02 août 2010

Black Bazar - Alain Mabankou

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Seuil - Janvier 2009 – 246 pages

Points – février 2010 – 264 pages

Quatrième de couverture :
Parce que le derrière des femmes n'a pas de secrets pour lui, ses copains le surnomment le "fessologue". Au Jip's, le bar où il a ses habitudes, plus rien n'amuse ce dandy congolais, déprimé par un chagrin d'amour. Un jour, déambulant dans Paris, sa curiosité est attisée par une librairie bondée. Il y croisera Jean-Philippe, un écrivain haïtien venu signer ses livres, et qui va bouleverser sa vie...

Auteur : Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo-Brazzaville. Professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA), il est notamment l'auteur de Verre Cassé et de Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006).

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Le héros de Black Bazar est un dandy africain, spécialiste de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), il aime les cols italiens et des chaussures Weston. Suite à un chagrin d'amour, il se découvre une vocation d'écrivain. Il nous raconte le monde qui l'entoure, un "quartier africain" à Paris à travers une galerie de personnages typiques : l'Arabe du coin, l'Antillais métis qui se croit blanc, Jean-Philippe l'écrivain haïtien dragueur, sans oublier les piliers de bar du Jip's... C'est drôle, c'est vivant et cela révèle également une vrai réflexion sur la colonisation et l'immigration. Avec une écriture à la fois naïve et truculente, le lecteur est plongé dans un monde Afro-parisien haut en couleur et réjouissant.

Extrait : (page 39)
Du temps où ma compagne et notre fille vivaient encore ici, monsieur Hippocrate nous guettait déjà à travers son judas dès qu'il y avait du bruit sur le palier. Je le savais, parce que je pouvais l'entendre avancer à pas de chat, retenir sa respiration de batracien derrière la porte. Et quand notre fille était née, il voulait savoir si j'avais des triplés et non un seul bébé parce qu'un seul enfant ne pouvait pas piailler comme toute une école maternelle. Et il est allé larmoyer auprès de notre propriétaire commun qu'il y avait des groupuscules d'Africains qui semaient la zizanie dans l'immeuble, qui avaient transformé les lieux en une capitale des tropiques, qui égorgeaient des coqs à cinq heures du matin pour recueillir leur sang, qui jouaient du tam-tam la nuit pour envoyer des messages codés à leurs génies de la brousse et jeter un mauvais sort à la France. Qu'il fallait renvoyer ces Y'a bon Banania chez eux sinon lui il ne paierait plus son loyer et ses impôts, qu'il irait faire une déposition au commissariat de la police du quartier, et que ces immigrés auraient droit à un aller-simple dans un charter même si c'est le contribuable français qui devait payer les frais de ce retour au pays natal.

J'accepte tout ça. Je n'ai rien à rajouter sur les élucubrations parce qu'on nous a toujours appris au pays qu'il faut respecter les aînés, surtout lorsqu'ils ont des cheveux gris comme c'est le cas pour monsieur Hippocrate. Je lui rappelle chaque fois que je suis d'accord avec lui, que si les nègres ont le nez épaté c'est simplement pour porter des lunettes et que l'homme noir ne vit pas seulement de pain, mais aussi de patates douces et de bananes plantains.
Et comme je ne suis pas du genre à chercher noise à qui que ce soit je me suis dit qu'il faut que je déménage d'ici. Contrairement à mon ex qui n'aimait pas la banlieue, je suis prêt à aller y habiter, mais pas à retourner dans le studio de Château-d'Eau où je vivais avant avec plusieurs de mes compatriotes. Dans la vie il ne faut jamais retourner à la case départ.
J'ai visité plusieurs studios dans le quartier. Rien à faire. Il me faut de bonnes fiches de paie, mais je travaille à mi-temps depuis que mon ex est partie, et je ne sais pas comment je vais réussir à quitter ces lieux.
Je ne parle plus à monsieur Hippocrate. Je m'arrange pour rentrer quant il dort déjà. Et lorsqu'on se croise sur le palier ou dans le local des poubelles, on se défie du regard. Lui il crache par terre et hurle :
- Espèce de Congolais ! Ta femme est partie ! Retourne chez toi !
Si j'étais vraiment méchant comme lui il y a bien longtemps que je lui aurais aussi lancé :
- Espèce de Martiniquais ! Retourne chez toi !
 

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Treize petites enveloppes bleues – Maureen Johnson

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (21/26)

13_petites_enveloppes_bleues Gallimard Jeunesse – janvier 2007 – 347 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Lopez

Quatrième de couverture :
Règle n° 1 : Tu ne peux emporter que ce qui tiendra dans ton sac à dos.
Règle n° 2 : Tu ne dois emporter ni guides de voyage ou de conversation, ni aucune aide pour les langues étrangères.
Règle n° 3 : Tu ne peux pas prendre d'argent en plus, ni de carte de crédit, de chèques de voyage, etc.
Règle n° 4 : Pas d'expédients électroniques. Ce qui signifie pas d'ordinateur portable, de téléphone portable, de musique, d'appareil photo.
C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour l'instant. Rendez-vous à la Quatrième Nouille.
Lorsqu'elle découvre ce message de Peg, sa tante adorée qui vient de mourir, Ginny est loin d'imaginer qu'elle en recevra treize au total et que ces petites enveloppes bleues l'emmèneront loin, bien loin, pour un incroyable voyage à travers l'Europe. Et transformeront à jamais sa vie de jeune fille rangée, timide et sage...
Comme une course au trésor, ce roman nous happe et nous entraîne de rencontres en découvertes, de mésaventures en petites victoires, pour une folle virée pleine d'humour et de charme.

