14 septembre 2010

Passé sous silence – Alice Ferney

pass__sous_silence Actes Sud – août 2010 – 203 pages

Quatrième de couverture :
Passé sous silence est le récit, en forme de conte historique, d'un événement réel de la seconde moitié du XXe siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques : dans un moment décisif de notre histoire s'affrontent deux visions de l'honneur et du service de l'Etat. Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance s'éternise. Pour la finir, le Vieux Pays rappelle au pouvoir son chef le plus prestigieux. Une fois investi, le souverain n'agit pas comme on l'attendait. Contre ce pouvoir, un jeune officier mène une conjuration jusqu'à l'attentat. Sain et sauf, le chef de l'État accordera-t-il sa grâce ? Pour raconter ce moment singulier où un héros s'est retrouvé juge et partie, Alice Ferney convoque tour à tour les pensées des deux protagonistes. Une documentation méticuleuse et une précieuse prise en compte des mécanismes psychologiques lui donnent l'audace de soulever la chape du silence. Avec la volonté ardente d'exhumer une injustice, et sans jamais juger, Alice Ferney essaie de comprendre ce qui, clans des temps troublés, a pu mener un homme à mourir et un autre à condamner. Elle touche en vérité le point focal d'un drame national qui irradie encore. Et fait entendre, avec une efficacité saisissante, la voix du romancier face à l'Histoire.

Auteur : Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L'Élégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003), Les Autres (2006) et Paradis conjugal (2008).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voici un livre assez particulier, un « conte historique » nous dit la quatrième de couverture parlant « d’un évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques ».
Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance n’en fini pas. Le général Grandberger va profiter des évènements pour revenir au pouvoir. Face à lui, le colonel Paul Donadieu, déçu par le héros d’une guerre passé, entre en résistance et ira jusqu’à l’attentat.
Assez rapidement le lecteur comprend que l’« évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle » c’est la guerre d’Algérie, que le général Grandberger c’est le Général De Gaulle qui s’oppose à Paul Donadieu soit Jean-Marie Bastien-Thiry entre août 1962 et mars 1963. C’est un passage de notre histoire que je connais très mal (je n’étais pas encore née à l’époque, mais je suis trop vieille pour que le sujet soit dans mon programme d’histoire au lycée…).
Ce livre est très bien écrit, très documenté, c’est la confrontation de ces deux hommes. La situation est complexe. Paul est un idéaliste, franc, courageux et droit. Le général Grandberger est puissant et pragmatique.
« Le Vieux Pays, par la faute d’un esprit cynique et tortueux, serait amputé alors que le contraire avait été promis comme un serment. Tu voulais arrêter la cours de cette trahison. Tu ressassais. Que pouvais-tu entreprendre tout seul ? Quelle action pouvait envisager des citoyens libres qui mesuraient les résultats funestes d’une dictature ? De fugitive qu’elle était, l’idée devint évidente, lancinante, jusqu’à dessiner ta mission personnelle : confisquer le pouvoir à Jean Grandberger. Le juger pour ses crimes et briser définitivement son illustre figure. » L'auteure a choisi de s'adresser directement à Paul en le tutoyant, rendant son personnage plus proche du lecteur. J’ai vraiment été très intéressée par ce livre et en le refermant, j’ai même été lire plus d’informations sur ce fait historique. 

Extrait : (début du livre)
Peu de destins individuels demeurent longtemps éclairés par l'Histoire. Cet ensevelissement des noms et des hommes dans le passé paraît plus injuste lorsqu'ils ont enduré une guerre. Pourtant, cette convulsion historique, qui fait drame dans leur vie, ne change rien à l'oubli promis aux héroïsmes anonymes. Surtout si les braves combattirent pour une cause perdue, ou, pire, à qui l'avenir ne donnera pas raison : moins légitime que ne l'avaient dit leurs chefs. Le temps, dont ils furent la matière, passe à autre chose, trouve ses fibres neuves. La passion de ce qui fut s'émousse. L'intérêt s'estompe. La mémoire se polarise. La violence des événements se dissipe. L'actualité renouvelle les objets de l'attention. La connaissance des êtres - ce qu'ils ont fait, la manière dont ils l'ont fait - disparaît. Combattre sans déroger à l'honneur ne peut relever de la pensée qu'on a de la postérité. C'est le choix intérieur d'un homme dans un instant. Quelles que soient sa grandeur, sa souffrance ou sa consternation, elles seront oubliées, comme le sont les affaires privées, qui par nature restent inaccessibles. Car les gestes minuscules, les pensées, les sensations les plus profuses, les désarrois, les peines, n'ont cours que par celui qui les initie, les éprouve, et souvent les tait. L'ignorance du détail personnel accompagne la mémorisation historique. Il est plus aisé de consigner la guerre en général que la guerre d'un seul soldat.   

Les mémoires familiales ne pactisent pas avec l'oubli. Ayant accès aux secrets intimes, elles les sauvegardent. Les descendants d'une lignée peuvent se rappeler un cheminement, une petite gloire, un tourment qui fut inutile, une torture restée ignorée. Leur témoignage rapporte ce qui fut subi et mené par un homme. Pour un enfant à l'écoute, vierge de défaites et de récits, un parent dira : Ton grand-père a eu la Légion d'honneur à titre militaire (il faut le préciser, car le présent, si éloigné des circonstances et de la valeur des sacrifices, en galvaude les récompenses). Ton grand-père avait aussi telle médaille, telle croix, qui résument l'itinéraire de son courage.   

Le monde ne connaît plus grand-père. Il y a des millions de grands-pères oubliés, soldats qui découvrirent la guerre réelle après avoir rêvé une guerre imaginaire. Ils criaient dans les embuscades, se tourmentaient d'avoir tué, pleuraient leurs compagnons morts. Un cadavre mutilé, ils pressaient deux mains sur leur bouche. Ils sont morts. Chacun, pour l'Histoire, est englouti, déshabillé dans l'énorme chiffre des pertes.   

L'oubli est la grande vérité de l'Histoire : sa trappe la plus cruelle. Beaucoup de héros honorables, comme beaucoup de faibles, de lâches, et même de traîtres, tombent dans l'oubli. La qualité ne fait rien à l'affaire. Leur nom n'est plus prononcé, connu ou écrit par personne, alors même qu'ils vécurent l'Histoire dans de si vives souffrances qu'elles méritent une commémoration nominative. Peu l'obtiennent.   

Sans doute faut-il, pour inscrire son patronyme dans les livres et les manuels, s'approcher au plus près de l'Etat, détenir ses secrets, ou bien être l'Etat, le représenter aux yeux des citoyens et au sein du monde, connaître et se mêler des questions qu'il traite. Tel est le cas des deux figures de cette histoire, le colonel et le général, qui dans le temps d'une fracture, d'un basculement qui devient cataclysme, après un éclair de feu à la tombée du soir, dans la lumière incertaine qui confond les chiens et les loups, s'affrontèrent jusqu'à ce que mort s'ensuive.   

Leur rencontre est un duel singulier et fatal. Les idées, les mots et les armes y tiennent une place égale. S'y mêlèrent le courage passionné d'un homme et la raison d'Etat, la conviction obstinée d'un accusé et la rancune d'un chef, la droiture d'un jeune officier et le machiavélisme d'un meneur politique, la pureté d'un conjuré et l'intransigeance d'une personnalité couronnée par son passé. Deux caractères d'exception, l'un idéaliste et l'autre réaliste, se toisent avec la même rigueur (et une non moindre vigueur) d'un bord à l'autre d'un événement tragique, dans une tourmente qui semble ne pouvoir trouver qu'une fin sanglante et partielle. Frères jumeaux aux extrémités d'un temps, ennemis dans le présent, tous deux pareillement époux, pères, patriotes, officiers de l'armée au service de leur pays, intègres par éducation, aristocrates de l'esprit, mais qui n'atteignirent pas le même degré de pragmatisme, s'opposent sur le terrain de l'Histoire qui se fabrique.   

La géométrie et l'issue de cet énigmatique engagement d'un homme contre un autre s'enracinent dans les dernières convulsions de l'Empire, quand des formes qui semblaient naturelles deviennent intolérables. La tragédie que jouèrent le colonel Donadieu et le général de Grandberger, en marge de l'avancée des choses du monde et sans jamais l'infléchir (l'un refusant d'y croire et l'autre tirant du jeu l'épingle de son pays), qui fut à la fois extravagante et prosaïque, insignifiante et emblématique, appartient aux accidents de l'Histoire, aux crimes des temps révolutionnaires, aux grands souvenirs de l'Empire, dans ce moment où il refuse de mourir, quand sur la Terre du Sud se réveille l'âme d'une nation.   

