13 septembre 2009

Du passé faisons table rase - Thierry Jonquet

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Albin Michel – novembre 1982 -

Dagorno – octobre 1994 – 248 pages

Actes Sud – juin 1999 – 279 pages

Folio – février 2006 – 283 pages avec Postface d’Hervé Delouche

Présentation de l'éditeur
Le passé n'oublie rien. Il y aura toujours un ancien pour se souvenir. Une femme pour témoigner. Un enfant qui racontera... Dix ans après les faits, en France, dans les années quatre-vingt, le seul homme à " savoir " voit ressurgir le risque que la vérité n'éclate. Cette vérité concerne le Parti. Elle vise le leader, l'homme charismatique à la jeunesse méconnue. Quels furent ses positions et ses actes dans les années de guerre avant qu'il ne milite ? Comment faire taire l'inacceptable alors qu'un corbeau semble à nouveau déterminé à rouvrir les plaies ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Thierry_Jonquet

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Ce livre a été publié pour la première fois en 1982 sous le pseudonyme de Ramon Mercader (c'est aussi le nom de l'assassin de Troski en 1940). Dès sa sortie, ce livre ferra scandale car à travers ce roman de politique-fiction Thierry Jonquet critique le parti communisme français et ses dirigeants.

Automne 1972, c'est le prologue, et nous assistons à 4 assassinats : un vieil homme à Cologne en Allemagne, un chasseur lors d'une partie de chasse à côté de Lorient, un israélien en voyage d'affaire à Paris, un vieillard à Santiago du Chili. Quel est le lien entre ces 4 hommes ?

Thierry Jonquet dénonce la réécriture de la biographie du secrétaire général du Parti, René Castel. Il avait 27 ans en 1947 lorsqu'il adhère au Parti, il va franchir un à un tous les échelons de la hiérarchie et peu à peu devenir dirigeant jusqu'au poste suprême où il accède en 1972. L'auteur met en scène un chantage politique, il nous montre la vie interne d'un Parti qui n'hésite pas à masquer la réalité pour se donner une image parfaite aux yeux du monde. Plus qu'un roman policier, ce livre est plutôt un roman militant où l'écriture est sans concession et qui nous donne un leçon de mémoire et d'histoire.

Extrait : (page 39)

Octobre 1978

Jacques Delouvert tambourinait du doigt sur le tableau de son bureau. La main était grasse, rose et boudinée. Nerveuse pourtant. Par la grande baie vitrée, Delouvert pouvait contempler le spectacle des toits de Paris. Son bureau se trouvait au dernier étage du grand immeuble courbe de verre et de béton abritant les locaux du Parti. Mais Delouvert se foutait des toits de Paris, des pigeons, des reflets moirés du soleil sur les ardoises luisantes. Poésie de pacotille, sensibilité populiste, nostalgie petite-bourgeoise.

De sa grosse main, il saisit la fiche photocopiée qu'il étudiait depuis une heure. Il l'avait examinée à la loupe, détaillant lettre par lettre les annotations manuscrites et les cachets apposés en bas de page. Aucun doute possible : ce n'était pas un faux. D'ailleurs, quand bien même il se fût agi d'une contrefaçon, les renseignements consignés sur le document étaient rigoureusement exacts. Delouvert était un des rares hommes (une dizaine ?) à le savoir.

Il s'empara d'un gros briquet fixé sur un socle d'onyx, un cadeau offert par une délégation du Parti grec, et il fit brûler la feuille. Une odeur âcre s'en dégagea.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

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12 septembre 2009

La sixième – Susie Morgenstern

La_sixieme Ecoles des Loisirs – janvier 1985 – 142 pages

Résumé du livre :

C'est officiel. Margot tient la lettre entre ses mains. Elle est admise en sixième au collège du Parc des Grands Pins. Enfin elle sera lycéenne, elle sera grande. D'abord les préparatifs, il faut acheter le carnet de correspondance, se munir de photos d'identité, il faut des photocopies des certificats de vaccination. Enfin, elle doit décider comment s'habiller pour ce premier jour. Sa soeur aînée est catégorique : jean et surtout pas de cartable ! Le premier jour arrive. Tout le monde avait un cartable et plein de filles étaient habillées en jupe ! Malgré cette déconvenue, Margot s'est retrouvée dûment insérée dans une classe et comme elle est pleine de bonne volonté et qu'elle rêve d'être populaire, elle est volontaire pour être déléguée de classe provisoire. Margot est consciencieuse, bonne élève, habitée par plein de bonnes intentions. Elle va devenir déléguée élue par la classe, et elle veut être responsable. Elle veut que sa classe chahuteuse et plutôt nulle devienne une classe exemplaire. Alors elle organise, elle entreprend. Mais rien ne marche comme prévu et les dépenses d'énergie se retournent souvent contre elle. Alors elle tempère. Un voyage à Rome de toutes les sixièmes renforce des amitiés. Puis une grève des profs providentielle fait vivre une belle journée à la sixième de Margot. Une journée où tous ensemble ils avaient vécu à leur goût.

Auteur : Née à Newark, New Jersey le 18 mars 1945, après des études littéraires, Susie Morgenstern, Française d'origine américaine, s'installe en France et se marie avec un mathématicien français. Elle abandonne ses activités de critiques littéraires pour se consacrer à l'écriture de romans et d'albums pour les jeunes lecteurs qu'elle n'hésite pas à illustrer elle-même à l'occasion. Auteur prolixe, principalement éditée par l'Ecole des Loisirs, elle reçoit de nombreuses récompenses, comme le Grand Prix du livre pour la jeunesse avec 'C' est pas juste', en 1981, le prix Loisirs Jeunes Lecteurs pour 'Un anniversaire pomme de terre' et le prix 1000 jeunes lecteurs pour 'Les deux moitiés de l'amitié' et 'Oukélé la télé', illustré par Pef. Certains de ses romans sont adaptés au cinéma ou à la télévision, comme 'L' amerloque' en 1996. Ses récits s'inscrivent dans la réalité : 'J' aime espionner la vie de tous les jours et essayer de construire autour de ce monde réel'. Elle enseigne aussi l'anglais à l'université de Nice, et trouve encore le temps de participer à des rencontres avec les enfants dans les écoles. Parmi ses nombreux livres, les plus célèbres sont 'La sixième', 'Même les princesses doivent aller à l'école', 'Lettres d'amour de 0 à 10', prix Chronos 6ème/5ème en 1997, et 'Joker', prix Chronos CE1/CE2 en 2000. Ils rencontrent un véritable succès auprès du jeune public qui ne se dément pas. Invitée au Salon du livre de Paris en 2005, Susie Morgenstern y fête ses soixante ans et ses soixante livres.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Après avoir lu ce livre pour son cours de Français, mon plus jeune fils m’a encouragé à le lire. Il l’a lu facilement mais n’a pas été enthousiaste… Il est vrai que l’héroïne est une fille et qu’il n’a pas vraiment pu s’identifier à Margot !

