23 novembre 2009

Sans feu ni lieu - Fred Vargas

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Viviane Hamy - octobre 1997 - 288 pages

J’ai lu – mai 2006 - 282 pages

Quatrième de couverture

Pourquoi Louis Kehlweiler dit l'Allemand, Marc, Lucien et Mathias - retranchés dans leur baraque pourrie de la rue Chasle à Paris -, s'intéressent-ils à un simplet à tête d'imbécile pas franchement sympathique, dont la culpabilité ne fait de doute pour personne, pas même pour eux ? Pourquoi tiennent-ils à sauver ce Clément Vauquer, un détraqué recherché par toutes les polices de Nevers et de Paris pour les assassinats effroyables d'au moins deux jeunes femmes ?

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un des rares livres de Fred Vargas que je n'avais pas encore lu... On retrouve, avec plaisir, Louis Kehlweiler, le personnage principal de "Un peu plus loin sur la droite" et les Évangélistes (Marc, Mathias et Lucien) dont on avait fait connaissance dans "Debout les morts".

Deux femmes ont été assassinées et tout accuse Clément Vauquer un accordéoniste un peu simplet. Celui-ci a obéit sans se poser de questions en surveillant les deux femmes puis en leur offrant un pot de fougère. Lorsqu'il découvre son portrait sur le journal, il comprend qu'il est recherché par la police et se réfugie chez la vieille Marthe qui est sûre de son innocence. Il faut découvrir l'assassin et Louis Kehlweiler, dit l’Allemand, et ses trois assistants Marc, Lucien et Mathias vont l'aider à mener l'enquête. Je suis une inconditionnelle de Fred Vargas et j'ai été prise par l'intrigue brillamment construite et captivante, sans oublier les personnages si particuliers qui font partis intégrante d'un livre de Fred Vargas. Ici, le personnage de Clément est très touchant, à la fois drôle, maladroit.

A découvrir sans modération...

Extrait : (début du livre)

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6.

Louis Kehlweiler jeta le journal du jour sur sa table. Il en avait assez vu et n’avait pas l’intention de se ruer page six. Plus tard, peut-être, quand toute l’histoire serait calmée, il découperait l’article et le classerait.

Il passa dans la cuisine et s’ouvrit une bière. C’était l’avant-dernière de la réserve. Il inscrivit un grand « B » au bic sur le dos de sa main. Avec cette canicule de juillet, on était obligé d’accroître notablement sa consommation. Ce soir, il lirait les dernières nouvelles sur le remaniement ministériel, la grève des cheminots et les melons déversés sur les routes. Et il sauterait paisiblement la page six.

Chemise ouverte et bouteille en main, Louis se remit au travail. Il traduisait une volumineuse biographie de Bismarck. C’était bien payé, et il comptait bien vivre plusieurs mois aux crochets du chancelier de l’Empire. Il progressa d’une page puis s’interrompit, les mains levées au-dessus du clavier. Sa pensée avait quitté Bismarck pour s’occuper d’une boîte à ranger les chaussures, avec un couvercle, qui ferait soigné dans le placard.

Assez mécontent, il repoussa sa chaise, fit quelques pas dans la pièce, se passa la main dans les cheveux. La pluie tombait sur le toit en zinc, la traduction avançait bien, il n’y avait pas de raison de s’en faire. Pensif, il passa un doigt sur le dos de son crapaud qui dormait sur le bureau, installé dans le panier à crayons. Il se pencha et relut à mi-voix sur son écran la phrase qu’il était en train de traduire : « Il est peu probable que Bismarck ait conçu dès le début de ce mois de mai… ». Puis son regard se posa sur le journal plié sur sa table.

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6. Très bien, passons. Ça ne le regardait pas. Il revint à l’écran où attendait le chancelier de l’Empire. Il n’avait pas à s’occuper de cette page six. Ce n’était plus son boulot, tout simplement. Son boulot à présent, c’était de traduire des machins d’allemand en français et de dire aussi bien que possible pourquoi Bismarck n’avait pas pu concevoir un truc au début de ce mois de mai. Quelque chose de calme, de nourricier, et d’instructif.

Louis tapa une vingtaine de lignes. Il en était à « car rien n’indique en effet qu’il en ait alors pris de l’humeur » quand il s’interrompit à nouveau. Sa pensée était revenue butiner sur cette affaire de boîte et cherchait obstinément à régler la question du tas de chaussures.

Louis se leva, sortit la dernière bière du frigo et but à petits coups au goulot, debout. Il n’était pas dupe. Que ses pensées s’acharnent du côté des astuces domestiques était un signal à considérer. À vrai dire, il le connaissait bien, c’était un signal de déroute. Déroute des projets, retraite des idées, discrète misère mentale. Ce n’était pas tant qu’il pense à son tas de chaussures qui le souciait. Tout homme peut être amené à y songer en passant sans qu’on en fasse une histoire. Non, c’était qu’il puisse en tirer du plaisir.

Louis avala deux gorgées. Les chemises aussi, il avait pensé à ranger les chemises, pas plus tard qu’il y a une semaine.

Pas de doute, c’était la débâcle. Il n’y a que les types qui ne savent plus quoi foutre d’eux mêmes qui s’occupent de réorganiser à fond le placard à défaut de raccommoder le monde. Il posa la bouteille sur le bar et alla examiner ce journal. Parce qu’au fond, c’était à cause de ces meurtres qu’il était au bord de la calamité domestique, du rangement de la maison de fond en comble. Pas à cause de Bismarck, non. Il n’avait pas de gros problèmes avec ce type qui lui rapportait de quoi vivre. Là n’était pas la question.

La question était avec ces foutus meurtres. Deux femmes assassinées en deux semaines, dont tout le pays parlait, et auxquelles il songeait intensément, comme s’il avait un droit de pensée sur elles et sur leur assassin, alors que cela ne le regardait en rien.

