face de moi. Pas de doute : c'est la même crinière blanche rejetée en arrière, le même nez busqué, les mêmes yeux perçants. Je suis bien devant l'industriel Vinay Mohan Acharya.
— OK, je concède. Vous êtes donc M. Acharya. Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Je viens de vous le dire. Vous nommer à la tête de mon groupe.
— Et vous imaginez que je vais vous croire ?
— Donnez-moi dix minutes, et vous serez obligée de me croire. Est-ce qu'on peut s'asseoir quelque part pour parler ?
Je consulte ma montre. Il me reste encore vingt minutes de pause déjeuner.
— On n'a qu'à aller au café, là-bas.
Je montre du doigt le bâtiment délabré de l'autre côté de la route qui sert de QG aux amateurs des derniers potins.
— J'aurais préféré le Lobby Lounge au Shangri La, dit-il à contrecœur, comme quelqu'un qui consentirait un sacrifice. Cela ne vous ennuie pas qu'un de mes collaborateurs se joigne à nous ?
Il n'a pas fini sa phrase qu'un homme se matérialise devant nous, tel un fantôme émergeant de la foule de passants. Bien plus jeune, la trentaine vraisemblablement, il porte avec décontraction un survêtement Reebok bleu roi sous lequel se dessine un corps musculeux d'athlète. J'effleure du regard ses cheveux coupés en brosse, ses petits yeux de furet et sa bouche mince et cruelle. Son nez légèrement de travers, comme à la suite d'une fracture, est la seule chose qu'on remarque dans un visage par ailleurs ordinaire. J'imagine qu'il devait suivre discrètement Acharya depuis le début. Ses yeux perçants ne cessent de pivoter à droite et à gauche, scrutant les environs avec le professionnalisme d'un garde du corps, avant de se poser sur moi.
— Je vous présente Rana, mon bras droit.
Je hoche poliment la tête, me ratatinant sous son regard glacé.
— On y va ? demande Rana.
Il a une voix rauque, grinçante, comme des feuilles mortes qui crissent sous les pas. Sans attendre ma réponse, il nous précède vers le passage souterrain.
L'odeur envahissante de dosas, galettes de riz et lentilles, en train de frire et de café grillé assaille mes narines dès que je franchis la porte battante du troquet. Je vois Acharya qui fronce le nez, regrettant déjà sa décision de venir ici. C'est l'heure du déjeuner, et la salle est bondée.
— Il faut compter vingt minutes d'attente minimum, nous informe le gérant.
Rana lui glisse un billet plié de cent roupies, et aussitôt on nous dresse une table dans un coin. Acharya et son acolyte s'installent d'un côté, et je prends place sur l'unique chaise en face d'eux. Rana commande d'un ton bref trois cafés filtre, puis Acharya prend le relais. Son regard plonge dans le mien.
— Je vais être franc avec vous. Ceci est un pari hasardeux pour moi. Alors, avant de vous exposer mon projet, j'aimerais que vous me parliez un peu de vous.
— En fait, il n'y a pas grand-chose à dire.
— Commencez par votre nom, déjà.
— Je m'appelle Sapna. Sapna Sinha.
— Sapna.
Il fait rouler le mot sur sa langue avant d'acquiescer, satisfait.
— C'est bien comme nom. Quel âge avez-vous, Sapna, si je puis me permettre ?
— Vingt-trois ans.
— Et que faites-vous dans la vie ? Vous étudiez ?
— J'ai fait mes études à l'université Kumaun à Nainital. Maintenant je travaille comme vendeuse chez Gulati & Fils. Ils ont un magasin d'électronique et d'électroménager dans Connaught Place.

Challenge Petit Bac 2014
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"Objet" (7)

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13 avril 2014

Le bonheur illicite des autres - Manu Joseph

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

94329851 Philippe Rey - mars 2014 - 336 pages

traduit de l'anglais (Inde) par Bernard Turle

Titre original : The Illicit Happiness of Other People, 2012

Quatrième de couverture :
« Vous n’échapperez pas au bonheur », affirme, en gros, Unni, adolescent des années 1980 fasciné par les délires collectifs, avant de sauter du toit de son immeuble d’une cité de Madras.
Pourquoi ce suicide ? Telle est la quête – l’enquête – de son père, écrivain raté, ivrogne et néanmoins journaliste d’investigation. À travers des monceaux de vignettes, de planches, de bandes dessinées réalisées par son fils, par le biais de témoignages de ses anciens camarades de classe pris entre pensées profondes et coups de ceinture paternels, Ousep tente d’adoucir ses doutes et ceux de son épouse, Mariamma, elle-même détentrice d’un secret ancien.
Dans son deuxième roman, en partie autobiographique, imprégné par l’univers volontiers sybillin des concepteurs de BD, Manu Joseph livre le portrait d’un groupe d’adolescents tourmentés par les grandes questions philosophiques (la vie est-elle un accident ?). Le tout exacerbé par le contexte indien, le goût de la procrastination, la passion distanciée des quêtes spirituelles et les défis jusqu’au-boutistes de la jeunesse.
Nourrie de plans panoramiques comme de gros plans, de séquences comme d’ellipses et jouissant de multiples angles de vue, sans oublier les flash-backs, l’enquête d’Ousep avance et piétine à la fois, entraînant le lecteur dans un per­pétuel travelling latéral dont les figurants soit lèvent le voile sur la psyché de l’adolescent indien d’aujourd’hui soit en démontrent toute l’imperméabilité.

Auteur : Manu Joseph est journaliste. Les Savants, son premier roman, déjà traduit dans une vingtaine de pays, a été remarquablement accueilli par la critique.