Pour ma part, le livre m’a paru un peu vieillot, cette 6ème est plus proche de celle que j’ai connu que celle de mon fils aujourd’hui. Cependant ce livre donne un bon aperçu de ce qu'est la vie d'un élève en classe de sixième : les différents professeurs, la cantine peu appétissante, la densité de la journée de cours, la peur d’avoir un zéroCette classe est particulièrement dissipée, bavarde ne travaillant pas !  Margot est attachante tout d’abord dans sa grande envie de faire son entrée en 6ème, puis dans son rôle de déléguée : elle est volontaire, elle voudrait réussir à faire changer sa classe.

Un bon livre plein d'humour à faire lire à un futur collégien ou collégienne pour dédramatiser ce passage important.

Extrait : (page 27)

C’était le mercredi du papier de brouillon, du papier à double interligne, du papier à carreaux et de mille articles dépistés dans les rayons « Rentrée scolaire » parmi la foule d’enfants et de parents à la recherche urgente de stylos à bille, de cahiers de textes, de cartons, gommes et compagnie.

Margot était furieuse de voir toute la population de la ville se jeter dans ces achats le même jour. S’il n’y avait pas eu tant le monde, ça aurait pu être agréable mais c’était de la folie dans les magasins avec ces queues interminables pour payer. Elle voyait quelques visages de sa classe qui attendaient aussi. Margot avait la tête qui tournait. De retour à la maison, épuisée, elle vérifia si ses achats correspondaient bien à sa liste. A sa stupéfaction il y avait une douzaine de petites choses qui manquaient. Elle se mit à fouiller dans ses placards et dans de vieux sacs et en mendiants chez Anne elle combla à peu près le déficit. Elle vida son cartable des quelques bricoles qu’il contenait. En regardant son matériel et son horaire, elle rangea méthodiquement, cérémonieusement, ses affaires pour le lendemain. Au lit elle essaya d’apprendre par cœur les numéros des salles de classe : français : 212 ; anglais : 319 ; histoire-géo : 230 ; sciences-nat. : 324. Elle était sûre de se perdre. Elle rêva cette nuit d’un labyrinthe épouvantable et inextricable.

Le matin elle réussit à trouver la salle 212 et se félicita de son bon sens. Leur professeur leur donna un examen pour déterminer leur niveau. Denise lui fit un signe de dégoût. Il annonça sans enthousiasme qu’ils allaient lire Le Médecin malgré lui de Molière et il dicta les premiers devoirs. Il s’agissait d’une rédaction sur un quart d’heure de leur vie.

En anglais Margot appris à dire « le chat, le chien, le livre, le tableau noir, la craie, le professeur, la table ». Les élèves étaient hilares, se sentant comme des bébés qui apprennent à parler. Dan, excité, n’arrêtait pas de crier « Speak English ? » et « How do you do ? »

Au bout des deux premières heures, elle ne se sentait plus du tout en forme pour affronter les deux heures de maths qui allaient suivre. Elle ne pouvait pas s’empêcher de penser que la vie serait bien plus belle sans cette matière. Annick trouva le prof « extra ». « Pas moi », affirma Margot. Le mieux que l’on pouvait dire à l’avantage de ce cours, c’est que le prof n’avait pas donné de devoirs.

A midi, elle était suffisamment affamée pour se joindre à la ruée vers la cantine. Voilà un moment qui promettait d’être agréable. Elle était toujours prête à manger. Mais c’était la débandade. Elle avait peur d’être piétinée ou écrasée par la foule d’enfants et de cartables. Petit à petit, la panique la saisit. Elle se sentait emprisonnée, étouffée. Poussée par le courant, Margot se précipita devant l’entrée du réfectoire où un surveillant annonça qu’il n’y avait plus de place pour le premier service.

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08 septembre 2009

Pour vous – Dominique Mainard

pour_vous Editions Joëlle Losfeld – août 2008 – 252 pages

Prix des libraires 2009

Présentation de l'éditeur
Encore adolescente, Delphine a compris de quoi les êtres humains ont besoin : de réconfort, d'illusion, de mensonge même, de tout ce qui peut rendre la vie supportable. Elle a trente-cinq ans et vit grâce à l'agence qu'elle a créée, Pour Vous, un lieu destiné à satisfaire les désirs et à panser les plaies des hommes et des femmes suffisamment riches pour y avoir recours. Mais comment peut-on jouer tous les rôles, adopter toutes les identités, sans se perdre ? De nombreux personnages ponctuent le roman : une vieille femme, grande lectrice de livres à l'eau de rose ; un adolescent autiste vivant dans le monde des jeux virtuels ; un homosexuel malade dont Delphine accompagnera les derniers mois et, enfin, l'amant de celui-ci, qui éveillera en elle des sentiments inconnus. Comme dans les précédents textes de Dominique Mainard, les histoires et les fables constituent l'un des fils conducteurs de Pour Vous, mais son thème principal est le cheminement par lequel Delphine s'ouvre à la compassion et à la vie.

Biographie de l'auteur
Dominique Mainard est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de romans. Leur histoire a paru pour la première fois en 2002 et a été couronné parle prix du Roman FNAC et le prix Alain-Fournier. Il a également fait l'objet d'une adaptation cinématographique, sous le titre Les mots bleus, réalisée par Alain Corneau en 2005. Son dernier livre, Je voudrais tant que tu te souviennes, a paru en 2007.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Delphine est responsable d'une agence un peu spéciale « Pour vous », elle offre ses services à tous pour leur rendre la vie plus supportable : promener un vieux monsieur chaque dimanche, distraire un enfant autiste petit génie en informatique... L'agence fonctionne bien, il y a un tarif pour tout. Pas question ici d'empathie ou d 'altruisme. Tout est question de tarifs. Delphine accepte même de devenir mère porteuse pour un couple stérile. Suite à une enfance difficile, Delphine est devenue une "pierre sans parfum" comme le dit l'un des personnages, elle commercialise les sentiments. A travers le récit des différentes prestations, la propre vie de Delphine nous est peu à peu racontée. L'auteur nous livre une galerie de personnages plus vrais que nature. Cette histoire est très originale et souvent dérangeante, elle nous fait réfléchir sur les rapports humains. J'ai bien aimé les descriptions des sentiments ou des non-sentiments des personnages faites par l'auteur. Cette lecture me donne vraiment envie de découvrir d'autres livres de cette auteur.