Après l’affaire du chien sur la grille d’arbre1, il avait pris la décision de ne plus se mêler des crimes de ce monde, estimant ridicule d’entamer une carrière de criminaliste sans solde, sous prétexte de sales habitudes contractées en vingt-cinq ans d’enquêtes à l’Intérieur. Tant qu’il avait été chargé de mission, son travail lui avait paru licite. À présent qu’il était livré à sa seule humeur, ce boulot d’enquêteur lui semblait prendre de louches allures de chercheur de merde et de chasseur de scalps. Fureter sur le crime tout seul, quand personne ne vous a sonné, se jeter sur les journaux, entasser les articles, qu’est-ce que ça devenait d’autre qu’une scabreuse distraction, et qu’une douteuse raison de vivre ?

C’est ainsi que Kehlweiler, homme prompt à se soupçonner lui-même avant que de soupçonner les autres, avait tourné le dos à ce volontariat du crime, qui lui paraissait soudain chanceler entre perversion et grotesque, et vers laquelle semblait tendre la part la plus suspecte de lui-même. Mais, à présent stoïquement réduit à la seule compagnie de Bismarck, il surprenait sa pensée en train de s’ébattre dans le dédale du superflu domestique. On commence avec des boîtes en plastique, on ne sait pas comment ça se termine.

Louis laissa tomber la bouteille vide dans la poubelle. Il jeta un oeil sur son bureau où, menaçant, reposait le journal plié. Le crapaud, Bufo, était provisoirement sorti de son sommeil pour venir s’installer dessus. Louis le souleva doucement. Il estimait que son crapaud était un imposteur. Il affectait d’hiberner, en plein été en plus, mais c’était une feinte, il bougeait sitôt qu’on ne le regardait plus. Pour dire le fond des choses, Bufo, sous le coup de la condition domestique, avait perdu tout son savoir au sujet de l’hibernation, mais il refusait de l’admettre, parce qu’il était fier.

— Tu es un puriste imbécile, lui dit Louis en le reposant dans le panier à crayons. Ton hibernation à la noix n’impressionne personne, qu’est-ce que tu te figures ? Tu n’as qu’à faire ce que tu sais faire, et puis c’est tout.

Louis but une gorgée. D’une main lente, il fit glisser le journal vers lui. Il hésita une seconde puis l’ouvrit à la page six. Le tueur fait une seconde victime à Paris.

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22 novembre 2009

Seule Venise - Claudie Gallay

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Éditions du Rouergue – mars 2004 – 304 pages

Actes Sud – décembre 2005 – 302 pages

Éditions du Rouergue – mai 2009 – 236 pages

Présentation de l'éditeur :

A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre.
Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d'une femme à la recherche d'un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d'une Venise troublante et révélatrice, sur l'enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle est institutrice dans la campagne d'Orange, deux jours par semaine. Elle passe le reste de son temps à écrire dans son village natal, Saint-Savin, où elle puise toute son inspiration. Elle a publié plusieurs romans aux éditions du Rouergue : L'Office des vivants (2000), Mon amour ma vie (2002), Seule Venise (2004) et Dans l'or du temps (2006), Les déferlantes (2008).

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai découvert Claudie Gallay avec les déferlantes qui a été pour moi un vrai coup de coeur et depuis j'ai lu presque tous ses livres. « Seule Venise » (livre que je me suis offert) est dans ma PAL depuis très longtemps car j'ai toujours des livres de la bibliothèque plus pressés à lire...

Je profite donc du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère » et la proposition de Gil de découvrir l'auteur Claudie Gallay pour sortir de ma PAL « Seule Venise » et enfin le lire.

Ce livre est à la fois l'histoire de la narratrice femme de 40 ans qui vient d'être quittée et qui part sur un coup de tête à Venise et un hommage à cette ville mystérieuse et envoûtante. La narratrice loge dans une pension tenue par Luigi, elle y rencontre un prince russe en chaise roulante et un couple d'amoureux, Carla et Valentino. Elle se perd dans les rues de Venise pour la découvrir, elle va rencontrer un libraire, qui lui donne le goût des livres et lui fait découvrir les côtés cachés de Venise. On est sous le charme des descriptions précises et magnifiques de la Venise envoûtante en hiver, humide, désertée par les touristes et où l'on rencontre les vrais vénitiens. On ressent à la fois la mer, l'histoire, le vent et le froid. Ce roman est plein de mélancolie mais il va accomplir son rôle de guérison.

Pour imaginer Venise que je ne connais pas, je me suis souvenue d'un film vu il n'y a quelques mois sur Arte « Vacances à Venise » de David Lean avec Katharine Hepburn (film de 1955). Et en refermant le livre, j'éprouve une véritable envie de partir en voyage à Venise, de préférence à une époque sans touriste... Un très beau livre.

Extrait : (page 39)

Le matin, je marche. Je me perds. À midi, je rejoins les quais. Je déjeune dans une trattoria avec vue sur la lagune, l'île du Lido au loin et sur la droite, le palais des Doges. Il n'y a personne. Pas de touristes. C'est l'hiver.
Luigi m'a dit profitez-en, quand la bora va se mettre à souffler vous ne pourrez plus aller là-bas.
La bora, le vent des fous.
Un vent d'est qui descend des plateaux et vient se finir là, sur les bords de l'Adriatique.
Un vent voyageur.
La bora.
Début d'après-midi. Une brume légère tombe sur la ville, la lumière devient blanche, elle recouvre tout, elle trahit les formes, les ombres. Elle trompe les distances.
Un homme qui promène son chien m'explique qu'en face, sur l'île de la Cuidecca, il y a une prison pour femmes. Il dit que l'été, quand il fait très chaud, il les entend crier. Il dit aussi que les marins s'approchent pour entendre ces cris-là. Que certains en deviennent fous. Qu'ils ne veulent plus quitter Venise à cause de ces cris.
- Au printemps dernier, le Belem a accosté ici, Riva Degli Schiavoni.
- Le Belem ?
- Un voilier magnifique. Il fait le tour du monde.
Il me montre l'endroit. Il dit que c'est quelque chose de merveilleux la vue de ce trois-mâts à Venise. Dans cette lumière, avec toutes les hommes en salut sur le pont.

