03 juin 2014

Buvard - Julia Kerninon

 

buvard-1493174-616x0 Edition du Rouergue - janvier 2014 - 200 pages

Quatrième de couverture :
Cela ressemble à quoi, un écrivain ? Quand Lou passe pour la première fois la porte de Caroline N. Spacek, il ne connaît d'elle que ses livres. D'ailleurs, il ne comprend pas pourquoi elle a accepté de le recevoir, lui, le simple étudiant. À 39 ans, Caroline N. Spacek vit recluse dans la campagne anglaise, après avoir connu une gloire précoce et scandaleuse. Enfant terrible de la littérature, ses premiers romans ont choqué par la violence de leur univers et la perfection de leur style. Issue d'un milieu marginal, elle a appris très jeune à combattre, elle a aussi appris à fuir.

Mais Lou va l'apprivoiser. Alors ensemble, durant un été torride, ils vont reconstruire une trajectoire minée de secrets.

Auteur : Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est actuellement thésarde en littérature, et mène une recherche sur la revue américaine, The Paris review. Buvard est son premier roman en littérature générale.

Mon avis : (lu en mai 2014)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque en premier lieu pour le titre (parfait pour le Challenge Petit Bac et son thème Matière que jai du mal à trouver...), ensuite pour la première phrase de la quatrième de couverture « Cela ressemble à quoi, un écrivain ? ».

Caroline N. Spacek est une romancière célèbre qui vit coupé du monde dans la campagne anglaise. Lou est un jeune étudiant en thèse que les livres de Caroline N. Spacek touchent beaucoup. Il lui écrit une lettre pour lui faire part de son admiration et à sa grande surprise il reçoit en retour une réponse et l'adresse de la romancière. Il décide donc d'aller la rencontrer pour l'interviewer. Caroline a toujours fuit la presse mais accepte la visite de Lou. Initialement, celle-ci devait durer quelques heures finalement Lou restera neuf semaines chez Caroline. Cette dernière se racontera jour après jour et tout comme Lou, le lecteur est captivé par cette interview en plusieurs épisodes. Découvrir le parcours, les pensées et les états d'âme de cette écrivain est passionnant, Lou est également un personnage intéressant, il se trouve quelques points communs avec Caroline en particulier leurs enfances difficiles. Une belle découverte.

Autres avis : Clara, Keisha

Extrait : (début du livre)
Après s'être levée pour me serrer la main, Caroline s'était assise sur un fauteuil au soleil, dehors, et m'avait désigné le siège près du sien. Posé là, enfin immobile après le trajet cahotant en bus d'Exeter jusqu'au trou d'herbe où elle vivait, j'avais soudain douté de la justesse de ma présence ici. La femme qui me faisait face maintenant - yeux d'acier, jambes interminables dans un pantalon laissant voir deux pieds aux ongles laqués de rose rouge - ressemblait tellement peu à un écrivain qu'il paraissait absurde que j'aie pu vouloir à un moment l'interroger au sujet de son oeuvre, pousser l'indélicatesse jusqu'à pénétrer sa propriété pour la questionner, elle, à propos de livres portant son nom. J'avais été à deux doigts de me relever, demander pardon pour lui avoir fait perdre son temps, et repartir en sens inverse, confus, mais Caroline N. Spacek ne m'avait pas laissé le choix :
- Alors, mon lapin, par où est-ce que tu veux commencer ? Elle souriait en parlant, d'un sourire un peu féroce, alors j'avais balbutié que j'avais apporté un dictaphone.
- Très bien.
Elle avait tendu la main et je n'avais rien pu faire d'autre que lui remettre la machine. Elle s'était assurée de la présence d'une cassette, avant de presser le bouton REC d'un geste sûr.
Même ses mains étaient bronzées. Elle les avait croisées derrière sa nuque, comme pour me dire : Allons-y. Tu as voulu voir à quoi ressemblait un écrivain ? Je t'attends. Mais à ce moment-là, j'étais resté muet.
Comme si la regarder ne me demandait pas déjà toute mon énergie. Après tout, c'était la première fois de ma vie que je voyais un écrivain d'aussi près, et rien ne m'avait préparé à ça. Caroline me regardait aussi, et finalement, elle avait eu un petit rire.
- Et voilà. Vous êtes tous les mêmes. Vous m'envoyez vos atroces petites lettres qui me donnent l'impression que votre survie dépend de moi, je vous fais venir, je prends le temps pour ça, et une fois arrivés ici vous restez collés à me mater comme des imbéciles. Et c'est pathétique. Fais-le savoir, quand tu partiras d'ici. Va leur dire de ma part que je ne suis à personne d'autre que moi et que je ne réponds pas au téléphone. Que je ne donne rien et que je ne reçois plus personne. Moi non plus, je ne sortirai plus de mon lit pour moins de dix mille dollars - parce que dans mon lit, je travaille. Et il n'y a rien qui m'intéresse davantage aujourd'hui. Dis-leur. Et qu'ils me laissent en paix.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Matière" (4)

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Challenge Rentrée Hiver 2014

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30 mai 2014

Vénus noire - Abdellatif Kechiche et Renaud Pennelle

vénus noire_ Emmanuel Proust - octobre 2010 - 132 pages

Quatrième de couverture :
Voici l'incroyable histoire de Saartjie Baartman, esclave magnifique venue d'Afrique du Sud, à Londres, au début du XIXe siècle et qui défraya la chronique. Dotée d'une particularité physique inconnue en occident (un fessier surdéveloppé), elle devient l'objet de toutes les convoitises... et de toutes les humiliations. Exhibée comme une bête de foire, prostituée de force, la Vénus Hottentote devra se battre contre tous pour prouver son humanité. 

Cette histoire vraie est le prochain film du réalisateur Abdellatif Kechiche, le roman graphique s'en est inspiré et sort en même temps.

