05 novembre 2016

La différence invisible - Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

la différence invisible Delcourt - août 2016 - 96 pages

Quatrième de couverture :
Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d'elle-même et découvrir qu'elle est autiste Asperger. Sa vie va s'en trouver profondément modifiée.

Auteurs : Julie Dachez s’intéresse aux attitudes à l’égard de l’autisme, aux représentations sociales de l’autisme, aux stratégies de coping des personnes autistes adultes ainsi qu’au concept de neurodiversité. Elle-même porteuse du syndrome d’Asperger, elle a une double casquette de militante et jeune chercheuse. Elle est aussi conférencière et l’auteure du blog http://emoiemoietmoi.over-blog.com et du carnet de recherche autismesdi.hypotheses.org.
Mademoiselle Caroline est née à Paris et réside en Haute-Savoie. Elle est l’auteure de plusieurs albums humoristiques et autobiographiques : Quitter Paris et Je commence lundi, le régime anti-régime. En 2013, elle a publié Chute libre, carnets du gouffre, un récit sur ses trois dépressions qui a suscité l’engouement des médias et des lecteurs. Elle est la dessinatrice de Touriste avec Julien Blanc-Gras au scénario et, plus récemment, l’auteure et dessinatrice de Enceinte ! C’est pas une mince affaire et Le Mariage pour les Nuls en BD.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
J'ai beaucoup aimé cette bande dessinée qui fait découvrir de très belle manière ce qu'est le syndrome d'Asperger et apprend au lecteur à vivre avec quelqu'un de différent sans le juger. 
Depuis toujours Marguerite s'est sentie différente, elle est hypersensible aux bruits, aux odeurs, elle a des difficultés à discuter avec plusieurs personnes à la fois... Et pourtant, elle a un travail, des amis, un fiancé, aucun handicap visible et de un bon niveau intellectuelle. Ainsi chaque jour, Marguerite survit à sa journée à travers des rituels et des habitudes routinières, elle s'efface, se fait oublier, elle n'aspire qu'à une chose : retrouver son appartement et son chat. Et un jour, elle décide de rechercher sur internet tous les symptômes qui la fait souffrir, elle découvre alors qu'elle souffre sans doute d'une forme d'autisme légère : le syndrome d'Asperger... Sa vie va pouvoir enfin changer !

Bravo à Mademoiselle Caroline, la dessinatrice, qui a su rendre compte de l'état d'esprit de Marguerite grâce au dessin : le jeu des couleurs est superbe, au début du noir et blanc, du rouge pour tous les sons envahissants puis après le diagnostic, la couleur entre dans la BD comme dans la vie de Marguerite, elle va pouvoir enfin aller de l'avant, prendre sa vie en main et ne plus subir !
Une histoire touchante, un vrai coup de coeur à découvrir et à faire découvrir !
Sans oublier en annexe, des informations sur le syndrome d'Asperger et des références utiles pour s'informer encore plus.

Extrait : 

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01 novembre 2016

La mort nomade – Ian Manook

Lu en partenariat avec Albin Michel 

ppm_medias__image__2016__9782226325846-x Albin Michel – septembre 2016 – 432 pages

Quatrième de couverture :
Usé par des années de lutte stérile contre le crime, l'incorruptible commissaire Yeruldelgger a quitté la police d'Oulan-Bator. Plantant sa yourte dans les immensités du désert de Gobi, il a décidé de renouer avec les traditions de ses ancêtres. Mais sa retraite sera de courte durée. Deux étranges cavalières vont le plonger bien malgré lui dans une aventure sanglante qui les dépasse tous. Eventrée par les pelleteuses des multinationales, spoliée par les affairistes, ruinée par la corruption, la Mongolie des nomades et des chamanes semble avoir vendu son âme au diable !
Des steppes arides au coeur de Manhattan, du Canada à l'Australie, Manook fait souffler sur le polar un vent plus noir et plus sauvage que jamais. 

Auteur : Ian Manook a sûrement été le seul beatnick à traverser d'Est en Ouest tous les États-Unis en trois jours pour assister au festival de Woodstock et s'apercevoir en arrivant en Californie qu'il s'ouvrait le même jour sur la côte Est, à quelques kilomètres à peine de son point de départ. C'est dire s'il a la tête ailleurs. Et l'esprit voyageur ! Journaliste, éditeur, publicitaire et désormais romancier, Yeruldelgger est son premier roman, et le premier opus d'une série autour du personnage éponyme qui nous conduit des steppes oubliées de Mongolie aux bas-fonds inquiétants d'Oulan-Bator.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
C'est la troisième 
et dernière aventure de Yeruldelger. Pour ma part, je n'ai pas lu la seconde par manque de temps... Ce dernier a quitté la police d'Oulan-Bator, il s'est réfugié dans sa yourte au milieu de l'immensité du désert de Gobi pour renouer avec les traditions de ses ancêtres. Et voilà que deux étranges cavalières viennent le déranger dans sa retraite...
J'ai moins aimé cette épisode que premier, car au début j'étais perdu par la multitude de personnages, de meurtres, d'évènements un peu partout autour de la Terre : dans les steppes arides de la Mongolie, au cœur de Manhattan, au Canada, en Australie... Puis peu à peu le puzzle se met en place et je comprends mieux l'intrigue de cette histoire centrée sur la corruption et les multinationales qui exploitent sans état d'âme les mines de la Mongolie, n'hésitant pas à défigurer un pays pour des profits. Les morts sont nombreux, la violence est là sans oublier les rebondissements et les traditions de Mongolie...
J'aime toujours beaucoup le personnage de Yeruldelger avec ses défauts, ses qualités et sa complexité, je lirai donc certainement un jour l'épisode 2.