Extrait : "Toujours, des hommes et des femmes se sont rencontrés à Venise. Toujours, des hommes et des femmes se sont aimés. Ont bravé le vent.
Je vous regarde.
Je ne vous connais pas. Je vous rencontre.
- Vous rougissez.
Je détourne la tête.
Vous souriez.
C'est à cause de ça.
Votre sourire. Et votre voix. J'ai aimé votre voix comme on aime un corps.
On regarde ailleurs. L'eau découvre les marches, le bois pourissant des pieux.
Avec les lumières, on voit à l'intérieur des palais. Les lustres éclairés.
- Les vénitiens sont là. Ils seront là jusqu'à la fin.
Vous aussi vous êtes là, je dis, mais pas suffisamment fort. Vous n'entendez pas."

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Gil

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18 novembre 2009

L’été chagrin – Henri Husetowski

lu dans le cadre de l'opération babelio

L__t__chagrin Buchet-Chastel – août 2009 – 254 pages

Présentation de l'éditeur
Été 42. David ne s'en laisse pas raconter. Sa mère, veuve Yourguevitch, a eu l'intelligence de se remarier avec M. Duval. Pour plus de sécurité, elle a fait baptiser David. Elle est formelle. Maintenant, tous les deux sont de vrais français. Ils n'ont rien à craindre ! Il faut juste que David fasse plaisir à sa maman, qu'il ne soit pas un fainéant comme son père, et qu'il devienne ingénieur. Mais une nuit, cet été-là, des voitures noires et des camions viennent chercher tous les juifs du quartier. Par miracle, David leur échappe. Seul, soudain, son monde s'effondre. Seul, il comprend que sa mère et les adultes lui ont menti. Sur qui pourra-t-il compter désormais, alors qu'il lui faut tout quitter ?... L'Été chagrin est un premier roman bouleversant. Sans pathos, avec humour, Henri Husetowski brosse le portrait attachant d'un enfant pris dans la tourmente de l'histoire. Un roman fort, pour les adultes comme pour les adolescents.

Auteur : Né à Bordeaux de parents émigrés de Pologne, Henri Husetowski est un éducateur, aujourd’hui à la retraite. Il vit à Paris. L’Eté chagrin, son premier roman, est inspiré de faits réels.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

David a bientôt 11 ans, il nous raconte, avec ses mots d'enfant de 11 ans et malgré tout de l'humour, 3 semaines de cette été 1942. Il vit à Paris dans un quartier juif et en juillet 1942 c'est la rafle du Vél d’Hiv. Sa mère est d'origine juive polonaise et s'est remariée avec Monsieur Duval, David a été baptisé. Elle n'arrête pas de lui affirmer qu'ils sont maintenant devenus tous les deux de vrais français. Et pourtant, il doit faire attention, certaines nuits sa mère même l'envoie dormir chez un voisin. C'est perturbant pour ce jeune garçon, qui se réfugie dans son imagination en inventant son propre monde où il est un grand résistant qui mène le combat et qui tue les allemands et les collabos qui viennent faire du mal à ses voisins et son copain Yacov, cela lui fait faire des bêtises qui vont le mettre en danger ainsi que les autres. Il échappera aux rafles et grâce au Père Noisiel et Madame Lafayette il va être envoyé à la campagne dans les Deux-Sèvres. On lui donnera un nouveau nom Daniel Renard. David est très touchant dans sa fragilité tantôt ange, tantôt petit diable. Le choc des évènements a réveillé en lui des peurs qui le hantent. Il se sent seul, il ne sait plus si il est ou n'est pas juif... La conclusion est constituée de lettres qui nous éclairent sur la fin de l'histoire.

Un très bon roman sur la guerre qui a été inspiré par des faits réels.

Merci aux éditions Buchet * Chastel de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 40)
« Yacov rigole maintenant, il jubile. Moi, j’ai des larmes sur les joues, je sais pas si je pleure ou si je ris. On sort, je claque la porte de la boutique le plus fort que je peux, l’étalage dans la vitrine s’effondre. Yacov redit « olé ! ». Il se place devant la vitrine effondrée et crie : « A bas Hitler, à bas Régéla ! »

Il est vraiment con ce con, on va se faire remarquer et c’est pourtant pas le moment avec tous les Allemands qu’on voit partout. Je lui dis : « Yacov, t’es con, tu peux pas savoir », mais il entend pas.
Et je suis brusquement inspiré. Je me plante devant la boutique pendant que dedans Fêtnat a l’air de discuter sec avec Régala, et je gueule : « Le garde champêtre qui pue qui pète, qui prend son cul pour une trompette ! » Elle est envoyée celle-là !
Yacov, jaloux qu’il est de moi, veut pas être en reste. A son tour il gueule : « Allô, allô, y’a d’la merde dans le tuyau ! »
Le menuisier ébéniste sort de son atelier, appuyé sur sa béquille. Il dit : « Nom de Dieu, mais c’est la révolution, comme en trente-six ! » Il gueule : « Vive la République ! » Et il s'en retourne dans son atelier. Le menuisier ébéniste, c’est Antonio Villafranca, il est arrivé en France en 1937 et s’est installé ici. Maman m’a dit qu’il a dû partir de l’Espagne parce qu’il ne s’entendait pas avec un certain Franco. Ce Franco, c'est un gars qu'a fait du mal à beaucoup de gens et qui n'aime personne, même pas les enfants, plein sont morts à cause de lui.

Là, j'ai pas cru maman, parce que quand on est un enfant on meurt pas, c'est évident. Alors je lui ai dit que c'est pas vrai et elle m'a répondu que c'est pas parce que je suis le plus intelligent de la France que j'ai toujours raison. »

lu dans le cadre de l'opération babelio avec buchet_chastel

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17 novembre 2009

Les copains d'Aristide – Claude Michelet

les_copains_d_aristide Éditions France loisirs – janvier 2005 – 170 pages

Quatrième de couverture :

Il y a ceux qui naissent sous une bonne étoile, bénis des dieux, heureux au jeu et en amour et il y a... Aristide. Roi de la guigne, prince de la poisse, il a fait de la malchance son sport favori, son hobby à plein temps. Tout ça à cause d'un nom à coucher dehors, car notre Aristide s'appelle... Klobe.
Après une scolarité passée sur le banc des colles, un service militaire à l'ombre du trou et mille petits boulots ingrats, notre homme au nom impossible mais à la plume talentueuse se fait engager comme nègre chez un éditeur aussi âpre au gain qu'aux jupons. Mais ce jour-là, Aristide aurait sans doute mieux fait de se casser une jambe ou de briser un miroir !