Par les diableries d'un souverain outragé, par sa machination judiciaire (qu'une narration partisane a refoulée aux bords du récit qu'elle en donne, renvoyant la victime dans l'espace nébuleux d'une improbable folie), un homme est mort qui faisait honneur à son pays. La salve a claqué dans l'air mouillé de l'aube. Le peloton s'est retiré pour toujours. Le silence d'une honte entoure ce sacrifice. C'est de cet épisode qu'il convient de faire la chronique, sans laquelle le temps pourrait le disputer à la mémoire.   

Livre 6/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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12 septembre 2010

Ouragan – Laurent Gaudé

ouragan Actes Sud – août 2010 – 188 pages

Quatrième de couverture :
A La Nouvelle-Orléans, alors qu'une terrible tempête est annoncée, la plupart des habitants fuient la ville. Ceux qui n'ont pu partir devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime : que reste-t-il en effet d'un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s'est dissous dans la peur ? Seul dans sa voiture, Keanu fonce vers les quartiers dévastés, au cœur de la tourmente, en quête de Rose, qu'il a laissée derrière lui six ans plus tôt et qu'il doit retrouver pour, peut-être, donner un sens à son existence... Dans un saisissant décor d'apocalypse, Laurent Gaudé met en scène une dizaine de personnages qui se croisent ou se rencontrent. Leurs voix montent collectivement en un ample choral qui résonne comme le cri de la ville abandonnée à son sort. Roman ambitieux à l'écriture empathique et incantatoire, Ouragan mêle la gravité de la tragédie à la douceur bienfaisante de la fable pour exalter la fidélité, la fraternité, et l'émouvante beauté de ceux qui restent debout.

Auteur : Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a reçu en 2004 le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta. Son œuvre, traduite dans le monde entier, est publiée par Actes Sud.

Mon avis : (lu en septembre 2010)
J'ai lu avec beaucoup de plaisir le nouveau livre de Laurent Gaudé. A travers une galerie de personnages très différents qu'il décrit finement et précisément, il nous raconte la tempête Katrina sur la Nouvelle-Orléans. Cela commence par les prémices de l'Ouragan, « une lointaine odeur de chienne », puis c'est la fuite et l'évacuation des gens, mais certains restent, ils ont nulle part où aller. « Les gens ont peur, suent, se dépêchent pour ne pas perdre une minute et elle n'en est pas. Elle n'a pas vraiment peur, elle ne pense pas à la mort, elle pense juste que ce sera dur, une épreuve de plus. »
Ensuite c'est le déluge, le vent, la pluie.  « Un immense nuage noir a mangé le ciel. Le vent est sur nous.[...] Le vent des ouragans qui ne se repose jamais, qui souffle de façon constante avec la même rage. Les arbres s'agitent dans la tourmente.[...] Oh comme la nature est belle de colère. » Puis l'après-tempête, la ville est vide, abandonnée. « Le jour s'est levé mais je sais que le pire nous attend. L'heure qui vient, c'est celle des chacals, […] Les ombres envahissent les rues et prennent possession de la ville. Ils seront pires que le vent. »
Et c'est l'inattendue, les digues lâchent et peu à peu l'eau inonde la ville en particulier les quartiers les plus pauvres. Dans ce livre, on découvre une Amérique colorée et pleine de contrastes.
On ressent bien toute l'intensité des événements à travers les réactions des différents personnages, la proximité de la mort au cœur de la catastrophe révèle leurs vraies natures.
Une histoire belle et émouvante !

Sur ce même thème, mais traité différemment, j'ai déjà lu Zola Jackson de Gilles Leroy.

Extrait : (début du livre)
Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j'ai ouvert la fenêtre ce matin, à l'heure où les autres dorment encore, j'ai humé l'air et j'ai dit : "Ça sent la chienne." Dieu sait que j'en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j'ai dit, elle dépasse toutes les autres, c'est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d'eau à l'approche du train. C'était bien avant qu'ils n'en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s'agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. Alors j'ai fait une vilaine moue avec ma bouche fripée de ne plus avoir embrassé personne depuis longtemps, j'ai regretté que Marley m'ait laissée veuve sans quoi je lui aurais dit de nous servir deux verres de liqueur - tout matin que nous soyons - pour profiter de nos derniers instants avant qu'elle ne soit sur nous. J'ai pensé à mes enfants morts avant moi et je me suis demandé, comme mille fois auparavant, pourquoi le Seigneur ne se lassait pas de me voir traîner ainsi ma carcasse d'un matin à l'autre. J'ai fermé les deux derniers boutons de ma robe et j'ai commencé ma journée, semblable à toutes les autres. Je suis descendue de ma chambre avec lenteur parce que mes foutues jambes sont aussi raides que du vieux bois, je suis sortie sur le perron et j'ai marché jusqu'à l'arrêt du bus. Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, je prends le bus tous les matins et il faudrait une fièvre des marais, une de celles qui vous tordent le ventre et vous font suer jusque dans les plis des fesses, pour m'empêcher de le faire. Je monte d'abord dans celui qui va jusqu'à Canal Street, le bus miteux qui traverse le Lower Ninth Ward, ce quartier où nous nous entassons depuis tant d'années dans des maisons construites avec quatre planches de bois, je monte dans ce bus de rouille et de misère, parce que c'est le seul qui prenne les nègres que nous sommes aux mains usées et au regard fatigué pour les emmener au centre-ville, je monte dans ce bus dont la boîte de vitesses fait un bruit de casserole mais j'en descends le plus vite possible, six stations plus loin. Je pourrais aller jusqu'à Canal Street mais je ne veux pas traverser les beaux quartiers dans ce taudis-là. Je descends dès que les petites baraques du Lower Ninth laissent place aux maisons à deux étages du centre, avec balcon et jardin, je m'arrête et j'attends l'autre bus, celui des rupins. C'est pour être dans celui-là que je me lève le matin. C'est dans celui-là que je veux faire le tour de la ville, un bus de Blancs qui me dévisagent quand je monte parce qu'ils voient tout de suite que je suis du Lower Ninth, c'est celui-là que je veux et si je me lève si tôt, c'est que je veux qu'il soit bondé parce que, lorsque je monte, cela me plaît d'avoir devant moi, en une double rangée un peu blafarde, tous ceux qui vont s'épuiser au travail. Je m'assois. Et je le fais toujours avec un sourire d'aise, n'en déplaise aux jeunes qui me regardent en se demandant quel besoin a une vieille carne dans mon genre de prendre le bus si tôt, encore qu'il n'en soit pas tant que ça à se demander ce genre de choses car la plupart s'en foutent, comme ils se foutent de tout. Je le fais parce que j'ai gagné le droit de le faire et que je veux mourir en ayant passé plus de jours à l'avant des bus qu'à l'arrière, tête basse, comme un animal honteux. Je le fais et c'est encore meilleur lorsque je tombe sur des vieux Blancs. Alors là, oui, je prends tout mon temps. Car je sais que, même s'ils font mine de rien, ils ne peuvent s'empêcher de penser qu'il fut un temps, pas si lointain, où mon odeur de négresse ne pouvait pas les importuner si tôt le matin, et j'y pense moi aussi - si bien que nous sommes unis, d'une pensée commune, même si chacun fait bien attention de ne rien laisser paraître, nous sommes unis, ou plutôt face à face - et je gagne, chaque fois. Je m'assois le plus près de là où ils sont, en posant mes fesses sur un morceau de leur veste si possible pour qu'ils soient obligés de tirer dessus et que leur mécontentement croisse encore. Jamais aucun de ces vieux Blancs ne m'a laissé sa place lorsqu'il est arrivé que le bus soit plein. Une fois seulement, alors que j'avançais dans la travée centrale, un homme m'a souri, s'est déplacé pour aller côté fenêtre et m'a fait signe de m'installer à côté de lui, sur la place qu'il libérait. "Tu n'as pas peur des vieilles vaches noires, fils ?" j'ai lancé, pour rire. Il m'a répondu en souriant : "Nous nous sommes battus pour cela." C'est depuis ce jour que lorsque j'ai besoin d'un clou, ou d'une ampoule - ce qui n'arrive pas si souvent -, je traverse la ville pour aller chez Roston and Sons, le quincaillier. Car ce jeune blanc-bec est le cadet du vieux Roston et je me fous que le clou soit plus cher qu'ailleurs, j'y vais au nom des vieilles luttes et du goût savoureux de la victoire. Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, je dois être une bien grande pécheresse car, je l'avoue franchement, je ne me lasse pas d'avoir gagné. Je fais le tour de la ville en bus chaque matin et c'est comme de faire la tournée de mon empire. Les chauffeurs, je les connais. Ils m'aiment bien et me saluent avec politesse. Ce jour-là, donc, comme tous les autres depuis si longtemps, je suis montée dans le premier bus. Il y avait une place au premier rang à la droite du chauffeur et je m'y suis mise. "Une belle journée qui s'annonce, hein, miss Steelson ?..." a-t-il lancé. Et comme je n'aime pas parler pour ne rien dire, comme l'avis des autres m'importe peu, j'ai répondu, en articulant bien pour que tous les gens assis derrière entendent, j'ai répondu : "Ne crois pas ça, fils. Le vent s'est levé à l'autre bout du monde et celle qui arrive est une sacrée chienne qui fera tinter nos os de nègres..."