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour cette lecture palpitante et dépaysante

 

Extrait : (début du livre)
Le petit combi russe bleu tout-terrain crapahutait, en équilibre instable, vers la ligne de crête. En dodelinant dangereusement, sa carcasse peinturlurée écrasait sous ses pneus ramollis des cailloux chauds qui fusaient en cognant sous le châssis. La pente et les soubresauts décidaient de sa trajectoire plus que les efforts du chauffeur, cramponné de ses mains d’ogre au fin volant de bakélite ivoire.
– On va finir par verser et rouler jusque dans la vallée si tu continues comme ça. Et c’est moi qui suis à la place du mort.
Al éclaboussait de Chinggis tiède son T-shirt Yes We Khan à chaque couinement des ressorts à lame de la suspension malmenée.
– Si on verse, tout le monde meurt, philosopha Zorig, son corps de géant voûté pour tenir dans l’habitacle, les genoux dans le volant et la tête contre le pare-brise. Mais ça n’arrivera pas. Ces engins-là c’est comme des tiques. Ça suce la route et ça ne la lâche plus. 
– Sauf le jour où tu nous as fait basculer dans le lac Airag, au sud de Khyargas, rappela Naaran, cramponné au skaï de la banquette arrière, la tête cognant contre la tôle de métal brut.
– Ce jour-là, c’était les freins.
– Et la ravine, dans le Khangai Nuruu ? insista Erwan, brinquebalé par les chahuts cahotiques du van. C’était les freins aussi peut-être ?
– Ce jour-là c’était les pneus ! bouda Zorig.
– Et la sortie de piste sur la route de Tchor ? Tu te souviens, la longue piste bien droite et toute plate, c’était quoi déjà ?
– …
– C’était pas les éléphants, par hasard ?
Tous éclatèrent de rire, sauf Zorig, vexé, qui s’abîma dans sa conduite erratique.
– Ce jour-là, tu nous as bien jetés dans un dévers pour éviter un éléphant, non ?
– Et alors, je me suis trompé, ça arrive, non ? Je sais bien qu’il n’y a pas d’éléphants dans la steppe. Je ne suis pas aussi con que ça. Ça devait être autre chose, un yack, ou un chameau, je ne sais plus. J’étais fatigué.
– Fatigué ? Ivre, oui ! Rétamé, cuivré comme une bassine à myrtilles, plein comme une vessie de yack ! Tu devrais me laisser le volant, s’inquiéta Naaran.
– Jamais de la vie. C’est mon UAZ. C’est moi qui le conduis.
– Zorig, s’il n’y a rien de praticable de l’autre côté de cette crête, on ne pourra jamais faire demi-tour, pas même marche arrière.
– On pourra. Il passe partout. Et puis il y a toujours quelque chose après les choses.
C’était une sentence à la Zorig. Une affirmation non discutable à laquelle le futur donnait quelquefois raison. Al, Naaran et Erwan cherchèrent une réplique pour le principe, mais ce qu’ils découvrirent en atteignant la crête les laissa sans voix. Zorig stoppa le van dans un soubresaut qui faillit les faire glisser dans le ravin et colla son visage de colosse contre le pare-brise constellé d’impacts.
– Magnifique, siffla-t-il entre ses dents.
– Macabre, oui, murmura Al.
– Morbide, corrigea Naaran depuis le siège arrière.
– C’est quoi la différence ? s’enquit Erwan en glissant la tête entre les épaules de Zorig et d’Al pour mieux voir.
– Macabre évoque une mort dans des circonstances tragiques, alors que morbide n’a rien à voir avec la mort. C’est juste quelque chose de malsain et d’anormal, expliqua Al.
– Alors c’est plutôt morbicabre, trancha Zorig.
– Et beau.
– Morbicabre et beau, approuvèrent les autres en descendant du van.
Devant eux, l’homme nu était allongé sur le dos, comme enroulé sur un rocher. Son corps, cambré au-delà du probable, épousait très exactement la forme de la pierre presque ronde. Jusqu’à sa nuque. Jusqu’à ses bras désarticulés aux épaules et tendus au-delà de sa tête renversée, lestés par une lourde pierre au bout d’une corde nouée à ses poignets. D’un côté ses pieds étaient attachés à la base du gros rocher et de l’autre cette pierre immobile pendait dans le vide et l’étirait, cintré, sur le rocher lisse.
– Il est mort ? demanda Erwan sans oser s’approcher.
– Qui a fait ça ? gronda Zorig.
– Je n’en sais rien. Une sorte de crime rituel peut-être…
– Je ne parle pas de ce mec, je parle de mes dessins !