Auteur : Renaud Pennelle est scénariste, dessinateur, coloriste de bande dessinée.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Voici un des albums que j'ai gagné au Loto BD organisé par Valérie sur le thème des adaptations (roman ou film). Merci LoulaVoici l'adaptation du film de Abdellatif Kechiche du même nom. 
Ce film et cette bande-dessinée sont inspirés de l'histoire vraie de Saartjie Baartman, noire et esclave, née en Afrique du Sud à la fin du XVIIIème siècle. Elle a été achetée à ses maîtres pour devenir une artiste en Europe. En réalité, elle sera exhibée dans les foires ou dans les théâtres comme un animal sous le nom de Vénus Hottentote. Sa particularité anatomique fait d'elle un objet de curiosité malsaine... 
L'histoire est émouvante, tragique et dérangeante. J'ai été sensible aux dessins et aux couleurs avec des tons sépia. 
Cette histoire m'a également fait penser au livre Cannibale de Didier Daeninckx.

Extrait : 

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Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (9)

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18 avril 2014

Une histoire d'hommes - Zep

une histoire d'hommes Rue de Sèvres - septembre 2013 - 62 pages

Quatrième de couverture : 
- Et pourquoi tu nous as réunis exactement, Sandro ?
- Pour le plaisir de vous revoir...
et puis je pensais que ça ferait du bien à Annie...
-... Rien d'autre ?
- Quoi tu veux que je vous demande pardon d'être devenu une rockstar pendant que vous faisiez vos vies pépères ? Arrêtez avec ça ! Le rock, la scène, c'était ma vie, pas la vôtre, et ce n'est pas moi qui ai anéanti le groupe, c'est Frank, je vous le rappelle.
- Woh... J'ai juste pété le nez d'un type de la BBC !

Auteur : Zep dessine et raconte des histoires depuis ses 14 ans. Il a déjà fait rire des générations d'écoliers en 20 ans d'aventures de Titeuf (20 millions d'albums vendus, traduit en 25 langues à l'international, dessin animé traduit en 35 langues et diffusé dans 240 pays) et reçu le grand prix d'Angoulême à 37 ans en 2004. Cet homme pressé a depuis conquis le public adulte avec ses Happy Books et ouvre aujourd'hui une toute nouvelle veine de son travail.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Je connaissais Zep avec Titeuf, j'ai du lire au moins un album mais mes enfants n'ont jamais vraiment accroché... Par curiosité, j'ai emprunté cet album "adulte" de Zep à la Bibliothèque. 
C'est l'histoire de quatre copains qui formaient au début des années 90 un groupe de rock, les Tricky Fingers. Sandro le chanteur est le seul a être devenu une star. Dix-huit ans plus tard, les quatre se retrouvent le temps d'un week-end chez Sandro. Entre souvenirs nostalgiques et discussions présentes, le récit est construit en ménageant du suspens. Le lecteur ne sait pas où veut nous conduire l'auteur, les quatre amis auront l'occasion de s'expliquer sur quelques évènements du passé, de parler de leurs vies actuelles... 
Le dessin est très différent de celui de "Titeuf", plus sombre comme les sentiments des quatre amis.
Une belle découverte.

Extrait :

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Challenge 6% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
35/36

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28 mars 2014

Garçon ou fille - Terence Blacker

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Scripto - février 2005 - 320 pages

Gallimard Jeunesse - octobre 2012 - 336 pages

traduit de l'anglais par Stéphane Carn

Titre original : Boy 2 Girl, 2004

Quatrième de couverture :
Le jour où son cousin Sam, venu tout droit des États-Unis, vient habiter chez lui, la vie de Matthew prend une autre tournure. Elle devient même infernale car le cousin en question se révèle être un garçon arrogant au comportement insupportable. Pourquoi ne pas lui donner une bonne leçon ? Avec la complicité de ses copains, Matthew lance à Sam un défi téméraire : se déguiser en fille une semaine entière ! L'opération Samantha est déclenchée. Mais Sam se prend si bien au jeu, transformé en une charmante jeune fille, que très vite, la supercherie échappe à tout contrôle. Ce que les garçons étaient loin d'avoir imaginé...

Auteur : Terence Blacker a travaillé pendant dix ans dans l'édition avant de devenir écrivain. 
Il est aujourd'hui un auteur prolifique en direction des enfants, de plus, il partage le reste de son temps entre l'écriture de nouvelles et la rédaction d'articles pour la presse. Terence Blacker est l'un des rares auteurs en Grande-Bretagne à écrire à la fois pour les adultes et pour la jeunesse. 

Mon avis : (lu en mars 2014)
Après le décès de sa mère, Sam a été confié à sa tante car son père est en prison depuis de nombreuses années. Sam vient des États-Unis et c'est à Londres qu'il est accueilli par sa tante, son oncle et son cousin Matthew. A son arrivée, Sam a un comportement plutôt insupportable et les amis proches de Matthew ne veulent plus l'intégrer dans leur bande. Finalement, ils lui imposent un défi : se déguiser et se faire passer pour une fille pendant cinq jours. Sam accepte le gage et devient Samantha.
Sam joue parfaitement son rôle et Samantha devient la coqueluche du collège. Elle s'intègre parfaitement dans le groupe de filles, elle se fait draguer par le tombeur du lycée qu'elle remet vertement à sa place... Certaines situations sont équivoques ou sont source de quiproquos, d'autant plus qu'aux différences fille/garçon s'ajoutent les différences États-Unis/Angleterre...
La forme de narration est originale, car les différents personnages sont tour à tour les narrateurs. Pas d'ambiguité pour suivre, le nom du narrateur est clairement précisé. 
Un livre plein d'humour, riche en émotions où les spécificités fille/garçon sont traitées avec justesse et sans mauvais goût.