Mon avis : (lu en avril 2014)
A l'âge de 17 ans, Unni Chacko saute par la fenêtre du salon de ses parents. Il ne laisse aucune explication et les parents du jeune homme s'interrogent : pourquoi ce suicide ? Son père Ousep est un écrivain raté, alcoolique, journaliste d'investigation. Sa mère Mariamma est un peu bizarre, elle parle toute seule, elle se réfugie dans la religion... Le petit frère Thoma âgé de dix ans a de l'admiration pour son aîné. 
Trois ans après le drame, arrive un courrier avec quelques planches de BD dessinées par Unni, Ousep est persuadé que grâce à cela, il va pouvoir découvrir l'explication de son geste. Aussi sans relâche, il interroge les anciens camarades de classe d'Unni, il mènera son enquête pour découvrir qui était vraiment son fils... Le soir, Mariamma a de plus en plus de mal à gérer le retour de son mari ivre et bruyant. La famille est rejetée par le voisinage et a du mal à payer son loyer et sa nourriture. Thoma a du mal à trouver sa place de fils, lui aussi veut comprendre pourquoi son frère est mort...

L'histoire est triste mais le livre ne l'est pas. L'auteur nous fait découvrir l'Inde des années 1980, des personnages touchants et émouvants. Le lecteur est embarqué dans une quête de la vérité comme dans un roman policier entre passé et présent. J'ai lu ce livre presque d'une traite, la construction du livre donne à l'histoire un côté haletant et le ton n'est jamais pesant, des petites pointes d'humour dans certaines situations égaillent le propos. 

Merci Anaïs et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
À en croire Mariamma Chacko, Ousep Chacko est le genre d'homme qui doit mourir à la fin d'une histoire. Mais il sait qu'elle n'en est pas tout à fait certaine en permanence, surtout le matin. Comme d'habitude, il est assis à son bureau, il étudie une énorme pile de bandes dessinées, tentant de résoudre la seule énigme à laquelle son épouse s'intéresse désormais. Il ne lui a pas réclamé son café, mais elle le lui apporte tout de même, posant le verre sur le bois de son bureau d'un geste presque brusque, question de lui rappeler son comportement honteux d'hier soir. Avec la même brusquerie, elle ouvre en grand les fenêtres, vide les cendriers et range les journaux sur la table. Quand, enfin, il part au travail sans un mot, elle se plante dans l'encadrement de la porte d'entrée et le regarde descendre l'escalier.
Sur le terrain de jeux, un rectangle de terre ponctué de rares touffes d'herbe, Ousep se dirige vers la grille à petits pas rapides. Il voit ses congénères, les bons maris, les bons pères, souliers noirs cirés, chemises sévères déjà mouillées par l'humidité ambiante. Ils vont jusqu'à l'abri à scooters, casque au bras, à l'envers car ils ont mis dedans leur repas végétarien scandaleusement frugal. D'autres continuent d'émerger du tunnel des escaliers du Bloc A, un austère bâtiment blanc de trois étages. Leurs épouses apparaissent alors aux balcons, leur font au revoir, vêtues de saris en coton, coquettes, de bon augure. Elles marmonnent des prières, sourient à leurs voisines, chacune vérifiant constamment d'un oeil la bonne tenue de son bustier.
Les hommes ne saluent jamais Ousep. Ils détournent le regard, nettoient leurs lunettes ou s'intéressent soudain à ce qu'il y a par terre. Alors que, entre eux, ils ne s'épargnent aucun signe d'affection. Ils appartiennent à une fraternité au sein de laquelle, pour communiquer, il suffit de chasser une glaire avec un raclement de gorge.
«Gorbatchev, lâche un homme délicat.
- Gorbatchev», acquiesce l'autre.
Ayant ainsi complété son analyse de l'article phare du Hindu, l'élection de Mikhail Gorbatchev au poste de premier président de l'URSS, chacun avance vers son scooter. À Madras, un scooter est l'assurance qu'un mari ne rentrera pas ivre le soir. Les reporters d'investigation tels qu'Ousep Chacko trouveraient insultant d'être vus juchés sur l'un d'eux mais ses voisins sont pour la plupart employés de banque. Ils saisissent d'abord leur guidon et adoptent une pose alanguie. Puis ils donnent un coup de pied à l'engin, comme pour le surprendre, le réveiller. Plusieurs coups de pied, en fait, dont certains semblent rebondir. Le moteur finit par rugir et ils partent, à la queue leu leu, assis sur leurs ischions, bien en avant sur le siège du conducteur, comme si c'était plus économique. Ils reviendront de la même manière à six heures, rapportant une tresse de jasmin à leur épouse, qui l'attachera à son chignon lavé de frais, emplissant leur intérieur d'un parfum aphrodisiaque, entamant ainsi la paix de son beau-père, qui vit sous leur toit, vieillard tellement en manque de chair qu'il caresse les enfants, caresse les hommes adultes et se claque furtivement les cuisses l'une contre l'autre en regardant le tennis féminin à la télé.

 

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12 mars 2013

Indigo - Catherine Cusset

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 
Sélection mars

indigo Gallimard - janvier 2013 - 320 pages

Quatrième de couverture : 
Un festival culturel rassemble pendant huit jours en Inde quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d'eux et les confronte avec leur passé. Cette semaine bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, dans le Sud, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vive où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait partout sentir la menace terroriste. Une Inde où leur jeune accompagnateur indien déclare ouvertement sa haine des États-Unis. Une Inde où n'ont pas cours la légèreté et la raison françaises, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l'orage est couleur indigo. Tout en enchaînant les événements selon une mécanique narrative précise et efficace, ce nouveau roman de Catherine Cusset nous fait découvrir une humanité complexe, tourmentée, captivante.

