12 octobre 2009

La traversée du Mozambique par temps calme – Patrice Pluyette

Seuil – août 2008 – 316 pages

Points – août 2009 – 314 pages

Quatrième de couverture :
Le capitaine Belalcazar, archéologue à la retraite et vague descendant d'un conquistador espagnol, met les voiles une nouvelle fois vers la jungle du Pérou pour trouver l'or de la mystérieuse cité inca de Païtiti. Un beau bateau, une belle équipe, un itinéraire rigoureusement planifié: cette tentative sera la bonne. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Les obstacles se multiplient. On n'a pas fini d'être surpris. Et l'auteur semble y prendre un malin plaisir.

Biographie de l'auteur
Patrice Pluyette est né en 1977. Après des études de lettres modernes, il se lance dans l écriture. La Traversée du Mozambique par temps calme est son quatrième roman, sélectionné pour les prix Goncourt et Médicis 2008.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre a un titre aussi mystérieux qu'inexplicable car contrairement à ce qu'évoque le titre, nous ne traverserons pas le Mozambique, mais nous ferons un voyage et une quête vers Païtiti une cité inca du Pérou ! J'ai bien aimé le début car on embarque pour un voyage d'aventures peu ordinaire qui n'a rien de tranquille... Les personnages sont également haut en couleur : le capitaine Belalcazar, archéologue en retraite, à la recherche d'une cité légendaire, perdue dans la jungle amazonienne, Negook et Hug-Gluq, Indiens de l’Alaska, chasseurs d’ours, Fontaine, cuisinière et amoureuse du capitaine, Malebosse, un peu sorcière, Jean-Philippe un pirate... On retrouve un roman d'aventure évoquant Jules Verne, malheureusement, l'histoire est de plus en plus déjantée et j'ai été lassée et c'est avec soulagement que je suis arrivée à la fin de ce livre. Dommage !

Extrait :

Au même moment, après avoir aidé Fontaine à débarrasser la table en emportant le plat et les assiettes dans la cuisine sans tomber dans l'escalier - que Fontaine redoute plus que tout au monde, un jour il y aura un accident dit-elle -, Hug-Gluq et Negook, comme à leur habitude, se retrouvent pour parler à l'avant du bateau, sous la hune du mât de misaine. Negook va mieux. Hug-Gluq ne fait plus la tête. Negook mange des biscuits de mer dès qu'il se sent mal et porte son regard au loin pour faire passer le tournis. Fontaine fait la vaisselle. C'est elle qui lui a dit de ne jamais garder le ventre vide quand il commence à aller mal, ni de rester dans un endroit clos. Il faut sortir, respirer, manger, fixer quelque chose au loin, même si l'horizon est flou.
Le pizzicato des assiettes monte de la fenêtre entrouverte ; pour un peu le son métallique d'un transistor coréen se ferait entendre et, comme le fond de l'air est tiède, elle n'est pas loin la sensation d'une soirée d'été qui prend le large près de la corde à linge d'un jardin de ville au milieu des draps secs qu'un vent chaud gonfle et fait courir sur place, sans bruit, peuplant la nuit de fantômes inoffensifs et blancs, impeccablement propres, une taie rose et un slip battant pavillon Soupline sur l'herbe calme.

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06 octobre 2009

Le ciel des chevaux – Dominique Mainard

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Gallimard – août 2004 – 257 pages

Folio – mai 2008 – 391 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque la rumeur commence à se propager dans la ville, elle parvient tout naturellement aux oreilles de Lena. On murmure qu'un jeune homme, presque un adolescent, hante le parc voisin, racontant des histoires aux enfants venus y jouer. Il est revenu... lui dont elle n'a jamais parlé à quiconque, l'homme qui a partagé ses jeux d'enfant... son frère. La seule personne qu'elle informe de cette réapparition est sa mère avec laquelle elle ne communiquait plus depuis des années. Depuis la mort de son père. Depuis le jour où son frère a disparu...
Aujourd'hui, Lena est mariée à un homme qui ne sait rien de sa vie passée et dont elle a un petit garçon. Pour autant, elle ne cesse de penser à l'adolescent qui a élu domicile dans le parc et ne peut s'empêcher, à l'insu de tous, de partir à sa rencontre...

Biographie de l'auteur
Dominique Mainard a publié quelques recueils de nouvelles et plusieurs romans parmi lesquels on peut citer : Le second enfant Grand Prix Prométhée de la nouvelle, 1994, et Le grenadier, Editions Gallimard,1997. Paraissent aux Editions Joëlle Losfeld La maison des fatigués, 2000, Le grand fakir, 2001, et Leur histoire en 2002 pour lequel l'auteur a obtenu le Premier Prix du roman FNAC et le prix Alain-Fournier.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

C’est une histoire poignante, pleine de tendresse mais aussi de détresse. Un livre où l’on trouve plein de secrets, de souvenirs, d'émotion et de non-dits. Lena a un mari, Adem, qui l’aime, un fils Mehli qui l’adore. Un jour, elle croit voir réapparaître un fantôme du passé : son petit frère avec qui Lena était si proche lorsqu’ils étaient enfants. Il a fuit l’hôpital et s’est réfugié dans le parc. Le récit bascule sans cesse entre réalité et imaginaire, entre le passé et le présent. Les personnages sont uniques, mystérieux et très attachants, l’histoire est tout en poésie.