 

Extrait : (début du livre)
Je voudrais que vous la gardiez en tête, cette image de Sam Lopez le jour où il m'est apparu pour la première fois. Souvenez-vous-en bien, surtout lorsque vous découvrirez d'autres facettes de lui, des portraits plus flatteurs de sa personne - en coqueluche des filles de sa classe, par exemple.
Mais celle-ci, gardez-la bien dans un coin de votre mémoire, parce que c'est le vrai, l'authentique Sam Lopez, tel qu'en lui-même.
Il était planté sur notre paillasson, son vieux sac de toile kaki sur l'épaule. Il flottait dans une veste trop grande de trois tailles, le bas de son jean râpé traînant par terre. Son visage n'était qu'une tache blafarde, derrière le rideau de ses cheveux filasse qui lui balayaient les épaules.
- Bonjour, Matthew !
Ça, c'était la voix de ma mère. Elle affichait un petit sourire forcé, celui qui m'est si familier et qui signifie : Pas de panique, tout va très très bien se passer !
- Je te présente Sam, ton fameux cousin !
Comme je bafouillais quelques mots de bienvenue, le « fameux cousin » m'est passé sous le nez, en me frôlant d'assez près pour que je remarque a) qu'il m'arrivait à peine à l'épaule, et b) que sa dernière douche ne datait pas d'hier.
- Si tu veux bien me donner ta veste, Sam..., a dit mon père qui se tenait derrière moi dans le couloir.
Mais le nouveau venu a superbement ignoré la proposition pour filer tout droit dans la cuisine, où nous l'avons tous suivi. Il a commencé à inspecter les lieux, le nez froncé comme certains rongeurs indésirables.
- Voilà donc ma nouvelle maison, a-t-il déclaré de sa voix, à la fois rauque et bizarrement haut perchée.

Challenge Voisins Voisines 2014
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Grande-Bretagne

Challenge Petit Bac 2014
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Cercle familiale (5)

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22 février 2014

Du sang sur Abbey Road - William Shaw

Lu en partenariat avec Les Escales

9782365690683 Les Escales Noires - janvier 2014 - 432 pages

traduit de l’anglais par Paul Benita

Titre original : A Song From Dead Lips, 2013

Quatrième de couverture :
Londres, 1968, quartier d'Abbey Road. Le corps nu d'une jeune femme est retrouvé sous un matelas. En charge de l'enquête, le détective Cathal Breen pense à une des fans des Beatles qui campent près du célèbre studio. Après avoir terni sa réputation par un inexplicable acte de lâcheté, Breen sait que cette affaire est son unique chance de sauver sa carrière. Mais ce vieux garçon, encore sous le choc de la mort de son père, va devoir faire face à une société en pleine mutation qui le dépasse. Et personne n'incarne mieux cette nouvelle réalité que la jeune inspectrice chargée de l'assister. Le duo improbable est loin d'imaginer que, dans le swinging London où sexe, drogue et pop music échauffent les esprits, il va se retrouver plongé dans un cocktail explosif de corruption, de tensions raciales et de trafic d'armes...

Auteur : William Shaw a écrit sur la culture populaire et underground pour The Observer et le New York Times. En tant que contributeur pour le magazine Details, il a suivi les New Age Travellers, infiltré la scène musicale néo-nazie américaine et vécu un mois à la façon des hommes de Cro-Magnon dans le désert de l'Utah.

Mon avis : (lu en février 2014)
1968, Londres quartier de Abbey Road évidement le lieu tout comme l'époque font penser aux Beatles... C'est dans cette atmosphère "so british" que se déroule ce roman policier très réussi. Dès le début, le cadavre d'une jeune fille nue est découvert près d'un tas d'ordures au fond d'une ruelle. L'enquête est mené par l'inspecteur Breen et Helen une jeune inspectrice stagiaire.
Ce duo improbable est très attachant. Breen vient de perdre son père qui vivait avec lui, d'origine irlandaise, il n'a jamais été vraiment intégré au poste de police. En plus dernièrement, par lâcheté il a fuit alors qu'un de ses collègues était menacé d'un couteau par un cambrioleur. Il a donc à coeur de résoudre cette difficile enquête. Découvrir l'identité de la victime et comprendre comment, pourquoi et par qui a-t-elle été tuée ?
Helen Tozer, sa nouvelle coéquipière, a du caractère, elle n'hésite pas à se révolter contre le maschisme de ses collègues policiers. Elle cache un drame familiale. Elle est fan de la première heure des Beatles. L'intrigue est vraiment très bien construite, palpitante, il est question de racisme, de guerre au Biafra, de drogue, de fans, de trafics... 
Tout au long du livre, des petits détails : disques vinyles, tourne disques, machines à écrire, mini-jupes, nous rappellent que l'intrigue se situe à la fin des années 60. Sans oublier l'absence de téléphone portable qui pourtant aurait été bien utile durant l'enquête...
En fin de livre, une note de l'auteur très intéressante donne des précisions sur quelques faits réels de l'époque évoqués dans le livre.

Merci Anaïs et les éditions Les Escales pour m'avoir permis de découvrir ce roman policier très réussi.