Auteur : Maureen Johnson est née à Philadelphie, en Pennsylvanie. Enfant, elle lisait sans arrêt, comme beaucoup de lecteurs qui finissent par écrire. Elle a étudié la dramaturgie et l'écriture romanesque à l'université de Columbia.
Afin de pouvoir vivre de sa plume, elle a pratiqué bon nombre de petits boulots de New-York à Londres en passant par Las Vegas.
Treize petites enveloppes bleues, son quatrième roman pour adolescents, est le premier publié en France. Elle vit à Nex-York avec son mari.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Voici une histoire originale : dès la première ligne nous découvrons une lettre, la destinataire est Ginny, l'auteur est sa tante Peg décédée récemment et qui était partie sans laisser d'adresse deux ans avant. Tante Peg invite Ginny à faire un sac léger sans superflu, de réserver un aller-simple pour Londres puis de passer prendre un colis à New-York. Dans ce colis, Ginny trouve douze enveloppes bleues numérotées de deux à treize. Elle a pour consigne de les ouvrir les une après les autres, tante Peg lui donne à chaque fois une destination à atteindre et une épreuve à faire. Départ de Londres, son étonnant voyage passera par Rome, Paris, Amsterdam, Athènes... Ginny va suivre scrupuleusement ce que lui demande sa tante et faire de nombreuses rencontres et finir par comprendre pourquoi tante Peg est partie si brutalement sans laisser de nouvelles. J'ai bien aimé ce livre à la fois émouvant et plein d'humour. L'auteur s'est bien documenté sur tous les pays traversés et le lecteur voyage avec plaisir avec Ginny.

Extrait : (début du livre)
"Chère Ginger,

Je n'ai jamais beaucoup aimé les règles. Tu la sais. Alors tu vas sans doute trouver bizarre que cette lettre soit remplie de règles que j'ai établies et que je veux que tu suives.
tu dois te demander : "Les règles de quoi?" Tu as toujours posé de bonnes questions.
Tu te souviens du jeu "Aujourd'hui, j'habite en..." que nous faisions quand tu étais petite et que tu venais me voir à New York? (C'était le "Aujourd'hui, j'habite en Russie" que je préférais, je crois. On jouait toujours à celui-là en hiver. On allait voir la collection d'art russe au Metropolitan Museum, on marchait dan sla neige à Central Park. Ensuite, on allait manger dans ce petit resto russe du village, où il y avait de délicieux légumes marinés et un drôle de caniche sans poils qui restait assis près de la fenêtre et aboyait sur les taxis.)
Je voudrais que nous jouions à ce jeu encore une fois -mais de façon un peu plus littérale. Aujourd'hui, ce sera : "J'habite à Londres". Comme tu le vois, j'ai glissé mille dollars en liquide dans cette enveloppes. de quoi payer un passeport, un aller simple New York-Londres et un sac à dos. (Garde quelques dollars pour le taxi jusqu'à l'aéroport.)
Quand tu auras réservé ton billet, fais ton sac et dit au revoir à tout le monde, je veux que tu ailles à New York. Plus précisément, je veux que tu te rendes à La Quatrième Nouille, le restaurant chinois au-dessous de mon ancien appartement. Quelque chose t'y attend. Ensuite, va directement à l'aéroport.
Tu vas partir pour plusieurs semaines et voyager dans des pays étrangers. Voici les fameuses règles qui vont guider ton voyage :

Règle numéro 1 : Tu ne dois apporter que ce qui tient dans ton sac à dos. N'essaie pas de tricher avec un sac ou un bagage à main.
Règle numéro 2 : Tu ne dois apporter ni guides de voyage, ni guides de conversation, ni aucune aide pour les langues étrangères. Et pas de revues.
Règle numéro 3 : Tu ne peux pas prendre d'argent en plus, ni de carte de crédit, de débit, de chèques de voyage, etc. Je me charge de tout ça.
Règle numéro 4 : Pas d'expédients électroniques. Ce qui signifie pas d'ordinateur portable, de téléphone portable, de musique ni d'appareil photo. Interdiction de téléphoner chez toi et de communiquer avec les Etats-Unis par Internet ou par téléphone. Les cartes postales et les lettres sont acceptées et encouragées.
C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour l'instant. rendez-vous à La Quatrième Nouille.

Je t'embrasse,
Ta tante en cavale"

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (21/26)

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01 août 2010

La Méridienne – Denis Guedj

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Robert Laffont – septembre 1999 – 308 pages

Pocket – mars 2003 – 414 pages

Points – octobre 2008 – 379 pages

Quatrième de couverture :

Juin 1792. Deux berlines quittent les Tuileries, l’une vers Dunkerque, l’autre vers Barcelone. À leur bord, Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre, les astronomes et académiciens chargés par l’Assemblée Nationale de mesurer le méridien entre ces deux villes, afin de lui donner “pour tous les hommes, pour tous les temps”, une mesure universelle : le Mètre.

La mesure se révèle une véritable expédition. Bien vite, les saufs-conduits signés par le Roi les rendent suspects. Delambre est destitué par le Comité du salut public. Méchain, quant à lui, subit un terrible accident, est emprisonné en Espagne, puis se terre dans les Pyrénées, hanté par un doute : il se serait trompé dans ses mesures à Barcelone.

Cette traversée du territoire est une traversée de l'Histoire, elle aura duré sept années : le temps que vécut la République. Le 22 juin 1799, l'étalon du mètre est consacré.

Auteur : Né en 1940 à Sétif (Algérie), Denis Guedj est à la fois écrivain, mathématicien, professeur d'histoire et d'épistémologie des sciences (à Paris VIII) et aussi scénariste de cinéma. Écrivain prolifique, il rencontre un succès mondial, traduit en vingt langues, avec Théorème du perroquet (1998) ou les Cheveux de Bérénice (2003). Romancier, auteur de théâtre, comédien mais aussi scénariste, avec ce film de 1978, une fiction documentaire dont le titre, la Vie, t’en as qu’une, résume le fond de sa pensée, de son enseignement. Car Denis Guedj était d’abord un enseignant. Il est mort samedi 24 avril 2010, à l'âge de 69 ans.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
La Méridienne est l'autre nom donné au méridien de Paris qui passe par le centre de l'Observatoire de Paris et qui est situé à 2° 20' 14" à l'est de celui de Greenwich. Le méridien de Paris a été défini le 21 juin 1667 par les mathématiciens de l'Académie. Dès lors, le méridien origine pour la France était défini.