Auteur : Claude Michelet est né en Corrèze en 1938, dernier d'une famille de sept enfants. Son premier roman, La Grande Muraille, paraît en 1969. Suivi d'Une fois sept (1970), Mon père Edmond Michelet (1971), Roche-flame (1973). Le succès vient en 1975 avec J'ai choisi la terre, et avec Cette terre est la vôtre (1977) sur le même thème. Et la consécration en 1980, quand le prix des Libraires couronne Des grives aux loups (paru en septembre 1979). Les palombes ne passeront plus, suite du précédent roman, paraît à l'automne de 1980. La série télévisée réalisée par Philippe Monnier a accru encore la diffusion de cette suite romanesque.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

C'est un peu par hasard que j'ai pris ce petit livre à la bibliothèque. Ayant déjà lu des livres de Claude Michelet avec La Grande Muraille puis Des grives aux loups (tome 1 à 4) il y a quelques années, j'ai été attirée par celui-ci peut-être grâce aux canetons de la couverture ?

Ce livre ne ressemble en rien à ceux que j'avais déjà lu du même auteur. Ce livre commence par la citation d'Eugène Labiche « Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout... Les malchanceux sont ceux à qui tout arrive. » En effet c'est l'histoire d'Aristide Klobe qui a toujours été malchanceux à cause de son patronyme difficile à prononcer et à retenir qui l'entraîne dans des situations difficiles à l'école, au service militaire puis dans la vie professionnel. Ce roman se lit très facilement et est plutôt amusant, mais sans plus. Cependant, je n'ai pas compris la raison de la présence des canetons sur la couverture du livre...

Extrait : (début du livre)

« Si leur ramassage n'était pas interdit – mais qu'est-ce qui n'est pas interdit de nos jours ? - il ferait un temps à chercher les escargots, pensa l'homme en regardant la pluie qui frappait avec violence la fenêtre située derrière sa persécutrice.

« Mais évidemment, avec la malchance qui me poursuit depuis sa naissance, il a fallu que cette virago me convoque aujourd'hui ! De toute façon, si cette imbécile qui se gargarise de mots – car elle adore s'écouter parler, c'est évident ! - oui, si elle me lâche avant midi j'aurai quand même le temps de faire un saut jusqu'à la forêt de Rambouillet ; je suis sûr qu'elle regorge de champignons. Depuis qu'il tombe cette pluie, encore tiède pour la saison, je suis persuadé que les lactaires et les russules pullulent, et les girolles aussi !

« Mais au lieu de m'oxygéner et de me ramener de quoi me confectionner quelques solides omelettes, je suis là à feindre d'écouter les remontrances de cette vilaine garce ! Car avec la gueule qu'elle a, c'est sûrement une garce, une chamelle ! Je ne jurerais pas qu'elle ait jamais réussi à mettre un homme dans son lit ; mais si c'est le cas, le pauvre bougre n'a pas dû y faire la grasse matinée, pressé d'aller se réchauffer ailleurs ! Elle doit être aussi impossible à dégeler qu'un congélateur en marche et elle me fout vraiment la trouille ! Elle a des yeux à vous expédier à la guillotine...

- Vous m'écoutez au moins ? Lança sèchement la femme.

- Mais oui madame le juge, assura l'homme d'un ton qui démentait son acquiescement.

- Je vous ai déjà dit qu'on disait madame LA juge !

-Bien sûr, bien sûr, quoique du point de vue grammatical ce soit on ne peut plus douteux..., dit-il en contemplant à nouveau le ruissellement de la pluie sur les carreaux.

- Alors puisque vous m'écoutez vous comprendrez donc qu'avec les charges qui pèsent sur vous...

- Non, les soupçons, de simples soupçons infondés, coupa-t-il.

- Je dis bien les charges et je sais ce que je dis ! Vu les charges donc, je ne peux faire à moins que de préparer votre mise en examen ; elle devrait être effective sous peu. Je vous incite donc à trouver un avocat. Vous avez jusque-là négligé d'en prendre un, je ne saurai trop vous conseiller de pallier au plus vite cette carence.

- J'essaierai d'y penser.

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14 novembre 2009

Dans mes yeux – Bastien Vivès

dans_mes_yeux Casterman (KSTR) – mars 2009 – 133 pages

Présentation de l'éditeur

Il la rencontre, un soir, dans une bibliothèque universitaire. Elle est étudiante, elle est séduisante, elle l’émeut immédiatement. Il va entreprendre de la conquérir, sans brusquerie, à pas comptés… De lui, on ne saura rien, ou presque. Mais l’on saura tout, en revanche, de la manière dont il la découvre et l’observe, dont il la désire, et de sa manière à elle de s’exposer, parfois plus et parfois moins, à ce regard masculin saisi par le sentiment amoureux.

Car toute la narration de Dans mes yeux – et c’est là l’un des tours de force de cet album véritablement bluffant, tant dans la forme que dans le fond – est menée de A à Z en caméra subjective et à hauteur d’homme, comme pour mieux convoquer le lecteur au coeur même de cette patiente, lente et profonde entreprise de séduction, du point de vue de ce narrateur silencieux dont on ne verra jamais le visage, dont on n’entendra jamais les mots.

Tous les menus événements ordinaires d’une vie de jeune adulte d’aujourd’hui s’y égrènent tranquillement – l’inviter au restaurant, au cinéma, l’écouter se raconter, subir ses copains rencontrés au détour d’un trottoir, aller ensemble à une soirée d’anniversaire… –, portés par une inventivité graphique et une justesse d’observation peu communes.

