16 décembre 2015

Facteur pour femmes - Sébastien Morice et Didier Quella-Guyot

9782818934135_1_75 Bamboo - septembre 2015 - 110 pages

Quatrième de couverture :
La Première Guerre mondiale vide une petite île bretonne de ses hommes. Il ne reste plus que les enfants, les vieux et les femmes... et Maël. Malgré ses envies de défendre la patrie, il n'est pas mobilisé, car il a un pied-bot. Il devient le seul homme, jeune et vigoureux, de l'île... A sa façon, il participe à l'effort de guerre en distribuant le courrier aux habitants, des femmes essentiellement... Celui que toutes ignoraient découvre ainsi tous leurs secrets...

Auteurs : Sébastien Morice, est né à Vannes en 1974. Auteur et illustrateur indépendant.
En 2001, il obtient son diplôme d'architecte et se dirige vers l'image de synthèse découverte durant ses études. Il se spécialise alors en rendu architectural (image fixe et animation). 
Cependant, fin 2008, suite à un congé parental qui lui permet de nouer des contacts décisifs, il décide de s'investir totalement dans la BD et l'illustration. Parmi ces contacts, les éditions Petit-à-petit lui donnent sa chance en lui commandant deux histoires courtes parues dans deux recueils BD "Contes et légendes du moyen-âge" et "Poèmes érotiques de la littérature". 
En 2009 il réalise également pour l'éditeur normand son premier album "Le café des colonies", l 'adaptation BD d'une nouvelle de Maupassant intitulée "Boitelle" avec Didier Quella-Guyot au scénario, qu'il retrouvera ensuite pour le dyptique Papeete".
En 2015, il sort "Facteur pour femmes". 
Didier Quella-Guyot est né le 7 juillet 1955 à Rochefort-sur-Mer. Il habite désormais Saint-Julien L'Ars. Ses différentes activités : professeur de lettres au lycée professionnel, critique littéraire spécialisé en bande dessinée et littérature pour jeunesse, directeur de la collection "La BD de case en Classe", formateur BD depuis 1990, il anime des stages pour enseignants. Il est aussi scénariste et organisateur d'expositions sur la BD et auteur de nombreux romans et articles biographiques.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
1914, c'est mobilisation générale dans toute la France. Sur une petite île bretonne, tous ses hommes valides sont partis à la guerre. Seul Maël est resté sur l'île car il est infirme, il a un pied-bot. Hormis les enfants et les vieux, il reste le seul homme adulte, il va donc devenir le facteur à vélo de l'île. Avant, timide et brutalisé par son père, il était considéré comme idiot par les gens de l'île. Ce rôle de facteur va l'émanciper et le dégourdir, il va devenir le confident de ces femmes esseulées, et peu à peu il se rapprochera d'elles... 

Cette histoire évoque la Première Guerre Mondiale vu depuis l’arrière, avec ces femmes de marins qui prennent leur destin en main, sans être obligées de rendre des comptes. Les lettres des poilus sont également au centre de la BD, elles sont attendues au pays, elles restent des témoignages précieux de l’horreur du conflit. 
Cette histoire commence comme un conte amusant et coquin puis cela devient plus grave lorsque la vraie personnalité des principaux protagonistes de cette BD va se révéler. L’épilogue en révélera davantage sur l'aspect ambivalent des personnages. 
Un vrai coup de coeur également pour le dessin et les superbes couleurs de cet ouvrage.

Extrait :

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13 décembre 2015

Les vieux fourneaux - tome 3 : Celui qui part

les-vieux-fourneaux-tome-3-celui-qui-part Dargaud - novembre 2015 - 64 pages

Quatrième de couverture :
Le phénomène de l'humour en BD revient !

Dans ce 3ème tome des Vieux fourneaux, Lupano et Cauuet se penchent sur le cas de Mimile, qui a passé sa vie à bourlinguer dans le Pacifique, entre bourre-pifs, rugby et amitiés au long court. Pirate un jour, pirate toujours ! En parallèle : Pierrot et son collectif "Ni Yeux Ni Maître" jouent les abeilles tueuses, et Sophie apprend qu'à la campagne, on ne prend pas ses oeufs de poule chez les vieilles chouettes.
Bref, les « vieux fourneaux » sont de retour, pétant la forme !

Auteurs : Paul Cauuet est né le 11 juin 1980 à Toulouse. Dès l'enfance, le dessin est une véritable passion pour lui, grâce à l'encouragement et aux conseils de sa famille, ainsi qu'à la plongée dans la bande dessinée, d'abord avec Tintin, Astérix, puis avec Blake et Mortimer, Jeremiah, L'Incal ... Le dessin ayant toujours accompagné sa scolarité, il prolonge sa passion dans ses études d'Arts Appliqués à l'Université Toulouse Le Mirail. C'est durant cette période qu'il rencontre Guillaume Clavery, scénariste. Leur premier projet de BD est publié en 2003 aux Editions Delcourt : « Aster » une série en 4 tomes, mêlant aventure, quête initiatique, paysages oniriques et mythologie orientale. En 2010, il collabore avec le scénariste Wilfrid Lupano, qu'il connaît depuis quelques temps déjà, pour « L'Honneur des Tzarom » aux Editions Delcourt, une série en 2 tomes, une comédie spatiale narrant les aventures loufoques et déjantées d'une famille de gitans du futur. Humour débridé, action rocambolesque, décors fantastiques et aliens en tout genre font de cette série une véritable récréation à grand spectacle. La fusion improbable entre l'univers de Georges Lucas et l'ambiance des films d'Emir Kusturica. Depuis 2012, il travaille au sein de l'atelier « La Mine », à Toulouse. A la fois, atelier de travail et lieu associatif qui propose des cours et stages de BD, ateliers de modèles vivants, et autres rencontres mêlant les différents acteurs du monde du 9ème art de la Ville Rose et de sa région. En 2014, Paul Cauuet et Wilfrid Lupano se retrouvent pour une nouvelle série « Les Vieux Fourneaux » éditée aux Editions Dargaud. C'est une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations qui met en scène trois septuagénaires, amis d'enfance, bien décidés à profiter du peu de temps qu'il leur reste. C'est une histoire qui mêle humour, tendresse, nostalgie, sujets de société (travail, écologie, politique,...) et une certaine vision du monde actuel.
Wilfrid Lupano est né à Nantes en 1971, mais c'est à Pau qu'il passe la plus grande partie de son enfance. Une enfance entourée des BD de ses parents, même si c'est surtout à une pratique assidue du jeu de rôle qu'il doit son imaginaire débridé et son goût pour l'écriture. Plus tard, il travaille dans les bars pour financer ses études – un peu de philo et une licence d'anglais –, il y rencontre deux futurs amis et associés, Roland Pignault et Fred Campoy. Ensemble, ils réalisent un western humoristique, Little Big Joe (Delcourt), dont le premier tome paraît en 2001. Il récidive avec Virginie Augustin et Alim le tanneur, un récit fantastique en quatre tomes, qu'il termine en 2009. Entre-temps, sa carrière est lancée, et il enchaîne les titres : L'assassin qu'elle mérite, L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu, Le Singe de Hartlepool, Azimut... En 2014, Wilfrid Lupano obtient le Fauve du meilleur polar avec Ma Révérence.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
J'avais hâte de découvrir le tome 3 de cette série si savoureuse et je n'ai pas pas été déçue...
Nous retrouvons nos vieux fourneaux de retour à la campagne, le lecteur en apprendra un peu plus sur le passé, pas toujours glorieux, des trois compères.
Il y aura l'apparition de Berthe la vieille voisine, les retrouvailles entre Errol l'australien et "le biouche"...
 Les personnages sont toujours aussi attachants et les dialogues délicieux, plein d'humour ! Et l'ambiance entre générations est chaleureuse.