Extrait : (début du livre)
J'étais chez le boucher quand j'ai entendu dire que quelqu'un vivait dans le parc de la ville, et aussitôt j'ai pensé que ce quelqu'un ne pouvait être que toi. Deux femmes discutaient en attendant leur tour et je fixais des yeux les carcasses exposées sur l'étal, quel lieu étrange où retrouver ta trace, me disais-je, mais en vérité où aurais-je pu entendre à nouveau parler de toi sinon en ces lieux si rouges, emplis d'une odeur de sang à peine masquée par un déodorant fleuri ?

Tout bas j'ai murmuré les mots prononcés autrefois – nous avons chevauché des chevaux morts - et aussitôt j’ai été submergée par une violente nausée. J’ai porté la main à mon visage, pressé ma manche contre ma bouche en respirant très fort l’odeur de pluie et de lessive pour lutter contre le vertige. Elles continuaient à parler de toi en t’appelant ce clochard, ce vagabond. Parfois il dresse une sorte de petit théâtre dans la parc avec des bouts de planche, disaient-elles, il raconte des histoires aux enfants, aux promeneurs, on lui donne un peu d’argent ou quelque chose à manger et c’est de cela qu’il vit. Une fois la représentation terminée il ramasse ses planches, enveloppe ses marionnettes dans un bout de tissu et disparaît dans les profondeurs du parc. Parfois on le trouve du côté des poneys harnachés qui promènent les enfants au moment des beaux jours, pour quelques pièces il leur porte des seaux d’eau, les brosse et balaie leur crottin. Personne ne sait où il dort, peut-être au-delà du bassin, dans le bois presque sauvage envahi de broussailles. Les petits adorent ses histoires, disaient les femmes, d’ailleurs ce ne sont pas ses seuls spectateurs, des vieilles dames du quartier et des promeneurs viennent l’écouter eux aussi. Mais quand même est-ce prudent, on entend tellement d’histoires, un jour on retrouvera peut-être le théâtre abandonné parmi les herbes, le vagabond disparu et un enfant envolé à jamais. Certes il a l’air doux et simple jusqu’à la bêtise, mais peut-on se fier à un langage enfantin, un visage d’ange ?   

Lu du même auteur :

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04 octobre 2009

Mémoire en cage – Thierry Jonquet

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Albin Michel - avril 1982

Fleuve Noir – janvier 1986

Gallimard – octobre 1995

Folio – octobre 1999 – 171 pages

Quatrième de couverture :

Qui ? Pourquoi ? Comment ? Voilà les questions que se posait le commissaire Gabelou.
Trois questions pour trois cadavres. Comment en était-on arrivé là ? La fatalité, l'injustice et la vengeance... Cynthia a beau être prisonnière de son fauteuil roulant et de son corps souffrant, elle n'est peut-être pas si débile qu'il y paraît. Sa vie est fichue alors il ne lui reste plus qu'à réussir la mort de l'ordure qui a tout gâché. Mais comment ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

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Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre fait partie des premiers romans de Thierry Jonquet. C'est l'histoire d'une vengeance bien ruminée, l'intrigue est parfaitement construite. L'auteur nous fait partager le monde d'une adolescente fortement handicapée à travers une histoire cruelle. A la suite d'une opération ratée, Cynthia est devenue prisonnière d'un fauteuil roulant et d'un corps qui ne lui répond plus. Elle vit à l'Institut National de Réadaptation au pavillon C. Elle a été considérée comme débile par les médecins avec un QI de 30. Mais elle cache sa véritable intelligence en faussant les tests et elle va construire sa vengeance pour supprimer qui l'a mis dans cet état de «légume». Il y a aussi Alain un jeune étudiant qui vient pour l'été travailler à l'Institut. Il a de gros problèmes avec les femmes et sa sexualité.

Certains passages du livre sont violents et glauques. Tour à tour, l'auteur nous raconte l'histoire à la troisième personne, mais évoque aussi ce qui se passe dans la tête de ses personnages : Cynthia, Alain et « l'ordure ». Dès la quatrième de couverture, on sait qu'il y aura 3 cadavres, mais les réponses aux questions «Qui ? Pourquoi ? Comment ?» ont été pour moi surprenante. J'ai trouvé ce roman policier vraiment réussi.

Extrait : (début du livre)

Cynthia

Il est 9 heures. C’est le moment de prendre mon poste, comme tous les matins. Pour voir arriver l’ordure. Il y a beaucoup de bruit. Les gosses. Ils arrêtent pas de crier en courant dans les couloirs. Quand ils tombent, ça fait un bruit de ferraille. C’est leurs appareils, qui font ça. Mais ils se font pas mal, en tombant. Ils se relèvent et repartent en rigolant.
Il fait très beau, c’est le 3 juillet. La mardi 3 juillet. Hier soir, c’était le fête de l’école. Et aujourd’hui, les gosses attendent que leurs parents, qui viennent les récupérer, pour les vacances. Certains, c’est pas leurs parents, qui viennent, c’est les moniteurs d’une colo. Il fait très chaud. Ce matin, Marie-Line était très occupée, elle a pas eu le temps de m'habiller. J'ai encore mon pyjama. Le Petit-Bateau jaune et vert que ma sale conne de mère a apporté la dernière fois qu'elle est venue. C'était en avril.