Auteur : Catherine Cusset vit à Londres. Elle a récemment publié Le problème avec Jane (1999), Grand Prix des Lectrices de Elle 2000 , La haine de la famille (2001), Confessions d'une radine (2003), Amours transversales (2004), Un brillant avenir (2008), Prix Goncourt des Lycéens 2008 .

Mon avis : (lu en mars 2013) 
Géraldine, française mariée à un indien musulman, organise un festival culturel à Trivandrum dans le sud de l’Inde et reçoit plusieurs intellectuels comme Roland Weinberg, Raphaël Eleuthere et Charlotte Greene.
Roland est un philosophe de 64 ans, essayiste, séducteur. Il est accompagné de sa jeune et belle compagne italienne Renata. Il connaît bien l’Inde et espère profiter du voyage pour renouer avec Srikala une femme qu’il a connu il y a 28 ans.
Charlotte a 47 ans, professeur de littérature à l'université et cinéaste, mariée, mère de 2 enfants, elle vit à Manhattan. Elle espère secrètement revenir sur les traces de sa meilleure amie Debarati qui a vécu à Cochin et qui est morte il y a six mois.
Raphaël Eleuthère est un jeune écrivain, ténébreux, il a écrit un roman autobiographique sur son enfance tourmentée.
Avec ce voyage en Inde, nous allons suivre ces quatre personnages et leurs préoccupations, c'est comme une parenthèse dans leur vie ou un tournant...
Un livre très bien écrit et qui se lit bien mais je regrette que l'Inde soit seulement présente en arrière-plan et que l’on ressente assez peu l’ambiance de ce pays, cela manque de chaleur et d’exotisme. Cette histoire tourne surtout autour d’une analyse psychologique très fine des personnages occidentaux.

Extrait : (début du livre)
On ne passe plus. Alerte à la bombe." 
Le policier surgit au moment où Charlotte tendait sa carte d'embarquement à l'employé de l'aéroport qui gardait l'accès à la douane. 
Elle vit approcher d'autres policiers. "Je suis en transit entre New York et Delhi et je risque de rater mon avion. On embarque, regardez." 
Elle pointa du doigt l'heure sur la carte. Le jeune flic au nez en trompette reculait d'un pas quand deux personnes accoururent. Il dressa la paume et barra le passage. 
"S'il vous plaît ? reprit Charlotte d'une voix implorante. 
- Vous ne comprenez pas ? On ferme le périmètre." 
Le couple asiatique derrière elle tenait des propos inquiets dans une langue étrangère. Sans leur arrivée intempestive, le policier cédait. 
"Il y en a pour combien de temps ? 
- Un quart d'heure. 
- Vous êtes sûr ? Il y a deux ans j'ai raté un avion avec mes filles à cause d'une alerte à la bombe : il a décollé à la seconde où l'alerte a pris fin. 
- Aucun avion ne décolle. Les démineurs arrivent. Reculez, madame." 
Inutile d'argumenter. Les gens s'agglutinaient autour des policiers vers qui montait un brouhaha de questions anxieuses. Ils barrèrent le passage d'une bande jaune, comme si un crime avait eu lieu. Autant profiter de ce quart d'heure pour respirer un peu d'air frais avant de passer la journée dans l'avion. Charlotte franchit la porte à tambour. Il faisait froid et elle frissonna dans son manteau trop léger, qui lui serait utile à Delhi où la température descendait la nuit jusqu'à huit degrés. Par contre, trente-cinq degrés à Trivandrum, à l'autre extrémité de l'Inde, dans le Kerala au nom poétique où on les expédiait mardi. La valise n'avait pas été facile à faire. 
L'Inde. Elle y serait ce soir, et poserait le pied pour la première fois sur le continent asiatique. 
Un homme debout près d'elle alluma une cigarette, dont la fumée parvint à ses narines. Elle se déplaça à l'autre bout du banc métallique. A New York c'était encore le coeur de la nuit ; Adam et les filles dormaient profondément. Elle avait somnolé trois ou quatre heures mais ne sentait pas la fatigue. Elle était à Paris, dans la ville où elle avait grandi, et où elle ne faisait que passer. Seule, pour la première fois depuis dix ans. En sortant de l'avion tout à l'heure, elle avait aspiré une bouffée de liberté grisante. Pas d'enfant à réveiller et à porter, pas de doudou à ramasser, pas de poussette à déplier. Seule. Elle regarda autour d'elle. Le ciel était gris clair, les trottoirs gris foncé, les piliers de béton qui soutenaient la route en hauteur, gris souris, et les murs du terminal 2C de l'autre côté, gris-beige. Tout gris, hormis les panneaux d'Europcar vert vif. Sans doute tous les aéroports au monde étaient-ils gris, mais il y avait ici quelque chose de spécifiquement français : la ligne droite de la route portée par les piliers de béton, les bâtiments bas avec leurs toits plats aux motifs géométriques ? Quelque chose de plus petit, lisse et soigné qu'à New York. Et l'odeur, grise aussi, différente de celle de New York, une odeur intime qu'elle reconnaissait instantanément. Chez elle. 
De la grisaille surgit une image : Debarati, le dos très droit, ses cheveux noirs tombant sur ses épaules, assise nue dans la baignoire du Crillon et lavant ses chaussettes en nylon noir qu'elle avait enfilées sur ses avant-bras comme des gants de femme fatale. Deb illuminant de sa beauté la salle de bains en marbre du palace qui ressemblait la minute d'avant à une prison dorée. Deb poussant un cri de protestation en entendant le clic de l'appareil photo, avant même de voir Charlotte sur le seuil : "Non ! T'es chiante !" Deb éclatant de rire. 
C'était il y a quinze ans. A peine arrivée à Paris et descendue au Crillon, Charlotte s'était demandé ce qu'elle faisait là avec ce groupe de milliardaires américains cacochymes qui avaient fait le voyage depuis New York en jet privé et qu'émoustillait l'accent français de leur jeune conférencière. De sa chambre à mille euros la nuit, elle avait appelé son amie, qui avait débarqué une demi-heure après, vêtue d'un jean moulant et d'un perfecto plein de petites fermetures éclair lui donnant davantage l'air d'une prostituée de luxe que d'une étudiante américaine en histoire de l'art qui faisait des recherches en France. Charlotte s'était sentie revivre. 
Elle avait appelé Deb au secours ; Deb était accourue. 

