22 janvier 2011

D'où je suis, je vois la lune - Maud Lethielleux

d_ou_je_suis_je_vois_la_lune Stock - mars 2010 - 304 pages

Quatrième de couverture :
Moon a choisi la rue parce qu’elle a décidé d’être « elle-même dans ce monde où les gens sont devenus des autres ». Elle ne fait pas la manche, elle vend des sourires, et observe avec malice le manège des gens pressés.
« Je dis : Avec cinquante centimes d'euros, qu'est-ce qu'on achète à notre époque ? J'insiste, il accélère, petite pirouette : Non sans déc’, à ce prix, franchement, tu trouves des trucs intéressants à acheter ? Le type finit par s'arrêter, il se demande où je veux en venir, et c'est là que je sors le grand jeu, tutti et compagnie, je dis : Un sourire à ce prix-là, c’est pas cher payé ! Et j'attends pas qu'il accepte, je lui refourgue un petit sourire façon majorette à dentelles, épaules en arrière et tête haute. Le type soupire, il pense qu'il se fait avoir. Il n'a que dix centimes mais je lui fais quand même le sourire en entier. Je suis pas une radine. »
Autour d’elle, il y a Michou et Suzie avec leur Caddie, Boule, son crâne rasé et sa boule de billard à dégainer en cas de baston, les kepons migrateurs avec leurs crêtes de toutes les couleurs, et surtout, il y a Fidji et ses projets sur Paname. Pour lui, elle a décidé d’écrire un roman, un vrai.
Et il y a Slam qui sort de prison, Slam qui aime les mots de Moon et a une certitude : un jour, elle décrochera la lune…

Auteur : Maud Lethielleux est musicienne et metteur en scène. Elle a parcouru le monde, de l’Asie à la Nouvelle-Zélande. Elle a publié Dis oui Ninon en 2009. D’où je suis, je vois la lune est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
J’avais beaucoup aimé Dis oui Ninon et je me réjouissais de découvrir le deuxième roman de Maud Lethielleux. C'est un roman plein de tendresse et d'émotions.
Moon est une SDF, elle vit dans la rue dans des cartons, à côté d’une fleuriste, dans une ville de province. Elle vend ses sourires aux passants contre quelques pièces. Elle n'est pas seule, elle a son chiot Comète, son ami Fidji, Slam qui sort de prison, Michou et Suzie avec leur caddie. Un jour, Moon a l'idée de faire un cadeau pour le Noël de Fidji : elle va lui écrire une histoire. Et elle commence à écrire cette histoire dans un carnet volé et avec un bic volé également. Mots après mots, des pensées, des histoires et peu à peu Moon remplit plusieurs carnets mais Fidji a des projets qui l'éloigne de Moon, alors celle-ci décide d'écrire pour de vrai... Pourtant l'idée d'un futur lui fait peur, elle pense aux désillusions qui l'attendent plutôt qu'à un meilleur avenir.
A travers ses sourires, Moon partage son quotidien avec nous, elle nous transmet une nouvelle vision de ce que peut être la Rue. « Les sourires, c’est de l’énergie renouvelable, si t’as pas de pensées ensoleillées, tu vis dans le noir ». En écrivant, elle oublie son quotidien et se met à rêver.
Mais son manque de confiance en elle la maintient enfermée dans la carapace qu'elle a construite autour d'elle pour survivre dans la rue. « La vraie vie n'est pas à la hauteur de mes mots. La vraie vie est emballée dans du papier cadeau, quand tu l'ouvres, tu trouves une boîte, c'est comme les poupées russes, chaque boîte en contient une plus petite, l'espoir diminue au fur et à mesure que tu les ouvres, mais tu continues d'espérer, tu revois tes projets et tes ambitions à la baisse, les boîtes continuent d'être vides. Tu passes ton temps à les ouvrir et à la fin la dernière est tellement minuscule que tu ne fais même pas l'effort de l'ouvrir, tes doigts gelés sont trop gros pour elle, et tu ne veux plus être déçue, tu préfères la laisser là pour quelqu'un d'autre, à moins qu'elle ne soit écrasée par un passant pressé. La vraie vie, c'est une petite boîte dont plus personne ne veut, que même si elle était pleine, elle ne serait rien aux yeux des autres. Parce que les autres sont bien trop occupés avec leurs propres boîtes, et parce que les petites choses n'intéressent personne. »
Il y a beaucoup d'humanité et de poésie dans les mots et les pensées de Moon, elle est vraiment attachante ! A découvrir sans hésiter !
J'ai dans ma PAL son troisième livre, « Tout près, le bout du monde » et je compte le lire sans trop tarder...

Extrait : (début du livre)
Ça y est, ça a commencé l’acharnement, c’est toujours début novembre, t’as trois types qui se ramènent avec leur discours à la con, et vas-y que je t’enlève des degrés au thermo. Ils ont toujours des prévisions catastrophe, ils sont là avec leur talkie-walkie et leur ciré fluo, penchés au-dessus de toi comme si t’étais un clébard blessé à la patte. C’est toujours pire que l’année dernière, c’est toujours pire que l’année dernière, c’est toujours plus tôt dans l’année, ils se lamentent en chuchotant entre eux, et moi franchement je me fends la poire parce que je sais bien que tous les ans c’est pareil, c’est pas pire, c’est pas mieux, c’est les aléas et y’a pas à en faire tout un plat.
Le gars appelle un pote solidaire pour qu’il vienne lui filer un coup de main, il dit : Elle veut pas bouger d’un pouce, ramène quelque chose à manger. Il se tourne vers moi et il rajoute à son talkie : Et une couv de survie ! Les deux autres solidaires s’éloignent, ils ont dû apercevoir Michou et Suzie avec leur Caddie. Le type s’accroupit, il parle en me regardant en coin avec un air de chien battu. C’est toujours comme ça, parce que t’es une nana, on croit qu’on va t’avoir par les sentiments. Son pote me ramène un gobelet plastique et une assiette toute prête, il répète le même discours mais avec les points d’interrogation en plus, il pose des questions où on ne peut pas répondre par oui ou par non, alors je dis rien, ça lui apprendra à essayer de me piéger sous prétexte que c’est début novembre. Je fais non pour la couvrante de morgue et je ramène la mienne en laine jusqu’au cou. Comète sort son museau, elle a senti la viande.
De l’autre côté de la place, les gyrophares et tous les bénévoles du Samu d’hiver se préparent. Si ça commence comme ça, on est mal barrés… Je prends quand même le gobelet histoire de me chauffer les mitaines, Comète commence à s’exciter sur l’odeur, elle remue du pif et ça me gonfle qu’elle se fasse avoir pour un bout de viande.
Avant de partir, le type demande : T’as des copains qui sont dans le besoin ? Et là, je me marre toute seule, parce que si y’a des mecs qu’ont l’air d’être dans le besoin, c’est plutôt eux avec leur tronche d’humanitaire qui revient bredouille.