 

Extrait : (page 52)
Voilà, tout a commencé ainsi, j'ai été la petite-fille d'une inconnue, puis la sœur, la maîtresse, l'amie, la confidente de centaines d'autres, et aujourd'hui je porte un enfant dont je ne suis pas vraiment la mère. Cette agence est un vaste sac où l'on trouve de tout, une boîte de Pandore, selon les termes d'un client, et il n'est rien en effet dont nous ne fassions commerce, la vie, l'amour, la mort.
Il me faut avouer ceci : je pensais que tout était verrouillé, inviolable, je me croyais faite d'un autre bois, d'une autre chair. Je n'avais jamais aimé, j'entends par-là aimer comme aiment les clients qui viennent me voir. J'avais connu des hommes, mais aucun n'avait compté. Peut-être était-ce le spectacle des larmes et des colères de mes clients qui m'avait prévenu contre toute passion, peut-être avais-je simplement, ainsi que me l'avait dit Marja dans un moment de colère, le cœur trop sec.

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05 septembre 2009

Mon vieux - Thierry Jonquet

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Seuil – avril 2004 – 324 pages

Points – mai 2005 – 387 pages

Quatrième de couverture :

Élevé dans la misère, Alain Colmont a quand même réussi à devenir prof, puis scénariste pour la télé. Mais un jour sa fille, Cécile, a un accident de scooter qui la défigure. Alain, qui l'adore, se ruine pour lui redonner un visage.
À La Courneuve, un vieillard qui titube au milieu de la route à 11 heures du soir est récupéré par la BAC. Pas moyen de savoir son nom, l'inconnu a la maladie d'Alzheimer.
À Belleville, une bande de clodos se retrouve régulièrement pour boire et se livrer à de petites combines. Cette vie-là, Daniel Tessandier, RMIste, n'en veut pas. Mais comment l'éviter lorsqu'on perd son appartement et qu'il n'y a pas de travail ?
C'est l'été, - l'été 2003. Étouffante, la chaleur commence à faire des ravages chez les plus démunis, vieillards, malades et rejetés de la vie. Pour Alain Colmont, la canicule risque de tourner au cauchemar...

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Ainsi, 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

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Mon avis : (lu en septembre 2009)

Dès le début du livre, on fait connaissance avec une galerie de personnages tous plus malchanceux les uns que les autres. Alain Colmont : Son père l'a abandonné à l'âge de 7 ans. Sa mère est devenu dépressive. Il a du travailler très tôt. Il s'est remis tout seul aux études, il a obtenu une licence d'histoire et est devenu professeur. Il écrit un jour un roman qui obtient un petit succès et sera adapté pour la télévision. Il quitte alors l'enseignement pour devenir scénariste pour la télévision. A seize ans, sa fille Cécile Colmont est victime d’un grave accident de scooter, elle sera plongée dans le coma avant de se réveiller défigurée. Jacques Brévart est un jeune aide-soignant dont la vie respire l'ennui, c'est le voisin d'Alain. Daniel Tessandier vit dans une chambre de bonne appartenant à une dame charitable, avec le RMI comme unique objectif, il veut conserver un semblant de vie sociale. Gérard Dancourt (Gégé) et Bernard Signot (Nanard) sont deux clochards de Belleville. Un vieil homme sans mémoire, sans papier atteint de la maladie d'Alzheimer qui végète dans la chambre 29 de l'hôpital Lyautey depuis 36 mois. Mathurin Debion est garçon de salle à l'hôpital Lyautey, il est alcoolique et rêve à son île de la Guadeloupe. Tous ces personnages vont se croiser durant l'été 2003 en région parisienne.

A travers des descriptions précises où le sens du détail rend le récit vivant, l'auteur crée un univers sombre et sordide où de pauvres gars vont faire basculer leurs vies du mauvais côté. C'est l'histoire réaliste d'un drame social découlant de drames personnels.

Malgré un sujet difficile, Thierry Jonquet a su magnifiquement construire une histoire qui oscille entre la réalité de la canicule, de la rue, du monde des clochards et des sans-abris et la fiction. Une totale réussite !!!

Extrait : (page 163)

Il se rendit au guichet d'accueil et, sitôt entré dans le hall où se trouvaient le kiosque à journaux et la cafétéria, il eut un rapide aperçu de ce qui l'attendait. Des vieillards des deux sexes erraient en robe de chambre, aggripés à leur déambulateur. D'autres végétaient sur des bancs, le regard vide et le menton dégoulinant de bave, leur bouche édentée grande ouverte. Sans le moindre signe d'agacement, de révolte. Ils tuaient le temps en attendant que le temps les tue.
Perdu au milieu d'eux, Alain eut l'impression d'avoir été convoqué pour une figuration dans un clip gore inspiré d'un tableau de Goya. Il lui était souvent arrivé d'effectuer une rapide apparition dans des téléfilms dont il avait signé le scénario, juste pour s'amuser, tantôt chauffeur-livreur, tantôt gendarme, tantôt infirmier. Il sentit un frisson lui parcourir l'échine. Erreur de casting ! L'espace d'un instant, l'envie lui prit de déguerpir au grand galop et d'oublier cette vision de cauchemar.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs

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31 août 2009

Les orpailleurs – Thierry Jonquet

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Gallimard – février 1993 – 316 pages

Folio – octobre 1998 - 399 pages

Trophée 813 du meilleur roman noir en 1993.
Prix Mystère de la critique 1993.

Quatrième de couverture :

La main droite avait été tranchée, net, au niveau du poignet. Rien ne permettait d'identifier le cadavre, celui d'une femme. Dans la semaine qui suivit, on en découvrit deux autres, assassinées selon le même rituel. Si le meurtrier tuait ainsi en amputant ses victimes, c'était avant tout pour renouer avec ses souvenirs. Il effectuait un voyage dans le temps. Mais pour aller au bout du chemin, il lui fallut emprunter une route que bien d'autres avaient suivie avant lui. Des hommes, des vieillards, des enfants. Des femmes aussi.

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' et 'La Bête et la belle', qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Ainsi, 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

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Mon avis : (lu en août 2009)

C'est en lisant les premières lignes de ce livre que j'ai découvert des noms de personnages qui ne m'étaient pas inconnus... En effet, ce sont ceux de la série télévisée "Boulevard du Palais", qui ont été inspirés par ce livre de Thierry Jonquet. C'est une série que j'aime beaucoup regarder et cela m'a donnée d'autant plus envie de lire "Les orpailleurs".