Déjà lu du même auteur :

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24 janvier 2013

La vallée des masques - Tarun Tejpal

la_vall_e_des_masques_j Albin Michel - août 2012 - 464 pages

traduit de l'anglais (Inde) par Dominique Vitalyos

Titre original : The valley of masks, 2011

Quatrième de couverture :
« J'ai été, un jour, un homme de convictions, volontaire et déterminé. Les autres venaient me consulter pour retrouver un ancrage solide quand leurs coeurs et leurs âmes vacillaient. Un jour...Aujourd'hui, c'est à l'urgence que je dois faire face. »

Au cours d'une longue nuit où il attend ses assassins, d'anciens frères d'armes, un homme raconte son histoire, celle d'une communauté recluse dans une vallée inaccessible de l'Inde, selon les préceptes d'un gourou légendaire, Aum, le pur des purs...
Figure majeure de la littérature indienne contemporaine, auteur de Loin de Chandigarh, Prix des libraires 2007, Tarun Tejpal explore la société des hommes dans son « inhumanité » et entraîne le lecteur dans une fable philosophique et politique puissante, qui s'impose d'ores et déjà comme une lecture incontournable.

Auteur : Fondateur et rédacteur en chef d'un magazine d'investigation réputé pour ses enquêtes sur la corruption, éditeur (Arundati Roy entre autres) et romancier, Tarun Tejpal est l'une des figures majeures de la littérature indienne contemporaine.
Immense succès dans le monde entier, son premier roman, Loin de Chandigarh, a reçu en France le prix des Libraires.

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Tout d'abord je trouve la couverture du livre très belle, mystérieuse et tout à fait représentative de cette histoire. Entre science-fiction et conte philosophique ce livre est très surprenant.
Le narrateur est un homme qui sait qu'il va mourir, il attend ceux qui le recherchent et qui vont bientôt l'exécuter. Il profite de sa dernière nuit pour raconter son passé. Il est né au sein d'une communauté isolée dans une vallée lointaine.
Cette société est fascinante, c'est un monde cloisonné, hiérarchisé où les adeptes aspirent à la pureté, les préceptes sont dictés par Aum. L'égalité parfaite entre les individus est l'une des règles principales. Dès la naissance, l'enfant est offert à la communauté, il est élevé à la Maternité et aimé du même amour par toutes les femmes de la caste. Il passe ensuite par le Foyer puis la Caserne, il apprendra la discipline, à exercer son mental... A seize ans, il obtient son effigie, c'est à dire le masque qui lui permet de revêtir le même visage que les autres membres du clan. Notre narrateur aspire à devenir un Wafadar, c'est à dire un guerrier aux qualités physiques et morales exceptionnelles, une des castes les plus enviées...
Ce livre évoque le monde secret d'une secte qui persuade ses adeptes d'accéder à la vérité, cela rappelle également les régimes totalitaires. C'est effrayant de voir comment l'être humain peut être conditionné et perdre tout discernement. Certains passages du livre sont violents. Cette histoire est également l'occasion pour l'auteur de dénoncer les castes si présentes en Inde.
L'histoire est très bien écrite, passionnante et elle appelle le lecteur à réfléchir sur la nature humaine. 

Et un Grand Merci à Valérie grâce à qui j'ai gagné ce livre.