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

Déjà lu du même auteur :
dis_oui_ninon_p Dis oui, Ninon – Maud Lethielleux

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18 janvier 2011

Villa des hommes - Denis Guedj

Lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Points

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Robert Laffont - Août 2007 – 206 pages

Points – octobre 2010 – 312 pages

Quatrième de couverture :
En 1917, Hans Singer, vieux mathématicien de renom, entre à l'hôpital psychiatrique. Il partage sa cellule avec Matthias Dutour, un jeune soldat français, conducteur de locomotive et anarchiste convaincu. Tout les oppose, pourtant ils échangent sur leurs vies, Leurs secrets, leurs folies. Jour après jour, Les deux désespérés tissent Les Liens d'une improbable et indéfectible amitié.

Auteur : Né à Sétif, Denis Guedj (1940-2010), mathématicien, professeur d'histoire des sciences et du cinéma à l'université Paris-VIII, Denis Guedj est également l'auteur de plusieurs essais (La Révolution des savants, L'Empire des nombres, Le Mètre du monde) et romans Le Théorème du perroquet, Les Cheveux de Bérénice, La Méridienne, Zéro...) traduits dans de nombreuses langues.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Denis Guedj est un auteur que j'aime beaucoup et lorsque Livraddict a proposé ce partenariat, j'ai vraiment impatiente de découvrir ce livre et je n'ai pas été déçue !
« La chambre 14 de la Villa des hommes était occupée par deux revenants. L'un revenu de l'au-delà des nombres, y avait tracé son chemin, l'autre, revenu de l'au-delà des ombres, s'y était égaré. », voilà une phrase du livre qui résume bien cette belle histoire.
1917, ils sont deux, très différents, ensemble, ils sont les occupants de la chambre 14, au premier étage de la Villa des hommes de l'hôpital psychiatrique de Luftstadt.
Herr Singer est âgé de soixante-douze ans, c'est un vieux mathématicien de renom allemand, il est à l'hôpital pour son neuvième séjour depuis 1884.
Matthias est un soldat français de trente-trois ans, suite à son séjour sur le Front, il souffre du « syndrome du vent de l'obus ». Dans le civil, il était conducteur de locomotive.
Les journées à l'hôpital sont toutes les mêmes. Ils ont chacun leurs petites habitudes : Matthias commence toujours la journée par une douche quotidienne au aurore.
Herr Singer fume des cigares et suce des berlingots, il écrit chaque jour dans un carnet rouge.
Les premiers jours de cohabitation se passent, en silence, à s'observer, puis ils vont peu à peu se mettre à échanger en français.
Ensemble, ils discutent de leurs vies respectives. Herr Singer parle des mathématiques, en particulier sur l'infini, son sujet de prédilection. Matthias raconte les chemins de fer, la guerre sur le Front... Et peu à peu ces discussions décousues, baroques, parfois sans queue ni tête deviennent des moments de réflexions autour de leurs vies.
En évoquant à voix haute, pour l'autre, les pensées qui leur traversent la tête, en se posant mutuellement des questions, ils abordent des sujets qu'ils ne connaissaient pas avant leur rencontre.

J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ses deux hommes dont la rencontre était vraiment improbable, ils sont vraiment touchants et peu à peu à travers leurs échanges le lecteur découvre leur passé.
Un grand MERCI à Livraddict et aux Éditions du Points pour m'avoir permis de lire ce très beau livre.

Extrait : (page 30)
– Bonjour, Herr Singer, comment allez-vous aujourd’hui ?
Ce matin-là, il faisait atrocement chaud. La pièce à moitié vide réverbérait l’écho de la voix du Directeur.
— Je vous présente M. Matthias Dutour, fit-il en s’avançant vers le lit de Singer et en désignant un homme planté sur le pas de la porte. C’est un soldat français. Il va passer quelque temps avec nous ici. Et, si vous le voulez bien, il partagera votre Caverne, comme vous avez l’habitude de la nommer. Vous êtes le seul parmi nos patients à manier la langue de Voltaire, proclama-t-il avec une affectation un peu ridicule. Ainsi, vous pourrez parler ensemble. C’est important.
Sur le seuil de la chambre, le soldat français n’avait pas bougé. Très grand, très maigre, des cheveux d’un blond incendiaire, drôlement attifé, il regardait fixement devant lui.
Kommen, kommen, monsieur Dutour ! l’encouragea le Directeur en unissant le geste à la parole.
L’homme avança de trois pas et s’immobilisa au milieu de la pièce.
Histoire de briser la glace entre les deux hommes, le Directeur bonimenta le nouveau venu.
— Vous auriez été russe, monsieur Dutour, je vous aurais placé dans cette chambre. Anglais ? Également. Italien ? Également. Herr Singer parle toutes ces langues ! Turc ? Ah, là, je ne sais. Vous parlez turc, Herr Singer ?
Herr Singer lui aurait bien répondu que si cela pouvait améliorer les conditions de vie à l’hôpital, il s’y mettrait, au turc. Cela n’aurait pas manqué de faire plaisir à feu son père. Mais il ne répondit rien. Il se contenta de se lever pour ouvrir la fenêtre. Un peu plus de chaleur pénétra dans la pièce. Il la referma. Le Directeur continua de soliloquer.
Remarquant quelques papiers sur la table de Herr Singer, il l’interrogea.
— Avez-vous recommencé à travailler ?... Un peu ? Et à lire ?... Un peu ? Herr Singer est un grand mathématicien, l’un de nos meilleurs, expliqua-t-il à Matthias avant d’ajouter : Monsieur Dutour, vous informerez vous-même Herr Singer, si vous le désirez, bien sûr, de ce que vous faisiez en France, dans le civil.