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Déjà lu du même auteur :

9782356418470-T Yeruldelgger 

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29 octobre 2016

Petit pays - Gaël Faye

petit pays Grasset - août 2016 - 224 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2016

Quatrième de couverture : 
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Auteur : Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur compositeur interprète de rap. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop,  il sort un album en 2010 avec le groupe Milk Coffee & Sugar (révélation Printemps de Bourges). En 2013 paraît son premier album solo,  Pili Pili sur un Croissant au Beurre. Enregistré entre Bujumbura et Paris, il se nourrit d’influences musicales plurielles : du rap teinté de soul et de jazz, du semba, de la rumba congolaise, du sébène… Petit pays est son premier roman.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
En 1992, Gabriel est un petit garçon de 10 ans, qui vit dans le bonheur. Il vit à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans un quartier résidentiel avec avec sa petite soeur Ana, son père français et sa mère rwandaise. 
La famille de sa maman sont des réfugiés, dans les années 60, ils ont fuit le Rwanda, lors des massacres contre les Tutsi et ils espèrent pouvoir un jour retourner au pays.
L'impasse où il habite est aussi le lieu des jeux et des rencontres avec sa bande de copains de toutes origines avec lesquels il fait les 400 coups. C'est une enfance enchantée et Gabriel aimerait qu'elle ne s'arrête jamais... 
Mais en toile de fond, il y a la situation politique du pays et du monde et Gabriel découvre qu'il est français, rwandais et tutsi. 
Gabriel a besoin de mettre à distance la violence du monde, il préfère se réfugier dans l'insoucience de enfance, dans la lecture pour garder son innocence le plus longtemps possible. Les évènements, la guerre et la violence auour de lui vont pourtant obliger Gabriel à grandir plus vite que la normale... 
Pour écrire ce premier roman, Gaël Faye s'est largement inspiré de sa jeunesse au Burundi, à l'époque il n'avait pas la même conscience que Gabriel sur la violence qui se passait dans le pays, heureusement ses parents avaient su préserver l'enfant qu'il était encore...
L'écriture est très imagée, pleine de poésie, on ressent parfaitement l'Afrique, sa chaleur, ses odeurs, ses couleurs... Les personnages sont attachants et le lecteur les voit évoluer au cours de l'histoire, en particulier les enfants.
Voilà un livre poignant sur une enfance bouleversée par l'Histoire du "Petit Pays" et la guerre civile. 

Extrait : (début du livre)
Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.
Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.
– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.
– Comme Donatien ? j’avais demandé.
– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.
Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :
– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors... ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors... pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. 
– Ouais, et lui là-bas, avec le chapeau, il est immense, tout maigre avec un nez tout fin, c’est un Tutsi.
– Et lui, là-bas, avec la chemise rayée, c’est un Hutu.
– Mais non, regarde, il est grand et maigre.
– Oui, mais il a un gros nez !
C’est là qu’on s’est mis à douter de cette histoire d’ethnies. Et puis, Papa ne voulait pas qu’on en parle. Pour lui, les enfants ne devaient pas se mêler de politique. Mais on n’a pas pu faire autrement. Cette étrange atmosphère enflait de jour en jour. Même à l’école, les copains commençaient à se chamailler à tout bout de champ en se traitant de Hutu ou de Tutsi. Pendant la projection de Cyrano de Bergerac, on a même entendu un élève dire : « Regardez, c’est un Tutsi, avec son nez. » Le fond de l’air avait changé. Peu importe le nez qu’on avait, on pouvait le sentir.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. À partir de ce jour-là, j’ai commencé à regarder le nez et la taille des gens dans la rue. Quand on faisait des courses dans le centre-ville, avec ma petite sœur Ana, on essayait discrètement de deviner qui était Hutu ou Tutsi. On chuchotait :
– Lui avec le pantalon blanc, c’est un Hutu, il est petit avec un gros nez.

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19 octobre 2016

A coucher dehors - Aurélien Ducoudray & Anlor

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Quatrième de couverture :
Amédée, Prie-Dieu et la Merguez vivent sur les bords de Seine. Mais la destinée fait parfois preuve de bienveillance avec les SDF. Elle offre à Amédée un nouveau toit par le biais d'un héritage : un magnifique pavillon de banlieue. En contrepartie, il doit devenir le tuteur légal de Nicolas, le fils trisomique de sa vieille tante récemment décédée. De surcroit, Amédée se retrouve responsable d'une maison qui attise toutes les convoitises. Mais surtout, il hérite d'un passé, d'une famille et de ses secrets qu'il découvre peu à peu.