Extrait :

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 Déjà lu des mêmes auteurs :

Couv_210981 Les vieux fourneaux tome 1 : Ceux qui restent 

9782505061632_1_75 Les vieux fourneaux tome 2 : Bonny and Pierrot 

 

 

 

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28 novembre 2015

Une forêt d'arbres creux - Antoine Choplin

Lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2015 PriceMinister

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une foret d'arbres creux La fosse aux ours - août 2015 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse.
Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (2005), L’impasse (2006), Cairns (2007), et de Apnées (2009), Cour Nord (2010), Le héron de Guernica (2011), La nuit tombée (2012), Les gouffres (2014).

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Ce livre est un vrai coup de poing et coup de coeur.
Dans ce livre, Antoine Choplin nous raconte une histoire vraie, celle de Bedrich Fritta, un artiste tchèque déporté au camp de Terezin avec sa femme et son fils âgé de 1 an. Bedrich a été affecté au bureau des dessins techniques, il y dessine et supervise les plans d'aménagement du camp, en particulier, il va devoir avec son équipe dessiner les plans des futurs crématoriums. 
La nuit, en secret, avec quelques uns de ses compagnons, ils dessinent leur quotidien, la réalité du camp. Comme un acte de résistance, ils veulent témoigner et durant quelques heures dessiner "librement". 
Un travers un récit cours, juste, sobre et avec une écriture poétique, l'auteur dessine le ghetto de Terezin avec son l'atmosphère pesante, ses horreurs, la violence, la peur de partir dans ces trains vers la mort, la fatigue des corps amaigris mais aussi ses petits gestes d'humanité, ses lueurs d'espoir, la passion de l'art qui aide à survivre, la résistance... 

Merci PriceMinister pour ce partenariat et cette découverte poignante.

Après cette lecture touchante et forte, je me suis renseignée sur Bedrich Fritta (1906 - mort à Auschwitz en novembre 1944), voici ci-dessous quelques uns de ses dessins :

Bedřich Fritta, Barackenbau, (Auftragsarbeit), Theresienstadt 1942

Dessin "officiel" destiné à la propagande

 

Bedřich Fritta, Cvokárna: Raum mit geisteskranken Frauen, 1943

Bedřich Fritta, Sammelunterkunft, 1943

Bedřich Fritta, Männerunterkunft in der Sudetenkaserne, 1943

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Dessins non officiels

Bedřich Fritta, « Für Tommy zum dritten Geburtstag in Theresienstadt 22.1.1944 », 1943/44

Livre d'image réalisé en 1943 et 1944 pour les 3 ans de Tommy, le 22 janvier 1944

Extrait : (début du livre)
Quand il regarde les deux arbres de la place, il pense à tous les arbres du monde.
Il songe à leur constance, qu’ils soient d’ici ou de là-bas, du dehors ou du dedans. Il se dit : vois comme ils traversent les jours sombres avec cette élégance inaltérée, ce semblable ressort vital. Ceux bordant la route qui relie la gare au ghetto, et qui s’inclinent à peine dans la nudité ventée des espaces. Ceux des forêts au loin, chacun comme une obole au paysage, et dont la cohorte se perd au flanc des montagnes de Bohême. Ceux aussi des jardins de l’enfance et que colorent les chants d’oiseaux. Ceux des collines froides, des bords de mer, ceux qui font de l’ombre aux promeneurs de l’été. 
Ces deux-là sont peut-être des ormes. Des ormes diffus, à en juger par l’opulence décousue de la ramure. Même au seuil de l’hiver, la seule densité des branches réussit à foncer le sol d’un gris plus net. Voilà ce que Bedrich observe un long moment, le jour même de son arrivée à Terezin. Les deux ormes, appelons-les ainsi, de tailles sensiblement égales, jeunes encore sans doute, distants de quelques mètres à peine et confondant ainsi leurs cimes. Par contraste, la clarté laiteuse du jour perçant la ramure au cœur rend à chaque branche sa forme singulière. On voit ainsi combien la silhouette rondouillarde et équilibrée de l’arbre résulte de l’agrégat d’élancements brisés, de lignes rompues et poursuivant autrement leur course, de désordres. Dans ce chaos que ne tempère que cette tension partagée vers le haut, l’œil a tôt fait d’imaginer des corps décharnés, souffrants, empruntant à une gestuelle de flamme ou de danseuse andalouse, implorant grâce ou criant au visage de leur bourreau la formule d’un ultime sortilège, résistant un instant encore à l’appel du gouffre que l’on croirait s’ouvrant à la base du tronc.
Juste derrière les deux ormes passe la clôture de fils de fer barbelés, quatre ou cinq lignes noires et parallèles rythmées par les poteaux équidistants. Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à bien y regarder, semble se disloquer la promesse des choses. Car à l’œil englobant de Bedrich, les deux arbres naguère palpitants et qui le renvoyaient à la grande fratrie des arbres du monde, lui apparaissent maintenant, par le seul fait de ces barbelés, comme un leurre. Au mieux, ils s’évanouissent en tant qu’arbres pour n’être plus que créatures incertaines, soumises à plus fort qu’elles-mêmes. Pour peu, ils ne seraient bientôt plus qu’une illusion de la perception, jetés en irréalité par le trait de la clôture.
Voilà peut-être pour ce qui est de ce regard du premier jour porté par Bedrich sur les deux ormes de la place de Terezin. S’y entrelacent, en lisière de cette désolation, l’élan et la contrainte, la vérité et l’illusion, le vivant et le mort. À eux seuls, les barbelés ne disent rien, pas plus que les arbres ; ce sont les deux ensemble qui témoignent de l’impensable.
Il repense aux forêts aperçues depuis le train et à cette étrange sérénité que ces paysages lui ont procurée malgré tout. Les forêts portent les espoirs, il se dit. Elles ne trompent pas. On n’a jamais rapporté le cas d’une forêt d’arbres creux, n’est-ce pas ?