Le livre commence le 24 juin 1792, Méchain et Delambre, deux astronomes, quittent Paris, avec pour mission de mesurer le méridien entre Dunkerque et Barcelone afin d'établir une mesure universelle, le mètre soit la dix millionième partie du quart de méridien terrestre.
C'est une grande expédition, une traversée de la France du Nord au Sud mais également une traversée de l'Histoire qui durera sept ans, le temps de la République. Cela commence avec la fin de la monarchie et cela s'achève à l'aube du Consulat, la France est en pleine tourmente révolutionnaire. Pour mesurer cette Méridienne, les astronomes vont utiliser la méthode de triangulation (qui s'appuie sur une règle simple de trigonométrie « si on connaît deux angles et un côté d'un triangle, on connaît tous les côtés ») et mesurer une chaîne de triangles entre Dunkerque et Barcelone. Pour cela, ils vont devoir se hisser sur les sommets les plus élevés, monter en hauts des clochers. Voilà, une histoire politique, économique et scientifique qui est vraiment passionnante. 

Extrait : (début du livre)
24 juin 1792. Les Tuileries portaient encore les traces de la marée humaine qui venait de les submerger ; des papiers gras, de la crotte, des morceaux de chiffons, des parterres de fleurs piétinées... Un groupe de jardiniers jaugeait les dégâts, ignorant volontairement le jeune arbre que, trois jours plus tôt, un cortège des faubourgs avait planté là malgré l'opposition des gardes du roi. Un bel arbre, qui durera pour le moins jusqu'à la fin du siècle, si rien – la foudre, la hache, le feu ou les parasites – ne vient interrompre sa croissance. Piquée à même le tronc, s'épanouissait une cocarde tricolore.
Au bout de l'allée, devant un pavillon, deux berlines lourdement chargées, garées cul à cul, étaient sur le départ. Identiques à la couleur près, l'une verte, l'autre cuivrée, elles étaient équipées d'une énorme malle arrière à la forme étrange. Autour d'elles était rassemblé un petit groupe : Lavoisier, chimiste réputé, Condorcet philosophe et député de l'Assemblée législative et le Chevalier Borda, physicien. Il y avait également une femme et ses trois enfants.
Tout ce petit monde faisait ses adieux aux citoyens Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre qui s'apprêtaient à quitter la capitale.
« Alors Méchain, à vous le Sud, à moi le Nord, lança le second.
- Ainsi en a décidé l'Assemblée, répondit le premier.
- Et moi, je reste à Paris », conclut tristement Lavoisier en tendant à chacun d'eux une petite cassette où reposaient lettres de crédit et numéraire en or et argent. Puis ce fut au tour de Broda de remettre aux voyageurs un portefeuille contenant des laissez-passer et des lettres de recommandation signées du roi.
Thérèse Méchain s'efforçait de cacher son inquiétude ; elle se tenait à l'écart, digne et silencieuse. Pourtant, lorsque Delambre s'approcha pour lui faire ses adieux, elle laissa échapper : « Si seulement vous partiez avec lui ! » Condorcet s'approcha pour la réconforter, lui affirmant que, restant en contact permanent avec les deux voyageurs, il lui communiquerait toutes les nouvelles qu'il recevrait d'eux.
Méchain grimpa dans la berline cuivrée, Delambre dans la verte ; leurs regards se croisèrent, leurs yeux brillèrent. Était-ce l'excitation du départ ou bien les reflets des feux de la Saint-Jean qui, les nuits précédentes, avaient illuminé les hauteurs de Montmartre ? Ils se firent signe de la main.
« A Rodez ! A Rodez ! » lancèrent-ils ensemble.
Les deux berlines s'ébranlèrent en même temps, s'éloignant dans des directions opposées.

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Les brouillards de la Butte - Patrick Pécherot

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Gallimard – mars 2001 – 221 pages

Folio – février 2006 – 283 pages

Grand Prix de la Littérature Policière 2002

Quatrième de couverture :
Dans le Paris de 1926, il est difficile de survivre sans un sou en poche. L'armistice de 1918 n'est pas loin, et les traces de la guerre sont encore présentes. Venu de Montpellier tenter sa chance à la capitale, Pipette en fait l'amère expérience. Laveur de bouteilles, collaborateur d'un journal à scandales, il multiplie les petits boulots. Le soir, il déclame des poèmes à Montmartre, il y croise la Goulue, André Breton et les surréalistes, les défenseurs de Sacco et Vanzetti... La nuit venue, en compagnie d'une bande d'illégalistes, il cambriole les riches pour arrondir les fins de mois. Un coup, c'est un peu d'argent, un autre quelques lingots. Mais quand un coffre-fort s'ouvre sur une macabre découverte c'est une bien sombre histoire qui commence. Les brouillards de la Butte, avec son évocation du Paris populaire de l'entre-deux-guerres, a reçu le Grand Prix de littérature policière 2002.

Auteur : Né en 1953, Patrick Pécherot a exercé plusieurs métiers avant de devenir journaliste. Auteur notamment de Belleville-Barcelone et de Boulevard des Branques, il s'inscrit, comme Didier Daeninckx ou Jean Amila, dans la lignée de ces raconteurs engagés d'histoires nécessaires.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Ce livre m'a été offert par Françoise lors du Swap de la Saint Patrick organisé par Canel en mars dernier. Il était temps que je découvre ce roman policier...
Dans la préface, on apprend que l'auteur a écrit ce livre en hommage à Léo Malet et son héros fétiche Nestor Burma. L'histoire se situe bien avant les aventures de Nestor Burma de Léo Malet., nous sommes entre les deux guerres, proche de la Butte Montmartre. Le héros et narrateur est à la fois un poète, il écrit dans un journal à scandale et le soir, avec des amis, il cambriole les riches pour supporter les mois difficiles... Un soir, ils découvrent dans un coffre fort qu'ils avaient volé, un cadavre enfermé dedans. Ils décident donc d'enquêter sur le cadavre et sur le propriétaire de la maison volée. A travers l'enquête, le lecteur suit les personnages dans un Paris typique des années 30 et croise La Goulue et un certain André Breton et les Surréalistes. Notre héros devient malgré lui un détective privé. Le style évoque les quartiers populaires et la gouaille des ouvriers et l'argot des Titis parisiens. C'est à la fois plein d'humour et de gravité car l'époque est difficile pour les petites gens. Nous sommes plongés dans une époque où des magouilles financières faites pendant la guerre refont surface et où les plus pauvres ont encore un grand coeur et gardent une certaine éthique.
Un grand merci à Françoise pour cette lecture très agréable.