Auteurs : Aurélien Ducoudray est né en 1973 à Chateauroux et vit dans un petit village de l’Indre. Photographe de presse, journaliste presse écrite et TV, on lui doit de nombreux documentaires. Après Championzé et La Faute aux chinois, il sort Clichés de Bosnie chez Futuropolis. Ce dernier ouvrage connaît un beau succès. En 2014, il signe son premier ouvrage chez Grand Angle, Amère russie.
Anlor a étudié aux Arts-Décoratifs de Paris (ENSAD) d’où elle est sortie diplômée en section Animation. Elle réalise en 2001 Qui veut du Pâté de Foie ?, court-métrage en volume animé stop-motion, primé dans de nombreux festivals (Annecy, Zagreb, Paris...). Elle travaille ensuite en tant qu’animatrice, puis réalisatrice. En 2011, elle signe sa première BD : Les Innocents coupables chez Grand Angle.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
Trois clochards, Amédée, Prie-Dieu et la Merguez, campent depuis quelques temps sous un pont parisien, ils ont même annexé la cabine téléphonique voisine... Alors qu'ils sont sur le point d'être expulsés, un notaire se présente et annonce qu'Amédée viendrait d’hériter d’une maison à Pontoise. Mais il faut faire vite car cette maison est sur le point d'être vendue aux enchères. Pour devenir propriétaire de cette petite maison, il y a une close spéciale : Amédée doit s'occuper de Nicolas, fils trisomique de la défunte. Il est toujours joyeux et plein d'entrain et il est passionné par les vols spatiaux de Youri Gagarine !
Amédée est un SDF bougon mais au grand coeur, Nicolas rêve d'imiter Youri Gagarine, il s'imagine aller un jour sur la Lune !
Le trio Amédée, Prie-Dieu et la Merguez est haut en couleur et leur rencontre avec Nicolas est touchante et pleine d'humanité.
Ce récit plein de sincérité autour de quatre personnages atypiques donne au lecteur de l'humour et des surprises...

Cet album est le tome 1 d'un diptyque, il s'achève en nous laissant tomber en plein suspens... J'ai donc évidement très envie de connaître la fin de l'histoire !

Extrait : (début de la BD)

 

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12 octobre 2016

Quatre couleurs - Blaise Guinin

ob_b33504_quatre-couleurs-couv Vraoum Editions - mai 2014 - 140 pages

Quatrième de couleur : 
Deux étudiants échangent leur identité pour réussir leurs examens.
Quatre filles croisent leur route pour le meilleur mais surtout pour le pire.
Un roman graphique noir, rouge, vert et bleu, réalisé au stylo quatre couleurs.

Auteur : Blaise Guinin a commencé sa carrière dans la bande dessinée en publiant quelques dessins sur internet en autodidacte. 
Début 2011, il publie un roman graphique de 130 pages chez Casterman, "en attendant que le vent tourne" et "Georges et la mort". 

Mon avis : (lu en septembre 2016)
J'ai emprunté par hasard ce livre à la Bibliothèque, c'est surtout le fait qu'il avait été dessiné avec un stylo quatre couleurs qui m'a donné envie de découvrir cette bande dessinée. Grégoire est un étudiant peu travailleur, après plusieurs redoublement, son père l'a menacé de lui couper les vivres s'il ne réussissait pas son année. Pour se donner toutes ses chances, il a l'idée brillante d'inverser deux cours avec Pierre, son meilleur ami, afin d'obtenir une meilleure note à l'examen de fin d'année. Mais tricher et mentir n'est pas si facile... En effet, Chloé est une ex de Grégoire, mais toujours très amoureuse de lui va s'en mêler, c'est le grain de sable qui risque de faire capoter la supercherie... 

De la farce, cette histoire va basculer dans le drame et le thriller. C'est plutôt bien réussi même si le personnage très antipathique de Grégoire m'a gêné dans certains de ses comportement.
Côté dessin, c'est à la fois original et minimaliste, j'ai aimé l'utilisation d'un code couleur pour chacun des personnages féminins, les motifs de fond d'image qui cache parfois des surprises...

Extrait :

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08 octobre 2016

L'égalité est un long fleuve tranquille - Antoine Chereau

Lu dans le cadre de Masse Critique

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Quatrième de couverture :
Dans l'album « L'Egalité est un long fleuve tranquille », parrainé par l'Institut Randstad pour l'Égalité des Chances et le Développement Durable,  Antoine Chereau croque avec un humour mordant toutes les situations de la vie où la discrimination s'exprime. 68 dessins désopilants autour de l'emploi des jeunes, des séniors, de l'égalité pro, de la diversité, du fait religieux et toutes ces discriminations  tout au long de la vie qui font la joie du vivre ensemble. Bref, que du bonheur à partager?! « L'Egalité est un long fleuve tranquille » s'inscrit dans le cadre d'une opération de sensibilisation menée par l'Institut Randstad, contre toutes les formes de discrimination et en soutien aux associations qui oeuvrent pour l'égalité des chances.

Auteur : Antoine Chereau est dessinateur de presse, cartoonist et jokes manager ! Dessinateur pour la presse et les entreprises depuis 1981, il a collaboré à de nombreux titres, comme Libération, France Soir, Que choisir, l’Événement du jeudi, La tribune de l’économie, l’Expansion, Telerama, France Soir ou encore l’Ordinateur individuel. Fort d’une expérience dans de nombreux domaines, Antoine Chereau est un vrai spécialiste de l’entreprise. Il s’est naturellement spécialisé dans les dessins corporate, faisant profiter de son humour en direct pendant les conventions ou pour accompagner la communication de n’importe quelle société.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cet album n'est pas un bande dessinée, mais un recueil de dessins humoristique sur le thème de l'égalité. L'égalité fille et garçon, l'égalité à l'école, l'égalité dans le sport mais surtout dans le monde du travail. Il est question de la diversité, de la couleur de peau, de la couleur des cheveux, de l'orientation sexuelle, du quartier d'origine, du milieu d'origine, du poids, du handicap, de l'âge, de la place de la femme dans le monde du travail...
Les dessins sont percutants et drôles, une sensibilisation réussite contre les inégalités et les discriminations à l'embauche et au sein du monde professionnel !
Les préjugés ont la vie dure... Tu viens du 93, et c'est comme si tu avais une casserole à traîner. Tu t'appelles Mohammed et cela ne sert à rien que tu fasses de grandes études... Tu es une femme et tu as un poste important, tu n'as pas pu y arriver seulement grâce à tes études et ton travail... Tu es gros et ta place est sur le banc de touche plutôt que sur le terrain... Tu es une femme et tu ne pourras pas gérer en parallèle ta vie professionnelle et ta vie familiale...
Cette BD permet de soutenir les actions en faveur de l’égalité des chances.