 

Déjà lu du même auteur :

le_h_ron_de_guernica Le héron de Guernica 5600 La nuit tombée 

cour_nord Cour Nord choplin_radeau Radeau 98602965 Les gouffres

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27 novembre 2015

Dieu roule pour moi - Dominique Souton

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Ecole des Loisirs

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9782211225571 Ecole des Loisirs - octobre 2015 - 168 pages

Quatrième de couverture :
Bienvenue chez moi, Chrissie Jones. Mon pauvre papa pasteur, ma petite maman et mes deux foutus frères, mes cours de français, mes 13 ans et les copines qui vont avec, toutes s’impatientant de rencontrer le prince charmant. Damnit. Bienvenue à Sioux Falls, Dakota du Sud. Ses légendes indiennes, ses deux cents églises, ses phénomènes bizarres, et son bal de la pureté, au cours duquel les jeunes filles doivent promettre à leur père de rester chastes jusqu’au mariage. Ha ha ha. Oui, bienvenue dans ce trou perdu. Dieu merci, il est possible que j’ai quelques pouvoirs, susceptibles de vous étonner.

Auteur : Dominique Souton est née à Grenoble et vit à Paris. Après avoir exploré une veine plus autobiographique dans "Pur chèvre", "Bac en poche" et "Quand on raconte des histoires horribles, il arrive des histoires horribles", elle s'est inspirée de ses deux filles pour écrire les aventures d'Hélène et Azalaïs. Six livres autour d'une famille, la famille Milnes, dans lesquels elle excelle à dépeindre des situations de la vie quotidienne et plus largement, notre monde contemporain avec beaucoup d'humour et de pertinence. On retrouve Hélène et Azalaïs dans "Recherche doudou désespérément", "Maman fait ses devoirs", "9", "Ma jumelle, moi et quelques pous", "Tout le monde sait les lettres sauf moi" et "Un dada dodu".

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Chrissie Jones est une jeune américaine de 13 ans. Elle vit à Sioux Falls "un trou perdu" du Dakota du Sud. Elle raconte sa "triste" vie dans un échange épistolaire sur internet avec Emma, sa correspondante française qui a le même âge. Le lecteur ne lira que la correspondance de Chrissie.
Chrissie se sent différente car son père est pasteur et qu'elle est élevée assez strictement et sa vie est en décalage par rapport à celle de ses camarades de classe. A l'école, elle n'a pas d'amis, elle se sent comme transparente. A la maison, ses deux frères sont des étrangers pour elle, son père est très occupé par sa pastorale, sa mère passe son temps à cuisiner des gâteaux français. Heureusement que Chrissie a trouvé Emma pour se confier et lui raconter sa vie avec la naïveté d'une pré-ado de 13 ans mais avec également une regard critique et fataliste sur son environnement proche, sur le bal de la pureté auquel elle va devoir participer, sur l'interdiction de fréquenter un garçon... 
J'ai trouvé Chrissie très attachante et j'ai passé un bon moment en sa compagnie. La quatrième de couverture évoque des pouvoirs magiques, des légendes indiennes ou des phénomènes bizarres, c'est un peu survendu car ces pouvoirs sont relatifs et anecdotiques.

L'auteur est française mais étonnement ce roman est vraiment dans le style d'un roman ado américain.

Merci Babelio et les éditions Ecole des Loisirs pour cette découverte.

Extrait : (page 8)
Chère Emma,
Je ne sais pas toi, mais moi, je suis sacrément contente qu'on soit correspondantes. Tu voulais savoir pourquoi... pourquoi je t'ai choisie. Eh bien, parce que, comme toi, j'aime écrire, chanter, danser, j'aime les chevaux et les dauphins. D'ailleurs, sur Polyglot Club, tu l'auras remarqué, on n'est pas les seules. Apparemment, tout le monde aime les chevaux et les dauphins, haha. Bien sûr, dans le Dakota du Sud, les dauphins, je ne suis pas près d'en voir, LOL. Et puis tes lunettes sont classe. Au lycée, il n'y a que moi qui aie des lunettes. Mes camarades* (oops, un blasphème !) préféreraient être aveugles plutôt que d'en porter. Une question de morale ou d'éthique, je crois. Les miennes sont moches. Une question de morale aussi. Ou d'argent. Mes pauvres parents ne tiennent pas à ce que je sois classe, et tu comprendras bientôt pourquoi.

Ta nouvelle correspondante, Chrissie

Ma chère Emma,
J'ai oublié de te le préciser, je m'appelle Christine, Christine Jones, Chrissie est un surnom. Dans Christine, il y a Christ, ma famille est très religieuse. Tout le monde est croyant aux États-Unis, mais nous, beaucoup plus que les autres. J'aurais bien sûr préféré Séléna ou Miley, mais on fait avec ce qu'on a. Je te présenterai le reste de ma foutue famille la prochaine fois.