Autre avis : Valérie, Keisha

Extrait : (début du livre)
— Pourquoi n’y es-tu pas allé quand je te l’ai dit, avant de quitter la maison ?
La question est adressée à un petit garçon en culotte courte et en colère. Nounou, les cheveux fous dans le vent d’octobre, conduit
l’immense poussette Silver Cross de la main droite et traîne le garçon de la gauche. Bébé a abandonné Ninou, son éléphant en
peluche, et pleurniche sous la couverture jaune. Ils reviennent du parc. Aucune autre nounou n’y était. Il faisait trop froid, mais la
mère des enfants tient à ce qu’ils sortent tous les matins avant la collation de 11  heures. Maman croit aux bienfaits du grand
air et de l’exercice, bien qu’elle- même préfère rester chez elle à fumer ses Park Drive et à parler pendant des heures au téléphone
comme si ça ne coûtait rien, ou à jouer au solitaire.
— Je te l’avais bien dit, non ?
Nounou se débat pour avancer, façon crabe, les deux bras tendus, l’un poussant, l’autre tirant.
— Non ?
Elle porte la cape bleu marine qu’elle déteste. Des mocassins de grand- mère, noirs à pompons. Maquillage interdit. Jupes sous
le genou. Et Papa a les mains baladeuses.
Le garçon possède déjà l’assurance de celui qui sait que Nounou n’est qu’une employée rémunérée – trois livres dix par semaine,
pension comprise – et peut donc être traitée comme telle.
— C’est maintenant que je dois y aller.
Ses consonnes sont nettes et articulées. Il provient d’une lignée qui croit que donner des ordres requiert un langage impeccable.
— Tu ne peux pas te retenir un peu ? demande Nounou.
Les premières feuilles d’automne volent autour d’eux.
— Cinq petites minutes ?
Le garçon réfléchit une seconde puis répond simplement :
— Non.
— Montre- moi comme tu es fort.
— Je suis fort, mais il faut que je fasse pipi, dit- il d’une voix trop grave pour son âge.
Nounou aurait voulu être plus douée à ce jeu. Elle est jeune, sans expérience. Elle a accepté ce boulot pour échapper à la province.
Elle imaginait Carnaby Street, elle a eu St John’s Wood, un enfant gâté en blazer, culotte courte et fixe- chaussettes, dont le père
veut lui tripoter le derrière dès que la mère a les yeux tournés.
À dix-sept ans, seule et sans personne ici, son unique plaisir est d’écouter Radio Luxembourg le soir. La radio lui dit qu’il en existe
d’autres comme elle quelque part en Angleterre et ça l’empêche de devenir folle. Hier, le disc- jockey a joué Fire de The Crazy World of Arthur Brown et elle aurait voulu que son monde soit aussi dément que ça, que le monde entier brûle dans les flammes.
Ils lui donnent ses dimanches, et alors ? Il ne se passe jamais rien le dimanche. La dernière fois, elle est allée à Kensington juste pour voir les vêtements dans les vitrines éteintes des boutiques. 
De toute façon, elle n’aurait pas pu s’en offrir un seul. Elle rêve que David Bailey la repère, qu’il l’habille comme un mannequin pour la prendre en photo et qu’il la rende célèbre, mais si elle ressemble à une vieille sorcière, personne ne la remarquera jamais.
Rien de ce qu’il se passe n’est pour elle. C’est ça, Londres.
— Qu’est- ce que tu chantes ? C’est horrible. Arrête de chanter.
Elle chantait ? Peut- être le tube d’Arthur Brown qui tourne en boucle dans sa tête. Elle décide d’essayer d’ignorer le garçon et de continuer à avancer. Elle remarque que, sous sa couverture jaune, Bébé pleure plus fort. C’est presque l’heure du biberon.
— Tu chantais de la pop music. La pop music n’est qu’un bruit ignoble.
Le perroquet de sa mère.

  Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  21/25

Challenge Petit Bac 2014
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"Bâtiment" (2)

 Challenge Voisins Voisines 2014
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Angleterre

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Challenge Rentrée Hiver 2014

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15 janvier 2014

La foire de Saint-Pierre - Ellis Peters

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : PIERRE

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10/18 - janvier 1991 - 285 pages

10/18 - juillet 2001 - 284 pages

traduit de l'anglais par Serge Chwat

Titre original : Saint Peter's Fair, 1981

Quatrième de couverture :
La grande foire de Saint-Pierre à Shrewsbury attire tous les marchands des environs. Mais une querelle éclate entre les bourgeois de Saint-Pierre et les moines du monastère bénédictin, à propos de la répartition des bénéfices de la foire. Peu après, un marchand est retrouvé mort. Frère Cadfael est alors tiré de l'herboristerie de son monastère pour utiliser une nouvelle fois sa clairvoyance au service d'une cause juste. " Il fallait oser écrire des romans policiers avec pour héros un moine bénédictin anglais du Moyen Age... Mais Ellis Peters a osé.[...] Son héros, frère Cadfael, a le don de débrouiller les affaires policières sans jamais rater complies. C'est là tout le charme de ces romans fort arme de ces romans fort originaux ! "

Auteur : Edith Mary Pargeter est née le 28 septembre 1913 dans le Shropshire. Elle est d'abord assistante en pharmacie, et publie ses deux premiers romans. En 1940, elle s'engage, et devient officier des services de communication britanniques, tout en continuant à écrire. Auteur de nombreux romans de guerre, elle écrit en 1951 son premier roman policier, qui met en scène l'inspecteur Felse (héros récurrent de plusieurs romans). Son second roman policier paraît en 1959, sous le nom d'Ellis Peters.
En 1977, elle crée le genre des "historical whodunnits" en publiant un roman policier dont l'énigme est résolue par un moine du XIIème siècle. "Frère Cadfael, disait-elle, est apparu tout naturellement dans ma vie pour faire la jonction entre les romans historiques que je publiais et mon envie d'écrire des thrillers."
Elle est décédée le 14 octobre 1995, après avoir écrit 20 romans et 3 nouvelles mettant en scène ce personnage.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
C'est le quatrième épisode de la série des enquêtes du frère Cadfael. J'avais eu l'occasion de lire plusieurs livres de la série il y a une dizaine d'années. Cadfael ap Meilyr ap Daffyd est d'origine galloise, il est né en 1080. Après avoir été soldat puis marin-pêcheur, il revient en Angleterre et décide en 1120 de devenir moine chez les Bénédictins. A l'abbaye des Saints-Pierre-et-Paul de Shrewsbury, à la frontière du pays de Galles, frère Cadfael occupe les fonctions d'herboriste, il prépare baumes et potions pour les autres frères ou les habitants de Shrewsbury. 
Fin juillet 1139 , Shrewsbury prépare la foire de saint Pierre, un marché réputé qui attire de nombreux marchands qui viennent des Flandres, d'Allemagne, des drapiers, des bateliers négociant en vins de France... Il y a également une foire aux chevaux qui attirent beaucoup de nobles du comté et des comtés voisins. Cette foire est organisée par l'Abbaye et les marchands de la ville voudraient bien qu'une partie des taxes perçues pour l'occasion soit reversées en partie pour la rénovation de la ville. L'abbé Radulf refuse et dès le début des festivités une altercation a lieu entre des jeunes habitants de Shrewsbury mené par Philippe Corvisart, le fils du prévôt, et Thomas, un riche marchand de vin venu de Bristol en bateau.
Thomas de Bristol disparait mystérieusement dans la soirée. Accompagné d'Hugh Beringar, frère Cadfaël va mener l'enquête. Pas de police scientifique à cette époque, mais les talents d'observation et de déduction du frère Cadfael réussissent à résoudre un enquête complexe.
L'intrigue, assez classique, est bien construite avec fausses pistes et rebondissements. A la moitié du livre, j'avais une petite idée sur le coupable, mais je n'ai vraiment reconstitué le puzzle de tous les éléments de l'histoire dans les toutes dernières pages.
L'intérêt de la série n'est pas seulement l'intrigue mais la plongée du lecteur dans cette époque du XIIème siècle.