Déjà lu du même auteur :
guedj_le_theoreme_ Le Théorème du Perroquet les_cheveux_de_b_r_nice Les Cheveux de Bérénice
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La Méridienne

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15 janvier 2011

Chute de vélo – Étienne Davodeau

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Dupuis – mars 2004 – 100 pages

Dupuis – mars 2009 – 100 pages

Résumé :
Avec son mari, ses enfants, son frère et un ami, Jeanne vient remettre en état la maison de sa mère pour en préparer la vente. La vieille dame, qui perd la mémoire, est hospitalisée. Mais les médecins ont accepté qu'elle revienne passer quelques jours en famille dans la maison. De l'autre côté de la rue, un maçon forme un apprenti sur un chantier. L'ambiance est rude. Fascinés par les rapports entre les deux hommes, les enfants vont, par accident, exacerber cette tension. C'est le moment que choisit la vieille dame pour disparaître. Elle demeure introuvable. C'est la panique. Mais heureusement, Toussaint est là. Toussaint est un ami, un pauvre type malchanceux que toute la famille aide depuis des années à ne pas sombrer dans la misère. Toussaint est quelqu'un d'étrange : rendre service le bouleverse, comme s'il cachait un secret dont ses amis ne sauront jamais rien.

Auteur : Étienne Davodeau est un dessinateur et scénariste de bandes dessinées, né le 19 octobre 1965 à Botz-en-Mauges en Maine-et-Loire. Étudiant au département d'arts plastiques de l'université de Rennes 2, il fonde le studio Psurde avec d'autres passionnés de BD (dont ses futurs collaborateurs Joub et Jean-Luc Simon).
Il publie son premier album en 1992, L’Homme qui n’aimait pas les arbres, dans la nouvelle collection pour jeunes auteurs, Génération Dargaud.
Depuis, il alterne fictions et récits du réel. Ses histoires, ancrées dans la province au quotidien, tracent des portraits bien vivants de gens ordinaires aux démêlés particuliers.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Une famille se retrouve à la campagne, dans un village tranquille, pour remettre en état la maison de leur enfance avant de la mettre en vente. C'est l'été, le cadre est tranquille, les enfants sont contents de se retrouver entre cousins, les adultes profitent de ce dernier été qui leurs rappelle pleins de souvenirs. Toussaint, l'ami de la famille sur qui ils ont toujours pu compter est également présent. Or Toussaint cache un lourd secret.
Le dessin est très beau et les couleurs décrivent parfaitement les différentes atmosphères de cet été un peu particulier. J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire pleine de sensibilité.

Extrait :

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Objet"

Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre – Étienne Davodeau

lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre – Étienne Davodeau

rural Rural ! Chronique d'une collision politique - Étienne Davodeau

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08 janvier 2011

Rural ! Chronique d'une collision politique - Étienne Davodeau

rural Delcourt – mai 2001 – 144 pages

Résumé : C'est l'histoire d'un coin tranquille de campagne. Un couple achève d'y retaper une vieille bâtisse devenue en dix ans de travaux une agréable maison. Un peu plus loin, trois jeunes paysans, convaincus qu'une autre agriculture est possible, tentent le pari du bio. Un bien bel endroit, donc. Jusqu'au jour où la nouvelle tombe: une autoroute va bientôt passer ici.

Auteur : Étienne Davodeau est un dessinateur et scénariste de bandes dessinées, né le 19 octobre 1965 à Botz-en-Mauges en Maine-et-Loire. Étudiant au département d'arts plastiques de l'université de Rennes 2, il fonde le studio Psurde avec d'autres passionnés de BD (dont ses futurs collaborateurs Joub et Jean-Luc Simon).
Il publie son premier album en 1992, L’Homme qui n’aimait pas les arbres, dans la nouvelle collection pour jeunes auteurs, Génération Dargaud.
Depuis, il alterne fictions et récits du réel. Ses histoires, ancrées dans la province au quotidien, tracent des portraits bien vivants de gens ordinaires aux démêlés particuliers
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Mon avis : (lu en janvier 2010)
Cette BD nous raconte une histoire vraie, une histoire d'hommes et de femmes qui vivent à la campagne dans un coin tranquille. Dans ce livre, Étienne Davodeau se met en scène, il est simple observateur de la vie quotidienne de trois paysans. Ils ont transformé leur exploitation traditionnelle en une exploitation de production laitière bio. Étienne Davodeau raconte le réel, leur vie, leur travail. Il raconte également l'histoire d'un couple voisin qui a retapé sa maison (au lieu-dit le Bignon) pendant dix années avant d'apprendre qu'une nouvelle autoroute allait passer dans leur jardin. Cette autoroute qui va également couper en deux l'exploitation laitière bio. Il y aura des combats contre le passage de l'autoroute, mais en vain, Chanzeaux va être la victime des combines politiques et subir le tracé de cette autoroute entre Angers et Cholet étrangement sinueuse.
Dans cette Bande Dessinée, on suit les différentes étapes de la construction de l'autoroute et ses conséquence, en même temps on découvre les phases de création de l'exploitation de production laitière bio et son activité tout au long d'une année.
Tous les personnages sont attachants et le lecteur est écœuré par le rouleau compresseur des décisions politiques coûteuses et inhumaines. Tout est dit dans le titre « Rural ! Chronique d'une collision politique ».