Christine Jones

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19 novembre 2015

Le Papyrus de César - Jean-Yves Ferri, Didier Conrad

9782864972716_1_223958 Editions Albert René - octobre 2015 - 48 pages

Quatrième de couverture :
Deux ans après le succès d’Astérix chez les Pictes, les personnages créés par René Goscinny et Albert Uderzo sont de retour dans un nouvel album écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad. Tous les ingrédients de la potion magique Astérix sont au rendez-vous : l’Histoire de Rome et des Gaulois est revue et corrigée à coups de gags et de jeux de mots en pagaille ! Par Toutatis ! En octobre 2015, toute la Gaule sera occupée… A lire LE PAPYRUS DE CESAR !

Auteurs : Jean-Yves Ferri pour le scénario. Oscillant entre humour et tentative de réhabilitation d'un certain mode de vie campagnard, il se démarque du reste de la production par un ton particulier. De sa jeunesse, il garde son amour immodéré du terroir et l'insuffle dans ses planches. Dès 1993, il fait son entrée parmi la caste des auteurs de Fluide Glacial. Ses 'Fables autonomes', parues au format album en 1996 et en 1998, évoquent une condition rurale âpre. Ardent défenseur du monde paysan, il n'en traite pas moins avec décalage et cynisme par le biais de l'autre série qu'il développe dans les pages de Fluide Glacial, celle des aventures d''Aimé Lacapelle', sorte de policier rural à la gouaille inégalée. Auteur et dessinateur, c'est en s'associant avec Manu Larcenet qu'il rencontre massivement le public. Leur oeuvre commune, 'Le Retour à la terre', entamée en 2002, témoigne de la difficulté de vivre sans racines et fait preuve d'une sensibilité rare. Entre humeurs bucoliques et regard doux-amer, Jean-Yves Ferri est un artiste dans le système mais définitivement à part.

Didier Conrad pour le dessin. Né le 6 mai 1959 à Marseille, il fait ses débuts en 1973 avec une "Carte blanche" humoristique de deux pages pour SPIROU. Il s'associe avec Yann pour illustrer "Jason", un scénario fantastique de Mythic. Avec son complice, il va former le premier duo d'affreux jojos de la bande dessinée en multipliant, au début des années 80, des animations corrosives dans SPIROU (les célèbres hauts de pages), la satire des séries réalistes traditionnelles avec les "Innommables" et la parodie avec "Bob Marone". Séparé de son conseiller en pastiches, Conrad commence en 1984 une œuvre personnelle : c'est "L'Avatar" qui préfigure selon lui, "Le Piège Malais", publié en deux volumes six ans plus tard dans la prestigieuse collection "Aire Libre" et dont une intégrale a été proposée en 1999. Conrad crée ensuite, en 1991, une série pour les plus jeunes lecteurs : "Donito", dont quatre aventures se succéderont chez Dupuis avant qu'il renoue pour Dargaud avec les "Innommables" et son complice préféré, Yann. Sous le pseudonyme commun de "Pearce", ils vont explorer la jeunesse de Lucky Luke dans "Kid Lucky", sur un scénario de Jean Léturgie, chez Lucky Productions. Son dessin nerveux et joliment disneyien lorsqu'il ne s'attaque pas au bazooka aux univers classiques le fait remarquer par les chasseurs de tête de Spielberg qui s'efforceront un moment de canaliser son inspiration pour les studios Dreamworks aux états-Unis. Le dessin animé d'outre-Atlantique n'étant apparemment pas sa tasse de thé préférée, "Pearce" vient de relancer une série drolatiquement western sur scénario de Jean Léturgie : "Cotton Kid", un petit môme de l'Ouest.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
C'est rentrée littéraire à Rome, César est sur le point de publier « La Guerre des Gaules » et Promoplus, son conseiller en communication, lui conseille de supprimer le chapitre évocant ses échecs avec l'irréductible village gaulois d'Armorique, ce n'est pas bon pour son image et personne ne le saura... Mais Bigdata, l'un des scribes, vole l'un des papyrus de ce chapitre et il le fait passer en Gaule grâce à Doublepolémix, un colporteur sans frontières.
Au village, les gaulois sont plus intéressés par les horoscopes de l'Echo de Condate que par le livre de César... Et pour Obélix, le présage est difficile à entendre « Evitez les conflits, remettez-vous en question. » et surtout, « Diminuez les sangliers » ! Avec l'aide d'Astérix et Obélix, Panoramix, conscient de l'importance du papyrus et voulant appliquer le vieux proverbe gaulois : « Les écrits s'envolent, les paroles restent » décide de sauver le précieux document. Bien sûr, les Romains feront le maximum pour l'en empêcher...
Jeux de mots, références historiques ou à l'actualité, il est question de piratage, de nouvelles technologies... Des dialogues dignes de Goscinny, des dessins à la hauteur d'Uderzo et des gaulois épris de liberté, de vérité !

Extrait : 

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Déjà lu des même auteurs :

Pictes-226x300 Astérix chez les Pictes

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18 novembre 2015

Les amis du Paradis - Caroline Vermalle

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

les amis du paradis Belfond - octobre 2015 - 252 pages

Quatrième de couverture : 
Antoine est un jeune homme timide qui rêve d'être un héros. Rose est une violoncelliste de talent, mais qui a perdu sa flamme intérieure. Et le Paradis est un somptueux cinéma, où le vieux Camille invite à rêver en projetant des films tous les dimanches soirs. Lors d'une nuit glaciale, une tempête de neige enveloppe le petit village, et Camille meurt. C'est à Antoine qu'il revient de continuer à faire vivre le Paradis, seule animation du village. Mais des choses étranges se passent. Dans le cœur solitaire d'Antoine, Camille n'a pas disparu, il est même là qui lui parle et le conseille chaque fois qu'Antoine se retrouve seul dans le cinéma, presque abandonné. Et puis surtout la mairie décide de vendre le Paradis, et le promoteur qui compte l'acheter va le détruire pour profiter du terrain. Soudainement Antoine n'est plus seul et c'est tout le village qui va se battre pour sauver le cinéma de Camille, la mémoire du village. Même Rose, la discrète musicienne, revenue dans la maison de son enfance depuis quelques semaines... Se souviendra-t-elle d'Antoine avec qui elle avait joué, enfant, aux châteaux de sable, plusieurs juillets de suite ? Est-ce seulement dans les films projetés au Paradis que des femmes comme Rose tombent amoureuses d'hommes comme Antoine ?

