20 septembre 2012

Une seconde vie – Dermot Bolger

une_seconde_vie Éditions Joëlle Losfeld - janvier 2012 - 256 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

Titre original : A Second Life, 2010

Quatrième de couverture :
Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la  suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le 
monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Eglise de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien. Avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, Dermot Bolger nous entraîne dans une histoire particulière (déjà évoquée au cinéma dans le très émouvant Magdalene Sisters), celle de ces adolescentes irlandaises rompues et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations futures.

Auteur : Dermot Bolger, né en 1959, est issu de la classe ouvrière du faubourg dublinois de Finglas. Il se consacre à l'écriture depuis 1980, et est considéré comme l'un des pairs de toute une génération d'écrivains irlandais. Un grand nombre de ses ouvrages a été traduit en français, dont Toute la famille sur la jetée du Paradis, paru aux Editions Joëlle Losfeld en 2008.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Dans la Note de l'auteur qui commence le livre, Dermot Bolger nous explique que ce livre est une deuxième version, son premier roman est paru en 1994 et celui-ci a été entièrement réécrit plus de quinze plus tard. Une seconde vie est l'histoire de la recherche d'un passé enfoui : le passé d'un homme, d’une femme et le  passé d'un pays.
Tout commence à Dublin avec un accident de la route et Sean Blake la victime, marié, père de deux jeunes enfants Benedict et Sinéad, survole la scène où il se voit mort. Finalement, Sean revient à la vie mais celle-ci a changé pour lui, cet accident l'a renvoyé à son passé. A l'âge de onze ans, Sean a appris qu'il était un enfant adopté. Devenu adulte, il a tout fait pour l'oublier, en particulier, il n'en a jamais parlé à Géraldine, sa femme.
Au même moment, à Coventry, Elisabeth est réveillé brutalement. Mariée à Jack, mère de trois filles, elle vit depuis plus de trente ans avec un secret. A l'âge de dix-neuf ans, elle a eu un petit garçon qui lui a été retiré à six semaines. Et depuis, il n'y a pas eu un jour où elle n'a pas pensé à son petit garçon. Elisabeth a toujours eu l'espoir de le revoir un jour.
Le thème de fond est donc l'adoption mais également le scandale en Irlande des couvents de la Madeleine. 
On peut diviser le livre en deux parties, dans la première Sean s’interroge sur le trouble qui l’envahi et qui l’empêche de vivre heureux avec sa femme et ses deux enfants. Il revient sur les souvenirs de son enfance et sur les images qu’il a vu durant son expérience de mort éminente. Cette première partie est un peu lente et parfois peu claire comme peut être l’état d’esprit de Sean qui se sent perdu… Doit-il oui ou non retrouver sa mère adoptive ? Comment va-t-elle l’accueillir ? Elle l’a abandonné bébé, peut-être l’a-t-elle complètement oublié ?
Dans la deuxième partie, Sean a pris la décision de partir à la recherche de sa mère et de prendre le risque de se faire rejeter. Il a besoin de comprendre l’histoire de sa mère pour comprendre sa propre histoire et pouvoir avancer dans sa vie. Cette partie est beaucoup plus rythmée et émouvante. Cette partie est bouleversante et Sean et Lizzy sont vraiment très attachants. Une très belle découverte ! 

Extrait : (début du livre)
Celui qui avait repeint l'ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d'en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d'une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l'ambulancier était  tacheté de poussières et de pellicules et, quand il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. Les deux arbres séculaires qui surplombaient le portail du Jardin botanique avaient perdu leurs feuilles. Pourtant, au milieu de leurs profondeurs, un merle appelait.
Depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi serein ? Les insignifiantes tracasseries du début de matinée, le service photo du magazine qui avait téléphoné pour me rappeler les échéances à respecter, mon fils de trois ans, Benedict, qui refusait de manger et se désintéressait petit à petit de ses cadeaux de Noël, me paraissaient lointaines. Seules quelques minutes s'étaient écoulées entre-temps, mais c'était comme si je n'avais plus eu le moindre rapport avec mon ancienne vie. Et, à mon grand étonnement, je n'éprouvais ni douleur physique, ni tristesse, ni impression de perte. Mais j'observais au-dessous de moi la scène de l'accident avec une insouciante désinvolture.
De la mousse obstruait les gouttières de l'immeuble au coin de la rue. Il y avait sur le toit des ardoises cassées qui provoqueraient des dégâts pendant l'hiver. Une jeune étudiante jeta un coup d'oeil à travers les rideaux en dentelle d'une lucarne. Tandis qu'elle se penchait pour observer les voitures bloquées dans les deux sens, je vis les ballons de fête dont elle avait scotché les ficelles sur la vitre et le haut de sa tête encore mouillée de la douche. Les automobilistes qui nous regardaient derrière leur pare-brise semblaient terriblement stressés. Où allaient-ils tous, en ces limbes de Noël et le jour de l'An, quand les bureaux et les usines étaient fermés ? J'étais désolé pour eux, car voici qu'ils se retrouvaient forcés de comtempler mon cadavre. Mais pas pour moi. Je ne ressentais vraiment aucune émotion particulière vis-à-vis de mon corps qui gisait à moitié hors de la voiture broyée, et à moitié dedans. 