Déjà lu du même auteur :

La_porte_des_Enfers La porte des enfers   le_soleil_des_scorta Sous le soleil des Scorta

la_mort_du_roi_tsongor  La mort du roi Tsongor Eldorado_Laurent_Gaud_  Eldorado

Livre 5/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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11 septembre 2010

Le cercle du silence – David Hepburn

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Éditions Les Nouveaux Auteurs - mai 2008 – 640 pages

Pocket – mai 2009 - 757 pages

Grand Prix FEMME ACTUELLE Roman de l'été 2008

Quatrième de couverture :
La nuit s’installe sur le port de La Haye. Un cortège de limousines foncées glisse lentement vers la jetée où attendent deux transbordeurs.
Le procureur général descend de l’une des voitures, suivi de Tom Dorvan, son nouveau substitut. L’angoisse grandissante de Tom est imperceptible, mais pour combien de temps encore ?

Le superbe paquebot tout illuminé qui mouille à quelques centaines de mètres du rivage et vers lequel ils se dirigent, dissimule un secret inavouable.

Si Tom s’était douté que son univers bien établi allait s’écrouler ce soir-là, il n’aurait jamais mis les pieds sur ce transbordeur… il n’aurait d’ailleurs même pas accepté sa récente nomination.

Mais le destin en avait décidé autrement…

Auteur : David Hepburn, 33 ans, francophone, vit dans le sud de la France. A vécu et voyagé dans de nombreux pays. Il signe avec "Le cercle du silence" son 1er roman.

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voici un thriller captivant et très réaliste avec une intrigue qui tourne autour d'un réseau pédophile secret qui est protégé par des personnes très haut placées. Tout commence par des enlèvements d'enfants, puis un certain Frank Moldair vient faire des déclarations aux Services Spéciaux à propos de soirées privées et de proxénétisme d'adolescents. Et quelques heures plus tard, Moldair se "suicide"... L'agent Clarke Foster va mener son enquête le plus discrètement possible, il pourra compter sur l'aide de son ami Tom Dorvan, substitut du procureur.
Malgré la gravité du sujet de fond, il n'y a pas de scènes trash ou sanglantes. Le démarrage du livre est un peu lent, car il faut mettre en place l'histoire. Puis, tout s'accélère et comme dans un film on participe à l'enquête et l'on stresse pour les personnages qui se trouvent parfois dans des situations plutôt périlleuses, risquant leur vie à plusieurs reprises... La psychologie de chacun des personnages est très bien travaillée.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, le style est agréable à lire, la construction de l'intrigue est parfaite : riche en suspense, avec beaucoup d'intensité. Il est question de technologies de pointe, de drogues de synthèse, d'espionnage, de tueurs à gage...

Extrait : (début du livre)

Il faisait un froid presque mordant et la fine brume enveloppant la majeure partie de la côte Est, en ce petit matin d’automne, renforçait la mélancolie du port qui s’éveillait lentement, aux pas lourds des dockers. L’écœurante odeur de malt et de houblon d’une brasserie voisine dominait encore dans l’air humide. Deux sirènes plaintives retentirent presque simultanément dans cet immense port marchand alors que, sur le quai numéro douze, le « Carioca », chargé de containers multicolores, était prêt à lever l’ancre. C’était un cargo vieux d’une trentaine d'années, mal entretenu, battant pavillon brésilien. La rouille de la coque réapparaissait sous les couches de peinture brune superposées, appliquées au fil du temps ; l'état de délabrement du bateau était très avancé et, dix jours auparavant, dans le port de Belém, les experts de la commission maritime brésilienne l’avaient d’abord jugé impropre à la navigation.

Mais l’armateur connaissant les vertus d’un bon arrosage, un jour et deux enveloppes plus tard, les experts reconnurent avoir été un peu sévères et lui donnèrent un nouveau sursis de quelques mois.

Au milieu de l’incessant va-et-vient des manutentionnaires, un homme en habit d’officier sortit d'un cabanon de chantier posé au milieu du quai et s’embarqua à bord du navire. Il disparut à l’intérieur et parvint rapidement à la hauteur d’une cabine où l’attendait le capitaine. Ce dernier le fit entrer en silence, referma la porte à clef, puis repartit aussitôt en s’assurant de ne pas avoir été remarqué. A l’intérieur, deux personnes étaient allongées sur des couchettes sans drap ni couverture éloignées d'un peu plus d'un mètre l’une de l’autre ; les matelas étaient fins, en mousse grise fatiguée.

Il s’agissait d’une femme et d’un homme enveloppés dans de grandes housses noires, en matière cirée épaisse empestant le plastique, généralement utilisées pour les macchabées, et dont la grosse fermeture Éclair ventrale avait été remontée jusqu’à la base de leur thorax. Les deux individus étaient ficelés solidement, les bras le long du corps, la bouche recouverte de plusieurs épaisseurs d’un large ruban adhésif argenté.

Couvert d’hématomes, leur visage était ensanglanté et défiguré mais les moribonds étaient encore vivants. La tête tournée l'un vers l'autre, ils ne cessaient de se regarder au travers de leurs yeux rougis et larmoyants. Ils parvenaient tout de même à se voir malgré leurs œdèmes et leurs cils mouillés remplis de sang coagulé.

Il s’agissait d’un jeune couple d’un peu plus d’une trentaine d’années. Eduardo Ribeiro était originaire de l’île de Marajo au Brésil ; Jodie Ribeiro, quant à elle, était née à Brooklyn où ils avaient encore habité quelques mois après s’être mariés. Puis, il y a douze ans, le couple avait décidé de s'installer dans le New Jersey peu après la naissance de leur fils Kevin. Bien que travaillant tous deux à plein temps, ils avaient réussi à préserver un bon équilibre dans leur couple et vivaient une vie simple et tranquille. Mais il y a un peu plus de six mois, le 12 avril très exactement, le temps, pour eux, s’arrêta : ce fut le jour où leur fils disparut.

Ils s’en souvenaient dans les moindres détails, comme si c’était arrivé la veille. Ils n'avaient pas prévenu la police tout de suite ; non, malgré le sentiment d'angoisse qui les avait gagnés tous les deux, ils s'étaient ravisés : il fallait commencer par garder son sang-froid. Leur fils était peut-être tout simplement allé chez un copain. Il n’aurait pas vu le temps passer et aurait oublié de les prévenir. Ils avaient donc commencé par téléphoner à tous les parents de ses camarades. Mais à chaque fois, c’était la même réponse : personne ne l’avait revu après la sortie de l’école. Le dernier appel avait été le plus pénible. Figée, le téléphone pressé contre l’oreille, Jodie avait appelé les parents du meilleur ami de son fils, mais eux non plus ne l’avaient pas vu. Ce jour-là, Kevin n'avait pas pris le bus avec les autres, mais aucun des enfants n’y avait attaché d’importance car il restait quelquefois dans l'enceinte de l'établissement scolaire en attendant son cours de piano. Certains de ses copains avaient même cru qu'il était rentré à la maison un peu plus tôt pour regarder sa série préférée. Jodie et Eduardo avaient tenté de joindre le professeur de piano, mais n'y étaient pas parvenus avant neuf heures du soir. Lorsqu'ils avaient enfin pu lui parler, ce dernier leur avait fait part de son étonnement de ne pas l’avoir vu au cours. Leur profonde inquiétude se mua brusquement en panique. C'est à ce moment-là seulement qu’ils avaient décidé d'appeler à l’aide. C’est elle qui, la main tremblante, avait composé le numéro de la police locale.