Merci à Canel pour m'avoir donnée envie de lire cette BD !

carte_IGN
extrait carte IGN 1:250000 : www.geoportail.com
(cliquer pour agrandir)

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extrait carte IGN 1:50000 : www.geoportail.com
(cliquer pour agrandir)

Extrait :

rural2dr4

rural_t0

Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre – Étienne Davodeau 

lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre – Étienne Davodeau

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07 janvier 2011

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants - Mathias Enard

Parle_leur_des_batailles Actes Sud – août 2010 – 153 pages

 

Prix Goncourt des lycéens 2010

Quatrième de couverture :
En débarquant à Constantinople le 13 mai 1506, Michel-Ange sait qu'il brave la puissance et la colère de Jules II, pape guerrier et mauvais payeur, dont il a laissé en chantier l'édification du tombeau, à Rome. Mais comment ne pas répondre à l'invitation du sultan Bajazet qui lui propose – après avoir refusé les plans de Léonard de Vinci – de concevoir un pont sur la Corne d'Or ?
Ainsi commence ce roman, tout en frôlement historiques, qui s'empare d'un fait exact pour déployer les mystères de ce voyage.
Troublant comme la rencontre de l'homme de la Renaissance avec les beautés du monde ottoman, précis et ciselé comme une pièce d'orfèvrerie, ce portrait de l'artiste au travail est aussi une fascinante réflexion sur l'acte de créer et sur le symbole d'un geste inachevé vers l'autre rive de la civilisation.
Car à travers la chronique de ces quelques semaines oubliées de l'Histoire, Mathias Enard esquisse une géographie politique dont les hésitations sont toujours aussi sensibles cinq siècles plus tard.

Auteur : Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l'arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone. Il a publié La Perfection du tir (2003), Remonter l'Orénoque (2005) et Zone (2008).

Mon avis : (lu en janvier 2011)
J'étais très curieuse de découvrir ce livre au titre magnifique et mystérieux... Mathias Enard nous emmène faire un beau voyage dans l'Histoire : dans le Bosphore au début du XVIème siècle. Michel Ange est encore un jeune artiste. Il est un peu en froid avec le Pape Jules II pour lequel il est en train de travailler et lorsque le sultan Bajazet l’invite à venir à Constantinople
pour construire un pont qui enjambera la Corne d'Or. Avant lui, Léonard de Vinci avait proposé un projet qui a été refusé.
Avant de faire des croquis, Michel-Ange, en compagnie du poète Mesihi, s'imprègne de l'atmosphère de cette ville d'Orient qui le fascine, il découvre les beautés de l'architecture de la basilique Sainte-Sophie, mais aussi les marchés, les rues... La nuit, Mesihi l'entraîne dans les tavernes, avec ses danseurs, ses musiciens et ses poètes sans oublier l'alcool et l'opium...
Dans ses moments de solitude, Michel-Ange entretient une correspondance avec ses frères. Parfois il doute d'arriver à mener ce travail à bien, est-il à la hauteur ? Et Michel-Ange tombe sous les charmes d’une belle danseuse andalouse qui lui racontera des contes et légendes (dont est extrait le titre « Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants »). La relation qui existe entre Mesihi et Michel-Ange est complexe...

Avec ce livre, on découvre également l'influence de ce séjour à Constantinople pour la suite de l'œuvre de Michel Ange.
Le livre se lit facilement, il est constitué de chapitres très courts et l'écriture est faite de phrases et paragraphes courts. L'essentiel est dit, tout en poésie. Le lecteur a tous ses sens en éveil, les mots de Mathias Enard évoque des couleurs, des parfums, des odeurs...
Et pour finir, dans la note de fin du livre, l'auteur fait la part des choses entre la partie historique et la partie romancée de son livre.

Avec ce livre, j'ai fait un très beau voyage surprenant et fort agréable !

D'autres avis avec Constance93 et BoB

Extrait : (début du livre)
La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc ; c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et ses mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire.
Tu souhaites nous rejoindre.
Ta peur et ton désarroi te jettent dans nos bras, tu cherches à t’y blottir, mais ton corps dur reste accroché à ses certitudes, il éloigne le désir, refuse l’abandon.
Je ne te blâme pas.
Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage où tu penses pouvoir être porté en triomphe ; tu crois obtenir la bienveillance des puissants, tu cherches la gloire et la fortune. Pourtant, lorsque la nuit arrive, tu trembles. Tu ne bois pas, car tu as peur ; tu sais que la brûlure de l’alcool te précipite dans la faiblesse, dans l’irrésistible besoin de retrouver des caresses, une tendresse disparue, le monde perdu de l’enfance, la satisfaction, le calme face à l’incertitude scintillante de l’obscurité.
Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l’éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c’est la disparition de tes peurs, la guérison, l’union, le retour, l’oubli.
Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.
Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l’autre dans la nuit.

 

Livre 33/35 pour le Challenge du 5% littéraire1pourcent2010

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Animal"

Challenge Prix Goncourt des Lycéens
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2010

 Challenge Goncourt des Lycéens
goncourt_lyceen_enna
chez Enna

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05 janvier 2011

Maman – Isabelle Alonso

Lu dans le cadre du Partenariat  Blog-O-Book et Éditions Héloïse d'Ormesson

maman Éditions Héloïse d'Ormesson - Novembre 2010 – 247 pages

Quatrième de couverture :
"Ce matin, j'ai tapé "maman est morte" sur Google. En un dixième de seconde, le moteur de recherche affiche un million trois cent mille réponses ". La mort, on se l'imagine comme dans les films : tirs de mitraillettes, cow-boy fauché par une flèche, et un mot d'esprit qui s'échappe au moment du dernier soupir. Mais en fait la mort d'une mère, c'est insidieux et ça vous prend par surprise. Malgré les signes avant-coureurs, en dépit des diagnostics médicaux, on refuse l'inéluctable. Entre fêtes et larmes, malheur et douceur, Isabelle Alonso ose parler de la perte la plus intime qui soit : celle de sa mère. Après Fille de rouge et L'Exil est mon pays, elle poursuit sa chronique familiale en affrontant sa douleur sans pathos. Elle ne s'épargne rien et, par le rire, tord le cou au larmoyant, pour n'en être que plus poignante.