 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Irlande

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

 

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15 septembre 2012

Des ombres dans la rue - Susan Hill

des_ombres_dans_la_rue Robert Laffont – avril 2012 – 408 pages

traduit de l'anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj

Titre original : The Shadows in the Street, 2010  

Quatrième de couverture : 
En vacances à Taransay, une petite île sauvage à l’ouest de l’Écosse, l’inspecteur Simon Serrailler se remet d'une opération difficile quand il est rappelé en urgence à Lafferton. Deux prostituées ont été retrouvées étranglées, et le temps qu'il revienne, une troisième est portée disparue. S'agit-il de l’œuvre d'un pervers et de meurtres en série ? Est-on en présence d'un nouveau Jack l'Éventreur ou ces disparitions n'ont-elles rien à voir les unes avec les autres ?  Quand, à leur tour, la femme du nouveau doyen de la cathédrale puis une jeune mère de famille qui se rendait à son travail en bicyclette manquent à l'appel, le mystère s'épaissit. Chaque piste mène à une impasse, la police piétine dans ses enquêtes et la population de Lafferton exprime une peur et un mécontentement, croissants, relayés, bien sûr, par les médias. Serrailler se retrouve propulsé au cœur même de l'enquête, lorsque Cate, sa propre soeur, devient la cible du meurtrier...  

Auteur : Susan Hill est née en Angleterre en 1942. Romancière populaire (auteur notamment du célèbre Je suis le seigneur du château), écrivain pour enfants, auteur dramatique, journaliste, elle n’a jamais cessé d’écrire. Avec les enquêtes de Simon Serrailler (Meurtres à Lafferton, Où rôdent les hommes et Au risque des ténèbres, La mort a ses habitudes), elle a fait une entrée très remarquée dans le monde du polar, aujourd’hui confirmée par le succès de cette série outre-Manche.  

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Je croyais que c'était la première fois que je lisais un livre de cette auteur britannique, or il y a peu, j'ai trouvé dans notre bibliothèque familiale le livre « Je suis le seigneur du château » que j'ai sans doute acheté après avoir vu le film adapté du livre et dont je garde un bon souvenir.
Avec la sélection Elle 2013, j'étais donc curieuse de découvrir ce roman policier donc la 4ème de couverture était plus que prometteuse : « Nouvelle enquête haletante du séduisant Simon Serrailler, retrouvailles attendues avec tous les personnages de Lafferton chers au lecteur »
Malheureusement, les promesses étaient trop belles et cette lecture m'a déçue...
Dans une première partie, l'auteur plante le décor de Lafferton et ses habitants et décrit un à un les (trop ?) nombreux personnages de l'histoire. Le lecteur découvre une atmosphère à la Ken Loach (en moins bien), il lui faut attendre au moins 90 pages avant que le roman policier commence vraiment avec la disparition de la première fille. L'inspecteur Simon Serrailler est assez peu présent, l'intrigue est assez classique, pas vraiment originale. 
Encore un reproche, cette fois-ci pour l'éditeur avec une quatrième de couverture trop bavarde et dévoilant trop d'éléments de l'intrigue...
La lecture de ce livre n'est pas déplaisante en particulier grâce aux différents personnages, des gens ordinaires qui se débattent avec le quotidien et leurs soucis et que l'auteur a su rendre attachants et sympathiques.   