Challenge Petit Bac 2014
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"Matière" (1)

 Challenge Voisins Voisines 2014
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Angleterre

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  17/25

 

 

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28 décembre 2013

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman - Kerry Hudson

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

A paraître le 2 janvier 2014

book_231 Philippe Rey - janvier 2014 - 300 pages

traduit de l'anglais (Écosse) par Florence Lévy-Paoloni

Titre original : Tony Hogan bought me an ice-cream float before he stole my ma, 2012

Quatrième de couverture : 
Accueillie dans ce monde par une flopée d'injures, la petite Janie Ryan est vite projetée au milieu de cris, de fumées de cigarettes, de vapeurs d'alcool,mais aussi de beaucoup d'amour.
Dans une langue saisissante et originale, elle remonte à ses premiers jours pour nous raconter sa jeunesse écossaise, de centres d'accueil en HLM minables et autres bed and breakfasts douteux… Alcool, drogue, fins de mois difficiles et beaux-pères de passage : rien ne lui est épargné. Mais, toujours prête à en découdre, Janie se débat, portée par un humour féroce et la rage de se construire une vie correspondant à ses attentes.
Kerry Hudson réussit ici l’exploit d’être à la fois drôle et triste, tendre mais jamais larmoyante. 
Un premier roman ébouriffant, comme son héroïne.

Auteur : Kerry Hudson est né à Aberdeen. Avoir grandi dans une succession de HLM, bed and breakfast et parcs de caravanes lui a fourni la matière de son premier roman. Elle vit, travaille et écrit à Londres. 

Mon avis : (lu en décembre 2013)
J'ai eu envie de découvrir ce livre en premier lieu car ce titre très long que l'on arrive pas à retenir est intrigant... La quatrième de couverture m'a également attirée.
« Sors de là, putain de foutue petite morveuse ! », c'est par ces mots que Janie Ryan fut accueillie à sa naissance par Iris, sa mère... Quel charmant accueil !
Janie est la narratrice de ce livre, elle nous raconte sa vie depuis sa venue au monde. Elle est arrivée dans une drôle de famille... alcool, cigarettes, drogue voilà l'ambiance... Iris aime vraiment sa fille, mais elle n'est pas vraiment à la hauteur. De B&B miteux en HLM dans des quartiers difficile, elle trimballe sa fille de petites villes en petites villes. Iris survie grâce aux aides sociales et les fins de semaines sont difficiles. Elle choisit de vivre avec des hommes violent comme Tony ou incapable de subvenir aux besoins de la famille comme Doug le père de Tiny, la petite soeur de Janie... 
Et Janie nous décrit tout cela avec ses mots et sa naïveté d'enfant. Très tôt, elle devient autonome pour survivre dans ce monde de misère. Lorsque sa mère sera plongée dans la dépression après la naissance de Tiny, c'est Janie qui s'occupera de sa petite soeur : elle lui donnera le biberon, et changera ses couches...
Puis Janie devient adolescente et profite alors de la liberté qu'elle a toujours eu pour boire, pour sortir...

Au début, j'ai eu un peu de mal avec le language assez crue d'Iris, celle-ci dit beaucoup trop de gros mots, et cela déteint sur vocabulaire de Janie... 
J'ai aimé la naïveté de Janie et son récit mêlé d'humour malgré la grande pauvreté dans laquelle elle a vécu son enfance. J'ai moins aimé la partie adolescente que j'ai trouvé un peu longue. Malgré tout, toute la rage de cette adolescente qui veut s'en sortir est touchante. Elle ne veut surtout pas que sa vie d'adulte ressemble à celle de sa mère !

Merci à Anaïs et les éditions Philippe Rey pour m'avoir permis de découvrir ce livre en avant-première.

Extrait : (début du livre)
« Sors de là, putain de foutue petite morveuse ! » furent les premiers mots que j'entendis de ma vie. La sage-femme au visage luisant, qui apprit ce soir-là un tas de nouvelles tournures, caressait les cheveux de ma mère.

« Vous allez bien toutes les deux. Faudra vous faire quelques points plus tard... la petiote vous a un peu déchirée en sortant. »
Maman me posa, toute collante et molle, sur sa poitrine, en se demandant comment une chose aussi rose, plissée et fragile pouvait être assez méchante pour déchirer l'être censé l'aimer le plus au monde. Mais les femmes Ryan étaient ainsi : poissardes jusqu'à la moelle, elles étaient toujours prêtes à en découdre et savaient frapper là où ça fait mal.