Auteur : Après des études de cinéma, Caroline Vermalle a travaillé à Londres pour la BBC, fait le tour du monde, puis s'est installée en Vendée, juste en face de l'Île d'Yeu, qui lui a inspiré L'Île des beaux lendemains (2013). Les amis du Paradis est son quatrième roman pour adultes. Elle a également publié un roman pour la jeunesse, Sixtine (2013).
Mon avis : (lu en novembre 2015)
Le Paradis est le vieux cinéma de Villerude-sur-Mer une station balnéaire familiale de Vendée. Camille est le vieux projectioniste du cinéma, tout les dimanches, il fait revivre la salle en programmant de vieux films. Antoine est mécanicien, vivant de petits boulots, il n'a pas quitté sa ville d'enfance. Il est toujours prêt à venir réparer les projecteurs de Camille lorsque l'urgence s'en fait sentir.
Rose est une grande violoniste, usée par les nombreuses tournées dans le monde entier, elle a tout plaqué et est venue se réfugier dans la maison de vacances de son enfance qui appartenait autrefois à ses grands-parents. Depuis son retour à Villerude-sur-Mer, elle vient chaque dimanche au cinéma. Elle va y croiser Antoine qu'elle ne reconnaît pas. Ce dernier, lui, l'a reconnu mais n'ose pas l'aborder. Il y a plus de vingt ans, Antoine et Rose ont joué plusieurs étés ensemble sur la plage...
Un soir de tempête, Camille meurt brutalement et Antoine, seul à savoir faire fonctionner les vieux projecteurs, reprend non sans peine le cinéma. Celui-ci est en danger, la mairie veut le vendre pour le détruire car il est coûteux... Antoine va avoir des soutiens inattendus et trouver sa voie. Je ne vais pas en raconter plus car la quatrième de couverture est déjà trop bavarde...
J'ai bien aimé cette histoire, les personnages d'Antoine et Rose sont très attachants. Le Paradis ne peut que nous faire penser au film Cinéma Paradiso (film que j'ai très envie de revoir), l'histoire est différente, mais le lecteur imagine un lieu comparable, plein de surprises et de magie...
Comme Rose, j'ai la chance d'avoir passées toutes mes vacances d'été depuis que j'ai l'âge de 3 ans dans une petite station balnéaire bretonne... Il s'y trouve également un vieux cinéma qui était paroissial et qui est devenu municipal depuis quelques années... A ma connaissance, il n'a jamais été menacé, mais notre maison de vacances n'ayant pas de télé, la séance de cinéma est une institution à chaque séjour... En particulier lors des séjours à Pâques ou à la Toussaint pour profiter d'une soirée bien au chaud... Dans cette lecture, j'étais donc totalement en phase avec les souvenirs de Rose et Antoine
Merci au éditions Belfond pour cet envoi surprise.
Extrait : (début du livre)
"Ferme la porte, Rose, ma puce, pour pas que les moustiques rentrent." C'était l'été, le néon de la cuisine était allumé au-dessus de mamie qui faisait la vaisselle et on était un peu mélancoliques. C'était le dernier soir des vacances.
On avait passé l'après-midi à la plage. Une immense plage longue qui semblait toujours à marée basse tellement elle était grande. Il n'y avait pas trop de monde, parce qu'ici, c'était une petite station balnéaire de Vendée entre Notre-Dame-de-Monts et Noirmoutier, et que "c'est pas comme sur la Côte d'Azur, où ils sont serrés comme des sardines". On avait eu de la chance, cette année, il y avait eu du soleil, sauf pour le feu d'artifice du 14 juillet où il avait plu comme vache qui pisse. En cette dernière journée, il avait fait un temps superbe et on en avait si bien profité qu'on avait pris un coup de soleil sur l'épaule. On avait fait un château de de sable un peu moche, mais qui avait des fortifications stratégiques décorées de coquillages, et qui avait bien résisté quand la mer était montée. On s'était fait un nouvel ami grâce au château, ce qui était idiot, vu qu'on partait le lendemain. On avait pris le dernier goûter dans les pins, des biscuits au chocolat ramollis par la chaleur mais qui croquaient sous les dents à cause du sable au fond du sac. On avait étendu une dernière fois les serviettes élimées à côté des maillots, où il restait encore quelques algues dans les plis.   

Déjà lu du même auteur :

l_avant_derni_re L'avant-dernière chance 9782714456656 Une collection de trésors minuscules 

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13 novembre 2015

Vive la marée - David Prudhomme et Pascal Rabaté

vive_la_marée Futuropolis - septembre 2015 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Madame enfile son maillot à l’abri de sa serviette avant de se faire bronzer « seins nus ou pas seins nus ? Allez, seins nus. » Monsieur prépare son matériel de pêche tel un guerrier conquérant. Les enfants sont déjà dans l’eau, le chien à leur trousse, au matin on pense au repas du soir sans oublier de prévoir une case apéro. La plage est un formidable terrain de jeux où « les adultes rêvent et restent les enfants qu’ils ont toujours été », un observatoire de la trivialité humaine dans son plus simple appareil – ou presque. Prudhomme et Rabaté sont allés eux aussi à la mer. Avec un grand souci du détail, ils orchestrent un ballet d’estivants en déroulant autant de figures typiques. Un portrait chorale drôle, tendre, qui gratte à peine. Comme du sable dans les sandales.