Autres avis : Clara, CanelMimipinson, Anna BlumeThéoma, Hélène

Extrait : (début du livre)
Leslie Blade s'arrêta sous l'avancée de l'entrée de la faculté, le temps d'ouvrir son parapluie.
La pluie. La pluie matin et soir depuis le début de la semaine.
Il pouvait venir travailler en voiture, mais il n'était qu'à trois kilomètres, donc la fac ne lui accordait pas un permis de stationner sur le parking. Il pourrait attraper un bus, mais ils étaient peu fréquents et peu fiables et, depuis l'arrêt le plus proche de son domicile, il y avait encore dix bonnes minutes à pied.
Les gens dévalaient les marches et sortaient sous cette pluie torrentielle. Des étudiants traversaient la cour, capuches d'anorak relevées.
Leslie Blade redressa son parapluie et sortit.
Jusqu'à ces derniers mois, il avait toujours suivi le même itinéraire, par la grande rue, en contournant la Colline, mais maintenant que les ruelles de l'Old Market Lanes étaient ouvertes, il les empruntait parfois ; il aimait assez les pavés et ces éclairages moins crus, il jetait un œil aux vitrines du libraire et de deux  galeries d'art, s'achetait un morceau de fromage et un peu de salami chez le traiteur qui restait ouvert jusqu'à dix-neuf heures. Cela le faisait arriver chez lui une vingtaine de minutes plus tard ou davantage, ce qui ne plaisait pas trop à sa mère, aussi il s'était mis à lui acheter un peu de chocolat ou un sachet de caramels au beurre salé. C'était une manière de la soudoyer, mais ce n'était pas vraiment cela dont elle avait envie ; c'était sa compagnie qu'elle voulait, mais ça marchait, car elle aimait les sucreries.
Le temps qu'il atteigne les Lanes, ce soir-là, la pluie dégoulinait des gouttières et les bas-côtés de l'étroite voie pavée étaient inondés de mares profondes. Le traiteur fermait tôt.
Il la vit au bout de la rue, là où les ruelles des Lanes débouchaient sur la place du marché. Elle se tenait debout, juste en deçà du halo de lumière qui se déversait du pub, le col de sa veste relevé, tâchant de s'abriter de la pluie tout en restant visible. Il pressa le pas. C'était un nouvel emplacement ; il n'avait encore jamais vu aucune d'entre elles, par ici. C'était trop proche des principales rues commerçantes et les voitures n'étaient pas autorisées à s'arrêter sur la place - uniquement les bus, et les taxis qui rejoignaient la station, à l'autre extrémité.
Mais c'était Abi. Il était sûr que c'était Abi, même d'ici, depuis l'autre bout de la rue. Abi, ou alors Marie, peut-être ? 

 
 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

 Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
 catégorie "Même pas peur" : 6/12

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Grande-Bretagne

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

 

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12 septembre 2012

Fukushima, récit d'un désastre – Michaël Ferrier

fukushima Gallimard – mars 2012 – 262 pages

Quatrième de couverture :
« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes - avec la complicité ou l'indifférence des autres - est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité. »

Auteur : Michaël Ferrier vit à Tokyo où il enseigne la littérature. Il est l'auteur de plusieurs essais et romans, dont Tokyo - Petits portraits de l'aube (2004) et Sympathie pour le fantôme (2010).

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Mickaël Ferrier connaît bien le Japon car il y vit et y enseigne depuis des années, son livre est un témoignage sur le désastre de Fukushima.
Le récit commence le jour du séisme, le vendredi 11 mars 2011à Tokyo. Dès les premières pages entraînent le lecteur dans une description en détails d'un tremblement de terre, avec les sensations d'un monde qui bouge et où les objets tombent partout...

« Mais c'est aux arêtes de la bibliothèque que le séisme atteint son paroxysme. Il court le long des tablettes, se glisse entre les rayons et décapite un à un les livres au sommet de l’étagère, où se trouve disposée la poésie française avec un crépitement de mitraillettes. Saint-John Perse tombe le premier. “S’en aller ! S’en aller ! Paroles de vivant !” Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps, qui marque d’une croix blanche la face des récits, ne résiste pas plus de quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Leger Leger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud, qui prend la tangente sur sa jambe unique avec un facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Leconte de Lisle s’impatiente et vient bientôt les rejoindre puis, pêle-mêle, Laforgue et Louise Labé… La grand Hugo hésite, tergiverse, il grogne de toute la puissance de ses œuvres complètes et puis il s’écrase au sol dans un fracas énorme. Aimé Césaire, lui, tombe avec élégance et majesté. Nerval chevauche René Char, Claudel monte sur Villon, Villon sur Apollinaire. Enfin, Malherbe vient, et entraîne à sa suite toute la Pléiade... Ronsard, Du Bellay, Belleau, Jodelle...»