Marie-Line était très pressée : des trousseaux à préparer, pour les départ en colo, justement. Elle m'a fait manger vite fait, mais sans trop brusquer. Je l'aime bien Marie-Line. Je ne sais pas si elle m'aime bien, elle. Quand elle est de nuit, elle parle en tricotant, pour ses enfants. Elle parle toute seule, parce que, même si elle est gentille, je crois pas qu'elle s'use la salive à me parler Elle parle toute seule, quoi ! Je suis là, à baver devant elle, avachie sur mon fauteuil, et elle se parle. Les impôts, les histoires de famille, son mari qui est méchant avec elle, tout y passe. De temps en temps, elle me sourit, elle me regarde. Elle prend un torchon et elle m'essuie la bave.

C'est la plus gentille. Elle s'occupe bien de moi, même quand j'ai mes règles et qu'il faut me changer les serviettes. Avant que Marie-Line arrive, il y avait Olga, une grosse blonde. Elle me cognait dessus quand je laissais couler ma soupe. Elle tapait et moi, pour me venger, je faisais dans ma culotte, ça l'obligeait à me changer. Mais elle est plus là, Olga, maintenant, c'est tout le temps Marie-Line qui s'occupe de moi.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

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03 octobre 2009

Darling – Jean Teulé

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Julliard – septembre 1999 – 242 pages

Pocket – avril 2000 – 242 pages

Pocket – novembre 2007 – 242 pages

Présentation de l'éditeur
Elle voulait qu'on l'appelle " Darling ". Elle y tenait ! Pour oublier les coups reçus depuis l'enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent. Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les " Darling " du monde. Elle a rencontré Jean Teulé. Il l'a écoutée et lui a écrit ce roman.

Auteur : Né à Saint-Lô en 1953, homme aux multiples facettes, Jean Teulé a commencé par la bande dessinée, avant de se lancer dans l'univers du petit écran avec des émissions comme 'L' Assiette anglaise', aux côtés de Bernard Rapp, ou 'Nulle part ailleurs sur Canal +'. Mais c'est bel et bien l'écriture qu'il préfère. Il commence donc à publier des romans comme 'Rainbow pour Rimbaud' en 1991 - qu'il adapte ensuite au cinéma - ''Darling' en 1998, 'O'Verlaine' en 2004 ou encore 'Le Magasin des suicides' en 2007. L'année suivante, il se plonge à nouveau dans la littérature et offre 'Le Montespan', un roman historique drôle salué par la critique.

 

Mon avis : (lu en 2000 et relu en septembre 2009)

C'est une histoire dure et bouleversante. C'est une histoire vraie. Darling c’est Catherine Nicolle, elle est allée rencontrer Jean Teulé pour lui raconter sa vie. Une vie de souffrance depuis sa plus tendre enfance. Elle n’est pas aimée par ses parents, des paysans qui préfèrent ses frères, elle ne veut pas « devenir paysante » et elle rêve de d’épouser un routier. Son rêve se réalisera mais dès le jour du mariage sa vie tourne au cauchemar : son mari, Joël, dit Roméo est alcoolisé et violent, elle aura 3 enfants Kevin, Tom et Océane qui eux aussi seront des victimes. Un jour, elle coupe la corde avec laquelle Roméo venait de se pendre, et elle s’en voudra toujours de lui avoir sauvé la vie !

Malgré cette vie de martyre, Darling a une force surprenante pour rebondir et aller de l’avant.

L'auteur utilise un style assez désinvolte qui permet de prendre de la distance avec la réalité sordide et cruelle du sort de la pauvre Darling. Il intercale aussi dans le récit des extraits de ses dialogues avec Darling. A travers ses dialogues, on ressent parfaitement toute l’humanité de Jean Teulé.

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A partir de ce livre un film a été réalisé par Christine Carriere avec Marina Foïs et Guillaume Canet. Il est sortie novembre 2007. Je ne l’ai pas vu.

Extrait : (page 16)

- Maman m'a souvent accusée d'avoir déclenché la panique à cette Saint-Luc de 65. Chaque fois qu'elle était en colère, elle me le reprochait : « Tu as toujours été une emmerdeuse ! Déjà, deux heures avant ta naissance, tu as gâché la fête et fait chier le monde ! » « Toi aussi, maman, je t'ai fait comme tu dis ? » « Oui ! » qu'elle me répondait... De toute façon, moi, c'est vrai que partout où je suis passée, ça été la merde. Par exemple, la première fois où je suis allée à la messe, le curé est mort pendant le sermon ! J'étais toute petite. Je ne devais pas avoir quatre ans...

Lorsqu'elle était très jeune, quelquefois, le jeudi, pendant que les deux fils aidaient la mère aux travaux agricoles, Georges emmenait sa fille avec lui, chez des fermiers de la régions, pour y acheter des vaches. Mais comme Catherine en avait peur, ce jour-là, sur la place d'un village, son père lui dit : - Pendant que je négocie les bestiaux, toi, file à la messe. Ça ne te fera pas de mal ! Et puis quand ce sera fini, tu me rejoindras dans la bétaillère. Et il mit sa casquette pour aller discuter tandis que l'enfant se dirigeait vers l'église... Mais en revenant, Georges retrouva sa fille sur le siège du passager, buvant un Fanta orange qu'une dame lui avait offert en lui disant : « Ma pauvre petite, c'est tout de même pas de chance... »

Le père surpris dit à Catherine : - Déjà là, toi ? Tu n'es pas allée à la messe alors, désobéissante !

- Si papa, mais quand le curé m'a vu, il est mort... Alors Georges, pendant qu'elle buvait sans faire attention, lui a retourné le revers d'une main de maquignon dans la figure.

- Ça m'a cassé le goulot dans la bouche. Regarde, j'ai encore la lèvre fendue, là, à l'intérieur. De toute façon, moi, il n'y a pas un pouce de ma chair ou de mon âme qui ne porte pas la marque d'une mutilation, qui ne soit la mémoire d'une plaie, alors...