 

 

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30 septembre 2016

Pour l'amour d'une île - Armelle Guilcher

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Nouvelles Plumes - 2014 - 336 pages

Pocket - janvier 2016 - 400 pages

Quatrième de couverture :
Elle s'appelle Marine. Un prénom qui évoque sa passion, la mer. Cette mer qui entoure la petite île bretonne où elle est née et a grandi, jusqu'à la mort brutale de ses parents. 

Devenue médecin, Marine décide de retourner sur l'île perdue dans les brumes, au milieu des écueils qu'elle aime tant. 
Mais les mois passent et elle ne parvient pas à amadouer les habitants pour le moins distants. Les patients restent rares et l'hostilité est palpable. Une hostilité qui semble trouver sa source dans l'histoire familale, ne laissant au " nouveau docteur ", au bord du découragement, d'autres choix que de raviver le passé pour comprendre. Au risque de rouvrir des blessures enfouies.

Auteur : Retraitée, Armelle Guilcher vit et écrit en Bretagne. Pour l'amour d'une île est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2016)
J'ai lu ce livre cet été avec beaucoup de plaisir, le lieux principal de cette histoire est une petite île bretonne et l'auteur a su parfaitement nous la décrire dans tous ses états, sous le soleil, dans la tourmente des tempêtes... 
1971. Marine le Guellec , jeune médecin s'installe sur l'île bretonne où elle est née. Elle va remplacer le docteur Le Guen qui aspire à la retraite. Mais rien est simple, car elle se trouve face à l'hostilité des habitants qui évitent alors de fréquenter son cabinet.
1960. Le lecteur revient sur l'enfance de Marie. Après la mort de ses parents, elle a été élevée avec Yves, son frère aîné, par son grand-père François qui a voulu protéger ses petits-enfants. Marie va comprendre que 
l'hostilité à son égard est dû à son histoire familiale et quelques secrets de famille...
J'ai beaucoup aimé cette histoire, dont les personnages sont attachants et donc l'intrigue se dévoile peu à peu. J'ai eu du mal à quitter cette petite île bretonne... Heureusement, c'étaient les vacances et le bord de mer était proche...

Extrait : (début du livre)
À la fin de ses études de médecine, Marine décide de retourner vivre sur la petite île bretonne où elle a grandi jusqu'à la mort de ses parents. Mais dans le froid venteux de novembre, l'installation se révèle difficile : les habitants désertent son cabinet et affichent ouvertement leur hostilité. Marine comprend que le secret de cette haine est caché dans le passé de sa famille.
La traversée s'était effectuée dans des conditions plutôt idéales pour la saison. En dépit d'un temps maussade, la mer était calme.

On était fin novembre.
Ce n'était pas la période rêvée pour venir s'établir sur cette île hostile, perdue dans les brumes, au milieu des écueils. À peine arrivée, elle allait devoir affronter les tempêtes de l'hiver, les plus rudes, celles qui vous mettent l'angoisse au cœur, avec en supplément l'appréhension de démarrer une carrière de médecin en se heurtant à la défiance probable des habitants à son égard.
Marine n'avait pas choisi son moment. Son installation était programmée au début de l'été et puis des circonstances imprévues (la maladie de François, son grand-père) avaient bouleversé ses plans. Il n'existait sur l'île aucune structure hospitalière susceptible de recevoir le vieillard en cas d'aggravation de son état et, dans ce contexte, ne sachant comment évoluerait la santé de son aïeul, Marine avait préféré se montrer prudente en demeurant sur le continent. Finalement, le vieil homme s'était éteint sans avoir assouvi son rêve : retourner vivre sur son île en compagnie de sa petite-fille.
La douleur ressentie par Marine à la mort de son grand-père avait été immense. Elle avait d'ailleurs failli abandonner tous ses projets. Et puis les blessures se refermant, elle s'était persuadée que François lui-même n'aurait pas souhaité une pareille conclusion, après tant d'années d'efforts et de persévérance pour mener ses études à leur terme. Elle avait donc confirmé au docteur Le Guen qu'elle reprenait sa clientèle, juste le temps pour elle d'expédier quelques affaires courantes. Ce qu'elle appelait « affaires courantes » était le règlement de la succession de son grand-père. Il n'avait pour toute richesse que sa petite maison du continent, au bord de la falaise, et Marine ne voulait en aucun cas s'en séparer malgré les exhortations de son frère Yves, toujours à la recherche de plus de moyens pour entretenir dans un confort que lui-même n'avait jamais connu, sa femme et ses deux petites-filles, des gamines pleurnichardes et capricieuses.
Elle avait alors proposé à Yves de lui racheter sa part et celui-ci avait ironisé : « Avec quel argent ? Ce n'est pas ta clientèle de marins ivrognes et miséreux qui va t'enrichir. »
— Ma clientèle miséreuse assurera ma subsistance, n'aie aucune inquiétude à ce sujet. Et puisque tu négliges la maison de grand-père, tu ne discuteras pas de son prix en prétendant qu'elle vaut plus cher que ce que je t'en offre.
Effectivement, Yves avait accepté le montant fixé. Et c'est le notaire de famille qui, après avoir établi les documents, lui prêta la somme nécessaire au rachat de la résidence familiale.
— J'aurai peut-être quelques difficultés à vous rembourser mais j'honorerai ma dette.
— J'ai confiance en toi, avait répondu le notaire. En souvenir de François, mon ami, je ne peux me résoudre à ce que cette demeure, obtenue grâce à un labeur de tous les instants, parte entre les mains du premier venu. Pour lui et pour toi. Et je suis peiné qu'Yves s'en dessaisisse avec une si grande désinvolture.