Cela semble durer une éternité, et pourtant la télévision dira plus tard que le séisme a eu lieu durant deux à trois minutes...
Ensuite, Mickaël Ferrier découvre que le téléphone ne fonctionne plus, puis des dizaines de mails demandant de ses nouvelles arrivent de partout, à la télévision tout le monde a l'air à la fois inquiet et ahuri. Une alerte au Tsunami est annoncée.
Trois jours plus tard, c'est le désastre complet : la grande vague du tsunami a dévasté la région du nord, il y a des milliers de morts, les nombreuses répliques du séisme stresse la population et les centrales nucléaires du Nord qui explosent inquiètent tout le Japon. Les étrangers cherchent à fuir le pays. Ils ont peurs. En plus de la réalité du terrain, les médias se déchaînent, les même images apocalyptiques tournent en boucles...
Après avoir quitté quelques temps Tokyo pour se ressourcer dans le calme de Kyoto. Mickaël Ferrier et sa compagne Jun décident, plutôt que de fuir ou de se terrer, de partir pour « le Nord, voir la mer, aider les gens, nous mêler aux cataclysmes. »
Le témoignage devient de plus en plus fort, ce qu'ils découvrent est incroyable, stupéfiant :

« Je marche, je marche dans le désastre. Petits morceaux, gros morceaux, menus débris, tout se mêle et s'accumule : le fer, le béton, les lambeaux de plastique. Tout est réduit en poudre, en cendre, en sable... Une plage, une plage immense de débris. Les bâtiments, comme des écorchés, laissent apercevoir leurs viscères. Les bâtissent et les édifices déchiquetés se succèdent, sans qu'on puisse la plupart du temps deviner s'il s'agissait d'habitations ou de hangars, de monuments ou de terrasses, de bureaux ou de corps de logis. Les structures métalliques et rouillées sont enchevêtrées dans un dédale de boue et de béton liquéfié, ne laissant plus apercevoir, dans la confusion des métaux et des matériaux, que l'incroyable férocité de ce qui les a jetés à terre et impitoyablement laminés. »

Et plus l'écrivain monte vers le Nord et plus le paysage est lunaire, la vie semble s'être arrêtée, les descriptions sont puissantes, à la fois belles et tragiques :

« On voit tous les objets en brun, toutes les autres couleurs ont disparu du monde. Tout à coup nous ne sommes plus au Japon. Nous ne sommes plus nulle part d’ailleurs, car d’aucun pays ce paysage ne saurait porter le nom. »

« Miyako-mura, le village frontière, presque entièrement vidé de ses habitants… Il est difficile de décrire ce que l’on ressent quand on arrive dans un de ces villages fantômes. D’abord, le silence est colossal, un silence profond et qui semble sans fin. J’ai l’impression d’être devenu sourd. Le cri des corbeaux, le ronflement des moteurs, l’aboiement des chiens, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Le vent même a disparu. »

Mickaël Ferrier n'a pas pu aller plus loin, la zone proche de Fukushima est interdite, il s'est pourtant bien documenté et a obtenu le témoignage d'un « liquidateur », cette troisième partie est très intéressante, l'auteur nous rappelle également qu'un accident du même genre pourrait se produire ailleurs, y compris en France où le nucléaire est fortement présent...

Le livre se lit plutôt facilement il est très bien écrit, mais il m'a été impossible de lire d'une traite ce témoignage saisissant, les images du désastre vues à l'époque à la télévision se sont mises peu à peu à hanter mon esprit. Heureusement quelques touches d'humour, soulignant des situations décalées permet le lecteur de sortir, ne serait ce qu'un instant, de cette vision apocalyptique. 

 

Extrait : (page 19)
Vendredi 11 mars 2011, en début d’après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s’ouvre, grogne, frémit, demande a sortir.

Tout d’abord, ce n’est rien, un mouvement infime, insignifiant, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os. Je ne sais pas comment je m’en aperçois, une babiole peut-être qui bouge, les bibelots qui s’ébrouent près de la baie vitrée, quelques points de poussière dans la lumière de l’air. Silencieusement, subtilement, cette chose se développe et suit son cours, elle circule sans relâche.

Maintenant, le frisson envahit la table, la déborde, oscille sur elle comme une vague, il gronde tout doucement, se déplace, touche les stylos, les cahiers, les livres, fait palpiter le clavier de l’ordinateur, remonte entre les lignes, arrive sur l’écran, pulsation imperceptible. C’est une immense phrase qui s’est mise en marche avec sa mélodie spécifique, source et centre momentané de tout l’Univers, tour a tour souple, précise et fluide, cahotante, anarchique, poétique, torpillant les sentences et disloquant la syntaxe, renversant les perspectives, changeant tous les plans et bouleversant les programmes, et qui pourrait se condenser en un seul énoncé reflétant pour un instant la vérité tout entière : ça venait des profondeurs et c’était arrivé.