Auteur : Née en Bourgogne de parents espagnols réfugiés politiques, Isabelle Alonso est devenue française à l'âge de huit ans par naturalisation. Elle est chroniqueuse à la radio et à la télévision. Maman est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Je connais Isabelle Alonso comme chroniqueuse dans les émissions de Laurent Ruquier, comme appartenant aux "Chiennes de Garde", et combattant en contre le sexisme.
Dans ce livre, elle nous parle de son amour indescriptible pour sa Maman et que jamais elle n’imaginait qu’elle pourrait mourir. Isabelle Alonso nous raconte avec beaucoup d’humanité, de sensibilité, avec de l’humour mais également sans aucune concession, les dernières années de sa Maman.
Cela commence par un infarctus, puis des chutes et des membres cassés, la vieille dame devient de plus en plus dépendante, il y aura des séjours à l’hôpital, dans des maisons de convalescence puis la maison de retraite. Elle a la chance d’être bien entourée par son mari et ses quatre enfants.
Après la disparition de sa Maman, dans les derniers chapitres du livre, Isabelle nous parle avec beaucoup de pudeur de sa douleur, de l'absence de l'être aimée. Elle voit partout des signes de sa Maman.
Je m'exprime très mal pour dire que ce livre est bouleversant et pleins d'émotions.

Un Grand Merci à Blog-O-Book et Éditions Héloïse d'Ormesson pour m'avoir permis de découvrir ce livre bouleversant.
Merci également aux Éditions Héloïse d'Ormesson pour le jolie marque-page (reprenant la très belle couverture du livre) qui accompagnait celui-ci !

Extrait : (début du livre)
Ce matin j’ai tapé « maman est morte » sur Google. En un dixième de seconde, le moteur de recherche affiche un million trois cent mille réponses. Sort commun, banalité presque rassurante. Eh alors ? Alors rien. On se sent moins seule ? Même pas. Ce n’est pas seule que je me sens. C’est malade. Comme dans la chanson de Lama, « Comme quand ma mère sortait le soir et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir… ». Pour sortir, elle est sortie. Définitivement. Mais ça reste une abstraction. Je sais qu’elle n’était pas là à Noël, ni au jour de l’an. Ni à l’anniversaire de papa. Je sais que je ne l’ai pas eue au téléphone depuis des mois maintenant, alors que je l’appelais tous les jours. Elle n’a pas donné signe de vie, comme on dit. Mais je reste sur une sorte de qui-vive. Le téléphone va sonner, il y aura sa voix qui dira quelque chose comme : « Allô, la cotorrita, la petite cafteuse ? Demande à Gus de décrocher, il faut que je lui parle. » Elle sait que je filtre les appels, elle a pris l’habitude de s’annoncer. Je l’imagine parfaitement sur son fauteuil, je connais sa position, tête légèrement penchée, jambes croisées, attendant, souriante, un peu anxieuse. Et si sa fille n’était pas là ? Je suis là, maman, je suis là. Elle me raconte une insignifiance de sa vie : « Tu sais ce qu’il m’a encore fait, ton frère ? » Je ne sais pas mais je me doute. « Il a acheté cinq kilos de côtes de porc chez Leclerc ! Cinq kilos ! Il est tout content, il les a eues à moitié prix parce qu’elles seront périmées demain !

Déjà lu du même auteur : l_Exil_est_mon_pays L'exil est mon pays

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Métier"

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26 décembre 2010

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 10/20 déjà lus
Médaille en chocolat

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Série noire - 1985 - 288 pages

Folio - mars 1988 - 286 pages

Folio - octobre 1997 - 286 pages

Gallimard - mai 2003 - 308 pages

Quatrième de couverture :
Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...

Auteur : Né en 1944, à Casanblanca au Maroc d'un père officier de la Coloniale, Daniel Pennacchioni grandit en Afrique et en Asie du Sud. Il obtient sa maîtrise de lettres à Nice et commence par être professeur dans un collège de Soissons. Il s'installe à Belleville, qu'il se plaira à décrire dans ses romans. En 1973, il publie son premier essai, 'Le Service militaire au service de qui ? ', un pamphlet sur le service national. Puis il écrit pour les enfants. En 1985, il donne le jour à la famille Malaussène avec 'Au bonheur des ogres' puis ' La Fée carabine', 'La Petite Marchande de proses' - prix Inter 1990 -, 'Monsieur Malaussène' et 'Aux fruits de la passion'. En 1992, il écrit un essai sur la lecture, 'Comme un roman', dans lequel il définit les droits du lecteur. En 1997, autre roman, 'Messieurs les enfants', ou un conte adressé aux grands enfants que nous sommes tous, avec une adaptation cinéma à la clé, par Pierre Boutron. 'Merci' paraît en octobre 2004 aux éditions Gallimard. En 2006, Daniel Pennac sort encore 'Nemo par Pennac', un ouvrage dans lequel il présente le parcours du dessinateur Nemo, qui illustre depuis plusieurs années les murs de son quartier de Belleville. En 2007, il reçoit le prix Renaudot pour son essai Chagrin d'école. En 2009, l'écrivain cède la place à l'orateur en montant sur scène pour défendre un texte d'Herman Melville, 'Bartleby le scribe'. Une histoire de Wall Street en pleine crise financière : Daniel Pennac démontre, une fois de plus, son intérêt pour le monde qui l'entoure et son enracinement dans l'actualité.