Auteurs : David Prudhomme est né en 1969 et vit à Bordeaux. Alors qu’il est encore étudiant à la section bande dessinée de l’école d’Angoulême, David Prudhomme démarre Ninon secrète en 1992 sur un scénario de Patrick Cothias. Il poursuit cette série jusqu’en 2004, le temps de six albums parus aux Éditions Glénat. En 1998 et 1999 il collabore avec Pascal Rabaté le temps de deux ouvrages, Jacques a dit et Le jeu du foulard publiés aux éditions de La charrette. Il réalise notamment avec Etienne Davodeau en 2003, l’adaptation du roman de Georges Brassens, La tour des miracles. En 2006, il s’attaque aux grands textes du répertoire français en illustrant La farce de maître Pathelin et J’entr’oubliay de François Villon, Il publie également la première partie La Marie en Plastique avec Pascal Rabaté aux Éditions Futuropolis. En 2007, la seconde partie de La Marie en plastique et, dès la fin de la même année l’intégrale de cette belle chronique familiale paraissent aux Éditions Futuropolis.

Pascal Rabaté naît en 1961. Il étudie la gravure aux Beaux-Arts d’Angers, puis exerce différents métiers avant de se lancer en bande dessinée. Ses premiers livres paraissent en 1989 chez Futuropolis. Dix années et autant de livres plus tard, il signe le premier tome d’«Ibicus», l’adaptation expressionniste et magistrale d’un roman d’Alexeï Tolstoï. Les quatre volumes qui la composent connaissent un succès public et critique retentissant (Alph-Art du meilleur album à Angoulême en 2000, notamment). Des «Pieds dedans» aux «Petits Ruisseaux» en passant par «Un ver dans le fruit», Rabaté est aussi le conteur singulier de la France profonde. S’il vit toujours à Angers, il brille pourtant par sa capacité à n’être jamais là où on l’attend. Son adaptation de «Harry est fou» en est une nouvelle preuve.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Dans cette BD, les auteurs nous raconte une journée à la plage. On dirait que le temps s'est arrêté, le lecteur est spectateur et il est invité à s'arrêter sur les petits détails... Cela commence par le voyage en voiture avec ses bouchons ou par le train... Une galerie de personnages de tout âge, familles, retraités... 
Au matin, la plage est immense, la mer est basse, "On a volé l'eau ?" s'interroge un enfant. La famille s'installe sur la plage, la mère pour bronzer, le père et les plus grands partent pêcher dans les rochers, le bébé joue dans le sable... 

Certains se promènent avec leur chien, c'est un parfait alibi pour aller jeter un coup d'oeil sur la plage d'à côté, celle des naturistes... D'autres pêchent la palourde, ou font des jeux de plage, ou tentent leur chance auprès des filles, beaucoup sont étalés sur la plage pour une séance de bronzage, sans oublier le bain mer... Il y a également l'organisation d'un concours de sable avec ses oeuvres improbables... 
A la fin de la journée, la marée haute rétrécie la plage et les vacanciers sont obligés de tous se replier le long de la digue et cela annonce la fin de la journée...
Depuis ma plus tendre enfance, les vacances riment avec bord de mer et ce spectacle de la plage m'a paru à la fois familier et nostalgique... Un peu à la manière de Jacques Tati dans Les Vacances de Monsieur Hulot, j'ai beaucoup aimé ce regard plein de petits détails à découvrir... Je trouve très réussie et amusante la couverture de la BD avec cette vue "indiscrète" sous l'eau d'un bord de plage... 

Extrait : 

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11 novembre 2015

Berezina - Sylvain Tesson

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Audiolib

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Audiolib - juillet 2015 - 4h51 - Lu par Franck Desmedt

Guérin - janvier 2015 - 199 pages

Quatrième de couverture : 
« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il. 
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »
Sylvain Tesson embarque l’Empereur dans son side-car pour une épopée carnavalesque et réjouissante.
Entraîné dans une effraction du temps, le lecteur enjambe les siècles avec jubilation.

Auteur : Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie d’un tour du monde à vélo. Il traverse les steppes d’Asie centrale à cheval et publie alors L’immensité du monde. En 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag et publie L’Axe du LoupUne vie à coucher dehorsDans les forêts de Sibérie (Prix Médicis essai 2011) et S’abandonner à vivre lui valent une reconnaissance grandissante.

Lecteur : Élève du Cours Simon, Franck Desmedt s’est illustré authéâtre dans des pièces classiques et contemporaines. En 2000, il fonde sa propre compagnie à Bordeaux où, depuis 2011, il dirige un théâtre : l’INOX. Comédien à l’affiche de Dernier coup de ciseaux (Molière de la meilleure comédieen 2014). Il collabore régulièrement avec France culture et France Inter.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Berezina est un récit d'aventure original, c'est l'histoire de copains qui décident de refaire en plein hiver la route qu'avait suivi Napoléon et la Grande Armée lors de la retraite de Russie en 1812. Sylvain Tesson décide de revivre cette épopée en side-car, accompagné de quatre amis (deux français et deux russes). Ils vont partir de Moscou et rejoindre Paris en passant par
Minsk, Vilnius, Varsovie et Berlin. Sylvain Tesson a voyagé en compagnie de témoignages écrits de survivants, comme les mémoires de Caulaincourt, le secrétaire de Napoléon, ou du sergent Bourgogne. Au jour le jour, le lecteur suit le voyage de Sylvain et ses quatre amis, les témoignages historiques et les réflexions de l'auteur. Ces deux épopées sont difficilement comparables mais passionnantes à suivre confortablement et chaudement installé dans notre fauteuil... Le récit moderne est émaillé d'anecdotes et largement arrosé, alterne avec celui de Napoléon et sa Grande Armée. Voilà une belle aventure originale qui nous fait traverser l'Europe au rythme des 80 km/h maximum des motos Oural dans des conditions météorologiques hivernales...

Le lecteur est très agréable à écouter et l'on peut trouver dans l'étui du CD une carte générale pour suivre le périple de Sylvain et ses compagnons étapes par étapes.

Merci Babelio et les éditions Audiolib pour ce partenariat. 