*

Je suis avec Jun, c’est un après-midi radieux, une brise tiède entre dans la maison. Nous prenons un café sur la grande table de bois. Le printemps scintille dans les camélias, les iris, le bouquet pimpant du jasmin qui parfume l’impasse et dans les yeux de Jun. Elle est là, sur la chaise, elle a senti comme moi le frémissement de la table, elle rit. Jun, née ici, a Tokyo, d’un père japonais et d’une mère espagnole, la rencontre de l’Orient et de l’Occident dans un corps de liane. Cheveux noirs, sourcils en accent circonflexe, peau que l’on devine douce au toucher : ses yeux sont très petits quand elle rit, très grands quand elle sourit. Sa bouche est une étrange fleur asymétrique, qui balance toujours entre la feinte et le rire. Quand elle rit, ses dents, très blanches et bien plantées, semblent défier le monde entier.
Le café tremblote dans les tasses. De petits anneaux concentriques apparaissent a la surface du liquide noir et fumant, qui s’élargissent sans cesse puis disparaissent au contact de la porcelaine avant de se reformer en cercles a chaque fois plus rapides, plus nerveux. Tous les livres sur la table commencent a bouger aussi. Les oiseaux se sont tus. Je guette du coin de l’œil les spirales du café dans la tasse pour voir si le tremblement se calme ou s’il s’amplifie.

A ce même moment, dans tous les bureaux de Tokyo, les bistrots, les restaurants, des millions de gens font comme moi : l’œil se fixe avec une intensité extraordinaire sur un verre d’eau, sur une chope de bière, un gobelet de thé vert.

Soudain, le monde entier est suspendu a quelques remous a la surface d’un bol, au cyclone qui s’empare d’une tasse de thé.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

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02 septembre 2012

L'Aventure continue...

La sélection du Jury d'Octobre est arrivée hier dans ma boîte aux lettres

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Je dois rendre ma "copie" avant le 28 septembre.

 Je ne connais aucun de ces livres ! J’ai hâte de les découvrir...
Je termine donc ma lecture en cours avant de me lancer pour commencer sans doute par la lecture du document. 

A suivre...

 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013

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22 août 2012

Belle Famille - Arthur Dreyfus

belle_famille Gallimard – janvier 2012 – 244 pages

Quatrième de couverture :
« Madec se dirigea vers la cuisine pour chercher un couteau à pointe fine. Comme s'il était surveillé, il s'interdit la lumière. L'obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films ? L'enfant ouvrit le tiroir à ustensiles. » 

Ensuite un peu de bruit, et beaucoup de silence.

Auteur : Arthur Dreyfus est né en 1986. Belle Famille est son deuxième roman.  

Mon avis : (lu en août 2012)
Je suis très déçue par ce livre dont je n'avais jamais entendu parler avant de le recevoir pour le Jury Elle 2013. En le commençant, je savait seulement que l'auteur s'était inspiré de l'affaire Maddie Mc Cann et qu'Arthur Dreyfus avait 26 ans.

J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre... Cette histoire m'a dérangée, elle est malsaine. Le titre se veut-il ironique ? Je suis gênée par l’ironie et le cynisme de l’auteur autour de ce fait divers douloureux et non résolu…

Le lecteur sait au bout d'une centaine de page, le sort de Madec imaginé par l'auteur car il assiste à la disparition de l'enfant et devient spectateur de ce qui se passe après... Ensuite, il suit en parallèle le quotidien des parents et de leurs proches, de l'enquêteur italien et du principal suspect comme dans un épisode de l'inspecteur Colombo...

Les personnages sont caricaturaux, la mère est machiavélique, le père démissionnaire et inconsistant, les frères insupportables. Tony, l'oncle de Madec est un personnage cynique, il s'est autoproclamé porte-parole de la famille Macant et débarque dans l’histoire après la disparition de Madec pour créer un buzz médiatique. Seuls le petit Madec, enfant incompris, fait pitié et Ron le principal suspect est touchant.

J'ai peiné à lire ce livre que j'ai trouvé plein de longueurs inutiles l’auteur délaye sa prose… que de longueur… Il a fallut que je me force pour terminer ce livre, si cela n’avait pas été pour le Jury Elle je l’aurai vite abandonné !  