L’agent Greg Commoy était venu le soir même ; Jodie lui avait proposé du café pour qu'il se sente à l'aise et qu'il prenne son temps. Mais il ne leur avait posé que deux ou trois questions banales, énoncé les procédures d’usage puis leur avait expliqué qu'il fallait encore attendre vingt-quatre heures avant de lancer un avis de recherche officiel.

Jodie s’était montrée insistante : « Ne peuvent-ils pas commencer les recherches tout de suite ? », avait-elle suggéré en lui resservant du café, prévenir les postes de police alentour ? Mettre des barrages partout ? Elle ne savait pas trop, mais au moins faire quelque chose. Elle avait mal supporté qu’il ne réagisse pas davantage et qu’il reste planté là à les gaver de théories et de règles de procédure. Autant de conneries, avait-elle pensé. Car si Kevin avait été enlevé, son ou ses ravisseurs l’éloignaient certainement un peu plus à chaque minute qui passait. « Êtes-vous sûr de ne pas perdre un temps précieux ? » avait-elle encore ajouté, d’une voix étranglée, en désespoir de cause. Mais l’agent Commoy avait répondu par la négative et le dialogue qu’il avait tenu ensuite avait agacé Jodie au plus haut point. « En général, huit cas sur dix sont des fugues ou de simples coups de tête. Imaginez, si on devait organiser des recherches à grande échelle, déclencher les plans d’alertes enlèvement et monopoliser tous les hommes disponibles à chaque téléphone signalant une disparition, on ne ferait que ça toute la journée » ... Mais il ne connaissait pas son fils, avait-elle pensé, jamais il n’aurait été capable de s’en aller sans rien dire ; il ne supportait pas de leur faire de la peine … Oui, bien sûr, dans l'absolu elle comprenait l’agent Commoy. Mais la police avait-elle au moins une équipe qui, précisément, faisait « ça » toute la journée ?
Non … et toujours cette même réponse : l'État ne leur donnait pas assez de moyens.

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08 septembre 2010

Des gifles au vinaigre – Tony Cartano

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Albin Michel

des_gifles_au_vinaigre Albin Michel – août 2010 – 272 pages

Quatrième de couverture :
« Faire d’un père l’objet d’une fiction n’est pas un sacrilège, surtout si l’on considère qu’il fut un être d’illusion, entièrement façonné par l’utopie. »
Février 1939. Franco a gagné. Les armées républicaines se replient sur la frontière française. A. fuit avec ses troupes villes et villages dévastés. Il laisse derrière lui son passé et ses faits d’armes : femme et enfant, la bataille de Teruel et la traversée de l’Ebre. Mêlant l’histoire trouble de la guerre civile espagnole, visions hallucinées du siècle et souvenirs d’enfance interdits et imaginaires, son fils tente, des années plus tard, de reconstituer la trajectoire de cet homme dont il ignore presque tout.
Et, à travers la réécriture de cette histoire vécue ou fantasmée, c'est le mystère de la littérature qu'explore le romancier Tony Cartano, dans un récit aussi ambitieux que personnel

Auteur : Écrivain, éditeur, Tony Cartano, né à Bayonne en 1944, est l'auteur de plusieurs romans dont Blackbird (1980), Bocanegra (1984), et Milonga (2004).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Dans ce livre l'auteur nous raconte en alternance ses souvenirs d'enfance et la Guerre d'Espagne de son père, Alfonso. Tony Cartano est né en 1944 à Bayonne d'un deuxième mariage.
En février 1939, Alfonso fait partie de l'armée républicaine, qui se replie vers la frontière française. A. rejoint le centre de triage de La Tour de Carol.. Il est emprisonné au camp de Gurs puis ayant travaillé comme tourneur ajusteur chez Hispano Suiza à Barcelone, il est envoyé à Toulouse pour travailler chez Breguet. C'est à Bayonne qu'il fera connaissance avec Sixta, la mère de Tony Cartano. Petit à petit on reconstitue la vie de son père mais il reste beaucoup de non-dits.

Les faits sont relatés dans le désordre et heureusement que certains chapitres sont datés pour que le lecteur s'y retrouve un peu. Il y a également de nombreuses digressions qui embrouillent encore plus la lecture de ce livre. Je n'ai pas été convaincu par ce livre.

Le titre de ce livre vient d'une expression espagnole « Hostias en vinaigre » qui nous est longuement expliquée dans un chapitre du livre, c'est un juron qu'utilise souvent Alfonso...

Merci à Blog-O-Book et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

D'autres avis : Fashion a aimé

Extrait : (début du livre)
3 février 1939
« Roberto, amène-toi. Viens voir. »
Adossé contre le pneu de la camionnette, encapuchonné sous sa couverture de campagne, le canonnier s'était assoupi une heure ou deux, se jurant bien que le brouillard et le froid nocturne ne le tueraient pas. Avec ses vingt-cinq ans et sa solide carrure d'avant-centre du club de football de Gérone, Roberto ne craignait rien plus que l'obscurité glacée, trompeuse, qui donne l'illusion du repos salvateur mais qui, en réalité, s'apprête à vous saisir aux poumons et à vous liquéfier de l'intérieur. Le sifflement des balles, la violence des escarmouches, ça ne lui faisait pas peur. Du moment qu'il avait décidé d'affronter le danger. Le plus dur, c'était le reste : tout ce qui rampait, sournois, le sommeil abruti, les poux de la tignasse et du pli des couilles – le désespoir. Depuis trente et un mois, il avait tout donné de sa vie à la guerre. Mieux qu'un entraînement permanent.
A. secoua le corps tétanisé de son compagnon qui s'ébroua.
« Que se passe-t-il ? Les Navarrais attaquent ? »
A. avait assuré son tour de garde, le dernier de la nuit, assisté de Jordi et Anselmo, ses deux meilleurs tireurs. Ils avaient ensemble grillé deux ou trois cigarettes roulées avec le peu de tabac qu'il leur restait et marché de long en large sans arrêt pour oublier leurs ampoules aux pieds et leurs doigts gourds. Pour surveiller aussi la petite route en contrebas du tertre où la quinzaine d'hommes demeurés sous les ordres de A. avaient trouvé refuge derrière un rideau de bouleaux.
Le jour était loin de se lever encore. De toute façon, avec le grésil qui ne s'était pas arrêté de la nuit, la visibilité aurait été limitée, peut-être même opaque jusqu'à la route distante d'à peine deux cents mètres. Ce qui avait attiré l'attention de A., sur le coup de cinq heures, c'était comme un vaste murmure sorti du néant, une vague de mugissements de plus en plus lourds, inquiétants, le halètement sauvage d'un immense troupeau prisonnier d'une nature hostile, un univers en délabrement.
A. décida d'envoyer Jordi en reconnaissance. D'où venait ce vacarme ? Il fallait en avoir le cœur net. Pourtant, à cet instant, c'était plutôt son estomac creux qui préoccupait le commissaire délégué à la 5e batterie de DCA, groupe 2. Depuis plusieurs jours, on avait commencé à compter et réduire les rations alimentaires. Il n'y avait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Même la camionnette qui tirait le petit et obsolète canon anti-aérien de fabrication soviétique n'avait plus d'essence. Elle gisait à demi-renversée dans un fossé neigeux, sur le chemin de rocaille menant à la clairière où A. avait installé le campement.
La bâche grisâtre froissée par le froid abritait quatre ou cinq kilos de pommes de terre germées que les rats n'avaient pas dénichées. Malgré les risques, et notamment le signal que cela pouvait procurer aux troupes de choc ennemies progressant chaque heure avec leurs maudites bottes de sept lieues, A. alluma un brasero à partir du petit bois ramassé dans la clairière. Dans cette vallée montagneuse, c'était la seule chose que l'on pouvait se procurer en abondance.
La veille, Anselmo – un paysan du delta de l'Èbre qui n'avait de compte à rendre à personne et sans doute le plus débrouillard des hommes de A. – était, de son propre chef, parti en vadrouille. C'était l'expression utilisée pour se dédouaner auprès de son supérieur. A. l'avait engueulé. Mais Anselmo avait rapporté de son échappée quelques navets d'un champ voisin et un lapin chapardé dans un clapier d'une ferme située à plus d'un kilomètre. « Solidarité ouvrière ! » s'était-il sobrement exclamé en guise de justification. A. s'était contenté d'acquiescer en maugréant lui aussi quelque formule magique issue du vocabulaire révolutionnaire. Ils avaient tous faim.