J'ai découvert qu'il existe une suite à cette histoire car Patrick Pécherot a écrit une trilogie avec également Belleville Barcelone (2003) et Boulevard des branques (2005) pour rendre hommage à Léo Malet. J'essaierai de me les procurer pour les lire.

 

Extrait : (début du livre)
Le type qui me faisait face me fixait sans me voir. Le discret sourire qui flottait sur ses lèvres lui donnait une expression de stupeur amusée. Peut-être une pensée légère avait-elle traversé son esprit. A moins que ce ne soit l'incongruité de sa situation. Sait-on ce qui peut vous passer par la tête dans de tels moments ? En tout cas, il devait être d'un naturel aimable. Moi, à sa place... Mais j'aimais mieux ne pas y être, à sa place, parce que l'homme qui me regardait avec tant d'insistance était mort, et bien mort.
- Merde !
Lebœuf ne parlait pas souvent mais il venait de résumer ce que nous pensions tous les quatre.
Cottet a levé sa lampe. Sous la lueur dansante, le cadavre avait l'air de se foutre de nous. Il pouvait. Ce n'est pas tous les jours que quatre malfrats tombaient sur un macchabée en ouvrant un coffre-fort.
Dehors, le vent redoublait. En hurlant, il s'engouffrait sous la porte. J'ai reculé d'un bond.
- Il a bougé !
- Hein ? Qui ?
Le mort, il venait de remuer. En un éclair, on l'a vu plonger, la tête la première. Il a touché le sol avec un craquement de bois sec. On le contemplait, horrifiés, quand une longue plainte s'est élevée de son corps raidi. Aiguë, tout d'abord, elle est passée dans les graves avec la puissance d'un basson.
Nous nous regardions, incrédules.
- C'est pas vrai !
- Si !
- Il pète ?
Cottet a éclaté d'un rire nerveux qui nous a gagnés l'un après l'autre. Et plus nous nous tordions, plus le mort lâchait ses flatulences. C'était vraiment un macchab de bon poil.
Raymond a ramené le calme.
- Bon, assez... Hé, les mecs, arrêtez un peu !
Le sang circulait à nouveau dans nos veines. Du sang chaud, de vrai vivant. Et c'était bon de le sentir bouillonner. Peu à peu, l'hilarité a décru, nous laissant essoufflés et larmoyants.

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31 juillet 2010

Le rêve de Castro – Lucy Wadham

le_r_ve_de_castro Gallimard – avril 2005 – 350 pages

traduit de l'anglais par Patrice Carrer

Quatrième de couverture :
Astrid et Lola, deux sœurs vivant en exil à Paris, sont inextricablement mêlées aux luttes séparatistes basques qui font rage dans leur pays d'origine. Elles attendent la libération de Mikel, l'amant de Lola, qui vient de passer vingt ans en prison pour actes de terrorisme. Mais Mikel, à peine libéré, disparaît. Chacune de leurs côtés, les deux sœurs partent à sa recherche en Espagne...

Auteur : Née à Londres, Lucy Wadham vit aujourd'hui à Paris comme journaliste indépendante. Après L'île du silence (Série Noire n° 2649), dont les droits cinématographiques ont été achetés par John Malkovitch, Le rêve de Castro est son deuxième roman à paraître à la Série Noire.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
J'ai pris un peu par hasard ce livre à la bibliothèque en lisant la quatrième de couverture. Il était question de Pays-Basque et connaissant un peu la partie française, j'ai décidé de découvrir ce livre écrit par une anglaise vivant à Paris...
Astrid et Lola sont deux sœurs ayant une relation complexe. Astrid est une chirurgienne brillante qui se donne beaucoup dans son travail. Lola est prof de danse, elle attend des nouvelles de Mikel son petit ami qui a passé vingt ans en prison à la suite d'actes de terrorisme au Pays Basque. Mais Mikel veut oublier son passé et il ne veut pas renouer avec Lola... Celle-ci revient au Pays-Basque espagnol pour le rechercher. Astrid a caché à sa sœur qu'elle avait reçu ses dernières années des lettres de Mikel. Voulant fuir pour un temps sa vie parisienne, Astrid va rejoindre Lola dans leur maison natale durant son voyage en voiture elle va rencontrer Kader qui fuit lui aussi Paris et qui est blessé.
Ce livre se lit assez facilement, une histoire assez palpitante, beaucoup de questions se posent autour des différents personnages rencontrés : Astrid, Kader, Mikel, Lola, Txéma, Itxua et sur ce qui s'est vraiment passé lors de l'arrestation de Mikel. Je me suis également demandée plusieurs fois pendant ma lecture, pourquoi ce livre fait partie de la collection « série noire » et j'ai eu la réponse dans les toutes dernières pages...

Extrait : (page 19)
Étendue sur le côté droit, Lola surveillait les chiffres rouges du réveil ; et pourtant la sonnerie, quand elle retentit, vint percer son propre cœur. Elle sortit un bras de dessous le drap, pour interrompre ce vacarme. Le cœur de Lola était son point faible. D'après Astrid, il émettait un bruit de souffle et, de ce fait, ne serait jamais parfaitement fiable. Astrid lui avait fait cette remarque tout en maintenant le froid stéthoscope contre sa poitrine constellée de taches de rousseur, et Lola avait baissé les yeux vers les longs cils sombres de sa sœur, avec un demi-sourire. C'était le premier diagnostic d'Astrid et Lola était fière de son aînée, même si on ne lui apprenait rien en lui annonçant que son cœur était plus faible que fiable.

Oui, c'est un souffle au cœur, avait repris Astrid, en éloignant son visage de la poitrine de Lola et en enroulant son stéthoscope flambant neuf autour de sa main. Ne t'en fais pas, Lolita. C'est à surveiller, mais ce n'est pas grave.