Autres avis : Clara, Constance, Canel, Mimi, Jostein, Anna Blume

Extrait : (début du livre)
Granville est située au bord de la Manche à l'extrémité de la région naturelle du Cotentin, elle ferme par le nord la baie du Mont-Saint-Michel et par le sud la côte des havres. Jadis la ville était fameuse pour son port morutier, devenu le premier port coquillier de France. On pourrait dire sans risque de se tromper qu'au moins le mitan du quinze millier de Granvillais tire bénéfice, de près ou de loin, du négoce des fruits de mer. Malgré cela, la plupart d'entre eux rechignent encore à se sustenter de coquillages (peut-être par peur de mordre la main qui les alimente). On ne compte plus les visiteurs de passage qui se sont frottés à cette énigme - dont la simple évocation suscite immédiatement, et pour une raison inconnue, de la gêne, un malaise, voire de l'animosité.

De pente très faible, l'estran de la côte granvillaise permet à des marées de plus de quatorze mètres de monter. Au début du siècle, et à plusieurs reprises, des enfants partis à la chasse aux palourdes ont laissé leurs familles en deuil. Si de tels drames ne sont plus à déplorer depuis quelques décennies, les propagandes maternelles n'ont fait que s'accroître, au point d'engendrer des générations hantées par un même cauchemar immense et salé. A l'école municipale, la leçon de Sergine Frêle sur le mouvement des marées prend chaque année la forme et la solennité d'un avertissement.

 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Septembre

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17 août 2012

L'élimination - Rithy Panh

l__limination_1 lelimination Grasset – janvier 2012 – 336 pages

Quatrième de couverture :
"A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien."

Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.

L'élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel.

Auteurs : Rithy Panh est cinéaste. On lui doit, entre autres, Les gens des rizières, Bophana et S21 – La machine de mort khmère rouge, qui fut un événement, et Duch, le maître des forges de l'enfer. Il a écrit ce livre avec Christophe Bataille, qui est romancier.

Christophe Bataille, né en 1971, est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Annam (1993) et J’envie la félicité des bêtes (2002), Quartier général du bruit (2006). Il est éditeur chez Grasset depuis 1997.

Mon avis : (lu en août 2012)
Avant de recevoir ce livre pour le Jury Elle 2013, j'avais déjà entendu parler de ce livre et vu une interview de l'auteur. J'étais donc très curieuse de le découvrir.
Rithy Panh est avant tout un cinéaste, il a réalisé en 2003 le film documentaire S21, la machine de mort Khmère rouge où il filme la rencontre entre deux des sept rescapés de ce centre de détention situé au cœur de Phnom Penh où près de 17 000 prisonniers ont été torturés, interrogés puis exécutés entre 1975 et 1979 et de leurs anciens bourreaux. Pour avoir un autre point vue sur ce génocide, en 2011, Rithy Pahn réalise un documentaire sur Dutch qui a dirigé le centre S21. Il l'a rencontré et filmé des centaines d'heures dans sa cellule pour tenter de cerner ce communiste acteur du génocide cambodgien, pour essayer de comprendre pourquoi il est devenu bourreau. C'est à la suite de cette rencontre que Rithy Pahn a ressenti le besoin d'écrire ce livre où il raconte en parallèle sa rencontre avec Dutch et son enfance sous le joug des Khmers rouges trente-cinq ans plus tôt. Cela l'amène aussi à quelques réflexions sur l'homme capable de devenir inhumain.
Dutch est un personnage ambiguë et glaçant, il reconnaît ses crimes mais veut les justifier, il se définit comme un « technicien de la révolution ». Jamais, il n'a un mot de compassion ou de pardon pour ses trop nombreuses victimes. « Méchanceté et cruauté ne font pas partie de l'idéologie. C'est l'idéologie qui commande. Mes hommes ont pratiqué l'idéologie. »  
Rithy Pahn est lui-même un rescapé du génocide commis par les Khmers Rouges sur presque un tiers de la population cambodgienne. Il avait une dizaine d'année le 17 avril 1975, lorsque les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh et que sa vie a été à jamais bouleversé.

Ayant lu il y a un an sur le même sujet le livre Le portail de François Bizot, cela m'a permis d'en apprendre encore plus sur ce moment d'Histoire mais je n'ai pas pu m'empêcher de comparer les deux livres et regretter que Rithy Panh soit beaucoup dans la retenue et laisse une distance avec son lecteur, mais c'est sans doute conforme à sa personnalité et à sa culture. J'ai eu également l'occasion de voir plusieurs interviews à propos du livre et Rithy Panh est plus touchant dans son témoignage oral que à l'écrit, c'est vrai qu'il est avant tout un cinéaste. Aussi après la lecture de ce livre je suis vraiment curieuse de découvrir ses films S21 et Dutch, le maître des forges de l'enfer.

C'est un témoignage très fort à la fois terrible et passionnant qui ne peut pas laisser indifférent. En cours de lecture, j'ai noté de nombreux passages qui m'ont frappé et que j'ai voulu relire en rédigeant ce billet.