Cela commence à Belleville avec la découverte du cadavre d'une jeune femme à qui il manque une main. Quelques jours plus tard, on trouve d'autres victimes avec la même mutilation. L'enquête est mené par le commissaire Rovère et la juge Nadia Lintz. Le commandant Gabriel Rovère est un flic désabusé et alcoolique qui effectue pourtant son métier avec beaucoup de talent. La juge Nadia Lintz se donne totalement à son métier pour oublier des problèmes familiaux, elle vient également d'emménager et sympathise avec son propriétaire, l'étrange Isy Szalcman.

Le livre est bien plus fort que la série, les personnages sont attachants et forts. L'intrigue est parfaitement menée, j'ai eu beaucoup de peine à lâcher le livre pour vaquer à mes occupations quotidiennes ! L'auteur nous présente tous les mécanismes d'une enquête judiciaire vue de l'intérieur. Il nous donne également le point de vue du meurtrier que nous suivons dans ses œuvres funestes. Plusieurs enquêtes s'entremêlent : aujourd'hui et dans le passé, à Belleville mais aussi jusqu'en Pologne, on passe du fait divers et une affaire d'un tueur en série à l'Histoire avec un grand H. Les descriptions sont si précises qu'on visualise facilement les lieux ou l'action décrite. L'histoire est sombre mais certains dialogues sont plein d'humour.

En conclusion, je suis vraiment contente d'avoir découvert ce livre qui m'a beaucoup plu et je compte lire d'autres Thierry Jonquet.

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La série « Boulevard du Palais » existe depuis 1999, avec Anne Richard (la Juge Nadia Lintz), Jean-François Balmer (Commandant Gabriel Rovère), Olivier Saladin (le docteur Pluvinage : médecin légiste, poète à ses heures), Marion Game (greffière totalement dévouée à sa patronne), Philippe Ambrosini (Dimeglio), Michel Robin (Isy Szalcman): le propriétaire de Nadia)... Certains scénarios sont signés Thierry Jonquet.

Extrait : (page 12)

Dimeglio, entraîné par ses cent kilos, poursuivit sa descente tout schuss, atteignit le premier étage, faillit glisser sur le palier de l’entresol, se rattrapa tant bien que mal, et jaillit au-dehors, sous le regard épouvanté de la concierge, une Mme Duvalier, sans aucun rapport avec le dictateur, évidemment. Ladite dame s’était munie d’un de ces masques que portent les maçons afin de se protéger de la poussière, lorsqu’ils poncent les murs, ou dans d’autres circonstances analogues. Bravache, elle se tenait devant sa loge, les deux poings sur les hanches, le bigoudi en bataille. Une nature, la Duvalier ! songea Dimeglio, en serrant les dents.

Il sortit dans la rue, avala quelques goulées d’air frais, puis dévisagea un à un les badauds qui l’observaient, effarés. Ils étaient nombreux malgré l’heure matinale et l’interrogeaient du regard, attentifs, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il prononce une allocution.

Une délégation de petites vieilles du quartier, accourues à l’annonce de la nouvelle, portant toutes un cabas vide mais déjà prêt à recevoir les trésors qu’elles iraient glaner sur le marché du boulevard de Belleville, plus tard, à la fin de la matinée, quand les commerçants abandonnent sur le macadam les légumes invendables.

Puis les menuisiers d’un atelier voisin, aux cheveux couverts de sciure, graves et vaguement condescendants ; ils s’étaient résolus, après mille réticences, à abandonner varlope et trusquin pour venir voir œuvrer la flicaille.

Et encore, massés au carrefour, craintifs, prêts à déguerpir au moindre signe hostile, quelques manutentionnaires tamouls employés dans les ateliers de confection du quartier, et qui ne lâchaient pas pour autant leurs diables chargés de ballots de tissus bariolés.

Indifférent à leur attente, Dimeglio reprit lentement son souffle. Son regard croisa celui d’un vieillard très raide, qui semblait surveiller la place comme un général le champ de bataille. Malgré la douceur du temps, il portait un curieux manteau de cuir à martingale, dont la coupe évoquait une quelconque origine militaire. Appuyé sur une canne, goguenard, sa casquette vissée sur le front, il toisait les flics d’un air supérieur, mécontent de leur précipitation et en même temps amusé par le spectacle de leur apparente incompétence. Un troisième car de police en tenue – Dimeglio disait « le prétoriens » - se faufila sur la petite place et les hommes en descendirent pour se déployer en renfort face aux badauds. Alignés sur le trottoir, ils interdirent l’accès des immeubles proches de celui où l’on avait trouvé le corps. Une camionnette de pompier occupait déjà le terre-plein de la place, garée au beau milieu d’un quadrilatère formé par des platanes rabougris.

- Le commissaire a pensé que c’était mieux d’envoyer des renforts. C’est un quartier sensible, ici ! expliqua le brigadier en s’avançant vers Dimeglio.

Livres dans ma PAL de Thierry Jonquet :

mon_vieux"Mon vieux", du_pass__faisons_table_rase_p"Du passé faisons table rase"

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29 août 2009

La maison des lumières - Didier Van Cauwelaert

la_maison_des_lumi_re Albin Michel – mars 2009 - 177 pages

Présentation :

Imaginez qu’une peinture ait le pouvoir de vous rendre la femme de votre vie, telle qu’elle était avant qu’elle vous quitte…

A vingt-cinq ans, Jérémy Rex, boulanger à Arcachon, est entré dans un tableau de Magritte. Que s’est-il passé, pendant son bref arrêt cardiaque au milieu d’un musée ? Asphyxie du cerveau, hallucination causée par le mélange d’alcool et d’antidépresseurs, expérience aux frontières de la mort ? Censée avoir duré moins de cinq minutes, la nuit d’amour qu’il a vécue à l’intérieur de cette huile sur toile va faire basculer son destin.
De Venise à Créteil en passant par la forêt amazonienne et les bords du lac Léman, alternant les rites chamaniques et les protocoles inquiétants de l’Institut de recherche avancée sur le cerveau, Jérémy n’aura de cesse d’aller retrouver le bonheur entrevu derrière la façade de La Maison des lumières.
Mais ceux qui l’aident à explorer les états modifiés de conscience veulent-ils vraiment son bien ? Scientifiques et sorciers, marchands d’art et agents immobiliers, tous le manipulent dans leur propre intérêt, afin de récupérer le secret qu’il détient.
Dans les romans de Didier Van Cauwelaert, la manipulation agit toujours comme un révélateur. Transformer un homme ordinaire en héros de l’impossible, capable de faire voler ses limites en éclats pour redonner un sens à sa vie, tel est l’enjeu romanesque de La Maison des lumières.