Et Lola, après avoir reboutonné son chemisier, était allée chercher des bières dans le réfrigérateur, et elles avaient trinqué avec les bouteilles comme pour célébrer l'inauguration de leur nouvelle tâche commune, la surveillance de cœur.

Le réveil indiquait 06:31.

Mikel était libre depuis maintenant une minute. Il lui avait bien fallu ça, rien que pour découvrir le grand ciel de l'aube, le bleu d'un papillon exotique voletant au-dessus de sa tête, pour se retourner vers l'horizon d'une blondeur de bière, pour sortir un paquet de cigarettes de sa poche et tirer une bouffée en homme libre, la première depuis vingt ans.

En fermant les yeux, Lola aperçut son bien-aimé qui se tenait debout sur cette plaine aride, là-bas, le dos tourné aux grands murs de la prison, les jambes écartées, comme toujours. Comme si la terre risquait de se mettre à trembler sous ses pieds à tout moment.

Fume ta cigarette, Mikel. Aspire, l'approuva-t-elle à voix haute. Et elle se retourna sur le ventre et enfouit son large sourire dans l'oreiller.

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30 juillet 2010

Le quai de Ouistreham - Florence Aubenas

le_quai_ouistreham Éditions de l’Olivier – février 2010 – 269 pages

Quatrième de couverture :
«La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j'avais trop à faire là-bas. J'ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009. J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre.», Florence Aubenas.

Auteur : Née en 1961, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière de journaliste à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur. Depuis juillet 2009, elle est présidente de l'Observatoire international des prisons.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Pour rendre compte de la crise, Florence Aubenas a voulu vivre de l'intérieur, l'expérience d'un travailleur précaire de février à juillet 2009. Elle s'est installée anonymement à Caen, elle a gardé son identité, elle s'est créée un CV avec un baccalauréat, obligée de trouver du travail après une séparation avec un homme qui subvenait à ses besoins depuis vingt-ans. Et l'aventure commence, Pôle Emploi qui lui propose de devenir femme de ménage, entretien avec les conseillers, formation, chasse aux heures de ménages chez différents employeurs (en général des sociétés de nettoyage).

Elle rencontre une foule de personnages qui accumulent aussi des petits boulots dans le secteur des sociétés de nettoyage, quelques heures à droite et à gauche de tâches peu qualifiées, épuisantes, sous payées. On découvre le monde du chômage et de Pôle Emploi avec ses entretiens obligatoires mais souvent inutiles. Il est admirable de constater l'acharnement que ces gens ont à travailler dans des conditions aussi difficiles pour maintenir l'estime de soi et un lien social. Florence Aubenas a arrêté son expérience le jour où on lui a offert un CDI de 2h30 par jour, ne voulant pas bloquer un travail réel. Cette expérience est très forte et intéressante, le livre se lit comme un roman.

Extrait : (page 71)
Tout le monde m'avait mise en garde. Si tu tombes sur une petite annonce pour un boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, fais attention. N'y va pas. Ne réponds pas. N'y pense même pas. Oublie-la. Parmi ceux que j'ai rencontrés, personne n'a travaillé là-bas, mais tous en disent la même chose : cette place-là est pire que tout, pire que dans les boîtes de bâtiment turques qui te payent encore plus mal qu'en Turquie et parfois même jamais ; pire que les ostréiculteurs, qui te font attendre des heures entre les marées avant d'aller secouer les poches en mer par n'importe quel temps ; pire que dans le maraîchage, qui te casse le dos pour des endives ou des carottes ; pire que les grottes souterraines de Fleury, ces anciennes carrières de pierre, puis abris antiaériens pendant la guerre, devenues aujourd'hui des champignonnières, qui te laissent en morceaux au bout d'un après-midi de travail. Pour les pommes, on en bave aussi, mais la saison commence plus tard. Ces boulots-là, c'est le bagne et la galère réunis. Mais tous valent mieux que le ferry de Ouistreham.
[…] (page 85)
C'est le tout petit matin. La veille, pour être sûre de ne pas arriver en retard, j'ai fait deux fois le trajet avec le Tracteur, ma nouvelle voiture. Le rendez-vous est à 5h30, au port d'embarquement du ferry-boat, pour la matinée de formation. A la sortie de Caen, quelques camions naviguent doucement sur la voie rapide entre les ronds-points et les radars, comme en apesanteur ; d'autres sont encore garés en troupeaux à l'entrée des villes où ils ont passé la nuit.
[…]
Nous sommes cinq nouveaux embauchés ce jour-là, à l'embarcadère. Arriver jusqu'au ferry est un nouveau périple. Il faut pénétrer dans la zone sous douane en montrant un badge avec une photo, fourni par la société. Parfois, des vigiles sortent de la guérite et s'accroupissent pour ausculter les essieux ou les habitacles, en parlant de trafics et de clandestins.
Nous nous postons devant un bâtiment composé d'une petite salle nue flanquée de deux toilettes. Nous attendons l'autocar de la compagnie qui nous conduira jusqu'au ferry. La distance entre les deux ne doit pas excéder sept cents mètres, mais il interdit de les effectuer à pied. Entre l'attente, le trajet en car, l'attente à nouveau avant de grimper à bord, il faut compter une bonne demi-heure supplémentaire.

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Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Amy

Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

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Le dilettante – décembre 1999 – 186 pages

Pocket – août 2006 – 155 pages

Pocket – novembre 2009 – 155 pages

Quatrième de couverture :
Une autre lettre de Loïc. Elles sont rares. Quelques phrases griffonnées sur un papier. Il va bien. Il n'a pas pardonné. Il ne rentrera pas. Il l'aime. Rien d'autre. Rien sur son départ précipité. Deux ans déjà qu'il est parti. Peu après que Claire a obtenu son bac. A son retour de vacances, il n'était plus là. Son frère avait disparu, sans raison. Sans un mot d'explication. Claire croit du bout des lèvres à une dispute entre Loïc et son père. Demain, elle quittera
son poste de caissière au supermarché et se rendra à Portbail. C'est de là-bas que la lettre a été postée. Claire dispose d'une semaine de congé pour retrouver Loïc. Lui parler. Comprendre.