 

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28 septembre 2016

Coquelicots d'Irak - Brigitte Findakly et Lewis Trondheim

3418 L'Association - août 2016 - 115 pages

Présentation de l'éditeur :
Lewis Trondheim et Brigitte Findakly forment en bande dessinée comme à la ville un duo depuis de nombreuses années. Si la bibliographie pléthorique de Lewis Trondheim n'a plus de secret pour personne, celle de Brigitte Findakly, son épouse et coloriste, quoique toute aussi importante, reste pourtant moins connue. De Pif Gadget, à ses débuts, au Chat du Rabbin, des Formidables aventures de Lapinot au Retour à la terre, on lui doit la mise en couleurs d'une centaine d'albums. Avec ce livre à quatre mains, pré-publié en partie dans "Les strips de la matinale" du Monde, Lewis Trondheim délaisse pour la première fois les animaux anthropomorphisés pour raconter l'histoire de celle qui partage sa vie, née en Irak, d'un père irakien et d'une mère française à l'orée des années 1960. Coquelicots d'Irak retrace son enfance passée à Mossoul, ville du nord de l'Irak, à une époque où, bien avant l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, se succèdent coups d'Etat et dictatures militaires. Déroulant le fil de ses souvenirs, on découvre alors une vie de famille affectée par les aberrations de la dictature et leurs répercussions sur la vie quotidienne, jusqu'à un inéluctable exil vers la France au début des années 1970. Une arrivée en France elle aussi difficile, une expérience migratoire faite de difficultés administratives, sociales et culturelles. Dans ce récit qui prend pour toile de fond une triste actualité, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly brossent en saynètes percutantes et sans ambages, mais pas moins sensibles pour autant, la trajectoire singulière de la coloriste qui, pour la première fois, occupe le premier rôle dans un livre. Ponctué de photos et de parenthèses sur les coutumes, la culture irakienne et les souvenirs de l'Irak de Brigitte Findakly, on partage avec elle la nostalgie de ceux qui ont laissé derrière eux leur pays d'origine, et les liens fugaces qui subsistent, tout à l'image des coquelicots devenus si fragiles une fois déracinés.

Auteurs : Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul, Irak, et elle y a grandi jusqu'en 1973. Coloriste de bande dessinée depuis 1982, elle a travaillé pour Pif Gadget, Le Journal de Mickey, Circud, Vécu, Le Journal de Spirou... Elle a colorié de nombreux albums dont Lapinot, Le Chat du Rabbin, Le Retour à la Terre et Rob Azbam.
Lewis Trondheim est né en 1964 à Fontainebleau. Auteur de bande dessinée, co-fondateur de l'Association, co-fondateur de l'OuBaPo, directeur de la collection Shampooing. Marié à Brigitte Findakly depuis 1993, ils ont deux enfants et vivent dans le sud de la France.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cette bande dessinée raconte l'enfance de Brigitte Findakly à Mossoul, en Irak jusqu'en 1973, puis son exil à Paris.
Le départ de ce récit a été suscité par la destruction des têtes de lions ailés par Daesh à proximité de Mossoul. Brigitte se souvient d'une photo prise par son père d'elle enfant devant ces lions. Sur la photo, on ne voyait déjà pas leurs têtes car c'était Brigitte le sujet principal de la photo et non ces lions...  
Les souvenirs de Brigitte ne suivent pas un fil chronologique et peuvent dérouter un lecteur, mais j'imagine qu'ils ont été écrits et dessinés au moment où ils sont revenus à la mémoire de l'auteure... 
Elle raconte sa jeunesse à Mossoul, la difficulté de vivre en tant que chétien dans un pays majoritairement musulman, l'instabilité politique puis pourquoi ses parents sont obligés d'émigrer en France, le pays d'origine de sa maman. Elle évoque l'exil et son adaptation à un nouveau pays, les retours en Irak pour les vacances... 
Les dessins de son mari, Lewis Trondheim, illustre avec beaucoup de pudeur et de simplicité ce témoignage émouvant.
Voilà une bande dessinée touchante qui reflète la tolérance et le respect. Brigitte évoque avec nostalgie, amour et sensibilité ce pays d'enfance et sa famille. Une très belle découverte.