Alors, malgré l'agitation qui régnait devant l'église, Georges, enfonçant son propre mouchoir dans la bouche de sa fille pour panser la plaie du goulot et surtout ne plus l'entendre, lui déclara en démarrant : - Raconteuse d'histoires ! C'est la dernière fois que je t'emmène avec moi. T'es trop conne !

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28 septembre 2009

Ad vitam aeternam – Thierry Jonquet

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Seuil – mars 2002 – 397 pages

Points – octobre 2006 – 350 pages

Quatrième de couverture :
Anabel a vingt-cinq ans. Elle travaille dans une boutique où l'on pratique le piercing et d'autres techniques un peu plus hard core. Elle se lie d'amitié avec un étrange propriétaire de magasin de pompes funèbres. Ensemble, ils vont mettre à rude épreuve les projets de la grande Faucheuse... Thierry Jonquet frôle le fantastique pour délivrer, crescendo, un suspense haletant.

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

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Mon avis : (lu en septembre 2009)

Anabel, 25 ans, est une ancienne infirmière et une ancienne détenue. Elle travaille dans une boutique de piercing proche du canal Saint-Martin. Tous les jours, à l'heure du déjeuner, elle croise Monsieur Jacob, entrepreneur de pompes funèbres.

En parallèle, après plus de trente ans passées en prison, Ruderi est libéré. Sa victime, une femme mutilée, fait appel à un tueur professionnel, Oleg pour le suivre et se venger.

Mais nous irons de surprises en surprises car si tout tourne autour de la Mort ce livre n'est pas seulement un polar mais a aussi un côté fantastique. Je l'ai lu sans déplaisir mais certaines scènes décrites sont parfois un peu trop noire et morbide pour moi.

Extrait : (page 9)

La première fois qu'Anabel croisa Monsieur Jacob, ce fut dans le square, à quelques pas de la boutique. Elle s'y rendait souvent, à chaque pause que Brad lui octroyait. Brad était une loque. Six mois consacrés à le côtoyer l'avaient amenée à s'en convaincre. Trois semaines, trois jours, voire trois heures auraient suffi. Un médiocre qui aurait bien voulu en jeter, frimer, et se contentait d'épater toute une galerie de tocards, de barjots. Lesquels payaient ses services au prix fort, cash. Brad était impitoyable avec la clientèle, il ne faisait aucun crédit, quelle que soit la durée ou la nature de la prestation. C'est aux États-Unis – il disait « aux States » - qu'il avait appris les rudiments du métier, dans les années 70. Il ne s'appelait pas réellement Brad, mais plus prosaïquement Fernand. Dans sa branche, mieux valait porter un prénom à consonance exotique, on peut le comprendre. Le marketing a certaines exigences.

Anabel avait fait sa connaissance alors qu'il venait de subir une rupture amoureuse. Il approchait la cinquantaine et sa dulcinée en ayant vingt-cinq de moins, elle ne tenait pas à s'attarder davantage. Déprimé, meurtri dans son ego, Brad avait arrêté le body-building et se consolait au pur malt. En quelques mois, il se mit à grossir, ce qui le rendit encore plus dépressif. Il ne pouvait plus porter les tee-shirts ultra-moulants qu'il affectionnait auparavant et tentait de camoufler la débandade à l'aide de chemises amples. Il n'empêche. Sa belle gueule s'empâtait irrésistiblement, ses fesses et ses cuisses se chargeaient de cellulite. Au-delà des apparences, déjà alarmantes, plus en profondeur, son organisme gorgé de stéroïdes anabolisants, de créatine et d'hormones de croissance commençait à lui réclamer des comptes. La facture risquait d'être salée. Jour après jour, Anabel évaluait le désastre d'un regard dont elle ne cherchait même pas à dissimuler la cruauté.

Elle ne se demandait plus comment elle avait pu aboutir dans un tel cloaque. Il y a une raison à tout, le hasard n'était nullement en cause. Qui se ressemble s'assemble. Lorsqu'elle ouvrait les yeux, à l'aube, dans ces moments fugaces d'intense lucidité qui succèdent au sommeil, même le plus profond, Anabel en convenait volontiers : à tout bien considérer, chez Brad, elle était à sa juste place. Une paumée parmi les déjantés. Elle essayait juste de sauver sa peau. De rétablir un semblant de normalité dans une vie à la dérive.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase

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27 septembre 2009

Contretemps - Charles Marie

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Aux forges de Vulcain

contretemps Aux forges de Vulcain – août 2009 – 163 pages

Quatrième de couverture :

« Assis par terre dans sa chambre devant le thé au goût de vieille terre moite qu’il affectionnait, il méditait sur la meilleure façon de retrouver le disparu. Ce qu’il lui fallait, c’était une méthode. Une méthode de recherche. Comme il n’avait jamais cherché à retrouver personne auparavant, il prit pour point de départ l’agonie familière que lui infligeait la disparition quotidienne de ses clés, évaporées. Il retournait alors chaque objet de son appartement, soupçonnant des pires conspirations des recoins où il n’était pourtant jamais allé, en découvrant ainsi beaucoup de nouveaux, les retrouvant finalement, le plus souvent dans sa poche, parfois sur la porte, du coté extérieur. Il décidait alors, épuisé, de remettre ses projets à plus tard et de demeurer à l’intérieur pour le moment. Il était le genre d’homme à qui l’expérience n’apprend jamais rien. Ce qu’il savait, il le savait d’instinct ou du fait de ses lectures, mais ce que le monde tentait de lui enseigner par les événements, il l’oubliait toujours. »

Auteur : Charles Marie, né en 1980, est avocat et vit à Paris. Contretemps est son premier roman.