Très remarqué pour ses précédents livres sous la bannière de KSTR (notamment Le goût du chlore), Bastien Vivès déploie ici une nouvelle facette de son talent de dessinateur (Dans mes yeux est entièrement traité au crayon de couleur, dans une chromie très accrocheuse) et démontre avec cet album d’une grande maturité qu’il est déjà un auteur d’envergure, tout simplement.

Quatrième de couverture : "Depuis le moment où tu es venu me chercher devant la fac, j'avais envie de t'embrasser. On parlait, on parlait, mais tu ne m'embrassais pas ..."

Auteur : Né en 1984, Bastien Vivès, fraîchement dipômé de l’école des Gobelins, débute son parcours professionnel en mettant sur pied, avec quelques camarades de sa génération, un atelier de bandes dessinées en plein Paris.
On le connaît aussi sur le web sous le nom de Bastien Chanmax. il y dessine POUNGI, le Manchot rappeur amateur de gros seins…
Bastien Vivès est l’auteur de Elle(s), paru au printemps 2007, de Hollywood Jan, de Le goût du chlore sous le label KSTR.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Même auteur que Le goût du chlore que je viens de lire et dessin totalement différent, pour cet album, ce sont de superbes dessins au pastel. C'est l'histoire d'une rencontre entre une fille et un garçon. C'est le point de vue de l'auteur qui est vraiment original, en effet on ne verra jamais le jeune homme car c'est à travers son regard que l'on assiste à leur rencontre à la bibliothèque universitaire, aux premiers mots échangés, au premier baiser, à une visite au zoo, à une soirée d'anniversaire... Avec ce point de vue, cette histoire simple et si banale devient pleine de poésie et de sensibilité. Le lecteur ne peut qu'imaginer la présence du jeune homme qu'on ne voit pas, qui ne parle pas. Comme pour Le goût du chlore l'essentiel est dans le geste, l'attitude plutôt que dans la parole.

Une très jolie BD que je vous encourage à découvrir avec vos propres yeux !

Extrait :

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13 novembre 2009

Le goût du chlore – Bastien Vivès

le_gout_du_chlore Casterman (KSTR) – mai 2008 – 135 pages

Présentation Éditeur : C’est une histoire toute simple, d’une rare sobriété. Parce qu’il souffre du dos, un très jeune homme, dont au final on ne saura pratiquement rien de plus, se met à fréquenter une piscine sur les recommandations insistantes de son kinésithérapeute. Là, dans le bassin à la fois anonyme et rassurant où les individus ne sont plus que des corps qui nagent, au rythme monotone des longueurs ajoutées les unes aux autres, il fait la connaissance d’une jeune fille au corps et au sourire séduisants. C’est l’épanouissement de leur relation ténue, toute en silences, en esquives, en pudeur et en gestes esquissés, que va raconter Le Goût du chlore, avec une grande légèreté et un sens remarquable de la narration en images… Avec ce récit intimiste et pudique, façonné par les nuances et les non-dits, Bastien Vivès confirme qu’il est déjà devenu, en à peine plus d’un an d’intense activité, l’un des talents les plus originaux et les plus prometteurs de la nouvelle génération des auteurs français.

Auteur : Né en 1984, Bastien Vivès, fraîchement dipômé de l’école des Gobelins, débute son parcours professionnel en mettant sur pied, avec quelques camarades de sa génération, un atelier de bandes dessinées en plein Paris.
On le connaît aussi sur le web sous le nom de Bastien Chanmax. il y dessine POUNGI, le Manchot rappeur amateur de gros seins…
Bastien Vivès est l’auteur de Elle(s), paru au printemps 2007, et plus récemment de Hollywood Jan, l’un et l’autre sous le label KSTR.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais lu la critique de cette BD il y a quelques jours sur un blog (je n'ai pas retrouvé lequel...) et tout à l'heure par hasard je le découvre à la bibliothèque. Je le feuillète... et je l'emprunte. La bibliothécaire me conseille alors d'emprunter du même auteur Dans mes yeux (prochaine lecture) .

C'est une très belle découverte. L'histoire a un lieu unique, la piscine. Les personnages : il y a le garçon atteint de scoliose qui doit aller régulièrement à la piscine sur le conseil de son kiné. Il y rencontre une jeune fille ancienne championne de natation qui va lui donner des conseils techniques. Il y a très peu de dialogues, tout est dans la suggestion : les gestes, les regards... L'univers et l'atmosphère de la piscine sont parfaitement rendus : on assiste à des scènes sous l'eau et à l'air libre, on passe par le vestiaire, la douche avant d'arriver dans le grand bain. L'esthétique du dessin est superbe : la couleur utilisée est presque essentiellement le bleu-vert. Petit bémol pour la fin où l'auteur laisse le récit ouvert, libre à l'interprétation du lecteur... Un magnifique album de BD dans lequel je vous invite à vous plonger sans tarder !

Extrait :

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12 novembre 2009

Papa et maman sont dans un bateau – Marie-Aude Murail

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau École des Loisirs – février 2009 – 294 pages

Quatrième de couverture :

Pauvres Doinel ! Ils s’aiment, mais n’ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. Marc Doinel, le père aux allures de cow-boy, n’a toujours pas parlé du rachat de sa boîte par des Hollandais décidés à restructurer au lance-flammes. Nadine, la mère débordée, n’évoque jamais la lassitude
qui l’accable devant les « fiches de suivi d’acquisition des compétences » de ses élèves de maternelle. Charlie, la fille aînée, se demande bien pourquoi elle est amoureuse de Kikichi, un héros de manga bisexuel, plutôt que d’un garçon de sa classe.
Et pourquoi se sent-elle si transparente au collège ? Le petit Esteban, lui, ne se plaint jamais, au point de se laisser maltraiter sans broncher par les grands de l’école.
Pauvres Doinel ! S’ils savaient qu’ils partagent un rêve secret… En feuilletant un magazine, chacun d’entre eux est tombé en arrêt devant la même photo. Celle d’une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008).