Livre 4/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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02 septembre 2010

Le Délégué – Didier Desbrugères

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et  Gaïa

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Quatrième de couverture :
Dans une vaste République jamais nommée, un homme s'apprête à prendre ses fonctions de Délégué. Un voyage en train de dix jours, en troisième classe, doit l'emmener jusqu'au bout de la steppe, au bourg de Lurna. Alors le Délégué Josef Strauber pourra servir dignement l'Administration, remplir la mission qu'on lui a confiée et jouir des avantages de son rang.
Mais le cours des choses ne s'accordera pas à ses aspirations profondes. Lurna, village autrefois brûlé, lui réserve un non-accueil. Josef S. est un homme seul. Porté à la réflexion, la lecture et la contemplation, il n'est pas effrayé par la rudesse de la vie qui l'attend ou la compagnie fruste d'une gouvernante flanquée de son petit garçon. Lorsque surgit le doute, ou que pointe la résignation, quelle flamme vacillera la première ? Celle de sa droiture ou celle de sa raison ?

Auteur : Didier Desbrugères est né en 1960 et vit en Bretagne. Esprit éclectique, il s’est essayé à la peinture et à la sculpture sans jamais rompre ni avec la lecture ni avec l’écriture, pôles magné­tiques de son existence. Il a tenu une galerie d’art tout en menant une carrière professionnelle dans l’aéronautique et en poursuivant son apprentissage de l’écriture. Le Délégué est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2010)
J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre. Cette lecture a été laborieuse en partie du fait que l'écriture du livre est très dense, le premier chapitre s'achève à la page 124, le second chapitre à la page 240... L'écriture est très littéraire, il y a beaucoup de détails et de descriptions.

Cela commence par un très long voyage en train. Josef Strauber (ou S.) doit aller prendre ses nouvelles fonctions de Délégué dans la ville lointaine de Lurna. Il voyage en troisième classe, c'est bruyant et plein d'odeurs et ils rencontre de nombreux personnages. Lors d'un arrêt pour se ravitailler dans une toute petite gare Yépan qui n'est même pas mentionnée sur sa carte, S. va rencontrer Britov qui va lui faire comprendre que son futur rôle ne sera pas aussi facile qu'il l'imagine.

La deuxième partie se passe à Luna, S. découvre qu'il n'est pas vraiment attendu car cela fait plus d'une génération qu'il n'y a plus de Délégué dans cette région éloignée. On lui donne la maison de l'ancien Délégué qui se trouve être en mauvais état et à l'écart du village actuel. Mona et son fils André âgé de sept ans, sont là pour tenir la maison. S. se retrouve donc isolé, cherchant à définir son rôle de Délégué. Il semble subir sa vie.

J'ai du mal à définir ce livre, est-ce un conte ? Une fable ? Ce voyage représente-t-il notre chemin de la vie avec ses rêves, ses désirs, ses joies mais aussi la réalité, les renoncements et les malheurs.

J'avoue ne pas avoir aimé ce livre, j'ai été vraiment hermétique à ce premier roman. J'ai pas su comprendre qu'elles étaient les intentions de l'auteur. Dommage.

Merci cependant à Blog-O-Book et aux Éditions Gaïa pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
La lumière tombe des fenêtres à meneaux. Rongée par l'humidité comme une fresque d'église, l'immense carte de la République habille les quatre murs de la salle des Délégués, enjambe portes et fenêtres, et empiète par endroits sur les corniches du plafond. Elle date. Sans doute la doit-on à un artiste de second ordre. Elle est peinte à la détrempe. Des vignettes aux couleurs crayeuses, aux prétentions réalistes, distribuent villes, fleuves, montagnes et plaines. L'étendue du territoire étourdit et sa diversité étonne. Édifices coiffés de coupoles ou de bulbes, flèches gothiques, portes monumentales parées de bas-reliefs de céramique, figures monolithiques arrachées à la roche. Tous les mythes, toutes les croyances cohabitent. La République expose sa domination universelle.
Lettre de nomination en main, Josef Strauber parcourt des yeux l'interminable itinéraire pour rejoindre son poste ; encore la Providence l'a-t-elle favorisé, car le bourg de Lurna n'est pas le plus éloigné de la capitale. Loin s'en faut. Néanmoins, selon son estimation, plusieurs semaines de voyage l'attendent. De fait, l'étendue de la République est telle qu'il est inconcevable de penser réunir, ne serait-ce qu'une fois par décennie, l'ensemble des Délégués. Pas même par zone, ni par région. Si bien que la salle vaste et dénudée ne sert jamais. C'est pour cette même raison que les autorités gouvernementales ont inlassablement favorisé l'amélioration des moyens de communication. Le service des agents de liaison, assimilé à un corps militaire, appartient à l'élite de la République. Il est envié des nations voisines. L'esprit d'innovation technique l'anime. Grâce à lui, les Délégués sont reliés aux organes centraux.

Livre 3/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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27 août 2010

Le chien jaune – Georges Simenon

Lu dans le cadre du Challenge Maigret organisé par Ferocias

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Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

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Livre de Poche - Janvier 2003 - 190 pages
Pocket – janvier 2000 – 183 pages
Pocket – septembre 1989 – 183 pages
Presse Pocket – septembre 1980 – 183 pages
Edito-Service S.A. - 1974 – 136 pages
LGF – 1970 – 189 pages
LGF – janvier 1963 – 189 pages
Fayard – 1961 -

Quatrième de couverture :
Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules les trois fenêtres de l'Amiral, à l'angle de la place et du quai, sont encore éclairées...

Auteur : Né à Liège le 13 février 1903, après des études chez les jésuites, et amené de bonne heure à gagner sa vie, Georges Simenon est contraint d'exercer divers métiers. Un temps reporter à La Gazette de Liège, il circule volontiers de par le monde, séjournant notamment à Paris. 'Le Roman d'une dactylo', publié sous un pseudonyme en 1924, est un véritable succès populaire. Dès lors, cet auteur prolifique rédige roman sur roman, à un rythme impressionnant, et donne naissance au fameux commissaire Maigret. L'univers de Simenon est marqué par un réalisme cru - ses personnages sont des êtres veules et médiocres - auquel se mêle toutefois une poésie particulière, liée à la restitution de l'atmosphère des lieux, ou à l'angoissante solitude qui enserre les hommes. En vertu de leurs qualités dramatiques intrinsèques, nombre de ses œuvres ont été adaptées au petit et au grand écran. Simenon gravit les marches de l'Académie royale de Belgique en 1952, rendant au genre policier toutes ses lettres de noblesse. Décédé à Lausanne le 04 septembre 1989.

Mon avis : (lu en août 2010)
J'ai choisi un peu au hasard cette aventure de Maigret qui a été écrite en 1931.
Maigret mène l'enquête à Concarneau.. Un notable de la ville, Mostaguen, principal négociant en vin du pays a été grièvement blessé d'un coup de revolver. Puis une série de tentative de meurtres est perpétrée : empoisonnements, disparition... Et avec tout cela un mystérieux chien jaune erre dans les rues de la ville. Tout se passe autour de l’Hôtel de l’Amiral et de notables de la ville habitués de l'hôtel. Je ne peux pas dire avoir été passionné par cette enquête que j'ai trouvé lente et longue. Malgré tout, l'enquête est bien contruite et la conclusion inattendue.

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Film : Le Chien jaune a été adapté au cinéma par Jean Tarride en 1932 avec Abel Tarride dans le rôle Commissaire Maigret.
Il existe également deux épisodes « Le Chien jaune » à la télévision, celui réalisé par Claude Barma en 1968 (noir et blanc) avec Jean Richard dans le rôle du Commissaire Maigret et celui réalisé par Pierre Bureau en 1988 (couleur) avec Jean Richard dans le rôle du Commissaire Maigret et Annick Tanguy dans le rôle de Madame Maigret.