L’auteur : Né en 1960 à Nice, Didier van Cauwelaert cumule, depuis ses débuts, prix littéraires et succès public : Prix Del Duca pour son premier roman en 1982 (Vingt ans et des poussières), prix Roger Nimier, prix Goncourt (Un aller simple, 1994), Molière 1997 du meilleur spectacle musical (Passe-Muraille), Grand Prix du théâtre à l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, Grand Prix des lecteurs du Livre de Poche (La Vie interdite, 1999), Prix Femina Hebdo du Livre de Poche (La Demi-pensionnaire, 2001), etc.

Mon avis : (lu en août 2009)

J'étais curieuse de lire ce livre qui tourne autour du tableau de Magritte "L'Empire des lumières". Ce livre qui se lit facilement. Jérémie Rex, boulanger à Arcachon est seul à Venise pour un voyage qu'il a gagné à un concours. Il se retrouve propulsé à l'intérieur d'un tableau de Magritte. Il va y vivre une nuit d'amour exceptionnelle avec la femme de sa vie, au temps où elle l'aimait encore... Après, il n'aura de cesse de vouloir retourner dans le tableau pour y retrouver le bonheur.
On se laisse porter par l'histoire mais elle nous laisse un goût de trop peu, d'inachevée... Je n'ai pas été conquise.

Rene_Magritte_L_Empire_des_Lumieres_1954

Extrait : (début du livre)

J'ai rencontré Philippe Necker dans une collision de gondoles. Deux hommes seuls à Venise, l'air en deuil ou largué de frais, fatalement ça crée un lien. Pendant que nos gondoliers remplissaient leurs constats, on a échangé quelques mots. Il venait de Paris, j'étais d'Arcachon. Son métier l'obligeait à passer vingt-quatre heures sur place ; moi j'avais gagné un séjour pour deux.

Chacun a médité la phrase de l'autre. Comme il avait l'air aussi déprimé que moi, je lui ai proposé de partager mon bon pour un dîner aux chandelles à la Luna del mare. Il m'a dit merci, mais qu'il devait travailler toute la nuit. On a échangé nos numéros de portables, au cas où, et on est repartis sous les Sole mio de nos gondoliers.

Je me suis retourné malgré moi, sur la banquette rouge en velours boutonné conçue pour les baisers romantiques. Lui aussi, de dos, enlaçait le vide. L'autre main traînant dans l'eau noire du canal, la tête basse, un peu voûté, les cheveux couleur cendres et le teint de cire, il avait une élégance naturelle en décalage avec son accoutrement ridicule. Le bermuda rayé vert pomme et le polo touristique avaient tout du camouflage. C'était peut-être un type des services secrets, ou alors un tueur à gages.

Je me suis demandé ce qu'il imaginait sur moi, de son côté. Sous mon physique balourd de plagiste en hiver, pouvait-on encore deviner la star que j'avais été de quatre à douze ans ? Ou bien ne voyait-on que le glandeur anxieux que j'étais devenu par la suite ?

Il ne s'est pas retourné. Il avait déjà dû m'oublier. Sa gondole a disparu sous un pont, et j'ai pensé qu'on en resterait là.

Je ne me doutais pas que ce désabusé en fin de course, qui avait deux fois mon âge et le cœur brisé par le même genre de femme, allait faire basculer mon destin.

L'hôtel où m'a conduit le gondolier est une espèce de ruine cachée par une bâche, qui représente sa façade telle qu'elle était autrefois. Le « charmant petit canal à l'écart des grands axes », d'après Internet, est un égout à ciel ouvert. A quoi bon râler : c'est gratuit.

La réceptionniste parle franco-italien avec un accent russe. La mondialisation. Elle épluche mon voucher, me félicite pour ma victoire au jeu-concours, s'étonne que je sois seul, et prend l'empreinte de ma carte de crédit pour les extras du minibar.

– Per favore, un petit autographe…

C'est fou comme ce mot continue de me crisper, dix ans plus tard. Si mon nom fait encore froncer des sourcils en France, à cause des rediffusions, ma tête heureusement ne dit plus rien à personne.

– Grazie mille, signore, juste une petite fiche de renseignements, scusi, et je vous laisse profiter de votre séjour.

– Y a pas de quoi.

A la rubrique « profession », je marque un temps, comme d'habitude. Que vais-je répondre, aujourd'hui ? Comédien en préretraite, musicien sans emploi, boulanger au chômage ? Il n'y a pas assez de cases pour me situer socialement. Autant écrire « touriste ».

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26 août 2009

Laver les ombres – Jeanne Benameur

laver_les_ombres Actes Sud – août 2008 – 158 pages

Présentation de l’éditeur :

Elle est dans la quête de la beauté, la perfection du geste, la maîtrise absolue du moindre muscle de son corps. Jamais pourtant elle ne parvient à s’affranchir de cette grâce douloureuse qui bannit tout plaisir. Lea semble empêchée de danser par une force centrifuge qu’elle ne sait pas nommer, comme elle semble empêchée d’aimer Bruno, le peintre qu’elle laisse approcher au plus près sans jamais accepter le partage. A la faveur d’une nouvelle chorégraphie, qui place la mère au centre de son art, la danseuse est rattrapée par ses vieux démons qui demandent leur part de lumière. Et quand elle finit par céder à l’insistance de Bruno et pose pour lui, d’où lui vient cette sensation absurde de donner son corps en pâture ? Elle sait que les clés sont dans la maison de l’enfance, dans un secret qu’elle partage sans le connaître. A présent elle doit en avoir « le cœur net ».
Par une nuit d’orage, d’apocalypse, elle gagne la petite ville côtière qui l’a vue naître. Mère et fille se retrouvent pour laver les ombres.
En onze tableaux où alternent le présent et le passé, peu à peu se dénouent les entraves dont le corps maternel porte les stigmates. Naples à l’époque de la guerre, le bistrot familial, un “bel ami” français qui promet le mariage à une jeune fille de 16 ans et pourtant vend son corps dans une maison close. Puis le départ pour la France, l’enfant inespérée, un semblant d’apaisement tout près du précipice.
Etat des lieux après l’orage : recomposer autrement l’image mythifiée du père, intégrer le faux-pas à la danse. Léa peut aller vers la vie comme la mer revient à l’étale.
Dans une langue retenue et vibrante, Jeanne Benameur chorégraphie les mystères de la transmission et la fervente assomption des mots qui délivrent.