Auteur : Né en 1974, Olivier Adam a grandi en région parisienne et vit actuellement en Bretagne. Son premier roman, Je vais bien, ne t'en fais pas (2000) ouvre un diptyque sur le thème de
la disparition qui se poursuit avec A l'Ouest (2001). Également scénariste et auteur pour la jeunesse, Olivier Adam a notamment écrit Poids léger (2002), adapté pour le cinéma par Jean-Pierre Améris et Passer l'hiver (2004) qui a reçu le Goncourt de la Nouvelle 2004. Falaises (2005). A l'abri de rien, Des Vents contraires.

Mon avis : (relu en juillet 2010)
Un livre de 150 pages qui se lit d'une traite. L'auteur nous dresse le portrait de Claire, une jeune femme solitaire qui est hantée par le souvenir de son frère Loïc qui a disparu deux ans auparavant sans donner de raison. Claire avait alors 20 ans et Loïc 18 ans. Avec son frère, ils étaient inséparables et avaient besoin l'un de l'autre pour vivre. Claire ne comprend pas pourquoi Loïc est parti sans aucune explication. Elle attend un signe de sa part. Claire va faire une dépression et refuser de s'alimenter. Et huit mois après la disparition de Loïc, Claire reçoit enfin une première carte avec quelques mots « je pense à toi, je t'embrasse, je vais bien, ne t'en fais pas. » Au bout de deux ans et après avoir reçu une carte de Portbail en Normandie, Claire décide de partir là-bas pendant une semaine de congés pour retrouver Loïc. On ressent toute la tristesse et toute la fragilité de Claire. C'est une histoire prenante et surprenante et c'est vraiment à la fin du livre que l'on découvre la vérité.

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Le film :
Ce livre a été adapté au cinéma en 2006 par Philippe Lioret avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier, Isabelle Renauld, Aïssa Maïga.

Il y a quelques petites différences entre le livre et le film : Claire est devenue Lili, son petit frère est devenu son frère jumeau. Cela renforce les liens qui unissent le frère et la sœur.

Le film nous présente l'histoire de façon chronologique et commence sur le retour de Lili après un voyage en Espagne et ses parents lui apprennent que son frère Loïc est parti depuis 5 jours après une dispute futile avec son père. Le livre commence deux ans après, Claire (Lili) est alors caissière à Shopi. Dans le film, la place des parents est plus importante que dans le livre.

L'adaptation de ce livre est vraiment très réussite et j'ai été beaucoup plus émue par le film que par le livre.

J'aime également beaucoup la chanson et thème principal de la B.O du film qui est U-turn (Lili) du duo français AaRON (Artificial Animals Riding On Neverland) composé de Simon Buret et Olivier Coursier. Simon Buret joue lui-même l'ami de Loïc qui fait écouter cette chanson à Lili composée en grande partie par Loïc.

Ce film a reçu de nombreuses récompenses :

  • César du meilleur acteur dans un second rôle pour Kad Merad.

  • César du meilleur espoir féminin pour Mélanie Laurent.

  • Prix Lumière du meilleur espoir masculin pour Julien Boisselier.

  • Prix Lumière du meilleur espoir féminin pour Mélanie Laurent.

  • Étoile d’or de la révélation féminine pour Mélanie Laurent.

  • Étoile d’or du scénario pour Philippe Lioret et Olivier Adam.

Extrait : (début du livre)
Claire claque la porte et tourne les clés.
Il est dix heures. Elle commence à onze. Le Shopi ferme à vingt et une heures, elle fait la fermeture. Elle descend les escaliers quatre à quatre. Au kiosque, elle achète Libé. Il fait déjà chaud et elle ôte son gilet. La brasserie où elle a ses habitudes est fermée. C'est le mois d'août. Elle entre dans un petit café où trois vieux discutent football, devant leur troisième ballon de rouge. La patronne la salue à peine, la fait répéter deux fois lorsqu'elle commande son café et son croissant. Elle étale son journal sur la table, va directement à la page des annonces. Avec Loïc, ils lisaient toujours cette page, alors elle se dit qu'il pensera peut-être à lui laisser un message. Le café est très chaud. Elle se brûle un peu, repose la tasse, souffle sur une mèche. Elle a relevé ses cheveux presque roux et très lisses en une sorte de chignon flou et artistique. Elle se voit dans le miroir. Les vieux la regardent. Machinalement, elle amorce le geste de tirer sur sa jupe. Mais aujourd'hui, elle porte un pantalon. Les vieux s'échangent vaguement quelques tuyaux, cochent les cases d'un bulletin de PMU. Claire feuillette son journal. Très distraitement. Elle grimace un peu en finissant son café. Juste au moment où elle avale le petit dépôt de sucre qui est resté au fond. Elle pose quelques pièces de monnaie près de sa tasse, se lève et s'en va. Elle dit au revoir. Personne ne lui répond.

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29 juillet 2010

Echo – Ingrid Desjours

Livre lu dans le cadre du Partenariat avec Blog-O-Book et Pocket

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Plon – février 2009 – 310 pages

Pocket – juin 2010 – 347 pages

Quatrième de couverture :
Ils étaient beaux, riches et pervers. Leur émission pulvérisait l'audimat ; les invités en sortaient humiliés, insultés, blacklistés. Petite lucarne et jeux du cirque... Aujourd'hui, les Frères Vaillant ne sont plus. Et la scène de crime n'est pas belle à voir. En arrivant sur les lieux, le commandant Vivier constate l'horreur des mutilations. Les deux pantins semblent figés en un tableau grotesque, d'un effroyable sadisme. Et l'avis de Garance Hermosa, sexo-criminologue au profil incendiaire, confirme ce premier diagnostic. Certes, les jumeaux ne manquaient pas d'ennemis, mais ce degré de violence rituelle laisse deviner un véritable monstre... Pour le démasquer, le flic et l'experte devront se voir en son miroir sans entrer dans son jeu. Car le crime, comme l'écho, se répète...