Autres avis : CanelJostein, Mimi, Clara, Constance

Extrait : (début du livre)
Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d'exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d'un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage.
12 380 personnes au moins furent torturées dans ce lieu. Les suppliciés qui avaient avoué étaient exécutés dans le « champ de la mort » de Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-est de Phnom Penh - également sous la responsabilité de Duch. A S21, nul n'échappe à la torture. Nul n'échappe à la mort.
Dans sa prison du tribunal pénal parrainé par l'ONU (en fait CETC, soit « Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens »), Duch me dit de sa voix douce : « A S21, c'est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils hommes ou animaux ? C'est une autre histoire. » J'observe son visage de vieil homme, ses grands yeux presque rêveurs, sa main gauche abîmée. Je devine la cruauté et la folie de ses trente ans. Je comprends qu'il ait pu fasciner, mais je n'ai pas peur. Je suis en paix.

Quelques années auparavant, pour préparer mon film S21 - La machine de mort khmère rouge, j'ai mené de longs entretiens avec des gardiens, des tortionnaires, des exécuteurs, des photographes, des infirmiers, des chauffeurs qui travaillaient sous les ordres de cet homme. Très peu ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Tous sont libres. Assis dans une ancienne cellule, au cœur du centre S21 devenu un musée, l'un d'eux me lance : « Les prisonniers ? C'est comme un bout de bois. » Il rit nerveusement.
A la même table, devant le portrait de Pol Pot, un autre m'explique : « Les prisonniers n'ont aucun droit. Ils sont moitié homme, moitié cadavre. Ce ne sont pas des hommes. Ce ne sont pas des cadavres. Ce sont comme des animaux sans âme. On n'a pas peur de leur faire du mal. On n'a pas peur pour notre karma. » A Dutch aussi, je demande s'il cauchemarde, la nuit, d'avoir fait électrocuter, frapper avec des câbles électriques, planter des aiguilles sous les ongles, d'avoir fait manger des excréments, d'avoir consigné des aveux qui sont des mensonges, d'avoir fait égorger ces femmes et ces hommes, les yeux bandés au bord de la fosse, dans le grondement du groupe électrogène. Il réfléchit puis me répond, les yeux baissés : « Non. » Plus tard, je filme son rire.  

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection document
Jury Septembre

Autre livre sur le même sujet :

le_portail_folio Le portail - François Bizot

 

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02 août 2012

L'Aventure commence !

Cela fait des semaines que j'attendais cela...

Il y a une semaine, je recevais une lettre m'annonçant les titres des 3 premiers livres et
hier soir, j'ai trouvé le colis avec les 3 livres dans ma boîte aux lettres !

P1000173_50

C'est donc parti pour le Jury du Grand Prix des lectrices Elle 2013 !

Je dois rendre ma "copie" avant le 27 août.

Pour ce premier round, j'ai déjà lu le policier "Au lieu-dit Noir-Étang... - Thomas H. Cook" juste quelques jours avant de savoir qu'il faisait parti de la sélection, je vais donc pouvoir rapidement réécrire mes commentaires sur ce livre sans être obligé de le relire.

Je pense terminer deux lectures en cours avant de me lancer pour commencer dans la lecture du document. 

A suivre...

Grand_Prix_des_Lectrices_2013

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22 juillet 2012

Au lieu-dit Noir-Etang –Thomas H. Cook

au_lieu_dit_Noir_Etang Seuil - janvier 2012 - 354 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Titre original : The Chatham School Affair, 1996

Quatrième de couverture :
Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre, à quelques encablures du cap Cod : son église, son port de pêche et son école de garçons, fondée par Arthur Griswald, qui la dirige avec droiture et vertu. L'arrivée de la belle Mlle Channing, venue d'Afrique pour enseigner les arts plastiques à Chatham School, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts. Henry, le fils adolescent de M Griswald, est vite fasciné par celle qui va lui enseigner le dessin et lui faire découvrir qu'il faut " vivre ses passions jusqu'au bout ". Du coup, l'idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan. Henry assiste, complice muet et narrateur peu fiable, à la naissance d'un amour tragique entre Mlle Channing et M Reed, le professeur de lettres qui vit au bord du Noir-Etang avec sa femme et sa fille. Il voit en eux " deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff ". Mais l'adultère est mal vu à l'époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : " Que s'est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? "
Utilisant avec une subtilité machiavélique la palette des apparences, des dits et des non-dits, Thomas H. Cook allie à une tragédie passionnelle digne des classiques du XIXe siècle un suspense d’une ambiguïté insoutenable.