Mon avis : (lu en septembre 2009) 

C’est le premier livre de la Collection Littératures de la jeune maison d’édition Aux forges de Vulcain. J’ai accepté de lire ce livre que me proposait le site Blog-O-Book vraiment par curiosité car j’ai beaucoup de mal à refuser de lire un livre qu’on me propose…

Melvin est recruté anonymement pour retrouver Bruno Bar, un ami qu'il a perdu de vu. Melvin part du principe que l'on retrouve facilement que ce que l'on ne recherche pas et il part donc un peu par hasard pour Florence. Il y rencontre une très jolie femme, Lorraine qui l’invite à une soirée dans les catacombes. Une fusillade a lieu lors de cette soirée et Melvin découvre alors que deux clans s’affrontent la Banque et la Catacombe. Brutalement, il quitte Florence pour Budapest où il croit voir Bruno Bar…

Cela commence comme un vrai roman policier avec de l’action, des surprises, du fantastique aussi, mais j’ai été vite perdue dans une intrigue qui part dans tous les sens et j’ai péniblement terminé le livre sans vraiment de plaisir. J'avoue ne pas être une fan des livres fantastiques, c'est peut-être cela qui m'a empêché d'apprécier ce livre. Sinon j’ai été perturbée par la construction du livre avec des petits chapitres de quelques pages qui se succèdent les uns les autres sans passer à la page suivante. D’autre part, la typographie est un peu petite et rend fatigante la lecture.

J'ai voulu avoir un autre avis, celui de mon fils qui est un grand lecteur de livres de science-fiction et de fantastique. Il a trouvé l'intrigue et les personnages très sympa mais au milieu du livre l'histoire est un peu confuse.

Merci aux éditions Les forges de Vulcain pour cette découverte.

Extrait : (page 7 – Briser la glace)

Melvin adorait prendre le train. Et cette fois-ci ne dérogeait pas : l'idée que ce train précis, dans lequel il était depuis une heure, arriverait à Florence le lendemain matin, quoi qu'il advint ou presque, lui était particulièrement douce. C'était comme si, dans un monde d'incertitudes et de libre arbitre, les principes ployaient sous la force des rails, et le destin redevenait maître de sa vie. Il s'achetait toujours un billet de train avec le sourire de l'homme qui échappe à ses ennemis, certain d'avoir, pour quelques heures, réussi à rétablir l'inexorable au sein de sa vie. Il ne lui restait qu'à se débarrasser du costumé qui gesticulait devant lui pour en goûter pleinement l'abandon souverain.

Cet homme, dont Melvin souhaitait désespérément le départ, c'était le contrôleur, qui ne comprenait pas que l'on puisse réserver une cabine double alors que l'on était seul, dans le but, précisément, de la rester. C'était un de ces hommes qui croit à la communauté des hommes. Il aurait été plus prompt à admettre l'existence d'une femme invisible et sa présence dans la cabine que la possibilité d'homme prêt à payer deux fois plus cher pour pouvoir voyager seul. Il semblait donc décidé à rester discuter le plus longtemps possible afin de neutraliser le bénéfice de cet acte inhumain. Il fallait y mettre fin. Mais comment se débarrasser d'un humaniste ? La maladie. Tout le monde fuyait devant la maladie.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger et LOGO4_large

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26 septembre 2009

La Théorie du panda – Pascal Garnier

la_th_orie_du_panda Zulma – janvier 2008 – 174 pages

Présentation de l'éditeur
Grâce à ses talents de cuisinier et son charisme indolent, Gabriel - à peine débarqué dont ne sait où - tisse des liens très forts avec les habitants d'une petite ville de Bretagne : une bien belle réceptionniste d'hôtel, deux junkies au bout du rouleau et surtout José, le patron du Faro, dont la femme est à l'hôpital. pareil au panda en peluche échoué sur le comptoir du Faro, Gabriel offre sa personne et son temps à celles et ceux qui viennent à lui, plus surpris ou séduits que méfiants. Et pourtant, s'ils savaient... Une fois de plus, Pascal Garnier déploie ici tout son charme.

Biographie de l'auteur
La vie de Pascal Garnier est à elle seule toute une histoire. On retiendra surtout qu'il est une figure originale du roman contemporain. Il a élu domicile dans un petit village d'Ardèche où il peint, et écrit aussi pour la jeunesse. On ne s'étonnera pas qu'il ait reçu le Grand prix de l'Humour noir (2006). Après les Hauts du bas, l'A26 ou Comment va la douleur ? (Livre de Poche, 2008), la Théorie du panda confirme, si besoin était, son immense talent.

 

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Gabriel arrive d'on ne sait où dans un hôtel d'une petite ville de Bretagne. Très vite il sympathise avec José le patron d'un bar-restaurant, dont l'épouse est hospitalisée, puis avec Madeleine la réceptionniste de l'hôtel. Grâce à ses talents de cuisinier, il tente de faire du bien autour de lui en aidant les autres. Qui est réellement Gabriel ? Pourquoi a-t-il atterri dans cette petite ville ? au fil des chapitres on va découvrir l'histoire passé de Gabriel. Et la fin du livre a été pour moi totalement inattendue. Ce livre est à la fois plein d'humanité, d'humour (souvent noire) et de surréalisme. Je n'ai pas totalement adhéré à l'histoire, j'ai fini le livre en ressentant un certain malaise. En conclusion je suis déçue, j'espérais mieux.