Extrait : (début du livre)
Voici mon histoire. Et l'histoire de mon peuple. 
Elle n'est pas très longue. Certains la racontaient le temps d'écluser un verre de Ferment aigre-doux. D'autres y apportaient tant de précision que les tonneaux étaient vides avant qu'ils aient terminé. Aujourd'hui, dans ma confusion, je me situe entre les deux. Pourtant j'ai été, un jour, un homme de convictions, volontaire et déterminé. Les autres venaient me consulter pour retrouver un ancrage solide quand leurs cœurs et leurs âmes vacillaient. Un jour. 
Aujourd'hui, je dois faire face à l'urgence. Le train de neuf heures vient de siffler et je sais que mon sablier sera bientôt vide. Le sifflet d'un train, comme c'est beau ! La première fois que je l'ai entendu, je l'ai pris pour le cri de l'oiseau le plus grand du monde. Puis j'ai vu la bête fabriquée par les hommes, je l'ai entendue bavarder et chanter, et je suis tombé amoureux de sa voix. Ces derniers mois, j'ai escaladé souvent sans me faire voir le remblai de la voie ferrée. Assis sur les cailloux pointus, je caressais les veines de fer, je posais mon oreille contre leur douceur lisse et fraîche afin de percevoir la pulsation de vie encore lointaine qui s'approchait. L'indifférence des hommes à la beauté de cette voix me stupéfie. Ils ne suspendent même pas leur conversation quand le sifflement qui fuse de la locomotive fait voler l'air en éclats. J'ai appris autre chose encore : tous les humains ne voient pas le beau partout où il se trouve. Et c'est peut-être mieux ainsi. 
Quelle facilité dans la digression ! A force de côtoyer les hommes chez qui je suis venu vivre, je finis par leur ressembler : distrait, séduit par tout ce qui se présente. Et c'est peut-être mieux ainsi. 
Mais aujourd'hui, quoi qu'il en soit, je dois me concentrer sur deux choses : ce que j'ai à dire et les mots pour le faire. Tels le marteau et le clou unis dans leur percussion opiniâtre et bruyante jusqu'au bout de leur tâche. 
Aujourd'hui, c'est à l'urgence que je dois faire face. 
Il sera minuit dans quelques heures et l'étau des Wafadar va bientôt se resserrer autour de moi. Ils doivent déjà se préparer à l'action, s'échauffer les muscles avec des tractions et des pompes, se faire les poings contre des murs récalcitrants, affûter leurs dagues à double lame sur la pierre humide. Ils s'apprêtent à dérouler leurs ceintures en peau de chèvre pour nettoyer le vénérable siontch. Ses onze aiguilles de bois dur sont capables de perforer une artère du geste le plus sobre et de vous vider de votre sang comme un tonneau qui fuit. Ils vont se raser le crâne, le faire reluire comme l'envers d'un pan d'écorce fraîchement arraché. Chacun d'eux s'oindra d'huile pour conférer à sa peau le lustre de l'aile du canard et le glissant de l'eau. Quand ils en auront terminé avec leurs préparatifs, les trois, quatre ou cinq individus (on ne les envoie jamais en plus grand nombre) s'assiéront en cercle par terre, boiront quelques gorgées de Ferment, puis se prendront par les mains, les yeux fermés, communiant dans leur pureté et la conscience de leur mission. 
En cet instant d'énergie contenue, ils sauront que rien, jamais, ne pourra échapper à leur poursuite ou à l'insertion fatale de leur arme consacrée. Ils doivent faire en sorte que la vie se retire lentement afin de laisser une porte ouverte au repentir. Les humains ont la capacité d'accorder ce don, contrairement aux animaux, dispensateurs d'oubli. La mort par le siontch est une marque de courtoisie d'homme à homme. 
Je sais tout cela. Ce processus m'est aussi familier que la paume de ma main. 
Je sais qu'ils me trouveront. Je sais qu'ils ne me manifesteront aucune pitié : la pitié est une forme de mollesse. Un Wafadar est capable à lui seul de venir à bout de quinze adversaires. Or, cette nuit, ils sont peut-être cinq contre moi, qui suis seul. Je sais que je ne verrai plus le jour se lever. Si ma dernière heure a déjà sonné, je n'entendrai plus jamais le sifflet d'un train. L'express en provenance de la capitale passe à deux heures, mais il n'est que minuit et les Wafadar ont largement le temps d'en finir avec moi. Pour peu qu'ils soient cinq, le tonneau se sera répandu en moins d'une minute comme un tamis éventré. 
Néanmoins je n'ai pas peur. La peur, je l'ai ressentie et je l'ai inspirée. C'était le papier sur lequel s'écrivait chaque jour de ma vie. Je ne la voyais pas, tout comme l’œil scrute la page sans voir en elle l'arbre qu'elle a été. A cette époque, je trouvais ma vie merveilleuse. Chaque fois que j'imaginais le Véritable et son regard qui ne cillait pas, j'étais soulevé de gratitude pour la grâce qui m'avait - qui nous avait - été accordée, pour le dessein qui nous avait été transmis. 
Je suis plus avisé à présent. 

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19 juin 2010

Le cahier bleu – James A. Levine

le_cahier_bleu Buchet & Chastel – janvier 2010 – 223 pages

traduit de l'américain par Sylviane Lamoine

Présentation de l'éditeur :
Batuk est âgée de neuf ans à peine quand son père, un paysan du Madya Pradesh, la vend à un bordel d'enfants de Common Street, à Bombay. Jetée en pâture aux désirs pervers des notables de la ville et des policiers pédophiles, la petite prostituée parvient, six années plus tard, à subtiliser un crayon à sa patronne. Et se met à couvrir les pages d'un cahier bleu auquel elle confie le quotidien épouvantable de son esclavage sexuel. Dans ce journal intimiste, désespéré, expiatoire, Batuk écrit tous les jours avec ses mots d'enfant sacrifiée. Elle écrit pour conjurer son destin, pour oublier que son père a abandonné sa léoparde aux yeux d'argent à la violence de ces clients qui viennent jusque dans son nid pour y faire des pains au lait. Elle écrit aussi pour retrouver ses jeux au village avec les lézards de son enfance entre les rochers chauffés par le soleil. Et, dans son cahier bleu, Batuk finit par s'inventer des héros fantastiques qui viendront peut-être, un jour, la libérer... Mais, une nuit, un taxi blanc s'arrête devant sa prison...

Auteur : James A Levine est professeur émérite et médecin dans la célèbre clinique américaine de Mayo. Il a été mandaté par les Nations unies pour enquêter sur le travail des enfants dans les pays émergents. Lors d'une visite dans la sordide rue des Cages de Bombay où exerce une partie du million deux cent mille enfants prostitués en Inde, il voit un jour une petite fille en sari rose qui écrit dans un cahier bleu. Batuk, l'héroïne du Cahier bleu, est née. Ce premier roman, dérangeant, puissant et engagé contre la prostitution des enfants dans le monde, est traduit dans une quinzaine de pays.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Ce n'est pas facile de parler de ce récit bouleversant. Dans la première partie de ce livre, Batuk nous raconte sa vie effroyable : à l'âge de neuf ans, elle est vendue par son père. Elle va être violée et découvrir le terrible travail auquel elle est destinée dans une maison close de Common Street à Bombay. Six ans plus tard, elle arrive à se procurer un crayon et dans un « cahier bleu », Batuk raconte son histoire en utilisant un langage imagé, poétique et enfantin. Elle a beaucoup d'imagination et pour supporter l'insupportable, elle s'invente des contes.
La deuxième partie est très dérangeante, Batuk a quinze ans, elle a été acheté par un homme d'affaire et offerte à son fils comme « esclave sexuelle » et le récit devient pornographique et l'auteur ne nous épargne aucun détail, tout devient souffrance, violence... C'est souvent insoutenable.