Mon avis : (relu en décembre 2010)
Au Bonheur des ogres est le premier roman de la Saga Malaussène publié en 1985 par Daniel Pennac. Le titre est librement inspiré du roman d'Émile Zola « Au bonheur des dames ». Nous découvrons la drôle de famille des Malaussène : Le mère est souvent absente, elle va d’amourette en amourette. Benjamin Malaussène, le fils aîné est devenu le chef de famille, c'est lui qui s'occupe de tous ses demi-frères et demi-sœurs. Il y a Clara passionnée de photographie, Louna infirmière, Thérèse qui voit l'avenir dans les astres et les lignes de la main, Jérémy qui adore faire de nouvelles expérience et le Petit qui est encore à la maternelle et rêve d'Ogres de Noël et il ne faut pas oublier Julius le chien épileptique.
Benjamin travaille comme Bouc Émissaire dans un grand magasin, lorsqu'un client vient se plaindre pour un produit c'est à lui de prendre toute la responsabilité. Une bombe, puis deux, explosent dans le magasin. Toujours présent sur les lieux aux moments des explosions, Benjamin est le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles...

Autour une intrigue pleines de surprise, Daniel Pennac nous livre une galerie de personnages terriblement attachants, le bonheur règne dans cette famille hétéroclite et ce livre est bourré d'humour. Le style est rythmé, plein d'espièglerie. Ce livre m'a autant amusée qu'à ma première lecture. Il va falloir que je prenne le temps de relire les épisodes suivant de la famille Malaussène : "La Fée carabine", "La Petite Marchande de proses" , "Monsieur Malaussène" et "Aux fruits de la passion".

Extrait : (page 44)
- Entrez !
Ouh! là, angoisse dans la voix de Lehmann. Le mastodonte ouvre lui-même la porte, sans se retourner. Je me faufile entre son bras et le chambranle avec la souplesse craintive du chien battu.
- Trois jours d'hosto et quinze d'arrêt de travail, il va y laisser son calbute, votre Contrôleur Technique.
C'est la voix du client. Neutre, comme je m'y attendais, et remplie d'une dangereuse certitude. Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien haut dans la hiérarchie sociale. Il doit avoir un coeur qui le gêne quelque part. Mais Lehmann ne sent pas ces choses-là. Habitué à filer des coups, il n'a peur que d'une chose: en prendre. Et sur ce terrain-là, l'autre est crédible.
Je mets suffisamment de terreur dans mon regard pour que Lehmann trouve enfin le courage de m'affranchir. En deux mots comme en mille, M. Machin, ici présent, plongeur sous-marin de son état (pourquoi ce détail? Pour authentifier le muscle?) a commandé, la semaine dernière, un lit de 140 au rayon meubles plein bois.
- Le plein bois, c'est bien votre secteur, Malaussène?
Oui timide de mon bonnet.
- A donc demandé un lit de 140, noyer chantourné, ref. T.P. 885, à vos services, M. Malaussène, lit dont les deux pieds de tête se sont brisés au premier usage.
Pause. Coup d'œil au plongeur dont la mâchoire inférieure torture un atome de chewing-gum. Coup d'œil à Lehmann qui n'est pas mécontent de me refiler le paquet.
- La garantie, dis-je...
- La garantie jouera, mais votre responsabilité est engagée ailleurs, sinon je ne vous aurais pas fait venir.
Gros plan sur mes godasses.
- Il y avait quelqu'un d'autre, sur ce lit.
Ce genre de plaisirs, même au plus profond de sa trouille, Lehmann ne pourra jamais s'en passer.
- Une jeune personne, si vous voyez ce que je...
Mais le reste s'évapore sous le regard chalumeau du mastard. Et c'est lui-même qui achève, laconique:
- Une clavicule et deux côtes. Ma fiancée. A l'hopital.
- OOOH!
C'est un vrai cri que j'ai poussé. Un cri de douleur. Qui les a fait sursauter tous les deux.
- OOOH!
Comme si on m'avait frappé à l'estomac. Puis, compression de ma cage thoracique par la pointe de mon coude, juste au-dessous du sein, et je deviens aussi blanc que les draps du plumard fatal. Cette fois, Hercule fait un pas en avant, esquissant même le geste de me rattraper au cas où je tomberais dans les vapes.
- J'ai fait ça?
Voix blanche, début d'asphyxie. Chancelant, je m'appuye au bureau de Lehmann.
- J'ai fait ça?
D'imaginer seulement cette montagne de barbaque tombant du haut de son plongeoir sur les corps de Louna et de Clara, et faisant sauter tous leurs osselets, suffit à me voir des larmes certifiées conformes. Et, c'est le visage ruisselant que je demande:
- Comment s'appelait-elle?
Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d'un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son cœur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. Il ricane que se serait trop facile. Je supplie, arguant que le Magasin ne peut vraiment rien attendre d'une nullité de mon espèce.
- La nullité, ça se paye, Malaussène! Comme le reste! Plus que le reste!
Et il se propose de me la faire payer si cher, ma nullité, que le client traverse soudain la pièce pour venir poser ses deux poings sur son bureau.
- ça vous fait bicher, de torturer ce type?
«Ce type», c'est moi. Ça y est, me voilà sous la protection de Sa Majesté le Muscle. Lehmann souhaiterait son fauteuil plus profond. L'autre s'explique: déjà, à l'école, ça lui foutait les boules de voir des caves s'attaquer à plus faibles qu'eux.
- Alors, écoute-moi bien, bonhomme.
«Bonhomme», c'est Lehmann. Couleur de cierge. De ces cierges qu'on brûle pour que ça passe. Ce qu'il a à écouter est simple. Primo, l'autre retire sa plainte. Deuxio, il viendra bientôt vérifier si je suis toujours en poste. Tertio, si je n'y suis pas, si Lehmann m'a fait jeter...
- Je te casse comme ça!
«Ça», c'est la jolie règle d'ébène de Lehmann, souvenir colonial, qui vient de péter net entre les doigts de mon sauveur.