Livre déjà lu du même auteur : Lune captive dans un œil mort

Extrait : (début du livre)

Il est assis, seul au bout d'un banc. C'est un quai de gare désert où s'enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d'incertitude. La gare d'une petite ville de Bretagne, enfin, celle de l'intérieur, la mer est loin, insoupçonnable, rien de pittoresque. Il flotte dans l'air une vague odeur de lisier. Une pendule propose 17h18. Tête baissée, les coudes sur les genoux, il regarde les paumes de ses mains sales. Pas vraiment sales mais poisseuses de cette sueur grise, sous les ongles surtout, celle des autres qui ont touché avant avant vous les poignées, les accoudoirs, les tablettes. Il les referme, redresse la tête. Parce que l'immobilité totale qui l'entoure semble le provoquer, il se lève, empoigne son sac de voyage, remonte le quai sur une dizaine de mètres et emprunte le passage souterrain en direction de la sortie. Il ne croise personne.

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18 septembre 2009

Villa Amalia – Pascal Quignard

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Gallimard – mars 2006 – 297 pages

Folio – août 2007 – 300 pages

Présentation de l'éditeur
Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'étendue grise, de plus en plus bruyante et immense, de la mer.

Auteur : Né à Verneuil-sur-Avre le 23 avril 1948, après des études de philosophie, Pascal Quignard entre aux éditions Gallimard où il occupe les fonctions successives de lecteur, membre du comité de lecture et secrétaire général pour le développement éditorial. Il enseigne ensuite à l'université de Vincennes et à l'Ecole pratique des hautes études en sciences sociales. Pascal Quignard a fondé avec le président François
Mitterrand le festival d'opéra et de théâtre baroque de Versailles qu'il dirige de 1990 à 1994. Il a également présidé le Concert des Nations aux côtés de Jordi Savall. Par la suite, il démissionne de toutes ses fonctions pour se consacrer à son travail d'écrivain. En digne héritier de ses premiers maîtres, Georges Bataille ou Emmanuel Levinas, Pascal Quignard explore les correspondances entre le temps, le langage, la création et le plaisir. Auteur d'essais sur la vie des grands artistes comme celle de Georges de la Tour, il est à l'origine de nombreux textes philosophiques parmi lesquels 'Le Sexe et l'effroi' (1994) ou 'La Haine de la musique' (1996). Egalement romancier, il se fait connaître du grand public avec 'Le Salon du Wurtemberg', 'Les Escaliers de Chambord' et 'Tous les matins du monde' en 1991, adapté au cinéma par Alain Corneau. En 2002, le prix Goncourt qui couronne 'Les Ombres errantes', consacre l'ensemble d'une oeuvre esthète et érudite.

 

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Une femme suit un homme dans la nuit. Elle le découvre embrassant une autre femme. Au même instant, elle rencontre par hasard un ancien camarade de classe, Georges, perdu de vue depuis l’enfance...
Cette femme, c’est Ann Hidden, musicienne et compositeur. Sous le choc, elle décide de quitter son compagnon qui la trompe, de vendre sa maison et de recommencer une nouvelle vie. C’est un peu comme une fuite, elle part un peu au hasard. Puis elle arrive à Ischia... petite île près de Capri, au large de Naples et découvre la villa Amalia où elle va se sentir vraiment bien. Mais ce bonheur sera éphémère…

La musique est très présente tout au long du roman, tout comme l’eau : la mer en Bretagne où vit encore sa mère, les bords de l’Yonne où habite Georges, enfin la mer Tyrrhénienne face à la villa Amalia.

J’ai du mal à décrire mon impression à la lecture de ce livre. J’ai beaucoup aimé les descriptions des différents paysages, un vrai voyage ! L’histoire est prenante et on lit facilement le livre mais ensuite j’ai été déçu par la fin de l’histoire. En effet la rupture et la découverte de la villa sont très bien mais ensuite les évènements dramatiques et le retour en France m’a embrouillé l’esprit et j’ai eu l’impression d’un soufflé qui était retombé…

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Ce livre a été adapté au cinéma dans un film réalisé par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois, le film est sorti en avril 2009. Je ne l’ai pas vu.

Extrait : (page 145)

Tous les amants ont peur. Elle avait terriblement peur de ne pas convenir à la maison. Elle eut peur de ne pas savoir s'y prendre en lançant les travaux. Peur d'en altérer la force. Peur de rompre un équilibre. Peur aussi d'être déçue. Peur de ne pas être aussi heureuse qu'elle pensait qu'elle allait l'être quand elle avait découvert la villa pour la première fois.

Le printemps balaya la peur. Ce furent les grands jasmins sauvages.

Ce furent les buissons de roses.

Ce furent les anémones sans nombre, aux couleurs si profondes, aux beautés de soie.

Ce furent les pavots.

Elle avait aimé nager dans la mer froide qui lui rappelait la Bretagne.

Elle aima s'épuiser dans une mer devenue plus chaude et plus ombrageuse avec le printemps. La fatigue lui procurait une espèce d'euphorie, d'extase physique difficile à décrire. La mer verte ou bleue glissait sur ses épaules, glissait sur la nuque, glissait entre ses jambes, l'enveloppait de courant et de puissance. Elle ne nageait que le crawl et songeait à rebrousser chemin que quand la fatigue la prenait. Elle se mettait alors sur le dos, rêvait, puis rentrait lentement, en restant sur le dos, ou en se tournant légèrement pour ne pas être surprise par une roche, à l'indienne.