Extrait : 

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23 septembre 2016

Frères d'exil - Kochka

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

1507-1 Flammarion jeunesse - septembre 2016 - 128 pages

Illustré par Tom Haugomat

Quatrième de couverture :
Il y a des moments dans la vie 
où ce qu'on croyait solide s'effondre...
Où que la vie t'emmène, Nani, n'oublie jamais d'où tu viens, mais va !

Nani part avec sa famille pour le continent après l'inondation de leur île par une tempête. Mais Enoha, son grand-père, a décidé de rester. Il confie à sa petite-fille des lettres, où il raconte son histoire. Durant son voyage, la fillette rencontre un petit garçon seul, Semeio, auquel son destin sera lié.

Auteur : Kochka est née au Liban d'un père français et d'une mère libanaise. Elle s'installe en France à partir de 1976 et suit des études pour être avocate. Elle quitte le barreau en 1997 et commence à écrire.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Une histoire universelle autour des réfugiés. Dans cette histoire, il s'agit de réfugiés climatiques et non de guerre mais la problématique de l'exil est assez semblable.
Nani, 8 ans, a grandit sur une île du Pacifique avec sa famille, ses parents Janek et Youmi, ses grand-parents Enoha et Moo. Depuis quelque temps, les intempéries menacent l'île, l'eau monte et Nani et ses parents ont décidé de quitter l'île. Enoha et Moo resteront sur l'île, ils sont trop vieux pour entreprendre ce long voyage. Mais Enoha a décidé d'écrire plusieurs lettres à Nani, il les lui confie dans une pochette étanche avant son départ et lui conseille de les lire lorsqu'elle en aura besoin, ce sera comme si son Ipa (grand-père) lui parlait dans son coeur. Dès le départ, le jeune Semeio va se joindre à la petite famille, il sera pour Nani un compagnon rassurant et complice car le voyage sera long et pleins d'épreuves...
Un roman plein d'humanité qui raconte l'histoire d'une famille qui a été contrainte à l'exil, jamais ils n'oublieront leur île, mais plein d'espoir, ils regardent vers un avenir qu'ils espèrent meilleur. C'est l'occasion de réfléchir sur le sujet de l'accueil des réfugiés...
Les illustrations de Tom Haugomat sont également très jolies et expressives. 
Un petit bémol sur la forme du livre : les lettres écrites par le grand-père puis celles écrites par les enfants apparaissent dans le livre sur des pages bleu et écrites en blanc, j'ai trouvé ces pages moins lisibles. Et le pire ce sont les poèmes ou les chansons qui apparaissent dans le livre avec une écriture bleue qui est vraiment bien trop claire pour être lisible.
Sinon, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de lettre n°5... enfin, je pense que c'est surtout un problème de numérotation dans la mise en page et que le lecteur a bien droit à l'histoire en entier...

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour cette découverte touchante

Extrait : (début du livre)
Mon nom est Enoha et si j'écris aujourd'hui c'est pour accompagner Nani, ma petite-fille, car elle va bientôt partir. Pour elle je suis Ipa. C'est comme ça qu'on dit grand-père sur notre île. Elle a huit ans.

Ma Nani,
Tu sais toi qu'il est un peu bizarre ton Ipa, mais tu sais aussi qu'il ne raconte jamais n'importe quoi, et tu sais comme il t'aime !
Je t'ai déjà expliqué que ce qu'on voit ne dit pas toujours la vérité. Par exemple, quand les gens ne sont plus là, on croit qu'ils sont sont morts alors qu'ils sont seulement cachés. Les défunts sont dans nos coeurs et, si on se concentre, on les entend murmurer. Et c'est vrai aussi pour les arbres, les rivières, les montagnes et les fleurs...

challenge12016br
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21 septembre 2016

Un recteur de l'île de Sein - Henri Queffelec

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Stock - 1944 - 230 pages

Marabout - 1955 - 220 pages

Livre de Poche - 1961 - 241 pages

Presse de la Cité - novembre 1982

Librio - novembre 1998 - 153 pages

Bartillat - juin 2007 - 205 pages

Bartillat - juin 2016 - 205 pages

Quatrième de couverture : 
A l'extrémité de la Pointe du Raz, l'île de Sein est un rocher plat, sans arbres, désespérément sauvage. Là, sous l'Ancien Régime, vivent quelques familles de pêcheurs, âpres, durs, pilleurs d'épaves, superstitieux et violents.
Dans ce lieu maudit, où l'évêque de Quimper ne se donne plus la peine d'envoyer un aumônier du culte tant les candidats sont rares, Thomas Gourvennec, simple pêcheur et sacristain de son état, décide de prendre en charge les âmes à la dérive. Il se heurtera à ces hommes et à ces femmes pris en étau par les rochers... Qu'à cela ne tienne, ils rendront la monnaie de sa pièce à l'existence : certaines nuits, des hommes se retrouvent en bas des falaises, des fermes brûlent, les épaves sont pillées. Au village, on suivra les processions des enterrements sous le soleil glacé, et on verra défiler au gré de la plume d'Henri Queffélec les histoires de femmes, d'enfants en sabots, d'amour, de jalousies, de religion et les récits de grandes tempêtes au goût d'apocalypse.
Le sacristain, Thomas Gourvennec, arbitrera cette lutte entre Dieu et les hommes, entre le religieux et le crime, et tentera, afin que l'île ne sombre pas dans la folie, d'enchaîner les êtres les uns aux autres à travers des habitudes chrétiennes communes.