Extrait : (début du livre)
LES IDÉES DE VOYAGE jaillissent au cours d’un précédent périple. L’imagination transporte le voyageur loin du guêpier où il s’est empêtré. Dans le désert du Néguev, on rêvera aux glen écossais ; sous la mousson, au Hoggar ; dans la face ouest des Drus, d’un week-end en Toscane. L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes. « Qu’est-ce que je fais là ? » est un titre de livre et la seule question qui vaille.
Cet été-là, nous frôlions chaque jour des icebergs plaintifs. Ils passaient tristes et seuls, surgissant du brouillard, glaçons dans le whisky du soir. Notre voilier, La Poule, voguait de fjord en fjord. La lumière de l’été, brouillée par la vapeur, allaitait jour et nuit les côtes de Baffin. Parfois, nous accostions au pied d’une paroi de six cents mètres plantée dans l’eau. Alors, déroulant nos cordes, nous nous lancions dans des escalades. Le granit était compact, il fallait pitonner ferme. Pour cela, nous avions Daniel Du Lac, le plus vaillant d’entre nous. Il était à l’aise pendu au-dessus de l’eau – davantage que sur le pont du bateau. En ouvrant la voie, il délogeait des blocs. Les rochers nous fusaient dans le dos et claquaient l’eau avec un bruit d’uppercut dans une mâchoire coupable.
Cédric Gras suivait, soulevé par cette vertu : l’indifférence. Moi, je redoutais de redescendre. À bord du bateau, l’atmosphère n’était pas gaie. Dans le carré, chacun lapait sa soupe en silence. Le capitaine nous parlait comme à des chiens et nous prenait, le soir, pour son auditoire. Il fallait subir ses hauts faits, l’entendre dérouler ses vues sur cette science dont il s’était fait le spécialiste : le naufrage. Il y a comme cela des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit où ils peuvent régner sur des empires. Le sien mesurait dix-huit mètres.
Un soir, avec Gras, nous nous retrouvâmes sur le pont avant. Des baleines soupiraient à la proue du bateau, nageaient mollement, roulaient sur le côté : la vie des gros.
« Il faut renouer avec un vrai voyage, mon vieux. J’en ai marre de cette croisière de Mormons, dis-je.
— Un vrai voyage, c’est quoi ? dit-il.
— Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
— Ah ? fit-il.
— Oui. Cette année, en décembre, toi et moi, nous devons aller au Salon du livre de Moscou. Pourquoi ne pas revenir à Paris en side-car ? À bord d’une belle Oural de fabrication russe. Toi, tu seras au chaud dans le panier, tu pourras lire toute la journée. Moi, je piloterai. On part de la place Rouge, on enquille plein ouest vers Smolensk, Minsk et Varsovie. Et tu sais quoi ?
— Non, dit-il.
— Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
— Pas possible ?
— Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? À leurs fantômes. À leur sacrifice. En France, tout le monde se fout des Grognards. Ils sont tous occupés avec le calendrier maya. Ils parlent de la “fin du monde” sans voir que le monde est déjà mort.
— Pas faux, dit Gras.
— C’est à nous de saluer la Grande Armée, dis-je. Il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou.
— Mais ça a été une effroyable boucherie ! dit-il.
— Et après ? Ce sera un voyage de mémoire. On frôlera aussi quelques catastrophes, je te le promets.
— Alors d’accord. »
Il s’écoula un moment. Priscilla nous rejoignit à la proue. Elle était de tous nos voyages. Avec ses boîtiers photos, ses huiles essentielles et ses gestes de yogi. On la mit au courant du projet. Un soleil cyanosé rôdait à l’horizon. La mer était d’acier. La queue d’un grand rorqual barattait ce mercure. Soudain, Priscilla :
« Pourquoi répéter la Retraite exactement ?
À bâbord, une baleine expira une fleur de vapeur. Le nuage resta en suspens dans la clarté.
— Pour le panache, chérie, pour le panache. »

Déjà lu du même auteur :

92853010 Dans les forêts de Sibérie

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05 novembre 2015

Profession du père - Sorj Chalandon

profession du père Grasset - août 2015 - 320 pages

Quatrième de couverture :
« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. » 

Auteur : Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de six romans, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens).

 

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Le narrateur, Émile, est un jeune garçon de douze ans. Il raconte son enfance dans une famille peu ordinaire. Son père est un mythomane souvent coléreux qui règne par la terreur sur son fils et son épouse. La mère est passive et résignée. Le père a plein d’ambition pour Émile, mais ce dernier rapporte à la maison surtout des notes médiocres.

Le père, qui durant ses journées, traîne en pyjama dans l’appartement, raconte à son fils qu’il a eu mille vies. Il a été footballeur, chanteur avec les Compagnons de la Chanson, agent secret, conseiller du président, il a eu l’idée du nouveau franc, il a été pasteur aux États-Unis... Un fils ne peut que croire son père et cela lui donne une vraie pression pour plaire à son père. Ce dernier a décidé que Charles de Gaulle avait trahi la France en rendant l’Algérie aux algériens, il va donc se donner la mission secrète de supprimer le président et entraîner son fils (au propre comme au figuré) dans cette folle entreprise... Émile va subir un entraînement féroce, gymnastique, pompes, mais doit également poster des lettres de menace, dessiner sur les murs les lettres OAS... Mais il ne fait jamais assez bien pour son père.
Sorj Chalandon est un auteur que j'aime beaucoup mais ce livre m'a dérangé. L'auteur raconte que cette histoire est en partie autobiographique et le lecteur ne peut qu'avoir de l'empathie pour le petit Émile et du dégoût pour ses parents indignes. Ce père est fou, il n’arrête pas de mentir et cette mère laisse faire et ferme les yeux sur les lubies de son mari. C’est de la maltraitance psychologique vis à vis d’un enfant. Sans compter qu’Émile va associer à ce délire l’un de ses camarades de classe et se comporter vis à vis de lui avec l’intransigeance et la violence de son père. 

Extrait : (début du livre)
Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles. Ni dignes, ni graves, ils ne savaient que faire de leur regard et de leurs mains. J’ai chassé un sourire. Mon père allait être congédié par des videurs de boîte de nuit.