Auteur : Jeanne Benameur est née en Algérie en 1952. Sa famille gagne la France en 1958 pour s’installer à La Rochelle. Elle vit entre Paris et La Rochelle et consacre l’essentiel de son temps à la littérature : roman, théâtre, poésie. Elle a publié des romans pour la jeunesse, essentiellement chez Thierry Magnier, et aux éditions Denoël des romans pour adultes parmi lesquels : Ça t'apprendra à vivre (1993), Présent ? (2006), Les Mains libres (2004), et Les Demeurées (2001).

 

Mon avis : (lu en août 2009)

« Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait. » nous précise l'auteur en exergue. Ce livre très court que j'ai lu en une heure c'est deux très beaux portraits d'une mère et d'une fille qui se sauvent l’une l’autre. Le récit se fait en alternance entre le passé et le présent : la vie passée de la mère, la vie présente la fille.

Il y a Léa danseuse, elle a 38 ans et elle ne comprend pas pourquoi toutes ses relations amoureuses sont des échecs.

Il y a Romilda, sa mère : on découvre son histoire et les secrets qu'elle a tu depuis les années 40 à Naples.

Mère et fille vont se retrouver lors d'une nuit de tempête et elles vont se parler. Avec beaucoup douceur, Romilda va avouer les secrets terribles qui jusqu'à ce jour ont étouffée sa vie, l'empêchant d'aimer sereinement sa fille. Léa va écouter, entendre et comprendre enfin la peur qu'elle portait en elle et dont elle ignorait la raison...

Ce roman est fait de phrases courtes, de mots simples, plein de sensibilités. J'ai été bouleversée par cette histoire.

Extrait : (chapitre : Tableau 1 - Naples 1940 - page 17)
Sur un grand lit, à Naples, dans une chambre, est allongée une toute jeune fille. C'est la guerre. Dans des pays des gens se battent. Mais elle, elle est allongée, dans une grande maison cachée au fond d'une cour.
Elle s'appelle Romilda.
Parfaitement immobile, les mains croisées sur la poitrine, on dirait une morte. Ses cheveux sont dénoués. Longs, noirs, parfaitement coiffés. Elle est vêtue comme pour une fête d'une robe d'organdi blanche parsemée d'étoiles.
Ses yeux sont fermés.
Elle ne dort pas.
Romilda s'essaie à disparaître. Vraiment. Elle imagine son corps de plus en plus serré, elle absorbe par la pensée bras et jambes. C'est un exercice difficile. Elle veut se réduire. Concentrée, il faut respirer le moins possible. C'est une tentative d'amenuisement. Une de plus.

Quand on ne peut pas réduire le monde, on se réduit soi-même. Mais on ne disparaît pas si facilement. Elle entend du bruit, des rires au rez-de-chaussée de la maison. Elle n'y arrivera pas. Pas plus aujourd'hui qu'hier. Romilda ouvre grands les yeux. En alerte. Aucune voix masculine ne lui parvient d'en bas. Les rires sont des rires de femmes. Alors elle plonge la main sous le lit. Elle attrape un livre, toujours le même. Un vieux livre aux pages fatiguées, aux bords cornés. Un livre d'amour. Et elle lit. Désespérément. Que les mots au moins l'emportent. Loin. Loin. Elle a seize ans. Elle n'a plus d'âge.

Extrait : (page 19)
Léa enfile son grand pull de laine brune, elle reste pieds nus, passe dans la pièce sur rue.
A la fenêtre, elle regarde les passants qui se hâtent. On marche toujours plus vite quand il pleut. C'est drôle, pense-t-elle, le front appuyé à la vitre, on s'immerge dans la mer facilement et on fait tout pour éviter juste quelques gouttes du ciel. Pourtant c'est bien toujours notre peau, la même, qui reçoit l'eau. En ville, est-ce qu'on fuit la pluie parce que tout le corps n'y est pas ? La sensation de l'eau glissant dans le cou suffit à glacer tout le reste. Il n'y a qu'à regarder les nuques rentrées dans les épaules de ceux qui se hâtent sur les trottoirs.

Quand elle était petite, elle aimait mêler l'eau de l'océan et celle du ciel les jours d'été où l'orage la surprenait sur la plage. Sa mère la frottait de la tête aux pieds avec une grosse serviette éponge quand elle rentrait. Elle disait avec cet accent italien toujours si fort au bout de tant d'années Tu vas attraper la mort. Et Lea riait. Non, elle n'avait pas attrapé la mort. L'expression aujourd'hui lui revient. Pas le rire. Ce matin, elle entend trop chaque mot, tout seul Tu vas attraper la mort. Non, elle ne veut pas. C'est la vie qu'elle cherche à attraper.

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Les lits en diagonale – Anne Icart

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

les_lits_en_diagonales Robert Laffont – août 2009 – 156 pages

Présentation de l'éditeur
«Je préfère la photo où tu me serres dans tes bras. On a l'air de s'aimer à la folie. On s'aime à la folie. » De l'enfance à aujourd'hui, l'histoire bouleversante d'une petite sœur « normale » et de son frère « pas comme les autres ».
Il a cinq ans de plus qu'elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans - « l'âge de raison » - quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu'il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l'essentiel, de plein fouet : elle comprend qu'il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L'aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le cœur accroché à son frère, « son héros aux ailes brisées », handicapé mental à cause d'une césarienne faite trop tard lors de sa naissance.
Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d'autres hommes - mais surtout l'amour, cet amour plus fort que les autres. « Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi » : c'est ce qu'elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd'hui où « tout va bien », parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l'acceptation de ce qui est vraiment.
Portée par une écriture lumineuse, l'émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d'une traite jusqu'à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c'est rare.

Biographie de l'auteur
Ariégeoise de cœur mais Parisienne depuis toujours, Anne Icart est née en 1968. Elle exerce la profession de rédactrice juridique. Les Lits en diagonale, son premier livre, a déjà été vendu, sur manuscrit, en Italie et aux Pays Bas.

Mon avis : (lu en août 2009)

Si l’année dernière vous aviez aimé « Où on va Papa ? » de Jean-Louis Fournier, vous ne pouvez pas être insensible à « Les lits en diagonales » d’Anne Icart.

Lorsque j’ai choisi ce livre, j’ai d’abord été attiré par l’ours en peluche de la couverture et par ce que j’ai lu en quatrième de couverture. Je croyais que ce livre était un roman mais ce n’est pas un roman, mais plutôt un témoignage.