Auteur : Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en psychocriminologie. Après quelques années de pratique en Belgique, notamment auprès de criminels sexuels (bilan psychologique et thérapie), elle décide d’exercer dans divers pays d'Europe, les fonctions de consultante en formation. Parisienne, elle propose avec Echo, un thriller psychologique novateur, angoissant et fascinant.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Le livre commence par le début d'un journal intime écrit par un enfant de huit ans. Puis nous découvrons le crime sordide de deux frères jumeaux animateurs de télévision dont l'émission pulvérisait l'audimat et qui savaient « casser » leurs invités. L'auteur va alterner des extraits du journal intime qui se prolonge jusqu'à nos jours et l'enquête que mènent conjointement Patrick Vivier, commandant de police, et Garance Hermosa, psychologue spécialisée en sexo-criminologie.
Le personnage de Garance est plutôt spéciale : elle a 25 ans, elle est très féminine, attirante et jolie. Elle est à la fois attachante et parfois froide et antipathique. Elle ne laisse pas indifférente et elle semble cacher un secret. Patrick est un flic de 50 ans, un peu bourru et blasé qui voudrait protéger Garance comme un père pour sa fille. Il est pourtant sous son charme. L'intrigue nous propose de nombreuses pistes et c'est seulement à la fin que l'on découvrira qui est l'auteur de ce journal intime et quel est le lien avec le crime. Pour ma part, je n'ai rien vu venir...

Merci à Blog-O-Book et aux éditions Pocket pour m'avoir permis de découvrir ce livre qui m'a fait passer un très bon moment sur la plage malgré quelques passages assez glauques...

Extrait : (page 17)
Patrick sortit de sa BMW cabossée, et claqua la portière sans prendre le soin de la verrouiller. Personne ne s'aventurerait à voler une telle épave, a fortiori celle d'un flic. L'air glacial de janvier et la pollution de Paris lui piquèrent les yeux. Il avait dormi trois heures, et petit-déjeuné d'un café et d'un cigarillo. Il avait sûrement une haleine de chacal, mais s'en foutait comme de sa première chemise. L'affaire était sérieuse, et l'odeur qui baignait la scène de crime devait être bien pire que celle de sa langue. Il marchait vite et atteignit l'immeuble rapidement. Il gravit les marches moquettées de rouge, deux par deux, jusqu'au cinquième étage, et pesta contre les propriétaires qui n'avaient même pas fait installer l'ascenseur. Les riches étaient souvent les plus radins. Il reprit son souffle sur le palier, frotta ses mains l'une contre l'autre et souffla dessus pour les réchauffer. Il avait perdu ses gants et ignorait s'il devait les chercher dans son tiroir à chaussettes ou bien au commissariat, mais comme ce genre d'investigation n'était pas son fort, il passerait sûrement l'hiver avec les doigts gourds et rougeauds. Il salua les gardiens de la paix postés à l'entrée, appliqua du baume du tigre sous son nez, et pénétra dans l'appartement des frères Vaillant.

Les frères Vaillant étaient les stars incontestées du PAF depuis bientôt cinq ans. Séduisants jumeaux d'une trentaine d'années, ils étaient apparus à l'occasion d'une émission musicale pour adolescents. Leur pugnacité et le ton acerbe sur lequel ils s'adressaient à des célébrités ou autres chanteurs, habitués à tous les égards, avaient fait décoller en moins de deux ans l'audimat de la chaîne. La maison de production leur donna par conséquent carte blanche pour préparer et animer une émission corrosive en prime time.

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20 juillet 2010

L'enfant de Noé – Éric-Emmanuel Schmitt

Lu dans le cadre de l'opération 20juilletdecouvronsunauteur

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Albin Michel – avril 2004 – 150 pages

Livre de Poche - janvier 2008 – 122 pages

Présentation de l'éditeur :
" - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d'être chrétien, et moi je ferai semblant d'être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ? - Juré. " 1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ? Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim... et d'Oscar et la dame rose qui ont fait d'Éric-Emmanuel Schmitt l'un des romanciers français les plus lus dans le monde.

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.

Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose
 et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine.

Mon avis : (relu en juillet 2010)
Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime beaucoup et j'avais déjà lu ce livre « L'enfant de Noé » avant d'avoir mon blog, et j'ai été très contente de le relire.
1942, Joseph, presque huit ans, est obligé de se cacher car il est juif. Il se trouve accueilli dans un pensionnat catholique par le Père Pons, un homme simple et juste. Joseph apprend à mentir sur son nom, ses origines. Il apprend les prières catholiques. Mais le Père Pons ne veut pas qu'il devienne chrétien. En effet, dans la crypte de l'église, le Père Pons a aménagé une synagogue secrète et il y collectionne les objets du culte juif. Il veut faire survivre la culture juive pour la transmettre à ceux qui survivront aux horreurs du nazisme. Comme Noé sur son Arche pendant le Déluge, le Père Pons veut sauver l'humanité.
Ce livre fait partie du Cycle de l'Invisible qui parle de l'enfance et des religions. C'est un récit bouleversant d'où se dégage de l'émotion, de la poésie, de l'amour et qui nous fait rire aussi. Joseph est un narrateur touchant et plein d'innocence. C'est un bel hymne à la tolérance.