Auteur : Henri Queffélec (1910-1992) est l'auteur d'une œuvre considérable dans laquelle il a entre autres célébré la Bretagne et la mer. Un recteur de l'île de Sein, paru en 1944, est son plus célèbre roman. Henri Queffélec est le père de l'écrivain Yann Queffélec.

Mon avis : (lu en août 2016)
Voilà un vieux classique dont j'avais souvent entendu parler et que j'ai déniché pendant les vacances. Henri Queffélec offre au lecteur un tableau vivant de l’île de Sein sous l’Ancien Régime. A l'époque, la vie sur l'île de Sein n'est pas facile, il y a les tempêtes, ce rocher est aride et il manque de tout. Un beau jour, leur recteur, venu du continent, n'en peut plus de cette vie rude et isolé et il quitte l'île. Mais aucun prêtre n'est prêt à le remplacer. Les Îliens se sentent alors délaissés par l'Église de Quimper, et par le continent tout entier... Dans ces conditions, Thomas Gourvennec, le sacristain, homme pieux et respecté, est poussé par les Îliens à prendre en main les destinées de la paroisse.
J'ai trouvé ce livre magnifique et très fort, il nous fait découvrir la vie rude des pêcheurs, leur rapport à la religion... L'Ile est l'un des personnages principaux de ce roman, ses descriptions sont très belles et évocatrices en particulier en pleine tempête. L'auteur s'est inspiré d'une histoire vraie pour écrire son roman. Le vocabulaire est très riche, j'y ai découvert des mots qui ne sont plus en usage aujourd'hui et certaines tournures de phrases sont parfois désuètes.

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Ce livre a été adapté au cinéma en 1950 par Jean Delannoy sous le titre Dieu a besoin des hommes avec Pierre Fresnay dans le rôle de Thomas Gourvennec.

 

Extrait : (début du livre)
Il doute du témoignage de ses yeux qui virent le printemps sur l’île et il voudrait croire qu’il a vu des mirages. Il n’est pas possible que des aubes glorieuses, se déployant dans le fond du ciel, aient éclairé ce morceau de récif…
Sur le continent, des maisons humaines, des fermes qui se disent pauvres, mais où la lande étincelle dans les cheminées plus belle qu’à la floraison de Pâques ; les animaux, derrière la cloison, qui réchauffent les maîtres ; le fumier gras, dehors, qui suinte comme du beurre ; les petites fenêtres qui emprisonnent dans l’air le froid, la pluie et le vent, et les obligent, pour réclamer pitance, à ne passer qu’un bras maigre qui tâtonne ; villages terrés contre le sol, paysans et pommiers, monotonie heureuse et rabougrie du temps.
Dix années. Mais rien ne doit plus, aujourd’hui, le retenir dans l’île… Certitude illusoire. La mer, le dépaysement, la solitude morale ont détruit son courage et, si l’on résistait à son entreprise, en poursuivrait-il le dessein ? Qui sait si son refuge, loin d’être la prière, ne serait pas la folie. Auprès des lavoirs, tandis que les femmes battent et rincent, les innocents jouent dès le matin. Ils s’assoient sur des mottes de terre un peu hautes et, levant la tête, la tournent de droite à gauche et de gauche à droite comme s’ils voulaient la dévisser. Ils rient des vaches qui courent. Quel repos ! Quel éloignement des bouffées et des clameurs atlantiques ! Comme il est loin le pillage des heures, du bien-être et de la chaleur par les bandes armées du vent !…
Dix années.
À la fin de la troisième année, c’est Anne Le Berre qui sort lever des lignes à cent mètres du port, derrière un rocher tranquille. La mémoire prétend que des alouettes, dans cet après-midi de juin, chantaient parmi les haubans du ciel. Une brume tombe, mouillée comme une grève après la marée, une brume qui sent le sable et le sel. Hypocrite, elle enveloppe tout. Les formes des maisons s’affaiblissent, s’exténuent. La brume se dissipe… Homme et barque ont disparu.
N’est-ce pas plus terrible encore, à la fin de l’antan, la mort de Louis Yvinec ! La disparition d’Anne se conforme à une sagesse de l’horreur : personne n’a rien vu ni rien entendu et personne ne sait rien. Mais personne n’a vu Yvinec sauter en pleine nuit dans sa barque ni s’éloigner à la voile… et tout le monde raconte qu’il a trouvé une épave, un baril, de malaga ou de rhum, et croisé pour attendre la nuit : il grimperait chez lui en cachette et enterrerait le baril. La tempête croisait aussi. On entendait gronder la bise comme un chien qu’un autre chien irrite. La tempête éclata… Personne, ce jour-là, n’a rencontré Yvinec et, si l’on demande aux pêcheurs d’où ils connaissent l’histoire de l’épave, ils crachent et se dérobent derrière des mots. Le prêtre ne les soupçonne pas de mensonge. Ils détiennent une science effrayante et lui, pauvre terrien, il ne lutte pas contre eux.

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