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13 septembre 2009

Du passé faisons table rase - Thierry Jonquet

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Albin Michel – novembre 1982 -

Dagorno – octobre 1994 – 248 pages

Actes Sud – juin 1999 – 279 pages

Folio – février 2006 – 283 pages avec Postface d’Hervé Delouche

Présentation de l'éditeur
Le passé n'oublie rien. Il y aura toujours un ancien pour se souvenir. Une femme pour témoigner. Un enfant qui racontera... Dix ans après les faits, en France, dans les années quatre-vingt, le seul homme à " savoir " voit ressurgir le risque que la vérité n'éclate. Cette vérité concerne le Parti. Elle vise le leader, l'homme charismatique à la jeunesse méconnue. Quels furent ses positions et ses actes dans les années de guerre avant qu'il ne milite ? Comment faire taire l'inacceptable alors qu'un corbeau semble à nouveau déterminé à rouvrir les plaies ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

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Mon avis : (lu en septembre 2009)

Ce livre a été publié pour la première fois en 1982 sous le pseudonyme de Ramon Mercader (c'est aussi le nom de l'assassin de Troski en 1940). Dès sa sortie, ce livre ferra scandale car à travers ce roman de politique-fiction Thierry Jonquet critique le parti communisme français et ses dirigeants.

Automne 1972, c'est le prologue, et nous assistons à 4 assassinats : un vieil homme à Cologne en Allemagne, un chasseur lors d'une partie de chasse à côté de Lorient, un israélien en voyage d'affaire à Paris, un vieillard à Santiago du Chili. Quel est le lien entre ces 4 hommes ?

Thierry Jonquet dénonce la réécriture de la biographie du secrétaire général du Parti, René Castel. Il avait 27 ans en 1947 lorsqu'il adhère au Parti, il va franchir un à un tous les échelons de la hiérarchie et peu à peu devenir dirigeant jusqu'au poste suprême où il accède en 1972. L'auteur met en scène un chantage politique, il nous montre la vie interne d'un Parti qui n'hésite pas à masquer la réalité pour se donner une image parfaite aux yeux du monde. Plus qu'un roman policier, ce livre est plutôt un roman militant où l'écriture est sans concession et qui nous donne un leçon de mémoire et d'histoire.

Extrait : (page 39)

Octobre 1978

Jacques Delouvert tambourinait du doigt sur le tableau de son bureau. La main était grasse, rose et boudinée. Nerveuse pourtant. Par la grande baie vitrée, Delouvert pouvait contempler le spectacle des toits de Paris. Son bureau se trouvait au dernier étage du grand immeuble courbe de verre et de béton abritant les locaux du Parti. Mais Delouvert se foutait des toits de Paris, des pigeons, des reflets moirés du soleil sur les ardoises luisantes. Poésie de pacotille, sensibilité populiste, nostalgie petite-bourgeoise.

De sa grosse main, il saisit la fiche photocopiée qu'il étudiait depuis une heure. Il l'avait examinée à la loupe, détaillant lettre par lettre les annotations manuscrites et les cachets apposés en bas de page. Aucun doute possible : ce n'était pas un faux. D'ailleurs, quand bien même il se fût agi d'une contrefaçon, les renseignements consignés sur le document étaient rigoureusement exacts. Delouvert était un des rares hommes (une dizaine ?) à le savoir.

Il s'empara d'un gros briquet fixé sur un socle d'onyx, un cadeau offert par une délégation du Parti grec, et il fit brûler la feuille. Une odeur âcre s'en dégagea.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

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12 septembre 2009

La sixième – Susie Morgenstern

La_sixieme Ecoles des Loisirs – janvier 1985 – 142 pages

Résumé du livre :

C'est officiel. Margot tient la lettre entre ses mains. Elle est admise en sixième au collège du Parc des Grands Pins. Enfin elle sera lycéenne, elle sera grande. D'abord les préparatifs, il faut acheter le carnet de correspondance, se munir de photos d'identité, il faut des photocopies des certificats de vaccination. Enfin, elle doit décider comment s'habiller pour ce premier jour. Sa soeur aînée est catégorique : jean et surtout pas de cartable ! Le premier jour arrive. Tout le monde avait un cartable et plein de filles étaient habillées en jupe ! Malgré cette déconvenue, Margot s'est retrouvée dûment insérée dans une classe et comme elle est pleine de bonne volonté et qu'elle rêve d'être populaire, elle est volontaire pour être déléguée de classe provisoire. Margot est consciencieuse, bonne élève, habitée par plein de bonnes intentions. Elle va devenir déléguée élue par la classe, et elle veut être responsable. Elle veut que sa classe chahuteuse et plutôt nulle devienne une classe exemplaire. Alors elle organise, elle entreprend. Mais rien ne marche comme prévu et les dépenses d'énergie se retournent souvent contre elle. Alors elle tempère. Un voyage à Rome de toutes les sixièmes renforce des amitiés. Puis une grève des profs providentielle fait vivre une belle journée à la sixième de Margot. Une journée où tous ensemble ils avaient vécu à leur goût.