Mon avis : 5/5 (lu en novembre 2009)

Ce livre a été tout d'abord lu avec beaucoup de plaisir par mon fils de 14 ans. Moi aussi je l'ai dévoré. Cela raconte l'histoire d'une famille comme les autres : les Doinel. Le père, Marc dirige une entreprise de transport routier qui vient d'être rachetée par des Hollandais et qui est en pleine restructuration. Nadine, la mère, est institutrice en maternelle, elle n'est pas convaincue par «les fiches de suivi d'acquisition de compétences» qu'elle doit remplir pour ses petits élèves. Charlie, la fille aînée, est en 3ème, elle est plongée dans les mangas et son absence de vie amoureuse la dérange. Enfin, Esteban, enfant précoce, qui supporte sans se plaindre les brutalités dont il est victime dans la cour de récréation de son école primaire.

Ils ont tous des problèmes, mais jamais ils n'en parlent en famille. Aussi, sans le savoir, ils gardent chacun dans leur esprit un rêve secret autour d'une yourte.

Nous suivons Marc dans son entreprise à l'esprit familiale où la relation humaine avait toute son importance. Mais la restructuration imposée va être d'une rare violence. Marc est révolté : "On est entourés de robots humanoïdes, des gens qui fonctionnent au lieu de vivre, et qui ne pensent qu'à produire, à faire produire." Dans sa classe de maternelle, Nadine veut casser l'habitude du travail structuré et noté suivant les consignes de l'Éducation Nationale pour privilégier la spontanéité de ses élèves et leurs demandes. Charlie va se lier avec son voisin de classe Aubin, un garçon un peu maladroit qui a du mal à se connaître lui-même. Ils vont s'échanger des mangas. Marie-Aude Murail nous décrit un collège conforme à ce que nous décrit nos enfants : la galerie de professeurs est pleine d'humour sans oublier les descriptions des cours et des élèves... Esteban est un enfant rêveur qui se pose beaucoup de questions. Il récite des poèmes plutôt sombres. Et c'est grâce à sa psy qu'il apprendra que "C'est important d'avoir un ami parce qu'on sait qu'on a de la valeur".

Marie-Aude Murail nous fait un portrait de notre société sans aucune complaisance mais avec beaucoup d'humour à travers la famille, le monde du travail et l'éducation.

Un vrai coup cœur pour moi et mes fils.

Extrait : (page 47)

Quand les 3eA poussèrent la porte de la salle 108, ils trouvèrent Mme Taillandier vissée derrière son bureau, le teint frais sous les néons, l'œil vif après trente années d'enseignement, et sa lourde poitrine emplissant un corsage qui fleurissait hiver comme été. Dès qu'elle vit ses élèves, elle commença son cours comme si on venait d'appuyer sur la touche PLAY.

- Nous allons reprendre notre étude de Des souris et des hommes. Il ne faut pas une heure pour s'installer, Maroussia ! Non, Antoine et Adrien, je vous ai séparés la dernière fois. Adrien, mets-toi avec Mélanie. Elle est toute seule aujourd'hui.

Un rire étouffé parcourut la classe. Mme Taillandier était très fine : - Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

Elle suivit Adrien d'un regard interrogatif tandis qu'il allait s'asseoir à côté de l'ex d'Antoine.

- Bien, si vous y êtes enfin, nous allons pouvoir vérifier si les hypothèses de lecture que nous formulâmes au dernier cours n'était point erronées. Aubin, qu'est-ce qui t'arrive ?

Les yeux écarquillés, la bouche ouverte, Aubin avait en permanence l'air de suivre un film d'horreur. Lorsque Mme Taillandier fut rendues aux « champs lexicaux », il ne pu s'empêcher de pousser un gémissement.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'informa la prof.

- Mmmais ça va me servir à quoi, tout ça ?

- Comment ça ?

- Mmmais je veux faire pâtisserie !

Mme Taillandier ne se laissa pas désarçonner : - Ce n'est pas parce qu'on est pâtissier, Aubin, qu'on arrête de réfléchir. Le collège n'est pas là pour faire de vous des pâtissiers ou des notaires, mais des gens qui ont une culture et un esprit critique. L'instruction libère les hommes, Aubin, l'ignorance en fait des esclaves.

Le garçon cilla sans répliquer. Les champs lexicaux feraient de lui, qu'il le voulût ou non, un pâtissier libre.

En deuxième heure, Mme Taillandier annonça à ses élèves qu'elle leur avait « concocté un exercice de type brevet ».

- Il commence à me chauffer, le type Brevet, marmonna Charlie derrière sa main.

- Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? demanda Mme Taillandier qui était douée de perception extrasensorielle.

- J'ai mal au poignet.

- Tu aurais encore plus mal au poignet si tu travaillais à la chaîne, répondit Mme Taillandier qui, comme maman, avait toujours le dernier mot.

Il ne restait plus à Charlie comme à Aubin qu'à « relever le champ lexical de la prison » dans le texte de Steinbeck et à « donner la nature et la fonction des expansions du nom " murailles " ». Car, contrairement à ce qu'en disent dans les médias les experts à lunettes, on sait plein de choses quand on a quatorze ans. Sur Steinbeck, le gérondif et le pangermanisme, les parents n'imaginent même pas !

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08 novembre 2009

Mygale – Thierry Jonquet

mygale_p Folio – juillet 1999 – 156 pages

Quatrième de couverture :

Eve ? Qui est-elle ? Qui est Richard  Lafargue, l'homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l'enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c'est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple... Quel incompréhensible passé lie ces deux êtes hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ? Pourquoi les paroles si douces de The Man I love deviennent-elles entre eux l'expression radicale de la haine la plus absolue ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), 'Moloch' (1998) qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un nouveau livre de Thierry Jonquet que je n'avais pas encore lu...

C'est un roman vraiment noir qui nous raconte 3 histoires :

Richard Lafargue, chirurgien esthétique, qui vit au Vésinet avec Eve une jeune femme très belle qui vit enfermée dans sa chambre. Elle sort parfois au bras de Richard mais il existe entre eux de la haine...