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22 décembre 2010

Le cinquième jour - Maud Tabachnik

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Albin Michel – février 2001 – 311 pages

Livre de Poche – janvier 2003 – 316 pages

Livre de Poche – mai 2010 – 315 pages

Quatrième de couverture :
New York. Gloria, une fillette, naïvement confiée par les siens à un visiteur occasionnel, disparaît. Une lettre, un peu plus tard, leur détaillera sa fin abominable.
Au même moment, on découvre un jeune prostitué égorgé, amputé de ses doigts et de ses parties génitales. Cependant que le jeune Albert, déficient mental léger, fait une étrange rencontre au cours d'une promenade, et disparaît à son tour... Au croisement de ces faits divers : Nichols, archiviste, père de famille, prototype du citoyen ordinaire. Nichols, qui va entamer avec Stan Levine, le flic lancé à sa poursuite, un duel que l'auteur de La Mémoire du bourreau mène implacablement jusqu'au bout de l'horreur.

Auteur : Maud Tabachnik est née le 12 novembre 1938 à Paris. Elle entreprend des études secondaires générales et commerciales, mais, après le bac et quelques hésitations, elle se décide pour la kinésithérapie dont elle sera diplômée en 1963 et qu'elle exercera pendant dix-sept ans avec une spécialisation d'ostéopathie. Elle est passionnée de lecture, de cinéma, aime la nature et les villes et adore les bêtes.
En 1983, elle part vivre en Touraine où elle commencera d'écrire sans envisager d'abord la publication. Dix ans plus tard, elle revient dans la capitale et se consacre entièrement à l'écriture.

Mon avis : (lu en décembre 2010)
C'est grâce au challenge Découvrons un auteur avec Pimprenelle, j’ai découvert l'auteur Maud Tabachnik. J’avais choisi un peu au hasard Un été pourri et cette lecture m'avais encouragée poursuivre ma découverte. J'ai choisi ce livre car il se passe à New-York.
Gloria, une fillette de 9 ans, disparaît après avoir été confié sans méfiance à un quasi inconnu, un jeune prostitué est retrouvé sauvagement assassiné, Albert, handicapé mentale, disparaît également. L'inspecteur Stan Levine va plonger dans les bas-fonds New-York pour traquer un détraqué, pervers et cannibale. L'histoire est haletante et palpitante mais je ne m'attendais pas à thriller aussi horrible, certains passages du livre sont insoutenables, il faut avoir le cœur bien accroché...
Ce n'est pas vraiment ce que je recherche dans les livres policiers, le sanglant, le summum de l'horreur me dérange et me gêne et je ne prends aucun plaisir à les lire. Bon thriller pour ceux qui aime ce genre, mais pas pour moi...

Extrait : (page 55)
Levine avait besoin de se laver les yeux et la tête, et il n'y avait rien de mieux que de marcher tôt le matin dans les rues de sa ville. Il faisait partie de ces New-Yorkais pour qui la ville était une maîtresse à la fois redoutée et adorée mais dont il ne pouvait se passer. Il disait que marcher à New-York c'était comme d'être porté sur les épaules des anges. Il ne le faisait d'ailleurs qu'ici, incapable de se balader à la campagne ou même sur une plage. Quand Sarah le traînait avec les gosses hors de Manhattan et voulait qu'il les accompagne pour une promenade de santé et de plaisir, comme elle disait, il trouvait toutes sortes de ruses pour les attendre dans un café en lisant le journal. Sarah le menaçait d'infarctus, de tension artérielle, de vieillissement précoce, mais il trouvait toujours la parade.
Ici, chaque carrefour ou presque lui évoquait un souvenir. S'il savait appartenir à New-York, il savait aussi que New York était à lui.
Quand il était jeune, les poches bourrées de pièces de dix cents qu'il avait gagnées en proposant à ses camarades de classe de les protéger des plus grands, il prenait le métro souterrain et descendait à la station 42e Rue, celle de Times Square.
Il restait le nez en l'air à lire les infos sur l'immense panneau d'affichage, s'extasiait devant le chameau de Camel qui rejetait les ronds de fumée par les naseaux, s'essayait à dégommer les pipes dans les stands de tir qui s'étaient installés là en compagnie des attractions foraines, des danseuses du ventre, de la femme à barbe et de l'homme tatoué dont la peau entièrement vert et bleu montrait sur le bras gauche et l'épaule une page de la Bible et la tête de Salomon et, sur l'autre, une carte de l'Amérique avec les premiers présidents.
A cette époque, le quartier possédait son argot, un parler de truand à moitié yiddish, une langue de clown et de clochard.
Il avait loupé l'époque la grande époque de Times Square quand les gangs irlandais, allemands et italiens, venus de Hell's Kitchen, envahissaient pacifiquement les nouveaux théâtres de Broadway et faisaient frissonner les gens de Uptown Manhattan qui venaient chercher dans les restaurants à la mode et les bars les sensations qui leur manquaient.
A présent, Times Square appartenait aux Noirs et aux Latinos depuis que Harlem avait perdu son Broadway qu'était la 125e Rue et que les musiciens noirs étaient venus s'installer downtown. Les pauvres avaient cherché un quartier pour se distraire et trouvé Times Square.

Déjà lu du même auteur : un__t__pourri Un été pourri

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21 décembre 2010

Une seconde avant Noël - Romain Sardou

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XO Éditions – janvier 2005 – 298 pages

Pocket – octobre 2006 – 280 pages

Quatrième de couverture :
1851. A Cokecuttle, cité industrielle anglaise hérissées des cheminées des hauts-fourneaux couvertes de suie, Harold Gui, neuf ans, orphelin de père et de mère, survit péniblement sous les ponts en pratiquant divers petits métiers. Et pourtant...
Harold ne le sait pas encore, mais il est promis à un avenir merveilleux. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d'arbres magiques et de rennes volants. D'extraordinaires aventures l'attendent avant de pouvoir enfin rencontrer sa destinée et devenir ce personnage à la longue barbe blanche, au costume rouge éclatant que nous connaissons tous très bien : le Père Noël...