Je n'étais pourtant pas méchante. Personne n'aurait su dire si j'étais intelligente ou maligne comme ma grand-mère l'avait prédit en soufflant des ronds de fumée de ses Benson & Hedges au-dessus du ventre distendu de ma mère. J'étais un « bébé difficile » qui ne cessait de grimacer et de recracher le sein. Les marbrures de ma peau délicate témoignaient de mon indignation d'avoir été arrachée aux forceps d'une niche douillette et chaude où j'étais parfaitement heureuse.
Malgré mes coups de pied dans tous les sens et mes griffures sur le visage, j'avais la chance d'être jolie. Tout le monde le disait ; un bébé de rêve aux yeux très bleus, un nez et un front aux formes parfaites.
« C'te gamine va faire des ravages, décréta mémé en lissant son pantalon de nylon vert pomme. Et des tas de jalouses aussi. J'suis bien placée pour savoir que c'est pas facile d'être jolie. » Les yeux violets de mémé se remplirent de larmes qui se faufilèrent dans la poudre claire jusqu'aux rides dessous.
Maman me serrait contre sa poitrine osseuse, mon derrière posé sous ses côtes saillantes, contre le bourrelet de chair, unique vestige de mon cocon.
« Oui, elle ressemble à son papa. Il était superbe avec ses yeux bleus d'Américain. C'est son portrait craché. »
Le visage de maman se décomposa, sa bouche s'affaissa, elle poussa un gémissement et devint toute rouge. Je me demandais dans quel monde j'avais atterri.

Challenge Petit BAC 2013
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"Aliment / Boisson"

Challenge Voisins, voisines
voisins_voisines_2013
Écosse

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Challenge Rentrée Hiver 2014

 

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19 décembre 2013

L'île des oubliés - Victoria Hislop

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Audiolib - juin 2013 - 14h35 - lu par Pulcherie Gadmer

Les Escales - mai 2012 - 431 pages

Livre de Poche - avril 2013 - 528 pages

Livre de Poche - novembre 2013 - 528 pages (Edition Noël 2013)

traduit de l'anglais par Alice Delarbre

Titre original : The island, 2005

Quatrième de couverture :
Une jeune Anglaise, Alexis, ignore tout de l’histoire de sa famille maternelle, tant sa mère, Sophia, fait peser sur le passé une chape de plomb qui empoisonne leurs relations. Pour dénouer ce noeud obscur, Alexis décide de se rendre dans le village natal de Sophia, en Crète. Et découvre que juste en face se trouve Spinalonga, l’île où l’on déportait les lépreux. Quand elle apprend que son arrière grand-mère y serait morte, elle décide d’élucider tous ces mystères. Pourquoi Sophia a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? Quelles épreuves ont vécu ses aïeules ? Une quête d’identité qui révèlera l’histoire de trois générations de femmes héroïques, dont le destin fut lié à l’île des oubliés…
Pulcherie Gadmer restitue parfaitement l’alchimie subtile de ce roman, où le soleil éclatant de la Crète fait paraître encore plus sombre la tragédie des oubliés.

Auteur : Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise de l’université d’Oxford. Best-seller international, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, son premier roman L’Île des oubliés est resté plus de 15 semaines dans les classements des meilleures ventes en France, et a fait l’objet d’une série télévisée très populaire en Grèce. Le Fil des souvenirs, son deuxième ouvrage est publié aux Éditions Les Escales.

Lecteur : Férue de mise en scène, de comédie et de dramaturgie, la comédienne Pulcherie Gadmer restitue parfaitement l’alchimie subtile de ce roman, où le soleil éclatant de la Crète fait paraître encore plus sombre la tragédie des oubliés.

Mon avis : (écouté en décembre 2013)
A l'occasion d'un voyage en Crête, Alexis, une jeune anglaise d'origine grecque, va découvrir l'histoire de sa famille. Elle se rend à Plaka le village natal de sa mère en Crète. Elle découvre juste en face du village l'île de Spinalonga, l'île des oubliés où était envoyés les lépreux... Elle va rencontrer Fotini, une vieille amie de Sophia, sa mère qui va lui raconter, l'histoire de sa famille.
Le lecteur va découvrir trois générations de femmes et d'hommes dont les destins sont liés à l'île de Spinalonga. Cela commence en 1939, lorsque Eleni la grand-mère de Sophia doit quitter ses deux filles Anna et Maria, âgées de douze et dix ans, et son mari Giorgis pour s'exiler à Spinalonga avec Dimitri l'un de ses élèves car ils sont tous deux porteurs de la lèpre. 
J'ai beaucoup aimé cette histoire en particulier les descriptions de cette colonie de malades vivants en autarcie et en quasi autonomie. Les épisodes évoquant la Seconde Guerre Mondiale en Crète sont également très intéressants. 
Au début de mon écoute, j'ai eu un peu de mal avec les noms grecques que je confondais les uns avec les autres... Puis en me concentrant sur les prénoms, j'ai fini par réussir à distinguer plus facilement les différents personnages.
J'ai suivi sans déplaisir la saga familiale, mais ce n'est pas ce que j'ai préféré dans ce livre. 