Philippe et Anne sont frère et sœur. Il a cinq ans de plus qu’elle. Anne a sept ans lorsque sa mère lui explique que son frère Philippe est malade et qu’il ne guérira pas. Elle reçoit l’information comme une claque et comprend qu’il faudra toujours veiller sur son frère. Il faudra l’aimer plus que les autres.

Anne découvre aussi ce jour là « Que tu n'es donc pas un héros, mon héros, mon grand frère sécurisant, admirable, qui me rassure quand j'ai peur du noir et des pieuvres martiennes. Mon héros dont je n'ai pas remarqué les mots qui butent contre ses lèvres, dont je n'ai pas vu la démarche chaotique, les retards accumulés. Je n'ai rien vu de tout ça, jamais, aveuglé par une admiration immense. Mon frère adoré. »

Leurs sentiments sont extrêmement forts et multiples. Anne nous raconte la vie de la famille des années 70 à nos jours. A travers les souvenirs d'enfance à Paris ou en vacances, on ressent la complicité et l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre, les moments de rires sont multiples. Mais ce n'est pas facile avec les autres, ceux qui se moquent.

Puis avec l'adolescence apparaît la culpabilité, la peur du futur, la difficulté d'aimer un autre homme pour construire sa vie.

« Je ne voulais pas exister telle que j'étais. Mieux que toi. Je ne me suis pas autorisée à réussir là où tu n'as jamais pu. Et ailleurs non plus. Je n'ai pas voulu me mettre en avant pour ne pas qu'on nous compare. Pour que tu restes un héros. Envers et contre tout. »

J'ai lu très rapidement ce livre (environ 1 heure) les phrases sont courtes et percutantes et j’ai été touchée par ce récit simple, bouleversant et très fort. On découvre la difficulté d’être la petite sœur « normale » d’un grand frère « pas comme les autres ».

« J'ai les pieds dans le béton. Ce n'est pas très drôle d'être la petite sœur d'un frère handicapé. J'ai l'impression d'avoir des tas de choses très lourdes à porter, en plus de tes ailes en miettes. Que Maman te protège plus que moi et que c'est normal. Que Papa veut que je sois brillante et que c'est normal. Que je dois tout comprendre et que c'est normal. Que je dois tout accepter et que c'est normal. Que je n'ai pas droit à l'erreur. Parce que je suis normale. Normal. Normal. Normale. Handicapé. Personne ne sait à quel point je suis nouée à toi. Pas même moi. »

Ce livre est, pour moi, un vrai coup de cœur ! Merci aux éditions Robert Laffont.

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraire en partenariat avec ulike_logo_petit

Merci à Resling de m'avoir fait suivre son livre.

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L'Arabe – Antoine Audouard

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

l_Arabe

Editions de l'Olivier – août 2009 – 260 pages

Quatrième de couverture :

Un inconnu vient se réfugier en un lieu où il croit trouver la tranquillité : une cave donnant sur une petite place, dans un village du Sud. Un inconnu : un Arabe. Le jour, il charrie des tonnes de cailloux sur un chantier de terrassement. Le soir il rentre dans son trou. Pourquoi se cache-t-il ? Le village s’agite, une hostilité sourde monte de la terre. Ici, il n’est pas chez lui et ne le sera jamais. L’Arabe n’entend rien, se berce de l’illusion qu’à force de vivre invisible, il finira par disparaître. Lorsqu’un meurtre est commis sur la place, cette illusion se dissipe. Aux yeux de tous, c’est lui le coupable. Mais les forces qui se dressent contre lui sont anciennes, comme le feu, la rage, la peur. Pour leur échapper, se rendre invisible ne suffira plus. L’Arabe est un grand roman « sudiste », où des personnages de Faulkner ou de Flannery O’Connor traverseraient des paysages à la Giono. Le Sud d'Antoine Audouard est lui aussi un vieux pays vaincu, peuplé de figures tour à tour tragiques et grotesques. Écrit dans une langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier, ce roman qui multiplie les dissonances et les ruptures de ton est l'œuvre d'un écrivain accompli.

Auteur : Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de huit romans, dont Adieu, mon unique et Un pont d'oiseaux.

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur.

Nous sommes dans un village du Sud de la France, et la présence d'un étranger, l'Arabe (il n'a même pas de nom ou de prénom), dérange certains. Il est pourtant discret, il travaille dur sur un chantier voisin, il ne fait rien de mal. Et pourtant, les préjugés et les a priori vont bon train « Eh bien on les connaît, c'est tout, on sait qu'un boulot mal fait c'est un boulot d'Arabe, on sait qu'un braquage ou un viol, c'est les Arabes, on sait que les primes elles sont pour les Arabes, on sait qu'un trafic de drogue à la ville dans le sous-sol d'un parking c'est les Arabes, et on sait qu'un avion qui explose dans une tour c'est encore les Arabes, on le sais bien, tout ça, tu le sais bien aussi, pas la peine de faire la tête, on n'a pas besoin de faire le tour de la terre pour savoir qu'ils sont pas comme nous, ces gens-là. »

Puis un meurtre est commis dans le village, le coupable est trouvé rapidement c'est l'ex-mari de la victime et pourtant l'Arabe va être accusé gratuitement de complicité. Il est mis en garde à vu et là, la justice lui découvre un frère en lien avec des entreprises terroristes et c'est la police anti-terroristes qui débarque... La rumeur s'amplifie, par ignorance, le village va se liguer contre lui. Il est seul face à tous. « - Parce que tu es du mauvais côté au mauvais moment dans le mauvais pays. Parce que la peur domine et que tout le monde s'en fout, de l'injustice commise à un Arabe berbère ou pas. Parce que tu es seul. »

L'auteur nous entraîne dans l'enfer du racisme gratuit. Le mensonge entraînant le mensonge, la violence entraînant la violence et la machine infernale de l'injustice ne peut pas être stoppée. Il aura cependant quelques alliés comme Estevan le gendarme, l'Indienne la Sauvage, Bernard son employeur, Juste son logeur... Mais ceux-ci ne pourront rien y faire.

Les caractères des différents personnages sont fort bien décrits : certains sont sympathiques, d'autres très antipathiques ! Il y a de la poésie dans la description des paysages du Sud. Le récit a également parfois des côtés surréalistes... en effet, nous allons assister à l'inondation du village et à l'échouage d'une baleine...(la mer étant pourtant loin du village) !