Alex est un voyou qui se cache après un hold-up qui a mal tourné, il a abattu un policier. Dans sa solitude, il pense à son copain Vincent qui a disparu depuis quatre ans.

Quelqu'un a été enlevé et enfermé dans une cave, il surnomme son ravisseur la Mygale.

Le livre se déroule en trois parties : l'araignée, le venin, la proie. Il s'agit là de vengeance, de violence. Une histoire incroyable et un dénouement inimaginable. Je n'en dirai pas plus pour ne rien dévoiler...

J'ai trouvé la construction de ce livre particulièrement réussie et je l'ai lu en une après-midi. Mais j'ai trouvé certains passages dérangeants et un peu trop noir à mon goût.

Extrait : (début du livre)

Richard Lafargue arpentait d'un pas lent l'allée tapissée de gravier qui menait au mini-étang enchâssé dans le bosquet bordant le mur d'enceinte de la villa. La nuit était claire, une soirée de juillet, le ciel parsemé d'une pluie de scintillement laiteux. Embusqué derrière un bosquet de nénuphars, le couple de cygnes dormait d'un sommeil serein, le cou replié sous l'aile, la femelle, gracile, douillettement blottie contre le corps plus imposant du mâle.

Lafargue cueillit une rose, huma un instant cette odeur douceâtre, presque écœurante, avant de revenir sur ses pas. Au-delà de l'allée bordée de tilleuls, la maison se dressait, masse compacte et sans grâce, trapue. Au rez-de-chaussée, l'office, où Line – la femme de chambre – devait prendre son repas. Un jet plus clair vers la droite, et un ronronnement feutré : le garage où Roger – le chauffeur – était occupé à faire tourner le moteur de la Mercedes. Le grand salon enfin, dont les rideaux sombres ne laissaient filtrer que de minces rais de lumière.

Lafargue leva les yeux vers le premier étage et son regard s'attarda sur les fenêtres de l'appartement d'Ève. Une lueur délicate, une persienne entrouverte d'où s'échappaient les notes d'une musique timide, un piano, les premières mesures de cet air, The Man I Love...

Lafargue réprima un geste d'agacement et, d'une démarche brusque, pénétra dans la villa, claquant la porte, courant presque jusqu'à l'escalier, grimpa les marches en bloquant sa respiration. Parvenu à l'étage, il dressa le poing puis se contint et se résigna à frapper doucement de l'index recourbé.

Il tourna les trois verrous qui, de l'extérieur, bloquaient la porte d'entrée de l'appartement où vivait celle qui s'obstinait à rester sourde à son appel. Sans faire de bruit, il referma la porte et s'avança dans le boudoir. La pièce baignait dans l'obscurité, seule la lampe à abat-jour posée sur le piano dispensait un éclairage tamisé. Tout au fond de la chambre jouxtant le boudoir, le néon cru de la salle de bains ponctuait d'une tache blanc vif l'extrémité de l'appartement.Dans la pénombre, il se dirigea vers la chaîne et coupa le son, interrompant les premières notes de la mélodie qui, sur le disque, suivait The Man I love. Il domina sa colère avant de murmurer d'un ton neutre, exempt de reproches, une remarque pourtant acerbe sur la durée raisonnable d'une séance de maquillage, du choix d'une robe, de la sélection des bijoux convenant au type de soirée à laquelle lui et Ève étaient conviés...

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch

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L’éclat du diamant – John Marcus

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - L'Autre Editions

l__clat_du_diamant L’Autre Editions – juin 2009 – 477 pages

Présentation de l'éditeur : « Comment expliquer cette succession étrange de meurtres, un jour ordinaire de 2007 ? Qu'est-ce qui peut bien relier entre eux un couple d'amoureux en week-end dans le Sud de la France, un industriel de la pêche naviguant dans les eaux troubles de Guinée et un passionné parisien de reptiles, araignées et autres créatures vénéneuses ? Et surtout, pourquoi Frédéric Carloni, grand reporter au Matin de France a-t-il été abattu place Pigalle alors qu'il rentrait tranquillement chez lui en moto ? » C'est sur ces questions que s'ouvre la singulière enquête de ce polar à l'écriture cinématographique. Véritablement immergé au cœur du célèbre « 36, quai des Orfèvres », au sein de l'équipe du commissaire Delajoie, vous serez entraîné, meurtre après meurtre, dans une marche trépidante à travers les hauts plateaux de la publicité, de l'image et de la grande distribution. Une quête de vérité, semée de morts et de fantômes, où la violence des crimes se heurtera à la brutalité ordinaire du quotidien, où les évidences se transformeront rapidement en leurres. Vous voilà donc prévenu : on ne pénètre pas impunément dans la Maison de la mort.

Au-delà d'un thriller palpitant qui respecte les codes les plus classiques du genre, L'Éclat du diamant est un polar sociétal très actuel, qui reflète nos fragilités collectives et nos blessures individuelles. Ainsi, au fur et à mesure que progresse l'enquête et à travers l'histoire de chacun des personnages, se dévoilent nos propres angoisses, nos doutes, mais aussi nos espoirs et nos rires. Autant de nuances de gris qui, au fil des pages, donnent à L'Éclat du diamant une couleur résolument nouvelle. Finalement, un roman pas totalement noir.

Auteur : John Marcus c'est évidemment le pseudonyme d'un homme qui souhaite rester anonyme... On peut trouver une interview avec l'auteur ici.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Ce livre commence par une préface de l'éditeur qui nous informe que ce livre est à la fois « le lancement d'un nouvel auteur, d'un nouveau roman et d'un nouvel éditeur. »

Cela commence comme un vrai polar : en quelques pages nous assistons à de nombreux meurtres dans les Corbières, en Guinée-Conakry et puis à Paris. Puis nous faisons connaissance avec l'équipe du 36 : le commissaire Jean Delajoie surnommé « le Patron » , le Chef de Groupe Franck Meunier surnommé « le Che », Amanda Coron surnommée « Manda ou Ze Queen », Kowiac surnommé « l'ours des Balkans », Bastien Marchand surnommé « Colombo » et Jérôme Bouchon surnommé « la Boule ». Ils commencent une enquête suite à un nouveau meurtre : l'exécution à Pigalle du journaliste Frédéric Cartoni. Nous suivons une enquête très documentée qui nous apprend beaucoup sur le fonctionnement de la police. Mais ce n'est pas un simple polar, en effet, à travers une intrigue parfaitement huilée mais cependant complexe, nous pénétrons dans le monde de la communication et des médias ainsi que celui de la grande distribution.