Auteur : Né en 1947, Thomas Cook a été professeur d'histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. Il vit à New York et au cap Cod. Un prestigieux Edgar Award a récompensé Au lieu-dit Noir-Etang en 1996 aux Etats-Unis, et Les Feuilles mortes a reçu le Barry Award en 2006.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Ayant beaucoup aimé Les feuilles mortes et Les leçons du Mal , j'étais très impatiente de découvrir le dernier livre paru en France de Thomas H. Cook. Il a été publié en 1996 au États-Unis, il est donc antérieur aux deux autres. Je n'ai pas été déçu au contraire, ce livre est un coup de cœur.
Tout d'abord, j'aime beaucoup le mystérieux du titre et surtout la couverture avec son phare.
Chatham, petite ville sans histoire de Nouvelle-Angleterre, Henry le fils du directeur de Chatham School se souvient du jour de l'arrivée de Mlle Channing, la nouvelle professeur d’arts plastiques en août 1926. Henry qui est le narrateur de cette histoire, longtemps après cette année scolaire qui marquera à jamais sa vie, il vit toujours à Chatham, en solitaire. 

Mlle Channing est une artiste, son père un grand voyageur l'a élevé avec des principes très novateurs pour l'époque, « vivre selon ses passions », privilégier la liberté, son développement personnel...
Elle est logée dans un cottage isolé, au lieu-dit Noir-Etang où non loin de là vit M. Reed, professeur de littérature, avec sa femme et sa petite fille. Chaque jour, ils font ensemble le trajet entre le collège et leurs domiciles. Henry est le témoin privilégié du rapprochement qui s'opère peu à peu entre Mlle Channing et M. Reed, mais du haut de ses quinze ans il imagine certaines choses...
Dès le début, le lecteur comprend que cette histoire se terminera par un drame et tout au long du récit l'auteur nous en dévoile peu à peu des indices. Que s'est-il vraiment passé au "lieu-dit Noir -Étang" ?
Le style de ce livre est magnifique, il est écrit comme un roman classique, c'est également le portrait d'une époque et les lieux y sont superbement décrits.
La psychologie des personnages est très intéressante, autant pour les personnages principaux que sont Mlle Channing, M. Reed et Henry mais aussi pour le père d'Henry et directeur de Chatham School.
La construction du livre donne tout le suspens et même après le dénouement de l'histoire, le lecteur a droit à de nouvelles surprises dans les toutes dernières pages.  
Un vrai coup cœur pour moi que je vous invite à découvrir.

Autres avis : Anna Blume, Clara, Mimi, JosteinCanelConstance, Theoma

Extrait : (début du livre)
Mon père avait une phrase préférée. Il l'avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l'air grave. "Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne." Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des évènements le contredirait, ni à quel point j'en aurais éminemment conscience.
Parfois, en ces tristes journées d'hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l'univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu'il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et revois la grand-rue de Chatham telle qu'elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d'automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu'il a construit de ses propres mains, des skis à l'avant, deux parties des chenilles d'un tank de la Première Guerre mondiale à l'arrière, le tout accroché au châssis cabossé d'un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l'air intemporel.
Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et de l'enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.
Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j'ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d'un bleu étincelant, son père, à côté d'elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l'avenir leur tend les bras, que c'est un pré d'herbe tendre qui n'abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans mon cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu'elle eut brièvement en la vie. Ne te prive pas, Henry. Il y en a pour tout le monde.

 logo_bibli_IGN_20

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection policier
Jury Septembre

Déjà lu du même auteur : 

les_feuilles_mortes_p Les feuilles mortes les_le_ons_du_mal_p Les leçons du Mal 

 

50__tats
30/50 : Georgie
(Thomas H. Cook a étudié et enseigné en Georgie)

 Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
 catégorie "Même pas peur" : 3/12

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

logo_Petit_BAC_2012
"Couleur"





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08 juin 2012

Prix Littéraire des Lectrices de ELLE

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Depuis hier soir, je suis excitée comme une puce...
J'ai reçu une lettre du Prix Littéraire des Lectrices de ELLE m'annonçant  
que je faisais partie des 120 lectrices-jurées du Prix des Lectrices 2013 ! ! !

Depuis deux ans, j'avais postulé à plusieurs jurys et jusqu'à aujourd'hui,
j'avais fait "choux blanc"... 

Je me réjouie de cette nouvelle expérience même si cela m'engage à lire beaucoup de livres :

28 livres du mois d'août à la mi-avril !

10 romans, 9 policiers et 9 essais !

 

 

 Edit 11/06 : Pour les initiés, je fais partie du jury de Janvier

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