Autres avis : Sandrine, Mrs BSylire, EnnaValérie

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Plaka, 2001
Libérée de son point d'amarrage, la corde se déroula d'un mouvement vif, et des gouttelettes d'eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l'unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu'au son du moteur haletant elle s'éloignait du quai pour rejoindre l'île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s'y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d'olive. L'île n'était pas loin et, quand l'embarcation approcha de l'imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd'hui encore, une force d'attraction. Elle se mit à songer qu'il s'agissait peut-être d'un endroit où l'histoire, toujours palpitante, ne s'était pas figée dans les pierres froides, un endroit où les habitants étaient réels et non mythiques. Quelle différence avec les palais antiques et les sites qu'elle avait visités au cours des dernières semaines, mois, voire années !
Alexis aurait pu consacrer une journée supplémentaire à escalader les ruines de Cnossos, à se représenter, devant les fragments grossiers de pierre, la vie que les Crétois avaient menée en ces lieux plus de quatre mille ans auparavant. Ces derniers temps, cependant, ce passé si lointain commençait à se dérober à son imagination et à sa curiosité. Malgré son diplôme en archéologie et son poste dans un musée, elle sentait son intérêt pour la question s'émousser de jour en jour. Son père était un universitaire passionné, et elle avait grandi avec la croyance naïve qu'elle suivrait ses traces dans la poussière de l'histoire. Pour quelqu'un comme Marcus Fielding, toutes les civilisations, même les plus anciennes, étaient dignes d'intérêt, mais, du haut de ses vingt-cinq ans, Alexis trouvait que le boeuf qu'elle avait dépassé sur la route plus tôt dans la journée avait bien plus de réalité, plus de résonance avec sa propre vie que n'en aurait jamais le Minotaure enfermé dans le labyrinthe légendaire de Crète.
Pour l'heure, elle avait toutefois d'autres sujets de préoccupation que son orientation professionnelle ; elle devait prendre une décision au sujet d'Ed. Tout le temps qu'ils s'étaient prélassés, en cette fin d'été, sur une île grecque, les limites de leur liaison autrefois prometteuse lui étaient peu à peu apparues. Si leur histoire avait réussi à fleurir au sein du microcosme étouffant de l'université, elle s'était flétrie au contact du monde extérieur et, au bout de trois ans, ne ressemblait plus qu'à une bouture chétive qui n'aurait pas pris une fois passée de la serre au jardin.

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Géographie"

Challenge Voisins, voisines
voisins_voisines_2013
Grande-Bretagne

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15 décembre 2013

La pendue de Londres - Didier Decoin

2013-12-11_154820 Grasset - mai 2013 - 336 pages

Quatrième de couverture : 
Allemagne, 1945. L'exécuteur en chef du Royaume Britannique, envoyé en mission, pend la gardienne de camps nazis Irma Grese. Même s'il éprouve un réel dégoût à exécuter des femmes, surtout si elles sont jeunes et jolies, le bourreau fait son devoir : c'est un as dans l'art de la longueur des cordes, un expert dans le minutage de la mise à mort. Pourtant, le reste du temps, c'est un homme comme un autre, époux modèle, bon citoyen.
Londes, immédiat après-guerre. Ruth Ellis ressemble à Betty Boop, enjouée et désirable, elle plaît aux hommes, et sans doute les choisit-elle fort mal. Mais derrière son sourire et sa bouche trop maquillée, que cache-t-elle ? Dans le Londres charbonneux de l'après-Blitz, d'entraîneuse, Ruth devient prostituée. Un jour, malheureuse, jalousée, violentée, mais toujours belle, et mère de famille, elle tue son amant, à bout portant. La voici condamnée à la pendaison. Bourreau, fais ton œuvre ! Et si le bourreau avait une âme ? Et s'il répugnait soudain à supprimer une innocente aux boucles blondes ?
Dans ce roman envoûtant, reconstitution en cinémascope d'un Londres luisant de « fog » et de pluie, théâtre de vices cachés dans une société bien-pensante, Didier Decoin alterne le chant du bourreau et de la victime. Saisissant.

Auteur : Né en 1945, Didier Decoin est scénariste et écrivain à succès. Auteur d'une vingtaine de romans, il a notamment publié John l'enfer (prix Goncourt 1977), Louise (1998). Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin. Il débute sa carrière comme journaliste de presse écrite à France Soir, au Figaro et à VSD, et de radio sur Europe 1. En parallèle il se lance dans l'écriture, et sera couronné par le Prix Goncourt en 1977 avec John l'Enfer. Tout en continuant son métier d'écrivain, il devient scénariste au cinéma puis à la télévision (adaptations et scripts pour la télévision comme les grands téléfilms Les Misérables, Le Comte de Monte-Cristo, Balzac ou Napoléon). En 1995, il est devenu le Secrétaire de l'Académie Goncourt.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
J'ai découvert ce livre grâce au "Café Lecture" de la Bibiothèque. Il raconte deux histoires vraies dans l'Angleterre des années cinquante, deux histoires que le lecteur découvre en parallèle avant de se rejoindre. D'un côté l'histoire de la dernière femme exécutée en Grande-Bretagne, en 1955, Ruth Ellis, 20 ans. De l'autre celle d'Albert Pierrepoint l'un des derniers bourreaux officiels au Royaume-Uni. Le bourreau décrit avec beaucoup de précision et de rigueur son travail d'exécuteur. Fils de bourreau, il est également marié, travaillant comme livreur puis comme tenancier d'un pub. Tout ceci constraste beaucoup avec la vie agitée de Ruth, coupable du meurtre de son amant mais également victime de viol et femme battue...
Ces histoires bien documentées sont intéressantes historiquement. Difficile de dire que l'on peut être touchée par ce bourreau froid et perfectionniste, néamoins humain. Au contraire, le parcours si chaotique de Ruth qui s'achève tragiquement si jeune est émouvant.