Il pleuvait. Le crématorium, le parc, des arbres de circonstance, des fleurs tombales, un jardin de cimetière bordant une pièce d’eau. Tout empestait le souvenir.
— On va voir s’il y a un poisson ?
Ma mère m’a regardé. Elle a hoché la tête.
— Si tu veux. 
Nous avons marché jusqu’au bassin. Elle s’appuyait sur mon bras, se déplaçait avec peine, regardait le sol pour ne pas faire un mauvais pas.
Il y avait un poisson. Une carpe dorée entre les nénuphars.
— Je ne le vois pas.
Elle ne voyait rien, ma mère. Jamais, elle n’avait vu. Elle plissait les yeux. Elle cherchait de son mieux. La carpe jouait avec l’eau du rocher transformé en fontaine, elle glissait sur le sable, fendait la surface, plongeait, remontait gueule ouverte, maraudait un peu d’air. Ma mère a secoué la tête.
— Non. Il n’y a rien.
Alors j’ai entouré ses épaules de mon bras. Je l’ai serrée contre moi. Je me suis penché, elle s’est penchée aussi. De la main, je suivais l’ondoiement paisible de l’animal. J’accompagnais son mouvement. Je montrais le poisson, elle regardait mon doigt. Elle était perdue. Elle avait le visage sans rien. Pas un éclat, pas une lumière. Ses yeux très bleus ne disaient que le silence. Ses lèvres tremblaient. Elle ouvrait une bouche de carpe.

Il y avait un mort avant le nôtre, des dizaines de voitures, un deuil en grand. Nous étions le chagrin suivant. Notre procession à nous tenait à l’arrière d’un taxi. Ma mère s’est assise sur un banc, dans le couloir de la salle de cérémonie. Je suis resté debout. Je voulais sortir. Attendre dehors que tout soit fini.

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Déjà lu du même auteur :

 

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître  le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  

 

la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Le quatrième mur 

95082944 Le quatrième mur (audio)

 

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04 novembre 2015

Le pays où l'on arrive jamais - André Dhôtel

Lu en partenariat avec avec les éditions Flammarion jeunesse

le pays où Flammarion jeunesse - octobre 2015 - 317 pages

Illustrations Julia Wauters

Quatrième de couverture : 
Dans quel monde je suis tombé ? Moi, que ma tante vouait à la routine, j'ai été emporté par un cheval pie, envoyé ici par un coiffeur baroque, et voilà que je joue aux dames avec le fils d'un collectionneur de moustaches de chat, qui est immensément riche.

Auteur : André Dhôtel, né le 1er septembre 1900 à Attigny (Ardennes) et mort le 22 juillet 1991 à Paris, est un écrivain français, à la fois romancier, conteur et poète, ainsi qu'un scénariste. Connu du grand public par le roman Le Pays où l'on n'arrive jamais, prix Femina 1955, il est l'auteur d'une œuvre abondante et singulière, où s'exprime un merveilleux proche du quotidien, dans lequel le rapport à la nature joue un grand rôle.

Illustratrice : Julia Wauters, née en 1982 en Haute-Normandie, est une illustratrice-auteur et sérigraphe française. Elle vit et travaille à Nantes.

Mon avis : (relu en octobre 2015)
Ce livre n'est pas une nouveauté pour le texte puisqu'il a été écrit en 1955 par l'auteur et a obtenu le Prix Fémina 1955. 
Gaspard grandit dans un petit village des Ardennes, Lominval, ses parents forains l'ont confié à sa tante. Un jour, il rencontre un enfant de son âge qui se cache : ce dernier a fugué pour retrouver son pays et sa mère. Gaspard l'aide à fuir, puis il part à sa recherche. En chemin, Gaspard rencontre un cheval pie sauvage qui accepte de le prendre sur sa croupe. Gaspard est persuadé que ce cheval va le conduire vers l'enfant fugitif et ensuite les emmener vers le Grand Pays...
Un voyage initiatique à travers les Ardennes françaises et belges emporte Gaspard vers des rencontres nombreuses et riches. Un récit d'aventure plein de poésie et d'imaginaire. Gaspard découvrira l'amitié, l'amour et retrouvera ses parents et vivra des aventures merveilleuses et pleine de surprises.
Le plus de cette édition sont les illustrations de Julia Wauters. Elles utilisent la technique de la sérigraphie sur textile, une technique très intéressante qui donne un rendu plus évolué que les pochoirs. Cela donne également au livre un petit côté rétro.

Merci Brigitte, Chloé et les éditions Flammarion jeunesse pour cette belle redécouverte.

Extrait : (début du livre)
Il y a dans le même pays plusieurs mondes véritablement. Si l'on explore les Ardennes, ce n'est pas une forêt que l'on découvre, mais mille forêts. Dans les contrées situées au nord, jusqu'au Rhin ou jusqu'au port d'Anvers, ce sont des centaines de collines et de plaines chargées de richesses, et l'on peut voir aussi les eaux immenses des canaux, des fleuves, des bras de mer, tandis qu'au cœur des villes, sur des places, souvent désertes, s'élèvent des beffrois qui inspirent autant de terreur que d'admiration.

Très loin de ces splendeurs, Lominval est un village qui prétend au titre de bourg. on y trouve un bureau de poste, un notaire, un médecin et un hôtel pour les touristes, l'hôtel du Grand Cerf, qui a finalement donner le ton à toute l'agglomération. Il n'y avait là, naguère qu'un groupe de maisons rurales, isolé dans une enclave de la forêt des Ardennes. Puis des gens de la ville y sont venus passer leurs vacances, des villas se sont construites, et ainsi, a pris naissance une station provinciale qui garda toujours un caractère sérieux. Lominval est situé en bordure d'un ruisseau, la Flouve, dont les détours baignent des prairies bornées par l'enceinte des bois. Il y règne en toutes saisons un profond silence, et l'on ignore plus qu'ailleurs le monde varié qui se déploie jusqu'à la mer du Nord.

Gaspard Fontarelle naquit à l'hôtel du Grand Cerf. Cette vaste auberge portait une enseigne dorée et ses fenêtres s'ornaient de géraniums ou de balsamines selon la saison. Elle était tenue par la tante de Gaspard, Mlle Gabrielle Berlicaut, femme habile et intraitable.

 

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voir site Julia Wauters

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