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J'ai pu emprunter à la Bibliothèque le DVD de l'épisode réalisé par Claude Barma en 1968 (noir et blanc).
Ce téléfilm est une adaptation très fidèle du roman de Simenon. On retrouve les dialogues mots pour mots. Seules entorses au livre, le film situe l'histoire à Boulogne-sur-Mer dans les années 50 ou 60 plutôt qu'à Concarneau dans les années 30. L'impression de longueur et de lenteur de l'histoire est décuplée dans le film. Le côté noir et blanc donne également au film un côté vieillot.

Extrait : (début du livre)
Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville, qu’on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq.
C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues, où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol.
Quai de l’Aiguillon, il n’y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules, les trois fenêtres de l’Hôtel de l’Amiral, à l’angle de la place et du quai, sont encore éclairées.
Elles n’ont pas de volets mais, à travers les vitraux verdâtres, c’est à peine si on devine des silhouettes. Et ces gens attardés au café, le douanier de garde les envie, blotti dans sa guérite, à moins de cent mètres.
En face de lui, dans le bassin, un caboteur qui, l’après-midi, est venu se mettre à l’abri. Personne sur le pont. Les poulies grincent et un foc mal cargué claque au vent. Puis il y a le vacarme continu du ressac, un déclic à l’horloge, qui va sonner onze heures.
La porte de l’Hôtel de l’Amiral s’ouvre. Un homme paraît, qui continue à parler un instant par l’entrebâillement à des gens restés à l’intérieur. La tempête le happe, agite les pans de son manteau, soulève son chapeau melon qu’il rattrape à temps et qu’il maintient sur sa tête tout en marchant.
Même de loin, on sent qu’il est tout guilleret, mal assuré sur ses jambes et qu’il fredonne. Le douanier le suit des yeux, sourit quand l’homme se met en tête d’allumer un cigare. Car c’est une lutte comique qui commence entre l’ivrogne, son manteau que le vent veut lui arracher et son chapeau qui fuit le long du trottoir. Dix allumettes s’éteignent.
Et l’homme au chapeau melon avise un seuil de deux marches, s’y abrite, se penche. Une lueur tremble, très brève. Le fumeur vacille, se raccroche au bouton de la
porte. Est-ce que le douanier n’a pas perçu un bruit étranger à la tempête ? Il n’en est pas sûr. Il rit d’abord en voyant le noctambule perdre l’équilibre, faire plusieurs pas en arrière, tellement penché que la pose en est incroyable.
Il s’étale sur le sol, au bord du trottoir, la tête dans la boue du ruisseau. Le douanier se frappe les mains sur les flancs pour les réchauffer, observe avec humeur le foc dont les claquements l’irritent.
Une minute, deux minutes passent. Nouveau coup d'œil à l’ivrogne, qui n’a pas bougé. Par
contre, un chien, venu on ne sait d’où, est là, qui le renifle.
« C’est seulement à ce moment que j’ai eu la sensation qu’il s’était passé quelque chose ! » dira le douanier, au cours de l’enquête.

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26 août 2010

Une affaire conjugale – Éliette Abécassis

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« Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec le site Chroniquesdelarentreelitteraire.com
et dans le cadre de l’organisation du Grand Prix Littéraire du Web Cultura. »

une_affaire_conjugale Albin Michel – août 20110 – 336 pages

Présentation de l'éditeur :
Entre Agathe, parolière de chansons, et Jérôme, dirigeant d'une start-up, c'était le grand amour. Huit ans de mariage et deux jumeaux plus tard, tout a changé : elle écrit de moins en moins, happée par l'éducation des enfants ; il s'absente de plus en plus et la délaisse pour ses maîtresses. Bafouée, rabaissée, Agathe s'interroge : aura-t-elle le courage de demander le divorce ? Commence alors un chassé-croisé entre les époux qui se déchirent jusque devant les enfants, déterminés l'un et l'autre à en obtenir la garde, et, accessoirement, à triompher de l'autre. Agathe aura-t-elle gain de cause ? Pourra-t-elle surmonter la dévastation de son monde et de ses idéaux ? Aura-t-elle droit à une deuxième chance ?
Juste, drôle, émouvant et cinglant, ce roman délibérément ancré dans le monde contemporain, dévoile les dessous du divorce.

Auteur : Normalienne, agrégée de philo, Eliette Abécassis alterne textes intimistes (Mon père, Un heureux événement), thrillers (la trilogie de Qumran), sagas (Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore par ailleurs régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et travaille pour le cinéma (Kadosh, bientôt Un heureux événement).

Mon avis : (lu en août 2010)
En quatrième de couverture, la phrase qui résume le livre "Pour bien faire les choses, il faudrait commencer par divorcer. Et se marier ensuite".
C’est une histoire de couple assez courante de nos jours. Après huit ans de mariage et la naissance de jumeaux, Agathe découvre que son mari Jérôme ne l’aime plus. Elle commence par le surveiller en fouillant son portable, son ordinateur, ses mails. Convaincue qu’il la trompe, une seule solution : le divorce.
Agathe résume ainsi : « Telle était l’histoire. Si je devais en faire un pitch, je dirais ceci : j’ai rencontré un homme. Je suis tombée amoureuse de lui, nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants. Aujourd’hui, cet homme est devenu mon pire ennemi. »
Nous suivons donc pas à pas le processus du divorce entre ce couple de quarantenaires, c’est un vrai parcours du combattant. On découvre alors le vrai visage de son conjoint, les masques tombent et il faut désormais lutter pour se protéger.
Il y a l’annonce aux enfants, Sacha et Max ont six ans et ils ne comprennent bien ce qui arrive, ils se croient coupables. «J'aurais préféré ne pas savoir. Maintenant je sais. Et la tristesse est dans mon cœur. Et je ne pourrai plus jamais l'enlever de mon cœur.»
Il faut réunir des témoignages auprès des proches, des amis, des connaissances.
Il faut continuer à vivre dans le même appartement tout en faisant la guerre. « La tension était à son comble. Je sortais tous les matins pour accompagner les enfants à l'école avec ma valise. La nuit, je me couchais avec mon ordinateur, mon téléphone, mon agenda, tous les documents nécessaires pour le divorce, ceux que je lui avais pris et les miens, qu'il n'avait pas pu me prendre. Je dormais en chien de fusil, au beau milieu de mes affaires. »
Et la préparation du dossier qui est longue et coûteuse… « L’équipe du divorce était maintenant au complet. J’étais devenue à moi seule une PME qui employait une dizaine de personnes : un avocat, un notaire, un avoué, un expert-comptable, un détective, un coach de divorce et une psychiatre, sans compter les assistants et les secrétaires. J’avais vidé mon compte en banque, mais j’avais quand même fini par réunir toutes les pièces nécessaires à mon dossier. »

Avec ironie, sans aucune concession et avec férocité, Eliette Abécassis décortique et analyse les sentiments et les trahisons des deux protagonistes.
Le livre se lit facilement, j’ai suivi cette prise d’armes entre Agathe et Jérôme avec à la fois sourire, compassion et parfois colère. Il y a un même un certain suspens quand à la conclusion de l’histoire.
Un petit bémol sur le personnage de Jérôme qui est souvent décrit comme « un vrai salaud ».

Extrait : (début du livre)
Il n'y a pas de vol entre époux.
La serrure toute simple, ancienne, ne devait pas poser de problème. Elle avait été lubrifiée, sans doute pour pouvoir être fermée à clef facilement. Avec un rayon de roue, pris sur un vieux vélo, je fis rebondir le crochet, en appliquant une pression régulière sur les goupilles. Je me concentrais sur le geste et non sur l'ouverture. Mes mains étaient correctement positionnées : certaines articulations immobiles, d'autres en mouvement. Pendant que le majeur et l'annulaire fournissaient un point d'appui, l'index manipulait le rayon. Il fallait visualiser la serrure pour en venir à bout. À force de tâtonnements, je commençais à m'en faire une image précise. Je remarquai qu'une seule goupille bloquait l'ouverture des deux plaques. Grâce au crochet, je forçai sur la serrure en poussant sur la plaque du bas.
Tout en maintenant la pression, je consultai ma montre : il ne devait pas revenir avant deux heures. Même s'il ne m'avait jamais fait la surprise de rentrer plus tôt, je redoutais une arrivée intempestive. Les oreilles dressées comme un chien pour entendre la porte d'entrée s'ouvrir, j'étais prête à bondir à la minute même où il surgirait. La serrure semblait de plus en plus réceptive. Je la sentis prête, cette fois, à céder. Je tentais de rester calme. Encore un tout petit effort. Enfin, j'entendis le déclic. La porte s'ouvrit.