J'ai été révoltée par la bêtise et la méchanceté de ceux du village mais j'ai également été touchée par l'humanité de Juste, Bernard, Estevan et l'Indienne et par la gentillesse presque naïve de l'Arabe.

En conclusion, ce livre m'a bien plu. Merci aux Editions de l'Olivier.

Bonus : Interview de l'auteur sur Bibliosurf : http://www.bibliosurf.com/Interview-d-Antoine-Audouard

Extrait : (début du livre)

« Manquerait plus que ce soit un Arabe, dit Mamine – et tout le monde se mit à rigoler, sauf Noémie, sa fille, qui venait d'arrêter de fumer et faisait la toupie tant et si bien qu'elle nous soûlait, à force. Si c'est un type gentil, dit David, dans le fond, on s'en fout, mais son père le reprit, ces gars-là je les connais et crois-moi, ils sont pas comme nous. Dans l’ensemble, tout le monde trouva que Mamine en avait de ces idées, un Arabe petite place des Hommes, il n’y avait qu’elle pour nous inventer ça. Puis Trevor s’explosa le nez et deux dents en fonçant droit dans le mur avec son nouveau vélo, et on oublia tout dans l’engueulade entre José, qui était d’avis de lui mettre une rouste pour être aussi con, et Noémie, qui voulait aller à l’hôpital. Mais quand le gars arriva, quelques jours plus tard, et que pour de vrai c’en était un, d’Arabe, ça mit une drôle d’ambiance. »

Merci aux Editions de l'Olivier

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

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22 août 2009

Notre prison est un royaume – Gilbert Cesbron

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Éditions de la Jeune Parque – 1948

Livre de Poche – 1955 – 316 pages

Prix Sainte-Beuve

Résumé : François, Pascal, Hardrier, Fauchier-Delmas, tels sont les quatre mousquetaires qui règnent sur la part de rêves et de détresses secrètement entretenue dans le monde clos d'un lycée parisien. Parce que Pascal s'est donné la mort, le chahut quotidien prend pour les trois camarades l'allure d'une enquête à la fois dérisoire et pathétique. Sous le jeu des plaisanteries d'écoliers, de généreuses illusions se dissipent et les exploits saugrenus des lycéens en révolte se teintent de mélancolie. Quand François découvrira la réponse à sa question « pourquoi Pascal s'est-il suicidé ? » il tournera la page de l'insouciance et de la frivolité poétiques.

Dans une fresque, souvent haute en couleur, Cesbron évoque avec la verve d'un véritable conteur les anecdotes émouvantes ou cocasses qui forment la vie d'un lycée. Élèves turbulents, professeurs graves et ridicules, autorités solennelles et méprisées composent un monde qui possède ses propres lois et s'érige aux frontières du merveilleux et du sordide.

Auteur : Ancien élève de l'École des Sciences Politiques, Gilbert Cesbron est né à Paris le 13 janvier 1913. Dès 1934, il publie un recueil de Poèmes, Torrent. Son premier roman paraît en Suisse : Les Innocents de Paris (1944). Sa notoriété s'affirme avec Notre Prison est un royaume (1948) - Prix Sainte-Beuve - et la pièce : Il est minuit, docteur Schweitzer (1950).
Romancier, essayiste, auteur dramatique, il s'attaque à des thèmes d'actualité : les prêtres ouvriers (Les Saints vont en enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l'euthanasie (Il est plus tard que tu ne penses, 1958), la violence (Entre chiens et loups, 1962), etc. Il exerce un second métier dans une société de production radiophonique.
Gilbert Cesbron est décédé en août 1979.

Mon avis : (lu dans les années 80 et relu en août 2009)

C’est un livre que j’ai lu des multitudes de fois lorsque j’étais moi-même au lycée. Cela ne raconte pas mon lycée, mais un lycée d’une autre époque. Il traite du thème de l’adolescence avec son mal de vivre, le suicide et les amitiés.

En effet, l’histoire se situe dans les années 30, quelques jours avant la rentrée. Les personnages principaux sont 4 amis qui surnomment eux-mêmes les 4 mousquetaires : François Voisin (Athos), Pascal Delange (Aramis), Jean-Jacques Hardrier (Porthos) et Alain Fauchier-Delmas ( D'Artagnan) . Le jour de la rentrée, les amis se retrouvent et reprennent leurs petites habitudes des années passées, pourtant, l’un des 4 Mousquetaires manque à l’appel, c’est Pascal Delange. Le jour même, ils apprennent que leur ami Pascal vient de mourir. Le jour de l’enterrement, François apprend par la bonne que son meilleur ami n’a pas eu un accident, mais qu’il s’est suicidé. C’est le choc. Avec ses amis, François décide découvrir ce qui a poussé Pascal à se suicider. La vie au lycée continue malgré ces événements difficiles, et l’on retrouve des chahuts, des rivalités et l’ambiance potache… Cette recherche, va faire grandir François, il va passer de l’enfance à l’âge adulte.

Le style est poétique ce qui donne une dimension terriblement mélancolique au livre. Après l’avoir relu, mon opinion n’a pas changée, j’ai pris le même plaisir qu’il y a 25 ans, j’ai été touchée par cette histoire comme lors de ma première lecture.

Extrait : (début du livre)

« Le premier marron qui tombe, pensa François, cette fois, c'est fois, c'est la Rentrée... »

De cette cime d'arbre où il jouait à la vigie, à l'aviateur, à l'ascension de l'Himalaya (Oh, François ! À ton âge), il regarda le marron qui venait de s'écraser dans l'allée. On distinguait dans la coque éclatée le précieux tissu blanc, culotte de maréchal d'Empire, et le fruit verni, ciré, tout neuf. « La Rentrée... Plus une minute à perdre ! A terre ! »

Ses pieds connaissaient bien les branches de descente, l'appui solide qu'offrait chacune et cet espace entre elles qui, de vacances en vacances, lui paraissait plus petit. C'était son arbre. Suspendu à bout de bras à la plus basse branche, on fermait les yeux, on s'imaginait au-dessus d'un abîme, on lâchait prise... Mais, cette année, plus besoin d'ouvrir les mains : les pieds touchaient déjà terre. Une date dans l'histoire des vacances !

Il faisait tiède au sortir de l'arbre obscur, et François frissonna de bien-être comme un chat. « La Rentrée... Quel dommage ! » Deux minutes plus tôt, il pensait le contraire : que les vacances se fanaient, que Pascal Delange lui manquait et qu'au fond on ne riait bien qu'en classe... « Ce cochon de Pascal, il tout de même pu m'écrire ! Les autres, je m'en moque ; mais Pascal... Pas même une carte ! »

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