Ce livre qui dénonce la prostitution des enfants en Inde est très fort. J'ai beaucoup aimé la première partie toute en poésie et en délicatesse pour dénoncer l'horreur de la prostitution enfantine, le sordide de la deuxième partie m'a un peu gâché l'ensemble. Je vous encourage cependant à découvrir ce livre.

Il faut noter que l'ensemble des droits d'auteur que James A. Levine tire des ventes du "Cahier bleu" sont reversés au Centre International des enfants disparus et exploités (www.icmec.org)

 

Extraits : (page 57)

Une fois coiffée, j'ai été enveloppée dans un sari pour la première fois de ma vie. Il était orange et rouge, rebrodé de fils blancs et argent, léger comme une plume, et sentait comme l'huile de mon bain de la veille. J'étais parfaite ; j'avais l'impression d'être emballée comme un cadeau précieux. La vieille m'a laissée et a fermé la porte à clé. Je me suis dévisagée dans le miroir. Il m'a fallu un moment pour comprendre que c'était moi. J'ai penché la tête, levé le poignet, et agité les doigts comme un éventail ; je me suis composé un sourire subtil. L'image a changé. J'ai parlé tout haut et entendu une voix familière provenir d'un visage qui m'était étranger. Je me suis mise à faire des imitations d'animaux, que le rouge à lèvres rendait plus comiques. J'en étais à la moitié de mon répertoire quand la vieille bique est revenue. Elle n'a fait qu'entrouvrir la porte avant de se pencher à l'intérieur.
« Viens. »
Cet ordre donné sur un ton inhabituel ressemblait plus à une invitation qu'à un commandement. Je me suis levée, j'ai dit au revoir à la grenouille dans le miroir, et je l'ai suivie.

[…] (page 61)

« Princesse, viens là, ma chérie, à côté de moi », a ordonné le maître.
J'ai obéis, quelque chose dans sa voix forçait à obéir. Il a passé son bras autour de ma taille avant de poursuivre.
« Messieurs, il est manifeste que nous sommes en présence d'un joyau. Cela fait de très nombreuses années que je n'avais pas vu un oisillon aussi charmant. »
Gros oncle puant l'a interrompu pour lui poser une question.
« Est-ce qu'elle est propre ? Le docteur l'a auscultée ? »
C'est la vieille qui a répondu depuis l'ombre du fond de la pièce.
« Le docteur Dasdaheer a procédé à un examen complet tout à l'heure. J'ai apporté son rapport. Il dit qu'elle est parfaite santé et – elle a toussé – pure. »
Gros oncle et Jeune oncle à grandes mains se sont mis à grogner tous les deux comme des porcs affamés. « Messieurs, a repris maître Gahil, me tenant toujours par la taille, il est temps de parler affaires. Qui va se délecter de notre petite princesse fraîchement arrivée de la campagne ? »
Regard circulaire, s'arrêtant sur chacun des oncles.
« Commençons, disons, à cinquante mille roupies. »
Le coussin de silence a vite été rompu par l'approbation simultanée de Gros oncle et Jeune oncle à grandes mains.
« D'accord, parfait.
— Soixante-quinze mille ? »
Hochements de tête et grognements de Grand oncle, oncle Nir-Sourire et Gros oncle.
« Cent mille, un lakh. »
J'avais accompagné papa et mes frères à des ventes de bétail aux enchères et j'ai compris que c'en était une.

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10 juin 2009

Un homme meilleur – Anita Nair

un_homme_meilleur traduit de l'anglais (Inde) par Marielle Morin

Picquier – août 2006 – 474 poches

Présentation de l'éditeur
Premier roman d’Anita Nair, l’auteur de Compartiment pour dames. C’est vers la maison familiale, dans un village endormi du Kerala que revient naturellement Mukundan au moment de la retraite, là où personne ne l’attend plus, pas même son père le tyrannique Achutan Nair. C’est là qu’il croise la route de Bhasi « le timbré », ancien professeur qui, après une déception amoureuse, a renoncé à ses ambitions pour devenir peintre en bâtiment, herboriste, et qui pratique la psychothérapie de manière toute personnelle. Bhasi parvient peu à peu à gagner la confiance de Mukundan et à le faire renaître à lui-même en l’entraînant dans une découverte de soi qui va ouvrir à ce dernier de nouvelles perspectives. C’est ainsi qu’il rencontre Anjana, belle institutrice prisonnière d’un mariage désastreux et tombe, enfin, amoureux. Lorsque Achutan meurt, Mukundan se retrouve une nouvelle fois face à lui-même, réalisant qu’il n’a en rien dépassé son père et que c’est lui qui a trahi ce en quoi il croyait et ceux qui lui faisaient confiance. Pourra-t-il se racheter et devenir ainsi un homme meilleur que son père ? Une rédemption est-elle possible ? Pourra-t-il trouver en lui-même la force de défendre ses convictions profondes, fut-ce au mépris des conventions villageoises ? Au-delà du portrait de cet homme faible et tellement humain, Anita Nair nous peint des personnages tragiques ou touchants, ridicules ou magnifiques : de Krishnan Nair, le fidèle domestique, à Valsala, la femme frustrée d’un époux vieillissant, en passant par Kamban le postier intouchable dont l’abondante chevelure fait des jaloux.Avec une sensibilité, une tendresse et une attention aux détails qui font de ce texte une délicieuse et captivante promenade dans une Inde du Sud rarement évoquée de manière aussi vivante.