Le bureau était dans un désordre indescriptible. Il y régnait une odeur de cendre froide, d’alcool, de haschisch, et un air de fin du monde. Un bric-à-brac encombrait la pièce : ordinateurs de plusieurs générations, scanner, imprimante, chaussettes, caleçons, livres, photos, séries de câbles et de fils, vieux emballages. Partout, des cadavres de bouteilles de bière, des mégots de cigarettes. Je consultai à nouveau ma montre : dix minutes avaient passé. Avec mon Iphone, je pris une photographie de l’ensemble de la pièce, puis d’une série de détails. J’avais préparé un sac en plastique pour collecter les pièces à conviction. A l’aide d’une spatule, j’y fis tomber les miettes de haschisch qui parsemaient son bureau. Puis je m’installai sur son siège, devant l’ordinateur. L’écran affichait la page d’accueil de son profil sur Facebook. Je me mis au travail. Tandis que je cliquais sur la fenêtre des messages reçus, je branchai un disque dur externe pour faire une copie de ses fichiers. L’ordinateur indiqua que l’opération prendrait une heure quarante-sept minutes. Je sentis mes pupilles se dilater et de nouveau la sueur sur mes paumes : j’avais à peine le temps. Je me hâtai. J’ouvris ses tiroirs les uns après les autres, photographiai les papiers administratifs, les relevés bancaires, les feuilles de salaire et les factures. Puis je revins devant l’écran de l’ordinateur pour consulter ses messages.
C’est à cet instant, je crois, que ma vie bascula.

Livre 2/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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Desert Pearl Hotel - Pierre Emmanuel Scherrer

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et dans le cadre de l’organisation du Grand Prix Littéraire du Web Cultura. »

desert_pearl_hotel La Table Ronde – août 2010 – 246 pages

Présentation de l'éditeur :
Pour Pandora Petersen, il n’y aura pas de Noël en famille. Doris, sa mère, vient d’être enterrée. Ellroy, son père et Tom, son frère, ont regagné l’Idaho. Dans son appartement de Los Angeles, transformé en camp retranché, la jeune femme rumine son chagrin jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de condoléances glissée dans une gerbe de lys — les fleurs préférées de Doris. Son auteur, un certain Gil Sanders, conseille à Pandora de prendre contact avec Rebecca, une amie de sa mère, qui aurait, laisse-t-il entendre, des révélations à lui faire.
Pandora ne supporte pas de se voir dicter sa conduite. Mais elle ne comprend pas non plus pourquoi cette intime de Doris n’est pas venue à l’enterrement, ne s’est même pas manifestée. Elle finit donc par appeler Rebecca Hamilton, qui l’invite à passer quelques jours chez elle, à Santa Fe.
Au volant de sa Honda délabrée, la jeune femme entame un étrange voyage en forme de jeu de piste. Elle progresse entre grands espaces et sentiment de perte, chaos urbain et souvenirs d’enfance. Messages sybillins, rencontres tour à tour inquiétantes et cocasses ponctuent sa route. De motels miteux en snacks déserts, de serveurs taciturnes en pompistes tatoués, d’embouteillages urbains en tempêtes de neige, elle se rapproche, sans le savoir, d’un secret bien gardé.

Auteur : Pierre-Emmanuel Scherrer est né en 1976. Il vit à Toulouse, où il exerce la profession d'avocat. Co-fondateur en 2003 d’Anabase, il part aux États-Unis en 2007 avec son groupe de musique pop pour une traversée d’est en ouest, de New-York à San Francisco. Des chansons naissent de ce voyage, puis Desert Pearl Hotel, son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Pandora vivait seule avec sa mère Doris Petersen à Los Angeles. « Une fois par an, on partait avec la Dodge pour retrouver Ellroy. Ellroy, c'est mon père. Il habite dans l'Idaho. On passait Noël en famille. »

Fin décembre 2008, Pandora Petersen vient de perdre sa mère Doris. Elle est déboussolée par ce deuil, elle commence par rester plusieurs semaines cloîtrée dans son appartement à noyer son chagrin dans du Whiskey Irlandais en évoquant les souvenirs du passé avec Doris.

Un jour, Pandora reçoit un bouquet de lys qui sont les fleurs préférées de Doris avec une lettre de condoléances signé d'un inconnu, Gil Sanders. Celui lui suggère de rencontrer Rebecca Hamilton, une amie de sa mère. Pandora se demande pourquoi cette amie n'est même pas venue à l'enterrement et elle décide de lui téléphoner. Celle-ci l'invite à venir passer quelques jours chez elle. Pandora décide donc de partir vers le Nouveau-Mexique dans sa vieille voiture. Elle ressent que ce voyage seule va l'aider à s'apaiser. « Face aux quatre voies de l'interstate, face au ciel qui s'étale comme un écran vide, il n'y a qu'à lire pour comprendre ce qui déconne dans votre vie. Sentir les heures s'empiler dans sa chair, les lombaires, les tendons du pied sur l'accélérateur, tout ça libère des idées. Il n'y a qu'à lâcher les chiens de la pensée. Fatalement ça vous fait revisiter le passé, et vous vous mettez à imaginer l'avenir avec simplicité. Avaler des miles rend libre. »

Elle commence un long voyage sur les routes américaines de Los Angeles à Santa Fe en passant par l'État de l'Idaho. Comme dans un voyage initiatique, aux gré des rencontres et de ses souvenirs, Pandora va au devant d'un secret que sa mère lui a toujours caché.

Un roman qui se lit facilement, l'auteur utilise des phrases courtes et simples qui décrivent de façon précise les actions et le ressenti de Pandora tout au long de ce voyage qui nous fait traverser les États-Unis. Pandora est un personnage touchant et Pierre-Emmanuel Scherrer sait parfaitement faire monter le suspense jusqu'à la conclusion du livre. Une très belle découverte.

La bande originale du roman est disponible sur : www.desertpearlhotel.com

Livre 1/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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25 août 2010

Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (23/26)

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Seuil – avril 1983 – 376 pages

Points - mai 1984 – 376 pages

Points – juin 2001 – 409 pages

Quatrième de couverture
Là-haut, tout au bout de la France, c'est la Hague, terre de granits et de landes fauves, qui poignarde l'une des mers les plus dangereuses du monde.
Babe Ozouf, Catherine et Carole sont filles de la Hague. Leur saga - qui s'étend sur trois générations - est scandée par un même geste, un acte que l'amour inspire: faire naître la lumière et le feu dans la nuit. Par trois fois, ce geste simple et fatal provoquera un naufrage: naufrage de navires et naufrage de trois destins.
Emmenée par deux gendarmes, Babe Ozouf va vivre une mise à l'épreuve qui sera aussi une délivrance. Sa fille Caherine, mariée à quinze ans, connaîtra l'exil, de l'autre côté de l'océan. Et Carole, la fille de Catherine, sera irrésistiblement rappelée vers cette falaise, lieu de rencontre avec la nuit et le brouillard.
Trois hommes traverseront la vie de ces jeunes femmes: Michael Bernstein, le pianiste; le peintre Louis Asfrid et le mystérieux Recruteur qui hante les quais de Liverpool. Ils apprendront que l'amour est aussi ce calme effrayant qui précède et annonce les tempêtes.
« La Hague, dit l'auteur, ne m'a pas inspiré ce roman : elle me l'a imposé. Je l'ai écrit dans la solitude, le tulmute et la passion, à l'image du pays étrange qui l'a fait surgir. »

Auteur : Né le 13 mars 194, fils du cinéaste Henry Decoin, Didier Decoin commence sa carrière comme journaliste. Il passe par des quotidiens comme Le Figaro et France-Soir. Il participe aussi à la création du magazine VSD. Il touche aussi à la radio en intervenant sur Europe 1. Mais le journaliste est passionné d'écriture et entame une carrière de romancier. A tout juste 20 ans, il publie son premier livre intitulé 'Le Procès à l'amour'. Ecrivant plus d'un vingtaine d'ouvrages, il est récompensé en remportant le Prix Goncourt pour 'John l'enfer' en 1977. Membre fondateur de la Société civile des auteurs multimédia – SCAM – il assure aussi la présidence de la Société des gens de lettres de France. En 1995, il devient le Secrétaire général de l'Académie Goncourt. Attiré par le cinéma et la télévision, il devient scénariste pour la fiction de France 2. On lui doit des séries comme 'Les Misérables', 'Le Comte de Monte-Cristo', 'Balzac' et 'Napoléon'. Fort d'un parcours hors du commun, Didier Decoin est aujourd'hui considéré comme un membre précieux de la culture française.