Extrait : (début du livre)
Quand j'opérais sur le territoire britannique, j'organisais moi-même mes déplacements. En cas de météo exécrable - la neige et les pluies verglaçantes avaient sévi de longues semaines au cours des trois premières années de la guerre -, j'empruntais le chemin de fer. Sinon je préférais utiliser ma voiture, ce qui me permettait d'harmoniser mes horaires à ma guise, notamment en roulant de nuit pour arriver tôt le matin précédant l'exécution. Même si le règlement n'exigeait pas ma présence avant seize heures, il me plaisait d'avoir du temps devant moi pour revoir et peaufiner chaque détail du protocole.
Mais cette fois j'étais appelé en Allemagne, ce qui rendait l'avion incontournable.
J'aurais aimé l'éviter, pourtant. Non pas que j'aie peur : la guerre finie, l'appareil ne risquait plus d'être pris pour cible, et les conditions de vol étaient cette nuit-là particulièrement bonnes, du moins pour un mois de décembre : 1945 était bien partie pour figurer dans les archives de la météo comme l'année la plus sèche et la plus chaude depuis 1873. A quoi s'ajoutait que le DH84M Dragon était l'un des bimoteurs les plus sûrs de son époque.
Mais cet avion me rappelait une triste histoire : dix ans auparavant, les deux jeunes filles du consul des États-Unis à Naples avaient pris place à bord d'un Dragon semblable à celui qu'on allait mettre à ma disposition.
Elles s'envolaient pour la Sicile où leurs fiancés, pilotes dans la Royal Air Force, venaient de se tuer dans un accident d'hydravion. Après que leur Dragon eut survolé Capri, Jane et Elizabeth Du Bois rédigèrent une lettre d'adieu à l'intention de leurs parents, elles épinglèrent la lettre au dossier d'un des sièges, puis elles ouvrirent la porte de la carlingue et se jetèrent dans le vide en se tenant par la main.
Les journaux qui rendirent compte du drame ne précisèrent pas combien de temps avait duré le plongeon mortel des deux jeunes filles. Mais j'étais bien certain que leur chute avait excédé de beaucoup les quelques fractions de seconde nécessaires à la mort telle que je la dispensais - une mort par pendaison entraînant la rupture instantanée des vertèbres cervicales.
Depuis quatre heures que l'appareil avait décollé de Northolt, dans l'ouest de Londres, je n'avais pratiquement pas détourné mon regard de la porte, essayant d'imaginer les efforts des deux jeunes filles arc-boutées pour l'ouvrir, luttant contre la pression de l'air. J'ai toujours été effaré par la rage que mettent certaines personnes à en finir avec la vie.

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Géographie"

Déjà lu du même auteur :

louise Louise la_femme_du_Titanic La Femme de Chambre du Titanic

les_trois_vies_de_babe_ouzouf_p Les trois vies de Babe Ozouf 

 

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24 septembre 2013

L'air d'été est rempli de promesses - Alexander McCall Smith

Lu en partenariat avec les Editions des Deux Terres

l_air_d__t__est_rempli_de_promesse Editions des Deux Terres - septembre 2013 - 297 pages

traduit de l'anglais de Martine Skopan

Titre original : The Uncommon Appeal of Clouds, 2012

Quatrième de couverture : 
Lorsqu’un tableau de Nicolas Poussin est volé à un riche propriétaire foncier, celui-ci demande à Isabel Dalhousie, philosophe et directrice de la Revue d’éthique appliquée à Édimbourg de l’aider. Elle y consent, malgré les protestations de son mari Jamie. Tout en enquêtant sur le vol de l’œuvre d’art, elle est obligée de faire face aux problèmes de tous les jours. Elle se demande si elle devrait encourager son fils Charlie, chez qui se manifestent les premiers signes d’un génie mathématique. En même temps, Isabel hésite à aider son ami Eddie, confronté à des problèmes d’amour et de santé. Cet été encore, malgré ses doutes et les changements qui se produisent, Isabel parvient à tenir ses promesses.

Auteur : Alexander McCall Smith est internationalement connu pour avoir créé le personnage de la première femme détective du Botswana, Mma Precious Ramotswe. Ressortissant britannique né au Zimbabwe, il a été professeur de droit appliqué à la médecine et membre du Comité international de bioéthique à l’Unesco avant de se consacrer à la littérature. Alexander McCall Smith a reçu de nombreux prix et il a été nommé meilleur auteur de l’année par les British Book Awards en 2004. En 2007, il a reçu le titre de commandeur de l’Empire britannique (CBE) pour services rendus à la littérature. Quand il n’écrit pas, il fait partie de « l’Orchestre épouvantable ». Ses romans sont traduits dans quarante-cinq langues. Il vit aujourd’hui à Édimbourg, en Écosse. 

Mon avis : (lu en août 2013)
C'est la première fois que je lit un livre de cette série Isabel Dalhousie. Il s'agit ici du neuvième tome. Je connais Alexander McCall Smith grâce à sa série Mma Ramotswe que j'aime beaucoup.

Isabel Dalhousie est rédactrice en chef d'une revue de philosophie et détectrice amateure. A la suite du vol d'un tableau de Poussin, son riche propriétaire fait appel à Isabelle pour l'aider à découvrir le coupable. Au même moment, Isabelle et son mari Jamie s'interrogent sur la précocité de Charlie, leur fils de 3 ans. Malgré son jeune âge, il semble avoir de vraies prédispositions pour les mathématiques. 

J'ai été déçue par cette lecture, j'ai trouvé l'intrigue très mince et les discussions autour de la soi-disante précocité de Charlie ne m'ont pas intéressée et l'Ecosse n'a pas autant d'exotisme que le Botswana dans la série de Mma Ramotswe...
Etant assez hermétique à la philosophie, je ne suis sans doute pas le bon public pour cette série. 

Merci Loan et les Editions des Deux Terres pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Autres avis : Soukee, CottageMyrtille 

Extrait : (début du livre)
- Mozart, déclara Isabel Dalhousie, et Srinivasa Ramanujan.
Attablé en face d'elle dans la cuisine, Jamie, son mari depuis un an, et son compagnon depuis quatre, leva les yeux d'un air moqueur.
- Mozart, d'accord, mais Srini...
Incapable de prononcer le nom correctement, il baragouina un mélange de labiales et de sifflantes. Les patronymes indiens ont le plus souvent une consonance mélodieuse, mais la prononciation en est difficile, même pour ceux qui ont l'oreille musicale. Jamie était plus à l'aise avec les robustes phonèmes des noms écossais, tous ces Macdonalds, ces Macgregors, ces Macleans, les Mackays, qui évoquent immédiatement des paysages autrement plus austères, un climat plus rude.
- Srinivasa Ramanujan, répéta Isabel. C'était un enfant prodige, comme Mozart. Un génie.

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
7/12

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Météo"

  Challenge God Save The Livre 
Challenge_anglais

 Challenge Voisins, voisines
 voisins_voisines_2013
Ecosse

 Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  4/25

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