Auteur : Originaire du Kerala, c'est à Madras qu'Anita Nair passe son enfance, avant de voyager à travers l'Angleterre et les États-Unis pour finalement s'installer au Bangalore. Elle signe son premier roman en 1997, puis entame une carrière internationale, notamment marqué par la publication de 'Compartiment pour dames' et 'Un homme meilleur' (2003), 'Le Chat karmique' (2005), ou encore 'Les Neuf Visages du cœur' (2006).

Mon avis : (lu en juin 2009)

A l'heure de la retraite, Mukundan retourne dans le village où il est né. Il y retrouve l'ennui, les problèmes administratifs et l'étroitesse d'esprit d'un petit village... Les douleurs de son enfance resurgissent sous forme de fantômes qui le hantent chaque nuit : son père le terrorisait, il se sent coupable d'avoir abandonné sa mère. Il va faire la connaissance de Bhasi "le timbré", ancien professeur qui est devenu peintre en bâtiment et herboriste, ce dernier va l'aider à prendre confiance en lui en se débarrassant l'esprit des résidus du passé. Il va faire la rencontre d'Anjana une belle institutrice. Mais son voyage intérieur sera difficile. Il voudrait être reconnu à sa juste valeur par les membres du village. Arrivera-t-il à devenir un homme meilleur que son père ?

Au début de ma lecture, j'ai eu un peu de mal car l'auteur nous raconte la vie de Mukundan à travers la vie du village et de nombreux personnages haut en couleur, puis peu à peu j'ai été prise dans l'ambiance de ce village ordinaire avec ses habitudes, ses conflits. J'ai beaucoup appris sur les mœurs et les coutumes de l'Inde du sud. L'écriture est subtile, pleine de poésie.

Extrait :

« Si la fluidité est l'essence de la peinture, alors la peur est celle de ta vie. Une peur qui semble ne connaître aucune limite, n'avoir ni début, ni fin. Une peur qui te traverse comme la route traverse ce village. Qui marque la frontière entre ce que tu pourrais être et ce que tu n'es pas. Quand j'ai attaché les murs de ta maison avec des poignées de fibres rêches de coco pour ôter à la fois la couche de saleté et les marques incrustées par le temps, j'ai essayé de comprendre comment je pourrais arriver au même résultat avec toi. Pour débarasser ton âme des scories qui l'encombrent et laisser s'évacuer la peur, j'ai besoin de savoir ce qui te retient ainsi prisonnier d'une telle terreur.

Dis-moi, Mukundan, dis-moi ce qui te hante à ce point. Parle-moi des ténèbres qui obscurcissent ta vie. Explique-moi pourquoi tu plies si méticuleusement ton mouchoir en huit. Pourquoi tu insistes pour que chaque filament de fibre de noix de coco aille rejoindre un tas bien précis quand il est usé. Pourquoi tu t'es ainsi rendu esclave de la pendule. Dis-moi ce qui donne tant de prix à la perfection. Dis-moi pourquoi tu portes sur toi l'odeur de l'animal traqué.

Dis-le-moi. C'est ta seule issue. Ton seul espoir et peut-être, un jour, la clé de ton bonheur. »

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02 mai 2009

Le cercle du Karma - Kunzang Choden

le_cercle_du_karma Actes Sud – janvier 2007 - 425 pages

Traduit par Sophie Bastide-Foltz

Présentation de l'éditeur
Fille d'un "religieux laïque" et maître ès calligraphie, frustrée d'avoir vu l'accès au savoir réservé, dans la tradition bhoutanaise, aux seuls garçons, la jeune Tsomo, un an après la mort de sa mère bien-aimée, prend prétexte de la nécessité d'aller pieusement célébrer sa mémoire dans un temple éloigné de son village pour quitter sa famille. C'est alors que la jeune fille entame sa longue marche, véritable odyssée qui la mène de son village près de Thimphu, la capitale du Bhoutan, à Kalimpong en Inde et jusqu'à Bodh Gaya, haut lieu du bouddhisme. Dans ce voyage, solitaire, qui est celui de toute une vie, une femme en quête de la sagesse promise par les enseignements du Bouddha part à la découverte de sa force intérieure et traverse d'innombrables épreuves jusqu'à ce que s'accomplisse enfin la métamorphose qui la fait accéder à la vérité si longtemps recherchée... Premier roman en provenance du Bhoutan, un pays longtemps "interdit", ce foisonnant récit initiatique est une invitation à voyager au cœur d'une culture profondément méconnue. Brossant, à travers son attachante héroïne, le portrait d'une génération de femmes-pionnières prenant en main leur destin, Kunzang Choden offre, sur son pays, des aperçus inédits et particulièrement audacieux s'agissant d'un royaume réputé pour sa fermeture, car abordés avec une simplicité et une franchise - voire, parfois, un humour - qui ne cessent de surprendre.

Auteur : Née en 1952, bouthanaise jusqu'au plus profond de l'être, Kunzang Choden a consacré la majeure partie de sa carrière a l'analyse de l'évolution de son pays. Après avoir étudié à l'université de New Delhi, elle part pour les Etats-Unis, où elle achève sa formation à l'université du Nebraska. Dès lors, elle s'applique à étudier et rapporter divers aspects du Bouthan, et notamment les traditions orales et le statut de la femme, à travers des ouvrages comme 'Dawa, l'histoire d'un chien errant au Bouthan'. De manière plus concrète, elle a pris part à plusieurs reprises à des projets internationaux en faveur du développement de ce pays, au sein de l'Unesco par exemple. En 2007 sort en France 'Le Cercle du karma', son premier roman, dont l'intrigue se déroule également au Bouthan. Plume subtile et éloquente, Kunzang Choden est de ces écrivains dont les mots nous font voyager.