Extrait : (début du livre)
Lorsque j'avais dix ans, je faisais partie d'un groupe d'enfants que, tous les dimanches, on mettait aux enchères.
On ne nous vendait pas : on nous demandait de défiler sur une estrade afin que nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais parents enfin revenus de la guerre que des couples désireux de nous adopter.
Tous les dimanches, je montais sur les planches en espérant être reconnu, sinon choisi.
Tous les dimanches, sous le préau de la Villa Jaune, j'avais dix pas pour me faire voir, dix pas pour obtenir une famille, dix pas pour cesser d'être orphelin. Les premières enjambées ne me coûtaient guère tant l'impatience me propulsait sur le podium, mais je faiblissais à mi-parcours, et mes mollets arrachaient péniblement le dernier mètre. Au bout, comme au bord d'un plongeoir, m'attendait le vide. Un silence plus profond qu'un gouffre. De ces rangées de têtes, de ces chapeaux, crânes et chignons, une bouche devait s'ouvrir pour s'exclamer :  « Mon fils ! » ou : « C'est lui ! C'est lui que je veux ! Je l'adopte ! » Les orteils crispés, le corps tendu vers cet appel qui m'arrachait à l'abandon, je vérifiais que j'avais soigné mon apparence.
Levé à 'aube, j'avais bondi du dortoir aux lavabos froids où je m'étais entamé la peau avec un savon vert, aussi dur qu'une pierre, long à attendrir et avare de mousse. Je m'étais coiffé vingt fois afin d'être certain que mes cheveux m'obéissent. Parce que mon costume bleu de messe était devenu trop étroit aux épaules, trop court aux poignets et aux chevilles, je me tassais à l'intérieur de sa toile rêche pour dissimuler que j'avais grandi.

Déjà lu d'Éric-Emmanuel Schmitt :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose

odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende

ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir

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09 juillet 2010

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom – Barbara Constantine

tom_petit_tom Calmann-Lévy – janvier 2010 – 260 pages

Quatrième de couverture :
Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobil-home déglingué avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l'a eu à treize ans et demi). Comme Joss aime beaucoup sortir tard le soir, tomber amoureuse et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent tout seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va dans les potagers de ses voisins, pique leurs carottes, leurs pommes de terre... Mais comme il a très peur de se faire prendre et d'être envoyé à la Ddass (c'est Joss qui lui a dit que ça pouvait arriver et qu'elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention, efface soigneusement les traces de son passage, replante derrière lui, brouille les pistes. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), couchée par terre au milieu de ses choux, en train de pleurer, toute seule, sans pouvoir se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom (petit homme) n'était pas passé par là...

Auteur : Barbara Constantine se partage entre le Berry (près Le Blanc, dans l'Indre), par amour de la campagne (entre autres), Biarritz (pour raisons familiales) et Paris (côté Ivry-sur-Seine), parce que la ville, c'est pas mal aussi (des fois). Elle est scripte et romancière. Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom est son troisième roman, après Allumer le chat et A Mélie, sans mélo.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Je me suis régalée en lisant cette jolie histoire à la fois tendre et drôle. Tom, 11 ans, est un petit garçon attachant, il vit avec sa jeune mère, Joss, dans un vieux mobil-home. Il doit souvent se débrouiller tout seul. Pour se nourrir, il vole des légumes dans les potagers voisins. Un jour, il découvre Madeleine, 93 ans, allongée dans son jardin et appelant à l’aide. Il va l’aider à se sortir de ce mauvais pas et il va accepter de s’occuper de son vieux chien et son vieux chat pendant que Madeleine sera à l’hôpital…

Autour de Tom, l’auteur nous offre une jolie galerie de personnages : un couple de retraités franco-anglais et leur chat boiteux Captain Achab, Joss qui fait un complexe de ses gros seins, Samy un ancien ami de Joss qui sort de prison…

L’auteur fait un petit clin d’œil à ces deux précédents livres Allumer le chat et A Mélie, sans mélo : certains des personnages sont de passage dans cette histoire…

Voilà un livre qui se lit d’une traite, plein de la fraîcheur des jardins et plein de situations cocasses et plein tendresse entre Madeleine et Tom, petit Tom, tout petit homme. A découvrir sans tarder !

Extrait : (page 49)
Tom vient d’arriver près du potager des voisins. Ceux qui se disent « vous » et qui se parlent poliment même quand ils sont énervés. Il couche son vélo dans les buissons, s’approche de la haie, écoute. Pas un chat. Le samedi, à cette heure, ils ne sont jamais là. Ils doivent aller faire des courses ou rendre visite à des copains.
C’est bon. Tom va pouvoir un peu fouiner.

Il finit de remplir son sac et le dépose tout près du trou dans la haie. Trois carottes, trois poireaux, trois oignons et neuf pommes de terre. Il est inquiet. Il ne prend pas autant de choses d’habitude. Il retourne effacer les traces de son passage. Arrose très soigneusement le plant de pommes de terre arraché et replanté. En se disant que, peut-être, il reprendra ?… On ne sait jamais.

Il reste du temps avant le retour des proprios. Pour la première fois, il pousse la porte et entre dans le cellier. En faisant attention à ne pas laisser de traces. Il s’arrête devant les grandes étagères pleines d’outils, de matériel de bricolage, de boîtes de toutes sortes. Tout est classé, rangé, étiqueté. Sur une table, des claies empilées, pleines de pommes de l’automne dernier. Il en met trois dans ses poches et croque dans une quatrième.
Il commence à se détendre. A se sentir chez lui.

Maintenant, il entre dans la serre. Il fait chaud. Ça sent bon la terre humide. Partout, des pousses de fleurs et de légumes. Avec la photo en couleurs de ce qu’ils deviendront plus tard. Des multitudes de plants de tomates. Des rouges, des oranges, des jaunes, des vertes et même des noires. En forme de poire, de piment, de cœur… jamais vu ça.

Il est temps de partir. Il récupère son sac et plonge sous la haie. Au moment de ressortir, il se fige. Le chat est là. Le regarde aussi méchamment que la dernière fois. Toujours aussi impressionné, Tom baisse le regard. Il a entendu dire quelque part qu’il ne fallait jamais fixer les chats dans les yeux. Ils pensent qu’on les défie, et ça réveille leur agressivité. Il garde son sac sur le dos, mais sort les trois pommes de ses poches. Il hausse un peu les épaules, comme pour s’excuser et l’air de dire : Juste trois, ça peut aller ? Alors le chat se lève, avance lentement vers lui. Sur trois pattes, évidemment. De cette démarche qui le rend si inquiétant. Il avance sans quitter Tom des yeux, puis… d’un bond s’engouffre sous la haie et disparaît.
Tom soupire. Il a eu très chaud cette fois encore.

allumer_le_chat Allumer le chat     a_M_lie__sans_m_lo_p A Mélie, sans mélo

Déjà lu du même auteur :

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