Auteur : Née à Newark, New Jersey le 18 mars 1945, après des études littéraires, Susie Morgenstern, Française d'origine américaine, s'installe en France et se marie avec un mathématicien français. Elle abandonne ses activités de critiques littéraires pour se consacrer à l'écriture de romans et d'albums pour les jeunes lecteurs qu'elle n'hésite pas à illustrer elle-même à l'occasion. Auteur prolixe, principalement éditée par l'Ecole des Loisirs, elle reçoit de nombreuses récompenses, comme le Grand Prix du livre pour la jeunesse avec 'C' est pas juste', en 1981, le prix Loisirs Jeunes Lecteurs pour 'Un anniversaire pomme de terre' et le prix 1000 jeunes lecteurs pour 'Les deux moitiés de l'amitié' et 'Oukélé la télé', illustré par Pef. Certains de ses romans sont adaptés au cinéma ou à la télévision, comme 'L' amerloque' en 1996. Ses récits s'inscrivent dans la réalité : 'J' aime espionner la vie de tous les jours et essayer de construire autour de ce monde réel'. Elle enseigne aussi l'anglais à l'université de Nice, et trouve encore le temps de participer à des rencontres avec les enfants dans les écoles. Parmi ses nombreux livres, les plus célèbres sont 'La sixième', 'Même les princesses doivent aller à l'école', 'Lettres d'amour de 0 à 10', prix Chronos 6ème/5ème en 1997, et 'Joker', prix Chronos CE1/CE2 en 2000. Ils rencontrent un véritable succès auprès du jeune public qui ne se dément pas. Invitée au Salon du livre de Paris en 2005, Susie Morgenstern y fête ses soixante ans et ses soixante livres.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Après avoir lu ce livre pour son cours de Français, mon plus jeune fils m’a encouragé à le lire. Il l’a lu facilement mais n’a pas été enthousiaste… Il est vrai que l’héroïne est une fille et qu’il n’a pas vraiment pu s’identifier à Margot !

Pour ma part, le livre m’a paru un peu vieillot, cette 6ème est plus proche de celle que j’ai connu que celle de mon fils aujourd’hui. Cependant ce livre donne un bon aperçu de ce qu'est la vie d'un élève en classe de sixième : les différents professeurs, la cantine peu appétissante, la densité de la journée de cours, la peur d’avoir un zéroCette classe est particulièrement dissipée, bavarde ne travaillant pas !  Margot est attachante tout d’abord dans sa grande envie de faire son entrée en 6ème, puis dans son rôle de déléguée : elle est volontaire, elle voudrait réussir à faire changer sa classe.

Un bon livre plein d'humour à faire lire à un futur collégien ou collégienne pour dédramatiser ce passage important.

Extrait : (page 27)

C’était le mercredi du papier de brouillon, du papier à double interligne, du papier à carreaux et de mille articles dépistés dans les rayons « Rentrée scolaire » parmi la foule d’enfants et de parents à la recherche urgente de stylos à bille, de cahiers de textes, de cartons, gommes et compagnie.

Margot était furieuse de voir toute la population de la ville se jeter dans ces achats le même jour. S’il n’y avait pas eu tant le monde, ça aurait pu être agréable mais c’était de la folie dans les magasins avec ces queues interminables pour payer. Elle voyait quelques visages de sa classe qui attendaient aussi. Margot avait la tête qui tournait. De retour à la maison, épuisée, elle vérifia si ses achats correspondaient bien à sa liste. A sa stupéfaction il y avait une douzaine de petites choses qui manquaient. Elle se mit à fouiller dans ses placards et dans de vieux sacs et en mendiants chez Anne elle combla à peu près le déficit. Elle vida son cartable des quelques bricoles qu’il contenait. En regardant son matériel et son horaire, elle rangea méthodiquement, cérémonieusement, ses affaires pour le lendemain. Au lit elle essaya d’apprendre par cœur les numéros des salles de classe : français : 212 ; anglais : 319 ; histoire-géo : 230 ; sciences-nat. : 324. Elle était sûre de se perdre. Elle rêva cette nuit d’un labyrinthe épouvantable et inextricable.

Le matin elle réussit à trouver la salle 212 et se félicita de son bon sens. Leur professeur leur donna un examen pour déterminer leur niveau. Denise lui fit un signe de dégoût. Il annonça sans enthousiasme qu’ils allaient lire Le Médecin malgré lui de Molière et il dicta les premiers devoirs. Il s’agissait d’une rédaction sur un quart d’heure de leur vie.

En anglais Margot appris à dire « le chat, le chien, le livre, le tableau noir, la craie, le professeur, la table ». Les élèves étaient hilares, se sentant comme des bébés qui apprennent à parler. Dan, excité, n’arrêtait pas de crier « Speak English ? » et « How do you do ? »

Au bout des deux premières heures, elle ne se sentait plus du tout en forme pour affronter les deux heures de maths qui allaient suivre. Elle ne pouvait pas s’empêcher de penser que la vie serait bien plus belle sans cette matière. Annick trouva le prof « extra ». « Pas moi », affirma Margot. Le mieux que l’on pouvait dire à l’avantage de ce cours, c’est que le prof n’avait pas donné de devoirs.

A midi, elle était suffisamment affamée pour se joindre à la ruée vers la cantine. Voilà un moment qui promettait d’être agréable. Elle était toujours prête à manger. Mais c’était la débandade. Elle avait peur d’être piétinée ou écrasée par la foule d’enfants et de cartables. Petit à petit, la panique la saisit. Elle se sentait emprisonnée, étouffée. Poussée par le courant, Margot se précipita devant l’entrée du réfectoire où un surveillant annonça qu’il n’y avait plus de place pour le premier service.

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