Mon avis :(lu en mars 2008)

C’est le récit d’une quête vers le bonheur, la sérénité pour Tsumo. Elle est née fille au Bhoutan et là-bas l’instruction est réservée aux garçons. Durant toute sa vie, elle va fuir pour échapper à son destin de femme : sa famille, son mari… Elle nous raconte son histoire et celle de son peuple si riche en traditions à travers un long voyage de vie qui la conduit du Bhoutan jusqu’à l’Inde. Elle fait des rencontres émouvantes. Ce récit nous donne aussi une grande leçon d'humilité pour nous occidentaux. Ce livre est à la fois dépaysant et apaisant. J’ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 30)
Les anciens mettaient beaucoup de chose sur le compte du karma. Père se plaisait à expliquer chaque phénomène d'un point de vue religieux. Pour faire passer un message aux enfants, il racontait des histoires religieuses qu'ils adoraient écouter, lesquelles avaient souvent pour but d'illustrer la notion de karma. Tous les êtres étaient ce qu'ils étaient en raison de la façon dont ils avaient vécu au cours de leurs expériences passées, disait-il. Aum Choizom, par exemple, qui restait assise jour après jour devant chez elle à se chauffer au soleil dans l'espoir que celui-ci la guérirait de l'horrible toux qui l'épuisait et lui faisait cracher du sang, souffrait d'une maladie karmique. Aum Chomo et sa famille n'avaient quasiment rien à manger chez eux. Elle mendiait ou empruntait ici et là. Les villageois lui donnaient toujours quelque chose, parce qu'elle ne pouvait rien à sa condition. Tel était son karma. Des années plus tard, ses enfants ayant grandi, les choses changèrent. Leur famille devint prospère. Le karma, là encore. Tsomo fut rassurée d'apprendre que le karma d'un individu n'était pas obligatoirement mauvais tout au long de sa vie. Comme dans la vie d'Aum Chomo, les choses pouvaient changer.

 

Extrait : (page 135)
T
somo se dit qu'elle n'appartenait pas à un lieu comme la grenouille à l'étang, elle ne pouvait pas non plus s'envoler, comme l'oiseau, et s'échapper du mariage. Elle n'était désormais la femme de Wangchen que de nom. Kesang s'épanouissait alors qu'elle s'étiolait. Wangchen buvait plus que de raison. Il s'était mis à la frapper régulièrement. Il s'emportait à la moindre contrariété, ne pouvait supporter la moindre réflexion de la part de Tsomo. Une nuit, il dit qu'il avait besoin d'aller aux toilettes, à quoi sans réfléchir Tsomo répondit qu'elle aussi avait besoin d'y aller. C'était vrai, et dans le passé, ils y étaient souvent allés ensemble.
'Tu me surveilles ?' lui lança-t-il d'une voix pleine de défi dans le noir, et il lui envoya sa main en pleine figure.

 

Extrait : (page 254)
Accepter l'aumône l'incita à une réflexion plus approfondie qui lui fit prendre conscience que charité et partage étaient deux choses bien différentes. C'étaient généralement les pauvres qui partageaient ce qu'ils avaient, tandis que les riches faisaient la charité. Les pauvres partageaient sans motivation aucune, pas même pour acquérir des mérites. Ils partageaient, poussés par une compassion qui leur venait de leur propre expérience. Ils savaient ce que signifiait avoir faim ou manquer de chance. Le pauvre vieil homme qui donnait la moitié de son chapati à un mendiant, la jeune femme qui se privait de son vieux châle pour couvrir un jeune inconnu dormant sur un morceau de carton posé à même les dalles de pierres froides autour du chorten : leur compassion était vraie, inconditionnelle.

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26 décembre 2008

Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire - SWARUP Vikas

les_fabuleuses_aventures_d_un_indien 10/18 - août 2007 – 363 pages

Présentation de l'éditeur
Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de " Qui veut gagner un milliard de roupies ? ", la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d'escroquerie, sommé de s'expliquer, Thomas replonge alors dans l'histoire de sa vie... Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux...

Biographie de l'auteur
Né à Allahabad, en Inde, Wikas Swarup est diplomate. Après avoir travaillé en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie et en Grande-Bretagne, il occupe aujourd'hui un poste au ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, son premier roman, a été traduit en quinze langues et a reçu le prix grand public du Salon du Livre de Paris en 2007.

Mon avis : (lu en décembre 2007)

C'est une façon agréable et surprenante de visiter l'Inde et de découvrir ces multiples visages.
Sous le masque de l'humour, une vision de la société indienne remarquablement bien dépeinte.
On sourit souvent, mais il y a aussi des histoires tristes et touchantes.
Le héros du livre est également très attachant, c'est un garçon avec un grand cœur et qui veut s'en sortir et faire le bien autour de lui.

Bonus : (août 2009)

Une adaptation du roman "Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire" de Vikas Swarup a été réalisé en 2008 par Danny Boyle (et coréalisé par Loveleen Tandan) avec Dev Patel, Freida Pinto, Ayush Mahesh Khedekar, Rubina Ali. Musique originale : Allah Rakha Rahman (composition), Gulzar et Maya Arulpragasam (paroliers des chansons du film) Le film a été récompensé par 8 Oscars, 4 Golden Globe Award 2009, 7 British Academy of Film and Television Arts. Le film est sorti en France le 14 janvier 2009.

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