Auteur : Issu d'une longue lignée d'artistes, Romain Sardou, né en 1974, se passionne très jeune pour l'opéra, le théâtre et la littérature. Plongé dans cette dernière passion, il abandonne le lycée avec l'intention de devenir auteur dramatique. Il suit un cours de théâtre pendant trois ans, afin de mieux saisir la mécanique des textes de scène, tout en s'attelant à de nombreux " exercices d'écriture ". Insatisfait, il compulse les classiques et les historiens en quête de sujets. Il part ensuite deux ans à Los Angeles écrire des scénarii pour enfants. Puis il rentre en France, où il se marie et publie son premier roman, Pardonnez nos offenses (XO Éditions, 2002), suivi de L'Éclat de Dieu (2004), deux romans d'aventures et de mystère en plein cœur du Moyen Age. Exploitant d'autres rivages romanesques, Romain Sardou a également publié deux contes d'inspiration dickensienne, Une seconde avant Noël (2005) et Sauver Noël (2006), ainsi qu'un thriller aux résonances contemporaines, Personne n'y échappera (2006).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
Un joli conte autour de la magie de Noël. Au début, on croirait lire du Charles Dickens, Harold Gui pourrait être un cousin d'Oliver Twist...
L'auteur nous raconte la triste enfance d'Harold Gui dans l'Angleterre des années 1850, orphelin, exploité puis fugitif. Il est injustement condamné pour des faits qu'il n'a pas commis. Il est envoyé à la campagne dans une ferme de redressement. Il va alors faire la rencontre d'un monde d'anges et de lutins et il va découvrir, grâce à eux, quel est son fabuleux destin...

Ce livre réveille en nous notre âme d'enfant et il nous émerveille pour donner tout son sens à la fête de Noël ! C'est vraiment la meilleure période de l'année pour découvrir ce livre qui se lit très facilement et qui nous fait du bien. A découvrir !

Extrait : (début du livre)
A l'heure où débute ce récit, en cette nuit froide du jour et du mois de l'année, le 16 octobre 1851, les habitants de Cockecuttle dormaient paisiblement, abattus par leurs longues heures passées aux ateliers et aux usines.
Dans cette lointaine ville du Lancashire, la nature, les landes, les bois clairs, les pâturages herbeux étaient aussi éteints que s'ils n'avaient jamais existé ; les tours noirâtres des manufactures avaient envahi le paysage depuis longtemps. Cokecuttle était autrefois un petit village de pêcheurs ; c'était maintenant une cité industrielle sans âme, couverte par la suie, le coke des hauts fourneaux, la houille grasse, la fumée des machines. Les familles d'ouvriers y vivaient dans de sordides lotissements noyés entre les fabriques et les dépôts de charbon.
Ce soir, tout était silencieux et immobile.
Une nuit sans lune.
Pourtant.
Pourtant tout ne dormait pas dans la ville...
S'il était possible au lecteur de ce petit conte (que nous imaginons allongé dans sa chambre ou blotti sur un strapontin de métro), s'il lui était possible de se suspendre provisoirement dans les airs de Cokecuttle, oh ! pas trop haut, mais, mettons, à une cinquantaine de pieds, il pourrait visiter à la manière d'un esprit bienveillant le dessus des ruelles et des places de la ville. Là, il apercevrait dans l'éclat cuivré des becs de gaz un spectacle surprenant : en dépit de l'heure tardive, sur trois placettes, une quarantaine de garçons, âgés d'entre sept et douze ans, étaient répartis en trois équipes, sous l'autorité de trois adultes.
Le lecteur, étant assez haut pour ne rien perdre de la scène, pourrait alors se poser la question soufflée depuis quelques lignes par l'auteur : mais que se passait-il ?
Un rendez-vous annuel, et de premier ordre, voilà ce qui se passait.
« Un rendez-vous d'enfants, en pleine nuit ? »
Hélas. Il va sans dire que ces enfants n'étaient pas là pour s'amuser, mais bien pour gagner un travail... Un travail qui les sauverait de la misère.

Je participerai au prochain rendez-vous 26_janvier_comtesse_de_s_gur
 

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
challenge_christ10

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12 décembre 2010

Magasin général, Tome 6 : Ernest Latulippe - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_general_6 Casterman – novembre 2010 – 72 pages

Résumé :
En l’absence de Marie, dont personne ne sait si et quand elle reviendra de Montréal, Serge a pris la décision de s’occuper désormais de son commerce. C’est qu’il faut bien approvisionner Notre- Dame-des-Lacs, qui manque de tout depuis que son Magasin Général est tombé en déshérence. Malheureusement, ce n’est pas si simple. Les fournisseurs de Saint-Simon, qui n’accordaient leur confiance qu’à Marie, refusent de faire crédit à Serge. La tension monte au village, scindé en deux camps : ceux qui regrettent Marie (surtout les hommes) et ceux qui sont heureux qu’elle soit partie (surtout les femmes), ne lui pardonnant pas d’avoir « fauté ».
Pendant ce temps, Marie s’amuse comme une folle à Montréal, sort et multiplie les amants. Mais elle est nostalgique du village…

Auteurs :

Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
J’ai lu avec toujours beaucoup de plaisir le tome 6 de cette série qui nous raconte l'histoire du village de Notre-Dame-des-Lacs dans le Québec des années 20.
Marie est toujours à Montréal et ne sait pas encore quand elle rentrera au village. Serge veut bien s’occuper du Magasin Général, mais ce n’est pas si simple car les fournisseurs ne connaissent pas Serge et refusent de lui faire crédit.

J’aime beaucoup cette bande dessinée, qui est vraiment dépaysante et on retrouve avec beaucoup de jubilation les différents personnages hauts en couleurs de ce village. Le scénario alterne entre des moments de poésie, des moments légers ou graves, des moments d’humour.

A l’origine, cette série devait être une trilogie, puis une série en six tomes mais finalement les auteurs semblent vouloir poursuivre l’aventure car ce sixième tome appelle une suite… que j’attends bien sûr avec impatience !

Extrait :

magasin_general6_1
Planche_bd_15026_MAGASIN_20GENERAL

le_magasin_g_n_ral_Marie le_magasin_g_n_ral_Serge le_magasin_g_n_ral_les_hommes le_magasin_g_n_ral_confession
tome 1 à 4 de la série
ici

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tome 5 : Montréal

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