L'enquête est palpitante et très intéressante et les personnages sont vraiment attachants, j'ai hâte de les retrouver dans une nouvelle enquête comme le sous-entend la fin du livre... De plus en consultant le site officiel du livre et l'interview de l'auteur, j'ai découvert que ce livre se veut être le premier d'une série de quatre livres dont le dernier « L'Âme noire » nous est déjà annoncé p.31, p.70, p.181 et p.300 ainsi que « L'Agneau mystique » p.369.

Dans son bureau du 36, le commissaire Delajoie possède une reproduction de l'huile sur bois appelé indifféremment "La cure de folie", "la lithotomie" ou "l'extraction de la pierre de folie" de Jérôme Bosch et qui impressionne ses visiteurs...

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Merci à L'Autre Édition de m'avoir offert ce livre.

Extrait : début du livre voir sur le site officiel.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le livre, allez voir le site officiel du livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - l_autre__ditions

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05 novembre 2009

La Peine du Menuisier - Marie Le Gall

la_peine_du_menuisier Editions Phébus – mars 2009 – 283 pages

Présentation de l'éditeur
«J'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-même en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace.»

Son père est une ombre solitaire. sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit clans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. ruais on est taiseux dans le Finistère. Livrée à ses doutes et à ses intuitions., elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance. mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité. D'une plume à la fois vibrante et pudique. Marie Le Gall décrypte l'échec d'une relation père-fille et touche au cœur.

Biographie de l'auteur
Marie Le Gall est née en 1955 à Brest. Elle est professeur de lettres à Fontainebleau. La Peine du Menuisier est sont premier roman.

 

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai tout de suite été attirée par l'image de couverture de ce livre qui évoque si bien la Bretagne. Ce roman, qui est en parti autobiographique, raconte la relation entre un père et sa fille. Marie-Yvonne n'est pas une enfant désirée, à sa naissance sa mère à 42 ans et son père 52 ans. Jeanne leur première enfant a 19 ans mais elle est handicapée. Nous sommes dans les années 50, dans le Finistère nord à Brest ou dans le penn-ti à la campagne. Avec ce livre, Marie-Yvonne nous raconte son enfance et sa famille : son père qu'elle n'appelle que le Menuisier, sa mère Louise, sa sœur Jeanne, sa grand-mère Mélie. Mais il n'y a pas seulement les vivants, la mort est présente à chaque instant à travers les photos encadrées sur les murs des disparus, la proximité du cimetière...

Le Menuisier est un taiseux. « Son silence tenace et enveloppant, faisait partie intégrante de son être. Il lui appartenait plus que sa propre peau. » Marie-Yvonne souffre de ce silence et de cette non-relation qu'elle a avec son père. « Les mots n'étaient pas pour nous. Et quand parfois ils existaient, nous savions que ce n'était que de pauvres écrans. Les vibrations du silence étaient toujours les plus fortes. C'était quand je ne l'entendais pas que je l'entendais le plus, et lui de même. C'est à dire tout le temps. Nous avancions dans un silence assourdissant. » Que cache ce silence ? Un secret de famille ?

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est bouleversant et très fort. Les phrases sont sobres, les mots sont justes tout en retenue, l'atmosphère est sombre et envoûtante. La Bretagne est décrite avec beaucoup de détails et tout au long du livre on rencontre des mots ou des expressions en breton ou en brestois avec un glossaire en fin de livre. A lire absolument !

penn-ti : petite maison (en breton)

Extrait : (début du livre)

Chacun de nous naît au moins deux fois. Le jour de l'accouchement de sa mère et celui de son premier souvenir.

Je suis née à quatre ans dans un face-à-face foudroyant avec la mort. Rescapée, je ne sais comment.

§

Le voisin Michel avait laissé tomber son frère. Denis était blanc, vêtu de blanc, sur un lit blanc.

Le lendemain de cette terrible journée, je descendis la route qui conduisait à la grève, une route étroite et grise, bordée de talus hauts comme des murailles d'où jaillissaient les fougères et les digitales. Après l'école Saint-Yves sur la gauche, il y avait une ferme, puis plus rien. Seulement les champs, à perte de vue. Je tenais la manche de grand-mère Mélie tandis qu'elle avançais, s'appuyant sur sa canne en ébène à pommeau d'argent ciselé. Elle marchait lentement, toute à ses prières. Près de la ferme, je jetai un regard au bouvreuil dans la petite cage au-dessus de la porte. Il était silencieux. C'était l'été, le soleil caressait la campagne, l'air était chaud, léger, tout vibrant d'insectes minuscules. Nous nous sommes arrêtées devant la grande maison neuve, la dernière à droite, le long du chemin creux qui menait au moulin de Parlevan. C'était là.

Grand-mère Mélie serrait ma main à présent, un peu fort, juste avant d'entrer sans frapper – la porte était ouverte. Nous traversâmes le couloir recouvert de mosaïques, la chambre était à gauche.

Devant moi, il y avait un enfant allongé sur un lit, immobile comme ne le sont jamais les enfants, une immobilité statutaire, souveraine. Près de lui, une femme assise ne bougeait pas, ne parlait pas. Je venais d'avoir quatre ans et j'apprenais que, même tout petit, on pouvait mourir. C'était une fin d'après-midi. A travers les persiennes mi-closes, la lumière du soleil encore haut dans le ciel dévoilait un sourire sur le visage tranquille de Denis. Le lendemain, sur le cercueil, il y avait un drap blanc.

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