Mon avis : (lu en août 2010)
Voici l'histoire de trois femmes de la Hague, qui s'étend sur trois générations : il y a Babe Ozouf, Catherine et Carole. Chacune d'elles par amour fera naître un feu dans la nuit, un feu qui aura des conséquences malheureuses. Babe, par amour pour le pianiste Michael Berstein, allumera un grand feu qui causera le naufrage d'un navire. Catherine va illuminer sa maison et son jardin de toutes les bougies et lanternes pour se rassurer en l'absence de son mari le peintre Louis Asfrid. Elle sera alors obligée de fuir. Enfin, Carole qui allumera un grand feu pour couler le croiseur lourd Admiral von Severloh.
Toute la magie du récit vient du lieu où se déroule ce roman, la Hague avec ses landes de bruyères sauvages, ses rochers de granit, sa mer froide, ses embruns salés, son brouillard. Les descriptions sont superbes et le lecteur est envoûté autant par ce lieu que par ces trois histoires liées.

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Extrait : (début du livre)
Barbe Ouzouf aimait trop la beauté pour supporter longtemps le prénom qu’on lui avait infligé : à huit ans, elle en fit sauter le r et on la connut désormais sous le nom de Babe. Habitant une région proche des îles anglo-normandes, la Hague, certains prononçaient Babe à l’anglaise, comme un diminutif de baby. Cela lui alla plutôt bien jusqu’à la puberté, ensuite elle prit de la poitrine, des hanches, ses cheveux roux se mirent à pousser au point de lui battre les fesses, elle devint femme, et les gens cessèrent de dire Babe à l’anglaise pour, au contraire, insister sur le a, et même le multiplier comme si Babe s’écrivait Baaabe.
A six heures tous les soirs, elle se baignait sur la grève d’Ecalgrain. En 1893, il n’existait aucun aménagement, juste un sentier pour descendre de la falaise jusqu’au premier lit de galets. En avril, les ajoncs étiraient leurs pousses en travers du passage, et plus d’une fois Babe déchira sa robe à leurs épines, et souvent son jupon, ses cuisses à travers l’étoffe noire.

Elle agit aujourd’hui comme d’habitude, malgré les deux gendarmes à cheval qui l’attendent, qui la surveillent depuis la route de la falaise. L’un d’eux, Jean Le Nackeis, a déjà déroulé la corde rugueuse qui servira tout à l’heure à lier ensemble les poignets de Babe.

Elle n’a jeté qu’un coup d’œil distrait sur cette entrave.
Sur une roche elle pose sa coiffe, sa longue écharpe et ses souliers, en recommandant aux gendarmes de bien veiller à ce que le vent ne les enlève pas ; peu lui importe de retrouver ou non ses affaires quand elle remontera de la grève, parce qu’alors tout lui sera indifférent, mais dans le souci qu’elle manifeste de ne pas abandonner ces quelques accessoires au vent il y a une façon de promesse : « Je reviendrai me livrer, vous avez eu raison de me faire confiance. »

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23 août 2010

Un palais dans les dunes – Annie Degroote

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Presses de la Cité – septembre 2008 – 363 pages

Pocket – mars 2010 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Sur la Côte d'Opale, durant les Années folles, une modeste fille de pêcheurs est prête à tout pour changer de condition. C'est au Royal Picardy, considéré comme le plus bel hôtel du monde, au Touquet-Paris-Plage, que son destin va basculer... La jeune Laurette vit au port d'Etaples, où ses parents sont simples pêcheurs. A quinze ans, affublée d'un physique ingrat, elle est bien décidée à changer le cours de son existence et à côtoyer le beau monde. Non loin, la superbe station du Touquet, en pleine extension, attire le gotha mondial : souverains britanniques, maharajas et vedettes de l'époque. Grâce à une rencontre providentielle, Laurette entre comme femme de chambre au prestigieux Royal Picardy... Son rêve impossible est-il enfin à portée de main ?
Deux Nord s'entrecroisent ici : l'un, tranquille et travailleur, au cœur d'un port de pêche ; l'autre, théâtre splendide des plaisirs futiles. A chaque page de ce superbe roman vibre l'attachement profond d'Annie Degroote pour cette terre de caractère.

Auteur : Originaire des Flandres, Annie Degroote est devenue un auteur et une personnalité du Nord de premier plan. Elle a publié de nombreux romans aux Presses de la Cité: La Kermesse du diable, Le Cœur en Flandre, L'Oubliée de Salperzvick, Les Filles du Houtland, Le Moulin de la Dérobade, Les Silences du maître drapier, La Splendeur des Vaneyck, Les Amants de la petite reine sont autant d'hommages à l'histoire et aux traditions des Flandres, et L'Etrangère de Saint-Pétersbourg, une évasion dans une autre terre du Nord.

 

Mon avis : (lu en août 2010)
Le Touquet, dans les années 1920, c’est le rendez-vous obligé de la haute société.
Laurette est fille de pêcheurs du village voisin d’Etaples, elle rêve de vivre un conte fée et de rencontrer son prince charmant. C’est l’écrivain anglais George Walter Aston qu’elle voit comme son prince charmant. Il va la sauver de la noyade, puis l’aider à trouver un emploi dans le nouvel hôtel le Royal Picardy « le plus bel hôtel du monde »…
Ce livre nous raconte l’histoire du Touquet Paris-Plage entre les deux guerres. C’est la confrontation entre deux mondes : celui des pêcheurs, travailleurs, simples et dignes et le monde fortuné des plaisirs futiles et de la démesure.
Un livre qui se lit facilement qui rend très bien l’ambiance du Touquet Paris-Plage dans ses années folles. J’ai passé un très bon moment en lisant les aventures de Laurette.

Extrait : (page 15)
Elle était décidée. La fille des voisins au regard sournois s’était moquée d’elle :
« Tu n’as qu’à essayer ! Tu verras bien ! »
Eh bien, oui, elle allait essayer.
Souvent, elle s’imaginait transformée par une bonne et belle fée, telle la marraine de Cendrillon ou celle de Peau d’Ane, du livre offert par sa propre marraine qui, elle, n’avait rien d’une fée.
Elle était à présent bien installée, coincée contre l’épave ancrée dans le sable. Avec la marée montante, soit elle serait vite engloutie et on ne l’appellerait plus « Laurette la laideronnette », soit, comme dans les contes, un prince charmant surgirait, par miracle, et la sauverait. Et la voisine en serait verte de rage.
De nombreux badauds se risquaient jusqu’ici en promenade, pour contempler ce qu’il restait du vapeur, échoué depuis dix ans, en 1915, au retour de Sydney.
Allait-on la sauver ? Elle attendit.
Des nuages s’amoncelaient. Le ciel s’assombrit. Le temps tournait à l’orage. Elle n’avait pas prévu cela. L’eau devint menaçante, la panique s’empara d’elle. Que faisait-elle ici ? Sa mère lui avait bien interdit… Des promeneurs, il en passait, oui, mais à basse mer. Pas à la marée montante, et encore moins par ce temps. Et si certains flânaient dans les parages, ils n’allaient pas s’éterniser et devaient, en cet instant précis, faire demi-tour…

Non, elle ne voulait pas mourir. Mais l’eau froide avait serré la corde et plus elle essayait de la relâcher, moins elle y arrivait. Elle grelotta. Personne à l’horizon. D’ailleurs, on ne voyait plus l’horizon, avec la tempête qui s’annonçait. Personne ne se hasarderait par un temps pareil. Idiote ! Elle n’était qu’une pauvre idiote de quinze ans. Elle allait se noyer. Bêtement, sans l’avoir vraiment voulu. Elle, l’insatiable Laurette, qui avait de trop grands désirs pour sa condition, une soif de vivre comme ces riches. Laurette, la fille de pêcheurs, le vilain petit canard. Elle devait étouffer son orgueil, rabaisser ses prétentions, c’est ce que lui disait sa mère. Qui lui reprochait d’avoir aussi la tête dans les nuages. Dans les rêves. Comment peut-on aspirer à un destin quand on a ce physique ? Petite, fluette, le visage enlaidi par une dentition affreuse et proéminente, un nez busqué et long comme le pauvre Pinocchio. Et elle venait de désobéir, elle aussi.

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